Amateur

Quelle était la phrase exacte ? «When I make mistakes, they tend to be long ones» ? Je ne sais plus exactement, j'ai vu ce film Amateur en 1994. Elle était prononcée par Isabelle Huppert, en train d'expliquer qu'elle avait été nonne dix ans avant de quitter le couvent. Ça m'avait plu.

Le montage particulier de ce film m'a marquée : à plusieurs reprises, la réplique d'un personnage commence à la fin d'une scène et se poursuit sur la suivante, scène n'ayant visuellement aucun rapport avec la précédente, tant et si bien que cette réplique devient une sorte de voix-off qui commente des images qu'on ne comprend pas. Cela donne l'impression d'une erreur de montage, d'un décalage de la bande-son. Ce n'est qu'à la seconde vision du film, quand on a la connaissance du futur, qu'on comprend la précision de ces répliques chevauchantes qui s'appliquent bel et bien aux deux situations.

J'aimerais revoir ce film. Il est en vente d'occasion à 99 euros sur Amazon. Est-ce que le plaisir de revoir Martin Donovan vaut ce prix-là?

Lire, écrire, bloguer, etc

Tlön ayant signalé une critique de Rannoch Moor par Michel Crépu dans la Revue des deux mondes, j'ai récupéré l'article et l'ai transmis à Franck. (Il apparaît d'ailleurs que Crépu doit être un lecteur régulier, car il aurait déjà fait une allusion à La Dictature de la petite bourgeoisie il y a un an. A suivre.)

Je remarque dans cet article une phrase que je commenterais volontiers : «C'est curieux, je ne supporte absolument pas les rappels historiques, sous sa plume en tout cas.»
Quoi de plus naturel que de commenter cette phrase sur le site de la SLRC ? Quoi de plus artificiel que de la commenter ici, à grands renforts de liens ? La tentation est grande de fermer ces pages à peine entrouvertes, de prendre mes cliques, mes claques, et de retourner dans mon milieu naturel. Quatre ans d'habitudes, de soins, de chemins si souvent empruntés, ça ne s'oublie pas si facilement, et les pas, les doigts, la pensée, ne comprennent pas bien ce qu'ils font ici à taper du wiki dans une fenêtre dotclear...
Sauf que ce n'est pas mon milieu naturel, sauf que je n'y suis pas souhaitée, sauf que je n'ai rien à y faire. C'est une étrange sensation, à laquelle il faut que je me fasse. (Mon oncle lors de son divorce se plaignait à ma grand-mère:
— Mais maman, je l'aime encore.
— Pas elle, il faut t'y faire.)


Ces quatre ans à écrire sur le forum de la SLRC se soldent donc par un échec. Il faut me résoudre à l'idée que j'étais devenue (à moins de l'avoir été depuis le début, ce qui est tout à fait possible) insupportable: trop magistrale, trop sérieuse, trop seule. Se résoudre à cela n'est pas trop difficile, car je le savais depuis longtemps.
Ce n'est pas difficile aussi parce qu'il y a longtemps que je sais que je n'y trouverai pas ce que je cherche: un répons ou du répondant, un dialogue. Las!

Ce qui est difficile, c'est de peser la mesure de déloyauté (sans oser utiliser le mot de trahison) envers le site de la SLRC. Pour qu'il y ait trahison, il faudrait qu'il y ait eu engagement préalable, convention. Il n'y a jamais rien eu, et j'ai sans doute plus donné que reçu (Hmm. Non, bien sûr. J'ai reçu une dédicace. J'ai reçu le nom de ce blog. Oui, c'est sans doute cela le nœud de l'affaire, l'origine de ce sentiment de trahison que je porte en moi.)


J'aimais sur le forum être dans un lieu ouvert, ouvert à tous. J'espérais, j'ai espéré jusqu'au bout, que vienne quelqu'un qui m'enchanterait, que j'aurais eu plaisir à lire, qui m'aurait appris quelque chose sur la lecture et sur la littérature, quelque chose de précis, de simple, d'évident, que je puisse comprendre.
Je n'en reviens pas, finalement, d'avoir pu croire et espérer si longtemps («Quand je fais des erreurs, elles sont généralement très longues», le personnage d'Isabelle Huppert dans Amateur).
Il n'est venu personne, il ne viendra personne.
Pas grave. Maintenant que je l'ai compris et accepté, je vais m'y prendre autrement. J'essaierai d'assister aux cours de Compagnon à la rentrée. Je vais lire Thibaudet.


Et me voilà avec un blog. Ça m'intimide, heureusement que je suis têtue et en rogne.

Typologie des blogs. Depuis que j'en lis, j'ai eu le temps d'y réfléchir. Trois types principaux se dégagent:
- les exhibitionnistes, qui se dévoilent parce qu'ils aiment se montrer;
- les professoraux, qui font des exposés magistraux sur des sujets qu'ils aiment (parfois qu'ils n'aiment pas, mais ne compliquons pas) et qui souhaitent faire partager leur passion;
- les amicaux, qui souhaitent partager leurs histoires, leur solitude, leurs éclats de rire, ceux qui attendent un peu de chaleur humaine et de communion.

Bien entendu, un blog(ueur) est rarement un type "pur". Le plus souvent il mêle les trois, avec une ou deux fortes dominantes. Les blogs poétiques, artistiques, sont plutôt exhibitionnistes, ce qui confirmerait que faire de l'art, c'est bel et bien mettre ses tripes sur la table (la réciproque n'est pas vraie, un blog peut être exhibitionniste sans être artistique). Les blogs critiques font partie de la seconde famille.

Je n'ai pas de préférence pour un type particulier. Tout dépend du ton, de la manière, des affinités électives.

Bon. Je vais aller regarder le début de la saison 3 de 24 heures chrono. Il paraît qu'elle est nulle.

Printemps

C'est l'époque des beignets de fleurs d'acacia, mais tous les arbres ont été élagués si haut que je ne peux atteindre les fleurs.

Au bon goût de brûlé

Question à O., sept ans:

— Et tu sais ce que ça veut dire, S.P. ?
— Saveur pompier !

Les routiers sont sympas

Un commentaire chez Guillaume m'apprend la mort de Max Meynier.

Lorsque j'étais en terminale, je faisais mes devoirs à la dernière minute. J'avais pris l'habitude de travailler la nuit, 22 heures-2 heures, ou même de me coucher tôt pour me relever, 1heure-5 heures, pour redormir deux heures à l'aube. J'écoutais la radio, très bas. C'était un vieux poste qui ne recevait pas la FM et que la calculatrice HP parasitait.

Je n'ai jamais écouté Macha. J'ai beaucoup écouté Max Meynier. La nuit, les routes, les messages (les naissances, les anniversaires, les galères, les pannes).

Quelques années plus tôt, m'ennuyant beaucoup, j'avais entrepris de lire tous les livres de la bibliothèque du collège, en commençant en haut à gauche (non, je ne connaissais pas Sartre!) Le classement voulait que la première étagère fut consacrée à la collection Fantasia, de grands livres beiges dont les couvertures s'ornaient de lignes dorées formant des losanges, avec une étoile aux intersections des lignes.
J'ai dû lire une centaine des livres de cette collection, dont le souvenir est à la fois vif et brouillé (c'est-à-dire que je confonds tous les titres et toutes les histoires.) L'un d'entre eux racontait l'histoire d'un garçon qui faisait une fugue et voulait devenir routier. Voyage initiatique: à la fin du livre, les divers routiers l'avaient convaincu de devenir aviateur... Je crois que cela s'appelait Et pourtant l'aube se leva. Mais cela conviendrait tellement mieux à un livre sur la deuxième guerre mondiale que je me dis que je dois me tromper. Je pense souvent à cette phrase, à ce titre: Et pourtant l'aube se leva (Et il y eut une nuit, et il y eut un matin).

Plus tard, j'ai fait beaucoup de stop. Je traversais régulièrement la France, Paris-Bordeaux (pas dans l'autre sens, dans l'autre sens j'étais pressée, en retard bien sûr, donc je prenais le train). Ce sont les professionnels de la route qui s'arrêtent pour prendre les auto-stoppeurs, les VRP et les routiers; plus rarement des étudiants.
Je confirme : les routiers sont sympas. Les VRP, c'est plus divers, ils sont plus obsédés, plus matois, plus alambiqués. Les routiers sont sympas, simples, directs, vous proposent la botte au bout de cinq minutes et n'insistent pas. Je me souviens d'un Agenais jeune, aux boucles d'angelot, qui répétait justement «On n'est pas des anges».

J'aimais beaucoup le stop. Les gens qui prennent un stoppeur ont envie de parler. J'ai appris ainsi le circuit de la fabrication des chaises entre la France et l'Italie, la technique du séchage des prunes pour en faire des pruneaux, les caractéristiques du secteur des groupes électrogènes, les amours et les peines de certains, leurs problèmes concernant les enfants, des histoires de vengeance... Je me souviens d'un routier hollandais qui faisait la navette deux fois par semaine entre Amsterdam et Barcelone. Son camion était le plus beau, le plus neuf, le mieux équipé de ceux dans lesquels je suis montée. Il parlait un étrange sabir et m'a détaillé à peu près toute la législation du transport routier en France et toutes les façons de la contourner. Il m'a raconté qu'à une époque il faisait la navette entre la Hollande et l'Arabie Saoudite: dix-sept jours de camion. Il était très gentil, très tendre, je regrette encore de ne pas avoir fait une exception à ma stricte ligne de conduite et ne pas lui avoir dit oui.

Les parkings d'autoroute le week-end, avec les grands camions au repos comme des bêtes punies, me remplissent de nostalgie.

Bonsoir, Max.

Le CSS et les saumons

A l'aide des conseils de Kozlika d'une part, de l'aide en ligne de Dotclear d'autre part, j'ai donc installé ce blog. Bien entendu, je l'ai installé trois fois. La première fois j'ai entré en clair mon nom et mon prénom dans la fenêtre de création du premier utilisateur, qui est également l'administrateur; or je ne voulais pas qu'ils apparaissent ainsi. Persuadée que ce n'était pas modifiable puisqu'il s'agissait des données de l'administrateur, j'ai décidé de tout mettre à la poubelle. La deuxième fois, parvenue à l'étape du paramétrage de la base de données, l'installation s'est arrêtée en remarquant "il semble que Dotclear est déjà installé sur votre machine", ce qui fait que le processus s'est interrompu avant que j'atteigne la fenêtre de création du premier utilisateur.
J'ai donc tout remis à la poubelle et cette fois-ci pensé à soigneusement effacer tous les cookies, pour parvenir strictement au même résultat.
C'est alors que je me suis aperçue qu'il était simplissime d'effacer mon nom et prénom, que ces champs n'étaient absolument pas protégés.

Je me suis ensuite penchée sur les conseils de Kozlika pour changer les styles. Et j'ai découvert CSS.

H. m'a tendu CSS, la référence, d'Eric Meyer chez O'Reilly. J'aime beaucoup les couvertures de cette collection, qui restent cependant un mystère: des saumons pour un langage nommé Cascading Styles Sheets, c'est encore logique, mais pourquoi un rhinocéros pour Javascript, un mouflon pour Perl ou des hippocampes pour les algorithmes en C ?

C'est ainsi que ce livre technique de cinq cents pages se termine par :
« Les saumons ont une place importante dans l'écosystème car leur carcasse pourrie fertilise les lits de rivière. Cependant, leur nombre est en diminution ces dernières années. Les raisons en sont la destruction de leur habitat, la pêche, les barrages bloquant leur passage, les pluies acides, la sécheresse, les inondations et la pollution. »

Cela m'enchante.

(Je ne me fais cependant aucune illusion, cette page risque de rester ainsi encore très longtemps: pas beaucoup de temps, pas beaucoup d'importance...)

Entrée en matière

Les parrains de ce blog sont (même s'ils ne le savent pas) :
  • Phillipe[s], qui me voulait blogueuse dès l'été dernier;
  • Zvezdo, qui m'en a réclamé un à grands cris en janvier;
  • Guillaume, qui me dit avant-hier quand je lui confirmai que j'en ouvrais un : «Eh bien, c'est pas trop tôt!»

Je dédis ce premier billet à Jules puisque «Citer est un vice dont je ne me lasse pas».
«Nous avons suivi l'ordre du hasard, celui de nos notes de lecture. Selon que j'avais eu en mains un livre, grec ou latin, ou que j'avais entendu un propos digne de mémoire, je notais ce qui me plaisait, de quelle sorte que ce fût, indistinctement et sans ordre, et je le mettais de côté pour soutenir ma mémoire, comme en provisions littéraires, afin que, le besoin se présentant d'un fait ou d'un mot que je me trouverais soudain avoir oublié, sans que les livres d'où je l'avais tiré fussent à ma disposition, je pusse facilement l'y trouver et l'y prendre.»
Aulu-Gelle, Les Nuits attiques, éd. Les Belles Lettres
Je crois que tout est dit : blog aide-mémoire ou pense-bête, et parce qu'on est curieux malgré tout de savoir s'il y a de l'écho.
Les billets et commentaires du blog alicedufromage.free.fr sont utilisables sous licence Creatives Commons : citation de la source, pas d'utilisation commerciale ni de modification.