L'alliance

Elle est née le 18 octobre 1913, quelque part en Pologne.
Elle est morte fin juillet 2001, à Vierzon. Les dates de mort m'échappent toujours.
Elle s'est mariée en février 1936, le 8, il me semble. Elle est arrivée en France peu après, seule. Elle venait travailler, gagner de l'argent, avant de repartir en Pologne habiter la maison que pépé avait commencé à construire (il parlait très peu, mais un jour il m'a expliqué qu'il avait commencé à fabriquer les briques pour cette maison avant de devoir partir. Ça m'avait beaucoup impressionnée: fabriquer les briques avant de fabriquer la maison… J'aimais l'idée de faire cuire les briques comme on fait cuire le pain.)
Il l'a rejointe en France, je ne sais pas pourquoi.
La guerre a éclaté, les blocs se sont figés, ils sont restés en France.
Un soir dans la cuisine, alors que nous buvions le tilleul destiné à améliorer leur condition cardiaque, ma grand-mère a découvert que mon grand-père n'avait pas porté son alliance durant la période où ils avaient été séparés, elle en France, lui en Pologne, cinquante ans plus tôt.
Elle lui a fait une scène.

Subvention

Je me demande si les taxes que l'on paie sur les paquets de cigarettes sont destinées à financer les subventions versées aux agriculteurs pour qu'ils cultivent du tabac.


JO du 26 mars 2009, texte 22 - Arrêté du 19 mars 2009 relatif à la mise en oeuvre de l?aide tabac dans le cadre de la politique agricole commune
NOR : AGRP0906350A
Le ministre de l'agriculture et de la pêche,
Vu le règlement (CE) no 1782/2003 du Conseil du 29 septembre 2003 modifié établissant des règles communes pour les régimes de soutien direct dans le cadre de la politique agricole commune et établissant certains régimes de soutien en faveur des agriculteurs ;
Vu le règlement (CE) no 1973/2004 de la Commission du 29 octobre 2004 modifié portant modalités d'application du règlement (CE) no 1782/2003 du Conseil en ce qui concerne les régimes d'aide prévus aux titres IV et IV bis dudit règlement et l'utilisation de terres mises en jachère pour la production de matières premières ;
Vu le code rural, notamment le livre VI (partie réglementaire),
Arrête :
Art. 1er. — En application de l'article D. 615-43-8 du code rural, les montants définitifs de l'aide par kilogramme pour les groupes de variétés I, II et III de tabac sont fixés pour la récolte 2008 à :
GROUPE I : 2,95531 €/kilo,
GROUPE II : 2,95531 €/kilo,
GROUPE III : 2,79543 €/kilo,


Art. 2. — Le directeur général des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires et le directeur général de l'agence unique de paiement sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté, qui sera publié au Journal officiel de la République française.

Fait à Paris, le 19 mars 2009.
Pour le ministre et par délégation :
Par empêchement du directeur général des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires :
La directrice générale adjointe des politiques agricole, agroalimentaire et des territoires, chef du service de la production agricole.
V. METRICH-HECQUET

(Non, non, je plaisante: je sais très bien que sauf dérogation accordée par la loi, la recettes d'un impôt ou d'une taxe ne peut être affectée à un emploi particulier, et que d'autre part il s'agit peut-être ici de financement transitant par l'Union européenne).

Le contrat de mariage

Je lis Balzac.

Il y a quelques temps, Paul est arrivé déconfit à l'un de nos déjeuners hebdomadaires. Tout autant attentif à ne pas laisser trop de papiers à trier à ses héritiers que désireux de s'occuper, il range ses armoires, jette, classe, étiquette ses archives, me demande conseil sur ce qu'il faut garder («Gardez tout ce qui vous fait plaisir! — Mais qu'en feront-ils après moi? — Laissez-les juges, vous ne savez pas ce qui intéressera vos petits-enfants. Au pire ils jetteront, pourquoi jeter maintenant ce que vous avez envie de garder?»).

Il venait de retrouver la correspondance échangée entre ses grands-pères, le père de sa mère et le père de son père, à l'époque des fiançailles de ses parents. Et lui qui adule sa mère dont le souvenir est encore grandi par l'absence tentait de dissimuler par un sourire l'humiliation filiale qu'il avait ressenti à la lecture de ces lettres: «Cela ressemble un peu à un marché entre maquignons.»

Il y a des lectures qu'on devrait éviter aux fils, même ou surtout s'ils ont 87 ans.

La ligne 14 rend hommage au métro de Moscou

J'aime particulièrement à la station Madeleine de la ligne 14 l'odeur de station d'épuration qui vous saisit lorsque vous descendez l'escalier et attendez la prochaine rame.
Je ris à voir la tête des touristes incrédules n'en croyant pas leur nez, empruntant la ligne de métro la plus moderne de Paris, descendant à l'une de ses stations les plus connues, pour renifler ces remugles si brutalement naturels tandis que des infiltrations roussâtres laissent des traces suspectes sur les murs.

Hier matin, en haut des escaliers venant du quai, une plateforme destinée à un concert était en cours d'aménagement. Le soir, tout l'attirail électronique avait disparu, et l'estrade. Au mur avait été installé un gigantesque vitrail représentant une poule, un marteau et une faucille, et à droite et à gauche, en français et en russe, l'histoire de la poule qui a pondu un œuf en or.




(photo de téléphone, toujours).


précision le 30 avril 2009
Il s'agit en fait d'un échange avec le métro de Moscou — c'est donc de l'art moscovite:
La RATP a offert en 2007 un entourage Guimard de style art nouveau, inspirée du célèbre architecte français de la seconde moitié du XXe siècle, pour la décoration de la station Kievskaïa, à Moscou. En échange, l'artiste Ivan Loubennikov a imaginé "Ryaba la poule", un vitrail composé comme un patchwork qui raconte l'histoire de la Russie à travers divers éléments de la culture populaire (la faucille et le marteau, les boulons, les étoiles à cinq branches, les fers à cheval et les croix).
source

D'autres livres

Hier - Seule distorsion dans une journée morne, passage dans deux bibliothèques différentes, la première parce qu'un livre commandé la veille doit m'arriver de la réserve (en Normandie, je crois), la seconde parce qu'il y a urgence.

(Nouvelle contrainte: ne plus parler que de livres promenés éternellement sans jamais être lus.)

- Hermann Broch, Création littéraire et connaissance, pour préparer juin ;
- Honoré de Balzac, Le Contrat de mariage, pour préparer samedi ;
- Guido Fuga et Lele Vianello, Les balades de Corto Maltese, pour préparer avril.

Le futur n'a qu'à bien se tenir.

Quelques livres

Je trouve un Carmen à deux euros qui contient "la Vénus d'Ille" (c'est la commande qu'on m'a passée) à la devanture d'une librairie d'occasion.
Dans les boîtes je trouve également un Zazie dans le métro (je n'ose pas avouer à Elisabeth et Dominique que je ne l'ai pas lu), La fin des Ambassades dont Camus a parlé à Bordeaux, et… La Princesse de Clèves, en poche de 1958, préfacé par Louise de Vilmorin (je n'en ai que la cassette, le livre lu par Michèle Morgan).

Quatre livres, huit euros, je n'avais même pas les deux initiaux. J'ai la flemme de trouver un distributeur de billets.
Tant pis, je rentre, je vais bien trouver à l'intérieur de quoi arrondir la somme afin de payer par carte.
Je ressors avec Considérations inactuelles 1 et 2 en édition bilingue, tout ça parce que lorsque PB m'a lancé par boutade: «Vous pouvez aussi lire Nietzsche avec lui et le traduire», j'ai juste songé: «Ah tiens, c'est une idée, je n'y aurais pas pensé».

Claude Lanzmann

J'ai vu Claude Lanzmann au Collège de France cette après-midi. J'appréhendais ce moment, il a la réputation d'être tranchant et prétentieux, or c'est un de mes héros personnels à cause de son œuvre.

Je me souviens de la première fois que j'ai vu Shoah, loin dans un quartier de l'ouest parisien, en 1986, et mon retour à pied dans les rues désertes, traversant la moitié de Paris jusqu'à la rue Cardinal Lemoine pour tenter de me remettre du choc (et la semaine suivante, recommençant pour la deuxième partie).
Je découvrais l'extermination. Jusqu'ici je ne connaissais que les camps de concentration (confusion encore bien répandue, qui fait dire à Paul, 87 ans «On n'exagère pas un peu? Beaucoup sont revenus, non? » Et le cœur serré devant cette trace vivante d'antisémitisme français à la Bernanos, j'explique: «Non, ce n'était pas la même chose. Très peu sont revenus des camps d'extermination, on a des listes quasi-exhaustives, de trente à trois cents noms…» Mais je ne sais s'il me croit.).

Je lisais mal l'anglais, à l'époque. J'ai repéré le nom de Raul Hilberg. J'ai tenté (en vain) de commander son livre chez Brentanos.
Il est sorti l'année suivante, en 1988 (La destruction des Juifs d'Europe). Je travaillais chez Mollat, je l'ai lu aussitôt. Je me souviens de ma lecture hallucinée, des sondernkommandos, des bus, des trottoirs, du soleil, de tout ce mélange irréel, des gestes quotidiens qui occupaient toujours la même place.

J'ai revu Shoah deux fois, en Dvd désormais, chez moi, toujours seule, la nuit. C'est un film que je trouve insupportable de regarder à plusieurs. (Et cette après-midi, malaise à ce que les extraits soient projetés sans que la lumière ne soit éteinte). Désormais j'en comprends la structure, qui m'avait échappée lors de sa diffusion en salle. Désormais je comprends les accusations de montage, la colère des historiens qui me fait rire. Désormais je considère que Lanzmann a été insupportablement violent avec les gens qu'il a filmés, provoquant les larmes, n'arrêtant jamais la caméra.
Ce film est monstrueux.
Et je bénis Lanzmann de l'avoir fait.

Nicolas Sarkozy élève le niveau




Un badge "Je lis la Princesse de Clèves" c'est tout de même plus élégant que "Touche pas à mon pote".

Parfum

Le parfum de Sophie m'emplit de nostalgie sans que j'arrive à identifier le souvenir qu'il m'évoque.

«Ivoire, de Balmain», me dit-elle.

Chansons à chanter fort et faux.

J'ai été surprise de l'émotion causée par la mort de Bashung dans la blogosphère et sur FB. Je ne savais pas qu'il était tant aimé.

Vers 13 ou 14 ans, quand nous partions en car, que ce soit pour aller visiter des caves à champignons ou participer à des compétitions sportives, nous choisissions des chansons devant répondre à un impératif simple: pouvoir être chantées fort et un peu faux, de préférence avec des paroles stupides.
J'avais l'intention d'en trouver dix, mais finalement, trois c'est suffisant.






J'aime beaucoup les paroles:

Hier un homme est venu vers moi d'une démarche un peu traînante
Il m'a dit : "T'as t'nu combien d'jours ?" J'ai répondu : "Bientôt trente"
J'me souviens qu'il espérait tenir jusqu'à quarante.
Quand j'ai d'mandé son message il m'a dit d'un air tranquille
"les politiciens finiront tous un jour au fond d'un asile"
j'ai compris que j'pourrais bientôt regagner la ville.





Là encore, les paroles valent le détour:

Moi je tricot' des napp'rons
Avec le rest' des nouill's grimpé sur le balcon
Eh oh eh ah
Elle est si jolie
Avec ses souliers vernis
Ses taches de rousseur
Sur son joli postérieur






Bon, évidemment:

Alors à quoi ça sert la frite si t'as pas les moules
Ça sert à quoi l'cochonnet si t'as pas les boules.

Bibliophore

Nous riions un jour entre blogueurs de notre propension à ne jamais partir en vacances deux jours sans emmener trois livres (le livre en cours, un plus léger et maniable si les circonstances faisaient que le livre en cours ne pouvait être lu, un troisième au cas où les deux autres soient lus trop vite, (et autres variations)), trois livres qui devenaient une petite bibliothèque si l'absence devait atteindre la semaine ou les quinze jours (peur de manquer, désir de profiter, espoir, faim, soif, sensation de la présence, besoin d'être rassuré, peur de la solitude, que sais-je).

Peu à peu je m'aperçois que je suis en train de reproduire le phénomène au quotidien. Je promène des livres toute la journée, tous les jours. Le gros et difficile que je lis comme la mer monte, avançant de dix pages, reprenant six pages plus haut, avançant de dix pages, au rythme des interruptions dues aux transports1, le petit commencé dimanche, trouvé par hasard dans une bibliothèque et que «je devrais vite terminer puisqu'il est écrit gros», le Susan Sontag parce qu'il faut que je fasse des photocopies, La Chambre claire pour retrouver les citations de Compagnon…

Je n'en sens pas le poids.



Note
1 : Et je songe le cœur serré à l'injonction de Rosenzweig, «il faut lire vite», puisque les livres se comprennent à partir de la fin.

Dolorosa

Dimanche après-midi.

L'enfant a dix ans et joue en compétition de tennis de table. Entre chaque service, il pleure, se tord, mime toute une comédie qui déconcentre l'adversaire.
Généralement, il gagne ses matches.

Une fois de plus la scène se prolonge. L'arbitre finit par intervenir en ordonnant à son adversaire: «Ne t'occupe pas de lui: quand c'est ton tour de servir, sers.»
Comme par enchantement, tous les symptômes de l'autre disparaissent aussitôt.
Cependant il gagne, ayant eu malgré tout le temps de déstabiliser l'autre enfant.

Le match fini, l'arbitre ne peut s'empêcher de faire une remarque au père:
— Le comportement de votre enfant est inadmissible, et il ne méritait pas vraiment de gagner.
— Mais Monsieur, respectez sa douleur !

Wonderbra

Vendredi, RER.

L'esprit dans le vague, je suis en train de m'endormir quand j'entends une voix claire affimer:
— Si tu mets un serre-taille tu les remontes, mais si tu mets un bustier tu les fais ressortir.

J'ouvre les yeux, je regarde. Deux jeunes filles, une blonde et une brune, sont assises de part et d'autre de l'allée centrale. C'est la brune qui a parlé. Elle mélange les codes, bague gothique articulée en plusieurs phalanges et kéfier. Elle continue son exposé avec beaucoup de précisions. En face de la blonde, le black aux casques dans les oreilles n'a sans doute rien entendu. Mais que peut bien penser le cinquantenaire plongé dans son livre en face de la brune?
Je n'arrive pas à voir le titre du livre. Il a l'air passionnant.

Dans le wagon, personne n'a bronché, pas un sourire.
Je me rendors, entendant vaguement des conseils sur les vernis à ongles.

Rien à bloguer

Rien à bloguer (variation sur le thème «Qu'est-ce que je peux faire? Ch'ais pas quoi faire.») Il faudrait répondre aux commentaires ci-dessous — plus tard — et à mes mails — plus tard. Il faudrait que je vérifie la date de l'anniversaire de David — plus tard. Je me dis qu'il faudrait un autre jeu de couleurs pour ce blog, noir et gris, car certains jours j'ai honte d'aborder certains sujets sous les couleurs rose et mauve.

J'ai perdu mes gants rouges.
J'ai envie de fumer.
J'ai envie de lire.
J'ai envie de dormir.
Je me mets à écrire comme les teenagers sur FB.
Ou alors comme Valentin Zamor.
C'est fun.
(Mais pas trop longtemps).

Je me demande ce que devient Serge.


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Je complète six ans après: en réalité j'avais quelque chose à bloguer, mais je trouvais indécent de l'exposer alors (cela explique ma phrase sur les couleurs de ce blog). Voici ce que je retrouve en marge du blog, non publié en 2009:

- Lundi il y a quinze jours : début des travaux, poussière, camping.
- Lundi il y a huit jours : déchirure de la cornée.
- Mardi il y a huit jours : suicide au lycée.
- Demain, enterrement.

Explication que j'ajoute aujourd'hui 12 mars 2015 : Le suicide était celui d'une jeune fille en seconde au lycée de Clément. Lui était en première et la connaissait bien.
C'était une jeune fille adoptée qui n'a pas supporté l'idée d'avoir été abandonnée. Elle s'est tiré une balle dans la tête sur le Pont des Arts, dit la rumeur. Et ceci flattait trop le goût du sensationnel pour que je le racontasse alors. Aujourd'hui je l'écris pour que cet événement et cette jeune fille ne soient pas oubliés.

Principe de réalité

Il faut bien me rendre à l'évidence: séparer la littérature (ou plus humblement les livres) du reste pour en faire deux blogs est totalement irréaliste, je m'en rends compte soir après soir quand je n'ai rien à écrire ici. Qu'écrire quand ma journée se résume à des somnolences emplies de cauchemars et un désaccord avec le cours de Compagnon? (Comment peut-on opposer les récits de vie "narratifs" (ayant la forme d'un récit) et les récits de vie "anecdotiques" (ayant la forme d'une succession d'épisodes) sans jamais parler du moment où l'on est en train d'écrire? Car pour écrire un récit, il faut se situer après, voire bien après: un récit s'écrit à rebours, c'est la fin qui ordonne le discours. Il est impossible de se penser récit si l'on écrit au fur à mesure).

Enfin bon.

Une rose et vingt centimes

J'arrive tard sur le quai du RER D aux Halles, il n'y a pas grand monde. Je remarque sur le sol une rose blanche à la tige très longue, au moins soixante centimètres. Comment a-t-elle pu tomber là, par quel miracle n'a-t-elle pas été piétinée?
Je la ramasse.

J'ai oublié de déjeuner à midi (cela m'arrive souvent quand je suis seule). Vers quatre heures je suis descendue chercher un Mars (désormais il y a des produits Weight Watchers au chocolat dans le distributeur; le genre de non-sens qui me fait détester mon époque (si je mange du chocolat, je veux qu'il fasse grossir, nom d'un petit bonhomme, j'en veux pour mon argent!))
Il est 20h43, j'ai de nouveau faim, allons-y pour le distributeur du RER. Il me reste un euro et des pièces rouges, pour un euro dix, je peux avoir un Kitkat. L'appareil accepte mon euro, pas mes deux pièces de cinq centimes, mais refuse de me rendre mon euro. J'aborde un couple de jeunes blacks affalés sur un siège; lui extirpe une pièce de vingt centimes de sa poche et refuse royalement mes dix centimes.

Je mange mon kitkat ma rose à la main.

Une journée

Parfois je me dis que je devrais écrire l'emploi du temps réel d'une de mes journées, pour les lecteurs qui me rêvent.
Mais quelle déception, aussi.

Depuis une semaine, nous vivons tous dans le salon, chassés de l'étage par la poussière et les vêtements (les vêtements contenus dans la pièce à poussière ayant migré vers les pièces moins poussiéreuses). Je n'arrive pas à écrire dans le bruit (pardon: la musique — ou Proust: je défie quiconque d'écrire en écoutant la mort de la grand-mère).
Aujourd'hui j'ai acheté des boules Quiès.
Il faut que j'aille les chercher.

Soirée crêpes en club de sport

À quel signe un parachutiste aveugle reconnaît-il qu'il approche du sol ?

Esprit du temps, fin

Ce matin en haut des escaliers du RER m'attendait un militaire Famas au poing, l'air belliqueux. Ils étaient trois, à nous regarder sans nous regarder.

Le temps que je trouve mon téléphone, ils avaient décidé de franchir les portillons: la photo est prise d'un peu trop loin.





Je n'arrive pas à m'habituer à ces hommes armés et en treillis dans les couloirs du RER. J'ai l'impression d'un coup d'état imminent, de vivre dans une république bananière. Ça dure depuis combien de temps? Août 1995? (l'attentat dans le RER B à Saint-Michel). Cela n'est-il pas, n'était-il pas, destiné à être temporaire?

Et je les plains, ces militaires: se sont-ils engagés dans l'armée pour faire le pied de grue dans les couloirs du RER? Quels sont leurs ordres? Leur arme est-elle chargée, balle engagée dans le canon? (si oui c'est scandaleux, si non c'est inutile).

Esprit du temps, suite

Hier, aux urgences, je suis surprise par l'apparition d'affiches qui n'existaient pas la dernière fois que j'y suis venue, il y a trois ou quatre ans.
L'une rappelle que les violences physiques et verbales sont passibles de poursuites judiciaires, l'autre explique que la queue en salle d'attente mélange les urgences et les personnes ayant rendez-vous avec différents médecins, qu'il est normal que les gens ne soient pas appelés en fonction de leur ordre d'arrivée, que tout le mond sera reçu («ne vous inquiétez pas») et que personne ne sera oublié…

Cette après-midi, en institut de beauté, je découvre ce nouvel et charmant avis placardé au mur: «les clientes à l'hygiène douteuse se verront refuser les prestations».

WTF!



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Pour mémoire: Hervé à l'hôpital, cornée rayée par la poussière due aux travaux dans la maison (nous avons supprimé la salle de bain dans notre chambre pour mettre du parquet et faire un bureau). Hervé est quasi aveuglé par la douleur.

Décalage

O., 10 ans, revient de colonie de vacances.
— Ils ont trouvé que je parlais bizarrement.
— Ah bon ?
— Oui, ils ne comprenaient pas quand je disais «Puis-je»: «Puis-je avoir le broc?»
— Mmm. Et c'est tout ?
— Oui… euh… ah non, il y a aussi les monos, ça les rendait fous que je les vouvoie.

Parfois j'ai l'impression de n'élever mes enfants que pour les rendre inadaptés au monde.
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