Une vie en trois lignes

Au JO de ce jour, longue litanie des noms de personnes mortes sans héritier. Un nom, un prénom, une situation maritale et une profession, une date et un lieu de naissance (ou l'absence de date et de lieu, cette mention "inconnue" (et la date trace un arc de cercle par-dessus le XXe siècle)), une filiation, une adresse, à quoi bon écrire des romans?
166 Jugements d'envoi en possession provisoire

Par jugement en date du 9 novembre 2007, le tribunal de grande instance de Paris a, sur la requête du directeur de la direction nationale d?interventions domaniales, dont les bureaux sont à Saint-Maurice (Val-de-Marne) Les Ellipses 3, avenue du Chemin-de-Presles, ordonné les publications et affiches prescrites par l?article 770 du code civil préalablement à l?envoi en possession des successions de :

1. Mme Escudier (Angéline, Joséphine, Françoise), veuve de Piereimend (Auguste), propriétaire, née à Khenchela (Algérie), le 26 décembre 1879, fille de Escudier (Michel, Paulin, Marie) et de Navelle (Elisa), domiciliée à Paris (8e), 11, rue de Rome, décédée en son domicile, Paris (8e) le 4 janvier 1966 (ordonnance du 13 avril 1988).

2. Mme Ribreau (Séraphine), veuve Jay (Jules, Edouard), retraitée, née à Oyré (Vienne), le 3 septembre 1906, fille de Ribreau (Achille) et de Berger (Marguerite), domiciliée à Paris (10e) 7, rue René-Boulanger, décédée à Châtellerault (Vienne) le 24 mars 1988 (ordonnance du 19 mars 2003).

3. M. Jay (Jules, Edouard), époux de Ribreau (Séraphine), sans profession, né à Saint-Martin-de-Belleville (Savoie) le 3 novembre 1901, fils de Jay (Emmanuel) et de Eybord (Julie, Célestine), domicilié à Paris (10e) 7, rue René-Boulanger, décédé à Paris (10e) le 23 septembre 1970 (ordonnance du 19 décembre 1996).

4. M. Truong (Ky), célibataire, retraité, né à Dai Teit (Vietnam) le 24 février 1919, fils de Truong (Dinh), domicilié à Paris (12e), 76, rue de Picpus, décédé à Paris (12e), le 28 septembre 1995 (ordonnance du 16 décembre 1997).

5. M. Kaminer (Michel), situation matrimoniale inconnue, retraité, né à Kharkov (Russie) le 1er février 1901, fils de Kaminer (Abraham) et de Wassilieff (Tatiana), domicilié à Paris (16e), 4, rue Parent-de-Rosan, décédé en son domicile le 25 février 1992 (ordonnance du 23 octobre 1996).
Il y en a quarante-cinq pages.

Déformation

Lorsque je regarde les films d'action, je me demande toujours comment les personnages vont expliquer les dégâts à leur compagnie d'assurance.

Au début de Terminator 2, comment le routier va-t-il expliquer le quart de sphère manquant dans la carosserie de son camion? Jamais une assurance n'acceptera de rembourser ça. Et le conducteur de taxi moscovite dont Bourne vole le véhicule dans La mort dans la peau, de quoi va-t-il vivre désormais? Est-ce qu'un conducteur de taxi moscovite est assuré?

Ne faites pas lire les enfants

Vous connaissez la BD Mafalda. Un strip fait fureur en ce moment à la maison:

Première case : Mafada voit sa mère assise sur une chaise, pensive.
Deuxième case: Elle s'approche de sa mère et lui dit : «Ne t'inquiète pas maman, je vais faire des études et je ne serai jamais une femme médiocre et frustrée comme toi».
Troisième case : Mafalda a quitté la pièce. Elle déclare avec un grand sourire: «Ça fait du bien de rassurer sa maman».
(Dernière case : la mère seule et désespérée se tient la tête à deux mains).

C'est fou ce que j'entends souvent «Ça fait du bien de rassurer sa maman» ces derniers jours.

3:10 to Yuma

J'aime les westerns. J'aime les westerns à cause de l'âpreté des paysages, la terre jaune et le ciel bleu, entre les deux des chevaux et de la poussière.

Ce n'est pas que 3:10 to Yuma soit vraiment mauvais, mais il donne envie de rire, ce qui n'est pas très bon signe pour un western. Il est plein de bons sentiments, c'est gentil. Il met en scène des conflits moraux (western: fable morale ayant pour objet d'apprendre ou de rappeler aux Américains et au monde le courage, les sacrifices, les compromis, les lâchetés, les saloperies, qui sont à l'origine de ce grand pays, les Etats-Unis d'Amérique (western: équivalent américain des mythes fondateurs grecs (l'intéressant de cette piste, c'est qu'elle fait du cinéma le vecteur principal de la tradition))) avec un peu trop de paroles. C'est un western verbeux.

Il me semble assister à la tarantinisation du western: trop de paroles (mais dans Tarantino, c'est maîtrisé et souvent drôle). Ici, aucune retenue ne vient endiguer la débauche d'explications: nous saurons tout. Les péripéties s'enchaînent, il y en a un peu trop, on frôle l'invraisemblable, le méchant revient toujours, c'est un méchant très complaisant.

Fais-je un contresens? Après tout, le ressort de l'histoire, c'est justement la parole, la capacité du méchant à raconter les mauvaises actions de ceux qui sont du côté de la loi et à faire parler les médiocres. C'est un méchant qui a beaucoup de patience envers la médiocrité, elle le rend indulgent, comme si ne pas être courageux et héroïque vous dispensait d'un certain nombre d'obligations morales. L'un des leitmotiv des dialogues tourne autour de la parole: «tais-toi», «ne lui parle pas», «je ne veux pas vous parler», «je vous interdis de lui parler», etc.

L'une des idées intéressantes du film, ou peut-être l'idée principale, celle qui donne envie de pardonner les maladresses du film (car il est difficile de traiter de la morale, nous en avons fait récemment l'expérience), est l'idée qu'il existerait une pente du Bien comme il existe une pente du Mal. Ainsi l'explique le méchant: «C'est pour cela qu'il ne faut jamais faire une bonne action: un acte en appelle un autre et on se retrouve du côté de l'honnêteté (decency).» «On fait une bonne action et on se prend pour le Christ». (Et cette phrase est peut-être la clé de l'invraisemblable fin du film: il s'agit bel et bien d'une conversion.)


Ben Foster est étonnant ainsi que dans une moindre mesure Russel Crowe et Christian Bale.
J'ai rarement vu des acteurs monter aussi mal à cheval. C'est le genre de détail qui montre qu'on a changé de génération d'acteurs.
Les images à la lueur de lampes à pétrole ou de feu de camp sont dorées, très belles.
Il reste à voir la première version du film. Je suis curieuse de comparer les fins — et le traitement de la parole.

Brève : des nouvelles de Tourainesereine

Je me rends compte ce matin, en cherchant des photos de la Possonnière, que Guillaume semble continuer son blog sur Flickr.

Semaine 17

Samedi 19 avril

Levée état caoutchouteux. Tellement à la bourre qu'on a fini au chinois. Après-midi dans un gymnase de Ste-Geneviève-des-Bois. Dans les tribunes, un canapé et un fauteuil en velours râpé. Je m'endors dans le fauteuil. Il n'y a pas de micro, l'atmosphère est étrangement calme malgré le poc obsédant des balles, je dors. Plus tard, un père et son fils de huit ans jouent à la DS sur le canapé. Le père refuse de jouer en réseau, il ne veut pas se prendre une tôle, avoue-t-il en riant.
Il fait beau, la municipalité de Sainte-Geneviève a dû recevoir une dotation en tulipes. Elles sont magnifiques.

Dimanche 20 avril

On m'a laissé dormir. Je ne me souviens de rien.

Lundi 21 avril

Bêche et pioche. Ampoules. Chaque fois je pense à Martine, qui m'avait dit que l'un des passages qui l'avait le plus impressionnée dans Autant en emporte le vent (le film) était celui où Rhett saisit les mains de Scarlett venue lui rendre visite en prison et s'aperçoit aussitôt qu'elle a travaillé la terre et comprend qu'elle est dans la misère: les mains d'une vraie dame sont blanches et douces.

Mardi 22 avril

Je range l'étage en laissant tourner Out of Africa. Je connais si bien ce film que les dialogues me suffisent à voir les images. J'aime profondément la voix de Meryl Streep qui intervient en off dans la bande-son.
Mail de Thessalonique: c'est oui !
Corvée de pluches. Gratin dauphinois (du lait des pommes de terre de la crème, jamais de fromage). Beaux-parents.
Lorsque je fais remarquer à H. que nous avons dix-huit ans de mariage depuis la veille, il s'exclame avec conviction: «Putain!!!». Parfois j'aimerais avoir droit à des réponses de roman-photos (mais résisterais-je alors à la tentation de me moquer?)

Mercredi 23 avril

Dans le RER, malendus agaçants avec notre voisine de banquette qui veut à toute force faire la conversation. Elle suppose: «? Journée à Paris pour une sortie culturelle?» Euh non, pas exactement: j'abandonne les monstres qui vont voir Bienvenue chez les Ch'tis pour ensuite manger au MacDo puis lire des mangas à la Fnac jusqu'à six heures du soir. Je me tais, je ne veux pas l'horrifier. Me font rire et m'agacent, ces gens qui veulent construire des enfances parfaites à leur progéniture. Je veux lui donner du n'importe quoi et de la liberté, afin qu'elle se fabrique des souvenirs.
Le coiffeur me trouve une ressemblance avec Adeline, je ris, et encore plus en tapant ces lignes après avoir cherché une photo. Je regarde des photos de Gilardi dans Gala, et d'autres de J-Lo et de ses jumeaux (Rien de plus faux que ces photos, une mère de jumeaux ne ressemble pas à ça, et si elle y ressemble, c'est dommage). Je viens dans ce salon parce que les coiffeurs sont adorables. La shampouineuse est une jeune grosse blonde à la poitrine abondante, pas du tout 8e arrondissement, du genre à mettre en toute inconscience un soutien-gorge noir sous un haut rose trop transparent qui la boudine. Elle aussi est très gentille. J'aime les gens gentils, ils me rassurent, je peux traverser tout Paris uniquement pour retrouver des commerçants gentils (et puis il faut boycotter les cons).
Je passe à la librairie, mes livres sont arrivés, je commence dans Vie politiques le chapitre sur Isak Dinesen, l'écriture d'Hannah Arendt est toujours aussi concise. (Et ce soir, en vérifiant l'orthographe de "Meryl Streep", je tombe sur cette phrase extraordinaire de Wikipédia à propos de Karen Blixen: «Sa syphilis semble avoir été guérie de son vivant mais pourrait avoir été une cause de sa mort.»)
Vélib. Il fait beau. Arrêtée au feu devant l'Assemblée nationale, je contemple la Seine et les toits gris du Louvre qui flottent au-dessus des frondaisons des arbres le long des quais. Paris.
Trois livres dans les bacs de Gibert, je confonds Le Ranch de Flicka et L'herbe verte du Wyoming (zut) et je trouve Le Jeu de la dame en grand format. T. le connaît, ça me fait plaisir.
Cantine, rires, peine d'amour, vélos, côte, librairies, il faudrait sans doute que je recharge mon compte Vélib, ma carte ne me permet plus de retirer de vélo. J'arrive en retard chez Mariage.
Ma mère arrive ce soir, stress. Ne pas y penser.

Jeudi 24 avril

Journée dans le jardin. Epuisée à midi par une matinée de piochage, j'ai honte. Jardiner une journée n'est pas qu'une utopie d'emploi du temps, c'est également une utopie physique: je n'en suis pas capable.
Sieste. Je commence L'Aliéniste.
Je tonds malgré tout la pelouse l'après-midi. Peu de temps après, il pleut. Je coupe mes ongles très courts pour me débarrasser de la terre et des traces d'herbe (je découvre sur wikipedia des précisions kâmasûtriennes sur l'usage des ongles... (mdr)).

Vendredi 25 avril

Nous ne sommes pas retournées travailler au jardin. Perdu la matinée je ne sais comment, en parlant avec ma mère, je suppose (ou en l'écoutant). Nous ne nous sommes pas disputées, nous ne nous sommes pas disputées, elle n'a pas pleuré, tralala...
L'après-midi, maman veut rendre visite à une amie opérée à l'hôpital Pitié-Salpêtrière, elle craint de se perdre dans le RER, je l'accompagne. L'opération est impressionnante, ouverture de la boîte cranienne pour atteindre l'arrière de l'?il, un énorme bandage entoure la tête de l'opérée, on se croirait dans un film. Délicatement, la panseuse a laissé une oreille accessible. L'amie de maman n'a pas perdu son humour (assez remarquable vu les tribulations de sa vie par ailleurs). J'apprends que c'est elle qui m'a portée sur les fonts baptismaux en l'absence de ma marraine.
Nous rentrons de la gare à pied. Soleil. Maman part. Deux jours sans se disputer. Elle a même paru apprécier les périodes de délire que sont (souvent) les repas. A retenir des conversations du déjeuner: dans l'hémisphère sud, le soleil se trouve de l'autre côté de l'écliptique, il convient d'en tenir compte lorsque qu'on essaie de planter sa tente au mieux pour la sieste (souvenir d'un voyage de ma mère au Bostwana).
H. est rentré furieux d'un passage chez les revendeurs Apple rue du Renard: son écran 30 pouces vire au vert depuis deux ou trois semaines, en anglais le bug s'appelle "dancing pixels". Verdict: le défaut est connu, cet écran n'est pas réparé, les revendeurs en font l'échange standard, s'il n'est plus sous garantie, cela revient à en acheter un neuf... Une petite fortune. Quelques recherches sur Internet plus tard, nous trouvons la cause du problème et sa solution (c'est si bizarre que je l'écris ici, dans l'espoir de rendre service à quelques geeks égarés): l'écran chauffe trop, il convient donc d'en régler la luminosité et la bande passante (voir la réponse de Richard Jacobson ici (le 27 octobre 2005)), le logiciel de contrôle de l'écran se télécharge ici.
Je ramasse Le Jeu de la dame qui traîne sur la table du salon, H. l'a relu hier, je l'ouvre, je m'y plonge, je prépare du thé.
Je me demande si je vais bloguer ce soir, moins on blogue, moins on blogue, je ne sais plus si j'ai envie/le courage d'être sérieuse ou pas, par instants je voudrais ne connaître aucun de mes lecteurs pour me sentir libre de pondre soit des posts à mourir d'ennui, soit des posts total délire, mais je sais bien que les quelques personnes avec qui j'ai "naturellement" envie de discuter désormais sont toutes des blogueurs ? ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes avec toutes les autres (je m'ennuuuiiiie. Rien à leur dire).
Je décide de me plonger dans cette recension lacunaire, temps qui passe. Il s'agit d'écrire ou de cesser d'écrire. Il n'y aura pas, as usual, de juste milieu ("le sens de la mesure", dirait le psychiatre dans Mrs Dalloway).
Pendant que je tape ces lignes, H. et C. hurlent de rire en lisant les commentaires de ce post (si vous m'offrez le T-shirt trollesque des commentaires, je jure de le porter). C'est très geek, ce soir.

Tautologies géométriques arrosées au cidre

— Un courbe, c'est une droite qui n'est pas droite.
— Oui, mais une droite, c'est une courbe droite.

Moi, ça me fait rire, tant pis pour vous

La blague initiale, je suppose, devait comparer les dégâts causés par les différents styles policiers. Elle a été enrichie par les militaires (ou les civils?) de la DGA (direction générale pour l'armement).
Difficile d'expliquer ce qui me fait rire: c'est en partie un clin d'œil partagé (l'ami qui m'envoie ça travaille à la DGA et lance les appels d'offre pour l'achat de machines à attraper les lapins) et en partie professionnel (de vieux souvenirs).


Nicolas Sarkozy veut savoir lequel des quatre services qu'il finance, la DST, le GIGN, la Police Nationale ou la DGA, est le plus efficace pour attraper les criminels.
On affecte donc un bois à chaque service et on lâche un lapin dans chaque bois, charge à chaque service de retrouver le sien.

Le GIGN encercle son bois, fait une sommation rapide, mitraille tout, met le feu au bois, saccage toute trace de vie. Très fiers et sans s'excuser (alors qu'une certaine presse prétend avoir les photos du lapin les bras en l'air) les ninjas rapportent le cadavre carbonisé du lapin et déclarent : "Mission accomplie".

Les espions de la DST placent des micros, engagent des lapines bien roulées, soudoient des renards, truffent des carottes, font de l'intox dans les clairières, interrogent discrètement les plantes et les cailloux. Après un mois d'enquête, ils concluent : "L'affaire est close, ce lapin n'a jamais existé".

La Police pénètre dans son bois avec le panier à salade, fait une rafle dans une clairière et revient le lendemain matin avec un sanglier bien amoché qui ne cesse de répéter: «Ok, ça va, ça va, je suis un lapin… Je suis un lapin…»

L'ingénieur de l'armement observe le bois, le dessine, effectue un calcul vectoriel des probabilité de pénétration du lapin dans les fourrés, lance un appel d'offres pour l'achat d'une machine à retrouver les lapins, construit un centre d'essai, teste la machine, chope une belette, déclare la machine obsolète, essaie de revendre la machine à perte puis finalement la privatise et donne du blé à un Libanais pour qu'il la récupère, est convoqué par la cour des compte pour expliquer comment il a pu dépenser 30 millions d'euros pour une machine de merde, retourne au bois, aperçoit le lapin mais le laisse filer car c'est l'heure de la navette, revient le lendemain et organise une galette des rois pour parler de lapin entre collègues, puis finalement passe une annonce pour se faire embaucher par une tanière à lapins sur le retour. Il n'y arrive pas et se fait muter au CAD.
Quant au lapin, il s'est fait chopper depuis plusieurs mois par le Libanais qui sait, lui, comment faire fonctionner la machine.

Toute l'actualité de 1968

Certains n'aiment pas les films Paramount, moi je déteste Le Nouvel Obs. Quand quelqu'un m'apprend qu'il lit Le Nouvel Obs, je m'ennuie déjà à l'écouter.

J'ai découvert cette après-midi le site du Nouvel Obs sur 1968.

Le travail accomplit m'étonne et m'enchante, tout me plaît, la possibilité de voir et écouter Salut les copains, de feuilleter le journal, de regarder les publicités, de découvrir l'actualité, soudain si proche, bien plus que par n'importe quel reportage télévisé.

Vieille France

Dîner. Je suis entourée par deux inconnus d'environ 60 ans (chacun à leur manière, ils m'ont assez vite précisé qu'ils étaient proches de la retraite).

Mon voisin de gauche : — Et vous aviez quel âge, en 1968 ?
Mon voisin de droite : — Si vous aimez nager, Bains de mer de Paul Morand... Morand n'est pas mon genre, mais Bains de mer… c'est un petit livre, une centaine de pages… enfin nager, pas en piscine, non, dans la mer, c'est un plaisir sexuel…

Je n'avais pas été élevée dans l'idée qu'un homme s'adressait ainsi à une femme inconnue dans un dîner conventionnel.
Muflerie ordinaire, de celle qui a oublié le tact, sans aucune méchanceté, ni provocation, ni rien.
Je me sens goguenarde, j'imagine leur tête si moi aussi j'avais abandonné les conventions pour être un peu plus directe.

Paternité

Mélancolie

— Ah ! lui dit-il, il y a eu de bien belles vies qui ont fini de cette façon… Ainsi vous savez… ce navigateur dont Dumont d'Urville ramena les cendres, La Pérouse… (et Swann était déjà heureux comme s'il avait parlé d'Odette). C'est un beau caractère et qui m'intéresse beaucoup que celui de La Pérouse, ajouta-t-il d'un air mélancolique.
En 1791, le contre-amiral d'Entrecasteaux entreprend une expédition pour retrouver La Pérouse. Il passera à 40 miles de l'île où vivaient encore deux survivants de l'équipage de l'explorateur. Sans y aborder il la baptisera de loin La Recherche, du nom de son bateau.

Visite avec Paul Rivière de l'exposition sur La Pérouse

Soirée paisible

Eu A-C au téléphone, longuement. Désormais elle dit de Jean qu'il est attardé. Il bave un peu. Il va être opéré pour une couille non descendue le 22 avril. Je me suis engagée à aller la voir durant ma semaine de vacances. Il faudra que j'y pense.

Les enfants jouent à Puissance 4 dans la chambre d'Olivier. Je suis heureuse ("mauvais riz"), quelle vie paisible, j'ai souhaité si souvent qu'ils jouent ensemble ainsi, ils étaient trop petits. Nous sommes trop pressés. Dieu, quelle bénédiction, ces enfants si gentils, solidaires, en bonne santé. Comment assez vous remercier?

J'ai identifié un nouveau dysfonctionnement de moi-même : j'ai du mal à envisager de faire un métier qui me plaît dans un domaine qui me plaît et être payée. Bah…

Il faut que je descende dire au revoir, me démaquiller. Je n'étendrai pas le linge ce soir. Demain matin, réunion préparatoire au pélerinage de Chartres, le soir concert de Claude et des problèmes vestimentaires en perspective. Quand vais-je transcrire Proust?

Il n'y a plus de raison de surfer. Les amis n'écrivent plus.

Un regard vers l'infini.

En remontant le temps, nos télescopes les plus puissants rencontrent donc un mur, situés environ 380 000 ans après le Big Bang. De cette «année 380 000», nous percevons cependant un rayonnement, le rayonnement fossile, […]. Ce rayonnement nous donne la plus vieille image de l'univers que nous puissions ''voir'' — façon de parler puisque nous la captons à l'aide de radiotélescopes portés à bord de satellites spatiaux tels que COBE et WMAP. […] Nos postes de télévision qui sont sensibles aux ondes radio peuvent ainsi détecter une partie de ce rayonnement fossile. Environ 1% de la «neige» que vous voyez sur votre écran de télévision quand la station cesse d'émettre est due à ces photons fossiles de l'époque primitive. Vous pouvez vous dire que vous observez le commencement de l'univers avec votre poste de télévision!

Le Monde s'est-il créé tout seul?, entretien avec Trinh Xuan Thuan, p.30
Mon écran cathodique est en train de mourir. Il n'est pas tout à fait mort mais on parle déjà de le remplacer. Je n'en avais pas beaucoup envie, je n'en ai plus du tout envie.
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