Le pont

Monet à l'Orangerie en famille (une première). Collection permanente, exposition sur les peintres espagnol (bien).
Déjeuner en terrasse dans le jardin des Tuileries. Courses diverses dans la foule parisienne, ce que j'évite, habituellement.

Rare

Aujourd'hui, j'ai lu un livre.

Ne riez pas, c'est exceptionnel, suffisamment pour que je le note ici.

Ma héros, mon modèle

« Casimir! Les valoches !»

Quand je serai grande, je veux être Léontine.

Pour les cruchons, quelques répliques de Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages.
(Ce site est un régal.)

Anna Karenina en turc




Vendredi soir, après les cruchons
Je l'observais, il était à soixante ou cent pages de la fin. J'étais inquiète pour lui, de ce qu'il allait lire.

Wagner c'est… c'est puissant, non ?

Projet : aller voir en groupe Stéphane Bern dans Celles qui aimaient Richard Wagner.

Cosplay: les garçons habillés en Louis II, les filles en Arielle Dombasle.

Si vous voulez participer, laisser un mot dans les commentaires, je vous tiendrai au courant.

Politiquement incorrect

Conversations entre assureurs

— Je viens d'une boîte américaine. Les mails étaient filtrés, il leur a fallu du temps pour comprendre que insurance se disait "assurance", et chaque fois que nous écrivions "ass", nous recevions un mail en anglais nous avertissant que nous utilisions des mots non autorisés et qu'une récidive entraînerait des sanctions…
— Ils lisaient vos mails? Et la CNIL ?
— Bah…



Un peu pas écrivable, j'ai hésité, mais je tente (conversation à quatre ou cinq):

— J'ai regardé l'émission sur Hitler hier, j'ai été choquée d'apprendre qu'Hugo Boss avait dessiné les uniformes des SS. Et Ford qui offrait cinquante mille dollars à Hitler pour son anniversaire…
— C'est comme Allianz qui assurait les camps de déportations…
— Oui. Vous imaginez la visite de risque? Vos chaudières m'ont l'air un peu en surchauffe, là…
— Est-ce que vous avez correctement sprinklé vos bâtiments?

L'aîné - florilège

  • 15 octobre 2011
Dispute avec Clément qui me dit "qu'il se demande s'il veut aller aux Etas-Unis cet été". Je lui dis que ce n'est pas un choix et qu'il y en a marre qu'il obtienne toujours ce qu'il veut sans que nous n'ayons rien en retour.
Au fond de moi je sais qu'il faut qu'il vienne mais aurai-je le courage de le lui imposer?

Il me répond alors que "je n'ai pas le choix". Nous sommes dans la voiture pour aller faire les courses. J'arrête la voiture: "Tu descends ou tu t'excuses". Il s'est excusé.

  • 16 octobre 2011
Hervé m'apprend que C. n'a pas apporté le disque dur à Rhotull alors que je l'avais rappelé à C. tous les jours de la semaine. => C'est bon, il viendra aux US avec nous, ça suffit1.

  • 22 octobre 2011
Tandis que je reçois le courrier de l'Alsacienne pour le voyage des premières à Berlin de A., C. murmure: "je regrette de ne pas y être allé". (Je ne dis rien mais quitte la pièce, furieuse2.) (Je vais inscrire A d'office.) (Mais à la réflexion, avait-on l'argent à l'époque?)

  • 26 octobre 2011
Clément tire la tronche ce matin.
moi: — Tiens, Daniel [le voisin] a encore changé de voiture?
C : — J'en sais rien.
Ça me fait sourire, sa mauvaire humeur cyclothimique m'exaspère donc je souris: — On dirait Claude.
— Oh mais va te faire foutre! J'en ai marre à la fin.

J'abandonne la voiture, moteur allumé, que je conduisais, et je vais prendre le bus (il est 7h20).


Note
1 : note en janvier 2017 : des années après ça paraît une étrange punition! Il s'agissait simplement qu'il soit avec nous et arrête d'en faire à sa tête, sans jamais nous prendre au sérieux.
1 : parce qu'à l'époque il avait catégoriquement refusé d'y aller malgré mon insistance.

Décrire le monde

Hier, attendant un livre, je musais dans le sous-sol de la bibliothèque de Sciences-Po: tous les grands classiques de la philosophie politique et de l'économie, en accès direct, consultables sur place, quatre ou cinq rangées d'étagères remplies de livres tranches contre tranches (étagères perpendiculaires au mur, livres sur deux épaisseurs). Un moment j'ai été tenté d'évaluer combien de jours représenterait leur lecture intégrale, mais le vertige m'a pris, frustration et fatigue confondues, j'ai préféré abandonner.

Ricardo ou Pareto? Je voulais lire l'un des deux, mais je ne sais plus lequel (plutôt Pareto, je pense, car en regardant leurs biographies, il me semble avoir lu Ricardo il y a bien longtemps, en même temps qu'Adam Schmidt). J'aime cette écriture. C'est si simple au début. Cela ressemble à la physique: c'est si simple au début. On a l'impression qu'on va tout comprendre. Arrivé à Schumpeter et Samuelson, le découragement gagne (mais avec la théorie des jeux appliquée à l'économie, qui modélise l'illogisme du comportement humain à partir d'enquêtes et d'études statistiques, l'intérêt renaît (la "rationalité" économique est vraiment une hypothèse aberrante, je ne comprends pas qu'elle ait pu être utilisée si longtemps en étant si manifestement inadaptée)).

Je m'égare. «Ce que je voulais dire, c'est que» je suis tombée en arrêt devant la production de Raymond Aron. Combien de mètres d'étagère, deux, trois? Même en comptant les volumes en double, c'est énorme. J'ai ouvert les tomes reprenant les articles parus dans le Figaro. Papier bible, trois tomes, "huit cent cinquante six articles", me dit Amazon.
J'ai pensé à François Mauriac. Où sont passés les "plumes" de la presse? Y en a-t-il encore, que je ne saurais reconnaître? Les seules chroniques à la fois sérieuses et personnelles seraient-elles toutes désormais des billets de blogs? Mais peut-on comparer cela au prestige, au savoir, à la connaissance d'un agrégé de philosophie trempé par la guerre ou d'un prix Nobel de littérature? (Je sais, les titres ne sont pas un vaccin contre la bêtise. Mais tout de même…)

Dimanche

Matinée sur la "tolérance". Passionnant (Thomas More, l'édit de Nantes, Locke, Voltaire, Bayle).
Tarte aux poires. Bord des larmes. Sieste. Suède et googlemaps. Ecrire est trop long, je me sens dépassée par la quantité. Habemus papam. Sommeil.
Rien fait de la journée, d'une certaine façon.

Une voix

Je suis tombée amoureuse d'une voix, celle qui fait les annonces vers 18 heure sur le quai du RER D aux Halles. J'ai fait un sondage (sur trois personnes), c'est apparemment la même voix qui officie gare de Lyon, elle doit prendre en charge toute la longueur des lignes A et D dans Paris, et peut-être la B.

Comment ont-ils recruté ce jeune homme (je ne peux imaginer qu'il ait plus de trente ans, il y a quelque chose de juvénile dans la tessiture), sur quels critères, à partir de quels tests? Vocabulaire, syntaxe, intonation, tout est parfait, et lorsqu'il commence à dire des choses aussi bizarres que: «Ligne D, je ne peux vous dire quand vous aurez un train pour la gare de Lyon car je n'en sais rien. Tous les trains sont bloqués depuis 17h40. Si vous souhaitez vous rendre à Melun, je vous invite…» (etc), je me sens rassurée: quelqu'un est en train de nous dire la vérité et essaie de nous proposer une solution.
Effet incroyable de cette voix: toute autre m'aurait fait rire sardoniquement, celle-ci m'apaise. Et lors de mon sondage (très scientifique, effectué au petit déjeuner), j'ai eu la surprise de découvrir que les trois sondés avaient tous les trois repéré cette voix, et l'aimaient tout autant que moi.

Et je songe à "la Voix" dans V pour Vendetta.

L'Inde

Tableau plutôt inquiétant de l'Inde ce soir par Mira Kamdar; tant de richesses mises sous le nez de tant de pauvres (La petite fille aux allumettes démultipliée par la télévision). Mais finalement Slumdog millionnaire montrait très bien tout cela.

— L'Inde est la plus grande démocratie du monde. Chaque fois qu'il y a des élections en Inde, ce sont toujours les plus grandes élections jamais organisées, puisque la population étant en croissance , il y a toujours plus de monde qui vote.

Andouilles

Je propose qu'on envoie des andouillettes AAAAA au comité de direction de Moody's.

Jour faste

Nous avons raté le RER de 7h06, et le train de 7h12 était un "court", c'est-à-dire avec moitié moins de wagons que la normale. Après être restée un moment à tanguer dans les escaliers menant au premier étage, je suis allée m'établir dans le couloir du rez-de-chaussée afin de pouvoir lire sans tomber.
Et c'est alors que je l'ai vue, "ma" Princesse de Clèves:







Et le soir, dans un RER en retard, Gilberte lisait Un amour de Swann.







Maintenant, il me faut un lecteur de Camus.

Saint Joseph

Des notes en vrac, vite, de mémoire. (En réalité il y en a huit pages manuscrites).

— Il est le patron de la bonne mort, ce qui va sans doute vous étonner.
— Pourquoi devrions-nous être étonnés?
— Parce que la bonne mort n'est pas ce qu'on envisage aujourd'hui. A l'époque [XVIe au XVIIIe siècle], c'est celle qui vous permet de vous préparer, celle qui ne survient pas brutalement.



Durant le Moyen-Âge, le pauvre est une figure du Christ. Mais à partir de 1520, dans les pays du Nord, va se produire une évolution, il va devenir louche, facteur de troubles et être marginalisé. D'abord il s'est produit un rattrapage démographique suite à la peste noire, et nous sommes dans un pays plein, que l'on parvient tout juste à nourrir (et je songe à L'Oeuvre au noir). D'autre part nous assistons à une évolution de l'aumône. Jean-Louis Vivès écrit le De subventione pauperum, il plaide pour une organisation de l'aide et la fin (du moins la raréfaction) de l'aumône individuelle, inefficace (l'aumône individuelle était destinée à assurer votre salut: le pauvre priait pour vous).

Une définition du bon et du mauvais pauvre apparaît: le "bon" pauvre, c'est le pauvre malade ou le pauvre honteux, celui qui voudrait travailler mais ne le peut pas, celui qui a honte de sa misère; le mauvais pauvre, c'est le paresseux (et je souris en pensant que cette distinction avait de l'avenir devant elle).



Avant la révolution de l'imprimerie, il y a eu la révolution du papier, quelques années avant.

Première Bible (catholique) traduite intégralement en français : celle de Lefèvre d'Etaples en 1532. Publiée en petit format, destinée à la pastorale, pour les fidèles. Une transformation de l'Eglise chrétienne était sans doute en cours, la Réforme est venue interrompre le processus et l'histoire a pris un autre cours.

Dans la série des explications qui n'expliquent rien

— «Aussi improbable que du Metallica dans une playlist de Maïlé Çaillllrus»… C'est quoi Maïlé Çaillllrus?
— Une horreur. M,i,l,e,y C,i,r,u,s.
— Ah, Milé Cirus…
— Maillley Çaïrus. Elle est à la musique ce qu'Attila est au jardinage.

(J'ai quand même fait une recherche.)

Discussion

Ça marche !

Je n'en reviens pas. Une dizaine d'inconnus réunis autour de treize textes. Et ça marche: il est possible de discuter, possible d'avancer, de découvrir le texte à travers les yeux de son voisin. Je n'aurais pas parié un kopek là-dessus.

Il me reste à déterminer les conditions du succès: un maître du jeu, qui sache résumer ce qui vient d'être, ouvrir de nouvelles pistes et faire respecter la parole de chacun, jusqu'au bout.


Appris : au XVIe siècle, on apprenait à lire, pas à écrire (d'où les croix sur les contrats: on savait les lire, pas les signer).

La faim dans le monde

Des notes de mémoire, presqu'une semaine après (j'écris le 19 octobre): qu'est-ce qui reste?

Vibrant plaidoyer de Sylvie Brunel en faveur des agriculteurs, y compris en France.

On avait faim en France en 1945. Courbe de croissance de la population comparée à la courbe de la production agricole. Comment avons-nous évité la famine? Par une révolution technologique (tracteurs, engrais ("produits phytosanitaires), remembrement (révolution du foncier)).

Aucune agriculture ne peut se développer sans des politiques protectionnistes (et je pense à la Suisse…). Ce qui manque à l'Afrique de ce point de vue, ce sont des volontés politiques.

Sylvie Brunel donne des chiffres, bat en brèche quelques préjugés:
- Un tiers des personnes souffrait de la faim quand nous étions 3 milliards, il y en a 17% aujourd'hui mais nous sommes 7 milliards.
- L'Afrique est un pays riche en terres, la preuve, des pays comme la Chine ou l'Allemagne (!) y louent des terres cultivables.
- Cependant, beaucoup trop de terres échappent aux paysans sous prétexte de réserves naturelles (ex du Kenya), les touristes viennent voir "les big five": lion buffle rhinocéros guépard éléphant.
- Aucun agriculteur ne veut produire pour se nourrir: il produit pour vendre (et acheter). D'où l'importance des volontés politiques. Les agricultures naissantes doivent être protégées.

J'apprends avec stupéfaction qu'en France, être vert serait être pour la forêt contre les prairies: ???

Plaidoyer pour que nous étudiions objectivement les OGM sans les rejeter par principe. Remarque sur les carburants verts: les paysans pauvres y sont favorables, ces carburants (1% de la production) représentent des revenus. (En fait, Sylvie Brunel nous a mis en garde contre une boboïsation/romantisation de l'agriculture: non, les agriculteurs ne sont pas là pour faire plaisir à quelques citadins qui n'ont jamais fait pousser une tomate.)

— Certains veulent qu'on plante du sorgho. Mais qu'est-ce que vous faites avec du sorgho, hein? Un épi de maïs, c'est mille cinq cents utilisations.

Trois P : la paix, la pluie, les prix.
Cinq F: feed, forest, food, fuel, fiber

Ordre de grandeur

Parole d'assureur:

— Non, mais les incendies de la Saint-Sylvestre, on est à des années-lumières de ce que coûte un retour de week-end !

42

Vendredi soir, en allant aux cruchons, dans un des nouveaux wagons du RER B (je le note, ça fera un point de repère quand nous nous demanderons: «Mais quand donc la ligne B a-t-elle changé de wagons? Tu te rappelles, les wagons sales à lumière jaune?»)

Donc voilà, la lumière est blanche.

Quelques instants plus tard, cet homme s'est mis à rire tandis qu'il avançait dans les dernières pages du Dernier Restaurant avant la fin du monde, deuxième tome de la série de Douglas Adams.



Malade

Matinée au lit. Je lis le dernier tome du journal de Julien Green, Le grand large du soir. C'est un peu trop sentencieux pour me plaire, mais cet homme est impressionnant, il a croisé tout le monde. Et il est la preuve que l'on peut rester lucide jusqu'au bout.

J'ai l'intention de m'atteler à mon dossier d'histoire l'après-midi, mais O. regarde Le bon, la brute et le truand derrière moi. C'est irrésistible. Je m'endors dans le canapé près de lui. Quel film antimilitariste, ou pacifiste. Quel beau film sur la pitié, le cigare donné à Paco, les larmes du musicien, le sourire du capitaine mourant en entendant sauter le pont et les dernières bouffées du soldat.

Malade

Mon médecin est rentré mais il ne peut pas me prendre. Trop de monde. Il présente des excuses, sa voix est blanche.

Institut Arthur Vernes, six heures. Consultation sans rendez-vous. Nous sommes au moins six ou sept à attendre, je ne sais dans quel ordre, posés au hasard sur les chaises. Le silence est profond, impressionnant, comme si nous étions oubliés du monde tandis que la nuit tombe. Cela dure une heure. Je finis Sesbouë et je m'endors.

Virus grippal. Ce n'est pas la grippe, ce n'est rien en fait: dormir et boire. Je sais bien que c'est une réaction à jeudi.

Visite de la bibliothèque sous les toits. Dans la journée elle doit être admirable. J'en profite pour vérifier que JA n'est pas référencé dans la revue Études. (Ouf. Parfois la Terre se remet à tourner sur son axe.)

Histoire. Les peurs de l'Occident. «A fame, a peste, a bello, liberanos Domine.» Je m'ennuie doucement, je me dis que ce doit être nécessaire, ce doux ennui, nécessaire aux courses de fond, pas de précipitation. L'Occident toujours en guerre, au XVIe et XVIIe siècle, la paix une exception, les armées sous la protection d'un saint (et je me dis que nous ne sommes pas si loin de L'Iliade et des dieux de l'Olympe), la victoire comme une justification, la défaite comme une malédiction, un grain de blé en donne cinq, il faut en garder un ou deux pour les semences, et encore c'est une bonne année, si un grain en donne deux, c'est une catastrophe.

(A une époque, il courait le bruit que c'était une question à l'oral de l'ENA: combien de grains sur un épi? J'avais posé la question à mon père, qui avait pris le problème logiquement: un épi mesure quatre à cinq centimètres, chaque grain mesure sept à huit millimètres, ils sont attachés sur quatre rangs… Bref, nous arrivions à un nombre entre vingt et trente. A vérifier.)

Les sorcières, l'astrologie, le purgatoire, les limbes,… une jeune noire, dont je ne sais si elle vient des Dom ou d'Afrique, pose plusieurs questions: visiblement elle n'arrive pas à imaginer que l'Occident ait pu être aussi "attardé". (Et j'ai un peu honte, je me demande ce qu'elle a appris, je me dis que "nous" n'avons pas été honnêtes.)

Je savoure ce que je n'ai finalement jamais connu: un professeur qui lit des thèses, et qui est donc au courant des dernières recherches. Ses affirmations ressemblent à des lieux communs, mais chaque question provoque des précisions bien au-delà de ce que nous attendions.

Empreinte

— Vous avez bien dormi ? nous a-t-il été gentiment demandé avant le procès.

Avant oui, mais depuis, non. La nuit suivante, pas dormi (le vin? la tension?), la nuit d'après, malade, cette nuit, des rêves me ramenant encore et encore dans cette chambre de tribunal où nous avons passé un après-midi à écouter des histoires de camions volés, vendus, inclus ou non dans des inventaires, d'interdiction pour des mari et fils d'entrer en contact avec leur épouse ou sœurs, les craintes d'un avocat futur papa redoutant une audience après l'accouchement.
Je passe mes nuits dans cette pièce de chêne clair, au papier rouge et doré (j'ai cru un moment qu'il s'agissait de pochoirs, mais sans doute pas), dont le plafond à caissons reprend les fleurs du Quinconce.

Le retour du fils prodigue

Il a grandi, il a mué (c'est étrange), et il m'étonne à parler français avec tant de fluidité après dix semaines en Allemagne.

Un peu étonnant

— Mais comment voulez-vous que je travaille si je ne comprends pas ce que je dois faire?
— Il suffit de travailler mal.

Steve Jobs (1955-2011)

C'est bizarre, tout le monde le connaît à présent, à cause (ou grâce) à l'iPod et l'iPhone. Quand l'iPod avait connu le succès, j'avais ressenti la même impression que lorsque Umberto Eco était tombé dans le domaine public avec Le Nom de la rose.

Mes souvenirs de Steve Jobs, c'est le Newton et le lancement de NeXT. Je devrais sans doute le mettre dans l'autre sens, d'ailleurs, NeXT France ayant précédé le Newton. Mais si l'on excepte le lancement de NeXT à la Défense , cela n'a compté qu'après (dans ma vie, je veux dire).

Le Newton, ce sont des week-ends de solitude avec C. qui savait à peine marcher, pendant que H. allait développer des "applis" chez et avec un ami. Evidemment, vu les ventes du Newton en France, cela ne nous a pas rendu «rêches et célibres», selon notre expression de l'époque. (Je me souviens d'un dessin, d'une pomme en train de tomber sur la tête de Newton, avec une bulle: «Soit je rebondis, soit c'est le grand splash.» La pomme n'avait pas l'air très rassurée.)
Sans doute cette solitude m'a-t-elle fait souffrir davantage que je ne le pensais (en fait je n'avais pas conscience de souffrir, je considérais tout cela avec bienveillance, amusée d'être perpétuellement trompée avec l'informatique (je n'ai jamais accepté un portable dans mon lit, comme quoi la symbolique doit être plus profondément enracinée que la boutade pourrait le laisser croire)), car lorsque l'iPhone a commencé à connaître le succès que l'on sait et que H. a évoqué l'idée de "développer des applis" pour lui, j'ai explosé. J'ai dit non, surprise moi-même par la violence des sentiments qui remontaient, et que j'ignorais jusque alors (entre les deux dates, il y a douze à quinze ans).

NeXT, c'est différent. Nous n'avions pas les moyens d'en acheter, et pourtant, je ne sais combien de NeXT il y a eu à la maison, plus ou moins en pièces détachées, les uns servant de donneurs d'organe aux autres. H. était en extase devant leur système d'exploitation, régulièrement je l'entends soupirer «l'informatique n'a fait aucun progrès depuis le NeXT, quand on l'allume, on voit que tout y était». Je n'ai jamais compris pourquoi il ne s'était pas lancé à corps perdu dans l'aventure. La peur de réussir ou la peur d'échouer ou la peur d'être déçu par ce qu'il aimait profondément? (et le savoir aigu que Steve Jobs avait un caractère impossible, dictatorial). J'aurais dû lui poser la question à l'époque, je regrette de ne pas l'avoir fait.
J'ai été heureuse d'apprendre un jour que NeXT était le père d'internet (enfin, ne disons tout de même pas trop de bêtises dans un domaine que je ne maîtrise pas: la machine qui a porté le premier réseau internet, cf. le lien donné plus haut).

Il me reste aussi un T-shirt. Je ne l'ai pas jeté, même si franchement il est dans un état lamentable.




J'ai pensé à «Roll the dice. Mourning will commence at dawn».

Transmission des valeurs

Si votre fille termine sans sourciller un devoir d'anglais (écrire un mail à une amie au Kenya, d'après ce que j'ai compris) par « I will be back», il est possible que vous ayez réussi à transmettre quelque chose.

1984

Quai du RER D aux Halles hier soir.



Tri

Jeté le carton de ramettes de papier qui nous servait d'armoire à pharmacie depuis une quinzaine d'années (l'anté-pénultième déménagement, je crois). Jeté une poubelle de médicaments périmés, avec des dates de péremption oscillant de 2004 à 2008.
Maintenant notre stock tient dans une boîte à chaussures (Smecta, Vick, aspirine et doliprane. Et des pommades contre les piqûres de moustiques, les coups de soleil, les courbatures).

Je fanfaronne, mais c'est que j'ai la perception aiguë de la fin de ma vie (au sens long du terme, en années et non en jours), quand les pilules et cachets seront devenus mes compagnons quotidiens. Alors pour le moment? profitons-en, profitons-en.

Longue haleine

Nous sommes quarante-cinq. Combien seront encore là dans huit ans? Je n'ai encore jamais passé autant d'années avec un groupe, ni avec des camarades d'université, ni avec des collègues de bureau.

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