Mamma mia : au secours !

Enough is enough.

C'est la dernière fois que je vais voir un film pour un acteur (en l'occurence Meryll Streep). Ç'aurait pu faire un bon clip de 10 mn, à la rigueur, sur fond de bacchanales bucoliques. Mais là... Failli partir au bout de dix minutes (non, au bout de cinq, dès que j'ai vu les demoiselles d'honneur hurler sur la jetée).

Week-end

H. commence la lecture de Pale Fire. Je tourne autour du canapé, impatiente et nerveuse à la façon dont les vieux films nous montrent les pères en devenir dans les couloirs des maternités.

Le genre de week-end dont je me suis fait une spécialité: prévoir tant de choses à organiser que pour échapper à la pression je glandouille — quatre ou cinq ou six épisodes de Six Feet under. Cette folle de Lisa me fait penser à une blogueuse — dont je taierai le nom.

Vendredi soir, réunion de parents d'élèves de première. J'apprends que les élèves doivent présenter au bac une liste de lectures personnelles en plus des œuvres étudiées en cours. Je concocte depuis deux jours la liste de mes rêves, que faire avaler à mon fils, Wilde, Corbière, Laforgue, Stendhal malgré tout, Vassili Grossman, je tenterai bien les pastiches ou les articles de Proust, et les cours de Nabokov sur la littérature... Et du théâtre grec, les tragédies, qui me paraissent suffisantes à expliquer l'ensemble des situations humaines.

Nous avons de nouveau des radiateurs, les tuyaux de raccordement sont d'un rose noirci que je trouve plutôt joli, les radiateurs sont trop blancs contre les murs sales. Nous n'aurons plus à amasser des couvertures la nuit et à nous réfugier devant la cheminée le jour.

Le Point du 28 août 2008 (je n'aime pas coller à l'actualité)

  • La piscine d'Aubagne où Alain Bernard a appris à nager va désormais porter son nom.
  • La première statue européenne de Bob Marley a été inaugurée dans un petit village de Serbie.
  • Un supporter enthousiaste a serré la main de Cindy Mc Cain, l'épouse du candidat américain, avec tant de force qu'elle souffre d'une entorse du poignet.
  • Le (nouveau déjà ancien) site de Phersu.

Confidence

J'aime bien Jamel Debbouze.

Carole à l'Assassin

J'ai pris une seconde photo à l'Assassin, une photo de Carole. Je ne sais pas si elle était là pour Embruns ou pas. Elle jouait avec des boules lumineuses qui changeaient de couleur avec la chaleur.
Quand je lui ai demandé comment lui transmettre la photo, elle m'a dit qu'elle était sur facebook. La photo de son profil est encore plus jolie.

(Photo dédicacée à Sk†ns, bien entendu, puisqu'il voulait savoir s'il y avait des nanas).

20 minutes de bonheur, d'Oren Nataf et Isabelle Friedman

Le but de la soirée de jeudi était donc d'aller voir 20 minutes de bonheur. J'ai soigneusement évité de lire le compte rendude Parapluie afin de ne pas être influencée quand je commencerais à écrire ici.

En revanche, j'avais lu la critique du Monde proposée ex-ante par ce même Parapluie, et l'une des premières réflexions qui m'est venue à l'esprit après quelques minutes de film est: «Tiens, encore un film qui me donne l'impression de ne pas être en train de voir le même film que celui qu'ont vu les critiques».

Je ne connaissais de ''Y a que la vérité qui compte'' que le principe, accompagné de tous les préjugés qu'une intello bien-pensante peut avoir sur ce genre d'émissions: «c'est mal, on profite du bon peuple, on fait pleurer dans les chaumières en mettant en scène le malheur de pauvres sous-cultivés qui acceptent de se montrer en spectacle pour le bonheur de passer à la télé (mais quelle ambition ridicule (les pauvres, ne pas avoir d'autre ambition que celle-là))», etc.
Bref, le côté classique du donneur de leçon accompagné néanmoins d'une sincère envie de vomir: je déteste ce genre d'émissions, je n'aime pas non plus les jeux, je n'aime pas tout ce qui met en scène des gens dont ce n'est pas le métier, je ressens profondément que la caméra (être vu) ne peut que blesser.

Mais bon. La critique était intéressante, il était possible d'ajouter à la panoplie de l'intello donneur de leçons celle du redresseur de tort (puisque ce film était — avait été — menacé d'interdiction («mais c'est dégueulasse... la censure aujourd'hui... la faute à TF1... temps de cerveau consommable... capitalisme»)), et surtout, Parapluie, jeune blogueur enthousiaste, proposait d'y aller en groupe, ça m'amusait (mon côté gang bang, aurait dit sk†ns).

Le film est très intéressant, pas particulièrement choquant, contrairement à ce que j'avais cru en lisant la presse, même s'il contient deux ou trois passages non politiquement corrects («C'est ça, des homos de 21 ans qui s'aiment! Exactement l'âge des enfants de la ménagère qui est notre public principal! Et de quoi elle a peur la ménagère? D'apprendre que son fils est pédé! Alors bravo, prévoir trois sujets comme ça sur dix, vous êtes complètement à côté de la plaque!» (non-''sic'', mais fidèle à l'esprit)) mais pas forcément faux, comme tout non politiquement correct qui se respecte.

On comprend assez vite qu'une telle émission est avant tout et surtout un produit marketing. L'important est de faire du chiffre (les premières images du film nous montre l'appareil qui permet de mesurer l'audience). Les producteurs sont "piqués au chiffre" de la même façon que les chefs de rayon chez Auchan: quel audimat, quel chiffre d'affaires, même combat.
Le reste n'est que technique, mensonges et vidéo, avec quelque chose de sincère malgré tout qui parviendrait parfois, quelques secondes, à être sourdement émouvant.

Le montage a insisté sur le consentement des personnes filmées, qui disposent à tout moment d'un droit de rétractation. Finalement,c'est un univers sans éclat, sans luxe, qui n'est même pas détestable, où l'on se sert de l'annuaire, où l'on ment au téléphone, où l'on offre du parfum pour les anniversaires dans l'équipe, où l'on boit du café, où l'on passe beaucoup de temps à écouter les gens et les regarder vivre («tu es entré dans sa chambre?») pour essayer de saisir le plus vite possible leur psychologie (j'ai eu l'étrange impression que le rédacteur en chef redoutait quelque chose, mais quoi? un suicide? (pourtant, le risque était limité, puisque l'émission était enregistrée)) afin de ne pas choisir de personnes fragiles, où l'on essaie de concevoir un produit au cahier des charges précis.

Ce cahier des charges, à ma grande surprise, remporte mon adhésion: il s'agit de faire plaisir aux gens, à ceux qui viennent, à ceux qui regardent, on n'est pas dans le trash («On n'est pas chez Ardisson, ici!» ''sic'') mais dans l'émotion: l'objectif de tout cela, ce sont les larmes de joie, et rien ne doit ternir ces larmes: il faut des invités qui «portent leur histoire», suffisamment extravertis pour laisser couler leur larmes face aux caméras (malheur à l'invité renfermé sur lui-même) et des histoires auxquelles peuvent s'identifier les spectacteurs, qui idéalement devraient pleurer eux aussi devant leur écran.
Ce n'est pas "mon genre", mais c'est un objectif qui n'a rien de méprisable. Certes, Bataille et Fontaine n'ont pas le beau rôle, parce qu'ils sont obsédés par l'audimat et qu'ils expliquent sans état d'âme comment l'atteindre. Le matériau sur lequel ils travaillent est de l'être humain, et l'important est la façon dont ce matériau va produire de l'émotion chez d'autres êtres humains. Ce que ressent ce matériau est secondaire. La façon froide dont Bataille, Fontaine, le rédacteur en chef et toute l'équipe rassemblent les éléments devant produire l'émotion est déroutante, met mal à l'aise et en fait définitivement des personnages peu sympathiques. Mais c'est le principe-même du système qui veut ça, et pas spécialement cette équipe ni ces présentateurs.

Le débat avec les réalisateurs Oren Nataf et Isabelle Fridemann confirmera cette impression neutre: leur objectif n'est pas/n'était pas le scandale ni du sensationnel mais un témoignage. Ce sont deux personnages calmes, discrets, elle effacée, lui barbu, expliquant qu'ils ont commencé à tourner un peu par hasard, qu'ils avaient lancé l'idée presque comme une boutade, mais qu'à la suite d'un mini scandale (une invitée de l'émission ayant accusé je ne sais qui de viol) on leur a demandé de filmer la réalisation de l'émission presque comme une preuve que l'émission n'avait rien à cacher.
Les réalisateurs nous expliquent avoir beaucoup coupé et énormément monté. Les relations étaient bonnes avec Pascal Bataille et Laurent Fontaine qui ont vu le film au fur à mesure du montage. Ils ont même donné des conseils pour rendre le film plus efficace, conseils qui ont été suivis.
C'est le stagiaire (montré en début de film) qui s'est insurgé: ce film ne devait pas être diffusé, il donnerait une mauvaise image de la société de production. D'autre part, les premières critiques parues après la diffusion du film au festival de Belfort ont fait peur aux présentateurs:
— Alors comment avez-vous réussi à être diffusé?
— Notre chance est d'avoir été attaqués en justice: comme notre film n'a pas été interdit, c'est qu'il est autorisé.

Il est fort possible que le stagiaire ait raison: ce film ne devrait pas être diffusé, non parce qu'il contient des vérités scandaleuses, mais pour la raison inverse: il démonte le mythe d'une télévision de luxe et de paillettes pour montrer des bureaux où l'on travaille, où l'on se pose des questions, où l'on fait des réunions d'équipe, où l'on prend des décisions en fonction d'un résultat à atteindre.
Il montre un univers banal, un peu médiocre, plutôt morne, sans rien qui attise le désir.
C'est une télé sans mystère, et elle a sans doute tout à y perdre.

Les rencontres d'une semaine

Mardi Marie

Elle arrive en retard, j'ai eu le temps de prendre une bière et de lui envoyer (au bout d'une demi-heure, mon délai de grâce) un SMS paranoïaque («Tu m'as oubliée? J'ai donné une mauvaise adresse? Je me suis trompée de jour?»). Je repère sur le mur une affiche pour un spectacle-hommage à Boby Lapointe et une pour un film de Paul Newman. Apparemment il a filmé sa femme. Il faudra que j'essaie de voir ce film, j'aime beaucoup ces deux acteurs.

C'est la troisième fois que nous nous rencontrons, ça fait deux ans que nous ne nous étions pas vues.
Vous ou tu, je ne sais plus. Par écrit, vous. Ce soir-là, je ne sais plus. Tu, sans doute.
Nous parlons, du Yémen, de Renaud Camus, des fous rires avec Renaud Camus, de ses chiens, de notre incompréhension de son parti, de "l'affaire" qu'elle avait sentie venir [1], (c'est une lectrice "historique", dès Passage), de l'ours Ben, de sa fille. Je lui raconte mes rapports à la littérature, cette façon de tourner autour depuis si longtemps, du K de Dino Buzatti et de ses deux fins, la véritable (le monstre marin offre une perle au narrateur) et celle que m'avait racontée le père d'une amie lorsque j'avais seize ans (à la fin, quand il est trop tard, le requin dit au narrateur: «Je t'ai tant aimé»), cette façon que j'ai de fuir la littérature à la façon dont le narrateur fuit le K et d'être toujours rattrapée.
Nous parlons livres, voyages, amis; nous parlons je ne sais trop de quoi, toujours est-il que nous finissons par nous lever à une heure du matin lorsque les garçons du Reflet commencent à retourner les chaises sur les tables.

Mercredi Embruns

Comme j'avais ce soir-là une réunion à Yerres, je savais que je ne pourrais arriver que très tard. Qu'importe, depuis le temps que je suivais les Paris-carnets sur le web (janvier 2004), depuis le temps que je remettais les occasions d'y aller (d'abord parce que je n'avais pas de blog, puis parce que j'en avais un: je n'allais pas "en plus" passer mes soirées avec des blogueurs (ici, imaginer l'exaspération de mon entourage devant cette activité futile et obsédante)), cette rencontre-là ne pouvait pas être remise : c'était les adieux du capitaine, la fin d'une époque, la fin du canal historique de la blogosphère française (un peu de grandiloquence ne fait jamais de mal).

Je n'avais rencontré Laurent qu'une seule fois, pour les trente ans de Matoo, il y a dix-huit mois. A peu près impossible qu'il s'en souvienne. Mais ce n'était pas grave: j'allais à ce Paris-carnet comme on fait un pélerinage, c'était un signe pur.

Je suis arrivée à L'Assassin à 23h30. Il ne m'a fallu que quelques secondes pour constater que je ne connaissais personne (mais je connais si peux de blogueurs que c'était infiniment probable). J'ai repéré Embruns, je me voyais mal aller l'importuner. J'ai commandé une Guinness (horreur et damnation: une canette vidée dans un verre puis passée à travers je ne sais quel procédé à ultra-son pour la décanter!) et me suis installée au bar pour boire tranquillement en attendant de décider du mouvement suivant.
Je regardais les têtes, certaines me paraissaient familières, sans doute vues en photos lors de compte-rendus de soirée publiés sur le web. Je riais de penser qu'il y avait peut-être dans la salle deux ou trois personnes que j'avais beaucoup lues, dont je connaissais la vie plus intimement que certaines de leurs connaissances, et que je ne savais même pas les reconnaître. Certains trouvent cela malsain, moi j'aime bien. C'est bizarre mais pas bien méchant, un peu mystérieux mais sans enjeu.
— Ça t'arrive souvent de venir boire seule dans un café plein?
Je me suis fait aborder par un petit mec, blogueur de son état, ayant visiblement déjà pas mal bu, plutôt marrant. Il tenait un discours d'une grande cohérence dans son incohérence, quelque chose de l'ordre de la sinusoïde lunatique, ouais moi j'ai un carnet d'adresses, rien qu'hier j'ai présenté un copain à Mathieu Kassovitz, Mathieu Kassovitz, quand je veux je quitte mon boulot, ch'uis très demandé, mais j'm'éclate là ou ch'uis, ch'uis mal payé, mon blog, il est lu par deux cents personnes, ça m'a pris du temps de comprendre que j'étais trop bon pour les autres, mais qu'est-ce que ch'uis, ch'uis rien, regarde-moi,...
Etc. J'étais plutôt amusée, il me tenait compagnie. Je pensais «Tu t'es vu quand t'as bu». Je n'ai pas vraiment compris ce qu'il faisait là, apparemment il ne connaissait pas Laurent, il était venu entraîné par un ami. Je lui montrai Embruns.
— Ah c'est lui? Il m'a donné un mail-opener, me dit-il en brandissant un @ en acier qui me sembla être un décapsuleur. Tu vois il est vachement sympa, je suis vachement sympa, il me connaît pas et il m'offre un mail-opener, j'en reviens pas de ma chance...
— Tu veux dire qu'il n'a pas trouvé d'autre moyen de se débarrasser de toi, lâchai-je un peu sadiquement, d'une part parce que je le pensais, d'autre part pour voir comment il allait réagir.
Mais il avait déjà disparu pour retourner voir Laurent. Je le rejoignis, ce qui me permis de dire quelques mots et de remarquer l'alliance de Laurent, sobre et large. C'est ainsi que je me présentai à Jujupiter, que je vis rouler un magnifique patin au capitaine (hélas, le temps de saisir mon portable, il était trop tard). Je mets en ligne une photo prise dans les minutes qui ont suivi, bien floue comme toute photo de paparazzi qui se respecte:

Le temps de reconnaître Versac et je demandai à un grand brun qui parlait à Laurent : «Et toi, tu es qui?»
Toujours la même hésitation: comment se présenter entre parfaits inconnus, comment donner LE trait qui permettra l'identification de façon rapide et certaine (pour ma part, je me présente généralement comme commentatrice chez Matoo: nous ne sommes pas si nombreuses) :
— Eh bien... si tu lis Matoo... Je ne sais pas si tu as lu un post récent, où il parlait d'un certain Michel V...
— Oui ?
— Je suis Michel V.
— Ah, celui dont Embruns disait qu'il était un hétéro irrécupérable?
(Lol.)

Je dois avouer que la coïncidence m'a fait plaisir: tomber sur l'un des personnages principaux d'un des posts récents de Matoo, visiblement vieille connaissance d'Embruns...
Je me suis éclipsée peu après.

Jeudi Parapluie et infundibuliforme

Au départ le rendez-vous était samedi: je n'aurais pas pu venir, mais Matoo si. Puis les choses se sont inversées et je me suis retrouvée à Saint-Michel pour un rendez-vous foireux. (Parapluie a tiqué devant ce terme de "foireux": j'appelle foireux un rendez-vous dans un endroit large et populeux avec des gens qu'on ne connaît pas, qu'on n'a jamais vu, avec qui on a convenu d'aucun signe de reconnaissance et dont on n'a pas le numéro de téléphone. Je le savais avant d'y aller, je ne m'attendais pourtant pas à ce qu'il y eut autant de monde sur cette place.)
J'expérimentai l'attente, brandis ostensiblement un livre au titre prétentieux, cherchai un jeune homme avec un parapluie. Je m'approchai des groupes, tentai de saisir des conversations, envoyai un mayday à Matoo qui ne me fut d'aucun secours.
Bah, qu'importe, on se retrouverait dans la file d'attente ou dans la salle.
En effet, la première chose que je vis en entrant dans la salle, ce fut eux, certitude, un groupe, très jeune (ils me lisent, mais il faut qu'ils le sachent: très jeunes!), installé au premier rang. Drôle d'idée. Je montai m'installer à ma place habituelle, dans le fond.

Après le film, nous évacuons la salle par le fond. Je les attends, un peu mal à l'aise. D'une certaine façon le risque est gros: celui de les décevoir.
Les sourires sont là, c'est bien eux. Ils me vouvoient, je proteste mais n'insiste pas: après tout, c'est bien naturel, et je trouve si pénible ces gens qui veulent à toute force qu'on les tutoie alors que le vous vous vient naturellement aux lèvres. Je me demande si je leur parais aussi vieille qu'ils me paraissent jeunes... (non, je ne tiens pas à avoir la réponse!).

Après le débat, nous nous retrouvons au café place de la Sorbonne. Il y a là Parapluie, infundibuliforme, un ami à eux prof de math et deux jeunes filles encore étudiantes.
Nous parlerons là encore jusqu'à la fermeture du café, décourageant le prof de math qui doit rejoindre sa banlieue puis les deux amies. Il fait froid, Parapluie tremble. Je n'ose écrire car je sais que les deux me lisent, que chaque mot sera pesé et donnera lieu à des discussions. L'un parle, l'autre moins, l'un est pâle, l'autre sombre, je découvre qu'ils sont pacsés, j'admire tant de décision.
Nous parlons du film, de l'homophobie, de Beckett, de théâtre, de Censier, des relations familiales (jamais simples — toujours barges), de blogs, de l'expérience du Cern.
— Pourquoi les objets ont une masse?
Je commence juste (au moment où j'écris) à entrevoir ce que signifie la question et le fait qu'on la pose ainsi. Nous parlons un peu de physique, de mesure, de température, chaque fois je dis une bêtise, et parapluie, un peu gêné mais rigoureux, corrige comme il peut. Je m'aperçois avec horreur que je ne sais plus rien, que je confonds tout, je songe à Bouveresse et je me dis que désormais je m'interdirai toute allusion scientifique. Je me rends compte une fois de plus qu'il y a des modes, même en sciences, le vocabulaire de Parapluie n'est pas celui que j'ai appris.
Nous parlons de Beckett et des animaux chez Beckett. — Il n'y en a pas. — Si, ils sont tous morts.
Toujours la même surprise et le même soulagement de s'apercevoir qu'il suffit d'un intérêt commun pour pouvoir discuter avec des inconnus.

Ils me raccompagnent jusqu'à Jussieu. Je trouve un vélib. Je m'endors dans l'autobus.
Demain soir, encore une réunion.

Notes

[1] voir ici pour ceux que ça intéressent et qui ne connaissent pas.

Blague éculée

Etourdiment, j'annonce au dîner:
— J'ai passé un vrai week-end de beauf : j'ai tondu la pelouse et j'ai lavé la voiture.

Mon beau-père me regarde et répond impassible :
— Ah non, il manque quelque chose pour un vrai week-end de beauf.

Promesse d'ivrognes

Marie m'emmène à Beyrouth et je lui montre les beautés de Vierzon.

Grand messe

Réunion semestrielle de service. Parmi les choses stupides de la vie, l'obligation de se lever tôt pour ÇA. Si au moins je pouvais faire quelque chose d'utile pendant ce temps-là, coudre des boutons ou tricoter. Je serais bien sage et j'écouterais, promis. Tandis que là, il est fort probable que je m'endorme.

Enfin bon. La pensée du jour est ici.

Niveau culturel

J'ai épaté ma fille en répondant à toutes les questions des enveloppes d'apéricubes (heureusement, parce qu'il y a quelques jours, j'avais baissé un grand coup dans son estime quand elle avait appris que je n'avais pas lu tous les livres de la bibliothèque).

Pierre blanche

J'avais moins de huit ans. Ma mère me dit :
— Tiens, ce jour est à marquer d'une pierre blanche.
— Pourquoi ?
— Parce que tu n'a pas pleuré aujourd'hui.

Je fondis en larmes.

Fièvre

Au lit toute la journée, avec aucune autre occupation que mes sensation. Ma pensée qui occupe habituellement tout le volume de la tête est réduite à la taille d'une noix près de la nuque. Je ne bouge pas, des braises couvent dans mes poumons, mon corps bouillonne sans éclat, j'ai l'impression d'être remplie de liquide qui frémit à petits bouillons, au ras de la peau, sous la peau. Ce n'est pas désagréable mais un peu long, tout ce temps perdu, trop mal à la tête pour lire, j'essaie, je dors.

Les jumeaux d'Angelina

L'un de mes plaisirs de l'été: la couverture de Gala avec Angelina Jolie et ses jumeaux. A un mois, la petite fille a les mêmes lèvres que sa mère.

Peter Doig

La rubrique "expositions" n'existe pas. Ce n'est sans doute pas un hasard.
Sur les conseils d'un grand manitou (dont je m'amuse désormais à deviner s'il sera plus embêté que je le cite ou que je ne le cite pas (Môôssieur n'étale pas ses sorties, LUI (mais cependant,... enfin bon, j'aime bien l'embêter))), grâce à qui j'avais déjà vu "Figurations narratives" au Grand Palais, je suis allée voir l'exposition Peter Doig. J'avais repéré les affiches dans Paris cet été, mais la figure de l'esquimau m'ayant évoqué Jean-Marie Gleize, j'avais été rebutée.

X. m'ayant donc encouragée (et ayant attiré mon attention sur la date de fin prochaine de l'exposition), je suis allée voir Peter Doig.

Je ne l'ai pas regretté.

Grandes toiles. Tableaux amicaux, bienveillants. Omniprésence de l'eau, les arbres comme des algues. La critique parle de "paysages oniriques", je parlerais de paysages lacustres. L'eau est représentée sur la toile, peu à peu elle prend possession de la toile, sur le dernier tableau présenté, elle fait partie du tableau en tant que matière, la peinture délavée ayant coulé sur la toile comme de la peinture sur de la soie. Trop d'eau, aurait-on pensé si l'on ne venait pas de voir les quinze ans de peinture précédente.
Toujours de l'eau, une flaque, un peu de mer dans un coin. Ou de la neige, collée comme du chewing-gum. Magnifiques sapins oranges peints comme au pochoir (peints au pochoir?), toile lisse, plaisant changement si l'on songe aux tartines habituelles.

Peinture sereine.
Je découvre cet usage qui consiste à offrir un tableau à un musée en hommage à un tiers : «Collection particulière. Don partiel et promis au Museum of Modern Art, New York, en l'honneur de Kynaston McShine».
Voilà qui ne manque pas d'élégance.

C'est étonnant comme certains tableaux peuvent avoir une présence humaine. On dirait des amis.

Parmi les choses qui m'agacent

Dans le RER, une fillette blonde d'une dizaine d'années en turquoise et sa mère en rose. La petite fille a l'air un peu faible en classe, j'ai l'impression qu'elle sort soit d'un cours de soutien, soit d'une séance chez un orthophoniste ou un psy scolaire. Elle s'installe à côté de sa mère et commence à lire à mi-voix pour avancer ses devoirs (Le mousse de ?? (je ne me rappelle plus)).
— Ça veut dire quoi, ce mot ?
— Je ne sais pas.
— Tu chercheras dans le dictionnaire.

Le manège se répète trois ou quatre fois de façon très rapprochée, ce qui signifie qu'une phrase ou deux n'ont pas été comprises. Ça m'énerve, pauvre gosse. C'est quoi cette manie, «tu chercheras dans le dictionnaire?» A croire qu'aucun parent ne se souvient combien il détestait chercher dans le dictionnaire (et même déteste: combien d'adultes recherchent dans un dictionnaire le sens d'un mot qu'ils ne connaissent pas?) Comment peut-on supporter de laisser lire sa fille en sachant qu'elle ne comprend pas ce qu'elle lit? Comment peut-on ne pas comprendre qu'il faut expliquer les mots, les passages difficiles, pour donner envie de continuer pour connaître la suite?
«Vous comprenez, elle n'aime pas lire...» Quand on ne comprend rien, c'est un peu normal. (Ça m'agace!)
Heureusement que j'étais de l'autre côté de l'allée et que j'entendais mal. Sinon, j'aurais tout expliqué (enfin... ce que je savais. Parce que le mât de beaupré et le haut-de-misaine, je n'ai jamais su vraiment ce que c'était, mais ça faisait également partie du charme de la lecture: ne pas tout comprendre).


(Quoi qu'il en soit, les parents ont intérêt à s'y faire: les enfants ne cherchent plus dans les dictionnaires, ils tapent define:misaine dans Google.)

Rêves

Depuis Cerisy je me souviens de mes rêves, du moins du dernier avant le réveil, pendant quelques minutes, quelques heures. Quelques impressions persistent plus longtemps. Parfois il a un rapport avec ma dernière activité de la soirée, comme si ce rêve n'était qu'un prolongement de souvenir.

Pendant les vacances, j'ai ainsi rêvé que:

- GC se mariait. Nous étions tous en blanc, la mariée, brune, coiffée à la garçonne, portait un costume de marin blanc. Seule note de couleur, GC portait un kilt bleu.

- le château de Plieux s'élevait en ruines sur un arrière-fond de village désolé à la manière des films italiens réalistes des années 60. Au premier étage, la deuxième salle, immense, révélait un immense vitrail aux tonalités rouges et magnifiques.

- il me fallait fuir dans une maison sans issue. Fuyais-je devant J.K. Rowling ou m'aidait-elle à m'enfuir? Toujours est-il que je m'enfonçais dans mon lit qui m'absorbait comme une porte de placard.

Je ne sais plus ce que je rêvais ce matin. Pourtant je voulais m'en souvenir, car Matoo était présent.

La lente adaptation des entreprises de services aux évolutions technologiques

Je ne sais plus ce que je voulais écrire. Ça m'agace.

Aujourd'hui, j'ai arrêté de donner le change (au moins dans un domaine): on attendait de moi une liste de liens économiques astucieusement recueillis et chaudement recommandés par moi-même, je n'en ai donné que deux:
- les 300 sites de référence en économie collationnés par Alternatives économiques,
- les 4341 sites tous azimuts rassemblés par l'IAE de Paris Sorbonne.

J'ai bien peur que cela ne plaise pas : en effet, cela prouve que le travail est déjà fait ailleurs et qu'il est stupide de le refaire. Or il est de bon ton de le cacher.
(Une façon de donner une valeur ajoutée à ce travail serait par exemple d'organiser à partir de (certains liens de) ces listes un univers Netvibes[1], mais cela aussi, il faudra(it) que je le cache et que je le diffuse discrètement auprès de mes collègues intéressés. (J'explique pour ceux qui ne voient pas le problème: un univers Netvibes, c'est sur internet, c'est public: puis-je envisager sérieusement de diffuser sur internet la liste des sites que ma société utilise pour recueillir de l'information (ie, des sites aussi confidentiels que la Documentation française[2] ou l'Insee)? Je dois avoir perdu la raison.)


A long time ago, j'ai commencé à travailler en comptabilité. A l'époque, les premiers ordinateurs individuels étaient sur les bureaux depuis deux ou trois ans (avant il n'y avait que des terminaux 3270), on découvrait l'ancêtre d'Excel (Multiplan ou Lotus). Un collègue m'a montré ce qu'était une clôture de bilan «avant»: des bandes papier crachées par les calculatrices à bande agraffées aux pages des cahiers de compte:
— Chaque fois qu'on changeait un chiffre (NB: notamment un montant de provisions, je travaille dans un domaine où l'évaluation des provisions est très technique), il fallait tout recalculer, cela prenait des heures ou des jours.

L'arrivée de Multiplan avait tout changé: tableaux croisés, résultats immédiats (même si certains vieux chefs désorientés vérifiaient les calculs des tableurs avec leur machine à bande), des heures et des heures gagnées, inoccupées: qu'en faire? Je suis arrivée dans les bureaux à la fin d'un âge d'or passé à jouer aux échecs et autres puisque l'ordinateur travaillait désormais à la place des comptables. Je suis arrivée à la fin de cet âge d'or, au moment où l'on commençait à comprendre que ce temps pouvait servir à autre chose, et notamment à vérifier les chiffres, la façon dont ils étaient constitués, ce qui se cachait derrière leur désincarnation (d'ailleurs, peu après, un énorme scandale financier éclata dans cette entreprise).

J'ai l'impression de vivre cela à nouveau, dans un autre domaine: il est devenu absurde de stocker de l'information façon grand-papa, comme si elle était rare; l'enjeu aujourd'hui est de fournir vite et à faible coût la bonne information à la bonne personne au bon moment en s'appuyant (au moins en partie) sur ce qui est fait ailleurs.

Cela vous paraît d'une effarante banalité?
A moi aussi.
Si seulement c'était banal pour tout le monde.

Notes

[1] à partir de celui-ci, d'ailleurs

[2] qui d'ailleurs a son propre univers

Un peu de surf se terminant en parabole

Tout a commencé avec une recherche sur del.icio.us (dès que c'est technique, j'utilise peu Google directement) : j'ai tapé SQL.
Dans la liste qui est apparue, j'ai choisi évidemment coding horror, au nom irrésistible.

Bref, quelques clics plus tard, j'arrive sur ce billet au titre révoltant: "la quantité triomphe toujours de la qualité".

Je parcours le billet d'un œil distrait en me demandant sur quel triste et banal constat je vais encore tomber. Le début est proprement révoltant (je résume pour les non-anglophones): un professeur en cours de poterie (je simplifie, le billet original a une tonalité plus artistique) divise arbitrairement sa classe en deux en début d'année. Ceux de gauche seront notés sur la quantité (la meilleure note ira à celui qui aura fait le plus de pots), ceux de droite sur la qualité (la meilleure note au pot le plus parfait).

Mon sang de sans-culotte ne fait qu'un tour: voilà qui est tout à fait injuste, tout le monde sait qu'il est plus facile de faire beaucoup de pots que de beaux pots. Quel tyran, ce prof!

Depuis, je ris en méditant la conclusion:
Où étaient les plus beaux pots à la fin du trimestre? Du côté de ceux qui avaient fait beaucoup de pots, parce qu'ils avaient appris à faire de beaux pots en faisant des pots.

To do list estivale

  • cette année : ranger OK
  • l'année prochaine : bronzer

Le pied

Vous aviez failli échapper à cela, mais suite au conseil de Sk†ns, je le mets en ligne.

Mardi matin, afin de ne pas totalement perdre mon temps en formation (et parce que j'ai trouvé dans mon sac l'élastique donné par ma mère à cette fin), je me suis attachée les orteils.

Ma vie trépidante, le retour

(Alors, faut-il écrire ou pas quand on est d'humeur vengeresse et qu'on n'a rien à dire?)

Ce soir je suis agacée. Très agacée. Je pense n'avoir jamais connu (subi) de formation aussi calamiteuse. Encore deux jours.

Il fait gris. J'avais oublié que nous étions si nombreux à vivre à Paris et ses alentours.
J'ai lu coup sur coup deux livres qui ne m'ont pas enchantée: Locus Solus (Roussel) et Conversions, d'Harry Mathews. La lecture de Locus Solus change considérablement la perspective de L'invention de Morel (Bioys Casarès).

J'ai feuilleté Boni de Castellane sur une table du Virgin. Les photos constituent de parfaites illustrations de La Recherche.

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