Une banane dans l'oreille

«A toute banane le malheur est bon», criait ma grand-mère en rasant mon grand-père avec une biscotte. Lui riait, se rappelait la tarte aux poils de sa jeunesse.

(Pour annoncer au monde la renaissance de Touraine sereine. Je passe le relais à Philippe[s], si cela amuse writ ou Tlön (leur genre/pas leur genre?), qu'ils n'hésitent pas.)

Question sur l'équipe de France de football

Je n'entends parler que de joueurs "vieux" : faut-il en déduire que tout à l'euphorie d'avoir gagné en 1998, les responsables du football français ont oublié de repérer et former la relève?


J'espère qu'il y aura quelqu'un pour m'expliquer ce point qui m'intrigue.

Jack Bauer

— Rendez-moi ma fille ! Où est ma fille ?!
— Je veux protéger ma famille !
— Passez-moi le Président.

C'est très agréable de vivre sans télévision : on découvre tout avec quatre ans de retard, toujours par hasard et via les séries préférées des uns et des autres. C'est ainsi que je n'ai jamais vu Les Guignols, mais qu'à la grande époque (il y a dix ans, quinze ans ? Putain?) j'avais un ami qui les imitait à la perfection (du moins je suppose, puisque je ne connais pas les modèles), qu'en 1996 j'avais un collègue passionné de la série Urgences, qu'il y a dix-huit mois j'ai trouvé chez Matoo et Ron des commentaires sur Six Feet under qui m'ont intriguée…

En mai dernier, à l'occasion d'un anniversaire, nous nous vîmes offrir les trois premières saisons de 24 heures chrono. J'ai donc passé cinquante-quatre heures de ma vie durant les six dernières semaines à regarder transpirer et s'époumoner Jack Bauer. Je suis fatiguée.

Avant écrire quelques lignes à propos de ce passionnant sujet, jiai fait un petit tour sur les blogs afin de ne pas répéter ce qui avait déjà été écrit. Cela m'a confortée dans mon impression d'être perpétuellement décalée, puisque Sébastien Benedict parlait de Jack Bauer dès octobre 2004, mais cela m'a également permis de constater qu'à la faveur de la saison 5, la série était d'actualité.

Alors doncque, pourquoi en faire un billet ?
Parce que je suis déçue.

Je crois toujours ce qu'on me promet, même quand je sais que je ne devrais pas.
Imaginez dès lors ma curiosité et mon impatience de voir une série qui promettait du temps réel, c'est-à-dire exactement ce qu'on nous apprend à l'école qu'il est impossible d'obtenir dans une fiction, ou plutôt, exactement ce qu'une fiction s'attache à ne pas reproduire : quel ennui si chacune de nos actions prenait leur temps réel au théâtre ou au cinéma.
Ce phénomène est clairement expliqué par Umberto Eco dans Six promenades dans les bois du roman:
Parfois on recherche la coïncidence des trois temps (de la fabula, du discours, de la lecture) à des fins très peu artistiques. La temporisation n'est pas toujours un signe de noblesse. Je me suis un jour demandé à quoi on reconnaît scientifiquement un film pornographique. Un moraliste répondrait qu'un film est porno s'il contient des représentations explicites et minutieuses d'actes sexuels. Pourtant, lors de nombreux procès pour pornographie, on a démontré que certaines œuvres d'art recourent à ce type de représentations par scrupule de réalisme, pour dépeindre la vie telle qu'elle est, pour des raisons éthiques (on représente la luxure afin de la condamner) et que de toute façon, la valeur esthétique de l'œuvre rachète sa nature obscène. Comme il est délicat de dire si une œuvre a vraiment des préoccupations de réalisme, si elle a de sincères intentions éthiques, et si elle atteint des résultats esthétiquement satisfaisants, j'ai établi (après avoir analysé maints hard-core movies) une règle infaillible.

Il faut savoir si, dans un film représentant des actes sexuels, lorsqu'un personnage prend une voiture ou un ascenceur, le temps du discours coïncide avec le temps de l'histoire. Flaubert met une ligne à nous dire que Frédéric a voyagé longtemps; dans les films normaux, quand un personnage monte en avion, on le voit débarquer au plan suivant. En revanche, dans un film porno, si quelqu'un […] ouvre un frigo et se verse une bière pour la siroter au creux d'un fauteuil, l'action prend autant de temps que cela vous prendrait chez vous pour faire la même chose.

La raison en est très simple. Le film porno est conçu pour satisfaire le public par la vision d'actes sexuels, mais il ne peut offrir une heure et demie d'accouplements ininterrompus, ce serait fatigant pour les acteurs et cela finirait par devenir assommant pour les spectateurs. Il faut donc distribuer l'acte sexuel au cours d'une histoire. Or, personne n'est disposé à dépenser de l'argent et des trésors d'imagination pour concevoir une histoire digne d'intérêt, dont le spectateur se ficherait parce qu'il veut du sexe. L'histoire se réduit donc à une série minimale d'événements quotidiens : aller quelque part, mettre un pardessus, boire un whisky, parler de chose sans importance… […]. C'est pourquoi tout ce qui n'est pas sexuel doit prendre autant de temps que dans la réalité alors que les actes sexuels doivent prendre plus de temps qu'ils n'en requièrent en général dans la réalité. Voici donc la règle : si dans un film, deux personnages, pour aller de A à B, mettent un temps égal à celui qu'il faut en réalité, nous avons la certitude de nous trouver face à film porno. Bien entendu, il doit y avoir aussi des actes sexuels sinon Im Lauf der Zeit de Wim Wenders, qui montre pendant presque quatre heures deux personnes voyageant en camion, serait un film pornographique, ce qu'il n'est pas.
J'ai donc commencé la vision de la saison un en me demandant si Jack Bauer allait faire mentir Umberto Eco.
La réponse est non, hélas.
Au début j'ai bien cru que 24 heures chrono tenait son pari et qu'il faudrait ajouter un chapitre à l'art de la narration. Bien sûr la multiplicité des personnages permettait de remplir les minutes du film sans qu'on suive jamais l'intégralité des actes d'un unique personnage (cf Sebastien Bénédict et sa "manière de linéarité biaisée"1), mais il me semblait que nos actions « vides », celles que l'on ne filme pas parce qu'elles sont sans intérêt — à moins d'y mêler du dialogue ou de l'action, — la longueur d'un déplacement ou d'un repas, par exemple, étaient réellement représentées dans leur épaisseur. Il m'a fallu un peu de temps pour me rendre compte que tous les trajets étaient vertigineusement raccourcis, les distances étaient abolies. Jamais les déplacements montrés à l'écran n'auraient pris si peu de temps. La vitesse se gagne non par l'accélération du temps, mais par la disparition des distances.

Il serait amusant de faire le compte des heures réellement nécessaires pour vivre les événements de la saison trois, par exemple : combien de temps pour aller au Mexique et en revenir, sachant qu'il faut commencer par aller à l'aéroport…?
Mais évidemment, ce genre de calcul serait idiot, ce serait accorder à cette série une prétention à la vraisemblance qu'elle n'a pas (du moins j'espère! Mon dieu, quel fatras et quelles incohérences! Je n'en reviens pas.)

Cette série m'a beaucoup amusée en ce qu'elle s'oppose quasi-systématiquement à toutes les règles d'un récit bien construit. Elle bafoue une règle d'or du théâtre classique: ne jamais donner un élément qui ne soit utile à la suite de l'action (c'est ainsi que l'on a reproché à Corneille d'avoir esquissé une idylle entre l'Infante et Le Cid : ce détail n'est pas utilisé dans la suite de la pièce, il peut être enlevé sans dommage, donc il était inutile de l'introduire dans la pièce).
Mais évidemment, une telle règle suppose une action rectiligne, une épure, une architecture anticipant dès le début sa fin : il y a dant tout récit classique une part d'inéluctable.
Rien de tel ici, chaque minute ne dépend que des quelques minutes qui l'ont précédée, elle n'est pas comme la pointe logique de tout ce qui s'est passé auparavant.
C'est un point qui m'a particulièrement impressionnée: cette série n'a pas de mémoire, elle est entièrement tournée vers l'avenir. Je crois que ce que je préfère dans 24 heures chrono, ce sont les résumés au début de chaque épisode. Il s'agit de l'aveu sans complexe que seuls comptent les deux ou trois épisodes précédents, voire uniquement le précédent. L'histoire, le récit, n'est pas conçu comme un tout, la quinzième heure a déjà oublié la dixième, seule compte la seizième. Chaque résumé doit permettre de comprendre ce qui va se passer, savoir ce qui s'est passé n'est absolument pas une préoccupation.
Chaque résumé est ainsi l'occasion de contempler en moi l'incrédulité provoquée par une telle méthode. Au début, naïvement, je complétais mentalement les résumés (l'attentat contre le boeing dans la série un ou l'assassinat de Chapelle, par exemple). Je ressentais en effet une sorte de révolte à voir ces résumés qui ne résument pas, qui contreviennent à tout ce qu'on m'a appris. Plus tard, j'essayais de composer à l'avance le résumé que j'allais voir dans quelques minutes : quels étaient les éléments indispensables à la compréhension de la suite, quelles pistes les scénaristes allaient-ils abandonner?

Et c'est étrange de se dire que ce manque de rigueur est sans doute l'une des forces de la série : c'est en cela, bien plus qu'en l'utopie d'un temps "réel", qu'elle ressemble à la vie. Tous les récits sont fictifs dans le sens où ils s'organisent en fonction de leur fin, c'est ce qui les différencie fondamentalement de la vie "réelle", où la fin est inconnue, où des pans entiers de notre passé sont inutiles pour comprendre notre situation actuelle (voilà une remarque très a-psychanalytique); la connaissance de quelques faits suffit à expliquer notre journée de demain.2
(Et cette idée n'est pas très agréable.)

Très vite, j'ajoute une dernière remarque, sociologique cette fois: j'ai été impressionnée (encore) par l'image de la torture donnée dans cette série. Elle est considérée comme normale, des hommes de la cellule anti-terroristes sont formés à cela, le président des Etats-Unis ordonne qu'on torture et assiste à une séance de tortures… sans qu'il y ait dilemme cornélien sur le respect de la personne humaine.
Guantanamo ne devrait pas tant surprendre quand on a regardé 24 heures chrono. D'autre part, la population américaine semble totalement sous surveillance : satellites qui surveillent les voitures, banques ADN qui permet de retrouver un inconnu… Fantasme ou réalité? Quoi qu'il en soi cela ne paraît pas choquer grand monde.


Notes
1 : "Joies enfantines de la vitesse dans la 1ère, qui lance son sprint dès le départ, engage l'Amérique avec elle, ni plus ni moins, et concentre, en une fois, tout ce qui fait la grandeur d'un cinéma à nul autre pareil : art de la vitesse, justement, manière de raconter une (des) histoire(s) et, ne sachant faire que ça, le faire mieux que personne ; en multiplier, au même moment, les différentes pistes, toutes données au spectateur (à peu près) en même temps. C'est dans cet "à peu près" que se joue d'abord l'originalité de la série. Une manière de linéarité biaisée, lors même que l'usage du montage parallèle, associé au split-screen, n'est qu'un leurre. Une simple mise à plat dans la distribution des plans, qui cependant se suivent chronologiquement, là-dessus, le titre ne ment pas." (http://intimedia.kaywa.com/p81.html, blog disparu)

2 : Je trouve un écho à cette remarque, qui elle-même est un écho au "présent" souligné par Sébastien Benedict, dans ces phrases de Victor Klemperer : «Mais autre chose agissait davantage sur nous — c'était la même chose chez Neumark et chez moi : l'impuissance de la mémoire à fixer tout cela dans le temps, toutes ces choses cruellement vécues. Quand ceci ou cela a-t-il eu lieu — pour autant que ce soit encore présent à nos esprits —, quand était-ce? Seuls quelques faits isolés restent gravés, les dates pas du tout. On est submergé par le présent, il n'y a pas d'hier, pas de demain, qu'une éternité. Là encore une raison pour laquelle on ne sait rien de l'histoire vécue: le sentiment du temps est annulé; on est à la fois trop apathique et trop excité, on est surchargé de présent.» in Je veux témoigner jusqu'au bout, p.544

Souvenir d'un week-end englouti successivement dans une fête d'école, une AG d'association et une fête de club sportif

On ne dit pas King-Kong, on dit kennis de kable.
On ne dit pas ping-pong, on dit pénis de pable.

Bon, je vais me recoucher.

Un ange

La rame de métro de la ligne 14 s'arrête. Devant moi, à travers la vitre, la nuque et les épaules d'une fille dénudées par ces débardeurs à fines bretelles qui font fureur cet été.

Un choc : deux ailes d'ange, chacune de la taille de la paume, mignonnes comme un dessin italien, sont tatouées très haut dans le dos autour de la colonne vertébrale.

Et tandis que je m'assois à côté d'elle, je me dis que je viens enfin de trouver le motif de tatouage idéal : deux ailes, deux grandes ailes couvrant tout le dos jusqu'aux fesses.
Je sais bien que je ne le ferai pas. Et pourtant, si je trouvais le bon dessinateur…

Quelques réflexions mal assurées sur le musée du quai Branly

J'ai eu l'occasion de visiter mardi le musée des Arts premiers, comme il ne s'appelle finalement pas. Il faudrait évoquer trois sujets : le bâtiment en lui-même, les réflexions nées du principe même de ce musée, et tout de même les objets présentés.


Je ne vais pas parler du bâtiment. Il est réellement immense, les collections sont présentées sur fond noir dans une salle elle-même peinte en noir (surtout en noir) ce qui multiplie les effets de miroir sur les vitrines, c'est à la fois beau et très artificiel, très emphatique. J'ai été un peu gênée, j'ai eu l'impression, à peine, qu'on en avait fait un peu trop.


Je n'ai suivi aucun des débats qui ont entouré la création de ce musée. J'ai commencé la visite par les collections d'Amérique : sacs à frange des indiens d'Amérique du Nord, coiffes à plumes, tissages, puis remontée vers le Nord (ce musée est un musée géographique et non historique) et objets inuits. Etant restée sur l'idée que le musée s'appelait "musée des Arts premiers", j'ai presque tout de suite été obsédée par la question : tout cela a-t-il sa place dans un musée d'art ? Est-ce qu'un tapis de selle ou un sac à franges doit vraiment figurer ici ? N'est-ce pas un peu condescendant ? Et cette question n'est-elle pas elle-même condescendante et un peu snob ? etc… (pas à l'aise, non, pas très à l'aise)


Tout cela nous entrainerait assez vite vers une définition de l'art. J'ai donc le choix entre me dérober ou écrire une définition de l'art en une demi-heure sur ce blog…
Si je tente une définition non pas théorique et philosophique, mais purement pragmatique en observant ce que nous mettons dans nos musées d'art quand il s'agit de notre civilisation, j'avancerai que les objets d'art ne sont jamais réellement utiles. Ils appartiennent à la sphère du gratuit, de la décoration, de l'hommage. Une partie d'entre eux ont été élaborés comme prière ou soutien à la prière, ils sont un signe vers la transcendance. Ils sont finalement le geste humain inutile par excellence, celui qui ne concourt pas à la survie de l'espèce, ils sont le signe que nous sommes capables de nous préoccuper d'autre chose que de notre survie matérielle.
Les peignes richement ornés, les coffres en bois sculptés, les hennins brodés sont présentés dans une perspective historique ou technique (musée du Moyen-Age, musée du costume,…), objets utilitaires décorés et non objets d'art. (Il faudrait ici faire une incursion dans certaines avenues de l'art contemporain, à commencer par certaine pissotière ou canettes de coca-cola... mais on est ici dans le second ou n<ième degré, où ce qu'on sait par ailleurs et ce qu'on tente de reconstituer des intentions de l'artiste compte autant si ce n'est plus que ce qu'on voit ou entend).

Dans cette optique, je crois que j'enlèverais de ce musée une partie des objets présentés. J'enlèverais les armes, les cuillères, le sac de couchage en peau de phoque (très ingénieux: l'intérieur du phoque est vidé par une ouverture peu large, la peau est tannée, on obtient ainsi une enveloppe de phoque vide dans laquelle on peut se réfugier à condition de ne pas être trop grand. Mais qu'est-ce que cela a à faire ici?), les boucles d'oreilles, les plats, les jupes plissées, les tuniques (très belles, sans aucun doute). Je garderais les masque, les statues, certaines pièces tissées, celles dont la taille montre qu'elles ne sont plus destinées à être véritablement utiles.

Peut-être que je suis excessivement puriste et que tout ce que je viens de dire est très bête. C'est fort possible. J'ai pensé par le passé tant de choses que je trouve aujourd'hui parfaitement stupides… On verra bien, si j'évolue, j'aurai une trace de ma position en 2006…

La plupart des objets que je sélectionne ainsi (masques, coiffes funéraires, statues, totems) sont des objets d'une grande force. Certains sont beaux ou très beaux, d'autres sont hideux, mais tous dégagent une formidable impression de puissance. Nous sommes définitivement du côté de la magie et de la fascination, nous ne sommes jamais loin de l'envoûtement.
Je pensais en les regardant que c'étaient véritablement des objets initiateurs de mythes; je pensais en les regardant que je ne pouvais pas les regarder, que je ne savais pas les regarder, a prima: je promenais avec moi mes préjugés et mes lectures, tout un imaginaire issu principalement de Jules Verne, des Mahuzier et de BD, Tintin, Les passagers du vent, Jonathan, Corto Maltese…

Et tout cela me fait frémir. Je repense à Nuruddin Farah, à la finesse et à l'humour de cet homme, à sa façon de nous connaître, nous, hommes blancs, à sa façon de dire qu'il est chez lui partout en Afrique (sous-entendu: et pas ailleurs). Je serais curieuse de nous voir à travers ses yeux. Je serais curieuse de savoir ce qu'il pense de ce musée. Est-ce que ça le ferait rire, est-ce que ça le mettrait en colère, est-ce que ça le laisserait indifférent?
Je repense à la correction que GC a apporté à mon texte sur Nuruddin Farah : Makerere university, la plus grande université ougandaise… totalement inconnue de moi. Je ne pense l'Afrique que par clichés, à travers des lectures enfantines ou post-adolescentes ou des textes datant des années vingt ou des photos de guerre ou de famine…

Le grand reproche que je ferais à ce musée, finalement, c'est de ne pas nous permettre de nous situer dans le temps. S'il s'agit bien d'un musée d'art, il est intemporel et ça n'a pas d'importance, un bel objet, un objet puissant, le reste, c'est pour un objet d'art une définition donc une tautologie.
Mais si ce musée revendique une dimension "civilisation", alors il doit impérativement nous donner des repères temporels. Dans le cas contraire, j'ai bien peur qu'il contribue à perpétuer un certain nombre de clichés, et que l'université de Makerere continue longtemps d'être ignorée au profit des masques de guerre ou des statues de la fertilité.

Jusque là, ça va.

Et voilà, vingt ans aujourd'hui.

Je n'aurais jamais cru qu'il tiendrait vingt ans.
Je n'aurais jamais cru tenir vingt ans.

Je devrais sans doute écrire quelque chose de très romantique, mais je ne ressens qu'un certain amusement et un peu de fierté, comme si nous avions réussi une bonne farce.

Hic !

Le jeune homme blond avec le hoquet qui est descendu à la même gare de RER que moi à une heure passée ne sait pas que j'ai failli me retourner pour lui crier "Hou!".
Cela ne m'a pas empêchée, après avoir récupéré ma voiture, de le rattraper et de lui proposer de le déposer à sa destination.
Je l'ai regardé regarder ma voiture qui s'éloignait après l'avoir déposé. J'aime bien interloquer les jeunes hommes blonds.

Manifeste anti-bretelles

Je n'aime pas les bretelles de soutien-gorge qui dépassent. Remarquez, mon observation est inexacte, elles ne dépassent pas, elles sont carrément exposées.

Mesdames, mesdemoiselles, si vous ne supportez pas de ne pas porter de soutien-gorge ou de porter un soutien-gorge sans bretelle sous un débardeur à fines bretelles, prenez au moins la peine d'assortir la couleur du-dit soutien-gorge, prenez la peine d'au moins un vague rappel de couleur : oui, une bretelle noire sous un haut blanc ou rouge est vulgaire, quelles que soient votre élégance et votre recherche vestimentaire par ailleurs. (Je suis également contre les bretelles transparentes, qui brillent et attirent l'œil).

Il faut savoir renoncer ou investir : si vous savez que vous n'avez pas la bonne couleur de soutien-gorge au moment de l'achat du débardeur de vos rêves, n'achetez pas. Ou achetez le soutien-gorge assorti.
Sachez renoncer, c'est un premier pas vers la distinction : à quoi rime un soutien-gorge sous des emmenchures américaines ou sous un dos nu se nouant autour du cou? All the point est de dégager les épaules et le dos, comme le nom "dos nu" l'indique, le port d'un soutien-gorge à bretelles devient ici un non-sens. Alors sachez renoncer à cette si jolie pièce de tissu si vous n'êtes pas capable de la mettre en valeur : elle est peut-être jolie, mais vous la rendrez moche.

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Pendant que j'y suis, une brève :
D'après un article du Figaro du 16 juin reprenant un sondage de FHM, Ségolène R. est sixième au classement des cent femmes les plus sexy de la planète, et deuxième des Françaises derrière Adriana Karembeu.

Constat

Quand j'ai mal aux yeux, j'entends moins bien.

Vieillir

Paul Rivière a 86 ans. Je l'ai rencontré en janvier 2000, lors d'une manifestation quelconque d'anciens élèves (nous avons fait la même école). Nous déjeunons ensemble environ une fois par semaine. Au départ, il s'agissait d'échanges pédagogiques : je lui parlais de livres, il me parlait de vins. Peu à peu nous avons simplifié le déroulement des déjeuners : nous parlons de tout, et nous buvons.

Mercredi, il m'apportait une boîte de petits Monte-Cristo et une page découpée et volée le matin-même dans un Point de vue chez son dentiste. (Cela n'a l'air de rien, mais pour la première fois de sa vie l'automne dernier il a franchi sans ticket le portillon du métro. J'ai une très mauvaise influence sur lui).

J'avais vu la fois précédente qu'il lisait le livre de Benoîte Groult, La Touche étoile, et je lui avais demandé de me le prêter. En effet, pendant les vacances de Pâques j'avais entrevu quelques minutes une émission de télévision (de Laurent Ruquier?) où Benoîte Groult avait répondu à une fadaise quelconque de Valérie Mairesse : «70 ans? Mais c'est la jeunesse de la vieillesse!»
Je suis sûre que c'est vrai. A 86 ans, on doit avoir l'impression d'avoir loupé le coche à 70. J'ai tellement l'impression de l'avoir loupé à 25 que je ne veux pas recommencer la même erreur, je veux savoir ce que j'ai à perdre, je veux des témoignages : qu'est-ce que ça fait, vieillir? Que possédé-je aujourd'hui que je ne sais pas que je possède?

En fait, il y a très peu de témoignages. Personne n'en parle vraiment. A fréquenter Paul Rivière, je me rends compte que lui n'a personne à qui en parler, personne que ça intéresse, personne avec qui faire le double mouvement d'oublier en parlant d'autre chose (principalement de ses souvenirs, mais pas seulement) et de parler, parler du corps qui se dégrade (il a perdu son appétit dernièrement, et me dit en riant qu'il a retrouvé la ligne de ses vingt ans), parler du classement des papiers, de l'appartement qu'il range; et nous ne l'évoquons pas, mais nous savons bien qu'il s'agit de préparer le travail des héritiers, de ceux qui devront "vider la maison de leurs parents"; et je lui donne des conseils, Dieu me pardonne, je lui dis que garder en fonction de ce que j'aurais aimé que mes grands-parents fissent. Que cela doit paraître glauque à lire, et pourtant : c'est utile, il est content et je suis intéressée, nous pouvons évoquer des problèmes que les gens autour de lui éludent. Car comment oser répondre à quelqu'un quand c'est sa mort qu'il organise ? J'ai parfois l'impression que le monde va s'écrouler autour de nous tant me semblent impossible ces conversations, parler de la mort avec quelqu'un de 86 ans prend une dimension monstrueuse que cela n'a pas quand on discute ou réfléchit avec quelqu'un de 40, 50 ou 60 ans : c'est de la sienne que nous parlons et nous le savons tous les deux; parfois je me demande comment il se fait que nous ne nous mettions pas, chacun pour une raison légèrement différente, à trembler ou hurler de terreur.

A la question « Comment abordez-vous ce cap des 90 ans que vous allez franchir ?», Paul Ricœur répondait: «Je le vis tranquillement. La phrase qui m'accompagne toujours, c'est "être vivant jusqu'à la mort". Les dangers du grand âge sont la tristesse et l'ennui. La tristesse est liée à l'obligation d'abandonner beaucoup de choses. Il y a un travail de dessaisissement à faire. La tristesse n'est pas maîtrisable mais ce qui peut être maîtrisé c'est le consentement à la tristesse, ce que les Pères de l'Église appelaient l'acédie. Il ne faut pas céder là-dessus. La réplique contre l'ennui, c'est d'être attentif et ouvert à tout ce qui arrive de nouveau.» (entretien donné au Cahier de l'Herne)


Le livre de Benoîte Groult, j'ai le regret de devoir l'écrire, n'est pas très intéressant. Il se parcourt de l'œil, tout juste trouve-t-on sa plume batailleuse revigorante. Deux passages, qui constituent pratiquement in extenso ce qu'il y a à retenir de ce livre (non, il a également de "beaux" passages sur l'avortement, sur "cette fatalité féminine" de ''tomber'' enceinte potentiellement chaque mois):
Qui se souvient ici-bas qu'elle s'appelle Germaine ou Marie-Louise? Et qu'elle est toujours la petite fille d'autrefois qui flotte dans une peau distendue? Et qu'est-ce d'ailleurs un vieux monsieur sinon un galopin à moustaches qui voudrait toujours et encore jouer à touche-pipi?
Moi, Moïra, moi, leur destinée, je ne me lasse pas de leur capacité d'enfance. Ce n'est pas méritoire d'être jeune quand on est jeune, on ne sait rien faire d'autre. Mais le tour de force que ça représente d'être jeune quand on ne l'est plus, ça me tire des larmes. Salut, les acrobates! Car les enfants, malgré des fulgurances, ne sont que des enfants. Eux, les vieux, cumulent tous les âges de leur vie. Tous ceux qu'ils ont été cohabitent, sans compter ceux qu'ils auraient pu être et qui s'obstinent à venir empoisonner le présent avec leurs regrets ou leur amertume. Les vieux n'ont pas seulement soixante-dix ans, ils ont encore leurs dix ans et aussi leurs vingt ans et puis trente et puis cinquante et en prime les quatre-vingt piges qu'ils voient déjà poindre. Et tous ces personnages qui récriminent, qui vous font reproche et n'ont jamais eu la part assez belle, il faut savoir les faire taire.

Benoîte Groult, La Touche étoile, p.13


Je voudrais comprendre comment l'amour et le respect des vieux, si puissants dans l'Antiquité, dans les civilisations africaines ou indiennes et même encore en Europe au siècle dernier, ont pu sombrer dans notre société moderne et ce qu'il adviendra quand ces vieux survivront jusqu'à cent vingt ans, ce qui ne saurait tarder?
Le problème, c'est que pour écrire valablement sur la vieillesse, il faut être entré en vieillesse. Mais dans ce cas, elle est aussi entrée en vous et vous rend peu à peu incapable de l'appréhender. On ne saurait traiter du sujet que suffisamment âgé… on n'est capable d'en parler que si toute jeunesse n'est pas morte en vous.
Je suis, me semble-t-il, à l'intersection de ces états, me considérant bien sûr comme l'exception dont je parlais. Assise, j'ai soixante ans. Debout, je me tasse un peu, d'accord, mais ma démarche reste alerte. Je suis insoupçonnable en terrain plat. C'est en descendant un escalier que je deviens septuagénaire. Je le descends avec ma tête car je ne fais plus confiance à mes jambes. Ces quelques dixièmes de seconde d'hésitation avant chaque étape d'un mouvement instinctif qu'il faut désormais décomposer, dénoncent l'atteinte irrémédiable.
Chez moi, ce sont les amortisseurs qui ont flanché les premiers. Je n'ai plus que des bouts de bois dans les jambes, sans lubrifiant, ni ressorts. Le bois est bon, la densimétrie le prouve. L'ennui, c'est que les articulations n'articulent plus. Et comme les pieds ne sont pas des pneux, je roule sur les jantes. Et quand la route est pentue, je ressemble à ces petits jouets en bois articulés qui descendent un plan incliné avec des mouvements saccadés. Mon Dieu! La souplesse! Je n'avais jamais considéré la souplesse comme un bien inestimable. Toutes les priorités se modifient. C'est aussi une découverte que l'on fait car, contrairement à une opinion répandue, la vieillesse est l'âge des découvertes.

Op. cité, p.27
L'article que Paul a volé pour moi est un portrait de Benoîte Groult :
Enfoncée jusqu'aux aisselles dans une combinaison de pêche, la hotte en bandoulière et le filet à la taille, une octogénaire patauge avec délices dans les algues de la baie de Derrynane, au bout du monde. Hier, le brouillard celtique avait effacé ce coin d'Irlande, au fond de l'Anneau de Kerry. Ce matin, l'univers a réapparu avec le soleil. L'écrivaine Benoîte Groult a suspendu pour une semaine interviews et émissions de télé pour se consacrer à la seule chose qui vaille vraiment : la pêche à la crevette.
A 86 ans, elle a renoncé au ski et à la bicyclette, mais pas à traquer le bouquet royal. Fouillant énergiquement les touffes de laminaires avec son haveneau, elle peste contre la maigreur de ses prises. «L'été, elles sont trois fois plus grosses.» Alors elle brandit sa pelle et s'attaque aux palourdes, qui ont la maladresse de se signaler par deux petits trous jumeaux dans le sable. […]

Point de vue, mai 2006 (sans doute. Je n'ai pas la date exacte)

— Tu as déjà pêché la crevette? me demande Paul, prêt à partir dans ses souvenirs.
— Non.
Il me regarde attentivement:
— Oui, je vois bien que ça ne te dit rien. Tu es une terrienne !
Il rit.

Billet bourrée

Ce matin, baguenaudant chez Zvedo, je lis ce billet qui voudrait que Gv ait traité de « pathétique » la tenue d'un blog. (Gv dément vigoureusement).

Rentrant de mon déjeuner hebdomadaire trop arrosé avec Paul Rivière (j'ai décidé finalement de lui donner un pseudo), j'écris cette note mélancolique qui vous fera comprendre
1/ que je ne tiens pas l'alcool
2/ pourquoi je ne voulais pas ouvrir de blog.

Tenir un blog est pathétique quand/si cela consiste à envoyer au monde entier une lettre qui ne devrait être destinée qu'à un seul, mais que ce « un seul », on ne l'a pas sous la main, ou plus triste encore, qu'on le connaît sans avoir jamais osé le lui avouer, ou encore plus triste, qu'on le connaît, mais qu'on doute (euphémisme pour : être sûr) que nos billets, ces lettres quotidiennes, pourraient faire autre chose que l'ennuyer: «notre âme à coté du papier»1 ne l'intéresse pas (laissons de côté le cas diabolique mais non moins douloureux où l'on en profite pour écrire à qui ne vous lirait pas autrement (la logique de l'épuisement des possibles sera ma perte)).
Alors on écrit un billet dans un blog, on envoie une bouteille à la mer, en se disant que peut-être, dans l'infini des possibles, une personne le lira et le comprendra, tant est longue notre solitude et non désespérable notre besoin de consolation2.

Entre pari de Pascal et nouvelle de Borges.

Je crée de ce pas une rubrique « Paul Rivière » et une rubrique « réflexions méta-bloguiennes », car il me semble que le blog, et internet en général, méritent bien que l'on s'arrête pour réfléchir au manque ou au besoin (et à l'apport) en jeu à cet endroit précis de la condition humaine.



1 : cf. Cyrano de Bergerac, cf Matoo.

2 : Stig Dagerman

Quelques règles quand on fait du stop

Heidi, furieuse que Biff l'oublie pour une partie de flipper, l'a planté là et est partie avec la voiture. La maison est à trente kilomètres. Biff marche. Une voiture s'arrête.

Le conducteur se pencha et ouvrit la portière, côté passager.
— Je vous dépose quelque part ?
— Pendant un instant, Biff eut l'impression d'être un animal; devait-il se débattre ou se sauver? Mais il savait qu'il n'allait pas tourner les talons et s'enfuir, alors il monta dans la voiture.
— Le conducteur aurait facilement pu être un tueur maboul. Vingt ans et quelques, de longs cheveux filasse, une vague barbe de quelques jours. Son vieux break était à la hauteur de la situation, lui aussi. Et il écoutait AC/DC. Mauvais signe. Biff avait lu quelque part que les tueurs maboul aimaient bien AC/DC, en général. Il y avait un chien à l'arrière. Le chien avait un bandana rouge noué autour du coup en signe de collier. Ça, c'était bon signe : en général les tueurs maboul n'étaient pas du genre à nouer des bandanas autour du cou de leur chien.

Randy Powell, Embrasser une fille qui fume, p.246
Je me souviens1 d'une fin de matinée de septembre que je faisais du stop dans les Corbières. C'était l'époque des récoltes, les fruits et bientôt le raisin. Toute la faune des saisonniers, tannée, musculeuse et malpropre, courait les routes. Une voiture s'est arrêtée, genre Ami8 beige, deux gars à l'avant à l'aspect pas très rassurant, maigres comme des chats de gouttière, un grand chien jaune à l'arrière, croisement de coyotte et de berger allemand. J'ai hésité. Je suis montée dans la voiture à côté du chien. Le conducteur a ri en démarrant.
— Pourquoi riez-vous ?
— J'avais parié avec mon copain que vous refuseriez de monter.
Je ne lui ai pas dit que ce qui m'avait décidée, c'était le chien.


En montant dans cette voiture, je ne respectais pas l'une de mes règles : ne jamais monter dans une voiture où il y a plusieurs hommes. J'avais des principes, plus ou moins rationnels, plus ou moins stupides. Il faut dire que la première fois que j'avais fait du stop, la personne qui s'était arrêtée pour me prendre était une femme qui m'avait dit plus tard : « J'ai hésité à m'arrêter, je me suis dis que tu draguais peut-être. » Cela résumait toute l'ambiguïté de la pratique. C'était une pro du stop, à l'en croire, elle devait son actuel emploi à l'auto-stop, et le père du bébé qui dormait à l'arrière avait également été rencontré en stop… (Je l'ai crue.) Elle m'avait donné des conseils :
— Si tu n'as pas envie de monter, ne monte pas.
— Mais je dis quoi ?
— Rien, tu joues l'idiote, tu fais la demeurée, tu dis que tu as changé d'avis.

Elle m'avait donné ce conseil absolument impossible à suivre, à moins de se résoudre à ne jamais monter dans aucune voiture : « Il ne faut monter que si le conducteur a un sourire d'enfant. » (Je n'ai rencontré qu'un automobiliste dont j'ai su au bout de dix secondes qu'il avait un sourire d'enfant. Le sourire d'enfant ne s'épanouit généralement qu'au bout de plusieurs minutes ou plusieurs heures. Ce n'est pas un critère utilisable quand il faut se décider très vite.)

J'avais donc élaboré mes propres règles. Je pense les avoir toutes trangressées.
- ne pas faire de stop à la nuit tombante ;
- ne pas monter dans une voiture conduite par un Arabe (fruit de l'expérience: ils ne sont pas méchants, mais il sort du cadre de leur compréhension qu'une fille qui fait du stop ne soit pas une pute. Autant éviter les malentendus, pénibles à gérer et assez déprimants) ;
- ne pas monter, donc, dans une voiture contenant plusieurs hommes ;
- ne pas monter dans une GS à la carosserie abîmée ou repeinte.

Ce dernier point est une généralisation hâtive tirée de quelques observations concrètes : la GS repeinte est (était, ça se passe il y a longtemps) conduite par un beauf pénible.
Ce n'est donc pas sans une certaine envie de rire que j'ai appris que je ne serais pas montée en stop avec Pascal. Mais peut-être que sa GS n'était pas repeinte. Ou peut-être qu'il ne s'arrêtait pas pour prendre les auto-stoppeuses.


Note
1 : Je suppose que je suis censée penser à Perec chaque fois que j'écris, dis ou pense "je me souviens". C'est trop tard, je pense désormais, et à mon avis pour longtemps, à certains posts de Gvgvsse.

Peu encourageant (réalisé sans trucage)

Les trois dés du destin traînent sur la table de la cuisine.

Le dos du carton d'emballage indique la signification de chacun :
- Le dé rose parle de toi, il te dira quoi faire pour arriver à tes fins.
- Le dé turquoise parle du temps, il t'indiquera le moment idéal pour passer à l'action.
- Le dé violet évoque tes chances, il t'indiquera le résultat probable de ta demande.

Je lance les dés.

Rose : "Fais un effort"
Turquoise : "Bientôt"
Violet : "Peut-être"

Des chiffres sur le pétrole

  • la production, l'offre, la demande, les réserves existantes, etc, le nombre de voitures particulières et commerciales, par zones géographiques et pays par pays : ici (lien non pérenne, fichier à sauvegarder s'il vous intéresse)

  • Une étude danoise plus ancienne (2004). Prévisions, perspectives, extrapolations de la recherche pétrolière.

La FIFA, c'est mieux que l'ONU

Entre 1997 et 2003, j'ai beaucoup travaillé avec des équipes d'informaticiens, une en particulier. Des geeks et des footeux. J'aime bien les footeux qui savent de quoi ils parlent (j'aime bien ceux qui savent de quoi ils parlent). Je me souviens du départ de Fernandez du PSG en 1996. Je savais que le PSG venait de gagner la Coupe d'Europe, je ne comprenais pas bien pourquoi l'entraîneur s'était fait virer.
— Parce que le jeu n'était pas assez spectaculaire.
— Ahh… Et il est plus spectaculaire, maintenant?
— Non.
Mais désormais le PSG perdait.

En 1998, 2000 et 2002, au moment des coupes du Monde ou d'Europe, "mes" informaticiens avaient monté un intranet destiné à un loto sportif en interne. Comme nous étions peu nombreux, c'était très amusant.
A l'usage, on se rendait compte que cela n'avait pas beaucoup d'importance d'y connaître quelque chose ou pas. C'était très vexant pour les vrais théoriciens de ce sport, capables de réellement bouder quand ils s'étaient trompés. Le plus grand ennemi du pronostiqueur, c'est l'affectif, le détachement de celui à qui tout cela est parfaitement indifférent lui permet de réaliser d'aussi bons pronostics, voire de meilleurs, que celui qui connaît la biographie de tous les footballeurs sur le terrain.

C'est pourquoi, grâce à Vinvin qui m'a permis d'avoir une idée du tableau de départ, il me semble que la finale est évidente : Allemagne-Brésil.
Pour le reste, ça m'est égal : je vis dans un monde sans télévision, presque sans radio, je vais vivre la Coupe du Monde par procuration, comme d'habitude, et cela ne va pas me manquer (!). J'adore les moments où la ville est vide mais qu'on la sent respirer à l'unisson, les moments où s'échappent de toutes les fenêtres le même cri, cette impression de communion. Je préfère que la France gagne parce que j'aime le bonheur palpable des gens le matin dans le RER.

En 2002, J'ai lu La Terre est ronde comme un ballon, de Pascal Boniface. J'ai découvert quelques points d'histoire et de géopolitique intéressants : la Suisse, qui traditionnellement n'adhère à rien (elle a adhéré à la SDN en demandant un statut particulier qui respectât sa neutralité, elle n'a rejoint l'ONU qu'en… mars 2002) fait partie des sept pays fondateurs de la FIFA (fédération internationale de football association). La FIFA est l'organisation qui accueille les deux Chines, les deux Corées, la Palestine et Israël (qui joue parmi les équipes européennes pour les matches de qualification : il y a encore du chemin à parcourir…).
Alors bon. Même si je trouve les supporters un peu lourds parfois (euphémisme), j'ai décidé d'être indulgente. Le football nous sauvera peut-être.


Il est possible que je lise Les treize vérités sur le foot, de Just Fontaine. Ou alors, cadeau de fête des pères, puis je me l'accapare? A creuser.

L'art peut-il lutter contre le spleen?

(J'aime bien ces titres ampoulés comme des sujets de dissertation.)

La lassitude de Tlön ou celle de Guillaume me rappelle cette constatation déjà ancienne : la littérature ne peut rien, ou pas grand chose, ou pas pour moi, contre les idées noires, la mélancolie, l'impression de se heurter aux parois de son être ou du monde. Je ne sais pas si c'est tout le monde, je n'ai jamais demandé.1

J'ai essayé à plusieurs reprises de faire une liste de livres pour lutter contre les périodes de découragement, d'ennui ou de lassitude, une liste de livres qui donnent de la gaieté, de la joie de vivre, qui influent de l'énergie, une liste de livres littéraires qui rendent joyeux.
Je n'y suis pas parvenue. Je peux trouver des livres apaisants, des livres qui font rêver ou rire, mais rien de suffisamment profondément joyeux pour qu'il en reste une envie de vivre une fois le livre refermé.

J'ai essayé : La conjuration des imbéciles est très drôle, mais il y a quelque chose de triste dans le sort de héros, dans la façon dont nous ne pouvons pas, nous ne pourrons pas l'aimer, Le Maître et Marguerite, drôle, sort consolant de Ponce Pilate, destin doux des héros positifs, mais grinçant puisque les situations les plus absurdes ou comiques font référence à la réalité soviétique (il faudrait ne pas connaître cette correspondance avec la réalité historique), Feu pâle, drôlerie de cette histoire folle, mais justement c'est une folie, les poèmes de Cavafy, merveilleux mais pas gais, la Chasse au Snark, sans doute ce que je préfère, mais dont la fin pince un peu malgré tout, les souvenirs d'Evguénia Guinzburg, (Le Vertige et Le Ciel de la Kolyma) jamais amers, profondément humains et sages, qui réussissent à vous convaincre que tout cela vaut la peine, finalement, malgré tout. Mais ce ne sont pas des souvenirs qui rendent gais. Peut-être certaines pièces de Shakespeare? Je ne le connais pas assez, il y a peut-être là une piste.
Difficile d'apporter des livres à un malade, par exemple : un peu de poésie, parce que ça se lit sans suite, La vie, mode d'emploi, parce que c'est gros mais que chaque chapitre peut se lire indépendamment, Notes sur les manières du temps, parce que les titres des chapitres à eux seuls suffisent à faire rire ou rêver.
Toute poésie, toute littérature (tout art?) bien menées nous racontent la condition humaine, avec donc la mort à contre-jour, le temps, le vieillissement…

Je ne connais pas de livre "littéraire" qui apporte de la gaieté et donne de l'énergie. Les livres peuvent apaiser ou faire rêver. La présence des livres suffit à m'apaiser: une après-midi en bibliothèque (à condition que le mobilier ne soit pas moderne) ou en librairie suffit à calmer l'inquiétude qui me ronge parfois. Il ne s'agit pas de lire, mais d'être debout parmi les livres. C'est suffisant. Ils sont tous là, à disposition, le temps ralentit, le cœur aussi. Nulle inquiétude à l'idée qu'on ne pourra tous les lire, puisqu'ils sont là, et sérénité de savoir qu'il nous survivront: nous mourrons, ils seront encore là. Je ne connais pour la gaieté que le n'importe quoi, l'absurde sans prétention. J'ai une prédilection pour les héros qui n'abandonnent jamais et s'en sortent toujours, Blueberry ou Thorgall ou Bruce Willis. J'aime les livres de la collection L'école des loisirs. Je regarde les robes des stars dans Gala et Point de vue (Guillaume, rassure-toi, il y a longtemps que je ne sais plus qui sont toutes ces stars, notamment les chanteuses. Je ne connais que leurs noms.) Je regarde quatre épisodes de ''Starky et Hutch'' (vivent les DVD) ou des ''Têtes brûlées''. Je prie pour qu'un jour sorte la série des "Happy days", avec Richie le gentil et le dieu Fonzy. Une heure de rock m'infue davantage de vitalité qu'une heure de musique classique. La peinture, grâce à la couleur, peut être plus efficace: si l'on choisit soigneusement sa toile de Rotkho (par exemple), on peut y puiser de l'énergie.

Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire, finalement. J'ai du mal à lire ce que je n'ai jamais lu, j'ai peur d'ouvrir un nouveau livre, quel poids nouveau de malheur, de mélancolie ou de réflexions douces-amères va-t-il m'apporter? Et c'est ainsi que je me suis détournée des romans, par fatigue, par appréhension. Les essais ou les livres théoriques sont bien moins prenants, demandent moins de force vitale.


Note
1 : M. Duras, L'Amant.

Le six juin 2006 à 6 heures 06

Merci à Gvgvsse, à son 16935e jour, qui a attiré mon attention sur cette conjonction.

Dessine-moi un caribou

J'ai commencé à surfer sur le net en septembre 2001. J'avais essayé six ans plus tôt, cela m'avait vite agacée, trop de "bruit".

Le six septembre, notre petite société était rachetée à 100% par l'un de ses deux actionnaires, et tandis que le portefeuille clients était basculé dans le système de cet actionnaire, les salariés attendaient d'être réintégrés dans la société de l'actionnaire évincé.

En attendant, nous n'avions rien à faire (cela a duré trois mois). On jouait à Tetris en réseau, j'ai vaguement essayé d'écrire une ou deux pages en html, et j'ai commencé à surfer. Au début je n'avais strictement rien compris, je récupérais conscieusement des adresses dans les magazines. J'ai récupéré celle-ci (enfin, pas exactement, elle a un peu changé, mais le contenu est le même) dans l'Echo des savanes. (J'avais acheté L'Echo des savanes après le 11 septembre à cause d'un dessin de Wolinski qui me coupait le souffle : un poivrot, repoussant comme Wolinski sait les dessiner, disait au patron du bistrot en regardant les avions se diriger vers les tours sur un écran de télévision : «précision, ponctualité… pas du travail d'Arabe, ça»)).

J'espère que vous n'avez pas cliqué trop vite, c'est quand même n'importe quoi, et je n'ai (n'aurais) pas eu le temps de vous prévenir... J'ai toujours rêvé de ce que nous aurions fait des années plus tôt au lycée avec ce genre de passe-temps à disposition pendant les longues heures de cours. Mon préféré est peut-être celuici, mais je n'en suis pas sûre.


Plus sérieux (si je puis dire. Disons : plus ambitieux) il y a lui (je ne sais plus chez qui j'ai piqué ça, il y a déjà longtemps (deux ans?)).
J'aime la fixité des dessins en trois plans, et une action entièrement contenue dans le texte (un peu dommage quand on ne comprend pas tout, mais on ne va pas chipoter (je suis en train de me rendre compte, commentaires de Zvezdo à l'appui, que je ne fais que commenter de l'anglais. Bizarre. Ça va me passer, je pense.))

Celui-là est sans doute mon préféré, avec bien sûr celui-ci.

Un de perdu

J'avais un ami multilingue qui se targuait de littérature.

Quand je lui disais que je lisais Borges, il me répondait :
— Et que lisez-vous?
Histoire de l'infamie.
(Moue de mon ami)
— Ce n'est pas le meilleur, vous savez. Vous le lisez en espagnol?
— Non, je ne sais pas l'espagnol.
— C'est dommage, c'est bien meilleur en espagnol.

Le même :
— Ah, vous lisez le journal de Klemperer! C'est très bien Klemperer, je l'ai lu il y a vingt ans, c'est vraiment très bien.
— Vous lisez l'allemand? (NB: il n'est traduit en français que depuis dix ans environ).
— Non, je l'ai lu en anglais quand j'habitais New-York.
Mais lorsque je lui propose de lui prêter le dernier Harry Potter en anglais, il refuse, au prétexte que son anglais est trop rouillé. (Je précise qu'il le lit dès sa parution en français.)

Le même, après que j'ai lu Pale Fire en français, parce que j'avais fait au plus rapide:
— Il faut connaître le russe pour apprécier les jeux de mots russes que Nabokov traduit littéralement en anglais, c'est un grand plaisir. Mon amie américaine qui ne connaît pas le russe ne les voit pas, d'ailleurs.

Il paraît qu'il lit l'hébreu, aussi.
Je ne l'ai jamais vu lire autre chose que du français.
Il se targue toujours de littérature, mais ce n'est plus mon ami.



Pour la fonction bloc-note de ce blog, je recopie ici des lignes que j'avais déjà mises ailleurs, parce que je les aime profondément.

Il s'agit de deux postfaces écrites par Nabokov, la première pour sa Lolita anglaise (1955), la deuxième pour sa Lolita russe (1967), qu'il a traduite lui-même.

dernière phrase de la postface de Nabokov à Lolita :
«My private tragedy, which cannot, and indeed should not, be anybody's concern, is that I had to abandon my natural idiom, my untrammeled, rich, and infinitely docile Russian tongue for a secon-rate brand of English, devoid of any of those apparatuses ?the baffling mirror, the black velvet backdrop, the implied associations and traditions? which the narrative illusionist, frac-tails flying, can magically use to transcend the heritage in his own way.»
Nabokov dans la postface de sa Lolita russe :
«I am only troubled now by the jangling of my rusty Russian strings. The history of this translation is a history of disillusion. Alas, that "marvellous Russian" which, I always thought, constantly awaited me somewhere, blooming like true spring behind hermetically sealed gates to which I kept the key for so many years ? that Russian turns out to be non-existent. And behind the gates there is nothing, except charred stumps and a hopeless automn vista, the key in my hand is more like a lock-pick.»

Traduction de Irwin Weil dans TriQuaterly n°17, winter 1970, p.282

Je ne sais exprimer le sentiment de regret et de nostalgie qui naît de la confrontation de ces deux textes: avoir passé sa vie à la poursuite d'une chimère, pour découvrir qu'il s'agissait d'une chimère.

La princesse Stéphanie à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies

«Pourquoi ne pas souligner les actions culturelles et caritatives de la princesse Caroline ou celles de la princesse Stéphanie, notamment en faveur de la lutte contre le sida, action qui la conduira demain à New York où elle sera reçue par Kofi Annam et prononcera pour la première fois un discours à la la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies ?» s'interroge dans le Figaro de ce jour Me Lacoste, avocat et ami de la famille Grimaldi.


Curiosité : Albert de Monaco regarde-t-il 24 heures chrono? La mythique honnêteté du Président des Etats-Unis David Palmer lui inspire-t-elle sa conduite, est-ce pour cela qu'il a reconnu l'existence de sa fille Jazmin Grace?

Jazmin Grace, future Mazarine Pingeot?


Que de questions. Aujourd'hui, Marylin Monroe aurait eu 80 ans.
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