Vide

Ce soir, petit coup au cœur en arrivant à la maison: portail fermé, je suis la première (il est sept heures à peine).
Je compte sur mes doigts, un au conservatoire, l'autre en cours de physique, le troisième dont je ne sais même pas s'il rentre… (mais je ne savais pas non plus qu'il ne serait pas là).
Je fais la cuisine, je range, j'attends. Cette maison n'est pas souvent vide. Les chats tournent en rond.



Aujourd'hui ma grand-mère aurait eu quatre-vingt-dix-sept ans. J'aurais dû téléphoner à ma tante.

Ramer à Amsterdam

Avec retard je récupère des photos, dont celle-ci prise au centre d'Amsterdam.
C'est un bateau très lourd, comme vous n'en verrez pas en France: un bateau large, dit canoë français, qui est déjà pataud et réservé aux débutants ou aux conditions de navigation difficiles, mais avec en plus un barreur, ce qui se comprend dans les caneaux étroits d'Amsterdam, puisque l'aviron se pratique en reculant.

Deux rameurs, un barreur, un bateau large : la lourdeur incarnée, mais le plaisir d'être sur l'eau.


Ragots

Entendu à table, au restaurant d'entreprise. Ces jeunes gens appartenaient sans doute à un cabinet de commissaires aux comptes.

— Oui, tu n'es pas très bon en ragots.
— Oui, j'oublie qui, j'oublie quand…
— et même quoi…

Quelques réflexions

J'ai un peu hésité, mais finalement je vous donne le lien vers mes notes de ces trois jours.

La nature de mon hésitation est de plusieurs ordres. Le premier et le plus bête, au sens de primaire, naïf, spontané, est la peur de transformer ce blog-ci en blog de grenouille de bénitier, ou tout au moins d'en donner l'impression (parler publiquement de foi est un peu mon coming-out, dans la plupart des milieux que je fréquente, y compris ma famille, c'est au mieux une bizarrerie, au pire le signe d'une stupidité avérée (ou encore "une aliénation", selon d'autres)).

Le deuxième est plus compliqué. J'aime ces colloques. J'y rencontre dans un espace restreint une concentration d'intelligence et de savoir comme je n'aurais jamais rêvé qu'il en existât, dans une atmosphère exaltante qui ne respire jamais l'ennui. (C'est en fait bien plus exaltant que les colloques en littérature ou en philosophie: est-ce parce que cela aborde des domaines que j'ignore totalement; est-ce dû à la personnalité des intervenants, qui ne se battent pas pour une chaire universitaire (ou tout au moins pas principalement, puisqu'ils sont pour la plupart prêtres, moines, religieuses); est-ce dû à leur foi, comme je n'ose pas l'écrire; ou encore parce que par nature de nombreux domaines sont touchés en un seul mouvement, histoire, linguistique, philosophie, théologie?)
Et la question qui insiste discrètement au fond de mon crâne, c'est: mais quel rapport entre toute cette intelligence, toute cette recherche, et la foi? Ne s'agit-il pas de purs exercices, dans un but épicurien ("se faire plaisir") ou défensif (prouver aux non-croyants qu'un croyant n'est pas juste un imbécile qui a abandonné tout sens critique)?

La dernière question qui me taraude est: comment font-ils? Comment font-ils, de nombreux d'entre eux, pour planer ainsi et retourner le lendemain en paroisse? Comment font-ils, mais je connais la réponse, ils sont entrés dans les ordres pour servir, c'est une affaire d'humilité. Mais tout de même…
Et dans la même question, parce que ce n'est pas une question différente pour moi, car elle touche à la personnalité de ces personnes: sont-ce vraiment les mêmes, les mêmes catholiques, qui vont défiler contre les homosexuels? Comment est-ce possible, après avoir été immergés dans les Evangiles comme ils le sont?

(Je dis bien contre les homosexuels, et non contre le mariage homo. Au début je pensais que les homos étaient un peu parano, que ce n'était pas contre eux que les gens défilaient, mais simplement parce qu'ils pensaient que la reproduction étant sexuée, il était logique que les couples qui se marient soient hétéro (et il me semble possible de penser cela sans être homophobe). Mais plus le temps passe, plus je lis des réactions (le troll chez Matoo (c'est important, parce que concernant les autres témoignages, il est toujours possible de se dire que les journalistes les ont choisis: là, il s'agit d'un troll "naturel", venu de lui-même), et plus il faut se rendre à l'évidence, il s'agit bien d'homophobie. Et je vois revenir l'assocoiation homosexualité/pédophilie qui m'effare, me navre et me met en rage. A ce compte-là, nous ne devrions jamais confier nos filles à des professeurs masculins.)

Bro

— La sister a un compte facebook.

Allégorie et typologie

Peut-être que j'arriverais à apprendre le latin si le professeur est italien: cela devient alors une langue qui se parle (de toute façon, il me vient le soupçon que ce n'est pas une langue morte du tout, mais plutôt un langage secret entre initiés).

Comment donner des rudiments bibliques à vos paroissiens: faites-leur lire les péricopes du Lectionnaire arménien de Jérusalem (non, je plaisante. Enfin non, c'est réellement la réponse donnée à cette question!)

Vêpres, laudes, office du midi: depuis que j'ai lu La réforme liturgique du métropolite Cyprien de Kiev, mon esprit vagabonde dans le désert entre le Ve et VIe siècle. C'est tout à fait particulier de répéter un geste en sachant que des milliers de personnes l'ont répété à travers des centaines d'années. On est comme dépossédé de soi pour entrer dans un soi plus grand qui nous dépasse.

Encore un colloque

J'avoue: je les choisis purement sur leur titre: "Pour une herméneutique de l'euchologie", c'est totalement irrésistible.

Notre liturgie porte au plus profond d'elle-même des traces des Pères de l'Eglise: cela a du mal à m'étonner après trois jours de colloque sur l'Eglise orthodoxe en octobre dernier et la lecture de La réforme liturgique du métropolite Cyprien de Kiev.
C'est l'assistance qui m'étonne toujours. En moi la question de l'appartenance: est-ce que je leur appartiens vraiment? Est-ce que je souhaite vraiment leur ressembler? Et si je le souhaite, le puis-je?
Je ne sais répondre à aucune de ces questions.

Pas grand chose

Rien, rien de rien. De la neige. Flâné à la bibliothèque du CE. Pris la biographie de La Fontaine par Orieux, comme si j'avais le temps de lire ça. Deux ou trois cartes de vœux. Les noms de Dieu. Ça m'agace, les attributs de Dieu m'indiffèrent, qu'Il soit parfait et infini, que l'un sans l'autre soit possible ou impossible, m'indiffère totalement.
Seule remarque qui me frappe: Platon mettait le Bien au-dessus de tout et lui subordonnait l'Être (et être infini était une imperfection), les philosophes chrétiens mettent l'Être au-dessus du Bien (je travaille des textes autour de Ex 3,14 «je suis celui qui suis»).

Melville

Quelques notes de cours sur l'AT (Ancien Testament) me font me demander s'il existe un commentaire systématiquement biblique ou bibliste de Melville.

Notes
Ps 74 v13: toi qui fendis la mer par ta puissance qui brisas les têtes des monstres sur les eaux, toi qui fracassas les têtes de Léviathan pour en faire la pâture des bêtes sauvages

Gn 1 utilise le mot «luminaire» pour dire soleil et lune, c'est le même terme (en hébreu) pour les lampes de la Tente de la rencontre (Ex 35, 8, 14; Lv 24,2; Nb 4, 9, 16)


La citation du Psaume se réfère naturellement à Moby Dick (ou plutôt l'inverse, et elle fait peut-être partie des citations reprises en exergue du livre), la deuxième m'évoque Clarel, les lumières tremblantes qui reviennent dans les premiers chants, étoiles ou flammes. Combien d'autres résonnances dont je n'ai pas conscience? 150 chants, 150 psaumes. Coïncidence? Kinbote et Saussure veillent sur moi.

Le soir la neige a fondu dans les rues, il en reste sous les bancs.

J'ai raté un cours de grec au moment de la mort de ma grand-mère et je n'ai jamais vraiment repris le rythme depuis. Examen samedi, ce qui m'inquiète, c'est le temps (je veux dire la durée de l'épreuve, pas la météo!).

Neige

Le chat me regarde d'un air accusateur.

Fin de partie

Déconnexion de mon compte FB.

Retour au travail dans le silence, la seule façon de travailler, en fait.

Vendredi latin

Après-midi latin (conférence). Je me dis que si j'avais eu cet ordinateur à l'époque de Compagnon, j'aurais pu taper en direct (y a-t-il du wifi au Collège de France?) Bon évidemment, je n'aurais pas pu donner les références précises des citations (le vrai plus de mes notes sur Compagnon, c'est ça: j'ai référencé toutes les citations à partir de mes Pléiades).

Le soir il commence à neiger. Bibliothèque Beaugrenelle. Je récupère un livre "pour public motivé".

En bas de la pente la voiture ne tourne pas. Elle ne freine pas non plus. Je choisis un arbre pour arrêter ma course (lente), je serre le frein à main, la voiture dérape et s'arrête. Je repars lentement dans la bonne direction.
Il y a trois centimètres de neige fraîche.

Dans l'ordre à partir de 17 heures

- Je constate en rangeant mon bureau que j'ai peut-être travaillé un peu plus que je ne le pensais. Tant mieux.

- Un face à face inattendu, noté ici pour mémoire.

- La porte arrière gauche de la voiture ne fermant plus (le taquet gelé ne redescend pas), j'effectue le trajet de la gare à la maison en la tenant de la main gauche glissée derrière le siège du conducteur, passant les vitesses et tenant le volant de l'autre main. Il est dix heures et demie, il reste de la neige sur les trottoirs, les rues sont désertes. Au fur à mesure du voyage, la très fine couche de glace à l'intérieur de l'habitacle fond, me permettant de voir un peu de la route.
A l'arrivée, talc sur les joints des portes, eau chaude et tournevis pour descendre le taquet (fermer la porte est primordial pour ne pas décharger la batterie).

- Rentrée avec C. rencontré par hasard sur le quai du RER. H. arrive de Tours quelques minutes après nous, et O. en vélo du ping-pong quelques minutes encore plus tard. Le lendemain A. me dira: «Je ne savais pas que je devais passer la soirée seule hier». Oups.

Un peu de pub à destination des anxieux et tendus

J'ai envoyé A. chez David pour une séance de shiatsu. La connaissant, je me dis ou disais que ce serait sans doute plus utile ou efficace que le psy, avec le même résultat: dénouer des tensions, des résistances.

(Je testerais bien aussi, mais je suis timide. Il a conseillé, paraît-il, une séance à chaque changement de saison. Bon, je verrai en mars ou en avril.)

Mardi neigeux

J'étais allée au club dans l'idée de faire de l'ergo, mais finalement nous avons sorti une yolette. Courant rapide, beaucoup d'eau, impression de ramer sur un coussin. Il a commencé à neiger cinq minutes après le début de la sortie, le temps de tester notre motivation.
Le plus dur (et le plus dangereux), c'est l'eau glacée qui rend le ponton glissant et mouille les chaussettes.
Toujours pas de douche chaude.

Coup de fil de l'assurance. Cette fois-ci c'est bon, la voiture part à la casse avant la fin de la semaine *soupir*.

Les aoristes réguliers en sa (révision).

Lundi bizarre

Journée vraiment bizarre, entre chaud et froid, entre assurés mécontents ou ravis, entre notes bonne ou médiocre, entre bonne et mauvaise nouvelles.

J'ai l'impression que je me suis grillée auprès de mes camarades de la catho à expliquer qu'il était hors de question que j'aille défiler contre le mariage homo, que je n'étais pas d'accord avec eux («Comment, tu ne crois pas que c'est important, un père et une mère, pour un enfant?» (Evidemment, j'ai répondu en exagérant mes positions, en faisant de la provocation, c'est plus fort que moi. En réalité, je ne sais pas ce qui est important pour un enfant (à part de l'attention, mais en donne-t-on jamais assez? Ou trop? Le dit-on trop, ou pas assez?). Tout me paraît foirer, quels que soient les efforts qu'on y met. Mais je dois être découragée. En tout cas, ne comptez pas sur moi pour venir brandir mon couple (marié à l'église) avec enfants (baptisés) comme exemple à la face du monde. J'ai trop conscience de tous ses dysfonctionnements. Mais ce doit être constitutif de toute œuvre humaine. (Le même soir, à propos de la Bible: «Vous ne trouverez pas un héros sans défaut dans la Bible. Tous ont quelque chose à se reprocher.» Dans un sens c'est rassurant. Eloge de l'imperfection, combat avec l'ange. Boîter.)))

Le soir, C. qui avait disparu depuis quatre jours (un peu à la manière des chats qui partent traîner) réapparaît. Il partirait —peut-être— en Islande. L'anglais du mail est bien trop chantourné pour permettre une certitude, sauf une: ce ne sont pas des Américains qui écrivent ainsi. (Comment ne pas être compris à force d'être poli.)

Ce qui me fait penser que j'ai vu la professeur de français de O., qui m'a appris un défaut que j'étais loin de soupçonner: O. écrit chantourné, justement. «Il faudrait qu'il se dise qu'on écrit pour être compris.» Et je me dis que O., le diplomate de la famille qui a appris à naviguer à vue dans le champ miné que constitue n'importe quel repas chez nous (trop de taquineries (mais de belles parties de rire quand ça ne tourne pas au drame)) ne doit plus savoir appeler un chat un chat.

Bibliothèque de Bois-le-Roi, II

Une caisse était posée devant la porte avec une affiche : "livres donnés par nos lecteurs pour nos lecteurs''. Que des biographies. J'ai pris tout ce que je pouvais mettre dans mon cartable, honteuse d'emporter presque la moitié des livres et souhaitant le dissimuler.

Donc :
- Guislain de Diesbach, Madame de Staël, parce que Patrick m'en a rapporté un digest de Coppet;
- Dirk Van der Cruysse, Madame Palatine, princesse européenne, parce que Laurent m'a dit que c'était elle l'auteur d'un cri qui m'avait particulièrement marquée («Pas le couvent, pas le couvent!») (ce livre est énorme);
- Jean-Pierre Poirier, La véritable Jacqueline Auriol : Voler pour vivre, parce que Jacqueline Auriol et Hélène Boucher sont mes héroïnes depuis toujours (et puis il y a des photos);
- Frédérique Lebelley, Duras, le poids d'une plume, parce que ça me plaisait d'avoir un autre avis que celui de Laure Adler (même si, Duras l'ayant relu, ce ne doit pas être biaisé du tout. Mais cela m'amuse).

J'ai laissé le récit de Catherine Allégret sur Montand et Signoret (pour ma mère), parce que décidément, plus rien ne tenait dans mon cartable.

Je me suis inscrite. Ils m'ont précisé que l'inscription pour les enfants était gratuite. J'ai répondu que c'était moi qui lisais les livres pour enfants, que j'adorais ça (pourquoi ne puis-je jamais m'empêcher de me présenter comme simplette? Sur le coup ça m'amuse, mais après je me plains qu'on me prenne pour simplette. A corriger).

Travaillé sur la Bible (les occurrences du mot mashiah, "frotté d'huile", dans l'AT). Pas fini, il va encore falloir me lever très tôt cette nuit.

Fini L'Ange au regard vide.

Les lecteurs (ou pas) de ce blog

Il y a ceux qui vous lisent. Vous les rencontrez, vous ne les connaissez pas, ou peu, et ils vous posent des questions sur des sujets dont vous ne leur avez jamais parlé (et pour cause), et soudain la lumière se fait en vous: «Mais ils me lisent! Vraiment! avec attention! et ça les intéresse suffisamment pour qu'ils s'en souviennent!»
Et là, vous vous sentez infiniment touchée, reconnaissante, (flattée) et embarrassée: vite, vite, vous rembobinez dans votre mémoire tout ce que vous avez écrit pour tenter d'estimer tout ce que vous n'auriez jamais confié avant des mois à un inconnu, parce que vous n'avez pas été élevée comme ça… et vous abandonnez, trop de mots, trop de billets, trop de sincérité, ce mot dont vous avez appris à vous méfier avec RC et Nabokov et contre ou avec lequel il faut vous battre certains soirs.

Il y a ceux que vous connaissez un peu plus, que vous croisez par hasard et qui vous pose une question qui fait qu'il faut bien vous rendre à l'évidence: ils ne vous lisent pas, malgré leur proclamation d'attention. Mais ceux-là, vous les fréquentez depuis si longtemps que, même si le pincement de déception ne s'efface jamais tout à fait, ils vous ont rendue philosophe, ils vous ont appris à sourire de vous-même, de votre prétention, de votre besoin d'attention; et en fait, c'est à les fréquenter que vous avez oublié que certains vous lisaient ou vous liront, cf la première catégorie.

Il y a les autres, ceux qui ne connaissent pas ce blog, à qui vous le donneriez bien à certaines heures, par affection ou par flemme (la paresse de leur raconter votre vie), et vous résistez, parce qu'en vérité, vous avez aussi peur qu'ils fassent partie de la première catégorie («je ne vais pas raconter ça, il y a X qui me lit») que de la deuxième («c'était bien la peine que je raconte cela, X ne l'a pas lu»).

Ça en jette, quand même

— Oui, je n'ai jamais eu le moindre problème quand je corrigeais Ricœur pour Esprit.

Bibliothèque

Pas grand chose. Bibliothèque de Paris avenue Parmentier. A chercher les livres de mes bibliographies, je vais connaître toutes les bibliothèques de Paris.

Il fait nuit. Ce n'est pas drôle (par opposition à mes sorties en Vélib de l'été 2009 ou 2010, déjà de bibliothèque en bibliothèque). Pour aller chercher les livres je suis motivée. Mais ensuite, pour les rendre, je suis souvent en retard. Pas envie de me déplacer, de me détourner de mes trajets pendulaires.

Le plus ancien n'est pas celui qu'on pense.

Cours sur l'Ancien Testatment (AT). Je fais un peu d'allergie à cette exploration rationnelle de l'histoire et de la géographie, mais il faut bien reconnaître que cela donne une autre force aux textes, un maillage humain très solide. Chaque ligne entre en résonnance avec toutes les autres de façon très intime.

«On peut tout trouver dans la Bible. Si vous cherchez suffisamment, vous trouverez de quoi justifier n'importe quelle position. Attention à une lecture fondamentaliste.»

Les juifs ont rejeté les textes écrits directement en grec pour ne conserver que les textes hébraïques; épris de retour aux sources, les Réformés en ont fait autant. L'ironie, c'est que les manuscrits les plus anciens que nous possédons sont écrits en grec, tandis que les textes hébreux sont du Xe siècle, et vocalisés (ce que signifie le terme massorétique)[1].

Tristesse d'apprendre que le Codex d'Alep (910-930), qui contenait tout le texte de l'AT, a brûlé en partie en 1947 lors d'émeutes anti-juives.

Notes

[1] Cela n'est plus vrai avec les Manuscrits de la Mer morte, mais Luther n'avait pas ce genre d'infos.

Amsterdam, la ville où vous apprendrez à faire vos créneaux




Je n'ai pas élucidé la façon dont le conducteur sortait de voiture. J'ai suggéré que les Amsterdamois ne conduisent que des voitures anglaises (avec le volant à droite), et je me suis fait traiter de tête de linote. Quand je disais que personne ne comprend mon humour.

Pour le reste, j'aime beaucoup cette ville: les villes avec peu de voitures sont vraiment mes favorites.

Une vraie journée de touristes

Musée Rijksmuseum. Pas de queue. Nous mettons deux minutes à comprendre les chiffres sur la façade, 98 23 14 : jours, heures, minutes avant l'ouverture du musée rénové.
En attendant nous avons droit à une version réduite, quelques salles, Rembrandt, Vermeer, bien sûr, mais aussi de très beaux objets et meubles. Et une horloge très amusante et résolument moderne.

Dans la tradition "mangeons pour guérir", nous faisons un grand détour pour trouver un restaurant vietnamien — qui sera fermé, bien entendu. Mais enfin, cela nous aura permis de voir le temple bouddhique d'Amsterdam. Nous mangeons donc chinois, une soupe que nous n'aimerons pas (boulettes de viande et côtes de blettes) mais qui ne nous pèsera pas sur l'estomac.

Musée de l'Hermitage pour voir les Van Gogh accueillis ici pendant la rénovation du musée du même nom. Pas de queue (nous avons acheté nos billets devant le Rijksmuseum). Très beaux tableaux, les Tournesols et les Iris sont ici. L'exposition est organisée en thèmes (cinq: la nature, la jeunesse, l'influence japonaise, et je ne me souviens plus). Copie étonnante d'un tableau japonais, vergers au printemps, Bible, tête de mort fumant (elle est ici). Tous les tableaux sont d'Amsterdam, c'est une exposition entièrement domestique qui m'a beaucoup plu.

Puis dans le même musée exposition dite des "Impressionnistes", mais "de la seconde moitié du XIXe siècle français" serait plus exact. C'est d'ailleurs très intéressant, rythmé par des coupures de journaux expliquant les évolutions de la mode dues aux transports en commun (finies les robes à crinoline), le salon des refusés, l'invention du tube de peinture (1841) qui permet aux peintres de sortir de leur atelier, etc.
Cela donne l'impression étrange de se promener "chez soi", d'Haussmann à Versailles en passant par Montgeron ou les plages de Normandie. Soudain je comprends que la peinture du XIXe siècle a été française comme celle de la Renaissance a été italienne et celle du XVIIe hollandaise (oui, cela ne m'était jamais venu à l'esprit avant d'être à l'étranger).

Café et pâtisserie dans un coffeeshop en contrebas de la route; vautrés dans des canapés nous commentons les arrivants (nous essayons de deviner leur nationalité — de jeunes Russes ressortiront en découvrant (sans doute) qu'il n'y a pas d'alcool, d'un couple dont je dis "Lui a l'air très amoureux", H. répond "donc français", ce qui me fait rire (est-ce vrai? très amoureux donc français?)), dans la grande tradition des petits vieux sur leur banc ou des vieilles derrière leur rideaux.
L'intonation de la langue néerlandaise est le même que celle de l'américain, et les mots de la cuisine viennent du français sans traduction.

Le soir Einstein on the beach puis pub irlandais.

Une vraie journée de vacances

Ce matin H. est malade à son tour, avec tout le caractère d'une intoxication alimentaire, (la soupe aux pois d'hier midi? C'est la seule chose que nous ayons mangé en commun, sachant que j'en avais également mangé dans un autre restaurant le mercredi soir, ce qui expliquerait que j'ai été malade plus tôt? (une épice de la soupe que nous ne supportons pas? L'idée m'amuse, ça change des gens malades en allant sous les tropiques)).

Quoi qu'il en soit, nous nous recouchons après un petit déjeuner symbolique (et encore du Coca). Une heure plus tard, je suis en pleine forme et je me mets à mon devoir de grec (en utilisant le logiciel Antisocial pour ne pas utiliser FB).
H. dort, tout est extrêmement silencieux, nous sommes sous les toits, il fait gris, je suis tranquille. Je suis bien.
Bref, je termine ma version. Depuis combien de temps ne m'était-il pas arrivé de terminer un devoir en avance? Cela m'a suffisamment inquiétée pour que je demande à H. de photographier le sujet, pensant qu'en bonne logique qu'il devrait arriver quelque chose à mon devoir, mes papiers, mon cartable, etc. (je suis une traumatisée de la loi du chaos).

Vers dix-sept heures (il fait nuit) nous sortons pour passer à la pharmacie[1]. Elle est minuscule, il faut prendre un ticket comme à la SNCF ou à la Sécu, il y a dix personnes devant nous. Y aurait-il pénurie de pharmacies à Amsterdam? C'est long, je lis le livre de Samuel, et quand c'est notre tour, c'est long encore (prendre notre adresse, en France, à Amsterdam… La jeune fille parle beaucoup moins bien anglais que celles croisées jusqu'ici).

Nous rentrons et fouillons dans les DVD laissés dans le patio. Un thé, un œuf à la coque, du miel. Nous regardons The Shadow, effrayant en effet, mais pas pour les raisons prévues par le réalisateur (qu'est-ce que c'est que ce navet? Gengis Khan télépathe dans le New York des années 30).
Tous les DVD sont-ils traités ainsi, c'est-à-dire jamais doublés mais sous-titrés? Cela impliquerait que toute la population sache très bien lire (car l'une de mes théories est que si les films en banlieue sont en VF, c'est que tout le monde n'y lit pas suffisamment vite le français pour suivre des sous-titres).

H. retourne dormir et je mets la saison 3 de 24 hours que j'ai déjà vue il y a longtemps. Anglais sous-titré anglais (il n'y a rien d'autre). Je comprends par bribes puisque j'écris en même temps, mais ça n'a pas grande importance.

Notes

[1] Cela n'a rien à voir avec nos mésaventures alimentaires, il s'agit d'un médicament indispensable à H. dont il va manquer.

Flâneries

Beurre de cacahuètes. Je sais que je ne devrais pas, à chaque fois j'en reprends puis je me souviens de la raison pour laquelle je me suis dit que jamais plus (beuuuuhhh…).

Nous croisons quelques instants le landowner, le temps qu'il nous expose ses observations sur la consommation des Européens au petit déjeuner: les Italiens ne mangent rien, les Allemands ne mangent que du pain brun (complet? est-ce que le mot recouvre la même réalité?), les Français plutôt du blanc, il est inutile de donner du bon pain à des Anglais car ils font tout griller («chez nous, on ne fait griller que le pain trop dur» partage-t-il son désarroi, désireux d'avoir notre avis sur ce mystère anglais).

Pris notre temps pour tout et fait demi-tour devant les files d'attente trop longues. Marché, pris le bateau (à ne pas faire, cela revient trop cher pour le trajet accompli. Mais c'est amusant de voir les éraflures sous les ponts: c'est vraiment étroit), déjeuné dans un petit pub même si je n'ai pas très faim.
Maison Rembrandt (Rembrandt a fait faillite? Décidément, nul n'est à l'abri!), maison d'Anne Franck, entre les deux, quartier "lumières rouges": cartes postales degusting et quelques filles en vitrine. Choc, toujours: l'image de la pute dans ma tête est celle des filles des films d'Audiard, des femmes adultes un peu vulgaires un peu sarcastiques, pas celle de jeunes filles jolies et menues qui me donnent envie de crier «Ne leur faites pas de mal, laissez-les sortir!»

Maison d'Anne Franck, la file est longue mais nous avons tourné les talons déjà tant de fois que cette fois-ci nous attendons. Je n'aime pas beaucoup l'idée de cet argent amassé sur le journal d'une adolescente morte en camp, mais la visite démontre un respect profond des personnes et de l'histoire. Des quatres personnes qui ont nourri et protégé les huit qui se cachaient, la dernière est morte en 2010. Les pièces ont été reconstituées, meublées, photographiées, puis vidées: elles se visitent nues. Des modèles réduits et des plans permettent de comprendre comment s'agençaient les pièces. La famille a été arrêtée en août 1944, après le débarquement en Normandie, quand il était évident qu'Hitler avait perdu. Quel est le fou haineux qui l'a dénoncée? Mystère.
(Il faudrait que je relise le Journal. A treize ans il m'avait paru insipide, mais sans doute qu'aujourd'hui j'aurais davantage conscience de certaines particularités, à commencer par cette contrainte: qu'écrire quand on vit enfermée?)

(Petite surprise en fin de visite: un Oscar, la statuette, sous une vitrine: celui de Shelley Winters, obtenu en 1959 pour le meilleur second rôle dans Le journal d'Anne Franck. Je suis émue, je ne pensais pas voir un jour un exemplaire de cette statuette de si près, sans obstacle.)

Retour. Arcades, échoppes de masseurs où l'on s'installe sur des canapés pour se faire masser bras, jambes, dos, dans la boutique même, à la vue des passants (les Hollandais ont l'air peu effrayés de s'exposer, si j'additionne la façon dont on peut voir l'intérieur des appartements ou des bureaux quand on passe dans les rues et ce genre d'échoppes. Cela me semble une façon efficace de lutter contre le quand dira-t-on: «je n'ai rien à cacher, maintenant fichez-moi la paix»).

Tram (je le note, car savoir utiliser les transports en commun me paraît une clé des villes). Nous n'avons remarqué aucune pharmacie de la journée et finissons par nous faire expliquer par un commerçant où est la plus proche de la chambre. L'enseigne bleue est très claire (pas quelque chose d'inattendu que nous n'aurions pas identifié comme "Apotheke"), je suis presque sûre de ne pas en avoir vu aujourd'hui. Etrange. Elle est fermée, on verra demain. J'ai très mal au ventre depuis l'attente devant le musée Anne Franck, je ne me sens pas très bien, nous achetons du Coca et des sandwiches et rentrons à l'appart.

Je suis malade, je m'endors aussitôt, il ne doit même pas être vingt-et-une heure. So much for mes velléités de grec.

Amsterdam

A Roissy nous avions été arrêtés quatre kilomètres avant l'aéroport, cette fois-ci le TGV s'arrête peu avant Shiphol dans une grande odeur de brûlé. Je suppose que ce sont les freins, mais plus tard une annonce parlera d'une avarie au moteur.
Nous attendons. Je trie des photos, les renomme. Je perds la notion du temps.
Quarante minutes plus tard nous repartons lentement, nous nous arrêtons. Minutes immobiles. Annonce («Grâce au travail admirable de notre mécanicien nous pouvons repartir» (ce qui doit être vrai)). Le silence dans le wagon est impressionnant. Le train roule, s'arrête, repart, lentement. Les gens font des plans (descendre à Shiphol pour prendre un taxi?), le train accélère, nous avons plus d'une heure de retard, tout semble redevenu normal, nous arriverons à Amsterdam à qinze heures au lieu de treize heures trente.

Il fait gris mais doux. Taxi jusqu'au bed and breadfast. "Adrian" (je suppose, puisque c'est le nom du B&B) nous demande si nous étions dans le train qui a pris feu. What? Il nous explique que les Hollandais ont la passion des feux d'artifice et que certains ont fait partir des pétard dans un TGV qui a pris feu… Voilà qui explique pourquoi aucune motrice n'est venue nous remorquer, il y avait urgence ailleurs. Peut-être même que le moteur n'était pas touché, mais plutôt le secteur électrifié, ce qui expliquerait pourquoi nous nous sommes remis à rouler plus vite à partir d'un certain moment… enfin bref, nous ne saurons jamais.

Le choc de la maison dans laquelle nous entrons, ce sont les escaliers. Je tombe immédiatement amoureuse de ces escaliers impossibles, verticaux, presque des échelles, chaque marche permettant de ne poser que la plante des pieds. On comprend que la Flamande valse à cent ans si elle a monté et descendu toute sa vie des escaliers de ce genre.
Je pense aux échelles de meunier, ce qui correspondrait assez bien aux moulins du pays; notre hôte (landlord) penche pour une explication plus maritime: les architectes des maisons étaient des constructeurs de navire, ils ont pensé les escaliers des habitations comme ceux des coursives. Il est bavard (je pense à Philippe qui n'aime pas les B&B pour cette raison. Bah, c'est un peu ennuyant, mais c'est aussi amusant. J'aime autant savoir comment les gens vivent que visiter les musées. Les meubles passent par les fenêtres, et depuis quelques temps, les brancardiers n'ont plus le droit non plus d'utiliser les escaliers: les gens sont évacués par échelle de pompiers. Fun! (Je me demande s'il faut expliquer par les escaliers que les accouchements ont lieu si souvent à la maison en Hollande!)

Qu'avons-nous appris encore? Que si le vélo était si populaire, c'est peut-être parce que la reine Wilhelmine aimait faire du vélo («Elle se sentait sans doute libre, plus libre que dans ses landaus conduits par des cochers», nous confie notre hôte dont la projection psychologique me fait rire intérieurement), que c'était donc un moyen de locomotion aristocratique «tandis qu'en Turquie par exemple, c'est méprisé, parce que résersé aux pauvres, alors que chez nous c'est noble», et que les immigrés doivent apprendre la langue… et à faire du vélo, «ce qui lutte contre l'obésité». Cette dernière précision m'impressionne: apprendre à faire du vélo, signe d'une volonté d'intégration… Voilà qui est très fort, et un moyen comme un autre de lutter contre le tchador.

La chambre est au dernier étage, à côté du patio aménagé en cuisine/salon. Le frigo est rempli (lait, œufs, charcuterie, salade) à notre disposition; livres, DVD, la confiance règne (je suis si fatiguée de la méfiance française institutionalisée que je note la confiance partout où je passe. C'est sans doute ce qui me manque le plus au quotidien, cette douceur de faire confiance à ces contemporains).

Nous sortons, aller-retour dans la ville, il fait nuit, guirlandes de Noël, canaux. Je propose d'aller voir Jack Reacher. La caissière passe à l'anglais avec beaucoup de naturel, elle nous demande où nous voulons être assis, les places sont numérotées (ceci au titre des little differences). Tous les films sont en VO sous-titrés, et elle nous le dit avec une telle assurance que j'ai l'impression que c'est la règle, même pour la télé: le doublage en néerlandais serait-il inconnu?

C'était une erreur. Enfin, si le but était de voir un bon film, c'était une erreur. En revanche, s'il s'agit d'établir la liste des erreurs à ne pas commettre (la caméra qui s'arrête trop longtemps, le héros impassible, etc), cela peut être utile. On dirait un Clint Eastwood raté.
Dans le contexte de la tuerie de l'école du Massachussetts, ce film prend une autre dimension. Je suis surprise que sa sortie n'ait pas été différée.

Il y eut un soir et il y eut un matin.

Couchée 23h, achevée par le champagne.

Après la recette du grog au whisky (irlandais) (un tiers de whisky, deux tiers d'eau chaude, citron, miel, clou de girofle), la recette champenoise de mes beaux-parents: faire chauffer un demi-litre de champagne, le boire et se coucher (méthode des vignerons).
(Non, non, pas de panique, je n'ai pas sacrifié de bon champagne, je l'ai bu "normalement". Mais le résultat a été le même: je suis allée me coucher.)

Ce matin je vais mieux.


En résumé, l'important est de faire transpirer. Pour les alcooliques anonymes, savoir qu'on obtient le même résultat avec une soupe phô bien épicée.

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