Machisme, paraît-il

Ce repas post-électoral m'avait totalement écœurée et passablement désorientée (j'avais écrit "triste" pour ne pas écrire "dégoûtée").
J'ai l'habitude des écoles d'ingénieurs et des clubs de sport. Le langage cru, les plaisanteries stupides, j'y suis habituée. Mais comment dire, ce n'est pas (ou rarement, sauf cas particulier) malsain. C'est franc, parfois de mauvais ou de très mauvais goût, mais tout le monde sait à peu près ce que nous sommes en train de faire, c'est-à-dire en train d'utiliser des codes, de les retourner et de les re-retourner. Mais ce sont toujours des codes, et personne ne se sent atteint dans son être. Et parfois il arrive que la conversation débouche sur un vrai sujet, sur une vraie curiosité.

Ce soir-là, le soir de ce repas, j'avais une vague envie de vomir. Car on avait parlé de gens, de vrais gens, j'avais entendu calomnier d'un air gourmand des inconnus. Soit ce qui était dit était vrai, et il fallait faire quelque chose, soit c'était faux, et c'était ignoble (ne me demandez pas de quoi il s'agissait, j'ai oublié aussitôt. A vrai dire, je n'ai cru à rien. C'était juste malsain et pas amusant du tout (car à quoi bon parler cul si ce n'est pas pour rire ou s'instruire?))
Tron est à Draveil, pas très loin de chez moi. Le responsable de la section Modem de ma ville est une femme d'une trentaine d'année. A l'époque, elle nous a confié assez vite que les hommes politiques, passés un certain âge, imbus de leurs privilèges, semblaient absolument ne pas pouvoir imaginer qu'on ne se sente pas honorée de céder à leurs avances. Et cela même dans un parti plutôt obscur, sans grand pouvoir. Soupir.

Machisme à l'Assemblée. Que dire?

Je me souviens d'un soir où je lisais dans le RER le genre de livres que je lis quand je ne lis pas des bibliothèques vertes. Un élu Modem de la communauté d'agglomération, un homme courtois et bien élevé, me croisa par hasard, regarda mon livre, et me dit: «Ah vous lisez? C'est bien» d'un air heureusement surpris.

La défense Lincoln

Bon film comme je les aime, sérieusement construit, sans temps mort. Le titre fait penser à une parade aux échecs, et c'est un peu ça, chaque mouvement ou parole étant destinées à produire plusieurs effets simultanés et généralement contraires, sans que les personnages ne devinent les manipulations en cours (le spectateur, si — mais avec retard).


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Agenda
Pris rendez-vous pour passer un entretien pour le diplôme de théologie. Emue.

Bizarre

En parcourant mes billets mis en ligne en revenant de Venise, je me rends compte qu'ils ne permettent absolument pas de savoir ce que j'y ai fait, ils ne rendent rien de la chair des jours.
Bien sûr c'est volontaire, mais tout de même, c'est étonnant de tenir quotidiennement quelque chose qui n'est pas un journal de faits, mais un journal de pensée, ou même pas (car cela supposerait qu'il y ait "pensée" et continuité dans le fait de la noter), juste des lignes, en fonction des envies et de la volonté, de la volonté de cacher le plus souvent. Pourquoi écrire tous les jours avec la volonté de cacher?
Disons que ce n'est pas une volonté initiale, c'est plutôt une volonté résultante, résultant de ne pas trop montrer les mauvais moments, une volonté de glisser. RC prétend que c'est justement quand tout va mal qu'il faut tenir son journal. Peut-être, mais un blog n'est pas un journal, il est en ligne, il est lu, ou susceptible de l'être.

Ne restent je l'espère que la fantaisie, le farfelu, le rire, quelques coups de gueule, un peu de publicité pour les spectacles ou les sites aimés. Et la bizarre constatation que deux ans plus tard on ne retrouve rien de ce qu'on aurait aimé avoir noté parce qu'on ne s'en souvient plus.
Tant pis.

Conversation entre nanas

— On a acheté des fringues, puis on est allé manger une flameküche chez O'Neill en attendant l'heure de la pièce.
— Je vois, une discussion entre nanas…
— Tout à fait. Elle m'a expliqué la courbe de von Koch. «Tu sais ce que c'est que le Flocon de von Koch? Javais compris le Faucon de Folcor et je croyais à de la SF…
— Non.
— C'est une figure au périmètre infini mais à l'aire finie. J'ai un triangle équilatéral, et sur chaque côté j'ajoute des triangles équilatéraux dont la hauteur fait un tiers de la hauteur du grand triangle. J'ai appelé SO l'aire du grand triangle et (etc…). Et quand je suis allée voir ma prof, elle a détruit cinq heures de calcul en trois minutes: « alors tu sais que l'aire des petits triangles est égale à un neuvième du grand… — Mais pourquoi madame? — Mais si, tu as vu l'année dernière que s'il existe un rapport k entre les hauteurs de deux triangles, le rapport entre leurs aires est de k au carré, donc l'aire de ta figure totale…» (etc).


J'ai fait un tour dans l'un de mes blogs préférés.
Billets citant la courbe de Koch.
La construction du Flocon est disponible sur wikipédia.

Quatre films

Trois de ces films ont été choisis sur un critère exogène: proximité de la salle et heure de la séance.

- Le complexe du castor : parfaitement dispensable, un navet, je crois. American Beauty sans la dimension Lolita (je ne suis pas en train de dire que c'est la dimension Lolita qui rendait American Beauty intéressant, mais que voir Le complexe du castor est inutile: on l'a déjà vu).
Un moment j'ai cru (presque espéré) que nous allions glisser vers du Foerster, mais même pas.%%% Seul plaisir: Kung Fu. Je pensais que Petit Scarabée était oublié aux Etats-Unis. (Jodie Foster a tourné dans l'un des épisodes quand elle avait cinq ou huit ans.)

- Minuit à Paris : encore un film sur un écrivain. Je vois ce film comme la suite ou le pendant de Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu. Woody Allen essaie de nous apprendre à vieillir — ou d'apprendre à vieillir.
Comment ne pas se perdre dans le passé, que ce soit le sien (tentation du vieil homme dans le film précédent) ou celui d'une génération (''Minuit à Paris'')? Le thème me touche peu, ayant plutôt tendance à ramener le passé au présent que faire basculer le présent dans le passé, mais tenter de mettre en scène cette difficulté à accepter le temps, à accepter de vivre dans le flux, est courageux et difficile. Pour quelque chose de si difficile, ce n'est pas si raté.
Bluffée par la beauté des acteurs, avec une mention toute particulière pour Hemingway et Zelda (Alison Pill).
Et sans connaissance technique particulière, j'ai été sensible à la pellicule utilisée, différente, comme fumée: une façon de faire du sépia en couleur.

- Mon père est femme de ménage : Une bonne surprise. Sans doute un mauvais film d'un point de vue du cinéma (je veux dire un film qui aurait pu être un téléfilm), mais un très bon témoignage sur la société: la France, une certaine France, de 2011, est représentée dans ce film. C'est peut-être La Boum d'aujourd'hui (pas de slow, rien pour rêver).
C'est un film sans méchant, c'est un film à base de scènes, comme autant de sketches, avec de bons dialogues. Il est construit autour d'une famille, et plus particulièrement d'un garçon, de son brevet des collèges à son bac. Cela ne se passe pas en Seine-Saint-Denis, mais dans le Val-de-Marne, les quatre amis sont blanc, juif, arabe, noir, et ce que montre bien le film, c'est la façon dont la violence, la bagarre, peut éclater à tout moment, sous n'importe quel prétexte, et qu'elle paraît absolument normale aux enfants: ce n'est pas une anomalie. Il me semble aussi que seul un réalisateur s'appelant Saphia Azzedine pouvait se permettre des blagues aussi racistes.
C'est sans doute un film sur les classes sociales: la barrière, c'est l'argent, ce n'est ni la couleur, ni la religion. (La jeune fille, avec ses tâches de rousseur, est très jolie.)
Le père croit encore que bien travailler en classe permet d'avoir un meilleur métier, une vie meilleure, il se bat pour ça, et cela m'a émue, de retrouver cette foi qui animait mes parents et qui me paraît avoir totalement disparue. (J'ai sans doute tort, si ce film dit vrai).
Mention spéciale pour la sœur, stupéfiante de bêtise, plus vraie que nature. Ça c'est une actrice!

- Je n'ai rien oublié. Je l'ai sans doute choisi pour Depardieu. J'ai beau lui en vouloir de devenir obèse sans retour, j'aime sa façon de jouer. Le film est bon, une bonne intrigue, de beaux décors, un peu violent, un peu mélancolique et un peu incohérent. Ce genre de film qui ne prétend pas démontrer quoi que ce soit sur l'art de faire des films me réconcilierait presque avec le cinéma français.

Traumatisme

Une histoire dédiée aux premières hontes de Fcrank.

Une collègue nous raconte que, son beau-père étant inventeur, elle avait pris l'habitude de répondre à son fils quand il demandait: «Qu'est-ce qu'il fait, papa? — Inventeur, comme papy.»

Et comme le petit garçon s'étonnait:
«— Mais y bricole jamais! Qu'est-ce qu'il a inventé?
— Mais si, tu sais bien, il a inventé l'eau tiède.»

Bien entendu, on demanda un jour en classe à l'enfant: «Qu'est-ce qu'il fait, ton père?»

Elle fume pas, elle boit pas, mais elle cause.

Ma mère, récit de H. sur Skype : «elle parle à ton père, à ses voisins, aux amis de ton père (l'un d'entre eux est venu déjeuner), au chien, au chat, à moi, à ses plantes, aux oiseaux (liste non exhaustive). Une chose est sûre, elle ne s'arrête jamais sauf quand elle tricote ou fait du point de croix.»

C'est drôle, je ne me souvenais pas de ça.

Towel day : rendez-vous aux arènes de Lutèce

Pour les 10 ans du Towel Day le Grand Ordre de la Serviette organise un événement inoubliable sur Paris.

LE PROGRAMME COMPLET :

1- Combat de serviette

2- Lancer de serviette

3- Course à la serviette

4- Tir à la Serviette

Entracte — défilé de belles serviettes

Pièce "La Serviette" du fameux poète latin Plaute (254-184 av JC)

Remise des coupes, médailles, diplômes (enfin ce qu'on trouvera!) aux grands vainqueurs des susdites compétitions.

Rendez vous à 19h30 aux Arènes de Lutèce (dans le quartier latin), un somptueux endroit, idéal pour un towel day ensoleillé. Après on ira finir la soirée dans un pub du coin à boire des cacahuètes et manger des bières (ou l'inverse - à voir).

Hitch

Hitch, encore cette semaine au Lucernaire. La pièce représente l'interview légendaire de Hitchcock par Truffaut. Elle intervient au moment du montage des Oiseaux.

J'attendais quelque chose de didactique, un poil ennuyeux mais riche d'enseignements, et ce n'est pas du tout cela. C'est un jeu sur les langues et les accents (c'est à la fois agréable, naturel et fatigant), avec des acteurs prenant la peine de ressembler à leurs personnages. J'ai découvert une Madame Hitchcock (je ne savais même pas qu'il y avait une madamde Hitchcok) drôle, fine et intelligente, un Hitch farceur fuyant le sérieux comme tout Anglais qui se respecte, et un Truffaut emprunté au point d'être raide, et cependant non dénué d'impolitesse.

La pièce met en scène un jeu entre la vérité et le mensonge, l'être et le paraître; bref, elle prend la peine d'être la démonstration de ce qu'elle évoque par instants, entre une réplique potache de Hitch et une question sérieuse de Truffaut.

Invraisemblance: vous refuseriez, vous, de dîner avec Hitchcock s'il vous invitait?

J'ai retrouvé quelques phrases célèbres, la qualité du film et la qualité du méchant, Marylin Monroe sans mystère, son sexe sur le visage… (je ne vois pas très bien la différence qu'il semble établir avec BB: BB, le sexe sur la peau tout entière?)

La main au collet

Nous sommes allés voir le film au cinéma, avec l'arrière-pensée pour ma part de leur donner quelques éléments pour comprendre la pièce de théâtre de demain.

Je ne sais plus si j'avais déjà vu ce film, peut-être le début, les images du chat sur les tuiles.
Grace Kelly est magnifique, c'en est presque douloureux. Tant d'élégance et de style, où cela a-t-il disparu? (Et la course poursuite, bien sûr, ne peut aujourd'hui que nous faire penser à sa mort.)

Visionnage sur fond de drame, C. a le cœur gros.

Après le film, dîner dans une brasserie place de la Sorbonne. On dirait que tous les garçons ont trop bu.

Vieille blague et illumination syntaxique

Johnny et Laetitia se retrouvent après une séparation de quelques jours. Ils font l'amour, et Laetitia, dans un élan amoureux, s'exclame:
— Oh Johnny, tu m'as manqué!
— Fallait pas bouger, salope!

Et soudain, je découvre qu'il y a deux façons d'accorder "manquer".

La langue pardonne peu

Mardi matin, ma collègue m'a déprimée. Depuis le 9 mai elle a sous sa coupe une jeune stagiaire beurette en master d'économie en formation en alternance. La jeune fille est destinée à répondre au téléphone sur des sujets très variés et à écrire des lettres. Ma collègue trouve qu'elle parle mal, qu'elle écrit mal, que ce n'est pas possible…

J'en parle à la jeune fille qui est presque au bord des larmes. Elle a effectivement une élocution que je qualifierais de "sombre", sa voix devient plus grave sur les consonnes, ce qui les fait disparaître. Et elle fait des fautes étranges, se trompant de pronoms dans les phrases, parlant très facilement à la troisième personne…
Mais enfin, il n'y a pas péril en la demeure.
«Je me suis sentie nulle… Je suis pourtant major de ma promo…» me dit-elle en parlant des remarques de ma collègue.
J'ai le cœur serré. Elle n'était pas préparée à cela, elle découvre cette discrimination sociale et la prend de plein fouet.
Je dis à ma collègue, vieille fille: «Tu vas le trouver où, ton mouton à cinq pattes? K. est polie, bien élevée, elle s'habille avec réserve, elle est motivée. Qu'est-ce que tu veux de plus?»

J'ai ramené au bureau un guide de bon usage, à la fois de savoir-vivre et d'écriture. Et un petit livre bleu, un manuel pour apprendre la rédaction datant des années 40 et destiné aux enfants de 6e et 5e de ces années-là.

Initiation à l'aviron pour les enfants début juillet

A Neuilly, au pied de la Défense, sur un bras calme de la Seine. Métro ligne 1.

Les enfants naissent dans les choux

Quatre garçons à la dérive dans le couloir :
— Qu'est-ce que vous faites là?
— Ils sont déjà trop alors ils nous ont virés.
— Bon allez venez.
— Mais y a que des filles!

Et effectivement, elles sont treize, quatre qui bricolent (travaillent), les autres qui papotent. Douze ou treize ans. Les garçons s'installent au bout de la table et commencent à cancaner à qui mieux mieux avec les pipelettes; j'écoute avec surprise, ce n'est que classement de beauté et question sur les tailles de soutien-gorge. Oui je suis surprise, car rien n'indique par ailleurs que la puberté ait commencé, ni leur physique poupin ni leur regard franc. Garçons et filles papotent, mais je ne comprends pas bien d'où leur vient leur intérêt, si ce n'est de par convention.

L'un d'entre eux fait une allusion lourde de sous-entendus, et sans même y penser je réponds avec un peu d'ironie. Antonin me regarde et dit, provocant et accusateur, pensant m'embarrasser:
— Mais Madame, vous en savez des choses!

Je suis debout, il est assis, contre-plongée, visage angélique boucles brunes dents baguées regard clair, il est adorable, gentil, souriant. Je réponds doucement:
— Tu sais, s'ils ont des enfants, c'est que les parents savent deux ou trois choses…
Il me regarde, ses yeux chavirent, pensifs, il bafouille sous le coup de la surprise:
— Je n'y avais jamais pensé…

Kermesse (dimanche dernier)

Peu de livres, très peu de livres, et en fort mauvais état. Je trouve des Rouge et or souveraine. Je les achète pour les "sauver". Je ne me lasserai jamais des bibliothèques Rouge et or.

- Alain Bombard, Naufragé volontaire, en poche (la dernière fois que je l'ai eu, c'était en bibliothèque verte);

- Anthony Buckeridge, Bennet et les grenouilles, toujours dans l'espoir de faire lire le petit dernier

- Lieutenant X, Langelot et le plan Rubis, parce que je les achète, parce qu'une Libanaise m'a contacté sur FB à cause de Langelot;

- Aranka Siegel, Sur la tête de la chèvre, épuisé. J'ai le tome 2, La grâce au désert, je les ai lus tous les deux entre 1992 et 1994, à la bibliothèque de Levallois-Perret, à l'époque où je ne lisais plus que des policiers et des livres pour enfants. Deux livres magnifiques (une adolescente juive hongroise en 1942);

- Charles Dickens, Olivier Twist, en bibliothèque verte, abrégé (oui je sais. Honni soit, etc);

- Frances Burnett, Petite Princesse'' et ''Le petit lord Fauntleroy, en rouge et or souveraine, donc;

- Philippe et Jacques Mahuzier, les Mahuzier au Canada, parce que je ne peux pas laisser échapper un Mahuzier.

Fin de week-end (fin de partie)

C. manque son train pour la Suisse et nous annonce dans le même élan qu'il veut rester en France. Ça tombe bien, je manquais d'un jardinier.

Le dilemme

Règle : tout nouveau film projeté directement à l'UGC Orient-express est une bouse. Je le sais, mais j'essaie (c'est le côté catho, la croyance au miracle, le désir d'être sauvé: et si cette fois, cette unique fois, ça allait marcher (mais dans la réalité ça ne marche jamais (mais j'essaie encore…))) . <br /><br /> Et en regardant ce film verbeux pleins de bons sentiments, je me disais 1/ que Winona Ryder vieillissait mal 2/ que si ces films ne m'apprenaient rien sur le cinéma, ils m'apprenaient sans doute beaucoup sur une certaine Amérique qui n'a pas dépassé la comtesse de Ségur et Dickens. Non, ce n'est pas "rafraîchissant", c'est juste agaçant.

Le Fou, de et par Benoit Lepecq

Benoît encore, à une heure ingrate (15 heures); il avait de la chance j'étais en réunion à deux pas du théâtre de la Pépinière, je suis partie au milieu des conférences sur la CNIL…

Spectacle en deux dimensions, sans le son et la lumière, et m'a frappée cette fois un aspect Charlie Chaplin, s'ajoutant à Rimbaud et Artaud qui viennent spontanément à l'esprit.

Ce spectacle est une merveille d'intelligence (et donc de poésie), tant du point de vue du texte que de l'interprétation.

Hypocondrie philosophique

De même que certains pensent être malades chaque fois qu'ils ouvrent un livre médical, je crois tenir une description valable du monde chaque fois que j'ouvre un livre de philosophie.

(Pour me consoler de ce travers, je me dis qu'il est difficile de lire sans croire, au moins le temps de la lecture.)

Exemple :
Le pouvoir essayait de compenser l'impuissance à laquelle il s'était lui-même condamné en multipliant les vagues promesses tendant à substituer à la démocratie politique la démocratie sociale, celle-ci étant présentée comme la démocratie idéale, celle qui devrait exister et dans laquelle l'éthique règlerait mieux les difficultés que l'autorité et la puissance.

Julien Freund en préface de La notion de politique, p.16
J'ai l'impression que Freund parle de l'école.

Bruxelles

- Albert Lavignac, Le voyage artistique à Bayreuth, parce que Daniel Ferrer le cite souvent;

- Luis Borgès, L'auteur et autres textes, un livre neuf, bilingue (je n'apprendrai jamais l'espagnol, mais qu'importe), parce qu'un Borgès, pourquoi pas, ce n'est jamais perdu, c'est du fond de bibliothèque;

- Michel Mesnil, Kenji Mizoguchi (Seghers 1965), parce qu'il y a bien longtemps on m'a emprunté (je sais qui) le Mizoguchi aux éditions du Cerf (et le Louise Brooks) qu'on ne m'a jamais rendu;

- Lorand Gaspar, Histoire de la Palestine, (1978), parce que depuis que j'ai lu Le Figuier, je ne laisse jamais passer un livre Maspéro. Et puis Gaspar, Gaspard de la nuit, Gaspard des montagnes, Gaspard le rat…;

- Albert Mahuzier, à la poursuite des Gorilles, (dédicace de l'auteur), parce que je ne connaissais que Les Mahuzier en Afrique de Philippe Mahuzier, et que visiblement c'est le livre père, à tous les sens du terme, et que ces Mahuziers m'ont autant accompagnée que les Signes de piste;

- Jacob Boehme, Confessions, et si je dis que c'est parce que je sais que je le confonds avec Boecke, un personnage d'Hugo Pratt dans Fable de Venise, qui comprendra?

- Maître Eckhart, Conseils spirituels, parce que parce que, Alain de Libéra et Urs von Balthazar et ma prof de philo et toute la vie qui précipite…, et la couverture qui me semble être exactement une carte postale envoyée par Philippe;

- Charles Péguy illustré par Nathalie Parain, Cinq prières dans la cathédrale de Chartres, Sainte Geneviève, Jeanne d'Arc, à cause d'un retour de plieux.

L'inconvénient de tout ceci, c'est qu'ayant été acheté le matin, il a fallu le porter le reste de la journée dans mes déambulations au sud de Bruxelles.


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Agenda
Thèse de Tristan Storme
Failli manquer mon TGV au retour

Constat

J'en viens à me demander si je je ne devrais pas faire comme à vingt-trois ans, c'est-à-dire me vieillir, (enfin là c'est assez simple, il suffit que je me laisse blanchir et que je laisse pousser ma frange) et arrêter de faire l'andouille.
J'ai peut-être trop cru à Conseils à un jeune Français partant pour l'Angleterre, ou alors ça ne vaut pas si l'on reste en France (ah oui, ça doit être ça, sinon les conseils auraient été inutiles, suis-je bête.)

Je ne sais pas. J'hésite. J'ai toujours adoré les faux signes, mais ce n'est amusant que s'ils sont reçus comme faux signes, au moins par quelques-uns. Dans mon esprit, c'était même une façon de distinguer ces quelques-uns. Mais je commence à être découragée. (D'un autre côté, je me dis que je regretterai peut-être ces lignes dans dix ans. D'un troisième côté, je commence à trouver tout cela suffisamment ridicule pour totalement l'oublier (ou l'occulter?) : oui «Honni soit qui mal y pense» commence à acquérir toute sa profondeur.)

Déco

Dans ma cuisine, il n'y a pas de calendrier de pdblogeurs, mais un calendrier de rameurs (à l'origine cela devait être un cadeau de Noël, mais il est arrivé en mars, j'ai donc décidé de le garder).


Inconscience

«Qu'est-ce que la théologie?» Ce matin dans le métro, j'ai été assez embarrassée de me souvenir que j'avais posé cette question (qui me travaillait depuis longtemps) tout à trac en mars 1997 au dominicain Hervé Legrand au cours d'un déjeuner durant un séminaire au centre jésuite des Fontaines.
Mon Dieu… (Et encore plus embarrassée, maintenant que je viens de faire une recherche google sur son nom. Heureux les simples d'esprit…)

(Il a répondu par une boutade et nous sommes passés à autre chose.)



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J'ai rencontré Taubes sur le mur FB de Jean-Yves P., en novembre 2009, à l'occasion de la parution en français d'Escatologie occidentale je suppose. J'ai aussitôt su que c'était un homme pour moi (pourquoi? sans doute à cause des quelques mots d'accompagnement de Jean-Yves), de même qu'entre Benjamin, Strauss, Scholem, il m'a suffi de quelques lignes pour savoir que c'était Scholem qui serait le mien.

Je lis En divergent accord et une fois de plus je suis surprise de me rendre compte que tout aurait pu avoir lieu beaucoup plus tôt: Nolte ou Kosselleck, la querelle des historiens allemands, j'en avais eu connaissance en 1995, mais je n'avais pas compris que c'était là qu'il fallait creuser, que c'était le chemin que je cherchais. Je ne l'avais pas reconnu.
1996, inscription à une série de cours de Paul Corset sur Maïmonide, cours que je n'ai pas pu suivre, raisons familiales. J'aurais rencontré Brague, forcément, dans le parcours. (Il faudrait que je ressorte ce cours: le professeur me l'avait très gentiment envoyé quand je lui avais expliqué pourquoi je ne pouvais pas être présente. Je ne l'ai jamais lu.)

(Comme Hervé Legrand était drôle. J'aurais pu l'écouter des heures, il fait partie de ces gens qui vous emmènent en promenade quand ils parlent et vous font découvrir des paysages ou des contrées. Comme je lui avais fait une remarque quelconque sur son humour, il m'avait répondu que ce n'était pas toujours très bien compris autour de lui, qu'on le prenait parfois trop au sérieux, ce qui m'avait laissé interloquée.)
Je me souviens qu'au cours du même repas avaient été évoqués les problèmes posés par un jeune prêtre présent au colloque, et visiblement assez mal dans sa peau. «Manque de formation», avait diagnostiqué Hervé Legrand (ce prêtre avait interrompu des études). Cela rejoignait le jugement du prêtre sur le fils dans Mamma Roma, film que j'avais vu peu auparavant, et la coïncidence des opinions m'avait impressionnée: il n'y a pas de raccourci, tout le chemin est à parcourir (mais il est élastique ou en accordéon: parfois il s'allonge ou rétrécit brusquement. Cependant le phénomène est totalement imprévisible).

Quinze ans pour trouver une entrée possible du labyrinthe. Combien de temps me reste-t-il pour m'y perdre et cependant ne pas errer?

La lecture de ce tout petit livre me donne envie de rire et pleurer, parce qu'il rallume l'espoir.

Décolletés

Je me suis d'abord dit que Tristan rendait un hommage à BHL, puis en regardant une photo d'un ancien directeur du Cevipof dont la salle portait le nom, que c'était sans doute une façon traditionnelle d'aborder la philosophie politique.




Georges Lavau, directeur du CEVIPOF
de 1967 à 1975

Grelots

J'ai acheté des sandales qui font un bruit de bracelets entrechoqués quand je marche.
Salammbô.

Nuit de lundi à mardi

Rangement, ou plutôt ramassage et jet(age): les tas sur le bureau étaient auparavant sur le plancher, mais pas en tas, étalés sur deux ou trois mètres carrés (j'ai abîmé des papiers en roulant dessus avec ma chaise). Dormi si ridiculement peu que je n'ose pas l'avouer. Bon, j'y retourne (je veux dire : dormir)…






(ajout cinq ans plus tard : cette nuit-là, je cherchais le carnet de santé de Clément qui en avait besoin pour prouver qu'il avait eu la varicelle et pouvait aller en cours. Je ne l'ai pas trouvé et pour cause: il l'avait avec lui à Lausanne.)

Bilan du week-end

— Tu crois qu'on aura des vacances, un jour?
— Tu veux dire un truc où on se repose? Tu rigoles!
— Non, je veux dire un truc où on fait ce qu'on n'a jamais le temps de faire.

Bilan de la semaine

- Mardi Ulysses (de Joyce) et la musique, les dernières découvertes à ce sujet, la pointe de la recherche due à la découverte d'une source il y a deux ans environ.
Puis Guinness.

- Jeudi Oulipo : nous avons dit beaucoup de bien de La Syllabe et l'écho d'Alain Chevrier. Et pour répondre à une question que nous nous posions, oui, le livre est réimprimé (éclats de rire à apprendre que Chevrier est classé parmi les auteurs pornographiques à cause du Sexe des rimes).

- Vendredi Marcheschi, une lecture de Camille morte et une projection du très intéressant Vers la flamme.
Plaisir de voir Rémi en pleine forme. Donc (pour ne pas oublier) enterrer la sculpture marcheschienne avec les cendres de Rémi, en Grèce (lieu à repréciser), et boire une bouteille de rosé à sa santé (l'enterrer elle aussi ayant semblé dommage)).
Le reste du temps nous avons parlé culture et civilisation, bien sûr.

- Samedi Le Misanthrope (admirablement joué à un tarif défiant toute concurrence), avec un plaisir très vif, à la fois à cause de la jeunesse, de la beauté, du professionnalisme de ces acteurs en herbe, et à cause de l'impression de découvrir Molière, la profondeur de Molière (frappée par les résonnances avec La Fontaine: il faudra que je vérifie la chronologie, les influences possibles, et dans quel sens.)
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