Towel day

Programme du jour de la serviette vendredi 25 mai 2012 (des explications ici).

Cette année j'ai commandé ma serviette.

Rumeurs du monde (financières)

Margin Call (quelques problèmes, j'avais pris un billet pour Le Prénom, j'ai changé d'avis devant la salle, me suis installée dans celle de Margin Call, l'ouvreur m'a poursuivie dans la salle quasi-vide, j'ai refusé de sortir, j'ai eu droit à un sermon à la sortie… Pfff.)

Margin Call. Film honnête, brochette d'acteurs connus, Kevin Spacey sort de ses rôles de salaud pur dans lesquels il semble s'être spécialisé dernièrement. Le plus appréciable dans ce film est sans doute son manque de manichéisme, il s'agit juste de sauver sa peau en décidant qui sacrifier — et en en informant honnêtement les sacrifiés (oui, cela fait une différence).

Quelques remarques morales (as opposed to techniques ou esthétiques):

- un plaidoyer pour les traders: «Nous permettons aux gens de vivre au-dessus de leurs moyens, de s'acheter les voitures qu'ils ne peuvent pas se payer. Ils ne veulent pas s'en souvenir. Si nous nous trompons [1], ils se moqueront de nous, mais si nous avons raison, ils nous haïront.]
(Emission sur la Suisse, paradis fiscal, sur France Inter dimanche matin. J'en entends des bribes: «Pourquoi les pays occidentaux ne font pas pression sur la Suisse, puissance moyenne, pour arrêter la fuite des capitaux? Parce que les hommes d'influence de chaque pays participent à cette fuite.» (cf. la chute du gouvernement Herriot en 1932).

- opposition finance / monde réel: construire un pont / jouer avec un ordinateur: qu'est-ce qui est le plus utile? (cf. remarque ci-dessus et ce film).

- «Quand on est le premier à atteindre la porte, cela ne s'appelle pas de la panique.»

- «Nous n'avons pas le choix». Voilà qui me choque. Est-ce dans l'éthique protestante, dans les valeurs américaines? je ne crois pas (je suis sûre que non). J'ai cru un moment que ce n'était que des paroles consolatrices destinées à un personnage. Mais elles sont répétées à plusieurs reprises.
Nous avons le choix, mais le choix droit nous fait ressembler au père de Sebastian Haffner[2] dont l'attitude honnête le condamnait au ridicule: avoir sa conscience pour soi mais paraître (être) un loser, il y faut beaucoup de courage, de principes, ou la foi.


Je n'ai pas d'idée précise sur les relations économiques, mécaniques, entre la crise américaine et la crise de la dette grecque, mais regarder un film où les personnages décident en toute conscience de précipiter le monde dans la crise pour sauver leur peau ne manque pas de sel quand on appartient à une société en train d'être vendue suite aux pertes dues à la dépréciation des obligations grecques. Une envie de rire ou sourire, relativisons (cf. la longue litanie des crises financières égrenée par Jeremy Irons.).
Je repense à 1991, à mon collègue dont le voisin cadre supérieur ne parvenait pas à retrouver du travail, il me semble n'avoir jamais vécu que dans un pays en crise (trois millions de chômeurs un peu après mon bac), apprenant parfois avec surprise deux ans après que deux ans avant, le pays connaissait une période de prospérité (comprendre: 2% de croissance). Apprendre cela me donnait toujours l'impression d'être, d'avoir été, flouée: pourquoi ne m'avait-on pas dis pendant la prospérité que nous étions prospères?

Notes

[1] dans le fait que ces traders sont en train de tout vendre à perte pour sauver ce qui peut l'être; précipitant ainsi la faillite de tous les autres

[2] «Enfermé dans la devise "Un fonctionnaire prussien ne spécule pas", il n'acheta pas d'actions. Je considérais cette attitude comme la marque d'un esprit étrangement borné, surprenante chez cet homme — un des plus intelligents que j'eusse connus. Aujourd'hui, je le comprends mieux. Rétrospectivement, je puis ressentir un peu du dégoût que lui inspirait "cette monstruosité", et l'aversion irritée qui se dissimulait derrière une platitude: ce qu'il ne faut pas faire, on ne le fait pas. Malheureusement, les conséquences pratiques de ces principes élevés dégénéraient parfois en farce.» Histoire d'un Allemand

Cinq jours

Dimanche : lever 7h30, marché pour faire faire un casse-croûte aux garçon par le charcutier portugais, un instant de confusion en ayant cru que le gazoil était néfaste à une voiture diesel, Bruyère-le-Chastel, re-marché pour nous cette fois, (je rentre les autres se lèvent), déjeuner, sieste, quelques image de M.A.S.H, j'ai trouvé mon plan, yapluka remplir, cépagagné.

Samedi : lever 7h30, les Halles à 10 heures, deux paires de chaussures pour O., passage chez le charcutier, nous rentrons, les autres sont debout depuis une demi-heure. J'ai presque fini les années Tel Quel par RC, très intéressant. Communion de Vladimir. Quand nous rentrons à deux heures du matin, les enfants partis une heure avant nous attendent dans leur voiture, ils n'avaient pas de clé de la maison.

Vendredi : j'obtiens quelques renseignements sur notre sort prochain. Prévoir une annonce dans les formes fin juin, une décision définitive en septembre (trois options: partir avec le racheteur, retourner à la maison-mère, être licencié lors d'un plan social. Question: si je devais en profiter pour me reconvertir, que choisir?)
Mon boss est rentré de vacances. Suite à des échanges vifs avec le consultant, je devais recevoir un savon, mais une urgence a surgi. J'ai donc reçu un appel au secours (d'où les renseignements obtenus: j'ai papoté pendant le sauvetage que j'effectuais, ou plutôt le sauvetage a consisté à papoter).
Mais ce n'est que partie remise (pour le savon, je veux dire).
(Je n'ai pas racheté de cigarettes.)

Jeudi : pas de souvenir.

Mercredi : premier véritable jour de mai. Une heure de bavardage sur un banc dans la cour au lieu de travailler. C'était bien. Beaucoup parlent d'abandonner. Trop dur, trop lourd.

Peut-être que je n'aurais pas dû prendre ce pseudo, peut-être que je devrais oublier Lewis Carroll, bien plus redoutable que Kafka

Lundi. Rendez-vous à 9h45 pour une visite de contrôle de mon doigt.
— Vous avez la radio?
— Euh non, je n'y ai pas pensé. (Mais de toute façon, on veut voir l'état du doigt maintenant, pas il y a deux semaines.)
— Alors on ne peut rien faire. Vous avez une voiture? (Non je n'en ai pas. H. m'a amenée. Mais de toute façon c'est stupide, je n'irai pas chercher cette radio.)
— Non. Et je ne vais pas chercher cette radio en RER.
— Alors vous pouvez repartir.
Je ne réagis pas beaucoup. Je ne dis rien, je dois commencer à m'en aller mentalement, mais je n'ai pas encore bougé. Je vais partir sans rien dire, sans prendre un autre rendez-vous, sans plaider, elle le sent, je crois. Elle reprend:
— Allez au service de radiologie pour qu'ils vous réimpriment un compte rendu. Droite, droite. (Ai-je pensé "Salope"? Je ne crois pas. J'aurais dû.)

Droite, droite. Trois secrétaires, une ligne de confidentialité, elles sont rapides et efficaces, ça se passe plutôt bien.
— Je viens chercher une copie du compte rendu pour mon doigt. Ça date du 23.
Mon nom, ma carte vitale…
— Mais il y a deux radios… Le pied aussi?
— Oui ça c'est le soir. Le doigt c'est le matin.
— Vous n'avez pas récupéré le pied. Et vous ne l'avez pas réglée. Je vais vous la faire régler.
Carte vitale, carte bleue, je récupère la radio de mon pied, le compte rendu de la radio de mon doigt. Je retourne au guichet de la "chirurgie des membres supérieurs".

— Très bien. Installez-vous, on va vous appeler.
Il est dix heures vingt.
Je lis Vigiles.
Plus tard (un peu plus tard), un homme en blouse blanche vient me chercher (il avait déjà passé la tête plusieurs fois dans la salle d'attente pour demander: «Des points de suture à enlever? Des pansements à refaire?») et m'installe dans un petit bureau. Il y a une grande peinture de voiture de course des années 20 au mur. J'étudie les posters, l'inflammation du canal carpien, c'est très intéressant, en anglais.
Je reprends mon livre.

Plus tard je passe la tête par la porte: m'a-t-on oubliée? (Non, ce n'est pas de l'impatience. je n'ai pas raconté ici que dans la soirée du lundi 23, les urgences m'ont oubliée: j'ai passé une radio du pied, puis ils ont littéralement oublié de m'appeler pour la suite. Je ne disais rien, persuadée qu'il ne fallait pas déranger des gens en train de traiter la souffrance humaine, qu'il y avait des cas plus grave que le mien… Quand nous nous sommes renseignés à minuit, il est apparu que j'avais été oubliée…)

Au moment où je passe la tête, une jeune doctoresse arrive, pimpante et chaleureuse (non, l'homme en blanc était l'infirmier, pas le médecin)).
— J'ai cru qu'on m'avait oubliée.
— Non, je suis juste en retard.
Je lui tends le compte rendu.
— Vous avez fait une radio aujourd'hui?
— Non.
— Il nous faut une radio.
Elle se lève, je la suis, elle va voir la secrétaire: «Il me faut une radio»; la secrétaire : «Allez passer une radio, puis revenez». (Toujours pas pensé «connasse», juste «C'est bien ce qu'il me semblait, aussi.» J'ai été élevée dans le respect du corps médical, des gens qui se dévouent pour les autres…)

Droite, droite, les secrétaires, je viens faire une radio de la main, allez attendre au fond, on va vous appeler.
Je lis Vigiles.
Peu à peu les sièges se vident, chacun passe. Je reste seule. De nouveau, m'a-t-on oubliée? Comment se fait-il qu'il n'y ait personne d'arrivée après moi?
Non, mon tour vient.

Le technicien radiologue est en blouse verte. Il est asiatique, barbe pointue, et je ne serais pas surprise qu'il eut une natte (il n'en avait sans doute pas).
— J'enlève mon attelle? (Je sais qu'on va me la changer, de toute façon. Je n'attends que ça, d'ailleurs: un pansement propre.)
Il prend une voix doucereuse, comme s'il parlait à un enfant de cinq ans qui comprend mal. Ma parole, il se moque de moi:
— Non, les scientifiques ont réfléchi, l'aluminium est un métal, mais ils ont mis au point un métal qui laisse passer les rayons, c'est formidable, non?
Je me fige. Pourquoi ai-je parlé? Je suis muette, immobile, je ne réagis pas. Suis-je condamnée aux cons en ce moment? Karma? Conjonction astrale? Ou ils sont tous comme ça et d'habitude je leur échappe, miraculeusement?
— Ça n'a pas l'air de vous faire plaisir.
Visage immobile. Main immobile. Je ne réagis pas. Je place ma main en suivant ses ordres.
— Voilà. Retournez devant les secrétaires pour attendre le compte rendu.
— Merci.

Je retourne en salle d'attente.
J'attends.
Je lis Vigiles.
Radio, compte rendu, carte vitale, carte bleue. Il est midi moins le quart. Je regarde le compte rendu, sur lequel il est très exactement écrit: «radio de contrôle».

Je retourne au premier guichet. La secrétaire a changé. La moutarde commence à me monter au nez. Je tends ma radio:
— A quoi cela sert-il de donner rendez-vous à 9h45 si c'est pour n'avoir toujours vu personne à midi? J'ai prévu de travailler cet après-midi, j'ai des rendez-vous à la Défense.
— Je sais Madame, il nous fallait une radio. Vous serez la personne suivante.

Je lis Vigiles, mais c'est effectivement très vite mon tour.

La doctoresse regarde la radio, commente:
— Ils n'ont pas enlevé l'attelle?
— Non. Je l'ai proposé au technicien mais il a refusé. Il m'a donné des explications sur l'aluminium comme si j'avais cinq ans.
— Ils ne prennent aucune initiative.
Peut-être que ma remarque l'a amenée à penser que j'étais humaine, qu'on pouvait me parler. Elle m'explique ce qu'on ne m'avait pas expliqué, il s'agit moins d'une fracture que d'une entorse, une entorse si brutale que le tendon a arraché un morceau d'os. Elle a beaucoup de charisme et un beau sourire.
Elle enlève l'attelle. Le sparadrah colle, c'est difficile.
— Je peux le faire si vous voulez.
— Pourquoi, vous n'avez pas confiance?
La réponse m'atterre. A quoi est-elle confrontée au quotidien, pour me répondre ainsi alors que je propose de l'aide?
— Non, c'était juste pour aider.

Le doigt est très raide, j'arrive à peine à le plier. Très enflé, aussi.
— On va faire un pansement en se servant du majeur comme attelle. On va libérer l'articulation pour que vous puissiez plier le doigt.
— C'est amusant, quand on m'a mis l'attelle, on m'a expliqué qu'il fallait tendre le doigt pour qu'il ne reste pas plié, et maintenant c'est l'inverse, je n'arrive plus à le plier.
— Ne vous inquiétez pas, ça va revenir. Il est beaucoup plus facile de rendre souple un doigt gardé droit que de remettre droit un doigt gardé plié…
— Oh mais je vous crois. C'est très intéressant, quand on pense au temps qu'il a dû falloir pour mettre au point la méthode… (Je songe à ceux qui ont gardé des doigts pliés, et ceux qui ont gardé des doigts droits, avant qu'on ait compris le bon timing… Elle sourit, elle a l'air contente que ça m'intéresse.)
— Je vous prescris de l'élastoplaste 3 cm. (Suivent des instructions). Vous gardez le doigt attaché un mois, nuit et jour. Et quand vous reviendrez, faites une radio sans pansement.

Elle m'accompagne au secrétariat. Rendez-vous le 6 juin à 9h45.
Je paie. Carte vitale, carte bleue.
— Et la radio?
— Il vous faut une radio?
— Oui.
— Eh bien, allez prendre rendez-vous pour la radio.

Droite, droite. Rendez-vous à 8h45 le 6.

Je sors. Je prendrai le RER de 13h à Boussy-Saint-Antoine, un peu déprimée par le fait qu'il n'y ait qu'à partir du moment où j'ai parlé sèchement à la secrétaire que j'ai obtenu un peu de considération.
Je hais les gens qui ont besoin d'être maltraités pour devenir polis et efficaces.

Hamlet

Vendredi soir, représentation d'Hamlet. Après Le Misanthrope de l'année dernière, je ne l'aurais manqué pour rien au monde.

Hamlet était joué par une jeune fille dont le style et l'allure me rappellent Inès de la Fressange. Excellents Hamlet, Claudio et Ophélie.

J'écoute le texte, je m'étonne toujours autant du succès de cette pièce si décousue, je me demande dans quelle mesure Shakespeare n'a pas profité de ce prétexte pour nous servir ses thèses sur la vie (en prétextant la folie…), mais aussi de quelle troupe d'acteurs il se moquait, et quelles étaient ses opinions ou croyances religieuses en ces temps troublés; je reconnais au passage l'exergue de L'Aleph, «un espace infini dans une coquille de noix». (Et l'importance du songe, toujours. Est-ce que tout cela n'est pas un rêve d'Hamlet, un cauchemar?)

Je pense à Pierre Bayard qui m'a fait découvrir l'histoire de John Dover Wilson qui me donne envie de pleurer chaque fois que je la lis. (En 2006, en 2006, je ne pouvais pas savoir que ce nom était si églogal).

Les liaisons dangereuses

Il ressemblait à Edward Burns, un acteur très mon genre. Photo sans flash, jamais très bonne, hélas.
Ligne 12 vers 18h30.


Le chic

Lu dans Cosmopolitain de ce mois-ci.
C'est une fille qui explique ses trucs et astuces pour bâcler les corvées afin de ne pas perdre de temps: porter des pulls pour ne pas repasser, etc.
Elle termine par:

«Il paraît que j'ai une collègue qui ne se vernit que les deux orteils qui dépassent des chaussures ouvertes. Alors là je dis: total respect.»

Déception

J'ai cru que nous étions vendredi soir.

Effervescence

Journée à essayer de travailler (+ crumble à la rhubarbe + identification de Martin Kluger). Commencé à utiliser Travers Coda. Saisie d'une sorte d'effervescence, cela va profondément changer la façon de travailler. Le référencement des références multiplie les croisements (sachant que sont reprises les références dans Journal de Travers, ô bénédiction).

Bribes

Je découvre à midi que je ne devrais pas être là. Quand le médecin des urgences avait dit «Je vous arrête jusqu'au 30», j'avais pensé «Il exagère, me faire reprendre lundi alors que mardi est férié», mais consciente qu'il allait passer sa nuit à soigner des blessés dans des états bien pires que le mien, je n'avais pas protesté.
C'était 30 inclus.


Plus tard.
— L'exposition Degas se termine quand? Ma vie est tellement con que je n'en sais rien.
— Je ne sais pas non plus, c'est le genre de truc que je lis sur les murs du métro. Tu n'as qu'à regarder.
Rire confus: — Moi dans le métro je ne vois rien, je pense au refinancement de la dette sociale.
(Et le pire, c'est que je sais que c'est vrai).


Vers 17 heures, je feuillette Paris-Match, un numéro de février peut-être.
«Adjani adore Zahia».
Je regarde Adjani. Quelle bouche laide, à force de toutes se faire bricoler (je viens de voir Carla sur une autre couverture), elles vont réussir à nous donner le goût de vieillir nature.
Je regarde Zahia. Blonde, l'air modeste, yeux noisettes, des seins dont on se demande là aussi s'ils sont entièrement naturels et une cambrure qui me fait mal pour elle. Mignonne.
Je regarde les photos, un truc kisch avec des fleurs et elle à poil, c'est une artiste? Ah non, c'est du Pierre et Gilles, ça y ressemble bien. Mais qui est cette Zahia?
Je lis un peu, les photos ne suffisant pas: pas possible, c'est la Zahia de Ribéry! Mazette, quel chemin parcouru.


18h55. Je démarre la voiture, le présentateur de France-Musique est en train de déclarer: «Marguerite Dura' aurait dit…» (Mais plus tard il remerciera Emmanuel(le) Rause (Mais peut-être est-ce réellement Rause et non Rose?).)

Vendredi

Matin: déchetterie puis un bœuf mode à l'ancienne (pied de veau inclus).
Après-midi: un violoncelle et l'aquarium de Paris. Belleville, rue de la Villette. Quel beau quartier que je ne connais pas. Trocadéro, photo de la tour Eiffel, parfaits touristes, c'est amusant. (J'ai oublié de parler de mon plaisir hier à contempler Paris du haut de Beaubourg. Une voix chante au fond de moi: «Nous n'avons pas été bombardés, nous n'avons pas été bombardés.» Je fais part de mon allégresse à mon compagnon, qui me répond: «Oui, c'est grâce à Pétain, c'est totalement oublié, ce qui est plutôt injuste.» (Et je pense à Rome: qui prendrait la responsabilité de faire bombarder Rome? Rome, la ville indéfendable.))

J'ai mal partout, je suis bien plus mal en point qu'au début de la semaine. Je suis toute courbaturée, et un peu démoralisée par ce que j'explique dans mon précédent billet.

Jeudi

Musée Grévin, expositions Albers et Matisse à Beaubourg. Variations encore. Je songe à cette expression devenue mythique à la maison: «Pour faire de jolis pots, il faut faire beaucoup de pots».
L'intrigant est que les tableaux sur un même thème sont souvent (toujours) peints la même année, il n'y a pas comme chez Degas une évolution s'étendant sur une longue période (pour une même composition, je veux dire): comme si Matisse voulait aussitôt nous montrer plusieurs visions intérieures.

Découvert à mon grand désarroi une nouvelle catégorie d'électeurs du FN: après les extrémistes par conviction, les ouvriers et catégories sociales délaissés, je découvre "l'intellectuel qui fait le malin", qui veut envoyer "un signe" pour signifier que la situation devient incontrôlable dans les écoles, les facs, les banlieues, etc, bien persuadé que "de toute façon le FN ne passera pas".
Certes. Il faudra un jour que je copie certains textes de H.G. Wells du début du XXe siècle (anéantir tous les jaunes): les idées dans l'air rendent certaines idées tolérables, il n'y a pas de neutralité en la matière.

Qui sont ces gens ?

Hier, H. s'est fait voler son iPhone par un pickpockett. Comme c'était un téléphone d'entreprise, il a aussitôt été remplacé par un autre, plus avancé, à qui l'on peut parler et qui vous répond (chaque fois je pense aux lois robotiques d'Asimov):
— Tu te rends compte? Je lui demande le temps qu'il va faire demain, il me répond «Il va pleuvoir demain». Et après-demain? «Le temps pour après-demain n'est pas sûr.» Tu te rends compte? Il a rapproché la deuxième question de la première, il a fait un raccourci sémantique pas du tout évident, ça c'est de la technologie, on n'est plus dans de l'informatique de gestion…

Sa curiosité le console un peu de sa perte (parce que malgré tout, il est malheureux de ce vol, comme chaque fois que nous sommes confrontés à la méchanceté du monde). Il fait des tests:
— Appeler ma femme.
— Je ne sais pas qui est votre épouse. (La voix est un peu mécanique. Elle continue:) d'ailleurs, je ne sais pas qui vous êtes.

Je montre mes fesses sur internet (enfin, au moins une)

Normalement avec un tel titre je devrais exploser mes statistiques. (J'en ai profité pour retourner voir les photos de paréo chez Matoo: las, la plupart des blogs ont disparu. Nous nous étions bien amusés).

Et donc



Autoportrait au bleu aurait sans doute été moins vendeur. (Je ne dois pas être très normale, j'ai toujours aimé les bleus. Je trouve ça curieux, et j'aime voir leur couleur évoluer vers le jaune et le vert.)

Repos

Dimanche soir minuit, après avoir fini d'écrire ici, je suis tombée dans l'escalier. Un doigt cassé (l'annulaire gauche, pas très gênant sauf pour taper), des bleus impressionnants, une entorse (toute petite, je ne m'en suis rendu compte qu'en revenant de la Défense le soir, d'où deux passages aux urgences, matin pour le doigt, soirée pour l'entorse. Assez pour m'arrêter, mais sans doute pas assez pour m'empêcher de courir la capitale avec les garçons jeudi et vendredi prochains. A suivre).

Fini Elégies pour quelques-uns et lu la moitié de Roman Roi aux urgences.

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