A serious man

Finalement je comprends pourquoi j'aime les Coen. Ils ne font pas dans l'absurde (il n'y a pas de sens), mais dans l'incompréhensible (il y a trop de sens, nous ne savons pas lequel choisir, ni surtout qu'en faire et quelles conséquences en tirer si nous choisissons une interprétation).

Oui, si nous choisissons un sens, il nous faut agir. Tant que nous ne choisissons pas…

Rugby

« Je mets la tête où vous ne mettriez pas les mains. »

Aviron

Pas de sortie aujourd'hui, trop de vent pas assez, l'eau p'était trop p'humide...

Rameur en salle. Je prévois vingt minutes. Porte du hangar ouverte sur la Seine côté Nord, sur le bras où passent les péniches.
Je me concentre sur le geste technique. En deux coups de cuillères à pot, Vincent a corrigé un défaut majeur de position que je traînais depuis trente ans (enfin, pendant trente ans je n'ai pas ramé), c'est devenu plus facile, plus fluide. L'aviron est un sport de glisse.

Trois hommes entrent, et comme je m'étais mise sur le rameur du milieu, m'entourent. Je suis toute petite au milieu d'eux. Je constate que tandis que nous avons à peu près la même cadence (20 coups par minute (il faudrait que je descende à 15, pas facile), ils parcourent cinq cent mètres en 2min07. Il m'en faut 2'35''...

Chaque fois je découvre le lendemain que je me suis fait mal quelque part, les épaules, les biceps (pas simplement des courbatures, presque des froissements. Et il me reste une douleur inquiétante au majeur droit depuis novembre)... Chaque fois en commençant je me dis qu'il faut que je fasse attention, que ce n'est pas raisonnable, je n'ai plus l'âge... Et tandis que j'atteinds dix-sept minutes de rame, je sens que les muscles des cuisses se mettent à trembler et ne répondent plus. Encore trois minutes.
En fait j'adore ça. Ça m'amuse. Je suis curieuse de voir à quel moment ça commence à lâcher. Et comme je sors de Chatwin et des courses maritimes, j'ai l'impression d'être un navire en train de se démembrer.

Mais cela vide la tête aussi. Impossible de réfléchir. Plus assez de sucre? Ce soir encore je suis comateuse (ou: ce soir, je suis encore comateuse). Et les joues me brûlent, la peau sur les pommettes ne se remet pas complètement de la suée.
Je ne sais pas faire moins et de toute façon, je n'en ai pas envie.

Recoin

Au Louvre, il existe tout au bout des galeries de peintures italiennes et espagnoles une pièce de trois mètres sur trois contenant des icônes. On dirait un oratoire. On y est absolument tranquille, comme dans la plupart des pièces qui flanquent le hall principal.

Toilettage

Tout d'abord, j'espère que vous avez remarqué que l'ancien habillage rose « Cheshire cat » est disponible dans la marge.

L'indexation du blog est terminée depuis une semaine (un peu plus de neuf cents billets représentant 4,2 Mo à ce jour. Il ne faut pas se fier au numéro des billets puisque ce blog a commencé ailleurs. C'est une indexation plus ludique que pratique, c'est-à-dire que les tags sont davantage destinés à tracer des coupes dans les années qu'à véritablement retrouver quelque chose.
Les catégories « films », « visite », « La Défense », etc., ont été remplacées par des tags.
Certains billets ne sont pas tagués, des tags évidents ne sont pas utilisés : tout n'est pas destiné à être trouvé facilement.
Le tag « citation » toutes les citations, et le tag « bibliophore » est toujours réservé à Dominique. Normalement j'ai entré le nom de certains sites ou blogs dans l'index des œuvres, mais je n'ai pas été exhaustive (par défaut d'attention, pas par volonté).
L'index "animaux" recense tous les tags utilisés dans les billets tagués "animaux" (c'est un faux index, décidé tardivement: en fait c'est un filtre).

Si vous trouvez des erreurs, si vous souhaitez voir (ou ne pas voir) figurer certains tags sur tel ou tel billet, il suffit de me le demander, par mail ou dans les commentaires. Toutes les demandes seront examinées (mais pas forcément satisfaites).

La fonction recherche est dans les choux. Cela devrait être réparé bientôt. Elle sera utilisable comme une recherche Google (avec les guillemets, plusieurs mots, les commandes intitle, inurl, etc.)

Voilà. Maintenant j'attaque le travail sur l'autre blog. A raison d'un mois par jour, cela devrait être fini au début de l'été.

(Merci à mon informaticien personnel.)

Tu veux pas une pipe, pendant qu' tu y es ?

Ce matin, un tweet m'a fait rire de bon cœur.

Faisant référence à cette photo,



il écrivait « Ça donne plutôt envie de fumer ».



Eh oui, il faudrait choisir, à la fin : la fellation, pratique dégradante ou jeu (et plaisir) partagé ?

C'est toute l'ambiguïté du discours masculin (je ne précise pas hétéro, puisque c'est le discours de référence.)
Qui se livrerait de son plein gré à une activité qui, bien que procurant du plaisir, ne lui obtiendrait pas de la reconnaissance mais du mépris, ne serait pas considérée comme un don mais comme de la soumission? (Le même schéma se répète au niveau de la séduction: désirée la veille, méprisée le lendemain1. Mais ça va pas la tête? Tu peux t'mett'e la bite sous l'bras! (Bon, je m'égare)).

Et c'est ainsi qu'en tant que fille, femme, bref, élément féminin de l'histoire, je me suis toujours sentie perdante dans ces histoires de sexe. Quasiment toute la littérature érotique est organisée ainsi : une place dégradante pour la femme, ou plus généralement une place dégradante pour le partenaire pénétré.
Passons sur la bêtise du présupposé (nous ne savons rien de la jouissance de la pénétration, mais vous ne savez rien de l'inverse, héhé (ou alors si, vous savez, bande d'hypocrites!!))2

A une lointaine époque, j'ai eu une nourrice noire pour s'occuper des enfants. Il était impossible de lui faire la moindre remarque; toute remarque prouvait que nous étions racistes. Ou comme dirait un ami, «elle avait intensément conscience de sa négritude».

De même, j'ai eu longtemps « intensément conscience» de cette place de perdante, cette place de femme. Cela conduit à des interprétations perverties, à une paranoïa constante. On ne considère plus qu'un élément particulier de la gent masculine est con (si je peux employer ce terme dans ce billet), mais que tous les hommes en général mentent afin d'obtenir des gestes pour lesquels ils nous méprisent au fond d'eux-mêmes. Ici avoir beaucoup lu est plutôt un handicap, car 90% des récits tournent autour de ce thème (et le reste est souvent sirupeux).

Ce n'est qu'en lisant Tricks et Notes sur les manières du temps, quand RC note que de nombreux amants de passage sont incapables de le saluer amicalement le lendemain et l'ignorent, que je me suis rendue à l'évidence : non, les hommes ne méprisaient pas particulièrement les femmes. Simplement, un certain nombre d'entre eux était de sombres malappris, ou plus simplement des êtres pas tout à fait finis, à qui il manquait une fibre fraternelle (de la fraternité entre les hommes et les femmes, si, si, entre les hommes et les femmes comme appartenant à une commune humanité), défaut discernable le lendemain seulement (dommage).

Mais là, les concepteurs de cette campagne ont clairement affiché leur opinion3 et je lance ma malédiction : qu'il leur soit refusé à jamais toute pipe, tout jeu, tout rire, dans le plaisir partagé.




1 : Parfois cela prend des chemins plus retors, comme lorsque Matoo raconte que la mariée a mauvaise réputation pour avoir accepté de coucher le premier soir — avec son futur mari (couple très libre visiblement, mais inégalité dans le jugement de l'un et de l'autre…))

2 : Dire qu'on me demande ce que je trouve aux pdblogueurs ! Eh bien j'y trouve — au moins chez Matoo, je ne sais pas si je peux généraliser — une liberté de ton qui correspond à mon appréhension du réel, et c'est rassurant, une fois de temps en temps.

3 : Passons sur ce qu'il faudra expliquer aux plus jeunes enfants qui poseront des questions. Derrière son horreur affichée de la pornographie enfantine, notre époque considère que tous les enfants savent tout sur le sexe, ses pratiques et autres, dès l'école primaire (estomaquée d'apprendre que mon fils avait eu un cours sur le sida et la façon de mettre un préservatif… en CM2 (dix ans).

Fil de la plume

Pas de Louvre aujourd'hui, pas de Finnegans Wake demain.

Journée blanche. Plus le temps d'écrire. Comme chaque fois que j'ai longuement écrit mentalement sur un thème, je suis incapable d'en écrire une ligne. Tout me paraît sonner faux.
De même, je suis incapable de préparer des billets à l'avance. Je n'arrive pas à les poster, je les écrase (ie, j'écris par-dessus).
Ecrire sans réfléchir, vite; et publier, aussitôt.
Sinon je n'y arrive pas, j'ai trop peur de ce que j'écris. Parfois tandis que j'écris la grammaire se délite, des règles imprévues s'imposent, dans une logique différente, je ne comprends plus celles qui existent. Parfois les mots se défont au fur à mesure que j'avance.
Heureusement personne ne fait la différence avec mes fautes d'orthographe.
Plus exactement, si vous voyez une faute d'orthographe, il y a toutes les chances pour que ce soit une vraie faute (lorsque les mots commencent à se désagréger, je fais un effort et je les recolle).
Enfin bon.
Si je pouvais disposer de mon temps.
Journée pas passionnante.

Projet

— Et toi, tu veux des enfants quand tu seras grand ?
— Ch'ais pas. J'vais essayer.
— Oh, essayer c'est sympa. C'est réussir qu'est embêtant.

Euh...

Je viens de recevoir ce mail de la DRH :

Dans le cadre d'une convention signée par le Groupe, impliquant les entreprises de la région parisienne et les ministères concernés, Monentreprise offre la possibilité aux collaborateurs de se faire vacciner contre la grippe A/H1N1 jusqu'à fin février.

PS : « — Que pensez-vous des grogs?
— Ah beaucoup de bien, il faut en prendre huit à dix par jour, dans la proportion de dix gouttes d'eau pour un litre de rhum »

Quelques secrets de l'âge adulte

Pas envie (ou plutôt peur) d'être trop perso. J'ai l'impression de sentir des pans entiers de moi-mêmes se détacher et flotter, partir à la dérive. Je les regarde s'éloigner sans rien ressentir, je me retourne avant même qu'ils n'aient disparu, je ne comprends pas trop ce qui se passe. Très très marre à nouveau, de nouveau.

Afin de maintenir étanches les compartiments de la schizophrénie, je reprends l'exercice de cet été, un peu de traduction de blog en anglais. J'ai choisi un billet de The happiness project, nom que je ne sais même pas traduire (Objectif bonheur? un petit côté Martine pas pour me déplaire. Objectif: me coucher avant minuit.)

Les phrases sont plus ou moins terre à terre, plus ou moins abstraites. Elles sont livrées en vrac, et c'est volontaire, je suppose.
A classer du plus au moins vrai, de la préférée à la plus désagréable, de la plus à la moins utile, etc.
  • La meilleure lecture est la relecture.
  • L'ordre extérieur contribue au calme intérieur.
  • L'opposé d'une grande vérité est aussi une vérité.
  • On contrôle ce qu'on mesure.
  • Un peu chaque jour permet d'accomplir beaucoup.
  • Les gens remarquent moins vos erreurs et vos défauts que vous le pensez.1.
  • Il est confortable d'avoir beaucoup d'argent.
  • La plupart des décisions ne nécessitent pas d'intenses réflexions.
  • Faites attention à ne pas être affamé.2.
  • Même si vous pensez que c'est une imposture, fêter la fête des Mères et celle des Pères est un geste plein d'affection.
  • Si vous ne trouvez pas quelque chose, il est temps de ranger.
  • Les jours sont longs mais les années sont courtes.
  • Quelque part conservez une étagère vide.
  • Eteindre et rallumer son ordinateur plusieurs fois (sans précipitation) résout la plupart des problèmes informatiques (hardware).
  • Il n'y a pas de mal à demander de l'aide.
  • Vous pouvez choisir que faire; vous ne pouvez choisir ce que vous AIMERIEZ faire.
  • Le bonheur ne rend pas toujours joyeux.
  • Ce que vous faites CHAQUE JOUR a plus d'importance que ce que vous faites DE TEMPS EN TEMPS.
  • Personne n'exige que vous soyez parfait en toutes choses.
  • L'eau et le savon enlèvent la plupart des tâches.3.
  • Il est important d'être gentil avec TOUT LE MONDE.
  • Vous en savez autant que la plupart des gens.
  • L'auto-médication, c'est très efficace.
  • Mangez mieux, mangez moins, bougez plus.
  • Ce qui plaît aux autres peut ne pas vous plaire — et inversement.
  • Tout compte fait, les gens préfèrent que vous choisissiez leur cadeau de mariage dans leur liste.
  • Les plantes vertes et les albums photos prennent beaucoup de temps.
  • Si vous ne vous plantez pas, c'est que vous n'y mettez pas assez de cœur.
  • Ni repris, ni échangé.



1 : M. de Norpois contredit ce point.
2 : parce que cela rend hargneux (c'est le cas de l'auteur du billet, je le sais puisque j'ai lu son blog).
3 : Est-ce une phrase à prendre au premier degré?

Sandwich

Hier.
Fin du Timbre égyptien (j'attaque la postface), lecture de guides de la Cnil et rédaction d'une synthèse, correction d'une étude sur les services non marchands dans le contexte européen, quelques pages du chapitre huit de Finnegans Wake, quelques minutes d'une pièce de Steve Reich en concert live, annotation d'une proposition sur le dossier médical personnalisé, quelques lignes de Passage.

(La numérotation des posts m'amusent: il y a trois jours, billet 1515 le 15 février. Je ne l'ai pas fait exprès.)

Espace temps

Parfois le temps se dilate, se contracte,
en une seule diastole systole
et me semble qu'est tenue
la promesse déniée vingt ans plus tôt
et je ne comprends pas.





Cours sur Finnegans Wake avec Daniel Ferrer.

Wagon froid

Sur le quai, tandis que le train ralentit pour s'arrêter, l'appréhension d'un wagon vide et froid ferait presque espérer les wagons surpeuplés et malodorants.

En face de moi, une grosse jeune femme noire à casquette chinée blanc et noir a dû manger un pain aux lardons, l'air empeste la charcuterie. Mon voisin tient sa baguette dans l'alignement de sa cuisse, la forme de sa chaussure correspond curieusement à celle du pain, miroir blond.
Cinq rangs plus loin un homme lit Crime et Châtiment dans une édition de poche jaunie et cornée de Garnier-Flammarion. Il termine le tome I. Enfin, je suis persuadée que c'est le tome I. (Ce matin, mon voisin a fermé Ecrits sur l'hésychasme quand j'ai ouvert mon livre.)

Je souffle. Pas de vapeur blanche. Plus de 6°, c'est déjà ça. Je lis à mi-voix, je marmonne pour me défendre contre la voix de la femme au téléphone. Je change de place. Le froid alourdit le métal de mes lunettes. C'est long. Je lis un peu.

Pour Dominique : le 26 novembre 1976

— Tu sais que je possède toute la collection du Monde depuis les années 70 ?
— Ah bon ? Mais alors... Tu vas pouvoir m'aider à trouver un article que Camus a écrit à la mort de Malraux?
Air surpris, coup d'œil circulaire pour appeler à l'aide. Deux ou trois voix s'élèvent en chœur :
— Mais ce n'est pas possible, Camus était mort!
Je mets une seconde à comprendre puis m'exclame avec soulagement:
— Mais non, pas votre Camus, mon Camus!

Merci d'avance.

[Vendredi 26 novembre 1976
RC, Journal de Travers, p.1280

[Samedi 27 novembre, cinq heures. [Chron. du retard: jétais en train de découper trois exemplaires du Monde pour conserver autant de copies du petit entrefilet sur Malraux, qui est paru finalement hier [...]
Ibid., p.1287

Entre-temps j'étais allé jusqu'au Drugstore pour acheter Le Monde, parce que Samia m'avait signalé que mon commentaire sur Malraux y figurait alors que j'imaginais qu'il ne paraîtrais plus, maintenant, que dans le prochain Monde des livres, jeudi.
Ibid., p.1289

Proverbe africain

Si tu veux aller vite, va seul, mais si tu veux aller loin, va ensemble.

Oulipo, hier

Le compte rendu a été déplacé.



Juste avant de sortir de la TGB, l'un d'entre nous nous désigne en riant une affiche de circonstance: Le droit à la philosophie que je m'empresse de photographier (tout de traviole s'avère-t-il).

(Le film "Le droit à la philosophie" sera diffusé le 18 février de 18h30 à 21h30, salle1, au Centre Parisien d'Études Critiques, 37 bis rue du Sentier, 75002 Paris.)



Après la séance, pizza traditionnelle, en effectif réduit. Nous parlâmes rangement, collections, chaos, angoisse de la pile, syndrome de Diogène... et de livres et de fractures et de carte écrite à la main et de verre renversé.

Au Louvre

En adhérant à la société des amis du Louvre j'ai l'impression d'avoir loué le Louvre, d'y être désormais un peu chez moi. Fini l'impératif de voir vite un maximum de choses pour amortir mon billet, à moi le temps de la promenade. J'y entre pour rien, même une demi-heure, je ne regarde rien, j'arpente les couloirs et les escaliers, je mesure la hauteur des plafonds à mon essoufflement, je me souviens de Skot disant que le Louvre était vide si on évitait les salles italiennes ? je ne vais jamais dans les salles italiennes, je vais voir trois fois les expositions, j'apprends à m'orienter en regardant par les fenêtres, je fais des photos stupides (ie, qui ne valent rien) avec mon téléphone. J'aime la salle des caryatides, j'ai l'impression d'être au centre du château.

A midi, j'avais l'intention d'aller voir la collection de dessins de Pébereau, mais je n'avais plus le temps (j'étais passée à la poste du Louvre, le plus agréable bureau de Paris que j'ai fréquenté à ce jour: je fais un détour pour avoir affaire à eux). Je suis restée au rez-de-chaussée, j'ai erré une fois de plus autour des murailles du Louvre médiéval, remarquant une sculpture très "tee-shirt mouillé" dans le cadre de l'exposition "De Smyrne à Izmir".



Une fois de plus j'ai visité la salle Saint-Louis, que j'oublie toujours et qui me serre le c?ur. Toutes ces vieilles pierres me serrent le c?ur; qu'ont-elles vu, combien de secrets politiques et d'intrigues amoureuses en hennin ? (toujours la surprise que le château illustrant Les très riches heures du duc de Berry ne soit pas imaginaire), que pensent-elles des touristes en short et des appareils photos, des ribambelles de gamins traînés ici qui chahutent par dés?uvrement, regrettent-elles d'avoir été déterrées et réveillées il y a une vingtaine d'années?

Ça se confirme

Comme quoi, l'important est d'avoir les bonnes fréquentations.

(Prochain Oulipo à la BNF: jeudi prochain).

Je peux faire n'importe quoi quand je porte un slip rouge

J'ai beaucoup ri quand j'ai découvert ce post dans le blog où je perds tout mon temps. Il m'a rappelé un Jeeves que j'avais lu peu de temps auparavant (Ça va, Jeeves?) dans lequel le majordome conseillait à un jeune homme atrocement timide de se déguiser en Lucifer lors d'un bal costumé: le costume lui donnerait le courage de déclarer sa flamme à la jeune fille qu'il aimait.

(Dans un autre genre, ma sœur portait de la lingerie raffinée et un air revêche. Elle nous avait avoué que son plaisir était de penser «S'ils savaient ce que j'ai en dessous...»)

Samedi soir

Beau texte d'Oscarine Bosquet, Participe présent, mésanges et Rosa Luxembourg. J'écoute la voix dans la pénombre, douce et obstinée.

Puis Simone, qui est Simone, «C'est toi l'Arabe», sa voix rauque et chantante qui me rappelle une amie de ma mère, j'apprends que Joseph était merveilleusement beau et qu'il aurait bien pu coucher avec la femme de Putiphar, puisqu'après tout les douze commandements n'existaient pas encore (ce qui me paraît aussi magiquement absurde que d'imaginer qu'avant Newton, les pommes flottaient dans les airs). Dans une version de l'histoire, Joseph finit par prendre la femme de Putiphar en pitié, elle qui l'aura aimé toute sa vie. Ils ont cent ans tous les deux. «Comment tu veux élever des enfants avec une histoire pareille?»

«Mon gynéco m'a dit: moi, j'ai coché la case garçon.» (C'est une bonne idée, désormais j'en ferai autant.)
«Comment ça tu es fan de TrucMuche? Il faut te défaner.»

Connais-je davantage Marie que Bernard, que dire des affinités immédiates, irraisonnées? Nous avons en commun quelques livres lues, c'est déjà ça.
La théière oblongue de Simone ressemble moitié à un char, moitié à un canard, mais nul ne l'a vue.
Elle aurait dû garder mes boucles d'oreilles, elles lui allaient très bien, et si j'avais été sûre qu'elle les portât, cela m'aurait fait plaisir.

Marie a oublié notre projet d'échange culturel. Zut alors. D'un autre côté, le titre de mon billet de septembre 2008, dont je ne me souvenais plus, montre que je ne me faisais pas beaucoup d'illusions.

Une exécution ordinaire

Vu ce film par hasard, c'est le billet que m'a délivré l'automate UGC, je ne sais pourquoi. Ma première pensée a été, oh non, c'est en VF, même les voix sonnent faux quand on se mêle de doubler (je veux dire: aussi faux que le jeu des acteurs français), le cinéma français c'est quand même quelque chose!
Mais finalement, apparemment, c'est un film français, et les acteurs ne jouent pas faux, ils ne laissent pas s'établir cette impression d'éternité entre les gestes, comme s'ils se demandaient toujours "Zut, j'ai oublié ce que je dois faire ensuite" (le jeu des acteurs français: des trous de mémoire non pas à propos du texte, mais à propos des corps).
Oui, un bon film s'agissant des acteurs. S'agissant de l'histoire... un peu mince, mais bon.

«La mort d'un homme est une tragédie, la mort de millions d'hommes une statistique.» Ce serait de Staline.

Cela me fait penser à internet, tous ces blogs, tous ces twitters, tous ces "statuts, toutes ces photos, juste pour oublier que nous somme mortels, juste dans l'espoir d'attirer l'attention, "Regardez-moi, regardez-moi" écrit Bonnefoy.

Nous ne sommes pas une statistique, nous sommes poussière.
Tout cela n'a pas beaucoup d'importance.
C'est finalement ce qui me sidère le plus: l'importance que nous accordons à des événements, des actions, oubliées dans la semaine, dans le mois. Il faudrait tout vivre comme un souvenir anticipé, pour sa beauté de souvenir futur.
Seul ce qui a la capacité à former un beau souvenir vaut la peine d'être vécu.
Le reste est inutile.

Des livres

- RC, L'Amour l'Automne
- Claude Lanzmann, Shoah (coffret livre + DVD)
- RC, Journal de Travers tome 2
- Philippe Lejeune, Signes de vie (le pacte autobiographique)
- Sébastien Hubier, Littératures intimes
- Michel Foucault, Dits et écrits I - 1954-1988 (pour "Qu'est-ce qu'un auteur?")
- Philippe Sollers, Le Parc

offert par Aline
- Ossip Mandelstam, Le Timbre égyptien

Mon cartable ne fermait plus. Un peu compliqué.

Deux jours

- jeudi
Déjeuner avec Tlön

- vendredi
Cruchons restreints : Aline, Philippe, Laurent.
Nous faisons des projets, Vaux-le-Vicomte et Plieux.

Ethique

Je découvre que Monentreprise s'est "dotée d'une charte éthique" pour afficher son engagement "sociétal".

Dans la première partie de la Charte, elle s'engage à respecter (tout ce qui suit, jusqu'à mes commentaires, est un copié/collé):

1. La Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 et la Convention européenne des droits de l’Homme

2. Les principes de l’organisation internationale du travail (OIT)

Adoptée en 1998, la Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail est l’expression de l’engagement des gouvernements, des organisations d’employeurs et des organisations de travailleurs de promouvoir les valeurs humaines fondamentales - valeurs qui sont de première importance pour notre vie économique et sociale. Il s’agit de :
• la liberté d’association et la reconnaissance du droit de négociation collective ;
• l’élimination de toute forme de travail forcé ou obligatoire ;
• l’abolition du travail des enfants ;
• l’élimination de la discrimination en matière d’emploi et de profession.

3. Les principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales

Adoptés en 1976, et ayant fait depuis l’objet de plusieurs révisions, les principes directeurs constituent un ensemble de recommandations aux entreprises multinationales dans tous les grands domaines de l’éthique des affaires, dont l’emploi et les relations avec les partenaires sociaux, les droits de l’homme, l’environnement, la divulgation d’informations, la lutte contre la corruption, les intérêts des consommateurs, la science et la technologie, la concurrence, ainsi que la fiscalité.

4. Les dix principes du pacte mondial de l’Organisation des Nations Unies.

• Promouvoir et respecter les droits de l’homme reconnus sur le plan international ;
• Ne pas se faire complices de violations des droits fondamentaux ;
• Respecter l’exercice de la liberté d’association et reconnaître le droit à la négociation collective ;
• Éliminer toutes les formes de travail forcé et obligatoire ;
• Abolir le travail des enfants ;
• Éliminer la discrimination en matière d’emploi et d’exercice d’une profession ;
• Promouvoir une approche prudente des grands problèmes touchant l’environnement ;
• Prendre des initiatives en faveur de pratiques environnementales plus responsables ;
• Encourager la mise au point et la diffusion de technologies respectueuses de l’environnement ;
• Agir contre la corruption sous toutes ses formes, y compris l’extorsion de fonds et les pots-de-vin.
(Monentreprise a adhéré au Pacte mondial de l’ONU le 7 février 2007.)

5. La Charte de la diversité

En signant cette charte le 26 juin 2007, Monentreprise s’est engagé à :
• Sensibiliser et former ses dirigeants et collaborateurs impliqués dans le recrutement, la formation et la gestion des carrières aux enjeux de la non-discrimination et de la diversité ;
• Respecter et promouvoir l’application du principe de non-discrimination sous toutes ses formes et dans toutes les étapes de gestion des ressources humaines que sont notamment l’embauche, la formation, l’avancement ou la promotion professionnelle des collaborateurs ;
• Chercher à refléter la diversité de la société française et notamment sa diversité culturelle et ethnique dans notre effectif, aux différents niveaux de qualification ;
• Communiquer auprès de l’ensemble des collaborateurs notre engagement en faveur de la non-discrimination et de la diversité, et informer sur les résultats pratiques de cet engagement ;
• Faire de l’élaboration et de la mise en oeuvre de la politique de diversité un objet de dialogue avec les représentants des personnels ;
• Inclure dans le rapport annuel un chapitre descriptif de l’engagement de non discrimination et de diversité : actions mises en oeuvre, pratiques et résultats.



Je ne comprends pas très bien cette rage d'écrire l'évidence: est-ce que respecter la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 ne s'impose pas de facto à une entreprise française? [1]
Est-ce que le fait d'adhérer à la charte de la diversité ne signifie pas que nous entrons dans un monde contractuel, qui permet(trait) à ceux qui ne signent pas d'échapper à certaines contraintes légales qui spontanément me semblaient s'appliquer à tous, du fait de la déclaration des Droits de l'Homme, justement? Ou n'est-ce que de la publicité, de la communication? Ou de la sensibilisation?

Faudra-t-il faire signer à tous les parents allant déclarer leur enfant à la mairie la Convention internationale des droits de l'enfant?

Et cette phrase: «Chercher à refléter la diversité de la société française et notamment sa diversité culturelle et ethnique dans notre effectif, aux différents niveaux de qualification» me semble ouvrir la porte à la pire des sélections, celle qui ne consiste plus à choisir une personne, mais une couleur, un sexe, une religion.

Notes

[1] Non, peut-être pas après tout: c'est la Déclaration de 1789 qui est annexée à la Constitution de 1958.

A la dérobée

Les gens descendent à Chatelet, d'autres montent, un espace se crée entre moi et ma voisine, nous sommes debout collées le long des strapontins, elle légèrement tournée vers moi, le dos au mur. J'observe ses mains, six à huit millimètres d'ongles, french manucure, comment peut-on travailler avec ça, elle est très jeune, plus petite que moi, chemisier blanc tailleur noir, pas de manteau c'est étrange, les yeux lourdement maquillés, la peau ocre, un peu vulgaire mais jolie. Dans l'espace créé par le départ de une ou deux personnes elle secoue son iPhone pour que l'écran repasse en lecture verticale. Elle a des écouteurs sur les oreilles.

Comme la foule est moins serrée je peux ouvrir mon livre; je me plonge dans L'Inauguration de la salle des Vents, à la recherche de certains mots. Je ne l'ai pas relue depuis Journal de Travers, de nombreux passages acquièrent une nouvelle épaisseur. Je lis.

p'têt pas rompu rompu, y z'ont jamais vraiment rompu, surtout que bon, officiellement, tu m'diras y avait rien à rompre, mais bon, quand même i z'étaient ensemble, et un beau jour crac tu sais pas trop pourquoi, p'têt pa'ce q'le mec il avait peur d'êt malade comme ça à l'étranger, hyperloin d'sa famille et tout, ou même pa'ce qu'i sentait bien qu'question soutien moral et tout, si tu vois c'que j'veux dire, ça allait p'têt pas être idéal-idéal, bon i's'barre bon ben l'aut' déjà là ça aussi déjà ça l'arrangeait pas mal, si tu r'gardes bien, ça voulait dire qu'il aurait pas à s'taper sept huit piges d'un mec que tu savais bien comment qu'tout ça barré comme c'était barré ça allait s'finir, et bon ben lui il était couvert, si tu vois c'que j'veux dire, i pouvait s'dire ben ouais o.k. d'accord o.k. tout ça c'est bien triste, mais quand même c'est pas mon problème, le mec i m'a quitté i m'a quitté, c'est quand même pas moi que j'l'ai laissé tomber pa'ce qu'il était malade, ça a rien à voir, et là pareil l'coup du téléphone ... (p.302)

Je sens un regard sur la page, un poids. Je relève la tête. Elle est en train de lire. J'imagine les mots arrivant à sa conscience, à sa compréhension. Nos yeux se croisent, je lui souris, elle me rend un sourire hésitant, étonné.

Photo de classe

— Kevin, rentre le ventre, sors la poitrine! Jessica, le contraire!

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