Mardi

Rangement, jetage (jet?), lessive, poussière, frais de virement à l'international, cahiers grands carreaux, Agnès une heure au téléphone. Ou plus. Je ne sais plus. Sodome et Gomorrhe première partie une fois encore. Je ne peux pas m'occuper de cette maison sans un récit. Il faut commander la suite. Orlando furioso fait, La Garlande fait.

Temps qui m'échappe, encore.

Lundi

Mulhouse Paris Belle Epine Boussy soufflé au fromage équipe d'aumônerie.

L'effet Toy Story

Trois jouets perdus ce matin :
- un Winnie l'ourson assis sous un abri-bus ;
- un canard écartelé sur le trottoir ;
- un petit lapin gisant sur la chaussée (j'ai ouvert la portière et profitant du feu rouge je l'ai ramassé. Il est brodé "Mathias" sur son tablier. Qu'est-ce que je vais en faire?)


Ce soir, impromptu, train pour Mulhouse.

Diagnostic

Literal interpretation, and insensitivity to context, are not marks of rationality but mental disorders.
John Kay

Et dans ce cas-là, on fait quoi?

Cinéma

Les Français auront inventé les pires bandes-annonces (toujours trop longues) et les Américains les meilleures what? scènes post-films? scènes de générique de fin?

Toy story 3: un cas exceptionnel de réussite sur trois films de suite.

Crudités

Palette à la diable. Sieste. Rangement. Harry Potter VI. Ennui. Cartes postales. Internet n'est pas rétabli.

Chaque fois que je suis seule quand j'épluche des légumes, je songe à ce passage de Vivre avec une étoile (j'avais spontanément pensé qu'il s'agissait d'une danseuse étoile) où le narrateur, juif traqué à Prague, fait pousser des carottes entre les tombes, parce que c'est le lieu où la terre est accessible. C'est avec cette lecture que j'ai réellement compris l'impossibilité de vivre, au sens le plus biologique du terme, sans terre — et ce miracle de la transformation de l'eau, la terre, la lumière, en quelque chose de mangeable.

La maison de Mallarmé

Elle donne l'impression d'être avant tout destinée aux enfants, avec des panneaux didactiques et des propositions d'activité ("toi aussi écris un poème à propos d'un objet que tu aimes beaucoup"). Mais ce n'est pas très gênant si l'on évite de lire ce genre de fadaises.

Un éventail, une pendule, un secrétaire japonais, une lanterne magique.

Les meubles, les photos, le calme et le soin apporté à la reconstitution et à la conservation d'une atmosphère sont très agréables.
En cette fin d'été le jardin est avant tout un verger. L'envers de la feuille de cognassier est très doux. J'aurais dû ramasser quelques pommes. Les mirabelles pourissent au pied de l'arbre.

Dans le cimetière de Samoreau, Olivier Larronde ne dort plus seul.

Devoir

— Mais pourquoi tu y vas? Tu n'as rien à leur dire, tu les détestes, ça ne sert à rien...
— Je ne sais pas. Parce que ce n'est pas de leur faute, ce n'est la faute de personne... Parce que nous sommes mortels, parce qu'un jour il ne restera que nous pour s'occuper d'eux...
— Mais en attendant, ce n'est pas la peine!
— Parce qu'il ne faut pas couper les liens... Parce que je culpabilise, je leur fais de la peine parce que je suis moi et que je ne peux pas être autre chose pour leur faire plaisir...

Souvent je pense à un autre passage de Proust, le jugement de la famille du narrateur sur Bloch, au début du Côté de chez Swan (c'est moi qui souligne):
Il [Bloch] serait malgré tout revenu à Combray. Il n'était pas pourtant l'ami que mes parents eussent souhaité pour moi; ils avaient fini par penser que les larmes que lui avait fait verser l'indisposition de ma grand-mère n'étaient pas feintes; mais ils savaient d'instinct ou par expérience que les élans de notre sensibilité ont peu d'empire sur la suite de nos actes et la conduite de notre vie, et que le respect des obligations morales, la fidélité aux amis, l'exécution dune œuvre, l'observance d'un régime, ont un fondement plus sûr dans des habitudes aveugles que dans ces transports momentanés, ardents et stériles. Ils auraient préféré pour moi à Bloch des compagnons qui ne me donneraient pas plus qu'il n'est convenu d'accorder à ses amis, selon les règles de la morale bourgeoise; qui ne m'enverraient pas inopinément une corbeille de fruits parce qu'ils auraient ce jour-là pensé à moi avec tendresse, mais qui, n'étant pas capables de faire pencher en ma faveur la juste balance des devoirs et des exigences de l'amitié sur un simple mouvement de leur imagination et de leur sensibilité, ne la fausseraient pas davantage à mon préjudice. Nos torts même font difficilement départir de ce qu'elles nous doivent ces natures dont ma grand-tante était le modèle, elle qui brouillée depuis des années avec une nièce à qui elle ne parlait jamais, ne modifia pas pour cela le testament où elle lui laissait toute sa fortune, parce que c'était sa plus proche parente et que cela «se devait».

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Pléiade (Clérac) t.I, p.92-93
Cette dernière phrase est entièrement ma famille. (C'est ma traduction intime de common decency.)

Berry roman

Façade de l'église de La Celle dans le Cher (personne ne sait très bien ce que représente cette scène, ni ne sait dater ce bas-relief), et abbaye de Noirlac.


La question de Caïn

Parce qu'un passage lu il y a un an m'obsède en ce moment, je commence Histoire d'une âme. J'y trouve dès les premières lignes le mystère incompréhensible de l' élection:

Ensuite, ouvrant le saint Evangile, mes yeux sont tombés sur ces mots: «Jésus, étant monté sur une montagne, appela à lui ceux qu'il lui plut[1].» Voilà bien le mystère de ma vocation, de ma vie tout entière et surtout le mystère des privilèges de Jésus sur mon âme. Il n'appelle pas ceux qui en sont dignes, mais ceux qu'il lui plaît. Comme le dit saint Paul: «Dieu a pitié de qui il veut, et il fait miséricorde à qui il veut faire miséricorde.[2]».

C'est le mystère d'Abel et Caïn, "le sacrifice d'Abel agréa à Dieu" (faux guillemets, il ne s'agit pas de citation, mais de souvenirs): pourquoi? ou celui du fils prodigue: "Pourquoi pas moi?" demande le fils obéissant.

Pourquoi lui et pas moi? (souvent le signe de la jalousie).
Pourquoi moi? (le signe du refus (Jonas) ou de l'émerveillement, de la reconnaissance et de l'humilité (Marie)).
Pas de réponse. Etre patient ou se montrer digne. C'est tout.

Notes

[1] Marc, III, 13.

[2] Exode, XXXIII, 18-19.

Caen

Le but du voyage était l'exposition Trésors de l'Accademia Carrara de Bergame, mais nous avons commencé par ''L'estampe impressionniste, qui fut une magnifique surprise. (Les impressionnistes sans couleur... tout à fait inattendu, et très beau). L'éclairage est trè doux pour ne pas abîmer les œuvres, et il présente l'avantage de ne produire aucun reflet sur les verres, tous les détails sont parfaitement observables.
Je découvre de nouveaux noms, Mary Cassat ou Félix Buhot. J'aime particulièrement les paysages "mouillés", pluie, mer, rivière. Je remarque une vue d'Osny... Il s'agit de recherches techniques tendant à rendre unique une lithographie.
Le catalogue rend compte plutôt fidèlement d'une telle exposition, en noir et blanc et petit format (le plus souvent).

Déjeuner, discussion à bâtons rompus, éclats de rire et demande de photographies de groupe au serveur, dans la grande tradition touristique.

Exposition Carrara, tout ce que j'aime de l'art religieux italien (les retables) puis la fantaisie ou la sévérité des portraitistes italiens, et toujours cette impression de reconstituer un caractère et un destin devant les visages hollandais. Un petit cours (un court cours) sur l'histoire de l'histoire de l'art, de l'influence de Morelli (la méthode morellienne) sur Berenson, puis Venise.

Visite de la collection permanente, Le mariage de la Vierge, Abraham et Melchisédech, ce sont presque des amis à qui nous rendons visite (de vieilles connaissances internautiques que nous rencontrons IRL), les couleurs toujours plus vivantes quand elles paraissaient éteintes à l'écran, adoucies quand elles paraissaient criardes. Et puis la Vierge de Van der Weyden. (Je ne cite que les connus parce que je me souviens de leur nom. Ma préférence va souvent à des moins connus, que j'oublie dès que je les quitte des yeux, hélas. Je peux juste me souvenir que dans ce musée-là, je pourrai revenir, trois, quatre, cinq tableaux que j'aime m'attendront.) Doucement l'overdose se fait, il faudrait revenir souvent et en voir moins, bien sûr.

Du hauts des remparts nous contemplons la ville. Ciel bleu très pâle au ras de l'horizon, nuages. Immeubles bas, peu d'ardoise, toits en terrasse. Nous visitons l'église Saint-Pierre, avec une abside Renaissance que j'aurais volontiers qualifiée de roccocco si la pierre avait été dorée plutôt que nue... C'est très impressionnant, mais ce n'est pas mon genre. Palais d'Estouteville, symétrie de David et de Judith, têtes à la main. Exposition contemporaine gratuite, du caoutchouc comme de la moisissure (si j'ai bien compris). C'est joli tout ce blanc.

A pied dans la ville, librairies à la recherche (vaine) de Guillaume le Conquérant, de Paul Zumthor.

L'abbaye aux Hommes est une surprise et un ravissement. Là pour le coup, tout à fait mon genre: le dépouillement roman et la hauteur gothique (j'espère que je ne dis pas trop de bêtises, j'écris sans recopier Wikipédia). Un beau Vignon.
Une plaque pour célébrer le neuf centième anniversaire de la naissance de Guillaume le Conquérant (2 juillet 1027) et un tombeau trop neuf pour être honnête (tant pis, je suis enchantée de le voir, presque autant que si j'avais vu la Table ronde ou le Graal).

Se souvenir: quand on ne sait pas à quel pays appartient un drapeau, répondre "balte". (Mais quel temps magnifique, doux à peine venteux. Un drapeau bleu bleu blanc (ou bleu noir blanc), un autre avec un mont en médaillon et trois étoiles, devant l'hôtel de ville, parmi d'autres.[1].)

Dernières bières, tickets de tram, nous allons être en retard, mais non, c'est le train (qui le sera).


Notes

[1] identification à l'instant: Estonie (bravo Philippe!) et Slovénie

Il n'est pas ici

Paul n'est pas enterré à Montparnasse comme je le pensais. Il va falloir que je téléphone à son petit-fils.

Bibliophore

  • Aller

- Adorno, Des étoiles à terre (à rendre avec trois semaines de retard)
- Claude Mauriac, Le Temps immobile, tome I
- Agatha Christie, La fête du potiron, que lit A.

  • Retour

- Claude Mauriac, Le Temps immobile, tome I
- Agatha Christie, La fête du potiron
- Ernst Kantorowicz, Frédéric II (envie irrépressible depuis l'Italie)
- Jacqueline de Romilly, La Grèce à la découverte de la liberté
- Michael Baxandall, L'Œil du Quattrocento

Journée tranquille

Fin du repassage.
Fin du papier peint dans la chambre d'O.
Fin de tous les épisodes de Mad Men dont je dispose.
Je me souviens de Bruce nous expliquant, dans la cuisine d'Aubervilliers en 1992, les mutations de l'Amérique entre 1950 et 1960: «Les années 50 c'était comme Happy Days, "Hello, Dad, hello Mum", et dix ans plus tard: "Fuck you Dad!". Personne n'a rien compris.»

Philippe et les voitures

Le musée des Beaux-Arts possède deux portraits de Feydeau et de sa jeune femme, la fille du peintre Carolus-Duran (de mémoire). Ce Feydeau-là ressemble beaucoup à un ex-collègue de bureau, Philippe[1].
Je pense à Philippe en repassant, tandis que Don Draper interdit la pâte à modeler à sa fille, de peur de salir la voiture, ou que sa femme s'étonne devant les enfants: «Papa vous a laissés monter dans la voiture avec du chocolat?». Je pense à Philippe expliquant que le cuir, c'est très résistant (une peau de vache, malgré tout, quand ce n'est pas de buffle), et racontant qu'un voisin à Jersey lavait les coussins de la Rolls à grande eau. Ça me faisait rire.

Suite au rachat de notre entreprise en 2001, et au changement de société que cela avait signifié pour nous tous, et aux primes diverses que nous avions reçues, il s'était offert, sur les encouragements de sa femme, la voiture de ses rêves, une Mercedes. Et lorsqu'il traversait les petits villages de la Manche, sa région natale, il saluait parfois un paysan d'un appel de phare et d'un signe de la main:
— Je leur fournis un sujet de conversation pour les trois semaines suivantes, disait-il en riant. Et fronçant le sourcil, empruntant les expressions du coin: «Mais qu'i c'est-i qu'ça peut bien être?»
Et je riais encore, songeant à ma grand-mère. Je ne connaissais pas alors tante Léonie, sa façon d'envoyer Françoise chercher du sel chez l'épicier pour tâcher d'identifier un inconnu passé dans la rue.

Notes

[1] voir aussi Pierre V, roi du Portugal.

Pélerinage proustien

Comment expliquer Péguy quand la brume et la pluie noient la cathédrale jusqu'au dernier moment?

- Suivre une messe en latin n'est pas difficile, chanter en modulant interminablement chaque syllabe beaucoup plus.

- Je recommande chaleureusement la visite de la maison de Tante Léonie. Service à crème au chocolat et assiette à asperges inclus. Très belles photos, dont une du modèle de "Françoise" (cela m'émeut et me ravit).
Je ne connaissais pas le pré Catelan, planté par le mari de "Tante Léonie". Je ne tiens pas à remplacer mes images mentales de lecteur par des modèles géographiques "réels" (non, jamais ce parc ne remplacera l'idée que je m'étais construite de la première rencontre de Gilberte et du narrateur), mais cela m'a permis de dédoubler des images que j'avais superposées: pas de différence pour moi entre la demeure de Swann et celle des Guermantes au cours de la lecture, comme si Swann demeurait chez les Guermantes... Cela ne me choquait pas, Swann vit dans les limbes tant qu'il n'est pas installé avec Odette.
J'ai beaucoup aimé l'église d'Illiers. Pour une fois il est permis d'aimer le XIXe siècle (quelques fresques plus récentes, quelques statues) : qu'importe, du moment que Proust l'a vu. Le banc de la famille Proust est soigneusement capitonné de rouge.
Trois madeleines, les villageois n'ont pas transformé Illiers en Proustland, c'est le moins que l'on puisse dire (un peu interloqués par les travaux en cours d'une future station d'épuration dans la ville, face à des pavillons d'une dizaine d'années: est-ce vraiment possible?)

- Meslay-le-Grenet. La femme qui fait visiter (pas à nous) a un tic de langage qui m'exaspère mais que j'ai oublié maintenant que j'écris, ce qui me le fait regretter (ô paradoxes des blogs). Cette danse est très bien conservée dans sa fragilité, c'est-à-dire qu'elle est aussi bien effacée, bien pâle, bien mortelle... Un homme, un squelette, un homme, un squelette, et des commentaires en vieux français. Cette Mort est presque tentatrice, bien plus enjouée que les vivants qui paraissent répugner à la suivre.

- Château de Tansonville (il ne se visite pas, nous observons à travers la grille («— Mais qu'est-ce qu'on fait là? — Nous soignons notre fétichisme.»)), château de Villebon, premier nom qui apparaît dans les brouillons avant celui de Guermantes. Le château est magnifiquement conservé, en briques rouges, tours et pont-levis. Sully est mort ici (trente et un ans après Henri IV), il est enterré à Nogent-le-Rotrou, contre l'église Notre-Dame, mais pas dedans, puisqu'il était protestant. Nous trouvons sur les murs un Tristan Camus qui m'enchante. Il pleut des cordes, la voix frêle de notre guide couvre difficilement le tambour de la pluie sur les parapluies, les pavés, les gouttières.
Vieille tradition de service public qui tient les propriétaires successifs de ce château, au service des rois puis au service de la République.

- Froid. Lait chaud, café et macarons. Peut-on convaincre les enfants de l'intérêt de l'art et de la littérature en les faisant rencontrer des gens qui aiment l'art et la littérature en riant et racontant des (quelques) bêtises ? Peut-on leur montrer qu'il s'agit d'une vision du monde habitable, ni froide, ni méprisable?

A la maison

Bricolage. Choix de papier peint. Arrachage de moquette. Allergie à la poussière. Repassage. Mad Men saison 2 (je m'obstine). Dispute stupide à partir de la blague classique du "comble pour un jardinier" (faire rougir ses tomates en leur montrant ses fesses). J'ai le chic pour les disputes stupides.

Lille

Le trajet Paris-Lille est bien plus court que je ne le pensais. Exposition Finoglio avec lecture de Laurent devant les tableaux de la Jérusalem délivrée. Formes des chevaux, couleurs des vêtements (vert, rose, violet somptueux), mêlées sanglantes en arrière-fond. Alain Fleischer plutôt discret. Importante collection permanente, si important que nous coupons la visite par le déjeuner (le billet est valable toute la journée). Fortifications Vauban (il faut réserver). Très bel ordonnancement des bâtiments, calme et silence de cet espace militaire. Guide pittoresque, énergique et vivante. Bières, cartes postales. J'ai oublié mon livre au restaurant. Ciel superbe au retour.

Lausanne

Premier jour de vacances. Aller-retour à Lausanne dans la journée (6 heures - 2 heures du matin (billet écrit quatre jours plus tard)). Ciel gris en région parisienne, soleil sitôt franchie la ligne de la Loire, brumeux dans le Morvan. En Suisse il ne pleut pas.


Dans le (très) long couloir central de l'EPFL, un Cray XMP-48 a été transformé en fauteuil.





Deux autres ordinateurs dans le couloir : un Cray 2 et un Cray T3d MC 256-8 (j'ai pris des notes dans le "brouillon" de mes sms.)

Niveaux culturels

Parfois le monde est bien fait. Prenons les derniers commentaires sur Véhesse, par exemple : ceux qui pensent que dartagnan75 a raison doivent être ravis de la façon dont il me répond, tandis que ceux qui le lisent avec le même œil que moi doivent contempler avec amusement la prose de ce garçon. Tout le monde est content, "pas de goût, que des niveaux culturels".
Cependant je songe avec un pincement au cœur à ceux qui sont sur une marche plus haute de l'escalier, en me disant que j'aimerais bien les rejoindre, mais que je ne le peux pas, car je ne la vois pas, je ne les vois pas: je ne les reconnaitrais que lorsque j'y serai, mais je ne saurai pas alors comment j'aurai fait.

K.310, acmé

Bovino a été l'occasion de me plonger dans les journaux de RC. J'en ressens une grande joie, un grand plaisir, que je n'avais jamais ressenti jusqu'alors, les journaux m'affectant par leur noiceur, par leur ronchonnade. Est-ce la fréquentation de Flickr qui me rend ainsi plus tranquille? Est-ce le dialogue renoué au sein des pages, est-ce le quitus accordé par le journal, après les années difficiles sur le forum du parti?

Je lis K.310 et je comprends mieux que l'auteur se soit plaint en juin 2003, (sur le site de la SLRC, c'est noté dans Rannoch Moor) du manque de réactions de l'opinion en général et de "ses" lecteurs en particulier. A l'époque j'avais trouvé que cela manquait de cohérence, de la part d'un auteur qui se prétendait éloigné du monde, d'ainsi quémander les réactions. Mais aujourd'hui je comprends et j'ai des remords d'avoir tant attendu. Dans K.310 RC se défend avec vigueur et rigueur, je comprends mieux qu'il ait attendu des commentaires, un soutien, du rire, et j'ai des remords.

Ce qui m'étreint surtout, à la lecture du premier semestre, c'est la colère, la colère devant tout un petit monde sans rigueur, qui répète des phrases sans avoir réfléchi, juste pour pisser de la copie, juste parce qu'il n'y a aucun risque à écrire la même chose que le voisin. C'est un tout petit monde qui règle ses comptes, qui prend sa revanche :

Il [un grand avocat] est persuadé (et je le suis aussi) que l'adversaire, pour moi, dans toute cette affaire, ça n'a jamais été les Juifs mais les journalistes, le corps des journalistes, la corporation des journalistes, que j'ai insultée de toutes les façons possibles, selon lui, et qui est trop heureuse de tenir, avec mes pages sur le "Panorama", une occasion rêvée de me faire payer tous mes péchés et d'en finir avec moi.
RC, K.310, p.282

Et puis malgré tout le rire, et la poésie.

Mes pages préférées sont les pages 278 et 279. En deux pages, échantillon de tout ce que j'aime, de tout ce qui me soutient, dans l'espoir que peut-être, l'art et les livres ne sont pas tout à fait inutiles (quelles preuves en avons-nous, si ce n'est notre intime conviction, et notre expérience renouvellée? Inexplicable, impartageable, mais nous reconnaissons d'instinct ceux qui partagent cette même expérience, ce même espoir):

Que "l'élite" ce puisse être, que ce soit, Jacqueline de Romilly aveugle et creusant Thucydidie, Claude Lévi-Strauss au musée de l'Homme ou tel étudit misérable dans sa gentilhommière au toit percé ou dans sa soupente parisienne, que "l'élite" tienne à la connaissance et au désir de connaissance, à l'étude, à l'usage, aux manières au temps, il ne faut surtout pas qu'une idée aussi déprimante puisse faire son chemin dans les esprits Ibid., p.278

(Quoi que... je ne comprends pas pourquoi. Pourquoi est-ce que cette idée ne laisse-t-elle pas tout le monde parfaitement indifférent, sauf ceux qui aiment l'étude, parce qu'ils aiment l'étude, et qu'ils se sentent moins seuls à savoir que d'autres l'aiment aussi? Et en quoi cette idée d'une élite, veilleurs pendant notre sommeil, est-elle déprimante, et non pas rassurante?)

Et puis les pages sur le bonheur, qui me paraissent si importantes («Mais à quoi ça sert, tout ça? ? C'est souvent ce que je me demande, épuisée vers deux heures du matin tandis que je m'endors au clavier. A pas grand chose, sans doute, mais voici une réponse possible: ça ne "sert" à rien, c'est un état d'esprit.

Affirmation identitaire




Vendredi soleil levant parking de la gare d'Austerlitz. Pas de seconde prise, la batterie de mon téléphone me lâchait. Le panneau en fer est d'un seul tenant avec le bac.

Je recopie pour ceux qui auraient du mal à lire :
« Je suis un olivier
né en Provence
il y a plus de 60 ans
je ne suis pas une poubelle.
Regardez bien autour de vous,
il y en a une pas loin.

(Hélas, le gobelet prouve que cette phrase digne n'est pas toujours entendue.)

Grumpff !

Moi à C. : — Quand tu m'as secouée pour me réveiller, j'étais en train de te parler. Je t'expliquais quelque chose, je n'arrive pas à me souvenir quoi.
A. : — Tu veux dire que même en rêve tu donnes des explications ?

Vrac

- déposé un livre chez un sculpteur ;
- ouvert un compte bancaire ;
- vu Shreck IV. Bof. Les films qui expliquent qu'il n'y a pas de plus grand bonheur que la vie de famille (et qu'il ne faut pas se plaindre de l'enfer objectif que constitue la petite enfance pour les parents)... ce n'est pas forcément faux (ni forcément vrai...), mais ça sonne gnangnan dès qu'on le met en scène. Et puis l'intrigue est trop lâche.

Livre

Au retour m'attendait le Guide littéraire de la France, dans la collection des Guides bleus (référence issue dans Journal d'un voyage en France, bien sûr).
Je l'avais commandé il y a quelques semaines à un libraire de l'Ohio. Le voyage a été long, le livre est venu par bateau.

A l'intérieur, quatre cartes de visite et aérogrammes collés : il en ressort que ce volume fut offert à l'abbé Astrick Gabriel[1] par Raymond Lebègue, co-auteur du livre.

L'adresse de l'abbé sur le formulaire de l'aérogramme se trouve dans l'Indiana.

Ô Eglogues.



Notes

[1] Pourtant dans l?article « Condemnation of the Nominalism in Paris during the Fifteenth Century » par Astrick Gabriel dans Miscellanae Mediaevelia, n° 9, Antiqui und Moderni, pages 446-447, j?ai trouvé une information importante.

Remontée précipitée

Tarente, vieille ville, Métaponte (une quatre voies à traverser (je veux dire: il faut tourner à gauche en coupant la route) à la sortie de la ville pour prendre deux cent cinquante mètres d'un quasi-chemin de terre pour rejoindre la route que nous voulons emprunter), Métaponte, le soleil, le ciel bleu, la gare de Métaponte, le musée de Métaponte, les ruines des bancs de l'amphithéâtre antique de Métaponte complétés sans solution de continuité par des poutres en acier ou en bois...[1]

Matera... Plus le temps.

Un restaurant à Bernalda[2], un tablier de cuisine comportant un escargot "Slowfood".
Toujours pas de menu, cela nous convient parfaitement. Je commande une bouteille de Brachetto Spumante, un peu parce que j'aime ça, un peu parce que je ne peux résister au nom de conte Lorenzo Sormani. A la vérité, ce vin n'est pas un vin de table "possible" quand on aime le bourgogne, mais il a un parfum d'enfance... (on dirait de la limonade rosée).

Et puis la remontée à travers le Basilicate, les montagnes, les ouvrages d'art (viaducs impressionnants), quelques règles qui se dessinent, (l'Italien en Mercedes est un gentleman, celui qui conduit une BMW est un fou dangereux), les voies d'accélération et de sortie ridiculement courtes.
Autoroute ou quatre voies? En tout cas, gratuit. En approchant de Naples, certains balcons semblent surplomber la route, j'en remarque même un qui a dû être râpé par un camion.
Nous rendons la voiture avec retard, mais peut-être parce que nous la couvrons de compliments, le supplément ne nous est pas facturé.
Nous n'avons pas raté notre avion (soulagement et regrets).

Que le monde est beau, bien-aimée, que le monde est beau !



Notes

[1] Avertissement à qui tomberait ici par hasard: aujourd'hui Métaponte vaut surtout par sa plage. Le reste n'est qu'allusion à Larbaud et Barnabooth...

[2] La Locanderia, C.so Umberto I, 194

La route qui va nulle part

Cette après-midi nous décidons d'aller voir un autre château de Frédéric II, le château de Melfi.

Nous reprenons la route fantôme, toujours aussi déserte (il ne s'agit pas d'une petite route de montagne enchassée entre les arbres, non, il s'agit d'une quatre voies jaunissante posée sur les champs. Par endroits les plaques de goudron commencent à se détacher, ailleurs des boules d'herbes folles roulent sur la chaussée. On se croirait dans un western.)

Nous disposons d'une carte assez sommaire, je m'oriente un peu au soleil, nous prenons une nouvelle route, superbe, empruntant de longs viaducs incompréhensibles au-dessus de la campagne, sans que l'on comprenne ce choix de surplomber les champs plutôt que de poser la chaussée sur la terre. Le soleil descend, nous sommes partis tard, le déjeuner a duré longtemps, Massimo m'a résumé en français son intervention en français, dans cette langue parfaite, sans hésitation mais lente, suite de mots choisis avec soin, qui me fait goûter ma langue comme une langue étrangère et parler avec de plus en plus de surprise.

A la sortie de cette route, je me trompe et nous fais prendre la direction "Nicolas de Melfi". Nous nous engageons sur une magnifique route suspendue, un moment parallèle à celle que nous venons d'emprunter. Nulle indication, nul village à l'horizon, nul croisement. Route suspendue et gratuite, qui ne va nulle part, qui n'apparaît pas sur la carte. Elle dure. Elle est longue. Il est impossible de la quitter, puisqu'elle est une interminable avenue entre ciel et terre.
A la première sortie, qui paraît être également la fin de la route, (mais où sommes-nous?), nous profitons d'un rond-point pour faire demi-tour et emprunter dans l'autre sens cette route magnifique et inutile.


(Melfi. Le corps central du bâtiment est cimenté. En 1231, les Constitutions de Frédéric II ont été signées (ou données?) ici.)

Plumeau

Sur le carrelage du restaurant, la grosse araignée noire avait de petits chaussons de poussière.

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