Futilités

- Oublié mon badge.
- Mal connecté mon téléphone => pas chargé => pas pu prendre en photo le train supprimé de 7h06 alors que pour une fois nous avions six minutes d'avance (très précisément).
- Et donc acheté des basketts (streetware?) pour rentrer à pied le soir puisque je n'avais ni voiture ni téléphone.
- Mais ça s'est terminé plus tôt que je ne le pensais=> il y avait encore un bus.
- Donc j'ai acheté des basketts pour rien. M'en fous, je les ai payées avec les chèques cadeaux du CE pour le Noël des enfants.



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Quatre ans plus tard (2015), je trouve cette notation dans la partie cachée du blog: «Tristesse sans fond».

Pour parler de mathématiques

J'avais commencé un billet sur Incendies, mi-février, qui parlait de Beyrouth et de l'influence de Jackie Kennedy sur mon goût pour les robes droites sans manche. J'ai abandonné, trop de pathos.

Ce billet en hommage à John Milnor me permet d'y revenir cependant, pour citer deux moments, citer de mémoire, tout de travers, mais citer malgré tout.

Premier moment : discours d'un homme qui dit à peu près : «Pour le commun des mortels, les mathématiques sont le monde de l'exactitude, de la précision. Vous allez entrer dans un monde où rien n'est certain, vous passerez des nuits à chercher votre chemin. Bienvenue dans le monde de la solitude, bienvenue dans le monde des mathématiques pures.»

Deuxième moment, un jeune notaire libanais et un vieux notaire canadien discutent:
— S'ils nous avaient confié tout ça, on n'en serait pas là!
— La profession de notaire n'existe que depuis mille ans, Simon.
— C'est bien ce que je dis. Si on avait été là depuis le début, depuis Noé,…

L'honneur des notaires, de la profession de notaire. Ce n'est pas si courant de trouver un hommage à cette profession.

C'est très à peu près. Et non, ce n'est pas l'essentiel du film. L'essentiel du film, je ne sais pas bien ce que c'est. Une tragédie grecque puissance dix. Sans morale. Il n'y a pas de morale dans les tragédies grecques. Juste soi-même à reconstruire comme on peut. Vivre avec la vérité, alors que cela aurait été si simple dans le mensonge. Le rôle de la jeune fille. Antigone.

L'amiante

Bon j'avoue, je travaille le week-end. Mais c'est passionnant.

En effet, en France, l'Etat a tardé à prendre en compte les questions de santé et de sécurité au travail. La silicose n'a été reconnue comme maladie professionnelle qu'en 1947 alors que l'Organisation internationale du travail dans la foulée de grands pays industrialisés (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne?) l'avait inscrite dès 1934. Il en a été de même concernant l'amiante. Ainsi, les juridictions administratives du fond ont établi que la première description des lésions de fibrose pulmonaire chez les travailleurs de l'amiante date de 1906. Dès 1931 la Grande-Bretagne avait pris des mesures tendant à réduire l'exposition professionnelle à ce minéral tandis qu'en 1946 des recommandations avaient été faites aux Etats-Unis par l'American College of Governemental Industrial Hygienists visant à limiter l'inhalation. En France, si un décret du 31 août 1950 a classé l'asbestose au tableau 30 des maladies professionnelles, il a fallu attendre un décret du 17 août 1977 pour que la concentration moyenne en fibres d'amiante de l'atmosphère inhalée pendant une journée de travail par un salarié soit limitée à deux fibres par millilitre. Par ailleurs, une directive communautaire du 19 septembre 1983 qui réduisait de plus de la moitié le taux de concentration autorisé n'a été transposée que le 27 mars 1987, tandis qu'une seconde directive communautaire du 25 juin 1991 qui réduisait encore le taux de concentration autorisé n'a été transposée que par le décret du 6 juillet 1992.

La France utilisait ainsi encore au début des années 1990 autant d'amiante que les Etats-Unis, l'Allemagne et la Grande-Bretagne réunis. Il a fallu attendre le décret n°96-1133 du 24 décembre 1996 pour que soient interdits à quelques exceptions près (tenues ignifugées des pompiers, garnitures de freins automobiles), la fabrication, la transformation, la mise en vente et l'importation de l'amiante.

Le juge administratif a donc condamné l'Etat du fait de ses carences dans la prévention des risques liés à l'exposition des travailleurs aux poussières d'amiante. (CE, Assemblée, 3 mars 2003, Ministre de l'emploi et de la solidarité c/ Consorts Bo, et CE, Ass. 4 mars 2004, Ministre de l'emploi et de la solidarité c / consorts Bourdignon, Botella, Thomas, Xuereff (quatre espèces).
Et quelques pages plus loin :
Comme on le sait, la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen de 1789 proclame non seulement que « La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration. » (article 15) mais également que « Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée. » (article 14).
Et là, je crois rêver :
On peut observer enfin que la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008 a consacré le principe de la sincérité des comptes publics.
Et avant 2008 ? o_O

Vie quotidienne #resistance

Prendre des photos, c'est maintenir à distance, c'est éviter de se laisser envahir.

Moyen-Âge

Il a plus de 7000 euros sur son compte. Je suis à moins 1600 sur le compte joint et mon compte en propre. Quand je demande une participation aux frais du ménage, j'obtiens la réponse suivante : «Mais ton salaire ne suffit pas? Montre-moi les comptes!» J'attends mon intéressement pour rembourser la réserve puis j'arrête de verser quoi que ce soit sur le compte joint.

L'homme de chez Lanvin





Une affichette précise le prix des différents vêtements et assessoires (la rose autour de la cheville est un tour du cou). Les prix vont de deux cents à cinq cents euros (de mémoire, c'est l'ordre de grandeur).

La dernière ligne indique Caleçon en soie sur mesure et comme prix Nous consulter.

Que fait la Halde ? (bis)

Normalement vous deviez avoir droit à un billet aboyeur (ce n'est que partie remise), mais j'ai rencontré Patrick Cardon sur le quai du métro Hôtel de Ville.

Dialogue entre Hôtel de ville et gare de Lyon :
— Tiens, je devrais m'acheter des collants résilles comme ça, je n'en ai plus.
— Ce ne sont pas des collants, ce sont des Dim-up.
Nous sommes sur des strapontins. Neuf heures et demi. Bon d'accord j'ai un peu bu mais pas tant que ça (deux cocktails à base de gin). Et je sais qui est Patrick. Je remonte rapidement le bas de ma robe pour lui montrer la lisière du bas. Ce n'est que quelques secondes plus tard que je verrai la mine effarée et réjouie des quarancinquantenaires (féminines) sur les strapontins d'en face. Tant pis pour elles, honni soit qui mal y pense, je ne vais pas leur expliquer qui est la comtesse de Flandres.
— Oh! mais il faut en acheter deux alors!
— Ça tombe bien, ça se vend par paire.
— Mais c'est de la discrimination vis-à-vis des unijambistes !

Monsieur Indestructible

Vous souvenez-vous du métier de M. Indestructible? Il travaille dans une compagnie d'assurance, dans un box tel que nous les montrent les téléfilms américains, box dont sa musculature déborde de toutes parts, et dans une scène il explique à une petite vieille quels circuits compliqués il faut emprunter pour espérer obtenir une réponse de la compagnie.
(Et son patron de remarquer: «C'est curieux, comment font-ils, on dirait qu'ils ont compris le fonctionnement de notre maison», jusqu'à ce que le manège de M.Indestructible soit découvert et qu'il se fasse licencier.)

Je suis en train de me transformer en M. Indestructible.

Censure anti-moderniste

Ma professeur d'anglais de seconde m'aimait beaucoup. (Elle avait même envisagé de m'envoyer un an aux Etats-Unis, au grand effarement de mes parents (quand j'y suis partie pour un mois en 1984, ma grand-mère m'a prise à part pour me recommander de ne pas me droguer et pour essayer comme elle le pouvait (c'est-à-dire en utilisant que des périphrases) de me mettre en garde contre la traite des blanches. Pendant ce temps-là, l'organisme avec lequel je partais nous recommandait de ne pas nous mettre seins nus sur les plages (attitude français scandaleuse) et nous racontait que certains Américains entraînaient gentiment leur hôte français dans la cuisine pour leur faire découvrir... leur frigo): ce genre de séjour leur était totalement inconcevable. Passons).

Cette professeur ne suivait pas le programme mais nous faisait travailler sur des extraits littéraires. Je voulus lire l'œuvre intégrale dont un extrait m'avait plu. Comme je n'avais aucune idée d'où trouver cela (mais était-il réellement possible, en 1981, à Blois, de trouver des livres en anglais, quand recevoir un livre d'un éditeur français commandé en librairie prenait deux à trois semaines?), je lui avais demandé si elle possédait l'ouvrage: pouvait-elle me prêter The 42nd Parallel de Dos Passos?
Elle fronça le nez, me dit que ce n'était pas ce qu'elle me recommandait et m'apporta... The Mill on the Floss, de George Eliot, que je lus, même si j'étais dépitée de me voir ainsi imposés ses goûts.

A la fin de l'année, elle m'offrit The House of the Seven Gables. J'ai tenté de le lire en 1984 (je me souviens de la date car je me souviens des circonstances), je n'ai pas dépassé la page 60. Je devrais peut-être réessayer.

Deleuze

Le livre posé à côté d'elle, c'est Mille Plateaux, emprunté à la bibliothèque.


Vieillissement de la population et idées fausses

Il est fréquent d'expliquer la croissance des dépenses de santé par le vieillissement des populations européennes mais le récent rapport du Haut conseil pour l'avenir de l'assurance maladie (HCAAM) constate que
de la double vérité que les personnes âgées ont une consommation individuelle de soins plus élevée que la moyenne, et que leur nombre relatif augmente dans la population française (la part des «plus de 75 ans» va, par exemple, presque doubler d'ici à 2050), on tire souvent la déduction que le vieillissement de la population est un facteur important, voire dominant, de l'évolution des dépenses de santé.

Cette déduction est inexacte.

Car la cause strictement «démographique» de l'évolution des dépenses — au demeurant aisément mesurable compte tenu de la relative sûreté des prévisions démographiques — ne pèse que pour une fraction très minoritaire de l'évolution des dépenses. Tout simplement parce que le vieillissement moyen d'une population est un phénomène forcément très lent : l'âge moyen de la population française, aujourd'hui un peu plus de 40 ans, ne s'accroît que d'environ 2 mois par an.

Les différentes études disponibles convergent donc vers un effet démographique de quelque 0,7 points de croissance moyenne par an des dépenses de santé dans les vingt prochaines années, au sein duquel la déformation de la pyramide des âges — c'est-à-dire le « vieillissement » proprement dit — pèse pour 0,4 à 0,5 points : soit de l'ordre du dixième de la hausse moyenne annuelle de la consommation de soins et de biens médicaux.

[…] C'est bien la hausse individuelle de la dépense de santé à tout âge, et pour toute la population, qui est le principal facteur de la croissance des dépenses dans le temps.
sachant que le HCAAM constate qu'il ne peut répondre à la question de savoir si l'âge est ou non «un facteur aggravant de cette croissance».

avis du HCAAM adopté le 22 avril 2010, ''Vieillissement, longévité et assurance maladie''

Centrale

Pour avoir grandi à trente kilomètres d'une centrale, je trouve un peu étonnante l'agitation française actuelle : nous avons toujours su que s'il y avait un incident nous serions contaminés. Nous n'avons jamais cru au risque zéro. Et nous savions que c'était le prix d'une certaine indépendance énergétique. Et je crois que c'était accepté avec un certain fatalisme.

(Mais nous n'étions pas sur une faille sismique.)





Note le 21 mars 2015 : le contexte était l'accident de Fukushima survenu le 11 mars.

Histoires de chats - légendes familiales

Mes parents sont arrivés à Inezgane en septembre 1968, comme coopérants. Ils étaient professeurs de mathématiques et physique. Un jour mon père a ramassé un cadavre de chat sur le bord de la route, l'a attaché à un arbre et l'a dépouillé comme un lapin. Les arabes qui passaient le regardaient avec effarement, qu'allait-il faire, manger le chat?
En réalité il était tout simplement en train de se procurer une peau de chat pour ses cours sur l'électricité statique.
(Je n'ai pas vu cela, ce n'est pas un souvenir. Ce dont je me souviens, c'est mon père en train de raconter cette histoire avec son petit sourire embarrassé d'être le point de mire de la conversation).

L'été nous rentrions en France. La chatte et la chienne restaient à Inezgane, nourries par la fatime (la bonne). Une année, quand nous sommes revenus, la chatte Minouche, une angora de gouttière blanche et noire, souffrait d'une profonde blessure au cou. Après plusieurs semaines à tenter de la soigner, mes parents ont abandonné tout espoir. Leur éducation paysanne les poussait à achever la chatte: on ne laisse pas souffrir un animal.
Mon père a mis la chatte en joue avec la carabine, la chatte l'a regardé droit dans les yeux, mon père n'a pas pu tirer.
Dans la semaine qui a suivi, elle a commencé à guérir.

Hiver 1997. Ma chatte Framboise a un terrible abcès à la joue. Le vétérinaire le crève en trois endroits, fait couler le pus, me confie la bétadine.
Tous les matins je me lève une demi-heure plus tôt. Je prends la chatte, je rouvre les entailles, je fais couler la bétadine dans l'entaille du haut en soulevant la peau afin qu'elle s'évacue par les entailles du bas en entraînant le pus et en nettoyant la plaie. Le vétérinaire m'a dit que certains préféraient laisser mourir leur animal plutôt que faire eux-mêmes ce genre de soins (mais je ne vois pas bien où je prendrais le temps ou l'argent d'emmener la chatte tous les jours chez le vétérinaire).
Ça dure. Au bout d'un mois je n'en peux plus de ce soin à jeun le matin, de l'odeur écœurante de la bétadine, de mon chat qui ne guérit pas, de cette demi-heure prise sur mon sommeil. Je me souviens de Minouche.
Je mets Framboise sur la table, je la regarde dans les yeux: «Je n'arrive plus à te soigner. Maintenant il faut que tu guérisses, je n'y arrive plus.»
Elle a guéri.

Jeunes filles courage

True Grit et Winter's Bone : dyptyque américain.


Quand je passais les étés à la ferme, je suivais ma grand-mère partout: à la laiterie quand elle remplissait les faisselles, parmi les clapiers pour nourrir les lapins, dans la pièce où elle moulait le grain pour les poules... Elle me parlait, elle m'expliquait, elle me racontait (un jour elle avait déclenché la colère de ma mère en lui disant : «Il faut parler à Alice» (mais ce n'est pas ma mère qui me l'a dit, c'est ma grand-mère)).
Le samedi matin, il y avait le marché à Vierzon. Les jours précédents étaient fébriles: hécatombe de poulets, pintades, canards, lapins. Je suivais ma grand-mère dans la vacherie (non, on ne disait pas l'étable) et je la regardais pendre les bêtes par les pattes avant de saigner à mort les volailles dont elle tranchait l'artère du cou ou les lapins qu'elle énucléait. Puis il fallait plumer. Je n'avais pas le droit de le faire, ma grand-mère avait trop peur que j'arrache la peau en même temps que les plumes, mais je restais là et j'attrapais les poux rouges des poules qui ne survivent pas sur la peau humaine (pas la bonne température?) mais ont le temps de démanger avant de mourir.
Les lapins eux étaient dépouillés, deux incisions sur les pattes arrières et ma grand-mère tirait sur la peau d'un coup sec, la retournant comme un pull-over. La chair apparaissait étonnamment rose, dépourvue de graisse. Les lapins étaient vidés sur place, je ne sais plus ce qu'il advenait des entrailles, les chiens ou les poules? Je ne sais plus.
Les poulets étaient vidés plus tard dans la cuisine, avant la cérémonie de la gazinière qui consistait à brûler rapidement les dernières traces de plume dans la flamme.

Noël 1992. H. m'a ramenée une dinde de Rungis. Je dois la vider. Je me souviens vaguement de quelques images, je sais qu'il faut faire deux incisions, tirer sur l'œsophage, ne pas éclater la poche de bile près du foie sous peine que la volaille soit inmangeable. Je ne sais plus.
J'appelle mon père et je vide ma dinde en suivant les instructions de papa au téléphone (j'ai appris ce soir-là qu'il est beaucoup plus facile de vider la volaille tout de suite après sa mort mais que ne pas les vider permet de les garder plus longtemps).

Sauvez les grillons : fumez !!

Métro Champs-Elysées Clémenceau, quai en direction des Halles. J'apprends que l'interdiction de fumer a été fatale aux grillons de métro, qui se nourrissaient en grande partie de tabac (!?)
Et j'apprends qu'il existe une Ligue de Protection des Grillons du Métro Parisien: «Elle revendique [...] la limitation en durée et en fréquence des grèves de la RATP qui ont pour conséquence de faire chuter dangereusement la température dans les galeries du fait du non fonctionnement des trains, l'assouplissement de la loi Évin qui interdit désormais le tabac dans le métro et par conséquent prive les grillons d'une source importante de nourriture : les mégots.»


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Agenda
Vu Théorème 13 rue de l'université à Sciences-Po.

Carte postale

Carte postale à détacher à l'intérieur du dernier Fluide Glacial.

Trois mecs à poil autour du dernier numéro :
— 'Tain les gars c'est la dernière fois que je bosse pour Fluide
— T'as raison !
— Chez les indés, au moins, on pouvait garder le slip…

Commentaire de A.: «Je n'oserais jamais envoyer ça à quelqu'un.»

Urgence

Imaginez que votre fiscaliste est à l'hôpital pour deux mois, que son supérieur est absent pour deux semaines, et que vous restez le seul interlocuteur lors d'un contrôle fiscal… sans connaître ni la fiscalité, ni les méthodes de classement du fiscaliste hospitalisé, sinon ce serait tricher.

C'est un peu ce qui m'arrive (j'ai transposé en fiscalité pour que ce soit compréhensible pour tout le monde).

La nuit je rêve d'uniformes de pompiers. Un rapport?

Au téléphone je rappelle quelques principes d'assurance: une assurance est un contrat (lisez au moins les exclusions, même si vous ne lisez pas tout) qui prévoit des conditions d'exécution (il faut des preuves, des justificatifs, toujours).
Et une assurance couvre un aléa: quelque chose de soudain, de non-prévisible. S'il n'y a pas risque mais certitude, ce n'est pas de l'assurance.

Orlando furioso

Le décor m'a fait penser à cette photo prise de la vitrine de Baccarat place de la Madeleine en 2009 .



Oui les décors ressemblaient à cela, miroirs et noir et blanc, en plus sombres. Costumes dans toutes les nuances du gris au noir. Ce matin au réveil j'ai compris que cette mise en scène était vraiment fatigante: difficulté à identifier les différents personnages. Confusion volontairement entretenue? J'aimerais en être persuadée.

Pour le reste (l'essentiel, malgré tout), un pur enchantement.
Je recopie le commentaire de Philippe[s]: «De retour d'Orlando furioso : distribution, orchestre et direction remarquables à tous points de vue, mise en scène sombre et confuse (avec quelques belles images et un deuxième acte plus réussi).»

Stable

Quand je suis fatiguée je vais chez l'ophtalmo. Il me dit que ma vue n'a pas changé alors je me dis que je suis fatiguée.

Responsabilité

— C'est déjà terrible de donner la vie, mais alors la mort !

Variations

Un peu trop de sujets pour que je me souvienne: Zarka, Gauchet, Parsifal à Bruxelles, les Cahiers du cinéma (mieux vaut être maoïste que tiède, il reste au moins quelques illuminations), Balibar et Jean-Marc Ferry, le long orgasme inatteignable de Tristan, le café "La jetée" à Tokyo, quel est votre Hitchcock préféré (euh...), Balzac/Flaubert/Proust/Joyce et même Céline, FB unique pour chacun et la boîte Rouet de Pranchère ou la publicité invisible, le catholicisme, Combes, Vatican I et Vatican II, le voile, Brigitte Bardot, le répondeur (ou plutôt le non-répondeur) de Brigitte Bardot...

Ce n'est pas encore le printemps mais on s'en approche.





C'était le jour de l'une des auditions de JA, mais laquelle? Une de celle que son avocat a fait repousser, sans doute.

Raffiné

Au bistrot, la serveuse, la cinquantaine, cheveux très courts blond platine à un homme d'une trentaine d'années assis au bar, calvitie naissante, cheveux un peu trop longs comme en couronne:

— T'en as combien des femmes au bureau? J'espère que tu vas leur faire une bise dans le cou !
— Mmmm ???
— C'est la journée de la femme.
— Ah putain c'est vrai merde !

Les deux chiennes

A l'Hacienda, il y avait deux chiennes berger allemand. L'une était très douce, amie de tous les touristes, placide, l'autre était méchante, inapprochable, dangereuse. Un jour la chienne "gentille", qui s'appelait Wappy, du nom d'une ville du nord, fut renversée par une voiture et blessée à la hanche. La blessure s'infecta, on parlait de "bols de pus" retirés de la plaie, on crut qu'elle allait mourir. Cela dura des semaines. On la sauva.

Je me souviens de ma mère disant: «Si c'était l'autre qui avait été blessée, il n'aurait pas été possible de la soigner. Elle serait sans doute morte.»

Tout bien pesé

La raison comme instrument pour soumettre les sentiments et les sensations au mieux m'ennuie, au pire m'exaspère.
La seule façon de vivre qui m'est concevable est la raison au service des intuitions et des emportements (je dirais bien au service du cœur, si je n'avais peur de paraître nunuche).

Onze ans de catéchisme : c'est fini

Le catéchisme est organisé ainsi dans notre ville : les enfants d'une même école et du même âge constitue un groupe (six à douze enfants); leurs parents à tour de rôle le reçoivent, tous les quinze jours, pour "animer une réunion", eux-mêmes ayant été préparés à cette "animation" par une réunion le soir au presbytère.

Les enfants sont donc ballotés d'un foyer à l'autre, expérimentant des leçons de catéchisme aux styles différents, en fonction de la foi et de l'instruction religieuse des parents qui les reçoivent. Cela dure cinq ans (CE2 à 5e), nous finissons (nous, les parents) par connaître les enfants de notre groupe, par établir des relations un peu particulières car nous abordons des sujets souvents personnels en essayant de bloquer le moins possible la parole (sans compter les "temps forts" où tous les enfants du même âge se trouvent rassemblés, et les "pélerinages", que j'appellerais plutôt "sorties", à Chartres ou Longpont ou Evry…)

Je profite de ces réunions pour expliquer tout ce que je peux en fonction des textes que nous lisons (ah oui, très peu de coloriage ou de découpage avec moi, je suis mal à l'aise avec ça), de la culture générale, en somme. Je dois être épouvantablement pénible, mais j'aime bien cela (pas être pénible, mais raconter).

Aujourd'hui j'ai montré un torchon en lin, rugueux, épais, découpé dans les draps de ma grand-mère (origine de la discussion: le saint Suaire (—Vous savez ce que c'est que du lin? les petites fleurs bleues, les «habits de drap» («quand vous lirez Balzac et Zola»), la soie, la laine, le coton arrivé en Europe que très récemment)); j'ai raconté l'astuce de Pénélope (origine: l'explication du mot linceul); j'ai expliqué ce qu'était un bœuf et le sort des mâles en agriculture et l'agressivité des mammifères non castrés (origine — Vous savez qui était Marie-Madeleine? — Jésus était son client? me répond Jérémy avec un sourire qui montre qu'il sait qu'il est en train de dire une petite provocation. (Où a-t-il entendu cela? En tout cas, comme d'hab quand il s'agit de sujets abordant de près ou de loin le sexe, je joue franc jeu, en me disant que c'est peut-être la seule fois où un adulte leur explique franchement, en quasi tête-à-tête, deux ou trois réalités.) — Possible, mais ça m'étonnerait. Il a dit quelque part dans les Evangiles que si on ne pouvait s'empêcher de faire l'amour il fallait se marier, mais que sinon il valait mieux vivre en eunuque volontaire. Et comme j'imagine que Jésus suivait les conseils qu'Il donnait… Vous savez ce que c'est qu'un eunuque? (Non.) Et un castrat? (Oui, vaguement, par rapport à la musique). — Et un bœuf? (silence autour de la table.) — Vous connaissez la différence entre un bœuf et un taureau? (Silence. Non, ils ne savent pas. Douze ans. Une de ces questions qui n'existent pas, que personne ne songe à poser. Mais je suis tout de même surprise. Je me lance dans une digression sur l'agriculture, en espérant qu'ils n'iront pas trop raconter ce que je fais durant les cours de catéchisme.))

J'aime bien la réaction des enfants, si généreux et si stricts, si moraux, en même temps. (Question: «qu'auriez-vous fait à la place du père du fils prodigue, lui auriez-vous donné sa part d'héritage?» Sondage autour de la table: la réponse unanime est non. J'ai envie de rire, ils argumentent, ils sont si sérieux, si pleins de bon sens. Ils m'impressionnent, déjà si jeunes, ils sont loin de la folie que suppose l'Evangile (mais d'une certaine façon ils ont raison, à l'usage cette folie ne donne pas d'excellents résultats…))

J'aurai animé deux à quatre réunions par an depuis 2000. La dernière a eu lieu aujourd'hui. Je suis un peu triste. J'aimais bien cela, il me semble qu'on leur explique si peu de choses, que le monde leur reste si étranger, qu'il y a tant de choses à partager.

La devinette du samedi

Qu'est-ce qu'un combat entre un petit pois et un haricot vert ?








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Agenda
Confirmation de Claude.

Cadeau

Morne journée, épuisée surtout, et je me retrouve par un de ces hasards qui sont tellement ciblés que je n'y crois plus à répondre aux réclamations des clients, moi qui ai horreur du téléphone (on dirait que tout le monde autour de moi s'est fait enlever ou est en train de se faire enlever un disque entre les vertèbres sacrées).

Mais ce soir un cadeau m'attendait dans ma boîte aux lettres. Merci Vincent !

Paul

J'ai étouffé des sanglots durant le générique de fin, ce qui paraîtra absolument invraisemblable à ceux qui verront le film. C'est cet invraisemblable même qui m'a submergée, ce sentiment aigu, que j'éprouve de plus en plus souvent, de l'incommunicabilité du monde, ou plutôt du ressenti du monde. Ce film n'a rien d'extraordinaire mais reprend et fond trente ans de mythes geek, les doux dingues nés des comics et de Stars War et de Spielberg et de Tolkien et de D&D et d'internet… Il y a trente ans, les geeks n'existaient pas. Point d'étape, synthèse provisoire.

Enfin bon. En attendant c'est très drôle, raisonnablement vulgaire et sentimental (je veux dire pas trop, sans aller jusqu'à l'écœurement), et les yeux et la peau de Paul sont admirables. Admirables aussi les routes de l'Ouest américain, un côté Duel plus que Men in black, à mon sens, avec toujours ce léger vide, ce certain vertige, devant ces routes si droites dans ces paysages austères.

No spoiler.

Mots-clés

Avocat, saucisse/aligot, Ulysses (j'ai reconnu Dickens, je suis fière de moi), Chagall (non, une invitation "personnelle" ne signifie pas que je vais être seule dans le musée), Guinness, résumé de Demolition man (j'aimerais vous mettre la vidéo mais je ne sais pas faire), voiture, dinde aux légumes, et puis je ne sais plus. Dormir je crois.
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