Dimanche de rentrée

Belle sortie en quatre à Neuilly pour préparer la traversée de Paris. La Seine comme un lac. Une sortie comme cela me redonne espoir.
Sieste, vacherin, lessives (profiter des derniers week-ends de beau temps pour faire sécher les draps en lin dehors (pas des draps domestiqués du commerce, des draps septuagénaires épais et lourds, brodés à la mains)).

J'apprends la mort de Jacques Theillaud. Comme ils n'ont aucune idée de la réalité, ceux qui vous affirment péremptoires: «ce que je n'aime pas sur Facebook, c'est le mot "ami". Comment peut-on être amis sur FB?» Eh bien, ce serait trop long de vous expliquer, surtout si vous partez avec cette conviction (à quoi bon tenter de vous convaincre?). Mais ce soir j'ai envie de pleurer.

Nous dînons très tôt. Je m'installe devant le Mission impossible disponible sur Netflix — donc gratuit (le 3, très mauvais) et je trie, classe et jette mes deux cents mails dans ma boîte de réception. Je mets à jour mon emploi du temps dans Google agenda: il n'y a que trois ou quatre TG (travaux en groupe) cette année, dont deux sur des week-ends où je me suis engagée dans des randonnées d'aviron.

Puis quatre épisodes de la saison 2 des Mistfits. Qu'est-ce qui rend cette série si attractive? La beauté des jeunes gens, la véracité des dialogues, la logique déjantée de la fiction?

Samedi enfui

Levée avec de grandes ambitions de travail, farnienté, couchée vers deux heures du matin (en sachant que je dois me lever pour m'entraîner à Neuilly demain matin) après avoir la saison 1 de The Mistfits et le début de la saison 2.
Cela me rappelle Pushing Daisies par le côté déjanté, sans doute aussi à cause de la contrainte intenable dans le temps de créer un personnage qui doit éviter tout contact physique.

Uniforme

Renouvellement de ma garde-robe sur un mode que je n'avais pas appliqué depuis mes vingt-deux ans: j'avais alors passé un entretien, puis j'étais allée m'acheter les mêmes vêtements que la personne que je venais de rencontrer (j'ai été embauchée).
Là je fais dans l'anticipation, mais j'ai bien étudié les tenues de Homeland et The good Wife… *smiley* (J'ai acheté mes premiers pantalons depuis vingt ans (à l'exception de deux jeans, en 2001 et 2014).)


Dîner à la grande crèmerie. Bon mais cher, cher mais bon.

Détour par St-Vincent-sur-Jard

Départ plus tôt pour prendre le temps de visiter la maison de Georges Clemenceau à St-Vincent-sur-Jard (visite en grande partie à mon bénéfice puisque mes compagnons l'ont vue l'année dernière). La maison est magnifiquement située face à la mer, au milieu d'un jardin soigneusement entretenu pour paraître naturel (ce qui me vaudra une troisième altercation). J'aime beaucoup le principe de cette maison, le principe de sa simplicité par opposition à l'importance du personnage qui l'habitait. Elle me rappelle, toutes proportions gardées (car il s'agit alors de la maison du maître d'une plantation), la maison de Washington face au Potomac, par le choix de faire du panorama le trésor de ces propriétés (le lit de Clemenceau surélevé pour profiter de l'horizon par la fenêtre1…).

La mer est basse. Les Ph's et moi mettons les pieds dans les flaques (moi dans la vase très glissante). Au-dessus du sable caramel, dans l'eau, flottent des moutons gris, des pelotes de poussière qui teintent les pieds en gris bleu. Béton ou ciment? Quoi qu'il en soit, cela devient croûte dure en séchant et j'ai bien du mal à m'en débarrasser plus tard.

Retour, retour. Première séparation à St-Vincent même, deuxième à la gare de La Roche, troisième dans le TGV de Nantes. Séparation en épis. J'interroge Ph. sur quelques nouveautés de la SNCF (le nom des rames, la durée des billets qui n'est plus de deux mois, etc). Il m'apprend que les conditions d'achat, d'utilisation, d'échange ainsi que les tarifs sont régionaux: ce n'est donc pas tant que "cela change" et que je ne me tiens pas au courant dans la durée (parfois j'ai l'impression d'être une très vieille dame à la traîne de la modernité—et je me sens trop paresseuse pour y changer quoi que ce soit) que "c'est différent d'une région à l'autre" et qu'il est donc logique que je ne perçoive pas de continuité. C'est rassurant.

Dans le TGV, je commence les livres récupérés à Mouilleron: Le jeu des sept familles d'Anne Fine, moins cruel que beaucoup (des siens), à offrir à un enfant subissant le divorce et le remariage de ses parents. Une fois rentrée, je finis Comment écrire comme un cochon. Le style du narrateur me rappelle les statuts FB de Rodolphe. Et tant qu'à lire du facile, je reprends un Reginald Hill, Killing the lawyers. Détente sur la terrasse.

Comme souvent, H. a rangé (ou plutôt déménagé pour ce qui est de cette fois) pendant mon absence. Il a enrôlé O. et vidé une partie du placard caché derrière les étagères (vidées) des cassettes vidéos. C'est courageux: je suis la plus petite, c'est moi qui aurait dû me glisser dans cette soupente.
Il y a un mètre cube de boîtes d'archives et de classeurs dans le couloir de l'entrée à emmener à la déchetterie.




Note
1 : orientée au sud et non vers l'ouest. (Cette précision suite à une semi-plaisanterie : la femme américaine de Clemenceau contemplait-elle sa patrie quand elle regardait droit devant elle? Réponse: non. Cette semi-plaisanterie est un écho à la découverte faite en mars que Marseille fait face à l'ouest…)
(Notons au passage ma surprise d'apprendre que Clemenceau avait épousé une Américaine. Il ne faudrait ici que des notes et des parenthèses en gigogne.)

Vendée romane

Pas de musique aujourd'hui, les connexions internautiques difficiles n'ont pas permis de prendre de billet.
Qu'à cela ne tienne, armé de Vendée romane, nous partons à la recherche des quelques édifices non encore visités par mes compagnons. (Je n'en ai visité aucun. J'oscille entre l'amusement devant un tel souci d'exhaustivité et la gratitude de m'entraîner dans des lieux que je ne verrai jamais sans eux (futur et non conditionnel: il m'est de plus en plus difficile de visiter des lieux religieux y compris désaffectés avec H. qui ne veut plus en entendre parler.)

Nous sommes dans la deuxième voiture, nous suivons aveuglément.
Château de la Citardière, annoncé par maints panneaux : mais on ne rentre pas, propriété interdite (château magnifique se mirant dans une douve large comme un étang). Nous tournons autour de Chantonnay, j'apprends des nouvelles d'une célébrité FB qui réside ici.

Eglise de Foussais-Payré pour P. qui voulait en revoir le portail. Etonnante façade avec danseurs, acrobate et joueur de flûte et un mélange d'ornements païens et bibliques, comme si l'on avait donné quelques indications au tailleur de pierre qui les aurait suivies tant bien que mal en fonction des trois récits qu'il connaissait avant de se rabattre sur des sujets qui lui étaient plus familiers. Le plafond de l'église a été recouvert de bois. Le tout est très clair. Exposition sur les chrétiens d'Orient. Je suis très surprise de la démographie : vingt-six millions de chrétiens dans vingt-et-un pays. Je ne pensais pas qu'il y en avait tant.
La commune est célèbre pour ses concours de sculptures à la tronçonneuse (pauvres arbres) et des œuvres encombrent les abords. Question-surprise d'A: que s'est-il passé au concile de Chalcédoine? Euh… (panique à bord, je songe à Jean-Paul qui donnerait de si belles et si précises réponses): «c'était un concile christologique, comme les précédents, qui débattait des deux natures du Christ… c'est un peu la différence entre la vinaigrette et le café au lait : de quelle façon ces natures s'unissent-elles, cohabitent-elles?» Je songe à ce TG lointain, un samedi, aux échauffements autour de la traduction "d'hypostase". Je me rabats sur quelque chose de plus tangible, la géopolitique: «C'est aussi le moment où sont définis les grandes Eglises de l'orthodoxie (le mot "patriarcat" m'échappe). Le problème aujourd'hui pour les orthodoxes, c'est que l'argent est en Amérique, et comme l'Amérique n'existait pas au moment de Chalcédoine, ce sont des barbares… Comment accepter leur argent sans reconnaître leur Eglise? Il faut des observateurs extérieurs quand les orthodoxes se réunissent, pour leur éviter de se disputer trop violemment.»

St-Hilaire-des-Loges, deux monuments aux morts, le premier, soldat accroupi, hommage à la guerre de 1870. De l'église, je me souviens surtout des immenses photos détaillant les sculptures d'autres églises… et un Vendée romane en "lecture sur place", belle preuve de confiance envers les visiteurs.

Nieul-sur-l'Autise (l'Autise, quel joli nom. Bizarrerie d'avoir conservé l'article). Ici serait née Aliénor d'Aquitaine, ce qui n'est pas si loin de son tombeau, Fontevraud. L'église présente un curieux motif de dallage sur la façade. A l'intérieur, les piliers penchent (mais pas de fissure). BD sur la vie de Charles de Foucauld. A l'accueil de l'abbaye, je fais une razzia de confitures et de tisanes. Le caissier est très gentil. Ici (dans toute la région) se ressent profondément à quel point le tourisme fait vivre la France: comment attirer les gens, comment les retenir, comment intéresser les enfants, comment avoir un bon bouche-à-oreilles… billet donnant droit à une réduction à Maillezais. J'ai toujours le cœur serré à constater cette escalade dans la séduction (dans le marketing), dans la tentative de séduction qui nous correspond si peu, nous qui ne souhaitons que des lieux déserts dans lesquels rêver et reconstituer à loisir… Mais pour les gens du cru, l'affluence est une question vitale.
L'étage sous les toits a été curieusement agencé, le plancher est coloré et représente des tableaux ou tapisseries médiévaux (du moins il me semble). Il est possible de cliquer sur différents écrans et les explications sont intéressantes, St Augustin, St Norbert (j'ai oublié les deux autres). Reconstitution également de pièces dont les arcades ont été supprimées.
Après ces déambulations dans la lumière artificielle, le cloître au soleil vient comme un choc. Il est de parfaite proportion pataude avec ses gros piliers et son jardin central. A lui seul il mérite la visite.
Dernier lieu, une maison dite "maison natale d'Aliénor" (Est-ce cela? Ai-je mal compris? Car il est bien évident qu'en aucun cas, vu sa construction récente, Aliénor n'a pu naître là: «— C'est utile, cette visite? — Aah, au moins pour se moquer». Bon.) Tour rapide. Je n'ai jamais vu d'aussi beaux canapés en cuir dans un musée (pour regarder une vidéo).

Cartes postales. Café (qui allait fermer). Bières et diabolo menthe. Discussion sur le régulateur de vitesse. «— Evidemment, il faut lire le manuel. — Mais personne ne fait ça! — Si, mes enfants. Je ne sais plus ce que je voulais faire, ils m'ont dit: "RTFM", Read the fucking manuel
Et c'est ainsi que je me suis retrouvée au volant, d'une part parce que j'avais pris un diabolo menthe, d'autre part pour que Patrick lise le fucking manuel. Le régulateur de vitesse a livré tous ses secrets (car l'autre sujet de conversation, c'est aussi le 80km/h: bien plus facile avec un régulateur réglé sur 83 ou 84).

Eglise de Benet, que les moulages de Nieul et les photos de St Hilaire ont rendu incontournables.
Puis Maillezais. C'est plus connu, c'est plus touristique. C'est à la fois plus spectaculaire, un peu trop léché (comment rendre sûres des ruines autrement qu'en collant les pierres à la colle forte ? (je me comprends)) et très émouvant. Là encore, tout dépend de la capacité à rêver. Il faut amener ses propres food for thoughts. Assise sur un banc avec Patrick, je l'écoute raconter Agrippa d'Aubigné, Rabelais, reconstituer la liste des sept poètes de la Pléiade… (j'ai déjà oublié: Rabelais fut le secrétaire de l'abbé, est-ce cela, pendant dix ou quinze ans? J'ai déjà oublié. Agrippa, protestant, touchant les revenus d'une abbaye (chocking, enfin, chocking pour moi, cela n'a pas l'air de surprendre mes compagnons (Laurent s'est ajouté un instant)), père d'un fils qui renie le protestantisme, tue sa femme (pas de rapport de cause à conséquence), en épouse une autre qui donnera naissance à Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon… Je suppose que tout le monde sait cela, mais pas moi. J'aime qu'on me raconte. J'oublie, je confonds, je réordonne; je croyais, à cause d'une intervention de Lestringant chez Compagnon, qu'Agrippa était mort enterré vif… mais non, c'est le sort d'une héroïne des Tragiques. Je devrais avoir honte, mais tant pis, tant pis, pas le temps, il faudrait tant de temps.)
Nous reprenons la promenade. Les piliers, le chœur, la nef, sont matérialisés au sol. Dépouillement formidable. Un mur, des ouvertures. Un autre banc, de l'autre côté. Histoire du châtelain qui possédait un château où Celan résida deux ans. Un jour un Japonais vint pour voir le château; le frère du châtelain, qui ignorait l'anecdote, l'éconduisit. (Tristesse). Cette journée se vit aussi au rythme du journal de Matthieu Galey. Anecdotes sur Beckett, Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute.

L'heure avance, il faut partir, le train (s'il est à l'heure), n'attendra pas. (C'est toute l'injustice des trains, nous faire attendre mais ne jamais nous attendre.)

Dîner joyeux au Clem.
Ombre d'une dispute, les yaka à propos des enfants… mon rejet de ces certitudes n'est-il que la conscience de nos "échecs"? Je mets "échecs" entre guillemets parce que cela n'en est que par rapport à ce que nous avions imaginé ou ce que la société valorise, pas par rapport à ce qu'ils sont, ou sont devenus. Je n'échangerais pour rien au monde nos fous rire, notre capacité à nous entraider, à faire face ensemble; ni leur attention aux autres. Mais ce ne sont pas des "réussites" valorisées socialement… et cela ne résoud pas le problème de calmer un enfant insupportable dans un train (la question était: n'est-ce toujours qu'une question d'éducation, est-ce toujours évitable; en d'autres termes, est-ce toujours la faute des parents? J'ai un peu de mal à me voir accuser (sachant que c'est totalement théorique, personne ne m'accuse, ce n'est que ma pensée qui tourne…) Nous avions résolu le problème en emmenant les enfants nulle part… Aurait-il fallu faire autrement? Mais il n'y aura jamais de réponses, et c'est sans doute cela qui est insupportable: nous ne saurons pas, il n'y a pas de réponse.)

En rentrant à l'hôtel, j'allume la télé; chic il y a U.N.C.L.E, juste à mon moment préféré, le bateau dans le port fermé et le panier-repas dans le camion (j'aime le bateau en flammes dans le rétroviseur). Je me fais une tisane avec du miel, j'ai tout ce qu'il faut depuis notre passage à Nieul.

Thiré premier jour

TGV à Montparnasse. Je n'ai pas pris de livre, pensant lire Poe sur mon téléphone, mais finalement j'ai dormi, l'esprit transpercé par la voix claire d'un blondinet de quatre ans qui a posé des questions tout le long du chemin (dilemme: abrutir les enfants en leur donnant une tablette ou subir les questions des plus éveillés d'entre eux. Résister à la tentation de la facilité).

Repas. Conversations à bâtons rompus, nous ne nous sommes pas vus depuis mars, depuis Marseille. Anecdotes et questions existentielles. Aline me déconcerte en me demandant pourquoi je n'envisage pas de faire ma prochaine virée en voiture avec C. ou A. (puisque j'ai fait la précédente avec O.) Je n'y avais jamais pensé. Je me suis tant engueulée avec les deux grands et la vie est si facile avec O… Oui, de l'extérieur cela doit paraître injuste (et peut-être est-ce injuste en soi). Cela mérite réflexion.
Je me fais prendre à partie parce que je ne juge pas utile de réagir aux impolitesses d'un voisin d'immeuble: «Oh mais avec toi, il faut jamais froisser personne, il faut toujours être gentil…»
Ça alors. C'est bien la première fois qu'on me dit ce genre de chose. Trop gentille? J'en suis quasi satisfaite (à cela près qu'on me le crache comme un reproche), aurais-je fait des progrès dans le détachement, dans la retenue? Depuis le temps (quatre, cinq ans? depuis que je suis fatiguée de me disputer avec Jean-Yves) que ma résolution du nouvel an est de moins m'emporter… («éruptive», disait R.)
Mais enfin, cela revient au même si c'est pour me le voir reprocher avec colère — à cela près que le besoin d'expliquer mes raisons m'est passé. (Enfin je crois; nous n'avons sur nous-mêmes que peu de victoires définitives, ne nous réjouissons pas trop vite.)
Tout cela est curieux. Les relations humaines sont curieuses.
Nos compagnons sont parfaits : nous passons à autre chose. Dans ce genre de situation, le plus important est que personne ne prenne partie pour personne et de passer à autre chose.

Retour dans les jardins de William Christie. Ils me paraissent encore plus irréels que l'année dernière. A-t-il fait sec ici? Tout est vert, tout est beau, dans ce mélange de jardin anglais, jardin à la française, si parfaitement combinés. Il fait gris et lourd en début d'après-midi et très doux dès que le ciel se découvre. C'est enchanteur.

Programme entendu (il y a divers lieux, des morceaux y sont joués tous les quarts d'heure ou vingt minutes. Chacun fait son choix et se déplace.): dans la pinède, Haendel et Vivaldi puis Purcell; dans le théâtre de verdure, John Downland puis dans le cloître la première suite de Bach sur viole de gambe (et non violoncelle).
La dernière rencontre de l'après-midi réunit tous les auditeurs devant la maison pour des extraits d'Orfeo. Les colombes (pigeons paons blancs) sont moins assidues que l'année dernière, ou ils préfèrent Vivaldi et Purcell à Monteverdi.

Dîner chez Jerem', croque-monsieurs (pluriel à vérifier) et entrecôtes. Il fait doux, les menaces de pluie se sont éloignées. Nous revenons prendre place devant le miroir d'eau. Ph, notre mentor, a eu beaucoup de peine à obtenir des places (problèmes de connexion. Les places s'arrachent dans la demi-heure de leur mise en ligne en juin) et nous ne sommes pas côte à côte. Gentiment il donne les places les plus en avant à A. et moi.
La représentation est un enchantement, les voix sonnant très claires et très pures entre les arbres au-dessus de l'eau. Une jeune fille confie à son père: «à chaque fois que j'écoute Orpheo, j'espère qu'il ne va pas se retourner». Le violoncelliste se couvre les jambes à l'entracte. Il fait froid depuis que la nuit est tombée, il ne faut pas bouger. L'enfer luit rouge loin contre les haies noires.
C'est une très belle représentation.

Puis bizarrement, seconde altercation sur un sujet impensable, le ventre de Paul Agnew (?? WTF? comment peut-on exploser à propos d'un tel sujet?)

Nous rentrons par un chemin plus long, en faisant un détour.



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Pour mémoire, détails des compositeurs, musiciens et chanteurs.
Pastorale italienne : Haendel, Fra pensieri quel pensiero HWV 115; Vivaldi, Care selve, amici prati RV 671 - Carlo Vistoli, contre-ténor; Alix Verzier, violoncelle; Florian Carré, clavecin.
Pastorale anglaise (Henry Purcell) : Passacaille If love's a sweet passion (The Fairy Queen); What pow'r art thou (Cold Genius - King Arthur); Thrice happy lovers (The Fairy Queen, Prélude à l'acte V); Song-tune: your hay it is mowed (King Arthur) - Nicolas Scott, ténor; Cyril Costanzo, basse; Annie Gard, violon; Sarah Kenner, violon; Stephen Goist, alto; Matt Zucker, violoncelle; William Christie, clavecin.
O sweet woods : John Dowland: Awake sweet love (First book of Songs or Ayres 1597); O sweet woods (Second Book, 1600); If my complaints could passions move (First Book); A Shepherd in a shade (Second Book); When Phoebus first did Daphne love (Third Book,1603) - Natasha Schnur, soprano; Arash Noori, luth.
Suite de Bach : Suite n°1 BWV 1007 (Prélude, Allemande, Courante, Sarabande, Menuets, Gigue) - Myriam Rignol, viole de gambe.

Ditribution d'Orpheo: Cyril Auvity (Orfeo), Hannah Morrison (Euridice, La Musica), Paul Agnew (Apollo, Eco), Miriam Allan (Proserpina, Ninfa), Lea Desandre* (Messaggiera, Speranza), Carlo Vistoli* (Spirito infernale, Pastore), Sean Clayton* (Pastore), James Way* (Pastore), Antonio Abete (Plutone, Spirito infernale, Pastore), Cyril Costanzo* (Caronte, Spirito infernale)
Violons : Tami Troman Emmanuel Resche
Altos : Simon Heyerick Myriam Bulloz
Violoncelle : Alix Verzier
Violone : Thomas de Pierrefeu
Flûte à bec et cornet à bouquin : Eva Godard; Maud Caille-Armengaud
Trombones : Cyril Bernhard, Romain Davazoglou, Nicolas Vazquez, Aurélien Honoré
Harpe : Nanja Breedijk
Théorbe, luth : Thomas Dunford, Massimo Moscardo
Clavecin, orgue, régale : Marie Van Rhijn, Florian Carré

Twitter : la fin de l'expérience

Les relations sur Twitter sont beaucoup plus lâches que sur FB: on peut "s'abonner" et "se désabonner" sans conséquence (alors que sur FB, ne plus "suivre" quelqu'un est vécu comme un camouflet à la limite du supportable, à tel point que j'évite certaines personnes uniquement parce que je sais que si ensuite je souhaite partir, cela risque de causer un drame.)

Durant ce très étrange printemps, je me suis abonnée à des gens très différents, des pro-bloqueurs de facs, des anti-parcoursup, des grévistes, etc. Je voulais évaluer leur bonne foi par rapport à leurs convictions, essayer de comprendre leur opposition systématique à tout, la façon dont ils rationalisaient cette systématie.

Ce qui m'impressionne le plus au bout de ce temps, c'est à quel point je suis perdue dans une certaine gamme de vocabulaire: raciste (ça, ça va), racialisé (j'ai interrogé autour de moi. Apparemment cela veut dire "minorité de couleur non blanche dont les membres décident de se réunir exclusivement entre eux". (Moi, j'appelle cela de la ghettoïsation volontaire)), indigéniste (les mêmes, mais extrémistes), sexisé (?? contre le fait d'être désigné par leur sexe? ou revendiquant au contraire leur particularité, féminine, transgenre, gay, etc?)

L'important est de ne pas être dans un groupe majoritaire, généralement préfixé par "cis-". Si vous êtes un homme blanc occidental hétérosexuel, désolée pour vous messieurs, vous n'êtes pas du tout tendance.

Par exemple, pour la marche des fierté, cela a donné ce genre d'appel, controversé parmi les homo eux-mêmes:
A l'occasion de la Gay Pride, un collectif "Stop au pinkwashing" a lancé un appel pour défiler en tête de cortège. Il s'oppose au cortège LGBT officiel qu'il dénonce comme "homonationaliste et raciste, dont le discours officiel de la Marche des fiertés se fait le relai". Le collectif dénonce la domination des" hommes gays blancs, bourgeois et issus des classes aisées" , complices du gouvernement, des violences policières faites aux immigrés", etc.
[…]
Ce collectif «politique, radical, féministe, queer, antiraciste et anticapitaliste» ouvrira la Marche et demande que "les personnes blanches respectent cette non-mixité en se plaçant derrière elles/eux".
source
Je note tout cela ici pour garder une trace du moment où le vocabulaire est devenu fou.

Tout cela est très fatigant (je ne plaisante pas quand je dis que je ne comprends pas le sens des mots: je ne suis jamais sûre de ne pas comprendre l'inverse de ce que voulait dire l'auteur d'une phrase), je mets donc fin à l'expérience. Je me désabonne de tous les convaincus, les dogmatiques, les doctrinaires, je garde les vieux de la vieille, ceux qui apportent de l'info et ceux qui ont de l'humour. Fini les toxiques (autre mot à la mode ces derniers mois).

Aujourd'hui j'ai découvert Bernoid qui dessine des insectes et photographie des champignons. C'est magnifique.
Il y a une collection de jeunes twittos en histoire ou lettres classiques qui me réconfortent, par exemple Regina sur l'Egypte ptolémaïque ou Dorymedon, dans le genre littérature "on ne lâche rien" (sa préparation de cours sur les mémoires pour les troisièmes… Whouaouh).

Rentrée en RER

Le problème de la voiture rouge, c'est qu'elle n'a que deux places : Vincent a dû rentrer hier avec H. alors que ce n'était pas prévu le matin; moralité je suis rentrée en métro et RER D après l'aviron (à 20 heures). C'est long et fatigant: mon sac pèse une tonne et le mal au pied est revenu. Visiblement le sport active la fatigue des muscles de la voûte plantaire. C'est étrange puisqu'on est assis pour ramer.

Plus de Homeland. (Cette série provoque chez moi des cauchemars élaborés et une certaine tristesse.)
Quelle série regarder maintenant ?

Droit devant soi

En sortant du bureau je rencontre un homme que j'ai souvent croisé à la maternelle quand j'emmenais les enfants à l'école. Sa fillette était jolie (sa femme aussi), avec des taches de rousseur et des nattes. Il est prestataire dans une entreprise du groupe. Nous rentrons ensemble: à pied jusqu'à la Défense, ligne L pour St Lazare, ligne 14, RER D. Je me souviens de la grossesse pour sa dernière, sa femme avait été immobilisée dès le sixième mois et je me demandais comment il s'en sortait avec les deux grands. Ce bébé a aujourd'hui quatorze ans… (apprends-je durant le trajet du retour).

Il me fait rire car il sait où s'ouvrent les portes des trains sur le quai et se positionne en conséquence; il connaît les voitures et leurs particularités: «celle-là a le toit rond donc les portes sont décalées d'un mètre cinquante» dit-il en s'avançant sur le quai pour optimiser sa position (le genre de détails que je refuse d'apprendre). Il me déprime en m'apprenant qu'à partir de décembre (le neuf), notre train sera omnibus jusqu'à Paris. Depuis que j'habite Yerres nous aurons perdu régulièrement des minutes, d'un train s'arrêtant deux fois à un train s'arrêtant quatre et bientôt… combien?

A Nanterre préfecture il m'avait dit: «Parfois je rentre en courant».
Un instant je m'étais demandé s'il plaisantait. Non: «C'est tout droit. Je descends les Champs, c'est joli, puis je suis la Seine jusqu'à Villeneuve-St-Georges puis je passe par les coteaux.»
Oui oui. Trente-cinq kilomètres malgré tout, le soir après le boulot, dans la chaleur de cet été.
— Ça ne fait jamais que le double du temps qu'on met en train.
Evidemment, vu comme ça…

Quelques nouvelles

J. est rentrée de vacances sur la côte ouest des Etats-Unis. Elle me montre des photos de canyons prises d'avion (coucou pour touristes, je veux dire petit avion volant à basse altitude):
— Les photos sont un peu floues car il y avait de la fumée. Il y avait quarante incendies. On n'a pas vu de flammes, mais il y avait beaucoup de fumée.


Le club a rouvert. Aviron le soir pour la première fois depuis des jours. Il fait gris et étouffant.
Je ris en découvrant un jeune blond torse nu, barbu, beau comme un dieu grec, le téléphone à l'oreille en train de faire des grâces au soleil sur le pont de sa péniche.
Je ris parce que je pense à Anne qui nous disait avant de partir en vacances: «Vous avez remarqué le gros type sur sa péniche, toujours au téléphone et toujours torse nu? Pourtant il est moche!» (A quoi je lui avais répondu qu'elle n'était pas très concentrée sur son bateau.)
Ce soir je me dis juste qu'elle n'a pas de chance.

Nous avons inversé les déplacements: au lieu que je rejoigne H. à la fin de mon entraînement, c'est lui qui me rejoint à Neuilly, ce qui nous permet de dîner une heure plus tôt.
Il fait nuit vers neuf heures et demie, ça me déprime. Je ne veux plus qu'il fasse nuit.

Du walkman

Encore une heure de cardio en salle, toujours en écoutant Un été avec Bernstein. Je réécoute l'anecdote du concert de Beersheba en 1948, quand un rassemblement dans le désert (pour écouter Bernstein) a poussé l'Egypte à déplacer ses troupes, libérant ainsi Jérusalem... Incroyable.
Peu puriste ni orthodoxe d'entendre en surimpression de l'émission la techno qui accompagne la diffusion de championnats de crossfit.

Le jogging (et autre activité ennuyeuse comme ce que je fais en salle) se serait-il développé sans le walkman?


J'ai commencé hier la saison 6 de Homeland. Visiblement ils devaient attendre la victoire d'Hillary Clinton… Diffusion du premier épisode le 15 janvier 2017, cinq jour avant l'investiture de Trump. La saison 7 a été diffusée entre février et avril 2018. Comment ont-ils adapté leur uchronie à la folie de Trump? Ou peut-être ne l'ont-ils pas adaptée?
Saison 6, écrite et tournée avant janvier 2017, donc: Corée du Nord et faux comptes sur les réseaux sociaux. Comme quoi, très tôt, beaucoup de signes étaient discernables pour qui s'intéresse vraiment à l'histoire contemporaine.

Le voisin Loki

— Tiens, on s'amuse à Asgard.

Homeland saison 5

Une demi-heure de cardio (le sport, c'est ce qui me permet de manger, et surtout de boire, car l'alcool, c'est bien pire que le coca en terme de sucre!): je bois, je fume, je ne dors pas et je monte des escaliers sur des machines artificielles. Tout va bien.

O. est rentré joyeux et en pleine forme de son camp scout (c'est la différence avec les chefs de camp louveteaux: eux rentrent épuisés. O. s'occuppe des 11-14 ans).
J'apprendrai demain qu'il a (que les chefs ont) tout de même maîtrisé un départ de feu entre trois et cinq heures du matin (la table de cuisson a pris feu): «Pauline me dit "j'entends des crépitements". Grumpf, j'avais pas envie de me lever mais elle a insisté alors j'y suis allé par acquis de conscience. J'ouvre la tente et…»

Passé l'après-midi à regarder Homeland saison 5 qui se passe à Berlin dans le contexte des attaques terroristes en Europe — et l'implication de la Russie qui met toute l'huile possible sur le feu.
Homeland, c'est un peu comme SAS, une façon de vous expliquer l'état du monde par une uchronie dans laquelle on reconnaît des éléments de réalité. La saison 4 (diffusée entre octobre et décembre 2014 aux Etats-Unis) nous explique ainsi le désengagement des Etats-Unis au Pakistan et Afghanistan. L'Afghanistan, «the grave of empires», et «Menahem Begin a tué 91 Britanniques1, cela ne l'a pas empêché de devenir premier ministre».
Bienvenue dans le monde des coups tordus et de la real politik.

Tout en regardant, je récapitule dans un tableau Excel par année de naissance la descendance des grands-parents de H. et des miens: seize enfants, trente petits-enfants, quarante-et-un arrières-petits-enfants. Il me manque quelques années de naissance dans les enfants nés après 2010.




Note
1 : C'est une approximation quant à la nationalité des victimes.

Assurer l'essentiel

Puisque le "petit" (1,93m) revient demain ou après-demain (nous ne savons plus exactement #parentsIndignes) nous sommes allés faire le plein de bières en fin de journée.

Il manquait également des boîtes pour les chats.

Vacances

Petit déjeuner en terrasse, teinte des cheveux (pas pris le temps hier. Je déteste les racines blanches, je ne supporte pas), trajet en voiture jusqu'à gare de Lyon, ligne 1, RER A.
Aujourd'hui, mails.
Le soir au Bambou (nous alternons les cantines: Bambou / Temps des cerises). Soupe phô.
Retour le long de la Seine. Cigarettes sur la terrase, dans les chaises-longues, dans le vent. Je pense à Conrad, à Melville. Bruit de la mer dans les arbres.
Nuit. Homeland saison 4. Que dit Wikipedia, déjà? «Homeland n'est pas raciste, il est mal informé.»
Ce qui me fait sourire, ce sont ces voitures si toujours impeccablement propres.

Assomption

Un aller à la boulangerie, un aller à la gare, un épisode de Homeland (oui je ne fais plus que ça).
C'est étrange de trouver cinq militaires en treillis armés de mitraillettes autour de l'église quand on sort d'un épisode d'Homeland.
Mais pourquoi? Un instant je me suis demandé si notre cher député était là, mais même pas. Qui a bien pu décider soudain un tel étalage de forces, et pourquoi?


Addendum:
Et le soir tard, en sortant du cinéma, scène silencieuse sur la place devant encore une église (pas la même). Deux voitures noires arrêtées, cinq ou six hommes en demi-cercle, silencieux, se ressemblant, la trentaine, cheveux et barbe sombres. J'ai repéré un pistolet dans un holster. Moitié policiers, moitié malfrats potentiels, les uns examinant les autres? Mais pourquoi si peu de mouvements, de paroles? Qui étaient qui, comment, pourquoi?

Le Temps des cerises

Tard le soir je rejoins H. et Vincent sur la Butte-aux-Cailles. Ils faisaient passer un entretien d'embauche à partir de vingt heures et cela s'est prolongé.
Débriefing au restaurant: «il est honnête. Ce n'est pas une qualité en entreprise.»

Je découvre le rosé au pamplemousse (rosé / jus de pamplemousse).

Construction d'un site

Journée (à la maison, télétravail) sur "mon" site. Bien progressé. J'espère que cela permettra de moins répéter toujours la même chose: il suffira de donner un lien (je n'en peux plus de répéter tout le temps la même chose).

C'est aussi à destination des RH qui ont beaucoup perdu en expertise en quelques années (la législation évolue et elles ne se mettent pas à jour). Leur incompétence condescendante m'agace.

Mon ordinateur perso (mon MacBook air 11 pouces de février 2012) est inutilisable car le chargeur a rendu l'âme (sans doute une rupture dans le câble).

Regardé les premiers épisodes de la saison 3 de Homeland tard dans la nuit. Un début sous le signe de la folie.
Je pensais cet après-midi à "la Cinq" lors de sa création dans les années 80, avant qu'elle ne devienne Arte. Elle ne diffusait que des séries, souvent américaines et souvent en boucle, et je m'étais dit à l'époque qu'il était heureux que je n'ai pas la télé, que j'aurais passé tout mon temps devant en tricotant.
On y est, sauf que je ne tricote pas car je ne sais pas où est mon catalogue dans tout ce bazar.

Une saison

Commencé la journée devant Homeland saison 2 (vers sept ou huit heures, son très bas), puis marché avec H. (les commerçants toujours heureux de nous voir ensemble — un rosé sur les chaises colorées installées sur le parking), puis repas, puis retour devant la télé.

J'ai regardé toute la saison, soit douze heures, je pense. Un peu abrutie.
Spoiler alert: on remarquera le retournement, d'une Carrie seule à penser Brody terroriste dans la saison 1 à une Carrie seule à le croire innocent à la fin de la saison 2.

J'en ai profité pour vider les boîtes de cassettes vidéo de leurs cassettes et de leurs couvertures papier: les boîtes et les couvertures vont dans la poubelle emballage, les cassettes dans la poubelle générale. Cela représente un tel volume qu'il va falloir plusieurs semaines pour écouler tout ça. J'ai fait des tas.

A/R à Mortagne

J'ai prévu d'aller voir régulièrement A. pour tenter de lui donner un cadre, pour l'empêcher de dériver. J'ai peur de sa tendance dépressive dans une ville où elle ne connaît personne. Et de fait, elle m'avoue dormir plus de dix heures par jour et rester des journées entières chez elle.

J'arrive à midi. Pastis chez Diogène aux sons de jazz, au coin de la place Charles de Gaulle. A côté, une photographe expose dans un style hollandais des natures mortes à couper le souffle. J'aime vraiment beaucoup, mais il faudrait refaire la décoration de toute la maison… et c'est à peine si nous aurions assez de murs (car que rejeter de ce que nous avons aujourd'hui?)

J'aime beaucoup cette ville, je m'y sens bien.

Repas en crêperie, puis après-midi studieux: quelques règles de vie (tout le problème est que tout ce que je dis sera retenu contre moi: A. a le chic pour pousser toute recommandation à son extrême pour la transformer en pire conseil) et une revue de son site. Elle a mis en ligne quelque chose d'assez tristoune sans photo, je lui montre le mien (sans photo non plus, mais j'ai pour objectif qu'il soit tristoune: ce n'est pas un site pour attirer mais pour repousser, pour qu'on me/nous laisse tranquilles!)
J'achète à vie un abonnement à elegant themes: celui-là sera personnel. Les thèmes WordPress gratuits c'est plein de bonne volonté, mais je prélère payer et avoir une programmation professionnelle. Sans doute un pli pris à vivre avec un informaticien. A. semble reprendre courage. Maintenant il faut prendre en main Divi!

Nous sommes ressorties un peu avant cinq heures: passage à la médiathèque où elle n'a pas encore mis les pieds (c'est à ce genre de détails que je me dis qu'elle se laisse dépérir); à la librairie à deux pas où la libraire accueillante a peut-être un chien à soigner et un stand à une fête à la ferme; à l'office du tourisme où une charmante dame se chargera de mettre une affiche sous le marché couvert.
Je repère des randonnées, des fêtes, des sorties: il faut que A. rencontre du monde, pour se constituer une clientèle certes, mais avant tout pour sa sauvegarde mentale.

Nous rentrons et nous nous remettons à nos sites. C'est assez fastidieux car la liaison internet se fait par l'intermédiaire du téléphone qui sert de clé 3 ou 4G.

La casquette enfoncée bas sur les oreilles, je rentre tard dans la nuit en poursuivant l'écoute des podcasts sur Bernstein commencée ce matin.

Piments

Télétravail. Indien à midi (pakistanais, nous dira demain le charcutier qui a son laboratoire en face et nous a vus entrer).

H. et le serveur parlent épices. Explication surprenante du serveur: «Je suis ici depuis 2003, je ne peux plus manger des piments comme chez moi, ça me rend malade. Ici, il ne fait pas assez chaud, on ne transpire pas assez.»

Je retiens qu'il ne peut pas manger aussi épicé sous nos latitudes mais je me demande si son explication est la bonne.



Nous rachetons des cigarettes. Assis sur un banc, H. regarde mon début de site sur son téléphone: «Mais il n'est pas full responsive!» s'exclame-t-il.
Dans l'après-midi je télécharge Divi d'Elegantthemes et je transforme l'ensemble. (Ce n'est pas difficile, c'est tout de même magique cette dissociation de la forme et du fond.)

Un départ à la retraite

En tant que trésorière de l'association sportive de l'entreprise, je suis invitée au départ en retraite de la comptable. C'est la première fois que je vois quelqu'un fêter son départ le jour de son départ: ce soir elle ne sera plus là.
Nous ne lui manquerons pas, elle part sans se retourner, avec une sorte de soulagement.

Au mur du restaurant très orienté rugby, ce carrelage que je photographie pour mes rameuses préférées:

2018-0809-transpirer-ensemble.jpg

Nanterre Préfecture

Je recherche des photos pour illustrer mon site. Je vais voir chez Patrick (la plupart sont fantastiques. Je ne vois pas toujours de quel lieu elles ont été prises) puis choisis celle-ci. Si ce choix est validé par les administrateurs, je demanderai quels sont les droits d'utilisation.


(Demain H. me dira que cette photo n'a aucun rapport avec notre activité et que c'est un choix non professionnel. J'ai donc finalement retenu tout autre chose.)


Mission Impossible 6, Fallout, avec H. à Bercy (17h30) : intéressant cette façon d'insister sur le fait que le fait de sauver un groupe ne justifie pas de tuer (ou laisser mourir) une seule personne. «Toute vie compte», on se croirait dans un vieux conte monachique.
Intéressant ou inquiétant également qu'il s'agisse de faire disparaître un tiers de l'humanité. Dans le dernier Avengers, il s'agissait d'une personne sur deux: serait-on en train de rappeler à tous (puisque ce sont des blockbusters destinés à un large public) qu'il ne faut pas céder à la tentation de détruire des vies sous prétexte de sauver la planète, ou de rendre meilleure la vie de ceux qui restent? En prenant le risque d'habituer les spectateurs à l'idée qu'un tiers ou la moitié de la population en moins ne serait finalement que le prix à payer pour une planète assainie (la vieille logique des sacrifices. Cela me rappelle la guerre de Trente ans: elle n'a rien changé mais a résolu le problème de surpopulation.)

Puis dîner chez Roberta, un restaurant très italien de Bercy.

Fail

Il a failli pleuvoir.

Perdus

RER A vers 18h à Nanterre préfecture. Normalement il devrait être climatisé, mais est-ce dû au fait qu'il s'arrête à La Défense (RER A coupé entre La Défense et Nation pour travaux), la clim ne fonctionne pas et la rame est une fournaise. A La Défense, message: «la ligne 1 est surchargée, veuillez emprunter la ligne L pour Paris-St-Lazare puis la ligne 14».
Impavide je remonte le long du terminus de la ligne 1 en provenance de Paris et m'installe dans les voitures surchauffées qui se vident de leurs passagers. La rame repart avant que les petits hommes verts de la RATP n'aient réagi. Elle accélère dans le tunnel, s'arrête il me semble bien plus tôt que d'habitude, et repart dans l'autre sens charger la foule amassée sur le quai en direction de Paris.
Correspondance ligne 6. Je m'endors. Il fait toujours aussi chaud.
Métro aérien, la Seine, la tour Eiffel, Pasteur, Montparnasse, je me rendors.
Brutale sonnerie à Raspail, trois stations avant mon but: «Malheureusement j'ai une mauvaise nouvelle, tout le monde descend ici, je dois évacuer la rame».
— What happens ? demande un jeune Anglais.
— I don't know. Just wait here and take the next one.

Je sors dans l'espoir de prendre un Mobike. Rien. Je marche en direction de Denfert: H. a proposé que j'attende immobile qu'il arrive en voiture mais je suis si énervée que je préfère user mon agacement en marchant.
Je repère un homme qui ressemble à Poutine en plus jeune et plus musclé, avec ce développement des épaules qui donne l'air aux nageurs de ne pas avoir de cou (je déteste ça) et une fillette de dix ou douze ans sortie tout droit d'un calendrier des PTT. Il a un sac en papier à la main, léger, elle tient un smartphone. Je continue à remonter le boulevard.

A quelle occasion m'ont-ils abordée? Me suis-je arrêtée pour remettre mon livre dans mon cartable? Je ne sais plus. Quoi qu'il en soit, ils m'ont demandé leur chemin: le Campanile avenue du Maine, sans que je sache s'ils parlaient anglais ou français. Un coup d'œil sur le téléphone de la fillette (qui ressemblait à l'affiche de Soleil trompeur) m'a fait comprendre son air suppliant et l'exaspération du père: 4 ou 5% de batterie, le nom des rues en cyrillique, et visiblement c'était elle qui avait insisté pour rentrer à pied par les rues de Paris… Ils étaient perdus, fatigués et bientôt sans carte.

J'ai sorti mon téléphone (pour économiser sa batterie), commencé à rechercher sur Citymap, un peu ennuyée de si mal maîtriser le fonctionement des cartes sur téléphone (je suis désorientée entre les applis qui conservent le nord en haut de la page et celles qui s'obstinent à vous présenter un chemin droit devant vous, tournant la carte quand vous tournez le téléphone dans la tentative désespérée de remettre le nord en haut de l'écran).
Ce n'était pas très loin, j'ai tenté de montrer le chemin avec les mains, l'homme a soudain vu son salut dans une station de taxis — mais pas de voiture (le taxi aurait-il accepté une course aussi courte?), j'ai commencé à me dérouter pour les guider, pensant que H. n'arriverait pas tout de suite et que j'aurais le temps de remonter ensuite à Denfert — mais non, il a appelé, rendez-vous au Campanile avenue du Maine «— mais qu'est-ce que tu fais là? — Je t'expliquerai, je raccroche» — nous avons continué le long des trottoirs à l'ombre, c'était plus loin que prévu. L'amusant a été de voir passer deux fois H. dans sa voiture-jouet au ras de la route, une fois devant nous, concentré sur la route il ne m'a pas vue, une autre fois à une intersection lointaine — toutes les rues en sens unique vers l'est tandis que nous allions vers l'ouest.
Soudain les Russes ont reconnu leur hôtel au loin, soulagement et reconnaissance, traversée imprudente du boulevard, je suis montée dans le cabriolet rouge garé devant la porte en me disant que tout cela était fort cinématographique.

Complainte des transports en commun pendant le retour:
— Ça marche de plus en plus mal. Si je n'avais pas peur du ridicule, je penserai à des sabotages. (Je pense aussi aux coupures du 27 juillet.)
— Peut-être.
— Ou alors il manque d'électricité? Ils ont arrêté des tranches de centrales? (Je voulais dire: dans une volonté écologique, mais H. répond:)
— Oui. Il fait trop chaud, ils n'arrivent plus à les refroidir.

(Bon. Cela n'explique rien. L'électricité de la capitale ne dépend pas des centrales sur le Rhône et l'Isère, plutôt de celles de la Loire.)

Anti-moustiques

Comme d'habitude je suis la première levée. H. a innové : au lieu de dormir au rez-de-chaussée, il s'est enfermé dans la chambre d'O. pour échapper aux moustiques (mais pas à la chaleur puisqu'il faut alors fermer toutes les fenêtres toute la nuit).
Je commence à ranger l'étagère que nous avons descendue dans la chambre (l'ancienne chambre) d'A. L'idée est d'y mettre tout ce qui concerne la théologie, le grec et mes classeurs de cours. Au fur à mesure que j'avance, que je ramène également les livres relégués au grenier (dans la dernière pièce, "the room of requirement", je me rends compte que cette étagère ne suffira sans doute pas, à moins que je ne range les livres sur deux épaisseurs. Je suis submergée par l'idée de tous ces livres, il va vraiment falloir que je les lise un jour.

J'entame ensuite le deuxième chantier des vacances: se débarrasser des cassettes vidéo. Je n'ai pas trouvé de lieu qui les recycle. Idéalement il faudrait les démonter, enlever la piste magnétique pour la jeter d'un côté, jeter le plastique d'un autre et les vis en métal à part. Je vais me contenter de jeter les boîtes à part en enlevant la couverture de titre en papier glacé (des limites de l'engagement écologique).
Je descends l'ensemble des cassettes (combien? à vue de nez dix tas de douze à quinze cassettes). J'isole quelques-unes que je veux conserver à tout prix (Bernie, Divine mais dangereuse, C'est arrivé entre midi et trois heures, Bound, Train de vie), H. en fait autant de son côté, puis vérifie pour la vingtaine de cassettes ainsi sélectionnées si les films sont disponibles en ligne ou en DVD. Il en reste finalement huit ou neuf, dont un coffret des Mystères de l'Ouest, Le vieux Fusil et La Bataille du rail qui ne sont pas disponibles pour des questions de droits. (Oui nous avons encore de quoi les regarder : simplement la résolution des cassettes n'est plus du tout adaptée à la résolution des écrans. Par ailleurs nous avons perdu l'habitude des VF imposées par les cassettes.)

Les étagères vides sont noires de poussière. Derrière se trouve une porte et des cartons que je voudrais inventorier, dans l'espoir d'en jeter quelques-uns et les remplacer par d'autres. Je ne sais pas quand j'aurai le temps de faire cela. Après avoir jeté tant d'archives au bureau cette année, j'ai envie d'en faire autant à la maison pour passer à autre chose.
Il me reste une dissertation et un mémoire à écrire avant de passer vraiment à autre chose.

Après-midi sur FB à rechercher les souvenirs d'un noir qui les a racontés en avril au moment de l'anniversaire des émeutes de Kansas City.

Nous avons installé une moustiquaire : crochet au plafond, voile de mousseline, … Nous allons pouvoir laisser les fenêtres ouvertes malgré la chaleur.
Inconvénient : la peur de s'emmêler dans la mousseline en bougeant la nuit et les chats à maintenir à distance: s'ils sautent sur le lit ils vont tout déchirer.

Matin

6h46. Debout depuis une heure, chassée par les moustiques. J'arrose. Vol de perruches vers le sud; le soir elles passent dans l'autre sens: où vont-elles? Bloguer, ranger, trier… Dans deux heures aller transpirer en salle puis au sauna (non, l'été caniculaire ne me suffit pas!), les clubs d'aviron sont fermés.

Le long de la Marne

Restaurant Château des îles avec Pascal et Daphné. Je me demandais qu'elle pouvait être la raison de cette invitation: il n'y en avait pas (le moment où je me dis que j'ai le cœur perverti et ne crois plus à la gratuité des gestes).

Comme Daphné et Pascal sont architectes et urbanistes, je leur demande leur opinion sur la loi Elan qui prévoit que 10% des logements neufs seront équipés pour les handicapés (et non 100%):
— Un empâtement au sol de quatorze mètre cinquante au sol et non douze, ça fait des gros pâtés… Ce n'est pas du tout la même chose.
— Tout le monde n'a pas besoin d'une salle de bal dans ces WC (et c'est vrai que nous avons fait une drôle de tête en découvrant nos WC à Tours).
— Ce que je ne comprends pas, c'est s'il s'agit du handicap au sens propre ou si le législateur a autre chose en tête, du genre le maintien à domicile des personnes en grande dépendance.

(Bref, cela ne les choque pas dans la mesure où il y a aujourd'hui beaucoup, beaucoup, beaucoup de personnes non handicapées à loger).

Excellente soirée. Dans un moment d'enthousiasme les hommes de l'assemblée ont pris l'engagement de renouveler cette soirée tous les deux mois. Mon pessimisme dit que si nous y arrivons tous les six ce ne sera déjà pas si mal (pas de mauvaise volonté de ma part, au contraire. Mais le temps passe si vite dévoré par tant d'obligations.)

L'endroit est très beau, très bien situé. Malgré la présence de l'eau l'air a à peine fraîchi. Comme il fait chaud cette année, mais cela fait si longtemps que nous nous contentons de deux semaines de beau temps l'été que je n'arrive pas à m'en plaindre.

J+5 Fin

J'envoie les liens vers les quatre albums de photos dans la matinée accompagné d'un petit mot :
«Bonjour à tous,
Merci à tous, vous avez été formidables.
Toute l’année j’ai stressé dès que je voyais votre nom sur mon téléphone ou mon mail (« ça y est, ils vont m’annoncer une catastrophe!») mais c’était toujours pour m’encourager ou me rassurer («tes parents viennent de partir, tout va bien, ils ne se doutent de rien!»)
J’ai eu peur d’absolument tout, jusqu’à imaginer que tous les voisins sortent en même temps une enveloppe bleue de la boîte aux lettres en présence de maman… qui n’en aurait pas eu (mais non je ne suis pas angoissée).
[…]»

Je considère que j'ai fini ma "mission". Je suis satisfaite du ou des résultats obtenus, les gens ont l'air si heureux sur les photos, contents d'être là, fiers du coup monté auxquels ils ont participé sans se couper une seule fois. Je suis satisfaite des liens que j'ai contribué à renouer entre eux, et pas seulement entre eux et mes parents. C'était aussi l'un des enjeux de cette rencontre: les liens transversaux.

Je passe en salle de sport puisque les clubs d'aviron sont fermés pour deux semaines puis au marché.

Télétravail l'après-midi (jusqu'à neuf heures de soir : horaires décalés). Je règle l'urgent et le courant. Sur ovh, j'achète un nom de domaine et une installation wordpress. J'ai l'intention de passer les deux semaines à venir à construire un site pour la mutuelle, un site non référencé par Google mais qui de proche en proche devrait considérablement — dans mes rêves les plus fous — diminuer les coups de téléphone des retraités. Après tout, en six ans, j'ai si bien augmenté la productivité qu'il ne sera peut-être pas nécessaire de me remplacer. Si j'arrive à mettre au point ce site….
(On pourrait se demander en quoi est-ce un progrès de ne pas me remplacer : d'une part, moins les frais de fonctionnement sont importants, plus les cotisations de la mutuelle restent stables, d'autre part ce sont les tâches les plus répétitives et les plus ennuyantes qui sont supprimées: il reste les plus intéressantes. Faire disparaître les quatre-vingt pour cent d'ennuyantes au profit des vingt pour cent intéressantes est le but.

Les Pensées de Pascal

RER A La Défense 14h20. Attente du départ (puisque les rames partent de la Défense : plus de RER A entre Nation et La Défense du 28 juillet au 24 août).


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Vu Dogman. Très froid dans la salle. Publicité de Cartier : les gens qui vont au cinéma Gaumont Opéra achètent-ils des bijoux chez Cartier?

Je continue l'identification des photos devant Homeland. J'aime le générique qui voit grandir le personnage principal en parallèle des attentats des trente dernières années, depuis Lockerbie en 1988. Cela n'a jamais arrêté. De Carlos et les Brigades rouges jusqu'aujourd'hui, mes souvenirs sont remplis de ses reportages.
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