Feuilleton

Je tiens un concept, .

Cette fois-ci, nous avons appris une minute avant l'arrivée de la rame qu'il n'y aurait plus de métro en direction des Halles pour une durée indéterminée suite à un voyageur malade dans une voiture.
Ressortir de la station Saint-Placide, remonter la rue Notre-Dame-des-Champs, prendre la station du même nom ligne 12, descendre à Madeleine, prendre la ligne 14, il est 23h02, je n'aurai pas le RER de 23h08.
En arrivant gare de Lyon, je constate que le RER est de retour sur son quai habituel (et non au départ sur les grandes lignes). Il est 23h12, pour une raison incompréhensible, un RER est annoncé à 21 (au lieu de 38: est-ce que le 08 aurait été annulé?) Quand le RER arrive, il stationne cinq à dix minutes (31 au lieu de 38, c'est toujours ça).
Je m'endors si profondément que lorsque j'ouvre un œil au premier arrêt, le voyageur en diagonale sur les sièges d'en face m'informe charitablement: «Villeneuve-Saint-George. Vous allez où? Je vous réveillerai.» (Détail curieux, avec un look un peu SDF (moins l'odeur), il transporte dans un de ces grands sacs de course réutilisables toute une collection de cassettes vidéos enregistrées de films de Gene Kelly. Les tranches sont annotées avec soin, des photocopies en noir et blanc des affiches sont collées sur les cassettes.)
Dernière anomalie: le train ne s'arrête pas sur le quai habituel en gare de Yerres.

(Vous aurez compris que ce qui m'intéresse, c'est la variation).

Sur ma voiture un peu de poussière blanche, un désir de neige. Et un PV, placé sur la carte annuelle d'autorisation de stationnement de 2009 collée contre le pare-brise.

Retour en enfance

Je ne souffre pas d'insomnie, mais je n'arrive plus à me coucher. Je n'ai pas envie de me coucher (ni de me lever, d'ailleurs).

Dimanche

Fini la deuxième manche, retrouvé mes pelotes de laine.

Une terrine de queue de bœuf, des joues de porc aux lentilles, du bortsch.

Une demi-saison de SFU (la 4e).

Cette année le sapin va "passer" janvier.

Samedi

Vendredi soir Bartok, samedi matin le discours de Paul aux Athéniens, samedi après-midi La Colline aux coquelicots.

Bibliothèque verte ou rose (Paul-Jacques Bonzon), très grande beauté du dessin, des arrières-plans, les carreaux de la paillasse dans la cuisine, le gros plan sur le brûleur de la cuisinière, les beignets de poisson qui cuisent, la mer, les arbres, le feuillage des arbres. Je n'aime pas les visages des mangas, ces expressions qui se résument à deux ou trois, larmes, sourire, rire et cri (ça fait quatre).

Bof

J'ai découvert Retour de l'URSS de Gide. On aurait pu me dire que ça valait 1984.

Je dors.

Mauvaise journée, pleine d'inquiétudes et de nervosité.

Et demain, ennui. Peut-être fun, remarquez: que signifie participer à une "convention groupe" quand sa filiale est à vendre? J'ai le projet de photographier deux ou trois collègues que je ne reverrai sans doute pas.

17° dans cette chambre qui est trop vaste pour être chauffée par un seul radiateur.

Les sept mercenaires ou Les douze salopards?

Rame

Ramé pour la première fois depuis longtemps. Beaucoup de courant. Bruine. Les oiseaux vont par deux. Beaucoup de cormorans. Courbatures. La capsulite qui rôde dans l'épaule droite (version gentille, avec des répits (visiblement je fais beaucoup plus d'efforts le week-end, en semaine, ça va) n'est pas affectée par le mouvement d'aviron. Un peu décontenancée qu'un rameur de soixante ans dise à un rameur de trente à qui je viens de faire un compliment sur son dégagé «Tu te fais draguer». Est-ce bien raisonnable, est-ce vraiment la question? Rien à faire, cela n'arrive pas à me faire rire parce que c'est vraiment trop décalé par rapport au sujet, à l'ambiance, au sport, à ce qui m'intéresse, etc. Rien à faire, le cul perpétuel m'ennuie. Comment quelque chose de si prévisible réussit-elle à me surprendre à chaque fois?

Divers

Parlez-moi de vous : bon film tourné "à l'ancienne" (un peu ce qu'est devenu Troyat pour la littérature). J'aime beaucoup Karine Viard en phobique et control freak (comment dit-on en français?). Une représentation valable de certains intérieurs de banlieue bourrés à craquer.

L'alcool fait monter une désespérance qui donne envie de boire encore davantage.

Je vais aller écrire des cartes de vœux en regardant La guerre des Roses. Ou Les chèvres du Pentagone. Enfin bref, n'importe quoi sans importance et pas trop long qui me permette d'écrire.

Deux paires de gants.

. Il y a deux semaines, je suis arrivée aux Halles à 22h48 (à peu près), je suis descendue sur le quai du RER D pour m'apercevoir qu'il était désert et en déduire qu'il fallait que j'aille gare de Lyon, j'ai aperçu une rame de RER A sur un autre quai (tous les quais sont parallèles, tous les trains sont visibles d'un quai à l'autre) et j'ai couru à perdre haleine pour avoir cette rame — le RER D part à 23h08 de gare de Lyon.
J'ai réussi à monter dans la rame du RER A. Quand elle a démarré, j'ai compris qu'elle allait dans le mauvais sens. A Auber j'ai aperçu (de nouveau) une rame qui arrivait dans l'autre sens, j'ai couru, je l'ai eue (c'était beaucoup plus facile). L'enjeu était toujours 23h08.
Gare de Lyon, je suis montée d'un étage pour prendre le RER D. Quai désert. Un panneau expliquait que suite à des travaux sur la ligne D, les trains partaient des grandes lignes ("gare de surface").
J'ai couru, remonté un étage, traversé la gare, monté un escalier, un deuxième, tenté de déchiffrer le panneau central (sans mes lunettes, et avec, c'est en train de devenir compliqué).
Je suis arrivée sur le quai pour voir s'éloigner les phares arrières de la dernière rame.
J'ai attendu une demi-heure et je suis rentrée à minuit passé.

Le même soir, j'ai laissé une paire de gants dans une salle. J'y suis retourné le lendemain, le samedi et lundi suivant, et encore aujourd'hui: rien. Je suppose que comme j'ai perdu les deux à la fois, ils ont fait l'objet d'une adoption...
Je suis triste car c'était un cadeau de Paul Rivière.




. Il y a une semaine je me suis appliquée. J'ai pris le RER A aux Halles dans le bon sens, je suis directement montée en gare de surface et je me suis installée à 23h03 dans un RER direction Melun, après avoir profondément vexé un employé de la SNCF parce que je me suis mise à rire quand il a qualifié d'exceptionnelles les perturbations actuelles (ce fut ainsi d'octobre en décembre, déjà, avec une interruption à Noël, d'où ma naïve confiance le lundi précédent).
J'attendais que le train parte à 23h08. Il n'est pas parti. J'attendais et j'attendais — jusqu'à ce que j'entende des passagers discuter et que je me précipite hors de la rame au moment où les portes se fermaient (des passagers m'ont aidée en retenant les portes): je m'étais trompée, c'était un direct Melun. Je n'étais pas montée dans le bon train.
J'ai attendu une demi-heure et je suis rentrée à minuit passé.

. Ce soir je me suis appliquée mieux. J'ai eu le train de 23h08.
Et ma collègue m'a offert une paire de gants, un peu plus beurre un peu moins crème. C'est vraiment gentil.

J'espère que c'est la fin d'un cycle. Depuis trois jours je ne fais que des mauvais choix et il me faut m'y reprendre à plusieurs fois pour tout.

***

Deux heures pour commenter Ac, 2, en reprenant les sources vétérotestamentaires et en effleurant la tradition juive — le soupçon (la certitude) vient qu'une vie à plein temps n'y suffirait pas et que c'est folie de tenter l'aventure à coup de deux heures par semaine. Dans ces moments-là, je mets vite des œillères à mon âme: surtout ne pas penser.

Déjeuner geek

— Que dit un homme complexe quand il rencontre une femme réelle?
— Voulez-vous aller danser?

Eclats de rire général autour de la table.

— On a beau dire, mais si on rationalise, tout cela finit dans un plan cul.

Programme

D'autre part, il y a les onze livres de RC durant les années 80 à caser avant mai, ce qui fait (ferait idéalement) quatre en février, quatre en mars, trois en avril (enfin, dix en réunissant les Tricks).

1989 L'Élégie de Chamalières (Sables)
1988 Élégies pour quelques-uns (P.O.L.)
1988 Tricks (P.O.L.)
1987 Journal romain (1985-1986) (P.O.L.)
1987 Roman Furieux (Roman Roi II) (P.O.L.)
1985 Notes sur les manières du tips (P.O.L.)
1984 Chroniques achriennes (P.O.L.)
1983 Roman Roi (P.O.L.)
1982 Été (Travers II) ; Jean-Renaud Camus et Denis Duvert (Hachette)
1982 Notes achriennes (P.O.L.)
1982 Tricks (Persona)
1981 Journal d'un voyage en France (Hachette)
1980 Buena Vista Park (Hachette)

Je m'aperçois qu'il n'y en a que deux que je n'ai jamais lus. Bonne nouvelle.

Pas lu une ligne aujourd'hui (vendredi 20). Feuilleté Mercanton, Sam Slote (sur le silence chez Mallarmé, Dante et Joyce) et Roland McHugh (un petit livre sur sa découverte de FW). Cela donne des envies de traduction. J'aime les livres avec des photos de personnages.

Journée Wake

Voir ici.

Pour le reste : acheté un escarpin en chocolat. Récupéré un sac de livres.

Demain je dors. Ce soir je n'en ai pas envie.

Argument imparable

— Comme j'avais oublié mes lunettes, j'ai couru dans les couloirs avec mes lunettes noires…
— Je ne vois pas le rapport entre tes lunettes et courir.
— J'étais pressée, c'est le jour où je donne des fruits à mes blattes et j'avais oublié.
— Tu sais, elles n'auraient pas vu de différence à un jour près.
— Mais si, les fruits, ça leur fait plaisir!

Acheté en novembre à Nantes

A Nantes se tient une kermesse de la paroisse dans laquelle sont dispersés les bibliothèques des prêtres décédés au cours de l'année. C'est assez mélancolique.

Un ami nantais m'avait choisi des livres un peu à l'aveugle, puisque je n'ai pas grande idée de mes besoins. Ils sont parfaits, ce sont des livres de fond de bibliothèque.

Code de droit canonique (latin-français)
Nouveau testament (en grec)
Concile Vatican II, constitutions, décrets, déclarations (français et latin)
— Congar: Jalons pour une théologie du laïcat
— Congar: Vraie et fausse réforme dans l’Église
— Congar: je crois en l’Esprit saint
— Saint Augustin: Commentaire de la première épître de saint Jean (bilingue)
— Auguste Valensin: Textes et documents inédits



Par ailleurs, reçu Témoins de la Parole de la Grâce de Philippe Bossuyrt et Jean Radermakers.

Vice soigneusement dissimulé

— Quand on me demande si j'ai fait les soldes, je n'ose pas répondre que je garde mon argent pour acheter des livres.
— Tu as raison, il vaut mieux pas.



(Dieu que certains livres épuisés coûtent cher.)

Cruautés (?)

Une semaine sans écrire ici alors que je ne suis pas en vacances (comprendre: loin d'une connexion internet)[1]. Cela n'était jamais arrivé depuis le début de ce blog. Le temps est plein comme un œuf; d'autre part je privilégie les moments familiaux au détriment de cet ordinateur. Ce n'est pas une résolution de nouvel an, c'est juste un fait.

Formation lamentable aujourd'hui. Tant pis. Nous sommes grands (comprendre: adultes), polis et de bonne volonté, longtemps nous avons répondu et participé; mais à partir d'un moment, lassés, nous nous sommes tus. L'après-midi fut longue, surtout pour la formatrice je suppose, mais je n'ai même pas ressenti l'habituel pincement de compassion et de culpabilité que je ressens dans les situations semblables.

Formation à l'encadrement des apprenants (comprendre: les étudiants travaillant en alternance. Je n'utilise jamais ce mot qui me fait penser à "mal-comprenants"): «Il y a quelques années nous avions des armées mexicaines de CDD et d'intérimaires, aujourd'hui nous avons des armées mexicaines d'étudiants en alternance.»

— Il y a l'incompétent inconscient, l'incompétent conscient, le compétent conscient, …
— Mais qu'est-ce qu'on fait avec un incompétent inconscient?
— On le recadre, on lui fait comprendre ce qui ne va pas…
— Oh mais pour lui tout va très bien. Tout va toujours très bien…



Le soir, après cette journée énervante (en ce moment je lis Martimort qui utilise "énervant" dans son sens étymologique), "notre" consultant arrive dans mon bureau pour me faire un résumé de la journée (il ne sait pas que j'en ai déjà eu un à midi par ma collègue préférée qui l'a si bien allumé en réunion (réunion à laquelle je n'assistais pas du fait de ma formation) que désormais je dois passer pour une modérée: merci Danielle!).

Il insiste pour me montrer un schéma powerpoint qu'il vient de finir. Avant d'obtempérer, je retourne dans le dédale des dossiers et sous-dossiers pour lui démontrer (une fois de plus) que c'est parce que nous avons pris le projet à l'envers par rapport à la méthode préconisée que nous sommes maintenant face aux problèmes actuels (ce consultant me rappelle mon cousin urgentiste qui disait des obstétriciens: «ils sont incapables de laisser un accouchement se dérouler normalement. Il faut qu'ils interviennent, c'est plus fort qu'eux».)

Je regarde le schéma, atterrée, n'osant pas éclater de rire. Je songe: «Seriously?», qui est devenu le mot de mon aîné.
Je décide de dire la vérité, tout de même; après tout il est presque à son compte, il faut tout de même qu'il prenne conscience de ce que pensent des gens "normaux" de ce genre d'usine à gaz:
— Hum, je suis désolée, je ne le dirai jamais en public, mais ce genre de schéma... hum... c'est un gag, vous n'êtes pas sérieux, c'est exactement ce genre de schéma qui tourne sur facebook…
— Mais pourquoi vous dites ça?
Je ne peux pas le lui expliquer. C'est au-dessus de mes forces. C'est tellement puéril, appliqué, cela ressemble tellement au schéma du parfait consultant, le truc imbitable que personne dans son bon sens ne regardera ou n'utilisera, qui ne sert qu'à faire un slide pour meubler le temps en réunion et impressionner les gogos…
— Je ne sais pas… Peut-être que je me trompe… Il est possible que ce genre de schéma vous permette de passer auprès de certaines entreprises, mais je pense qu'il vous bloque l'accès à d'autres…

Après son départ, un peu ennuyée (ai-je été trop catégorique? aurais-je tort?), j'envoie le schéma à H. avec une seule phrase «Sondage: qu'en penses-tu?»
Comme prévu il est pire que moi.
(Pour vous faire une idée.)


(Ou vivrais-je trop parmi les geeks? cf. le powerpoint karaoké et une explication plus sérieuse, plus flippante (mais peut-être trop sérieuse justement pour une banale vie de bureau) du danger d'analyser la vie à travers Powerpoint.)

Notes

[1] Et donc du 11 au 16, les billets sont écrits après celui-ci.

Règle d'humilité

«Un exégète n'écrit pas de commentaires au début de sa vie. Certains n'en ont même jamais écrits.»

Dimanche

Matinée... eh bien je ne sais plus. J'ai peint en blanc une bande de ciment de deux centimètres de large qui attendait depuis deux ans dans la salle de bain. Il faudra deux ou trois autres couches. Le ciment boit. Pour le reste je ne sais plus.

Après-midi rangement, toujours, perpétuellement. J'ai remarqué que je ne peux ranger qu'à la lumière naturelle. Dès qu'il fait nuit, je n'y arrive plus, je perds toute motivation. Alors film et film. J'ai perdu mes explications de tricot que j'avais recopiées à la main avec tant d'attention.

Retour vers le futur I et Expendables. Les explications de Stallone concernant le film sont impressionnantes, ces types se tapent vraiment dessus et les bombes sont de vraies bombes… «Nous adorons ça mais le corps fatigue, il encaisse jour après jour. J'ai dit à ?? vas-y, tape de toutes tes forces, et je me suis retrouvé trois jours à l'hosto. A la fin c'était presque un gag, je connaissais toutes les infirmières par leur prénom, "Et comment ça va Belinda?"»

Exégèse

Matinée en TG, à travailler sur la conversion de l'eunuque dans les Actes des apôtres. Il est sans doute temps de dire que je me suis inscrite en licence de théologie: plusieurs années à la catho, des cours le lundi soir et huit ou neuf demi-journées le samedi.
Depuis le temps a pris une autre dimension. Il est plein. Il ne déborde pas, mais il est plein. Soudain j'ai juste le temps de faire ce que je souhaite faire. J'ai assez de temps — à condition de ne pas me disperser, à condition de concentrer mes forces, à condition de faire des choix. Le temps a ralenti et devient solide.
Après un trimestre je me dis que c'est de la folie, comment réussir à lire vraiment ce qu'il y a à lire, j'aimerais tant pour une fois fournir un travail dont je puisse être satisfaite, qui ne soit ni de l'esbrouffe, ni une imposture.
On verra, on verra.
Je lis ce que je peux. Ce qui est désespérant, c'est qu'un livre en cours doit être abandonné quand le prochain sujet devient brûlant. On se dit qu'on le terminera pendant les (grandes) vacances, mais rien n'est moins sûr (j'ai déjà prévu Libera, la biographie d'Henry James et Gordon Wood sur la création des Etats-Unis).


En revenant de Chartrette, nous écoutons une belle émission sur Colette.

Meilleurs vœux

11h30, je papote dans le bureau de Danielle. K. passe la tête:
— Vous savez la nouvelle ?
— Quoi, on est vendu? dis-je en boutade.
— Oui, allez voir sur l'intranet.

L'intranet annonce que nous sommes mis en vente.

Déjeuner. Les vœux de l'entreprise sont prévus à 13h. Chacun pense aux directeurs: bel exercice d'équilibre qui les attend.

Ils s'en sortiront honorablement, devant une salle bienveillante.
L'histoire est la suivante: ce que nous appelons "les fondamentaux" (le ratio sinistres à primes, la qualité du portefeuille clients) ne sont pas en cause, ils sont mêmes excellents au niveau de notre entreprise d'assurance, et sains au niveau du groupe.

Les sociétés d'assurance ont l'obligation légale de mettre en face de leurs engagements (le règlement des sinistres en cours et à venir) un portefeuille d'actifs réparti selon des règles très précises. Or le groupe a fait trois choix qui se révèlent tous les trois désastreux avec la crise:
1/ il a acheté au prix fort de nombreuses entreprises à l'étranger: la valeur de ces entreprises s'est beaucoup dépréciée et nous devons prendre en compte cette dépréciation potentielle d'actifs;
2/ il conserve en portefeuille une quote-part inhabituellement élevée d'actions (dont celles de la Société Générale), et là encore il faut enregistrer une dépréciation (les nouvelles normes prudentielles (qui ne sont pas encore entrées en vigueur) imposent un pourcentage réduit d'actions dans la composition du portefeuille et la prise en compte immédiate des moins-values potentielles[1]);
3/ la dette grecque, bien sûr, et les dettes souveraines en général (notons que ma société ne voulait pas d'obligations grecques, mais que le groupe lui en a affectées d'office malgré son refus répété: c'est le groupe qui choisit nos placements; c'est le groupe qui est noté par les agences de notation et toutes les filiales, dont nous sommes, en subissent les conséquences; et c'est le groupe qui nous met en vente aujourd'hui.)

Tout cela fait que le portefeuille d'actifs, avec ses moins-values potentielles, ne couvre plus (ne couvrait plus avant une intervention en chevau-léger de la CDC) les engagements du groupe, d'où l'obligation de dégager de l'argent frais.

Ajoutons pour faire bonne mesure que ces vœux sont également les premiers qui célèbrent notre fusion avec une autre filiale à qui le groupe a imposé ce "mariage de raison" (au printemps dernier, bien avant ces rumeurs de vente qui datent de fin octobre): les voilà en train de s'adapter à cette fusion en se préparant à une vente…
Je songe à une vente aux esclaves. Nous sommes vendus parce que nous sommes les plus profitables, et pour rendre la société plus attractive encore, notre portefeuille d'actifs a été nettoyé de la dette grecque: autrement dit nous sommes désormais et de loin la plus belle filiale du groupe (résultat technique + portefeuille d'actifs).

Le mot de la fin restera à notre directeur général, qui déclarera devant le représentant du groupe venu nous expliquer ce que je viens d'écrire (et que nous savions déjà): «Pierre L. nous a dit que le groupe regrettait de devoir nous vendre, j'attends de vous que vous travailliez à rendre notre société encore plus rentable pour que dans quelques années il le regrette encore davantage.»
C'est fou ce que l'on souffre toujours de se sentir mal-aimé, même lorsqu'on est une société.


Discours, puis petits fours, piste de danse, etc. A chaque fois c'est l'occasion de constater une certaine solitude. Je n'ai rien à dire, je ressens un certain malaise avec la plupart des gens: mais comment font les autres, de quoi parlent-ils, comment trouvent-ils des sujets de conversation?
Je crois que je ne saurai jamais faire et j'évite d'y penser pour ne pas ressentir une certaine panique, une certaine désolation de l'âme.


Je pars tôt et je vais voir The Darkest Hour.
Ce n'est pas tout à fait assez noir pour mon moral bas. Mais j'avais envie de voir Moscou et je vois Moscou. Enfin, un certain aspect de Moscou. Film d'action et d'apprentissage. Les enfants, si vous voulez survivre face aux extra-terrestres, surtout apprenez bien votre physique amusante et feuilletez le manuel des Castors juniors.
Les Russes, le Russe, sont russes à n'en plus pouvoir; tous les clichés de l'Américain décrivant le Russe sont là (pas bien éloignés des clichés français ce me semble puisqu'ils me sont familiers, et cela me fait rire), et ce Russe est encore en train de défendre Stalingrad…
L'important face à l'ennemi est de rejoindre sa terre, son pays: même si l'on doit se battre contre un ennemi commun, il est importun de le faire de chez soi.


Oulipo, Ousonmupo, c'est inégal.
Je récupère en cachette (il n'en reste qu'un que j'avais réservé) Vida tragique d'En Guilhem de B. de Maurice (Chamontin). A suivre.

Notes

[1] ce qui prouve une méconnaissance du cycle long de l'activité d'assurance (conséquences: la vente massive d'actions par les entreprises d'assurance a accéléré la chute des cours et favorisé l'arrivée de fonds de pension étrangers dans le capital des sociétés françaises (non que cela me préoccupe, mais j'en connais qui n'aiment pas cela

Progrès

— Si vous êtes sages, demain j'achète du polystyrène.
— Ouaiaiaiiis!!!

Renversé mon verre de riesling dans mon chausson. C'est ennuyeux j'espérais le boire.

Plus de douleurs dans les articulations ce soir.

Illumination

Dédié à Guillaume.

Mon amie Agnès est professeur d'histoire en lycée technologique. Lors d'un voyage à Berlin, elle fait visiter je ne sais plus quel musée à ses élèves et explique devant la photo de Jesse Owens que Hitler aurait refusé de lui serrer la main.

C'est alors que les yeux de Jennifer se dessillèrent et qu'elle dénonça outrée:
— Mais Madame, c'est pas bien, Hitler, il était raciste!

Week-end

Faust "j'ai eu honte" Alagna mais oui il a des scratchs, et il chante elle mime, et paf, la chemise s'ouvre — Mais est-ce qu'il est poilu? Oui, non, les avis divergent, il le serait mais il se serait rasé, vendre des tableaux, à quel prix, comment assurer un revenu régulier, éviter la tempête, ne pas bouger, ne pas la provoquer, Le grand Remplacement, dormir une demi-heure dans la voiture, L'Attente de Dieu à voix haute dans la cuisine, le Carrefour markett de Chartrettes, galette chez les voisins, mais si on mâchait des chewing-gums de colle, plus maintenant c'est interdit, et la languette de la colle Cléôpatra, c'était terrible la languette cassait toujours, toi tu es un traumatisé de la languette, un bain, un Que-sais-je, du rangement, des mails, je n'y arrive pas, The Queen, je n'ai toujours pas commencé, en retard, en retard, en retard.

A partir de mardi soir, je range.

Paradoxe temporel

J'ai quelque chose à faire pour le 10 janvier.
Je n'ai pas commencé, ou pas vraiment, même si j'y pense depuis les vacances de Noël.
Je sais que ce sera fait.
Je suis tellement persuadée que ce sera fait qu'il en devient inutile de s'y mettre, puisque cela sera fait.

Cela ressemble à Harry Potter 3, quand il explique que s'il a été capable de produire un patronus, c'est parce qu'il s'était vu produire un patronus et donc se savait capable d'en produire un: Harry produit un patronus à un instant t parce qu'il s'est vu produire ce patronus pendant qu'il s'observait à partir d'une boucle parallèle du temps…

Sauf que chez moi cela produit un effet inverse: Harry a pu produire son patronus, moi je ne me mets pas au travail.

Des films

. Bruegel, le moulin et la croix. Une Passion, non en Israël occupé par les Romains, mais en Hollande occupée par les Espagnols. Une grande réussite "plastique" (quel mot utiliser? Je ne sais pas.) Une grande réussite pour un film qui n'est pas un film.
Rutger Hauer. Ah, Rutger Hauer… Tears in the rain for ever.

. Le Havre. Un film pour les amateurs de Kaurismaski, ceux qui le connaissent déjà bien. Les autres seront désarçonnés. C'est un conte de Noël, dépouillé, stylisé, une épure. Le temps fond, le commissaire demande une bouteille de vin de 2005, mais le dernier taxi... une Peugeot des années 1950? Daroussin se promène dans le film à la manière du héros des Gommes, et les montants de la rampe d'escalier de l'hôpital sont peints en rouge. (Je veux bien être damnée si aucun hôpital de France porte si loin le souci du détail.)
Compositions et couleurs d'Edward Hopper, dialogues de Carné, lumière et personnages de Kaurismaki.

. A Dangerous Method. Qu'est-ce qui est dangereux? La psychanalyse, ou le fait de coucher avec une patiente? Ce film m'a déçue de la même façon que m'ont déçue le Nietzsche de Cavani ou le Cavafy et le Wiggenstein de je ne sais plus qui. J'en attends trop, sans doute, et je sors en ayant terriblement peur de prendre pour vrai un détail fictionnel.
Keira Knightley est formidable; et ne serait-ce que pour le plan nous montrant Jung invité chez Freud se servant du gigot de façon indécente tout en dissertant sur le sexe (avant déplacement de la caméra), il vaut la peine d'être vu.

Les films qui m'ont marquée en 2011: Incendies, de très loin, Il était une fois en Anatolie, Essential Killing et de la tendresse pour Shame.
Une mention spéciale, à part, pour The Social Network.

PS: et pour mettre un peu de gaieté dans ces films sombres, Faites le mur, grand éclat de rire.

Non violence

— Patrick n'est pas disponible pour la réunion RPCA. Je ne veux pas y aller, je vais leur coller deux baffes. J'avais pensé à vous il me regarde, mais vous êtes pire que moi… Alors bon, tant pis.



Organigramme d'après fusion diffusé. Enfin, juste la première page, le reste n'est pas arrêté (ils n'y réfléchissent que depuis mars dernier). Mais de toute façon tout le monde s'en moque et attend l'annonce que nous sommes vendus malgré les démentis de la maison mère. Et le lieu du déménagement (ou emménagement). 2012 va être intéressant et curieux.

Bathmologie malsaine

Donc

1/ Les blogueurs & twitteux & Facebookeux se moquent: "... et surtout la santé".
2/ Ça me donne envie de protester, parce qu'il n'y a pas de quoi se moquer, pour avoir vu H. très malade, je me souviens du moment où le futur se ferme, impossible de travailler, plus d'argent, plus de projet, la peur…
3/ Puis je me rends compte, à mon ébahissement, QUE TOUT LE MONDE au bureau dit "et surtout la santé", du même ton que mes blogueurs, mais très sérieusement.
4/ Je commence à comprendre les moqueries et l'agacement.
5/ Sauf que dans le même temps, la mère d'une collègue (ma collègue préférée) et le frère d'un ami très cher sont en train de mourir.
6/ et donc …

Story of my life

— Mon pauvre ami ! Vous êtes la perpétuelle victime de l'esprit querelleur de vos contemporains. Hein ! On vous cherche, on vous provoque, on vous persécute ! Une sorte de fatalité. C'est bien ça ?





— Alors qu'est-ce qu'on fait? On continue dans la grâce?
— On va aviser. Mais aviser dans le calme, à tête reposée. Faut se méfier de nos nerfs.
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