Malade

Journée de réunion, après-midi planante, je rêve éveillée, sans doute à cause des médicaments.


Il y a deux jours, j'avais photographié cela sur la porte du sas menant aux ascenseurs :




Ça m'avait fait rire, mais finalement ce n'est pas idiot.
(Je ne sais pas si on voit bien: la correction précise «Si vous êtes malade ON RESTE CHEZ SOI.»)

Conformité

Un peu agacée, je finis par faire remarquer à la formatrice qu'il me semble peut-être inutile d'ajouter une charte à une charte, que suite à la déontologie et l'éthique, ça commence à faire beaucoup et que les différences ne me paraissent pas évidentes.

J'ai droit à une réponse claire (enfin):
- L'éthique ne concerne que chacun, il n'y a aucune obligation réglementaire à avoir un comportement éthique. On peut pourrir l'ambiance d'un bureau, être infect, cela ne rentre pas dans la sphère professionnelle (enfin, dans une certaine mesure, bien sûr).
- La déontologie consiste à respecter les règles du métier, de l'ordre, du syndicat ou de la corpotation, écrites ou coutumières (on tend de plus en plus à les écrire). Elle peut être l'occasion de sanctions disciplinaires.
- La conformité c'est «savoir où se balade la responsabilité pénale» (sic). Il s'agit de savoir (de suivre, de surveiller) par le jeu des délégations de pouvoir qui représente la personne morale et ira en prison si la loi n'est pas respectée. (Caricature, bien sûr, mais qui permet de comprendre.)

Et soudain je comprends qu'il s'agit moins de soumettre les entreprises à une série de règles absurdes que de définir des responsables et des responsabilités.

Retenue

J'ai songé à me mettre à poil dans le RER pour évaporer la fièvre mais malgré les trois verres de champagne je me suis dis que ça ferait désordre.
Je me suis abstenue.

Détente

C'est la première fois depuis une éternité que je reste à la maison pour un enfant malade (je n'arrive pas à me souvenir de la dernière fois: il y a dix ans, quinze ans? Est-ce que je l'ai jamais fait pour un autre enfant que l'aîné?)

C'est cool.

Je craque

Je me demande combien de personnes, devant un "paquet abandonné" (boîte à chaussures, sac plastique) sur une chaise sur un quai, se dit: «Tant pis, ras le bol, je préfère exploser que prendre encore deux, trois heures de retard, être compressé, je préfère en finir, je préfère tout plutôt qu'obéir à leurs injonctions alors qu'en temps normal "ils" (la RATP, les agents de la RATP, la SNCF) se tapent de nous comme de l'an 40. Qu'on explose, ça leur donnera un sujet de conversation, un sujet de désolation hypocrite» (parce qu'ils n'en ont rien à cirer, de ce que nous pouvons devenir, il faut tout de même se rendre à l'évidence). (Et puis ça m'évitera de payer leur retraite pendant les vingt-cins ans à venir, idée qui m'insupporte au plus haut point: que mes cotisations sociales servent à tout le monde, sauf aux agents de la RATP et de la SNCF!!)

Je crois que les grèves des transports me rendent vraiment furieuse. A la place des terroristes je choisirais un jour comme ça, un jour où les trains sont si pleins qu'on ne peut plus y monter, un jour où il n'y a plus de petits bonhommes verts pour nous dire de ne pas marcher au bord du quai (ce qui me donne envie de sauter, rien que pour les emm*** ), un jour où il y a tant de monde, tant de stress, que plus personne ne fait attention à rien, que les tourniquets sont ouverts, un jour où les "usagers" sont vraiment usagés, traités comme des kleenex, jetables et remplaçables.

Kantorowicz

Aile Denon, Le Greco, Murillo. Je comprends l'intérêt des expositions, les tableaux vus à cette occasion restent profondément gravés dans la mémoire, ils deviennent reconnaissables sans hésitation (Mantegna) Pourquoi? Parce qu'ils sont détachés du monde un instant, mis en avant?
Tendance à mélanger les Italiens, surtout quand il y en a plusieurs de la même famille. Vu le tableau dont Le Bernin disait que c'était ce qu'il avait vu de mieux à Paris. Oublié le nom, oublié le peintre (un ange robe blanche d'un bleu porcelaine, ceinture rose. Deux syllables, ce n'est pas Lippi, ce n'est pas Bellini... Retti? (non, Reni, je viens de le trouver sur Google)). Ce n'est pas le tableau que je préfère (la déformation du cou de la Vierge), mais d'autres Reni me plaisent beaucoup. A suivre.

Commencé Kantorowitz (Frédéric II). Emerveillement d'une lecture si fluide. Ce n'est pas difficile, c'est tout à fait facile, mais chaque phrase compte. Dense et fluide, une merveille, vraiment. Et puis il y a ses jugements du caractère des hommes, son attention aux hommes (Innocent III, Philippe de Souabe, Henri VI) qui me paraît si différent de ce que j'attends d'un historien (de ce à quoi je m'attends de la part des historiens, souvent si froids, si peu empathiques, que je ne peux pas les lire) et qui dessine Kantorowitz avec tant de chaleur.

Grosse déprime en découvrant les séminaires de l'Item: mais pourquoi je perds mon temps à des trucs inutiles qui m'ennuient alors que je pourrais le consacrer à des trucs ''inutiles'' qui me passionnent?

Tout le monde est malade à la maison. Le week-end sous la pluie n'a pas pardonné.
Menace de sciatique.

Allaiter

Ce billet semble marquer le retour du bon sens.

Je me souviens qu'ayant donné mon aîné (alors unique, pas encore aîné), bébé, à garder à une amie, celle-ci m'avait demandé, assez désemparée:
— Qu'est-ce qu'il faut faire ?
— C'est assez simple: quand il a faim, tu lui donnes à manger, et quand il est fatigué, tu le couches.

Elle était restée très embarrassée mais j'étais partie sans pitié (et sans beaucoup d'inquiétude).

Quelques années plus tard, devenue mère, elle m'avait dit en riant: «finalement tu avais raison, c'est tout à fait ça!»
(ce qui fait toujours plaisir).

La kermesse

- Maurice Merleau-Ponty, Sens et non-sens - édition Nagel (7e édition)
- Amours grecques (Anthologie palatine Livre XII - traduction par Yvan Quintin) - Publications Orientalistes de France
- Rainer Maria Rilke Lettres à une amie vénitienne - Arcades Gallimard
- Rainer Maria Rilke, Requiem - Fata Morgana
- André Maurois, Le Monde de Marcel Proust - Tout par l'image, Hachette
- Jules Romain, Knock - Poche1958
- Reinaldo Arenas, Avant la nuit - Babel Actes Sud
- Cavafy, Œuvres poétiques - Imprimerie nationale
- Léon Tolstoï, Anna Karénine - poche 1960
- André Gide, La symphonie pastorale - folio
- André Gide, la porte étroite - poche 1959
- Michel Pierssens, Lautréamont éthique à Maldoror - Presses universitaires de Lille
- Guide bleu Italie 1962
- Guides Modernes Fodor Afghanistan 1972
- Iran - Nagel 1971
- Islande - Nagel 1985
- Le monde en images L'Italie - éditions Odé

Mauvaises lectures

O., douze ans :
— Ça veut dire quoi, enlarge your penis ?



Plus tard nous avons trouvé l'origine de cette question : chute d'un conte de fée dans le dernier Fluide Glacial.

I would prefer not to

J'arrive en retard, les bateaux (les équipages) sont déjà composés. Je croise Jean-Pierre:

— Je crois que j'arrive un peu tard...
— Oui, il va falloir que tu sortes toute seule. Ou alors tu sors en double avec le pompier.

Sourire intérieur à la pensée de tous mes amis que cette idée ferait (fera) rêver. Mais cela m'intimide, et puis je ne suis pas folle, si je fais ça à mon âge avec ma condition physique, je ne vais plus pouvoir marcher pendant trois jours (honni soit qui mal y pense). Je secoue la tête en souriant et vais me changer.
Finalement je me suis entraînée en salle.

Saisie au vol

— Jérôme avait Raphaël sur les épaules.

Foudroyée

Plus d'internet à la maison. La foudre a détruit la freebox. J'écris ces lignes avant de rentrer. De toute façon j'avais si peu le temps d'y passer le soir. Mais le matin, ça va me manquer.

Inception

C'est bon: je ne supporte plus la voix d'Edith Piaf, et encore moins La Vie en rose.

Qu'on me rende Jumandji et Blade Runner. Et La mort dans la peau. De l'action ET de la poésie.
(En tout cas maintenant, on sait à peu près ce que donnera une adaptation des Neuf Princes d'Ambre.)


Ah si quand même: un instant je me suis dit que cela aurait pu faire un intéressant Alice au pays des Merveilles (sur le pont, les miroirs, les mondes doubles). Mais ces secondes ont été vite oubliées. Quel navet.

Allégorie de l'orchidée

J'avais l'occasion de passer dans mon ex-bureau et j'en ai profité pour faire des scans (dur dur: je m'y suis reprise à trois fois (corruption de fichier au moment de la sauvegarde, jpeg au lieu de pdf, etc.) et je me suis aperçue qu'il me manquait neuf feuilles, de la page 171 à 187. Il va falloir que je revienne).

Le bureau que je partageais avec Sylvie est encombré de plantes vertes. Elle me raconte que la personne qui m'a remplacée a la passion des plantes et ne supporte pas qu'on s'en débarrasse, qu'on les jette. Régulièrement elle ramasse sur le trottoir des orchidées abandonnées là par la DRH.
«J'y pense souvent, me dit Sylvie: quand on a fini de fleurir, hop, sur le trottoir!»


Sylvie avait encore quatre ans à travailler. Avec la réforme c'est devenu cinq ans quatre mois.

Soir

Appris qu'un blogueur très aimé est diabétique. Ça fait un choc. On a beau savoir que cette maladie est connue et maîtrisée, ça fait un choc.

Passé à la Fnac de la Défense pour acheter un livre de classe (un "cahier d'activité"). Comme l'attente à la caisse était longue, pris l'un des livres à proximité, Jean Teulé, Mangez-le si vous voulez.
Je n'aurais pas dû. Le titre est à prendre au sens littéral, terrible histoire d'un village devenu fou un après-midi de défaite, de sécheresse et de beuverie. Envie de vomir, pas tant de dégoût que de désespoir.

Encore une journée étrange, solitaire et lente. Je réfléchissais hier tandis que notre hôtesse évoquait la foule parisienne qu'il m'arrive souvent de passer la journée sans parler à personne, si l'on excepte les sourires, inclinaisons de tête et salutations lors des croisements dans les couloirs.

Retour

Petit déjeuner. Nous restons mystérieux, nous ne disons rien ni de la veille, ni de la journée, juste au moment de partir:
— Nous ne pouvons pas tarder, nous avons un rendez-vous.
— Ah, vous avez un rendez-vous… (Il ne s'agit que de la messe, nous sommes méchants.)

Nous prenons la route. Je dors.

Malagar, la terrasse, la charmille, je contemple un paysage très peu abîmé (certes il y a des bâtiments neufs ou modernes, mais aucun d'un blanc éclatant, pas de route, pas de poteau électrique remarquable1). Je cueille une figue.
Verdelais, apparemment célèbre par son pélerinage, que je ne connais pas. Eglise baroque roccoco, surchargée. Un père marianiste, Roger Geysse, fête ses soixante-dix ans de sacerdoce. Il a prononcé ses premiers voeux en 1940 en Belgique et évoque la fuite des séminaristes devant les Allemands. L'épopée prend des allures de miracle.

Retour à Malagar. Selon le précepte de Patrick «Quand tu hésites à acheter un livre, achète-le» (je pourrais peut-être le faire graver sur ma tombe pour les passants), je cède à la tentation et prend la thèse de Natalie Mauriac-Dyers, Proust inachevé. Et trois bouteilles du domaine.

Nous reprenons la route. Jean Allemand revient sur la structure du Temps immobile. Il a établi un relevé des entrées quotidiennes du journal collées et montées dans le Temps immobile, qui est un journal reconstitué en jeu de miroirs, bouleversant l'ordre chronologique, par fragments réfléchissants rapprochant les mois et les années. J. Allemand a établi un index qui permet de savoir si et où et comment (partiellement ou intégralement) telle entrée du journal quotidien a été utilisée, index que Patrick met progressivement en ligne.
Ce qui n'a pas été repris est essentiellement d'ordre sentimental, et quoi qu'il en soit, Claude Mauriac est toujours resté très discret, même dans son journal quotidien. Ce qu'a surtout coupé Claude Mauriac, ce sont ses notations malveillantes (je ne peux croire qu'il y en avait beaucoup. La lecture du début du Temps immobile montre un homme si peu prompt à juger, à condamner... (voir les passages sur la prison des femmes après la Libération (p.163 dans l'édition Grasset), ou sur cette femme veuve d'un homme fusillé pour collaboration (p.297), ou encore sa condamnation de la méchanceté de Gide lisant sa préface à Armance devant un impuissant notoire (p.295))).

Vers déclamés, Hugo, Claudel, Péguy, Mallarmé...
Je colle des bribes, mais elles n'ont pas été prononcées dans cet ordre.
— Il faut retrouver le premier vers et ensuite tout vient... Je connaissais toute la Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres. Hugo c'est facile, ce sont des procédés réthoriques... Ce qui est difficile avec Péguy, c'est que cela change à peine, c'est cela qui est difficile. Quand j'étais à l'hôpital après mon opération j'occupais mes après-midis à reconstituer les poèmes que j'avais appris.

— Ce toit tranquille, où marchent des colombes, / Entre les pins palpite, entre les tombes; / Midi le juste y compose de feux (et je pense à une erreur que je fis autrefois en copiant du RC)... Les mots se cherchent, tremblants, hésitent, parfois coulent librement: Ouvrages purs d'une éternelle cause. Il faut dire "Ouvrages | purs d'une éternelle cause"; "Ouvrages purs | d'une éternelle cause", ça ne voudrait rien dire... Zénon! Cruel Zénon! Zénon d'Êlée! / M'as-tu percé de cette flèche ailée / Qui vibre, vole, et qui ne vole pas! / Le son m'enfante et la flèche me tue! / Ah! le soleil . . . / Quelle ombre de tortue / Pour l'âme, Achille immobile à grands pas! (Oserai-je avouer que je connaissais ces vers sans en connaître la source?) Le vent se lève! . . . il faut tenter de vivre! / L'air immense ouvre et referme mon livre, / La vague en poudre ose jaillir des rocs! / Envolez-vous, pages tout éblouies! / Rompez, vagues! Rompez d'eaux réjouies / Ce toit tranquille où picoraient des focs!
Jean se tourne vers moi et précise: "Foc, f-o-c, pas p-h", et j'ai envie de rire.

— Les trois dernières semaines de mon service militaire j'ai lu La Recherche et j'essayais d'apprendre les poèmes de Mallarmé... A la fin je n'étais pas bien vaillant, je devais peser cinquante-trois kilos.
— La Vendée aurait dû s'appelait les deux-Lays comme il y a les deux-Sèvres, mais les députés du lieu étaient très laids et l'on a craint qu'ils y voient une allusion, alors le département a pris le nom de Vendée, ce qui crée une confusion avec la Vendée historique, celle de la révolte royaliste. Mais je ne crois pas qu'il ait jamais existé de région de ce nom, c'était le Poitou, la Marche.
Que choisir pour sa vieillesse, où s'établir, région de France et mode de vie. Question sans réponse. J'entends cette remarque qui m'enchante par sa spontanéité: «Ma mère était très heureuse en maison de retraite. Elle disait: "Moi qui ai servi les autres toute ma vie, maintenant on me sert!"»
Je n'y aurais jamais pensé.

Je dors.
Nantes, un café, une caisse de livres, je feuillette religieusement la transcription du cahier 54 de Proust.
Retour, il y a énormément de monde sur l'autoroute, la conversation prend un tour plus familial. Qu'est-ce qu'une vie, que faire, jusqu'où pouvons-nous ou devons-nous intervenir dans la formation (au sens large) et dans la vie de nos enfants?
Chartres, une dernière cigarette, je reprends la route, rock métal sur France-Musique, un dimanche soir ah bon, mais ce n'est pas désagréable. Dommage, beaucoup trop de noms, je confonds tout inévitablement, à la fin d'un morceau je ne sais plus si le présentateur parle du chanteur précédent ou du suivant.
Note mentale concernant un livre écrit par un rockeur («Pour ceux qui savent l'anglais, très intéressant, très fin, très drôle, ça nous change des habituels livres des rockeurs d'un ennui infini» se lâche le présentateur): Things the Grandchildren Should Know de Mark Oliver Everett.

Je me perds dans Tigery.
Je suis rentrée.



1 : Note à Demeures de l'esprit France Sud-Ouest.

Départ, arrivée

Yerres, Carré-Sénart, Chartres, Nantes, Saint-Clar. Il fait beau. Un orage, une tempête venant d'Espagne, est annoncé pour le week-end.

Magnifiques [chambres d'hôtes|http://www.lagarlande.com/chambres-hotes-gers.html] choisies à partir du site internet. Fatigués malgré tout. Nous dînons sur place à la pizzeria proche.
— Ah, moi aussi je viens de Paris.
— Et vous aimez le Gers ?
— Non.
Un peu interloqués: — Mais pourquoi vous être installé là, alors?
— A cause d'une femme, mais elle m'a planté. Mais je vais en trouver une autre, bientôt.

Ah.


Aujourd'hui Jacqueline aurait eu 43 ans. C'est l'anniversaire de Roman de Roman Roi. C'est la date anniversaire du départ des Garnaudes. C'est la saint Renaud.

Difficile

Retournée ramer à midi. Je l'appréhendais, je m'étais vraiment fait mal en juin, au cours d'une sortie calamiteuse en double skull scull.

Pourquoi mon plus gros défaut (compenser le manque d'équilibre en me tordant le dos plutôt qu'en corrigeant la hauteur des mains) est-il réapparu au bout de huit mois d'entraînement? (Moi qui pensais qu'il s'était dissous dans mes vingt ans d'interruption...)

Fatiguée ce soir. Du mal à me concentrer pour faire ma valise.

Marre

Arrive le moment où l'on n'écrit que pour consigner ce que l'on pense, non pour dialoguer mais l'inverse, parce que l'échange est impossible.
Que les idées soient personnelles (pas dans le sens "être uniques", mais dans le sens "chacun fait son choix dans les rayonnages" (et ce qui est unique finalement, c'est le bouquet que l'on compose, ce qu'on apparie)) et que les convictions ne puissent être partagées (elles ne peuvent que se rencontrer, d'une personne à l'autre) est une expérience commune, qui nous ramène aux "goûts et les couleurs".

Ce à quoi j'ai beaucoup plus de mal à m'habituer, c'est qu'il en soit de même avec les expériences. Si votre expérience contredit la pensée moyenne, elle est refusée comme nulle et non avenue. Au mieux on lui trouvera une explication psychologique/psychanalytique. C'est une impression étrange, l'impression de n'avoir pas vécu ce qu'on a vécu, puisqu'on vous dit que c'est faux. Ah bon. Pourtant j'avais bien eu l'impression... Mais non, tu rêves.

Alors l'écrire dans un coin, pour résister. Je rêve peut-être, mais c'est écrit.

Des hommes et des dieux

Je le déclare, vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très Haut, pourtant vous mourrez comme des hommes, vous tomberez comme les princes.
Psaume 82 6-7

Très beau film. Le temps, l'espace, le silence, la voix, les voix, peu de musique, la peur qui monte, l'incompréhension (que se passe-t-il? qui tue qui, et pourquoi? que faut-il faire? qu'est-ce qui est juste, qu'est-ce qui est humble?).
Presque rien, sauf un choix. «Si, j'ai le choix», dit frère Christian.

Pensé à Dialogue des Carmélites, au Festin de Babette (un instant très court), à Simone Weil.

Quelques surprises

— J'ai fini Tristan et Iseult, mais je ne vois pas le rapport avec Florence.
— Mais ça n'a pas de rapport avec Florence, c'était pour ton thème sur le Moyen-Âge!
— Je me disais aussi...

A. lit vite, très vite, et elle m'en redemande, elle semble prête à lire tout ce que je pourrai lui donner, je n'en reviens pas. En désespoir de cause (cela m'a paru malgré tout moins indigeste que le Que sais-je sur l'histoire de Florence) je lui ai donné L'Œil du Quattrocento ce matin, en espérant ne pas la dégoûter (ça a l'air d'aller) et je suis allée faire des provisions à midi. (Bon prétexte pour ne pas aller ramer. Il faudrait quand même que j'y retourne, sinon je ne sais pas très bien comment je vais tenir la randonnée sur le lac d'Annecy dans moins d'un mois).

Exposition sur Anouilh dans le hall de la mairie de IIe (pas le temps de regarder).
Un pepper hambuger au Saint John près de la Seine à Neuilly.

A. m'appelle. Puisqu'elle ne fera pas de chinois (problème d'emploi du temps), elle voudrait s'inscrire en informatique. Euh... bon. (Dans un sens ça me fait plaisir (mon côté militante MLF, si vous voyez ce que je veux dire). Dans un autre, cela me fait peur, elle a tellement tendance à se comparer à son frère).

(Complément le soir à dîner :
— Tiens, j’ai rencontré un proustien aujourd’hui.
— Un proustien ?
Rien n’est très clair dans ses explications, je ne comprends pas comment elle a été identifiée comme personne à qui parler de Proust. Aurait-elle parlé de la maison de tante Léonie? Je retiens qu’une visite ayant fait à l’époque l’objet de toutes les résistances devient moins d’un mois plus tard un sujet de gloriole.)

Réunion de collège pour O. Dieu que je déteste le collège, les années de collège, tout ce qui est collège. Beaucoup de profs nouveaux. Les profs de biologie (SVT, pardon) et de physique me font rire, ça ne m'étonnerait pas qu'ils en soient, l'un dans le genre Pierre Joubert, l'autre dans le genre gueule cassée (avec un indéfinissable accent de l'est). Pas mal. Le prof de gym explique benoîtement qu'un élève dispensé de sport n'est pas dispensé de cours, nuance. Il fait se pâmer toutes les MILF de la salle.

Zut, j'ai oublié de passer chez Mme V.
Zut de zut.

Bibliophore

  • aller

Michel Francesconi, La vitesse à laquelle nous oublions est stupéfiante

  • retour

Michel Francesconi, La vitesse à laquelle nous oublions est stupéfiante
Dominique Fernandez, Le dernier des Médicis
Sarah Frydman, Contessina
Sarah Frydman, Le Lys de Florence
Sarah Frydman, Lorenzo ou la fin des Médicis
Magdalena Nabb, Le gentleman florentin
Rolf C. Wirtz, Florence

Lundi

Midi : Louvre, les acquisitions du département d’Arts graphiques. Un William Blake (qui illustre l’affiche de l’exposition), un Füssli, une magnifique miniature/enluminure dont je ne me souviens plus si les séraphins sont d’un rouge ou d’un bleu profond. Etrangement mon esprit a enregistré les deux. En sortant, je passe devant mon deuxième tableau préféré (le premier restant La Solana de Goya), une Circoncision du Baroche, qui me rappelle les couleurs du Greco ou de Marie Laurencin (oui je sais, c’est un peu contradictoire, peut-être).
A quoi servent les tableaux ? A me perdre. Plaisir onirique pur.

Soir. R. Problèmes de santé, problèmes vitaux, erreur médicale. Je glâne quelques explications qui alimentent ma culture générale et ma compréhension du monde.
Le parc immobilier suisse est la propriété des banques, ce qui explique qu’il soit si difficile d’y acheter un appartement ou une maison. Les loyers garantissent les retraites (ceci très rapidement résumé).
Autre résumé rapide : si les Américains attaquent si souvent les médecins, c’est que les assurances santé ne couvrent qu’une partie des frais d’hospitalisation. Avoir un membre de la famille en soins intensifs, c’est être ruiné. Attaquer en justice est l’une des manières d’espérer pouvoir subvenir aux besoins de la personne dépendante.

Un très bon restaurant, et des gens charmants : L'Assiette aveyronnaise, à côté du Pied de cochon

Métaphore vive

— Griller un feu, c'est quand même bizarre quand on y pense.

Difficultés

Grande tension. Ce n'est plus vivable, il faut trouver une solution, un moyen d'évacuer cette paranoïa (quand chaque mot est interprété comme une accusation ou un reproche) qui prend des proportions destructrices.

Trois lieux

Une cathédrale, un appartement, un jardin.
Un temps magnifique, surtout dans la cathédrale. Une chance.

Du crémant d'Alsace, du saucisson de sanglier (corse), de l'andouillette, des macarons glacés, un magnum de rouge, des explications, des livres. "Synthèse et analyse", euh, je ne sais pas.

«La Mort approche». Suis-je la seule à m'être sentie oppressée devant une coïncidence digne d'Edgar Poe?

Femmes d'aujourd'hui

Mes deux tantes vieilles filles lisaient l'une Femmes d'aujourd'hui, l'autre Bonne soirée.
Jusqu'à mes huit ans nous passions les deux mois d'été chez elles. Je réunissais tous les numéros, je les classais afin de mettre dans l'ordre les épisodes les feuilletons (dont les romans-photos. J'avais une passion pour ces personnages figés au visage tourmenté dont une bulle exprimait le désarroi et les dilemmes) et je lisais les encarts centraux («en supplément une histoire d'amour détachable», promettait à peu près la couverture) plus ou moins en cachette, vaguement consciente que je n'étais pas censée lire à sept ans des histoires aussi violentes et terribles.
C'est ainsi que j'ai lu très tôt des Barbara Cartland ou équivalent, enfin je suppose, je ne sais plus, cela ne m'a pas laissé grand souvenir.
En revanche j'avais été très frappée par un rossignol saignant contre l'épine d'un rosier pour transformer une rose blanche en rose rouge nécessaire pour satisfaire le caprice de la bien-aimée d'un jeune homme, et très heureuse de retrouver cette histoire par hasard des années plus tard: il s'agissait d'un conte d'Oscar Wilde.

Tout cela pour dire qu'il faut que je me renseigne: peut-être que ces numéros sont soigneusement classés et entassés dans le grenier de ma tante.

Gay friendly

— Si tu as une copine, tu peux me virer de tes amis FB.
— Et si j'ai un copain, maman, je ne te virerai pas.

Fous rires. Départ.

Irréversible

O. est très triste du départ de son frère :
— Plus rien ne sera jamais comme avant.

Et parce que j'ai tendance à dramatiser, parce que j'ai connu ainsi des ruptures, j'ai l'impression que son enfance est terminée, à douze ans à peine.

Sans compter que sur le fond, il a raison.

Technique

Assise à mon bureau, porte ouverte, je saisis une phrase qui émerge d'une conversation de couloir :

« Le marquis de Sade utilisait la badine, c'est souple. »

Nœuds

François Mauriac ressemble beaucoup à mon grand-père : même silhouette, même forme de visage, même moustache. Cela m'en rend la lecture difficile, associée à une odeur particulière de savon et de cuir.

La vie de bureau impose à mes heures de bureau une sorte d'hébétude.
Claude Mauriac, Le temps immobile, p.138 (22 janvier 1942)

Lorsque Paul fut appelé sous les drapeaux, il était déjà marié et avait un enfant (c'était en 1945 ou 1946. Il avait donc vingt-quatre ou vingt-cinq ans : est-ce que l'âge du service avait été décalé du fait de la guerre ? Cela paraîtrait logique. Mais pourquoi n'est-il pas parti en Allemagne en STO? Parce qu'il était étudiant? Il n'est plus là, il est trop tard, je n'ai pas posé assez de questions). Il travaillait alors à l'INAO. Je sais qu'il s'adressa à Claude Mauriac qu'il connaissait un peu (par son oncle ou sa belle-sœur?) afin de se faire exempter du service militaire — ce qui lui fut accordé.

Je me demande si Hubert n'était pas le fils de cet oncle, André. Il me semble me souvenir vaguement d'une sorte de revanche familiale, le fils poursuivant la carrière interrompue du père.
Si c'est cela, il me semble que cet oncle avait divorcé (à une époque et dans un milieu où cela ne « se faisait pas ») et que sa seconde femme avait connu le même sort qu'Odette Swann : elle n'avait été reçue par la famille et les amis de celui-ci qu'une fois devenue veuve. (Cette similitude de destin était le genre d'anecdotes auxquelles je m'accrochais pour convaincre Paul de l'intérêt de Proust, qui le fascinait et le révulsait).

Comme tout cela est flou et brouillé. Je pensais avoir toujours le temps de demander des précisions, de toujours pouvoir démêler les fils le moment venu en posant quelque questions. Trop tard, trop tard.

La lutte

Pourquoi et avec qui évoquai-je cette excellente anecdote que j'avais découverte chez Damien? (Plus de deux ans... incroyable.)
Je recopie, pour ne pas perdre, et fais une note mentale pour ce Ringolevio:

«Our revolution will do more to effect a real, inner transformation than all of modern history's revolts taken together ! . . . In no stage of our advance, in no stage of our fighting must we let chaos rule ! . . . Nobody can doubt the fact that during the last year, a revolution of the most momentous character has been swelling like a storm among the youth of the West. Look at the strength of awareness of the young people today ! Look at our inner unity of will, our unity of spirit and our growing community of thought ! Who could compare us with the youth of yesterday ? We are unanimously convinced that strength finds its expression not in an army, in tanks and heavy guns, but rather ultimately expresses itself in the common working of a people's will ! The will that is uniting our groups with the conviction that men and women must be taught the feeling of community to safeguard against the spirit of class warfare, of class hatred and of class division ! . . . We are approaching a life in common, a common life of revolution ! A common life to work for the revolutionary advancement of peace, spiritual prosperity and socialism ! Toward a victorious renewal of life itself ! . . . Our job is to wake everyone up and do away with illusions ! So that when the people are finally awakened, never again will they plunge into sleep !
«The revolution will never end ! It must be allowed to develop into streams of revolutions and be guided into the channel of evolution . . . History will judge the movement not according to the number of swine we have removed or imprisoned, but according to whether the revolution has succeeded in returning the power to the people and in the bridling of that power to enforce the will of the people everywhere ! . . . Power to the people !»

Acclamation triomphale, standing ovation - Grogan reste immobile, attend que le silence revienne - Il explique alors qu'il refuse les applaudissements, parce que ce discours n'est pas de lui : il a été tenu pour la première fois au Reichtag en 1937 et son orateur était Adolf Hitler - Personne ne moufte - Emmett Grogan s'empresse de filer, alors que la foule, soudain consciente de l'entourloupe, explose de rage, casse tout et met le feu, déchaînée contre celui qui lui avait malicieusement désigné la duplicité de toute ronflante phraséologie révolutionnaire.

(Cette anecdote se trouve dans Ringolevio d'Emmett Grogan, à lire absolument pour une connaissance lucide des sixties...)

Aveu

Entre le 20 août (à peu près) et le départ de C. j'ai relu les quatres derniers tomes d'Harry Potter (en anglais), car C. souhaitait les emmener en Suisse. Je crois que j'en suis désormais rassasiée pour un moment.

Rentrée

La fermeture éclair de ma combinaison (achetée en 1996, j'ai un repère) était si usée que je n'ai pas pu la remonter à midi. Dos à l'air du bassin à la nuque. Utilisé une épingle à nourrice et gardé ma veste. Déjeuner au Petit Broc (une tête de veau) avec ma fille avant sa rentrée au lycée. Un instant j'ai oublié mon état, j'ai enlevé ma veste pendant quelques minutes... personne derrière moi.

Chic, un prétexte pour m'acheter deux robes.

L'innocence des cœurs purs

— Oui, évidemment, quand on appris la fraude, il y a eu comme un choc, et tout ce qu'on a trouvé à faire, c'est de téléphoner à la personne pour lui dire que ce n'était pas possible, qu'elle n'avait pas pu faire ça, qu'il devait y avoir une erreur, qu'on viendrait en parler lundi. Alors évidemment elle a eu le temps de faire le ménage sur son disque dur et d'effacer les traces. Donc il faudrait maintenant réfléchir à une procédure quand de tels cas se présentent.

Que faire ?

R. plus d'une heure au téléphone. Après Lille, Cabourg, Fontainebleau, Nemours, voilà qu'il songe à s'établir à Bordeaux. Il a le même problème que moi, il ne sait pas ce qu'il veut, il cherche ce qu'il veut, ce qu'il doit, faire du reste de sa vie.
Chez moi l'incertitude conduit à une certaine immobilité, au moins mentale, une attente et un qui-vive; chez lui à une perpétuelle agitation, à une suractivité qui donne le vertige.
Cette question en cache une autre: il ne sait pas ce qu'il veut car il n'est pas sûr de ce qu'il vaut.

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