Mode lapin blanc

- Démonté une poignée de fenêtre (pas encore remontée à l'heure qu'il est);
- ramassé des feuilles (eh oui, ce n'est toujours pas fait);
- coupé les tiges noircies des pivoines (ce devrait être fait depuis juin);
- rangé les boîtes contenant les décorations de Noël (mais le sapin est "démonté" depuis une semaine: pas si mal);

- pas écrit à ma grand-mère (94 ans hier);
- pas écrit une poignée de cartes de vœux;
- pas fini le billet pour Elisabeth.



Pas encore dîné.

Profession de foi

Je suis ennuyée, ce soir. J'ai peur de recevoir un coup de fil affolé de parents m'accusant d'avoir traumatisé leur enfant. J'ai simplement dit la vérité.
Je me demande comment je peux réussir à raconter cela sans paraître comtesse de Ségur.
Tentative.

Dans notre commune la "dame de catéchisme" a disparu. Ceux qui veulent transmettre ce qu'ils peuvent de foi et de tradition catholique doivent s'en charger eux-mêmes. Cependant, ils ne peuvent le faire en "candidat libre", ils leur faut prêter serment d'allégeance à l'institution. Les parents inscrivent donc leurs enfants au catéchisme, ceux-ci sont regroupés par école, et les parents reçoivent chacun à tour de rôle le groupe dont fait partie leur enfant pour le catéchiser.
Bref, chacun d'entre nous se retrouve deux fois dans l'année à donner une leçon de catéchisme à des enfant entre huit et douze ans.
Des réunions de préparation sont organisées pour les parents; insidieusement l'Eglise en profite pour re-catéchiser qui elle peut. Certains parents sont assez effrayés par cette tâche, je dois avouer que je l'aime bien. Il faut dire que j'ai la chance d'avoir une formation plus poussée que la plupart, ayant fréquenté l'aumônerie après le bac, et puis j'aime ce contact avec les enfants qui mettent les pieds dans le plat sans s'embarrasser des convenances. (Ma plus grosse trouille, c'est qu'ils me demandent pourquoi la maison n'est pas remplie de SDF: oui, pourquoi? (j'avais déjà envie de la poser à mes parents quand j'avais sept ans: n'étions-nous pas censés avoir un pauvre à table et prêter nos vêtements? Ce n'est que bien plus tard, en lisant L'œuvre au noir, que j'ai réalisé que tout vendre et tout laisser, c'était (peut-être) davantage vivre en parasite qu'en saint homme. Et pourtant Saint François? Saint Bernard, pourquoi eux? Oui mais... Enfin bref. (Les ordre mendiants ont toujours été encadrés étroitement par l'Eglise, y compris récemment, voir les tribulations de Mère Teresa pour faire reconnaître l'ordre qu'elle voulait fonder.))
Ma deuxième chance, c'est que les enfants de "mon" groupe sont attentifs et curieux.

Ce matin, nous devons lire et commenter deux miracles : la guérison d'un lépreux et la résurection du fils d'une veuve (pas de chance, je préfère les paraboles).

L'un des enfants qui l'année dernière suivait cela avec intérêt soupire, regarde ailleurs.
— Ça ne va pas, Paul?
— De toute façon, tout ça, ce sont des légendes. J'ai mon meilleur ami, son cousin est mort à une semaine, Dieu n'a pas pu vouloir ça. Donc tout ça, c'est juste des histoires.

Bien. J'ai toujours touvé incroyables les gens qui essaient de rendre la mort supportable. La mort est insupportable. Mais est-ce que je me lance dans la démonstration du miracle comme négation par Dieu des règles que lui-même a mises en place? Ils ont onze ans.
Allons-y pour mon seul "credo", leur dire ce que je crois, leur dire la vérité, la mienne en tout cas.

— Nous allons tous mourir. C'est incompréhensible, on ne comprend pas bien pourquoi on naît si c'est pour mourir, mais c'est une chose certaine, nous allons tous mourir. Et c'est terrible quand ce sont des gens plus âgés que nous (je ne sais pas si vous avez perdu des grands-mères, j'aimais beaucoup la mienne), mais quand ils ont le même âge que nous ou qu'ils sont plus jeunes, ça paraît encore plus incompréhensible. Et on ne s'habitue jamais, et à chaque mort la question est la même: «Pourquoi?» Comment leur dire cette douleur des adultes? Et pourquoi la leur cacher?

Autour de la table ils se taisent. Ils sont cinq. Paul a toujours son air de défi.
— Et le pire, c'est de perdre un enfant. Il n'y a rien de pire.
Jordan intervient:
— Mais si Jésus a ressuscité le fils de la veuve, c'est qu'il était bon...
Continuons mon entreprise de destruction:
— Non. Il l'a ressuscité parce qu'Il a eu pitié. Les gens étaient autour de lui, ils Lui faisaient confiance, ils croyaient qu'Il pouvait les aider. Il a eu pitié. Si vous lisez les Evangiles (je n'y crois pas beaucoup... (qu'ils vont lire, je veux dire)), vous verrez que cela arrive souvent: Jésus est en train d'enseigner, de raconter des paraboles, les gens arrivent autour de Lui et Le supplie, et Il n'a pas le courage de dire non. L'Evangile le dit souvent "Il eut pitié d'eux". Mais Il n'est pas là d'abord pour ça, Il n'est pas là pour faire des miracles.
Et pour répondre à Paul, il y a encore des miracles. Pas beaucoup, mais quelques-uns. Plus exactement des guérisons inexpliquées, à Lourdes, par exemple. Mais l'Eglise a tellement peur de se faire accuser de charlatanisme qu'Elle mène des enquêtes pour prouver que ce n'est pas vrai, pour trouver des explications aux guérisons (Têtes des enfants.) Mais de temps en temps, on ne trouve rien: donc c'est un miracle.

Je les regarde, je souris, reviens à leurs préoccupations (et puis, je me souviens si bien... Tout ce que je croyais au premier degré, tout ce qui n'a jamais marché...):
— Mais inutile de prier pour avoir une bonne note si vous n'avez pas travaillé, ça ne marchera pas!
Jérémy, avec son sourire craquant: — Pourquoi?
— Parce que c'est comme ça. Il y a une règle, c'est qu'il faut commencer soi-même: «Aide-toi et le Ciel t'aidera». Et je peux t'assurer que c'est vrai: on commence et il se passe des choses, les choses changent...
— Et donc, Paul, ce bébé est mort, et je peux vous assurer qu'il n'y avait pas de raison particulière. C'est juste tombé sur lui. Cela arrive aussi dans les Evangiles, je ne les connais pas assez pour vous donner la page, mais cela arrive: un jour une tour s'écroule sur des gens et les tue, les gens autour de Jésus lui annoncent la nouvelle, un peu affolés, et il y en a un qui dit «Ils devaient avoir beaucoup péché pour mourir ainsi, et Jésus répond: «Non, veillez car vous ne savez ni le jour ni l'heure.» Il n'y a pas de raison particulière. Et très souvent ce n'est pas très juste à notre idée. Par exemple l'ouvrier de la onzième heure... C'est l'histoire du propriétaire d'une vigne qui emploie des gens pour faire les vendanges. A la fin de la journée, il décide de donner le même salaire aux gens qui sont arrivés tôt le matin et à ceux qui sont arrivés dans l'après-midi.
Tous les enfants, révoltés: — Mais c'est pas juste!
Je souris: — Non, à notre idée, ce n'est pas juste. Mais pourquoi? Après tout, on ne prend pas sur la part de ceux du matin pour donner à ceux du soir. Ils ne sont pas volés. Pourquoi est-ce que ça les fâche? Ils pourraient être contents de voir que ceux qui ont finalement décidé de venir reçoivent la même chose, ils pourraient se réjouir... Après tout on ne sait pas pourquoi les autres ne sont pas venus plus tôt...
Les enfants n'ont pas l'air convaincu.
— Pourquoi est-ce que cette idée nous déplaît? Pourquoi ça paraît injuste? C'est parce que je réfléchis, j'essaie de comprendre ce que je sens parce qu'on aimerait des compliments. On aimerait qu'on nous dise que c'est bien, on aimerait qu'on nous dise qu'on a fait mieux que notre voisin. Mais Jésus ne fait jamais ce genre de compliment. Et quand Pierre veut essayer de lui faire dire que lui, Pierre, aura une bonne place au Paradis, Jésus répond que les premiers seront les derniers. Il n'est pas très encourageant. C'est même un peu méchant de si peu encourager Pierre. Mais cela veut dire que nous ne devons pas travailler pour une récompense, mais juste pour sentir en nous, en dedans de nous, que ce qu'on est en train de faire est bien. C'est d'ailleurs bizarre... Là je passe carrément à Simone Weil, je ne devrais pas... mais pourquoi est-ce qu'on ne fait pas ce qu'on sent qui est bien, et ce qui fait qu'on se sent bien, et qu'on préfère les plaisirs rapides qui font moins plaisir?
Ils sont paumés. Je reformule:
Pourquoi est-ce que vous préférez jouer à la Gameboy plutôt qu'aider votre mère à faire la vaisselle? Vous savez bien que vous vous sentiriez mieux si vous aidiez votre mère? Je n'ose pas dire la phrase suivante: «Pourquoi vous ne préférez pas vous sentir la conscience tranquille.» Tout cela devient vraiment trop pontifiant. Je me tourne vers Jérémy:
— Tu ne crois pas que ça ferait plaisir à ta mère, que tu l'aides?
Il a l'air surpris, comme s'il n'y avait jamais pensé.
— Tu fais une drôle de tête. Tu n'y avais jamais pensé? Tu penses vraiment que ta mère aime faire la vaisselle, qu'elle est faite pour ça, qu'elle n'a pas envie de faire autre chose, elle aussi?
Il me regarde avec embarras. Les autres rient. Olivier surtout, qui sait bien que je passerais bien autant de temps que lui sur l'ordinateur. Visiblement Jérémy vient de découvrir quelque chose: sa mère n'était pas née pour faire la vaisselle. j'aurais au moins servi à ça.

Mais s'ils racontent à leurs parents ce que j'ai dit, j'ai peur que ceux-ci ne soient pas très contents.

Notre-dame de la Pentecôte

8 heures, endormie et vaseuse. Vendredi. Messe à l'église de La Défense, un peu par curiosité, un peu parce que ce serait pratique si ça me convenait.

Nous sommes une trentaine, et à ma grande surprise, seulement quatre ou cinq femmes.

La lecture n'est pas une lecture mais une récitation: la jeune femme est aveugle, elle récite d'une voix claire, à peine hésitante vers la fin du passage, l'histoire de David et Bethsabée. Celle-ci me paraît longue, j'ai peur que la jeune femme se trompe, qu'elle ait un trou de mémoire. Jamais je n'avais écouté avec autant d'attention; je n'avais pas retenu les multiples péripéties de l'affaire, David invitant Ourias à sa table, souhaitant l'inciter à la faute pour couvrir la sienne. Si Ourias avait été moins pieux, s'il n'avait pas respecté la règle qui interdisait aux soldats de rejoindre leur femme en temps de guerre, David ne l'aurait pas envoyé à la mort.
Il arrive souvent dans la Bible que la vertu ne soit pas récompensée, je n'y ai pas prêté suffisamment attention quand j'étais plus jeune.

Grandir

Je découvre (depuis quelques temps — mais pas si longtemps) le plaisir de la confiance, qui consiste à confier mes textes pour relecture en sachant que je recevrai les remarques et corrections comme une aide précieuse et espérée et non comme des critiques fragilisantes.

Qu'est-ce qui a changé, est-ce mon âge, ou la découverte d'une estime réciproque à laquelle j'ai réussi à croire (c'est bien là le fantastique)?
Je découvre par moi-même quelque chose que doivent savoir tous les pédagogues, je suppose: que la confiance en soi vient de la confiance qu'on vous accorde.
C'est fou ce que cela fait du bien.

Informatique et Libertés

Journée de formation aux obligations imposées par la CNIL, ou comment ré-inventer la bureaucratie au fur à mesure que le monde se dématérialise.

Les principes sont simples et sains: une entreprise ne doit demander que ce qui lui est utile pour son commerce (inutile de vous demander votre carte grise pour assurer votre maison, votre diplôme de bac pour vous faire un crédit consommation), elle doit détruire ces données à l'issue du délai de prescription (c'est quelque chose qu'elle ne fait pas, qu'elle sait mal faire, qu'elle n'a pas envie de faire), et toute personne doit avoir accès aux données la concernant.
Pour éviter des écarts de langage regrettables, des notations étranges, une entreprise doit conserver à l'esprit que n'importe quel dossier pourra être lu par son client ou par la CNIL: il faut rester correct en toutes circonstances et ne pas se défouler dans les zones de texte libre des logiciels de GRC (gestion de la relation clients) ni laisser traîner des post-its désagréables dans les dossiers papier. (C'est un peu plus subtil que ça: interdit par exemple d'écrire dans un dossier de prospection téléphonique: "ne pas rappeler, cancer en stade terminal", mais écrire simplement: "ne pas rappeler, raisons médicales" (cela pour respecter le secret médical). Une formation n'est donc pas inutile, le bon sens n'étant pas toujours suffisant à garantir la bonne application de la loi.)

Les principes sont donc assez simples et logiques, une fois qu'on a attiré votre attention sur les points délicats.
A partir de là, une organisation tentaculaire a été mise en place. Les données étant le plus souvent traitées par informatique, les entreprises sont censées décrire tout nouveau traitement pour l'envoyer à la CNIL (ce qui fait de la CNIL une gigantesque chambre d'enregistement des systèmes informatiques de la France entière, j'espère que leurs salles d'archives sont bien protégées). La CNIL s'étant aperçu du monstre de paperasse qui risquait de l'engloutir a autorisé les (grandes?) entreprises à conserver ces dossiers dûment complétés chez elles, auprès d'un CIL (correspondant Informatique et Libertés), lui-même régnant sur des CRILs (correspondants relais informatique et libertés désignés au sein de chaque entité, direction ou filiale) [1]

Bref, il s'agit de ce que je déteste le plus: un boulot administratif très lourd, inutile pour le fonctionnement "réel" de l'entreprise et qui pénalise les entreprises de bonne foi, sachant que celles qui contreviennent à la loi sauront parfaitement le cacher.

Notes

[1] On se demande pourquoi la mise à disposition sur simple demande du cahier des charges et des SFD (spécifications fonctionnelles détaillées) de tout traitement informatique n'est pas suffisante.

Odeurs croisées

Je n'aime pas que les couloirs du métro sentent la jacynthe (parfum entêtant de ces bulbes qu'on ramenait de l'école primaire pour les faire fleurir à la maison, première annonce du printemps) ou la pomme verte (pour toujours associée à l'odeur du shampooing dans les vestiaires après les sorties sur la Loire quand j'avais quatorze ans).

J'aimerais comprendre pourquoi l'anorak de l'homme devant moi dans le RER hier soir sentait le Canard WC.

Orientation

Discussion au dessert avec de vieux amis. Retour sur nos années post-bac, sur nos études, sur les circonstances qui nous ont orientés vers telle ou telle école, telle ou telle formation.
Tous mes choix ont été des choix "contre", des choix pour ne pas faire quelque chose, et non des choix "pour", des choix guidés par une envie, un désir. Une seule obligation, gagner sa vie, être indépendante, vite.
Et il est un peu étrange de me dire qu'aujourd'hui encore, je ne sais pas "ce que je voudrais faire quand je serai grande".
Si, une chose: partir à l'étranger.
Mais ce n'est pas un métier.

Logique

Si la tartine ne tombe pas du côté beurré, c'est que vous l'avez beurrée du mauvais côté.

Après- midi de tarot

« Everything is under control : le bateau coule normalement. »

Pour Elisabeth

Pour Elisabeth : nous étions six, Nicolas, GEF, Alain, Dominique, Sophie, moi. Sauras-tu attribuer à chacun ses propos ?

(Vrac et désordre, la conversation par bribes dans mes souvenirs. Je garantis que ce sont mes souvenirs, je ne garantis pas leur exactitude. Ce qui est sût, c'est que les sujets n'ont pas été abordés dans cet ordre).



Même si je ne lis pas l'anglais, j’ai la version américaine de Laura, il sort en mars. Les cartes sont reproduites en fac-similés et peuvent être découpées à l'attention des lectuers inventifs qui veulent écrire leur propre roman.

— Et qu’est-ce que vous pensez d’Eric Rohmer ?
— Vous saviez que c’était le frère de René Schérer ?
— Ah oui, un autre grand malade… Mais c’était les années 68, et puis il était fouriériste… Lui c’était les petits garçons, il allait se fournir dans les secteurs para-psychiatriques, tandis que Rohmer…
— Quoi, Rohmer ?
— Il aimait les très jeunes filles, ses actrices passaient toutes à la casserole. Mais elles étaient volontaires, c’est comme Woody Allen : il fait tourner ses actifs au tarif syndical, et ils le savent, mais ils sont tous volontaires....
Perceval m’a beaucoup marqué.
— Mais ce fut un flop. A l’époque, si tu ne faisais pas quatre semaines sur les Champs-Elysées… Maintenant il y a les produits dérivés. Alors il a refait des films caméra sur l’épaule avec du papier Canson pour la lumière…
— ??
— Tu ne savais pas ? Un jour un journaliste lui a demandé comment il faisait sa lumière, Rohmer a ouvert un tiroir de son bureau, a sorti une feuille de papier et a dit «Voilà, je mets la feuille derrière l’acteur, j’attrape le soleil, et je tourne.»
— Et le dernier ? Daphnis et Chloé ?
— David Hamilton revisité.
X. rit.

— Mais quand on est sur scène on dit souvent n’importe quoi. J’adore Vila-Matas, j’ai tout lu de lui. Dans ses livres il parle d’Achille Campanile ( ?? à confirmer), il dit que c'est un grand méconnu et qu'il l'adore, alors j’ai trouvé et acheté les livre de cet Achille Campanile, il n’y en a pas beaucoup, et quand j’ai rencontré Vila-Matas, je lui ai montré les livres d’Achille Campanile, et il m’a dit qu’il ne savait pas qui c’était…

— Il y a des coupes dans les traductions. Le premier paragraphe du Crime du golf, d’Agatha Christie, est plein de termes techniques de golf, il n’a pas été traduit.
— Les Proust en ligne au Québec sont ceux de la collection blanche. On peut passer des heures à chercher une tournure qui n'y est pas (puisque tout le monde se sert des Pléiade comme référence).
— Certains se targuent d’être de vrais proustiens parce qu’ils possèdent l’édition Clarac de la Pléiade. Cela veut juste dire qu’ils ont eu vingt ans avant la parution de l’édition Tadié… — Est-ce que l’édition du Borgès sera identique à la précédente, ou les notes vont-elles être revues ?
— Identique, je crois.
— La veuve s’était plainte parce qu'on avait utilisé des interviews de Borgès alors que celui-ci ne savait pas qu'il était enregistré. Elle criait à la manipulation.
— Mais tout le monde le manipulait, même elle...

— Mais alors, puisqu'on en parle, c'est quoi un mariage gris, ou noir? Je n'ai pas suivi...
— C'est quand l'un des deux était sincère mais pas l'autre, pour l'un des deux ce n'était pas un mariage d'amour.
— Mais depuis quand faut-il s'aimer pour se marier?
— Je me souviens d'un témoignage indien qui disait: «Chez vous on s'aime pour se marier, chez nous on se marie pour s'aimer».
— Ça ne marche pas si mal d'ailleurs...
— Je ne suis pas sûre que l'Inde soit le meilleur endroit pour juger de cela.
— J'avais un ami tibétain qui devait venir se marier en France; sa famille l'a retenu au Tibet pour le marier de force. Il n'était pas heureux (et la jeune fille non plus d'ailleurs).
[reprise]
— Un mariage gris, c'est quand l'un des deux dit: «Je me suis fait baiser».

— Vous n'y croyez pas, vous, à l'inconscient collectif?
— Moi j'ai écrit: «je t'ai reconnue!»
— Mais ce n'était pas moi!
— Comment, ce n'était pas toi?! [se tournant vers nous]. Il faut que je vous explique. J'ai eu une discussion avec X. sur "en vélo" et " à vélo". Elle me disait que seul "à vélo" était correct.
— Je lui ai donné comme exemple "Julie et Cécile vont à bateau".
— Et cette phrase, exactement celle-là, est sortie dans la liste Oulipo. Alors j'ai écrit: «je t'ai reconnue!»
— Mais ce n'était pas moi! C'est vraiment incroyable. Il y a des choses comme ça, dans l'air... Vous n'y croyez pas, vous, à l'inconscient collectif?

— Chandler vendait des voitures sur la côte Ouest des Etats-Unis. Il avait tout, il vivait très confortablement; il était fou amoureux de sa femme qui avait trente ans de plus que lui, la femme parfaite, épouse et mère... Et puis elle est morte, il a été inconsolable et s'est mis à boire... il écrivait bourrée. Il y a sa correspondance, c'est surtout ses échanges avec ses éditeurs qu'il engueule, c'est extraordinaire...
— Ah oui, je l'ai vu il y a moins d'une semaine, ça donne des phrases du genre: «Veuillez considérer que j'écris en patois suisse, mais si je décide d'agrémenter mon style velouté d'un néologisme argotique, vos ânes bâtés de correcteurs n'ont pas à y toucher»!!
[Et moi je crois à des conjonctions dans le temps et l'espace, malgré tout: avoir rencontré Chandler par hasard une semaine avant chez des amis.]

— Tu sais que je conserve tous les exemplaires du Monde...?
— Mais alors... tu vas pouvoir me servir, je cherche un article de Camus au moment de la mort de Malraux.
— Mais (chœur à la voix indécise) ce n'est pas possible...
Moi, réalisant — Mais non, pas ton Camus, mon Camus! En 1976.
— 1976... Hum, ce sont les cartons du fond, il va falloir tout déplacer...
— Tu sais que tout est en ligne ?
— Oui mais c'est payant, je me sers du moteur de recherche pour savoir quel journal consulter. Enfin, ce sont les suppléments littéraires que je conserve... [1]

— Quand j'étais petit je lisais une bande dessinée qui s'appelait Pierrot. Et puis l'air du temps est devenu anti-BD, et du jour au lendemain on a arrêté de me l'acheter. J'ai été très malheureux parce dans le dernier magazine le héros, Pierrot, courait dans des galeries à l'intérieur d'une falaise, et l'épisode se terminait il était arrivé au bout de la galerie et elle débouchait à flanc de falaise, directement sur la mer, et la légende disait «Il regarda l'abîme sans fond». Et moi j'étais petit, j'avais huit ans, et bien, j'imaginais vraiment un abîme sans fond, c'était vertigineux. Et il il y a deux ou trois ans, en passant devant un bouquiniste, j'ai trouvé la suite de l'histoire...
— Et alors?
— Eh bien en fait, Pierrot regarde vers le haut, et il s'aperçoit que le sommet de la falais est tout proche, et il grimpe et il s'échappe comme ça.
— Et vous avez acheté la revue?
— Non, même pas...

— Vous savez mon outil a transformé les sites, le baragouin [2], eh bien, durant les vacances, il a commencé à prendre le contrôle d'internet...
— Hein? Qu'est-ce que tu dis?
— Eh oui. Je ne sais pas comment ça se fait, Google a commencé à indexer des pages, et de plus en plus, naturellement; j'ai commencé à recevoir des mails d'universités, de municipalités, pour me dire d'arrêter... Je pense que c'est parce que Jean Véronis m'a fait de la pub cet été... Nicolas m'a aidé à arrêter le monstre, j'étais en train de prendre le contrôle de la Toile...
— Terminator 3, quoi!!

Notes

[1] Vérification faite, il semble que l'article de Camus n'est pas paru dans un Monde des livres. Tant pis.

[2] free marche si mal que désormais le baragweb est ailleurs

Le grand sommeil

«Mais non, bien sûr, la fille est complètement nympho, mais ce n'est pas une histoire de cul, non...»

Addict

Le plus simple, pour réussir à écrire un billet, est encore d'avouer à quoi je passe mon temps actuellement: à lire des blogs de self-help. J'en ai déjà parlé, c'est quelque chose que j'adore, d'absolument addictif, je peux passer des heures à apprendre comment ne pas perdre mon temps.

Et donc le dernier en date, c'est The happiness project, trouvé à partir de Zen habits.
Je me sens un peu ridicule à avouer ce penchant, mais après tout, c'est moins grave que les fraises Tagada.
Je me sens un peu ridicule à avouer ce penchant, et je me demande pourquoi: est-ce à cause du côté simpliste des recommandations, "Rangez votre tiroir et vous serez heureux"? Oui, bien sûr, c'est puéril. Nous sommes, nous cartésiens, au-dessus de ça. Et notre tristesse et notre mauvaise conscience proviennent de choses bien plus importantes qu'un tiroir...
Ou est-ce parce que ce sont souvent des blogs emplis de bons sentiments, "souriez à votre voisin, faites trois bonnes actions par jour", morale de boyscout?

Et cependant, ranger un tiroir me libère l'esprit. Ecrire mes cartes de vœux, téléphoner à Paul Rivière...
Se libérer l'esprit, se concentrer sur l'essentiel. C'est si évident que cela va sans dire. Et je me sens ridicule à avouer que j'aime le voir écrit. Parce qu'après tout, cela va sans dire, mais je l'oublie si souvent.

Je devrais vraiment proposer à ces blogeurs de traduire leurs blogs, je me demande s'il y a une "clientèle" en France pour ce genre de blogs.

Le blog du jour focalise sur le devoir d'être heureux. Et prend pour modèle... Ste Thérèse de Lisieux (en français ici).

Beaucoup d'autres citations dans ce blog, mais je ne vais tout de même pas pousser le crime jusqu'à citer Goethe ou Colette en anglais.


A la réflexion (écris-je quelques heures plus tard), il est possible que l'impératif "Soyez heureux" ait pour nous, Européens, un relent totalitaire. Le bonheur, n'est ce pas la promesse du Meilleur des mondes, n'est-ce pas le leitmotiv de Demolition Man?

Mais quel rapport entre ce bonheur-là et la joie d'Etty Hillesum ou de Ste Thérèse?
Et avec ranger un tiroir, écrire une carte, éviter de s'énerver?
Les petites choses... Il faut bien commencer par quelque chose.

Bulletin de santé

Paul va vraiment mal. Signe de son trouble, de son essouflement et de sa fatigue, il me vouvoie, alors qu'il était passé au tutoiement depuis au moins cinq ans.
Ce soir j'ai compris qu'il ne souhaitait pas que je le rappelle: «Je vous appellerai quand j'irai mieux».

Il me reste à lui écrire.

Mon ex

J'ai trop traîné ce soir, état étrange, discuté une heure avec la personne qui m'a remplacée dans mon ancien poste. C'est drôle, elle m'a décrit un service que je ne reconnais pas, pratiquant intensément la médisance. Il faut croire que devant moi ils n'osaient pas. Ma célèbre "froideur" (lointeur) qui me protège malgré moi... (Il paraît aussi que j'ai laissé un bon souvenir. Voilà qui m'étonne davantage, il faut croire qu'ils aiment être bousculés.)

Ma remplaçante m'a téléphoné le jour d'absence de mon ex-collègue, pour ne pas déclencher de crise de jalousie chez celle-ci. Je me rends compte que j'ai occulté, refusé de voir mais surtout de commenter, pour ne pas médire justement, le défaut de cette ex-collègue, son sentiment d'infériorité poussé jusqu'à la tyrannie, tyrannie qui peu à peu m'avait poussée à ne plus rien dire de mes découvertes de sites, à ne plus partager mes sources d'informations, à ne pas évoquer delicious twitter wiki, autant de dangers à ses yeux (mon amour du web collaboratif vécu comme une bizarrerie et un danger), à cacher mes enthousiasmes (multiples, un rien m'étonne); et ce soir, pouvant partager, j'ai passé comme un rien une heure à parler de google, de plan de sites, de publications/rapports/documents, de méthodes de recherches, d'astuces, de revues préférées... J'aurai beaucoup aimé ce métier, et je l'aurai quitté par colère et dépit de ne pas pouvoir travailler correctement.

(Quatre mois que ma remplaçante est en poste... Quand je vois ce que je lui ai montré, je me dis qu'elle a dû en baver.)

Souvenirs d'Haïti

1986 ou 87. Le directeur de l'agence bancaire où je fais un boulot d'été me reçoit. (Pourquoi? Entretien d'embauche, accueil du premier jour? je ne sais plus.) La conversation dérive, je me demande bien comment, jusqu'à cette déclaration qui résonne encore dans mes oreilles:
— Vous savez, si Bébé doc est tombé, c'est surtout à cause du sida. L'économie d'Haïti reposait entièrement sur la vente du sang; avec le sida, ils n'avaient plus rien à vendre.

Abasourdie, je regardais le directeur sans comprendre.

Coup de jeune

Durant les vacances de Noël, chez mes parents, je décroche le téléphone (parce que je n'en supporte pas la sonnerie):

— Allô, Madame S. ?
— Non, je suis sa fille.
— Est-ce que je pourrais parler à ta maman ?

Défaut rédhibitoire

En 1992 ma sœur a vécu trois mois chez nous pendant qu'elle cherchait un appartement. Ce fut le moment où nous fûmes le plus proches, où elle parla le plus — de façon incompréhensible pour moi cela n'eut pas de lendemain.
Un jour elle estomaqua mon beau-père en lui faisant le portrait de l'homme idéal — principalement en listant ses "défauts rédhibitoires". Je n'ai pas assisté à la conversation donc à mon grand regret je ne connais pas cette liste. A l'époque elle sortait d'une longue relation amoureuse (cinq ans, six ans? On avait même parlé mariage) suivie d'une plus courte (dix-huit mois?).
Peut-être aurait-elle dû se préoccupper davantage de l'impression d'ensemble plutôt que d'additionner les défauts et les qualités (essentiellement physiques) de ses partenaires: il faut croire qu'une personne est un tout non décomposable, car elle a décidément peu de chance dans sa vie amoureuse.

Hier, j'ai profité qu'une vieille amie dont la nouvelle demeure m'avait désemparée il y a quelques semaines m'affirme alors que je n'avais rien demandé: «Je lis beaucoup» pour poser la question qui me brûlait les lèvres: «Mais tu as des livres? Où sont-ils, je n'en ai vu aucun...?»
Réponse: «Oh, je les emprunte; les miens je les ai tous donnés quand nous avons déménagé. C. ne voulait pas de bibliothèque.» [1]

Après toutes ces années, j'ai enfin trouvé mon défaut rédhibitoire : un homme qui ne voudrait pas de bibliothèque. (Le plus drôle, c'est que C. est très fier de son Audi, achetée il y a deux ou trois ans [2]. Lol. Finalement finalement...)


Notes

[1] note de la rédaction: C. travaille en aménagement d'intérieur et ameublement.

[2] allusion destinée uniquement aux lecteurs du dernier journal camusien.

Soirée

— Je suis confus...
— Je vous confirme: vous êtes confus.

— Je fais comme Kafka, je vais chercher le pain.

Whisky, champagne, thé.
Et tequila et foie de veau.
Et feu de bois.
Dans la cuisine, des pots d'épices ("safran yéménite") et un petit sachet de sucre ou de sel avec une citation: «I am a very good housekeeper. Every time I get a divorce, I keep the house. Zsa Zsa Gabor»

600 g en un an, c'est beaucoup pour un chat (adulte). M. a mis au point un programme d'amaigrissement: la chasse à la croquette. Elle les cache un peu partout dans l'appartement, de temps en temps B. en retrouve qui moisissent paisiblement derrière les livres.
— Avec moi, ça ne marche pas.
— Evidemment, vous lui donnez des croquettes de régime! Moi je cache des croquettes "Roi des félins" ou "Festin gourmand".


Avant ces agapes, traîné en librairie. Lu longuement La route des ossements, d'Anne Fine, dans "L'école des loisirs". Elle est décidément excellente. Elle et Robert Cormier, mes grandes découvertes des années 90, quand je ne lisais que des polars et de la littérature pour enfants.

Dans la bibliothèque de B., je découvre Strindberg et van Gogh, Swedenborg, Hölderlin de Karl Jaspers.

Tumbr et Flickr, dernièrement

Je ne comprends pas bien comment fonctionne tumblr. Ça m'agace, surtout quand je laisserais volontiers un commentaire, quelques mots ("Killroy was here"). Mais apparemment cette forme de blog est destinée à relayer ce qu'on aime sans commentaire, entreglose tentaculaire de photographies (principalement).

- Des photos et des citations. J'aime beaucoup car on ne sait jamais sur quoi on va tomber.
- Marilyn Monroe (ce qui m'émeut ici, c'est la folie que représente ce site, cette collectionnite aigüe qui pousse le blogueur à trouver chaque jour quatre à vingt nouvelles photos... alors que j'aurais pensé que les photos de Marilyn existaient en nombre fini et recensé).
- Starwars
- Des livres et des citations

Et sur flickr :
- une collection de pin-ups
- des écureuils jouant dans Starwars

52 fois fois 2 par an

Je prends des bonnes résolutions tous les lundis et tous les samedis.

Anniversaire surprise

Je l'ai prévenue il y a une demi-heure; je lui ai dit: «On sort, tu as juste le temps de sauter dans une paire de boucles d'oreilles.»

Mouettes heureuses

Mon téléphone s'obstine à voir l'hiver en bleu.
(Le Louvre aujourd'hui à midi: les bassins sont partiellement gelés.)


Désiré, de Sacha Guitry

Doux amer. La voix de Marianne Basler. Les toilettes monochromes. Réminiscences proustiennes. Décor dans son rôle de décor. Le plaidoyer initial de Désiré pour être embauché m'a rappelé Mlle Julie. La sourde/godiche. La pièce déjoue les attentes, plus proche de la tragédie (le sacrifice) que de la farce (la paillardise à la française); appel des corps qui ne peuvent se rejoindre, par respect de la parole. La mélancolie et la perte, les choix.

Une très bonne soirée.

Mauvais jour

Rongée de remords et de mauvaise conscience.

Hier

Rien à écrire, rien de rien. Journée heureuse, appris que RC était invité au Collège de France, commandé un livre de Mauriès. Mauriès, Sollers, Compagnon, Camus, les disciples de Barthes qui n'en finissent pas de se souvenir (et de se jalouser, plus ou moins, en mineur). Qui était Barthes, la question grandit en moi au fil des mois. (Vu passer sur Fabula un appel à contribution sur les relations de Barthes et du Maroc).

Fin de journée éprouvante, colère, emportement (Entre autres, répondu vertement à un employé de la RATP qui s'avisait de vouloir m'empêcher de marcher le long du quai qu'il était bien temps de s'en préoccuper, alors que nous pouvions bien périr étouffés pendant les grèves, tout le monde s'en fichait. Parfois je rêve de scandale et d'esclandre, de provocation, de tribunal, que je puisse enfin gueuler à la face du monde ce que je pense d'eux. Et dire que je suis plus calme qu'il y a dix ans... (A l'époque, j'avais prévenu H. qu'un jour pas comme un autre il aurait peut-être à venir me chercher dans un commissariat, ou à téléphoner à un avocat...))

Matin (ce matin) froid. RER non chauffé, comme le train le 24 décembre. Ce n'est pas comme ça que vous allez réussir le réchauffement climatique, Monsieur Guy Degrenne.

Inquiétude

Paul ne va pas bien. Voilà deux fois de suite qu'il décommande un rendez-vous, ce n'était jamais arrivé en dix ans.
Que c'est difficile de constater ce corps qui ne répond plus, raide, somnolent.
Il me dit en riant souhaiter des médicaments efficaces.
Et j'ai le cœur serré car j'ai compris maintenant que passé un certain âge, les médicaments efficaces sont ceux qui vous tuent (et donc on ne vous les donne pas).

Nostalgie

Samedi, classé des papiers avec Out of Africa en fond sonore. Il y a longtemps que je n'ai plus besoin de le regarder, j'en connais les images par cœur. Pourquoi ce film-là ce soir, et ce besoin d'avoir le cœur fendu juste ce soir, en triant des bulletins de notes, des factures et des articles de journaux? (J'en ai retrouvé un pour vous.)
L'Afrique aura vraiment tout pris à Blixen, c'est une vaincue qui rentre en Europe.
Il me reste cependant un doute sur la véracité de cette biographie. Il faudra que je reprenne dans Vies politiques de Arendt les références du livre écrit par le frère de la baronne (? il me semble que c'est son frère).

Est-ce pour cela que le lendemain, c'est le DVD que papa m'a donné il y a déjà trois ou quatre ans que j'ai regardé, en remplissant je ne sais quels documents administratifs? Mon père a copié les films super8 familiaux, les films de l'enfance, c'est très flou, cela ne montre à peu près rien à quelqu'un qui ne connaît ni les lieux ni les personnes. Mon père a surtout fait d'excellents choix de fonds sonores, Sydney Bechet s'adaptant si bien aux images que les images semblent suivre la musique par instants.
Je ne savais pas que certains moments, bien plus récents (1981) avaient été filmés.
Pour les plus anciens, 1971 ou 72, les films viennent confirmer l'exactitude confondante de ma mémoire.
Il ne reste rien, ni la maison d'Inezgane (occupée par des militaires), ni la ferme de ma grand-mère (vendue à un maréchal-ferrant), ni ma coéquipière de galère...

Dans le rétroviseur

Si le XXIe siècle commence en 2001, quand commence une décade? 2010 ou 2011?

Hier soir encore, voulant parler de 2005, j'ai dit 1995... (J'avais bu, j'ai visualisé un cinq, j'ai dit 1995. Je ne passerai jamais vraiment l'an 2000.)

1990: ne rien vouloir écouter et n'en faire qu'à sa tête.

En 2000, regardant la décennie écoulée: impression d'avoir joué une bonne farce, d'avoir déjoué les malédictions et d'avoir gagné contre les oiseaux de mauvais augure. Je sais maintenant qu'en 2000 j'étais plus ou moins à bout de forces.

En 2010 même jeu: aucun souvenir, rien vu passer. Desserré les contraintes en les refusant. Internet. RC (juin 2002). Les blogs (Matoo, janvier 2004). Constitution d'une bibliothèque camusienne. Quelques problèmes de santé graves dans mon entourage. Mort des grands-parents.

Beaucoup de mal à imaginer les dix ans à venir, qui me paraissent beaucoup plus imprévisibles que les vingt ans précédents. Tenir. Tenir tout ce qu'on peut, le temps qu'il faut.

Les billets et commentaires du blog alicedufromage.free.fr sont utilisables sous licence Creatives Commons : citation de la source, pas d'utilisation commerciale ni de modification.