Les bulles cérébrales

Plus tard il m'est revenu que le président d'Havard dans The social Network était Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor, l'homme qui a bloqué le projet de régulation des produits dérivés.
Que répondait-il aux jumeaux? «J'ai été secrétaire au Trésor et vous pensez que je ne sais pas reconnaître le bien (le Bien)?» ou «J'ai été secrétaire au Trésor et vous pensez que je ne sais pas reconnaître une idée qui va loin?» ou «J'ai été secrétaire au Trésor et vous pensez que je ne sais pas reconnaître une idée qui peut rapporter des millions?»
Je ne sais plus; dans tous les cas, c'est savoureux.

J'ai tapé ["larry summers" "produits dérivés"] dans google. De proche en proche, je suis arrivée à un article de Naomi Klein qui m'a fait rire et dont nous savons instinctivement qu'il dit juste, pour connaître le phénomène en réduction autour de nous.

Extrait:

And this brings us to a central and often overlooked cause of the global financial crisis: Brain Bubbles. This is the process wherein the intelligence of an inarguably intelligent person is inflated and valued beyond all reason, creating a dangerous accumulation of unhedged risk. Larry Summers is the biggest Brain Bubble we've got.

Brain Bubbles start with an innocuous "whiz kid" moniker in undergrad, which later escalates to "wunderkind." Next comes the requisite foray as an economic adviser to a small crisis-wracked country, where the kid is declared a "savior." By 30, our Bubble Boy is tenured and officially a "genius." By 40, he's a "guru," by 50 an "oracle." After a few drinks: "messiah."

Naomi Klein dans le Washington Post du 19 avril 2009


Traduction à la volée (vous pouvez proposer des améliorations):

Et ceci nous amène à une cause centrale mais souvent ignorée des crises financières systémiques: les bulles cérébrales. C’est le processus par lequel l’intelligence d’une personne sans conteste intelligente est enflée et valorisée au-delà de toute raison, créant une accumulation dangereuse de risque sans couverture. Larry Summers est la plus grosse bulle cérébrale que nous ayons.

Les bulles cérébrales commencent au lycée par l'inoffensif sobriquet de "grosse tête", qui enfle jusqu'à devenir "un prodige". Puis intervient le passage obligé en tant que conseiller économique d'un petit pays bouleversé par une crise, à la suite de quoi le "prodige" est déclaré "sauveur". A la trentaine, notre homme qui mousse est titularisé et officiellement nommé "génie". A quarante ans c’est un "gourou", et à cinquante, un "oracle". Et après quelques verres : un "messie".

No bollocks

Vu Inside Job, et j'ai beau savoir que c'est un film entièrement monté pour indigner le bon peuple, et donc qu'il est normal que je sois indignée, je suis indignée. Entre la voix de Matt Damon et la musique, on pourrait se croire dans un film d'action. Les images de New York sont superbes.

Si vous avez le temps, allez le voir. D'une certaine façon, c'est assez drôle, ces petits garçons pris les doigts dans le pot de confiture qui nient en vous regardant droit dans les yeux. Parfois ils ont la bonne grâce de bafouiller. Dans l'ensemble ils paraissent soit totalement stupides, soit totalement gonflés de leur importance. On aimerait les percer pour qu'ils dégonflent. (Skot ressemble un peu à Henry Paulson).
Le journaliste m'impressionne, à ainsi ne jamais perdre son sang froid plutôt qu'en boxer un ou deux.
Ce qui est moins drôle, c'est qu'absolument rien n'a changé et aucun responsable n'a été puni. On s'attendrait au moins à ce que leur fortune soit confisquée, non pour les réduire à la misère, mais pour les ramener à une vie plus ordinaire, celle d'un cadre médiocre faisant mal son travail...
Les villages de tentes m'on fait penser à la fin des Raisins de la colère.

— Nous attendons un tsunami, et tout ce que vous me proposez, c'est de choisir une couleur de maillot de bain! (Pas mal, Christine Lagarde).

— Il n'y a aucune raison qu'un ingénieur financier soit payé quatre à cent fois plus qu'un vrai ingénieur. Un vrai ingénieur construit des ponts, un ingénieur en finances construit des rêves. Quand les rêves se transforment en cauchemars, ce sont les autres qui paie.

Il faudra que je feuillette Traders, Guns & Money, le livre de Satyajit Das.

Le droit

François paraissait très malchanceux. Il s'écoulait rarement un trimestre sans qu'il n'ait un accident, un accrochage, en voiture. Peu à peu, nous finîmes par comprendre pourquoi: si c'était son droit, il passait. Estimez rapidement le nombre de portières que cela peut coûter en terme de priorités à droite refusées.

Je me souviens avoir révolté un homme lors d'un dîner. Il était breton et plaidait pour les traditions. «On sous-estime les traditions. Elles garantissaient un monde plus chaleureux où l'entraide jouait un grand rôle. Par exemple, une veuve de marin était soutenue par le village, on l'aidait à élever ses enfants (etc)...»
Habituée à me représenter la vie dans les petits villages (une certaine expérience), j'objectai: «Oui, à condition que cette veuve acceptât les conditions du village. Que se passait-il si elle prenait un amant, par exemple, ou si elle souhaitait mener sa vie à sa guise? Les traditions, c'est aussi une manière de mettre l'individu sous la tutelle de la communauté. Le droit crée un monde plus froid, mais il garantit une certaine liberté.»
L'homme était absolument furieux.

Droit défensif, droit offensif, un certain rapport à la liberté individuelle et au bon sens.

Un projet commun

La première fois que nous étions allés chez les L., les parents de François, j'avais été frappée par l'aspect de leur maison: non crépie, grise, ciment à nu. Au cours de la conversation, comme je demandais innocemment à Madame L. s'ils menaient des travaux de rénovation, elle m'avait répondu gentiment : «Quand nous avons fait construire nous n'avions pas d'argent; plus tard nous n'avions plus de projet commun.» Trente ans après, la maison était donc toujours dans le même état que lorsque le manque d'argent avait interrompu les travaux, le placoplâtre à nu dans certaines pièces.

François était le benjamin, après trois filles. Quand il parlait de son enfance, il nous laissait toujours stupéfaits. Par exemple, à une époque son père avait installé sa jeune maîtresse dans une caravane dans le jardin. Mon féminisme jugeait cette idée révoltante:
— Mais enfin, pourquoi tes parents ne se sont-ils pas séparés?
— Et qu'aurait fait maman? Elle n'a jamais travaillé, elle s'est toujours occupé de nous. Un divorce l'aurait réduit à la misère. Papa l'a protégée.

C'était une façon de voir, et après tout il n'y avait pas à juger. Mais c'était si étrange.

Haldement incorrect

Qu'une noire soit en charge de la lutte anti-blanchiment me fait rire.

Vide

Je me suis rarement autant ennuyée qu'aujourd'hui. Journée de conférences, à tenir ma tête entre les mains tandis que mes yeux se ferment. Buffet le midi. Pas envie de parler à qui que ce soit. Pensé à Orimont et au temps perdu. Une journée comme celle-là me vaudra(it) un sermon. Mais une part de moi-même — comment dire, ce n'est pas qu'elle accepte le système, c'est qu'il lui est complétement indifférent, et déjà là, donc bien pratique.

Fini Kantorowicz.

Selon les légendes ultérieures, il aurait, en chassant, tourné l'anneau du Prêtre Jean qui rend invisible et aurait soudain disparu aux regard de ses amis. (p.616)

Les enfants lisent Le Seigneur des Anneaux et s'esbaudissent de ce qu'ils y découvrent qui n'est pas dans les films. Je songe à la dernière page de Fable de Venise:

Il y a Venise trois lieux magiques et secrets: l'un dans la «rue de l'amour des amis», le deuxième près du «pont des merveilles» et le troisième dans la «calle dei marrani» près de San Geremia dans le vieux ghetto. Quand les Vénitiens — parfois ce sont les Maltais — sont fatigués des autorités, ils vont dans ces lieux secrets et, ouvrant les portes au fond de ces cours, ils s'en vont pour toujours vers des pays merveilleux et vers d'autres histoires...

Maintenant un policier, puis Jacqueline de Romilly, puis Justine Lacroix puis Mauriac (Claude).
Je ne vois pas pourquoi je me fatigue à écrire, je n'aime que lire. Ces derniers mois je m'étonne de ne plus rien lire de décevant, comme si j'étais entré dans un nouveau cercle. Chaque soir on me propose la carte France Loisirs en bas de l'immeuble où je travaille. Et je me sens honteuse de la refuser avec un peu de dédain (c'est le dédain qui me fait honte).

Je photographie les panneaux de RER qui nous annoncent que la circulation est pertubée jusqu'à vendredi (un train sur deux) du fait de l'usure des essieux due aux conditions climatiques du début du mois.

Long Island

C'est le nom d'un coktail (j'en ai pris deux). Musclé, tequila, gin, et je ne sais plus quoi.
Les lunettes avec un joueur de polo ne sont pas mal du tout.
Je suis bourrée comme un coin(g), mais d'où vient cette expression? J'ai toujours imaginé qu'il s'agissait des coins des bûcherons qu'on mettait dans les troncs d'arbres, avec un obscur souvenir du loup Ysengrin se faisant avoir par Maître Renard...

Le dernier voyage de Tanya

Le dernier voyage de Tanya : vous saurez tout (sans doute un peu plus que vous ne souhaiteriez en savoir) sur la façon de rendre les derniers hommages à une "Meria".
Intense sensation de poésie, paysage d'eaux et de ciel, passereaux, immortalité, chaque mot chaque indice ramassé utilisé avant la fin, le récit se clôt sur lui-même, en deux jours. Rien. Et le mot amour confondant étroitement ses deux sens français.

Et toujours ces routes d'Asie.

La Flûte enchantée

Une version courte, vive et enjouée, pour le théâtre, en partie en français ce qui permet de tout comprendre sans sous-titre.
Je n'étais pas très inquiète, connaissant la compagnie Ecla-théâtre depuis plusieurs années: jamais déçue.
Cela s'est confirmé.
Côté théâtre, plaisir des yeux, entre le décor, les costumes, les combats, les tours de magie, le feu, la fumée, etc.
Côté musique, cinq instrumentistes s'accordant du regard et jouant par ailleurs des personnages, une reine de la nuit parfaite (Julie Mathevet) et Sophie Albert en Pamina délurée heureuse d'être sur scène.
Et pour tous ceux que je n'ai pas cités.

L'aspect shakespearien de l'intrigue est magnifiquement mis en valeur, l'alternance de tragédie et de farce, de raison et de volubilité, ce doute qui plane longtemps: qui est le "véritable" méchant, la reine ou Sarastro? (ce doute ne sera jamais véritablement levé: nous sommes dans un cas de «chacun a ses raisons»). Je suppose que le rapprochement de cet opéra avec La Tempête est une tarte à la crème.


Il doit être possible d'y aller sans enfant, personne ne vous remarquera.

Miss Chou Rouge

Un live sms (comme il y a des live twitts) en direct de Mulhouse. Ce qu'écrase ce billet, honorable lecteur, c'est la perception des minutes qui s'écoulent entre chaque sms.

20h25
Je suis en train de manger au restaurant de l'hôtel et dans la salle d'à côté il y a une teuf (bien bourgeoise) qui s'encanaille (y'a des miss et leurs dauphines) des membres de la confrérie du... Chou rouge!! Si si, et ce n'est même pas du San Antonio... Il y a 5mn, l'orateur loquace et décomplexé a conclu sa présentation par ces mots: «chou rouge après chou rouge, notre confrérie a grandi»! Ils sont au moins cent!

20h41
...la première dauphine de Miss Chou Rouge est en train de parler. Dommage, je ne peux pas la voir...

20h57
Pas de pb... J'en suis au dessert et ça continue de causer, et ça applaudit, ça se congratule et ça rigole. Beaucoup de femmes bien habillées (même pas en rouge!)... Même ma jeune et jolie serveuse attitrée a l'air concernée!

20h58
Je voulais dire consternée! (what a lapsus!)

21h02
Y'a des élus!! Jamais je ne pourrais sérieusement faire de la politique!

21h16
Ouahhh! Je viens de voir miss chou rouge, elle est super canon! On dirait Audrey Hepburn...[1]

21h27
Et la dauphine est une pouffe blonde. Décidément, je préfère les brunes.

21h28
Le spectacle va se terminer, je vais aller me coucher!

21h29
Au secours... Ils chantent... savez vous planter vos choux!



Notes

[1] Quelques recherches plus tard, je peux vous apprendre que Miss Chou rouge (en réalité Miss Roug'Chou) est également (en 2010) Reine du trèfle royal, Reine du carnaval de Buhl, Reine du vin nouveau, 2e dauphine de Miss Lentilles, 2e dauphine de Miss Muguet et 2e dauphine de la Reine de la bière de Baldersheim.

Apprendre à voir

Encore serrés comme des harengs ce matin. Impossible de lire: trop serrés, et de toute façon le livre en cours est trop gros (trop lourd) pour être lu debout, ça l'abîme et me fatigue.
Il faudrait que je prenne mon ipod, ça doit faire un ou deux ans que je ne m'en suis pas servi, je ne sais même pas si la batterie tient encore la charge. Mais j'ai la flemme, je me sens débordée par les podcasts quand je m'abonne: quand trouver le temps d'écouter tout ça? Il y a longtemps que j'ai laissé tomber, pour éviter ce sentiment de noyade et de culpabilité.

Derrière moi un jeune étudiant plutôt beau, un grand carton à dessins entre les jambes, est en conversation avec une jeune femme en manteau rouge, trop jeune pour être une amie de sa mère, trop vieille pour être étudiante: une voisine, une tante?

— Et tu fais quoi en ce moment ?
— Ça dépend. Hier j'ai eu un cours sur le nu.
— Avec un modèle ?
— Euh... oui....
Silence plus long de quelques dixièmes de secondes. Dans mon dos, j'entends la femme le regarder plus intensément. Il reprend :
— C'est très intéressant, j'ai beaucoup appris. C'est le cours où j'ai le plus appris. On comprend les proportions... dessiner une main... la lumière. Et puis on a un cours d'anatomie, on nous explique les masses musculaires. Il faut dire que j'ai un très bon prof.

Et je pense à Adrien, ancien élève des Beaux-Arts, qui me disait que tous les corps étaient beaux — et à Michel, bien sûr.

Yu-Gi-Oh

— Il ne faut pas se faire avoir : parfois ils vendent des éditions spéciales, on croit que c'est des decks, en fait c'est juste trois boosters.

Félix Nussbaum

Un peu ahurie, trop de nostalgie, de culpabilité, de bonnes résolutions — pas assez de sommeil.
Paul est mort, C. est parti, je suis libre (le mot naturel serait "seule", mais il ne convient pas avec son aspect triste. Ce n'est pas triste, c'est dépouillé.) Impression d'espaces et de temps infinis.

Exposition Félix Nussbaum. Sobriété et dénument, et pourtant, une impression de richesse des tons, chaque couleur "pauvre" (beige, marron, brun, avec un petit carré de ciel bleu ou de torchon blanc ou de bandeau vert) travaillée dans son épaisseur. Est-ce par ce qu'il y a de très nombreux autoportraits qui vous regardent dans les yeux que l'on a l'impression que ce peintre vous parle? Il n'interroge pas, la toile est la réponse, il montre, il informe, parfois avec une imperceptible ironie qu'il est difficile d'attribuer à un point particulier du tableau (peut-être le pli de la bouche, l'ombre de barbe?). Ses tableaux sont des reportages intérieurs qui prévoient les massacres extérieurs (prévoient ou voient au loin). C'est sans concession: voilà. Voilà où nous en sommes. Dans la chambre sans meuble je peins des murs et ma tête et la fenêtre parce que je n'ai que ça. Et mes souvenirs du camp de Saint-Cyprien. Mais je peux aussi imaginer comment cela finira. Ou est en train de finir.

Il ne se trompait pas.

Je quitte le musée avec les Récits d'Ellis Island pour les photos. En 1976 ou 79 (je ne sais plus [1]), on pouvait rencontrer des gens qui étaient arrivés en Amérique avant la première guerre mondiale, avant la Révolution d'octobre, qui avaient connu les shelts inexorablement détruits. On pouvait marcher à côté de légendes vivantes, comme ces vieilles personnes aujourd'hui dans le métro de Berlin ou comme Svetlana Geier, des gens qui ne peuvent vous raconter leur histoire sans raconter une partie de l'histoire du XXe siècle.



Notes

[1] l'époque représentée dans Potiche. Je deviens de plus en plus sensible au fait que les époques ne se succèdent pas mais se chevauchent, et qu'il faut beaucoup d'attention pour se comprendre: plusieurs représentations du monde cohabitent sans arrêt autour de nous.

Potiche

La première minute, Blanche-Neige kitsch, annonce clairement la couleur: tout cela ne devra pas être pris trop au sérieux, et les dialogues parfois un peu creux un peu forcés un peu récités (c'est du théâtre, est-il volontaire que cela se sente imperceptiblement par instants?) ne feront pas oublier la loufoquerie de l'ensemble, et une certaine... hum, nostalgie est trop fort, pas de nostalgie (non, pas du tout, comme tout était lent et vide), mais plaisir, plaisir certain, à retrouver quelques minutes cette tranche de passé que nous (ceux qui ont au moins mon âge!) sommes capables de reconnaître.

J'ai beaucoup aimé voir Gérard Depardieu et Catherine Deneuve danser ensemble, j'ai aimé imaginer leur complicité dans la maîtrise partagée de leur métier et la conscience réciproque de ce que l'autre a traversé depuis le début de sa carrière pour se retrouver là à faire les pitres ensemble...

Une usine de parapluies: les Parapluies de Cherbourg?
Intéressant, les questions laissées sans réponse, ou avec trop de réponses possibles. (Bon, je ne spoile pas).
Féminisme, prise de conscience des femmes? Dans les entreprises familiales de province, cela n'a pas évolué tant que cela (ni les rapports sociaux, d'ailleurs).

Catherine Deneuve a des jambes parfaites, mais si Depardieu grossit encore il va nous faire une crise cardiaque.

La femme aux 5 éléphants

J'attendais qu'on me parle de Dostoïevski et de traduction, c'est un documentaire sur Svetlana Geier qui parle de Svetlana Geier.

Mais maintenant que vous êtes ainsi prévenus, vous ne serez pas déçus. Femme frêle aux cheveux blancs, inflexible sur les virgules ou l'imparfait.
J'ai beaucoup aimé l'homme qui la relit ligne à ligne: «Ich kapituliere». (voir la bande-annonce)
Cher monsieur, ce n'est pas exactement comme si vous aviez le choix.

La vie de Svetlana Geier comporte deux miracles, deux exceptions: un père sorti des geôles staliniennes, un passeport allemand accordé à une étrangère pendant la guerre.
Film lent, montage d'images d'archives, film qui suit une vie qui a suivi l'histoire: les purges, donc, la guerre, l'arrivée d'Hitler vu comme un libérateur par une partie de la population (et j'ai pensé à cette famine ukrainienne dans les années vingt ou trente dont on voit la trace sur les pyramides démographiques encore aujourd'hui), Babi Yar en quelque sorte occulté (A. choquée à la sortie: «— Mais comment a-t-elle pu travailler pour les Allemands qui avaient tué son amie? — Tu sais, elle le dit quand elle parle de son père: on oublie ce qui nous empêche de vivre»), et l'Allemagne: «Je serai toujours reconnaissante de ce que les Allemands ont fait pour moi», phrase étonnante, vaguement choquante pour des Français (en tout cas pour moi, tellement habituée à associer les Allemands à l'horreur).

Mais les Ukrainiens avaient connu Staline...

Les passages où elle parle de littérature ou ceux où on la voit traduire sont de purs enchantements.






Svetlana Geier est morte le 8 novembre 2010 (le film a été tourné en 2008). Elle avait eu le temps de finir la traduction des cinq éléphants.

Avant/Après




Méditations

En rangeant je tombe sur ce faire-part de décès que m'avait envoyé ma mère, et je découvre cette étrange faute, du moins ce que je suppose être une faute, si intense (et si ce n'est pas une faute, quelle formule magnifique):

«Tant de recueillement et de prières souhaités,
en mémoire de V. B.
décédé dans sa 47e année.»

Remise en perspective

Rentrer à 22h32 pour se rendre compte que :
1/ votre mari n'est pas là (pas de panique, honorable lecteur, sans doute une compétition de ping-pong);
2/ que les deux gosses restants sont déçus de vous voir paraître si tôt, car ils espéraient regarder la dernière partie du Seigneur des anneaux tranquilles.

«Bon OK. Vous faites comme si je n'étais pas rentrée, et je fais comme si vous n'étiez pas debout.»

Malédiction

— Tu vois, par exemple, l'année prochaine, le 11 novembre, ce sera un vendredi. Eh bien je suis sûr que ce sera le jour où j'aurais le moins de cours, parce que cette année, c'est le jeudi.

Consolation berlinoise

Je suis toujours un peu embarrassée de raconter mes aventures de RER, parce que ce n'est pas un sujet, et j'ai le faut pas s'plaignier de ma grand-mère polonaise dans l'oreille (et puis se plaindre de ce qu'on ne peut pas changer, hein, à quoi bon (et de ce qu'on peut changer... Bref)).

Jeudi dernier
- Aller, ligne D, accident dans la partie nord de la ligne, trains supprimés. Je laisse passer un train, trop bondé pour pouvoir y monter.
- Retour, ligne A, accident sur l'est de la ligne. Trains immobilisés. Je prends la ligne 1 (j'y rencontre Matoo). Ligne 1 arrêtée, des personnes sont descendues sur les voies, l'électricité a été coupée.

Vendredi dernier
- Panne de réveil, préparation en quatrième vitesse, à l'heure sur le quai du RER D, trains supprimés (je ne sais plus pourquoi).

Mardi
- Aller : la pagaille, trains supprimés, pluie et feuilles mortes, je songe à Philippe[s] nous expliquant que si les roues patinent et se bloquent, l'arc de cercle devient droite et la roue (les roues) n'est plus ronde... Dans le premier train je parviens à faire monter A. (remords et tristesse de la voir dans cette galère que je ne peux lui éviter), dans le deuxième je laisse monter H. qui a une réunion. Je prends le troisième, quasi-vide alors que les deux précédents étaient archi-bondés. Hélas, des pipelettes s'installent à côté de moi et malgré ma boule quiès je ne peux ni lire ni dormir.
Gare de Lyon, problèmes de RER A. Je prends la ligne 1, bondée, sans réussir à m'assoir alors que je l'emprunte pratiquement sur toute sa longueur. Quand je descends sur le quai à La Défense, j'entends une annonce: «l'accident de matériel est terminé, le trafic reprend normalement.»
- Le soir, RER D gare de Lyon, 19h38. Il y a plus de monde sur le quai que normal, je suppose qu'un train a été supprimé. Le train qui arrive à quai est un train court, soit trois ou quatre wagons de moins que la normale!! Qu'on m'amène la triple andouille qui a décidé ça, que je l'étripe. Précipitation sur les wagons déjà pleins, entassement incroyable, odeur suffoquante de crasse due à la pluie et aux vêtements mouillés, les gens sont excédés, ils veulent monter dans ce train trop court, ils ne savent pas quand et si il y en aura un autre (une partie des voyageurs est pauvre, habitants de Villeneuve-Saint-Georges coincée entre la Nationale, Orly et la gare de marchandise. Ils n'ont pas de solution de rechange.)
Inquiétude, ma fille n'est pas rentrée, son téléphone ne répond pas (elle avait cours jusqu'à 19h30; elle arrivera à 21h passées, comme une fleur, en expliquant qu'elle a discuté avec le prof. Well...)

Aujourd'hui
- Matin: ligne désorganisée suite à la panne d'un train entre Châtelet et gare du Nord, le train 8h06 est supprimé. Le suivant passe à 13, j'arrive à le prendre. A., partie de son côté avec des amies, me dira le soir qu'elle a pris le suivant (deux minutes de retard au lycée).
- Soir: un train, à l'heure (19h18), à quai gare de Lyon, quasi-vide. Je suis joie et gratitude. Bon, le wagon n'est pas chauffé, mais on ne peut pas tout avoir non plus.




Quand nous étions à Berlin, j'avais trouvé une carte postale qui posait la question:
— Quels sont les plus grands ennemis de la Deutsche Bahn (SNCF allemande) ?
Réponse:
— Le printemps, l'été, l'automne, l'hiver.

Cela m'avait fait rire et étrangement rassérénée.

J'ai trouvé la paire

J'avais la fille en rose, ce soir j'ai trouvé le garçon.





Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

J'avais un peu hésité à y aller, E. ayant dit que cela lui avait donné le cafard.
Je n'ai pas compris pourquoi.

J'ai l'impression que c'est un film riche en fausses pistes.
L'exergue shakespearien «Life is a tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing» me faisait attendre une histoire absurde et injuste; en fait il s'agit d'une histoire logique et morale, respectant parfaitement l'enchaînement des causes et des conséquences: chaque personnage récolte ce qu'il a semé. Seules les deux femmes, mère et fille, ne commettent aucun méfait moral. Elles pourraient apparaître comme les victimes du récit, mais en fin de compte ce sont elles qui sont sauvées: la mère retrouve un compagnon, la fille se débarrasse d'un looser et a l'opportunité d'ouvrir sa galerie (non, pas dans le cadre du film. Mais elle va y arriver ;-). Tout se passe comme si une certaine passivité (ne pas décider de lutter contre le vieillissement ou d'avoir un fils (le père), ne pas décider d'abandonner son métier ou de voler un manuscrit (le gendre), ne pas décider de rompre ses fiançailles (la fille en rouge)), une façon de ne pas s'opposer au cours des choses ou de ne pas le forcer était finalement payante.

Je ne peux m'empêcher de voir une certaine malice dans ce film. Comment ne pas penser à la vie de Woody Allen lui-même devant ce père qui abandonne son épouse d'une vie pour épouser une bimbo un peu pute? A-t-il voulu se moquer de lui-même, afficher son propre ridicule, ou a-t-il voulu se moquer de son entourage, lui signifier qu'il savait parfaitement ce qu'il pensait? Ou les deux?

Autre fausse piste, le titre. Parce que bon, comme bel et sombre inconnu, on fait mieux.

Faut pas pousser mémé dans les orties

Est-ce que quelqu'un pourrait expliquer à Arlette qu'il est étonnant de paraître s'offusquer de ce que Patrick achète mon amitié avec des livres tout en pensant qu'elle-même lui était devenue indispensable à cause d'un groupe Flickr?



Ou finalement non, ce n'est peut-être que très logique: penser que toute relation n'est qu'un marchandage, qu'il suffit d'y mettre le prix. (Cette remarque, bien sûr, pas bien méchante, juste ironique.)

Quelques blogs, des photos et un article

(J'en ai déjà signalé certains).

Des maths illustrées ;

les dessins de Matthieu M., commentés par Emm. (auteur du 6 mars) ;

encore et toujours Antoine Bréa ;

Guillaume (Touraine sereine) s'est réveillé ;

ce blog sur les villes et l'urbanisme (je choisis un billet sur la Chine pour ce lien);

le Flickr de la reine d'Angleterre ;

une étude du procès d'Harry Potter d'un point de vue juridique.

Cruchons

J'ai appris que dire La Fenisse faisait quand même un peu plouc (quand je ne sais pas prononcer, je prononce à la française, le duc de Buckingant n'est nullement une surprise pour moi); qu'au Moyen-Âge la Bible et les textes sacrés étaient entourés de leurs commentaires et de leurs annotations, sur la page même (ce qui me fait penser à la Torah. En ce moment je me heurte sans cesse à des remontées du Moyen-Âge, est-ce la lecture de Kantorowicz qui me rend réceptive (non, je ne veux pas dire que la Torah vient du Moyen-Âge, je pense à la patristique)), et que des dragonnades ont eu lieu sous Louis XIV (je mettais cela beaucoup plus tôt).


Cruchons très peu productifs, ce qui me met toujours mal à l'aise, comme si je trompais les participants, comme si je ne tenais pas une promesse.
Rencontré Bashô, ce qui confirme ma thèse qu'on finit toujours par rencontrer les blogueurs ou les commentateurs quand on est fidèle suffisamment longtemps.
Bashô recommande le film La femme aux cinq éléphants (les horaires sont un peu restrictifs). Je lui ai parlé de FB, partagée entre deux sentiments: c'est si pratique pour communiquer, partager des liens, aller vite (je me rends compte que je suis "piquée à la vitesse"); cependant faut-il encourager ce lieu qui nous fait vivre dans des maisons de verre et développe la paranoïa?

Les livres continuent à venir à moi, deux Nabokov et une Bible en hébreu. Je les ai laissés au bureau, mon sac était bien trop lourd ce soir. Merci aux généreux donateurs.


— Tu as vu? J'ai acheté un sac plus grand pour les Eglogues!
— Ce qui me gêne, c'est qu'il soit ouvert, on peut te voler.
— Tu crois qu'il y a grand risque? Je le regarde, dubitative.
— Tu veux dire que c'est à souhaiter?







Une conversation m'a fait me souvenir qu'à l'issue d'une semaine de conférences sur le roman au XXe en 1998, je m'étais dit découragée que je n'y arriverais jamais, que je partais de trop loin, que j'avais trop de lacunes. J'avais refermé mes livres. Aujourd'hui ces mêmes lacunes ne me dérangent plus (je veux dire que je les regrette mais je les assume), je sais que c'est en partie dû à l'accueil si généreux que j'ai reçu à Cerisy, aux gens qui ne m'ont pas considérée comme une intruse, et en partie à mon intérêt pour RC, qui me permet d'oublier tout ce que je ne sais pas pour ne penser qu'à chercher.

Canopée

Au centre de mon nouvel immeuble il y a une jungle et des poissons rouges.

Interminable

Lire Die unendliche Geschichte au rythme d'une page par jour risque de prendre un certain temps (cinq cent cinq pages, débrouillez-vous avec les bornes).

Résumé

Je ne peux pas rester au lit quand je ne suis pas fatiguée (bonne nouvelle: je ne suis pas fatiguée). Détartré la bouilloire, lessivé un mur (oui je sais). Roissy. Chinois (ou Vietnamien). Froid. Abbé Mugnier. Bilan énergétique (un grand beur qui parle sans arrêt et vous explique «qu'on n'a jamais trop de joints»), pressing, boulangerie, saumon, Die unendlichte Geschichte. Le blues de la rentrée.

Berlin

Autel de Pergame. Soudain il me paraît évident que quelque chose nous échappe irrémédiablement, quelque chose est hors de notre portée: nous ne croyons plus en ces dieux, nous ne savons même plus qui ils sont, que ressentons-nous réellement devant ces sculptures magnifiques de détails et de puissance? Elles ne sont plus que des statues entrées dans le jugement esthétique (Souvent dans les églises je me demande ce que voient et sentent les incroyants.)

Porte d'Ishtar, porte du marché de Millet, façade de Mschatta, je préfère sans doute ses deux dernières œuvres parce que je ne m'y attendais pas. Monuments dédiés à des dieux ou destinés à impressionner le voyageur; à deux pas de là, Postdamerplatz, bâtiments célébrant le capitalisme et l'occident. C'est amusant l'architecture.

Nous achetons un vrai plan de Berlin (autre que celui du guide vert ou celui aimablement donné avec notre abonnement au métro) et comprenons enfin pourquoi nous sommes épuisés: l'échelle n'est pas du tout celle de Paris, nous avons réellement beaucoup marché hier.

Douceur du temps, magnifiques frondaisons rousses et or, glace à la cerise, Das Schloss, le musée du cinéma allemand est fermé le lundi.


Pour des raisons à peu près inexplicables et un peu par hasard, nous échouons à la nuit tombée dans la basilique catholique de Berlin, qui semble être, je le découvre à l'instant, une église de garnison (???). Toutes les affiches sont rédigées en polonais.
Dans la cour se tient une statue cachée par l'obscurité que j'ai réussie à trouver en photo.

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