Ascenseur de la Défense, encore

Je suis dans un angle de l'ascenseur, dans la tour de l'entreprise. Un homme et une femme entrent, lui grand, les cheveux déjà gris bien que jeune, le visage rouge des gens pâles souffrant du froid, elle petite et vive, les dents irrégulières. Il poursuivent leur conversation en se plaçant chacun contre une paroi, me transformant en sommet involontaire d'un triangle.

Elle : — Je me demande bien comment il a appris ça...
Lui, avec une certaine violence : — Oui, qui est-ce qui lui a raconté ces conneries...?
Puis, après un temps de réflexion : — Moi, je l'ai appris en fouillant dans un placard.

Mais de quoi parlent-ils? D'un changement d'organigramme, d'une réorganisation, d'une suppression de poste? Du prochain déménagement dont les dates restent floues? A quel étage sont-ils entrés, que se passe-t-il dans ce service?
Ils échangent un sourire de connivence, je suis gênée de paraître indiscrète, entre eux renfoncée dans mon angle, je balbutie alors qu'ils croisent mon regard:
— Je ne sais pas de quoi vous parlez, donc ne vous inquiétez pas...
L'homme me regarde droit dans les yeux, sourit, et dit:
— De la découverte du Père Noël.

Parents indignes

Dimanche soir. Plus rien à manger, frigo vide (évidemment, puisqu'au lieu de faire les courses hier après-midi nous avons réhabillé ce blog).

Parfois je me demande quelles séquelles va laisser sur les enfants le fait de vivre dans une maison pas rangée, sans ménage, le fait de se faire eux-mêmes des pâtes toutes les fois où nous préférons faire autre chose que la cuisine, de nous servir de banque (ie on leur taxe leur tirelire) chaque fois que nous avons un besoin urgent d'argent liquide (car nous avons été trop étourdis pour prévoir nos retraits d'argent...), dans une maison où seuls comptent les livres, les ordinateurs, le ping-pong...

Bon après tout, on n'en est pas encore (quoique, finalement,...ça ne leur déplairait peut-être pas d'en être là.)

Back to basic, je vais aller faire une Floraline.

Nouvel habillage

Cela fait un petit moment que je me sens gênée d'écrire des billets tristes sous des couleurs roses. Et puis j'avais repéré ce site et j'avais envie d'utiliser ces images. Donc voilà.

L'ancien est disponible dans la marge à droite.

Mon premier sapin cette année

Je n'avais pas réalisé que nous étions si proches de Noël. Ce week-end, j'ai découvert que les pâtisseries vendaient déjà des marrons glacés.

Sapin lumineux à la Défense devant les portes d'une entreprise, premier sapin de l'année, accompagné de chants sirupeux :

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Quelques lieux

Pas d'andouille à Guéméné le lundi.

Belle église de Kernascléden. Admirable vue de la place, peu haute et ouvragée. A l'intérieur, des fresques, dont un chaudron contenant les damnés et l'une des six danses macabres connues en France.

Redon. Eglise Saint Sauveur. Etonnante. Nef aveugle, plafond coffré à bois, partie romane, pas de lumière. Belles sculptures des chapiteaux, tour en trompe-l'œil, je veux dire destinée à contenir aucune cloche. Une affiche à l'entrée explique que Redon fut le berceau de la Bretagne...
Pas de carte postale, rien.

Restaurant chaudement recommandé: Le Saint-Martin à Sablé-sur-Sarthe, à deux pas de la place principale. Visiblement le chef s'y connaît en vin, la cave est impressionnante.

Michel Bureau, s.j.

Il y a quelques années, Michel accompagnait un groupe d'étudiants à Castel Gandolfo. Ils furent présentés au pape.
Jean-Paul II passe, revient sur ses pas et s'étonne: «Un jésuite avec une moustache?»
Puis il s'éloigne.

(Il faut dire que la moustache de Michel était formidable.)

Souvenir marquant

Un ami :
— Si si, je me rappelle bien de notre première rencontre, c'est avec toi que j'ai découvert le mot «intendance».

(C'est ainsi que j'appelle l'ensemble des corvées qui concernent la survie quotidienne. Cette première rencontre remonte à 1995, à peu près.)

La devinette du week-end

Dédiée à Tlön et Marie:

Quel est le pluriel d'un p'tit beurre ?

Grosse fatigue

La même vous déclare qu'elle apprend à ses filles à donner un grand coup pied dans les couilles à un type louche qui s'approcherait («Tu comprends, nous sommes une famille confiante, alors il faut que je leur apprenne à se méfier») et qu'elle est farouchement contre la peine de mort, qu'elle préfère tuer elle-même le meurtrier de ses filles («et qu'on me juge ensuite»).
— Si je comprends bien, tu es pour les milices et contre l'Etat de droit ?...
— Mais non, pas tout... (etc. Ton très offensé).

Il paraît que j'ai été trop virulente, qu'il faut savoir laisser tomber...
Eh oh, j'ai rien fait, et ce n'est pas moi qui ai commencé.

Mais comment font-elles ?

Je suis étonnée de voir des collègues toutes pimpantes s'exclamer avec satisfaction, à neuf heures ou quatorze heures à la machine à café : «Je viens de la gym» ou «Ah, je reviens du sport, ça fait du bien» (Pause. Attente des applaudissements. Elles n'obtiennent qu'un sourire poli tendance incrédule).

Quand je «reviens du sport», je ne suis pas pimpante. J'ai le visage couvert de plaques rouges, je suis une loque qui a du mal à marcher, à pousser une porte, dont les mécanismes de transpiration sont encore actifs malgré la douche, qui n'a plus la force de couper son steack hâché et qui parle lentement, en se concentrant.

A quelque chose le malheur est bon

Une fois n'est pas coutume, je suis plutôt contente des Français, ou plutôt deux ou trois fois. Mon poste d'observation est un peu particulier, puisque c'est internet (j'ai remplacé le rideau soulevé à la fenêtre dans les villages par les blogs et twitter), mais il me semble valable, car il enregistre la même impertinence que celle entendue le matin aux comptoirs des cafés tandis que cadres et postiers succèdent peu à peu aux ouvriers du BTP arrivés plus tôt.

1/ Au moment de l'hypothétique nomination de Jean Sarkozy à la tête de l'Epad, puis surtout au moment de la fable de Nicolas Sarkozy à Berlin le 9 novembre 1989, la blogosphère et twitter ont éclaté de rire, ridiculisant "les puissants" dans une sorte de liesse populaire qui m'évoquait les pamphlets et les refrains circulant à d'autres époques dans Paris.

2/ La lamentable victoire des Bleus contre l'Irlande plongent les vrais supporters dans la consternation, et cela me rassure. Là encore, cette consternation se traduit par le rire et les jeux de mots (de mains, de vilains).

Deux paires de mitaines

Il y a vingt ans, je tricotais une paire de mitaines bleu turquoise pour mon amie Jacqueline. Je peux dater ce moment parce que je me revoie dans la chambre d'hôtel à Strasbourg où j'ai passé trois mois en formation, envoyée là par mon entreprise (les vingt ans de la chute du mur du Berlin, mes vingt ans de salariat... mais mon point de repère (pour le salariat) est plutôt la proclamation de la république hongroise en octobre 1989... Tien Anmen avait été réprimé en juin, je n'en reviens pas de ces journalistes/analystes politiques qui viennent nous expliquer que la chute du mur était prévisible... nous songions à Tien Anmen. Je regardais la télé dans des chambres d'hôtel, en octobre ce n'était pas encore Strasbourg mais Périgueux...)

Il y a cinq ans, aujourd'hui ou le 16 ou le 17, je ne sais plus, j'apprenais la mort de Jacqueline.
J'avais tricoté une autre paire de mitaines, rouge, pour F., quelques temps auparavant. F., dont je n'ai plus de nouvelles.

Pierre Louÿs en tirerait la conclusion qu'il est dangereux de tricoter des mitaines pour ses amies.
Heureusement, je n'en ai jamais plus tricoté.

Quatre ?

Dans l'ascenseur :

— T'as pas vu l'écho ? Ah, ce n'est plus du tout pareil, maintenant le bébé, on ne le voit plus en 3D, mais en 4.

Plus rien ne va de soi

Je découvre mi-agacée mi-amusée "l'exigence de conformité" dans les secteurs de la banque et de l'assurance.

Autrefois, on partait du principe que les individus se lavaient les mains, que les spectateurs écoutaient silencieusement les films au cinéma et que les entreprises respectaient la loi.
Aujourd'hui le ministère de la santé vous apprend à vous laver les mains, les salles de cinéma tournent des clips pour vous apprendre des règles élémentaires de politesse et de nouvelles normes internationales (Solvabilité II et Bâle II) prévoient que les banquiers et les assureurs mettent en place des fonctions pour prouver qu'ils se préoccupent de respecter les lois.

Ce que j'aime chez les sportifs, c'est leur tact

L'entraîneur d'aviron, que je rencontre pour la première fois aujourd'hui, voudrait que je recrute pour son sport au sein de mon entreprise :

— Non parce que tu comprends, surtout une femme! Une femme qui a la quarantaine, c'est bien mieux qu'un malabar de vingt ans, ça fait moins peur, on se dit si elle peut, je peux aussi !



(Non mais lol, comme dirait Tlön junior. Pas étonnant qu'en ayant grandi en club, j'ai des côtés un peu rugueux.)

Choix simple

Entre le Modem et Spinoza, je choisis Spinoza.

Plusieurs problèmes se posent alors, dont nous tâcherons de démêler les implications : qu'est-ce qui permet à Spinoza de qualifier une action de « bonne » ? Sur quels critères se fonder pour juger du bien et du mal ? Le spinozisme, en rapportant le bien à l'accroissement de la puissance d'agir, ne fait-il pas l'apologie du « chacun pour soi », du relativisme et de la concurrence sauvage entre les individus ?

Julien Douçot, séance du 12 novembre 2009

Férié

De ces journées sans événement marquant autre que des événements familiaux, qui n'ont pas tout à fait leur place ici. (Parfois j'aimerais tenir un blog destiné à la famille, ces cartes postales que je n'envoie plus vraiment mais que j'ai tant envoyées, nouvelles courtes et distribuées entre tous (toutes: que des femmes, que des femmes (élevée dans la haine des hommes, dirait Mlle Julie)), en sachant bien que la rumeur aurait vite fait de redonner à chacune les morceaux du puzzle envoyés à d'autres. Se pourrait-il que mon goût de la mosaïque et du commentaire de blog vienne de là, de cette habitude d'écrire un peu à chacun en supposant que tous liront tous?)

Je lis un livre d'un kilo six depuis le mois d'août. Je le promène, de métros en musées. J'ai une tendinite, je ne peux plus tendre le bras gauche. On m'a octroyé le droit de retourner au lit (plutôt que de réorganiser la cuisine) pour le finir une bonne fois, quatre-vingt pages, l'affaire d'une petite heure («Ça va, il y a du blanc», commente le plus jeune, étudiant la mise en page de ce livre interminable — lui qui ne lit que des mangas).
Mais je ne l'ai pas terminé.
Je me suis endormie.

Mademoiselle Julie, de Strindberg, au théâtre du Nord-Ouest

Je l'ai déjà écrit, le charme du théâtre du Nord-Ouest, ce sont ses salles toutes noires, l'absence de décor, la proximité des acteurs. Mademoiselle Julie se joue dans la petite salle, l'espace de la scène est donc bordé de sièges sur trois côtés.

La pièce commence lentement, sur un constat: «Mademoiselle Julie est complètement folle!»
Repas du domestique servi par sa promise, exposition de la situation, apparaît Mademoiselle Julie, scène de séduction (de drague) effrontée, malaise du domestique qui souhaite protéger sa maîtresse de la déchéance, sociale et humaine, qu'il sait fatale, sans pour autant désobéir aux ordres qui se font humiliants et impudiques...
Puis la chair reprend ses droits et tout bascule.

Pièce à voir absolument, magnifiquement jouée par Audrey Sourdive, Jean Tom et Nathalie Lucas.
On en sort passablement secoué par la violence du texte et de la situation: pas d'issue, pas d'issue, pour celui ou celle qui ne saura pas tenir sa place, que ce soit une place attribuée par la nature ou par la société.

Pour une critique plus élaborée, voir ce blog consacré au théâtre.

Librairie Galignani

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Gide, Louÿs, Valéry : Correspondances à trois voix

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Gide, Louÿs, Valéry : Correspondances à trois voix
Renaud Camus, Demeures de l'esprit, Grande-Bretagne II & Irlande
Roland Brasseur Je me souviens encore mieux de je me souviens
Edmondo de Amicis, La tentation de la bicyclette
Jules Renard, Leçons d'écriture et de lecture
Lucien Suel, La patience de Mauricette

F.

Elle a 43 ans aujourd'hui. Ma seule amie d'hypokhâgne, celle que les professeurs ne m'ont pas pardonnée, d'ailleurs. («Mais pourquoi avez-vous changé de place?» Qui m'avait posé cette question et pourquoi, quand j'avais changé de place pour m'installer à côté d'elle? Je ne sais plus.)

Celle qui était si timide qu'elle riait nerveusement quand la prof d'anglais l'interrogeait — et celle-ci a cru jusqu'au bout que F. se moquait d'elle. (F. était très douée en anglais.)

Celle avec qui j'ai mangé beaucoup de croque-monsieurs.

Celle qui avait lu tout Duras, tout Woolf et tout James — dommage que je n'ai pas suivi son exemple à l'époque, j'aurais pris un peu d'avance — mais les Duras que je lisais lui appartenaient. J'ai encore dans ma bibliothèque son Vie et Destin et le Arendt sur le totalitarisme. Elle m'avait prêté Temps et Récit I dont j'avais entièrement gommé les soulignages à main levée pour les remplacer par des traits à la règle.

Celle dont nous avons corrigé en urgence sur atari (logiciel: "Le Rédacteur") le mémoire de DEA d'histoire (L'assassinat du président McKinley) (et déjà mes tics de relecteur).

Celle à cause de qui j'habite où j'habite aujourd'hui, ses parents nous ayant prêté leur maison en 1992 pendant qu'eux-mêmes partaient en vacances, nous permettant d'échapper à notre appartement quelques semaines et de découvrir cet endroit de la région parisienne.

Celle dont je possède un pendentif, une croix dans un cœur, donné par sa mère à la naissance de ma fille, parce qu'elle ne croyait plus que F. aurait des enfants (puisque ce pendentif était destiné à une fille de F.)

Celle à qui j'ai raccroché violemment au nez un jour de 1995, en décembre sans doute, exaspérée que célibataire sans enfant, elle ne soit jamais disponible pour nous voir et ne fasse preuve d'aucune souplesse dans son emploi du temps.

Celle que j'ai revue dans un café en 2000, après l'avoir rappelée parce qu'elle me manquait, qui m'a avouée qu'elle était lesbienne et qu'elle n'avait pas osé nous le dire, qu'elle avait coupé les ponts avec toutes ses anciennes connaissances.

Celle qui ne m'a plus jamais répondu, que je n'ai pas revue depuis, dont le prénom/nom existe à une dizaine d'exemplaires sur FB — j'ai écrit à toutes, en vain.

Evidemment je pourrais aller sonner chez sa mère, qui d'après l'annuaire est sans doute veuve.

Mais cela n'a guère de sens d'insister.

A venir : Le procès de Charlotte Corday

Benoît récidive et nous propose un nouveau spectacle, le temps d'une soirée:



«C'est à une lecture que nous vous proposons d'assister, autour d'un verre, afin de découvrir le texte mettant en scène Charlotte Corday et son accusateur public, Fouquier-Tinville, au palais de justice. En assassinant Marat dans sa baignoire le 13 juillet 1793, Charlotte Corday signe l'entrée de la révolution dans « La Terreur ». Deux caractères s'affrontent alors : l'un légitimant son acte d'un point de vue politique, l'autre le jugeant inflexiblement. Cette guerre des nerfs alimentera le fanatisme révolutionnaire de part et d'autre.»

Si vous y allez, envoyez par précaution un mail à info@chateau-de-villiers.com .

Résumé

- jeudi
Oulipo. J. tombe devant la BNF et se casse un doigt. ''Annette'', pièce de Jacques Jouet.
Dominique annote et corrige quelques points de ce blog (depuis le 25 mai. Au besoin il laissera des commentaires anonymes pour que je corrige ou complète mes billets). Il m'apprend que ''Laura'' de Nabokov est sorti (est trouvable sur le net) en livre (et donc pas en cartes à organiser soi-même: dommage).
Toujours le même bonheur de la pizzeria post-BNF.
J'apprends qu'une contrepétrie ne doit pas être trop compliquée pour être "pure".
Contrepétrie impure, donc (et classique) donnée par Elisabeth: "L'aspirant habite Javel" 1.

- vendredi
Ma fille se fait voler son sac au collège, avec les clés et l'adresse de la maison. C'est le x-ième incident la concernant. Je commence à être réellement inquiète, elle est visée, je crois qu'il va falloir la changer d'établissement avant que le pire n'arrive (il n'arriverait peut-être pas, mais qui prendrait ce risque?)
Je retrouve mes complices au café pour une nouvelle séance de lecture des Eglogues. Le soleil levant d'Auckland dans l'écran du portable connecté en wifi. C'est beau la technologie, mais je suis encore plus émue d'avoir une amie qui vit toujours demain.
Le soleil de demain brille déjà, et au printemps.

- samedi
DT polio. Fièvre pour le week-end. Qu'ai-je fait le reste de la journée?
Ah si, on songe à moi pour l'équipe d'aumônerie... Voilà aut' chose... je m'étais dérobée il y a six ans, cette fois-ci je suis bel et bien reprérée. Je me lancerais bien dans une licence de théologie.


1 - On notera au passage l'ode à la main gauche de J.

Un blog, quelle ouverture d'esprit !

Ça m'a bien plu :





Par ailleurs, vous pouvez voter ici pour le meilleur site de dessins on the web (ce qui est aussi un moyen d'en découvrir un certain nombre que je ne connaissais pas).

Souvenirs de Lévi-Strauss

Août 1985 - Je composte des chèques dans une agence du Crédit Lyonnais. A midi, je lis Race et Histoire et Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes en dépensant mon ticket restaurant dans un café tranquille qui diffuse Rue barbare de Bernard Lavilliers. Thé et croque-monsieur.
Ces deux livres sont au programme de culture générale d'un concours que je dois passer en septembre.

Décembre 1988 - Covoiturage entre Paris et Lyon pour assister au mariage de mon meilleur ami, ce qui n'était pas encore un cliché. Discussion dans la voiture avec un ami de P., ami légèrement dédaigneux, légèrement supérieur :
— Tu as lu Race et Histoire ?
— Oui.
— Tu te souviens de sa conclusion ?
Comme il me prend de haut et que je fais un complexe d'infériorité, je panique un peu:
— Euh... Que l'évolution dépend de nos différences, de la différences entre les groupes et de leur façon d'interagir et de s'enrichir mutuellement ?
— Il dit surtout que certaines races sont plus cumulatives que d'autres, savent mieux acquérir, conserver et accumuler du savoir et de la technologie.

Il avait l'air très sûr de lui. Quatre ans après ma lecture je n'étais pas si sûre de moi. Mais il ne me semblait pas avoir lu ça, non, il ne me semblait pas avoir vu une telle interprétation, visant peu ou prou à organiser une hiérarchie des races (si tant est est que ce mot ait un sens: des cultures, des couleurs, des ethnies).
Je me souvenais surtout de la crainte de l'homogénéisation et de l'homogénéité: si tout devenait pareil, homogène, il n'y aurait plus de progrès possible.
Quand le mot "mondialisation" est devenu à la mode, employé à tort à travers, c'est à Lévi-Strauss que j'ai pensé.

Après quelques années sur internet, je ne suis plus inquiète: tout tend à prouver que des groupes se reconstituent toujours. Les critères ont changé, il ne s'agit plus de nationalité ou d'ethnie, mais de langues, d'affinités, de goûts ou de sujets d'intérêt communs ne tenant aucun compte des frontières. Il existe toujours des groupes, des différences, des échanges, et ces différences ne constituent pas forcément des hiérarchies. Une chose est sûre: ce n'est pas homogène.

Couleurs

Cette vieille dame en béret bleu, imperméable rouge et valise anis lisait un livre rose : Réflexions sur l'esclavage des nègres, de Condorcet.

(Etrangement, je ne trouve pas trace de cette édition sur internet).

Chic

J'espère ne pas me réjouir trop vite, mais selon toute probabilité, je vais sans doute pouvoir faire de l'aviron sur la Seine entre midi et deux.

Ah l'odeur humide des vestiaires et les ampoules aux mains qui empêchent de tenir le stylo...
Et comme je lis beaucoup trop de blogs de filles/ados en ce moment, je m'exclame: "je suis super contente!"

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