Mardi

Après-midi en réunion porte de la Villette. Carrefour des Quatre Chemins, les bâtiments qui avaient autrefois (il y a vingt ans) abrité L'auberge de Marrackech, l'un des meilleurs couscous de Paris, et un traiteur italien qui nous a donné pour toujour le goût de la pana sont détruits (ceci dans la rubrique "la forme des villes change plus vite…"). Le terrain vague (le vide m'évoque la gencive exsangue laissée par une dent arrachée) libère la lumière pour des fenêtres qui n'avaient sans doute pas vu le soleil depuis plus d'un demi-siècle.
La population a changé, plus de noirs, un peu moins d'arabes, et un début d'asiatiques. Je croise aussi deux femmes d'Europe de l'Est. A chaque visite (tous les six mois, tous les ans) les équilibres du quartier varient. Mais l'odeur forte de la boucherie hallal à deux pas du métro demeure.

J'avais l'intention d'acheter mes gâteaux préférés en partant, mais j'ai oublié, j'ai pris un Vélib et j'ai rejoint la gare de Lyon en suivant le canal St Martin (rubrique automne radieux, Paris que j'aime).

Un jour je prendrai le temps d'aller jusqu'au cimetière de Bagnolet pour chercher les tombes de Jean Puyaubert et Maurice Oyosson.

Conversation d'étudiants en théologie

Je sors rapidement du cours du latin, passe en bibliothèque rendre des livres puis me précipite au café dans l'espoir d'avoir le temps de manger des sardines (de Belle Île, le patron y tient) en un quart d'heure avant le cours d'introduction à la sociologie (aujourd'hui Durkheim).

J'ai le plaisir de découvrir que trois de mes acolytes sont encore attablés. Je les rejoins:
Moi : — Alors, quoi de neuf? Vous allez bien?
Jacques : — Nous regrettions Macao.
Moi : — Euh… (je fredonne Macao.)
Jacques : — Oui, ça aussi…
Moi, essayant de rassembler mes esprits : — Tu veux dire que vous étiez en train de regretter la disparition des comptoirs coloniaux?
Daniel : — Non, plutôt la version Tontons flingueurs, Lulu la Nantaise.
Moi : — Vous étiez en train de regretter la disparition des bordels de Macao? Quatre ans de théologie pour regretter les bordels de Macao?

Procrastination

Comme je devais écrire ma dissertation, j'ai taillé la haie, fait tourner deux machines, refait le lit au grenier, passé l'aspirateur au rez-de-chaussée, allumé le barbecue (c'est une première), lavé la voiture avec amour (faut qu'elle en profite pendant que ça dure), recousu une chaussure (« — Mais comment recoud-on une chaussure ? — Avec difficulté»), mis une pièce dans le fond d'un jean en regardant deux épisodes de Twin Peaks.

Une matinée perdue

Je rentre à une heure et quart. La table de la cuisine est dans le même état que lorsque je suis partie, la brioche en moins. Les garçons en pyjama jouent à League of Legend en se parlant de la chambre au salon. Hervé est à l'étage, il n'a pas fait de courses visiblement (il fait si beau, je m'attendais à un barbecue).
Je mets la table sur la terrasse, je sors ce que nous avons dans le frigo, je pense à ma matinée sur l'eau, à la Seine magnifique, aux arbres à peine roux, à la température idéale, et je ne peux m'empêcher de les plaindre d'être restés au lit.

Enquête

Les questions sont ici.

1/ Oui, un parfum de maman (ce qui fait que n'ose pas en changer).

2/ Oui, ou peut-être juste afin d'éviter de "voir" quelqu'un (et dans le cas auquel je pense, c'est un remords lancinant).

3/ Oui, la frange, les années après-bac, le résultat était atroce !

4/ Je ne sais pas. La musique paraît le plus évident, mais la peinture, vue IRL… (pas en reproduction). Quant aux mots, je m'en protège, je fais très attention à ne pas les prendre trop directement de face (Mandelstam, Cavafy?) Question trop difficile, il n'y a que des cas particuliers, pas de généralisation possible (en ce qui me concerne).

5/ Parler, hélas. J'aimerais ré-apprendre à me taire, comme je me taisais autrefois.

6/ De me concentrer ! Un sujet qui m'intéresse.

7/ L'incompréhension (est-ce une émotion?). La colère, la tristesse (ce sont des émotions).

8/ Toujours deux à trois projets-programmes et peut-être un ou deux projets-rêves (mais ceux-là je n'y pense jamais avant qu'ils n'entrent ou entrent presque dans la catégorie "programmé".

9/ Euh… S'obstiner, c'est une aptitude? Alors très tôt.

10/ Je ne cherche pas vraiment, mais si la réponse existe, j'ai l'impression que je finis un jour ou l'autre par trébucher dessus.

Vendredi, enfin

Fin de la semaine. Ouf, longue et épuisante. Lundi j'ai songé un instant à aller voir un médecin, mais c'était trop compliqué. Epuisée. Week-end !

Passée prendre Durkheim à la bibliothèque Malraux et acheter du papier cristal chez Gibert (le stock constitué en 2004 (cinquante feuilles) est épuisé).

Un peu de frime en décapotant pour aller de la gare à l'école de musique — juste pour le fun. Dès que le soleil se couche il fait vite froid.

Chip, Tom et Bob

Ce sont réellement leurs prénoms, ou du moins ceux que j'ai toujours entendus, même si je suppose que cela doit cacher un Charles et un Robert. Chip est le mari de Ruth, Bob de Jane et Tom de Lucy. Elles sont sœurs, ils sont beaux-frères.

Ils viennent de passer trois semaines en France sur les champs de la bataille de la Grande Guerre. Ils doivent rentrer samedi aux Etats-Unis — si Air France les y autorise (j'ai un peu honte).
Nous devions les voir avant leur départ, nous les avons invités au Bouillon Racine. Inévitablement ils prennent du foie gras. Je n'ai jamais rencontré d'étranger partageant aussi naturellement les valeurs de douceur de vivre et de gastronomie françaises que Chip. C'est un plaisir de lui conseiller de prendre son petit déjeuner en terrasse aux Deux Magots (qu'il voulait absolument voir) à huit heures du matin au mois d'août pour sentir le vrai Paris s'étirer au réveil ou de lui faire prendre "des risques", comme manger du confit de canard, par exemple… (je sais, je sais… il garde un souvenir impérissable de la fois, il y a bien lontemps, où je l'ai convaincu d'essayer une viande autre que le poulet ou le bœuf, soit le fameux confit de canard. Je suis heureuse de les avoir invités, lui et Ruth, au pub Renault du temps où c'était encore le pub Renault, avec compartiments de train et service par un maître d'hôtel (conversation en commentant le décor Art déco du Bouillon Racine: je lui apprends que le pub Renault tel qu'il l'a connu n'existe plus)).
Cette fois-ci je l'entraîne à manger une canette aux griottes, ce qui est plus exotique. Notons au passage que je découvre qu'aucun des trois ne sait que la viande de porc doit toujours être très bien cuite, pour éviter d'attrapper des parasites (ils s'attendaient à ce qu'on leur demande "quelle cuisson?" pour cette viande-là aussi).

Nous discutons presque à bâtons rompus, pas si simple en anglais avec notre accent, la fatigue et le bruit. En quittant le restaurant, détour pour voir la Sorbonne .

La France, son vin, ses fromages, ses grèves (je leur cite Bruce Willis John Malkovich dans Red 2, «Vous venez souvent à Paris à cette époque? — Oui, pour la pluie et les grèves», ils rient). J'espère tout de même qu'ils n'auront pas trop de problèmes pour rentrer chez eux.

Groupama banque

En août 2010, j'avais ouvert un compte à mon nom dans une banque différente de celle où nous avons notre compte joint — et où j'ai également un compte en propre.
En effet, la situation d'Hervé était désastreuse et je voulais éviter, au cas où je touche un héritage de ma grand-mère, d'éventuelles saisies de l'URSSAF et autres (nous sommes mariés en séparation de biens, le simple fait de déposer une somme sur mon compte et non sur le compte joint aurait dû suffire, mais je n'ai pas confiance dans les banques, je voulais non seulement un compte séparé, mais une banque différente).

J'étais allée rue du Faubourg Saint-Honoré ouvrir un compte chez Groupama banque. L'"agence" est une pièce unique, orange, néo-années 70, vide, occupée en son milieu par un long comptoir transversal à la porte sans que rien n'indique au client qu'il doive rester d'un côté plutôt que l'autre. Au fond se trouvent deux box vitrés, sans porte, avec une table basse ronde et des chaises dans chacun d'entre eux.

La jeune femme qui m'avait reçue m'avait invitée à m'assoir à ses côtés (donc du même côté du comptoir qu'elle), et j'avais été choquée de constater que je pouvais lire sans difficulté tous les dossiers des clients sur lesquels elle était en train de travailler.
Mais bon. La jeune femme était très aimable, j 'avais ouvert mon compte et j'étais partie. Le reste des opérations s'effectuaient entièrement à distance.

Quatre ans plus tard je ne me sers jamais de ce compte. Je n'ai pas davantage confiance dans les banques mais nous ne risquons plus de saisies. A midi je suis donc allée fermer ce compte qui coûte 7,60 euros par mois en frais de fonctionnement (prix de la CB et de différentes assurances, je suppose, sachant que c'est l'un des rares comptes qui proposent une rémunération des comptes créditeurs).

Quand je suis entrée, la pièce était vide. Sur le comptoir, un ordinateur, à quatre ans de distance le même désordre de papiers que la dernière fois. Sur l'une des tables basses, un ordinateur portable et un blackberry. Murs orange, lumière et silence.
J'ai dû rester seule trois minutes, le temps de filmer l'agence vide avec mon téléphone.
Cette fois-ci le banquier était un homme. Il a changé de sujet sans changer de sourire quand je lui ai fait remarquer un peu estomaquée que n'importe qui aurait pu emmener l'ordinateur et le téléphone. Il m'a donné l'adresse où envoyer ma demande de fermeture de compte et je suis partie.

Mardi 23

Quatre Impromptu à midi. Des problèmes d'équilibre (cette compensation du corps à tribord pour une pelle qui plume à babord: m'en déferai-je jamais?) mais une belle sortie. Première fraîcheur d'automne sous un soleil resplendissant.
Il me reste des traces d'oppression dans la poitrine, mais elles sont en train de disparaître — lentement.

Journées de bureau très calmes en ce moment: aucune réponse des administrateurs à mes mails, aucune décision de prise. Je sais déjà que nous allons avoir une fin d'année épouvantable, quand tout sera décidé et urgent — et je ne peux rien y faire, sauf avancer sur le fond (il y a toujours du travail de fond à avancer — heureusement).

Hervé revient de Mulhouse après avoir inauguré le Wifilib (l'équivalent de trois ou quatre lignes ADSL, dans la rue et gratuites, bien mieux que la 3 ou 4G, me dit-il) et me propose d'aller voir "une comédie anglaise", Pride.
Anglaise je veux bien, mais certainement pas une comédie. Le pendant anglais et optimiste de Dallas Buyers Club, une histoire que je n'aurais pas cru possible si elle n'était avérée. Surprenant et émouvant, parfois proche de la caricature ou du cliché, mais la vraie vie concernant ces sujets (grève des mineurs et lutte LGBT) est elle-même caricaturale.
Même si ce n'est pas son sujet principal, ce film montre bien le grain de folie et de joie que les gays sont susceptibles d'apporter au quotidien, joie et gaieté si attirantes quand, sans connaissance de ce milieu-là, on cherche juste à échapper à la grisaille ou à résister au désespoir. Le merveilleux est que cela ne réside qu'en une façon de se comporter et d'envisager la vie, la grisaille de l'existence n'a rien d'ontologique.
Rappel des années Thatcher, du début du sida, mesure du chemin parcouru par les LGBT depuis 1984 — et du chemin restant à parcourir.

Lundi

Encore bien ébranlée par hier. Parfois je regrette de ne plus avoir de pulsions suicidaires : au moins cela donne une forme à la pensée. Là rien, dans mon cerveau une impression de plaque mélaminée beige sur fond blanc, je ne suis ni au centre ni au bord, je ne fais rien, j'attends, je ressens le temps et je me demande comment le remplir. Je suffoque, je respire mal, par la bouche, j'ai le cœur qui bat trop vite. Je me demande si ce ne sont pas les symptômes d'une attaque de panique. Tlön et JY m'ont écrit des mots désolés pour regretter "une terrible méprise". Je leur suis reconnaissante de ne pas être montés sur leurs grands chevaux et de ne pas m'avoir dit que j'exagérais — il est possible que ma tête d'hier était à faire peur et qu'ils aient compris qu'il n'y avait pas, hélas, de théâtre ou de sur-jeu dans mes réactions (moi-même j'ignorais que je pouvais réagir comme cela, être aussi malade d'abandon. Quelle faille brutalement —et publiquement— découverte. Je suis très embarrassée.)). J'ai mis le billet précédent hors ligne vers 17h hier parce qu'il est violent pour eux et que je les crois; je le remettrai en ligne dans un an, pour mémoire des événements, quand sa publication ne sera plus repérée de la plupart des agrégateurs (idem pour ce premier paragraphe). Patrick n'a pas réagi, silence radio.

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Difficultés de concentration: déterminer ce que j'ai à faire, le faire, quasi au-dessus de mes forces.

La bibliothèque de l'ICP est rouverte, elle m'avait manquée. Les professeurs de cette année semblent bien maîtriser la mise à disposition des documents sur plateforme électronique (ça nous change).
Nous commençons à craindre de voir disparaître tous les étudiants "pas dans la ligne du parti", non que le parti les chasse, mais ils n'ont pas l'envie ou le courage de rester à la perspective de cours moins généralistes (j'appelle généraliste l'histoire, la philo, l'exégèse qui est de l'étude de textes) et plus spécialisés sur l'Eglise, le Christ, les chrétiens. Or ce sont ces étudiants qui apportent à notre promo son grain de folie.

Les rapports de l'Eglise et du pouvoir depuis Eusèbe de Césarée et Théodose jusqu'à Philippe Le Bel. Césaro-papisme et sacerdotalisme. Apparté sur la thèse de Marcel Gauchet: plus l'Eglise et l'Etat sont séparés, plus nous sommes dans un monde chrétien (puisque le Christ lui-même avait prôné la séparation. Doctrine Reddite, rendre à César… J'espère que mon résumé n'est pas trop brutal).

Premières démarches pour qu'O. s'inscrive en conduite accompagnée. J'espère qu'il n'abîmera pas ma nouvelle voiture.

Attaque brutale de chagrin

Je discute avec une ou deux personnes que je ne connais pas et qui ne connaissent personne, afin qu'elles ne se sentent pas isolées. P. et moi les raccompagnons à leurs voitures. Elles partent.

C'est alors que je me rends compte que je suis seule. Philippe, Tlön, Skot, blogueurs des premières heures qui ne sont ici que parce que je les ai présentés à P., et JY avec qui j'ai porté plainte contre JA et supporté un certain nombre de difficultés, tous sont partis à la cathédrale sans me prévenir, sans venir me chercher, sans que je compte le moins du monde.

Je m'effondre intérieurement. Il est toujours difficile d'être ramenée à la vieille malédiction, car on a beau savoir qu'on n'échappe pas à une malédiction («car à ceux condamnés à cent ans de solitude, il n'est pas donné de seconde chance»), il se trouve toujours des périodes où l'on pense l'avoir dépassée, l'avoir exagérée, que ce n'était pas une malédiction, que ce n'était qu'un concours de circonstances qui ne se reproduira plus. Et toujours la tentation de cette vieille question à laquelle je sais désormais qu'il ne faut pas vouloir répondre, qu'il faut juste la balayer de ses pensées: «C'est eux ou c'est moi?»

Je m'endors sur un canapé du salon, après m'être sans doute évanouie quelques secondes dans les WC (évanouissement ou sommeil flash? Comment savoir? Quelle est la différence?)
Plus tard, ils reviendront puis s'entasseront à cinq dans une voiture pour rentrer à Paris, me laissant seule dans la mienne.

Plus tard encore, découvrant que Skot m'a envoyé vers 15h le téléphone d'une amie, nous aurons l'échange de SMS suivant:
— ??
— C'était le téléphone de X. (commentaire off: oui, ça j'avais compris. Mais pourquoi?) Sinon ça va? Tu semblais fâchée, on n'a pas compris…
— Fâchée? (Je décide de donner mon point de vue, même si c'est pitoyable. Juste pour voir, comme au poker: voyons ce que je vais avoir comme réponse. Je m'applique à utiliser des termes sans ambiguité. (Sachant que c'est un peu injuste que cela tombe sur Skot qui est le plus à même de culpabiliser)) En larmes d'avoir été larguée comme une vieille chaussette. J'aurais préféré que vs pensiez à moi avant plutôt que vs vs inquiétiez après (Vs êtes vraiment bizarres).
— Terrible malentendu! Je t'ai appelée plusieurs fois au moment de partir et P. nous a dit que tu suivais.
— Il ne m'en a rien dit.
— Il devait être occupé avec ses autres invités Désolés mais on n'a pas tt de suite compris que tu souhaitais venir et on a pensé que tu nous rejoindrais avec d'autres convives.
— Tant pis. […]

Je sais déjà que je ne saurai jamais ce qui s'est passé. Je n'ai rien entendu, mais comme je ne faisais pas attention, cela ne veut rien dire; P. ne m'a jamais dit que nous pouvions les rejoindre, se bornant à répéter en boucle «ils vont revenir» (Mais qu'est-ce que ça peut me faire qu'ils reviennent puisque ma présence leur est indifférente? Quelle importance désormais? Et pourquoi P. n'y est-il pas allé? Ce n'est pas si souvent qu'il croise JY, Tlön ou Skot. N'avait-il aucun désir de bavarder un peu, dégagé des soucis d'hôte de maison? J'ai le soupçon que cela lui plaisait que je reste, qu'il n'a rien fait pour que nous partions avec les autres.)


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Agenda
J'emmène la collection entière des Maigret et deux Rohmer.
Les trois ados installés dans le salon avec leurs portables ont fait fondre les fils électriques à force de jouer en ligne.

Nouvelle série

Réponses à ces questions.
Par ailleurs, je vais tenter de répondre à l'ensemble des questionnaires posés depuis des années.

1/ Oui, mais moins bien qu'autrefois. Désormais je m'énerve.

2/ Retenir, retenir. Ce que l'on veut oublier est la source de nos remords et notre culpabilité. Vivre avec ces souvenirs est une discipline et une bonne façon de penser à éviter les mêmes erreurs (même si ça n'empêche pas de recommencer).

3/ Compliqué. Oui, mais sans le savoir car cela m'enbarrasse, et uniquement aux gens que j'aime bien, et uniquement aux gens à qui cela fait plaisir.

4/ Immobile, je suppose. Travail de bureau. Cependant j'ai le vague soupçon que je bouge plus que beaucoup dans cette immobilité.

5/ Rarement. De temps en temps, de moins en moins souvent. Inutile.

6/ Non. C'est impossible sans aimer le pouvoir, et le pouvoir, c'est le MAL.

7/ Oui, à peu près.

8/ Euh, préférée, qu'est-ce que ça veut dire? J'ai des envies de villes, de toutes les villes, celles que j'ai vues pour y retourner, celles que je n'ai pas vues pour les voir. Habiter à Venise, oui, pour voir si je supporterais un hiver dans la brume et la contrainte du bateau et des rues étroites. Je collectionne les villes où je voudrais retourner pour ramer: Venise, Florence, Porto, Amsterdam, Philadelphie,… (et pourtant je n'aime pas Philadelphie).

9/ Ah oui: assurance. Mais si les clients se méfient de leur assureur, ils n'imaginent pas combien les assureurs sont toujours en train d'imaginer que leurs clients sont toujours en train de faire des fausses déclarations de sinistres, en train de frauder.
Ce métier est effrayant de méfiance réciproque.

10/ Oh oui, j'en ai pratiquement fait un blog qui est à l'origine de celui-ci (il a été partagé en deux en juin 2008), et le premier billet était dédicacé à la citation.


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Agenda
- J'ai ma voiture (Hiiiii!!!!)
- Trois ados à la maison pour l'anniversaire d'O. Ils ont joué toute la journée à LOL en hurlant, et maintenant ils regardent Paul.
- A est repartie à Lisieux tellement chargée qu'elle nous a laissé son chat.

Anniversaire

Fait le tour des bibliothèques dans l'autre sens (enfin pas exactement: Charlotte Delbo à deux pas de la place des Victoires, puis Buffon et Melville. (Pas rendu tous les livres). Fini le Löwith sur le fil afin d'emprunter le Congar sur l'Eglise. Pas de vélib pour continuer jusqu'à la cinémathèque.

Salle comble pour Le bon, la brute et le truand, film préféré d'O. pour son anniversaire. Surprise d'apprendre que j'étais la seule à l'avoir vu sur grand écran (circa 1986).

Je lui offre un oreiller autruche. Je ne suis pas bien sûre qu'il s'en serve. Si l'essai est transformé, j'en achèterai un pour moi.

Hôte

En juin, ma mère avait demandé à H. si nous pouvions héberger le beau-frère d'une amie à elle. Ma mère, toujours drama-queen: «parce que tu comprends, il est titulaire pour la première fois, avant il travaillait avec des adultes, il va se retrouver en lycée professionnel, j'ai un mauvais pressentiment, il est nommé à Y*rres alors qu'il habite P*zenas, comment il va faire, (etc, etc)».
Sans y réfléchir à deux fois H. avait dit oui, nous pouvions le dépanner, cela semblait naturel, il faut s'entraider, nous avons une grande maison; après tout H. avait campé un mois chez une copine en arrivant à Paris, et ma sœur deux mois chez nous.
Plus tard j'ai eu ma mère au téléphone et j'ai découvert que l'homme en question avait quarante ans, ce qui n'était pas le jeune homme en détresse que j'avais imaginé.

En juillet, il était venu prendre l'apéritif pour faire connaissance. Il était accompagné de son frère habitant Etampes, de sa belle-sœur habitant Vincennes (oui, ils ne vivent pas sous le même toit), de sa femme et de ses deux enfants de sept et neuf ans. Nous avions discuté de tout et de rien pendant trois heures et ils étaient repartis.
J'avais trouvé bizarre qu'il ne squatte pas chez son frère l'été afin de trouver un studio dans les environs. J'avais trouvé bizarre qu'il n'habite pas chez son frère plutôt que chez nous à la rentrée en se faisant les heures de transport nécessaires tous les jours (à la guerre comme à la guerre). J'étais jalouse de la qualité de vie que nous allions lui offrir, bien meilleure que la nôtre: aller au lycée à vélo, travailler à deux kilomètres de chez nous à vol d'oiseau.

Maintenant il est là, du dimanche soir minuit au vendredi huit heures du matin. Il n'est pas désagréable, même s'il m'agace par son manque de jugeotte (je lui demande de se charger d'acheter du pain — je dois lui répéter chaque fois, le soir où j'oublie il ne le fait pas; il nous prépare un gratin dauphinois de sa propre initiative — et épluche un kilo de pommes de tere pour six personnes dont deux garçons de seize et vingt-deux ans (ajoutons que ce genre d'estimation, à mon sens, tombe exactement dans ce qu'il doit apprendre à ses élèves).
Je découvre des choses sur moi-même. Je découvre à quel point mon enfance m'a traumatisée, à quel point j'ai du mal à supporter un professeur de lycée professionnel à ma table le soir, après une journée de travail: c'était le métier de mes parents que cela a rendu très malheureux, la maison était atrocement triste; je découvre que je fais une véritable allergie aux professeurs de lycée (et je me dis qu'une fois de plus, c'est toujours ce qu'on redoute qui arrive. C'est fascinant (même si je ne savais pas que je le redoutais)). Il a presque des vertus cicatrisantes car lui semble heureux de ses élèves, de ses collègues, de son métier. Cela semble l'intéresser, voire le passionner, ce qui me fait plaisir, contrebalance les mauvais souvenirs qu'il fait remonter par sa seule présence.
Il ressemble à ces personnages de film gentils, discrets, nonchalants, dont on ne peut se débarrasser. Dois-je lui demander où en sont ses recherches d'appartement?

— Oui, pour son propre bien, me répond Jean, spontanément. (Et cette spontanéité me rassure et m'encourage).

— Est-ce qu'il vous dérange? me demandent mes compagnons de table. (Je leur ai exposé le problème pour avoir leur avis car je me sens égoïste. On veut faire sur couchsurfing, on se demande si on ne pourrait pas accueillir une ou deux adolescentes parmi les chrétiens d'Orient, et on ne supporte pas un gentil prof… Quand je pense aux gens qui cachaient des Juifs au péril de leur vie pour une durée indéterminée…)
— Un peu. Nous avons aussi la copine de mon fil à la maison; c'est ridicule, mais ça pose des problèmes de serviettes de toilette, je n'ai pas la place de les faire sécher… J'ai réorganisé les salles de bain en garçons/filles quand H. n'est pas là, O. lui a laissé sa chambre en attendant que A. retourne à Lisieux et il campe au grenier (mais il ne se plaint pas. Ce qu'il y a de bien avec les enfants, c'est que tout leur semble naturel, tout est toujours possible. Mais il est en première, il n'a plus de bureau, où va-t-il faire ses devoirs?) Surtout, je ne peux plus me promener "en queue de chemise", comme disent les québéquois, et puis on ne peut plus se laisser aller en bout de course, sortir les pâtes le mercredi jeudi vendredi une fois que les provisions du marché sont épuisées, vivre comme ça vient avec notre façon très personnelle de hiérarchiser les choses et les événements importants à nos yeux…

Bon, je vais lui demander demain s'il a commencé à démarcher les agences immobilières (je sais que non). Il faut qu'il soit parti en février («surtout ne lui dis pas ça, sinon il va rester jusque là!»), car A. n'a pas les mêmes dates de vacances que nous et nous n'aurons plus de chambre à prêter (je ne vais pas refaire camper un enfant pour lui faire de la place).


Agenda
- sortie en skiff. Magnifique bassin, temps magnifique. En nage tout l'après-midi et encore maintenant que je tape ces lignes.
- passage à l'expo Marcheschi. Des pétrés beaucoup plus noirs qu'avant. Pas osé demander le prix.

Chaud et froid

Les contrôleurs montent dans le bus à l'arrêt (de bus), ils contrôlent les passagers pendant que le conducteur attend, patiemment, qu'ils redescendent pour repartir.
Un jeune homme arrive, pantelant, il a couru, il n'a pas raté son bus, il n'en croit pas sa chance… et il découvre les contrôleurs.

Il redescend, fouille désespérément dans ses poches. Le conducteur attend, mon voisin grommelle, va-t-on rater le RER?
(Finalement fin heureuse, le jeune homme achète son billet. Je me demande si les contrôleurs pouvaient le verbaliser pour l'intention de prendre le bus sans billet, alors qu'il ne le prenait plus?)

Agenda

- encadrement de débutants à midi. Toujours peur d'être considérée trop sèche, j'ai peur de faire peur.

- bu du lait salé turc au Libanais où je mange ensuite. Comme du yaourt bulgare nature très liqueide et très salé. Est-ce cela qui m'a assommée? En tout cas c'est très nourrissant.

- fini de pointer les deux portefeuilles de titres. (Suivi artisanal sur Excel : comme il y a eu des dizaines de ventes et d'achats pour des plus-values de 1,08 euro et des erreurs de la banque, c'est la troisième fois que je m'y attelais.) Quelle galère pour pas grand chose. Mais c'est un peu comme le farming, on est content parce qu'on arrive au bout et que c'est gratifiant.

- C'est la rentrée, les gens sont pleins de bonnes résolutions et ils lisent : Stevenson et son âne le matin (le jour se lève, 7h15), Sanctuaire le soir (grand soleil, 18h30).

La nausée de Jean-Paul Sartre

Ligne D gare de Lyon, 23h14 ce soir donc hier, train pour Juvisy supprimé.

Copié/collé d'une discussion FB de ma fille

Claude : Tuesday a foutu ses postérieurs dans Bryan après la course dimanche. Il va bien (qq points de suture, un œil au beurre noir et difficulté à ouvrir la bouche) grâce à un énorme coup de chance : le premier coup a été amorti par son gilet de protection et a évité à sa tête de prendre le second de plein fouet.
Il est en vacances jusqu'à dimanche au moins.
15 septembre, 21:18 · J’aime

Lise : Ouch ! Point positif, point positif... Il est vivant! Sale poney, on l'a mieux éduqué que ça, pourtant.
15 septembre, 22:03 · J’aime

Claude: Pour tout te dire, je croyais que tu savais et que ton sms concernait son état à la sortie de l'hôpital, et je me demandais comment t'avais fait. ._.
Il lui enlevait les cloches après la course (qu'il a gagné œuf corse) et il lui a foutu un coup en pleine poitrine qui l'a fait voler. C'est pour çà que celui destiné au visage a foiré. Dieux soit loué !
Résultat, vu que le we, c'est plutôt tranquille, je les quitte quand il revient.
15 septembre, 22:23 · J’aime



J'ai eu un oncle qui a passé six mois entre la vie et la mort en 1994 ou 1995 à cause d'un coup de pied au foie.

Week-end tendu

J'ai reçu un mail pour un devoir non rendu en fin de troisième année. J'ai annulé ma sortie d'aviron ce matin pour travailler — ce qui bien entendu était une erreur: ainsi je n'ai ni ramé ni travaillé.

La culpabilité rend impatiente.
Beaucoup d'accrochages ce week-end, ce qui est toujours triste, nous nous voyons tous si peu.


Agenda :
Vu Paul né le 13 août. Un bébé si sage que ses parents l'ont cru sourd. A vous dégoûter d'être sage.

Samedi

- Réveil en sursaut à 5h20: je n'ai pas entendu O. se lever (il aide un vendeur de fruits et légumes au marché). Je le réveille et me recouche. Rebelote à 8h10, je viens de me souvenir qu'A. a dit qu'elle allait à Grosbois ce matin, or nous avons rendez-vous à 11 heures chez le médecin, est-elle partie, je ne l'ai pas entendue (Réponse: oui. Mais elle a laissé un mot pour dire qu'elle reviendrait à temps. Qui aurait dit que j'aurais un jour des enfants si matinaux?)
Ainsi donc, les enfants petits me réveillaient parce qu'ils faisaient du bruit, les enfants grands parce qu'ils n'en font pas. Je ne sortirai jamais de mon qui-vive.

- Médecin. Trois personnes, trois rendez-vous, j'ai bien retenu les leçons de Jaddo et du Dr Borée (de l'influence des blogs sur la vie quotidienne). Trois consultations pour des certificats de sport (fini le temps où je faisais ça en envoyant un chèque par la poste à notre médecin: j'ai trop regretté en décembre dernier de n'avoir aucun suivi "banal" sur le carnet de santé d'O., pas trace de son poids ni de sa taille, rien, alors qu'il a grandi si vite) et pour déclarer un nouveau médecin référent, le nôtre étant parti à la retraite.
Le samedi c'est la remplaçante («Je ne peux pas être référente, mais je vais sans doute reprendre bientôt le cabinet» dit-elle en remplissant les imprimés du nom de la titulaire), je l'aime bien, elle est petite, blonde, un diamant dans (sur?) le nez, elle respire l'énergie, j'ai l'impression que nous allons partir faire un jogging ensemble. Je l'ai trouvée dans la liste des lecteurs de Prescrire.
J'avais un peu peur qu'elle m'envoie passer un test d'effort pour l'aviron, mais non. Elle a l'air toute heureuse que je fasse ce sport. Je monte sur la balance.
— Votre balance est gentille, lui dis-je.
— Ah?
Elle s'approche soupçonneuse, enlève ses claquettes et monte dessus:
— Non, elle n'est pas gentille.
N'empêche que sur la sienne je pèse autant avec mon jean en ayant mangé une brioche familiale qu'à poil à jeun sur la mienne. (En réalité, ce qui compte, c'est de pouvoir remettre mon tailleur Mugler acheté en 1987. Les cuisses coincent encore.)

- Je lis Boulgakov. O. dort, épuisé. A cinq heures, passage chez le bijoutier pour acheter un cadeau pour les trente ans d'une salariée des premières heures (cadeau personnel de H. qui me demande de signer avec lui la carte d'accompagnement: sa boîte commère beaucoup). Ce bijoutier a un look étonnant, petite moustache et costume à rayures, on dirait un maquereau dans un film des années 60. A six heures nous récupérons cent dix baguettes pour les cinquante ans du groupe scout.

- Le soir, barbecue scout. Nous ne resterons pas longtemps, notre apparition fut symbolique.
J'entends O. rentrer à minuit passé.

Une enquête sentimentale

Les questions ici.

1/ Mon père il y a longtemps, avant qu'il ne change de parfum (Savane) du fait que ma sœur se soit mis à travailler chez Lancôme.

2/ Je ne sais pas. Non, je ne crois pas, mais je ne sais pas où je souhaiterais vivre. En ville, pas loin d'une boulangerie, dans une ville possédant un fleuve ou une rivière.

3/ De la peinture. Un beau bleu royal, profond.

4/ Oui, jusqu'à ce qu'ils se déchirent, pratiquement.

5/ Souvent mais moins avec le temps. Pratiquement plus depuis 2007 (pour une raison précise et biologique que je ne raconterai pas ici, en tout cas pas pour le moment). Davantage dans le sens mourir que changer d'identité.

6/ La "survie" au quotidien (pour faire davantage que survivre, justement).

7/ Dès que les paysages ne sont plus ceux du Val de Loire solognot (toits gris, murs beiges, cheminées rouge briques). Tout le temps, en fait.

8/ Oui. Les boutons de manchette de mon grand-père, les boucles d'oreilles choisies par mon père pour mes trente ans, la croix en émail de ma sœur,…

9/ Jean-Marc Nattier.

10/ Non, je n'ai pas suffisamment navigué pour cela.

Octobre rouge

Copie très sombre à la cinémathèque. Quelques mots de John McTiernan qui nous dit que nous sommes dans le temple mondial pour l'étude du cinéma et que l'étude du cinéma aujourd'hui est aussi importante que celle de la musique au XVIIe siècle.

Ça me semble un peu exagéré, mais j'aime toujours autant A la poursuite d'Octobre rouge que je n'avais pas vu depuis longtemps. Je suis frappée par le rythme du film (la succession des lieux) et par sa capacité à se faire comprendre sur un sujet peu connu, les sous-marins et leurs contraintes.

CNIL

* Sortie en skiff. Bassin agité.
Dominique a commandé Le Miroir de la mer après ce que je lui en ai dit la dernière fois (moi barrant, elle à la nage). Ça me fait plaisir.

* Retour (ie compte rendu) de l'audit CRIL ou CIL (je confonds les deux : il s'agit du département chargé des obligations CNIL à l'intérieur du groupe. En clair, une équipe interne vérifie si tout est en ordre dans l'éventualité un audit de la CNIL. C'est un audit CNIL sans les conséquences juridiques d'un audit CNIL).

Les principes de la CNIL sont extrêmement énervants lorsqu'on est de bonne foi. Impossible par exemple d'utiliser le n° de Sécurité sociale pour départager des homonymes.
— Vous ne pouvez pas faire ça. Le n° NIR est à l'origine de la création de la CNIL, ils en font une question de principe.
— Mais c'est dans l'intérêt du client, c'est pour éviter d'attribuer le paiement à la mauvaise personne!
— Je sais bien…
— Franchement, c'est stupide. L'origine de tout cela, ce sont les persécutions juives de 1940…
— Oui…
— … et si un gouvernement totalitaire venait au pouvoir, il lui faudrait trois semaines pour réunir les données personnelles aujourd'hui séparées. Et en Allemagne, où ils sont tout de même sensibilisés au totalitarisme, quand on déménage, tout suit, on n'est pas obligé de faire des milliers de démarches. J'ai encore eu la semaine dernière un jeune homme dont la préfecture exige que l'adresse coïncide sur tous les justificatifs qu'il présente pour obtenir son permis de travail. Il doit être bon car il était stagiaire à Lille et a été embauché ici. Comme il habitait le 93 au moment de son embauche il y a deux mois et qu'aujourd'hui il est à Paris, il demande à la DRH de changer l'adresse sur tous ses papiers. Il est venu me voir, j'ai essayé de l'aider pour la Sécu, on s'est rendu compte qu'il était encore immatriculé à Marseille: Marseille, Lille, le 93, Paris, personne ne l'avait prévenu des démarches à faire… Quand on pense à l'homme qui se plaint de phobie administrative…

(Je n'ajoute pas que ce jeune Togolais bégaie un peu. J'ai un peu honte devant lui (honte pour la France), je ne peux m'empêcher de penser qu'il doit penser qu'il est victime de discrimination de la part de la préfecture (il n'a pas l'air de le penser, en tout cas il ne montre rien). J'ai envie de lui parler de Madame Mendès-France mais ne le fais pas. Enfin bref. Parfois je m'énerve.)

Ma CIL ou CRIL sourit. Je sais bien qu'elle est là pour nous aider, pour nous mettre en conformité, nous éviter d'éventuels ennuis.
Il paraît que les cas de fraude à la carte vitale se multiplient et que par conséquent, la CNIL renforce ses obligations. Je ne suis pas sûre que les mentions en bas de contrat sont le moyen le plus efficace pour lutter contre les hackeurs.
Bon, il est possible que ce soit grâce à eux que nous soyons relativement protégés du spam.

Des livres

Mon ordinateur souffle comme un bœuf et je ne sais que raconter à propos d'aujourd'hui. (Ah si, ma voiture va sans doute arriver plus tôt que prévu (la semaine prochaine). Mais comme les horaires de livraison sont de 9 à 16 heures en semaine à Brie-Comte-Robert, je me demande comment je vais la récupérer. En effet je prévois de suivre des cours sur Congar qui vont m'obliger à poser des demi-journées de congé; il m'en reste tout juste assez; je ne peux pas me permettre d'en gâcher une pour aller chercher une voiture.)

P. m'a rendu des livres, et mine de rien, je contemple impressionnée ces quelques tomes qui constituent un concentré de grandeur humaine et littéraire: Carnets de guerre de Grossman, Voyage en Pologne de Döblin, auxquels il a ajouté Récits d'un jeune médecin de Boulgakov («mais il n'est pas complet par rapport à la Pléiade, je suis déçu»).

Ajoutons L'événement Vatican II de John W. O'Malley pour essayer de me mettre "naturellement" (je veux dire sans y penser, sans effort) les dates du Concile en tête et le tome I de La Patrouille des Castors qui ressort en kiosque.

Moralité je tiens mon livre en cours à la main , il ne tient plus dans mon cartable (Max Weber et Karl Marx de Löwith. Si je comprends bien la préface, Löwith a été le premier à établir ce parallèle qui a été souvent repris ensuite. (Ce n'est pas dans la bibliographie mais une tocade personnelle avant le cours de sociologie)).

Pas le courage de rattrapper des billets ce soir.

Book crossing

Retour à ces rendez-vous mensuel. Thème facile: "un été, un livre". J'ai amené le Marie Stuart.

Admirable cours de savoir-vivre et de gentillesse (est-ce la même chose?) de la part de ma voisine, qui relance plusieurs fois par des questions ciblées le discours de la vieille dame en face de moi qui présente longuement son livre — ça n'en finit plus —, nous racontant absolument tout (j'en ai oublié le titre: un gros roman de 2013 racontant la vie d'une rue anglaise), fascinée par l'argent étalé dans le récit.

Son voisin me lance des coups d'œil goguenards, il s'ennuie. Lui présente Un été avec Proust, tiré de l'émission de France Culture. Visiblement il n'est pas convaincu et pose la question qui le taraude: y a-t-il réellement des gens qui lisent Proust, ou est-ce réservé à un petit nombre de spécialistes? Je lui assure que oui, il y a des lecteurs, «mais La recherche n'est pas un livre que vous lisez pour passer à autre chose, c'est la lecture d'une vie, vous y revenez régulièrement, vous ne le lâchez jamais plus».
(Je repartirais avec son livre pour que celui-ci ne reste pas sur la table. Pour moi c'est une lecture facile, je commence à bien connaître Proust, mais comme dirait Barthes, à chaque lecture on découvre des passages qu'on a jamais lus.)

Ma voisine de droite présente A l'encre russe qui l'a déçue (mais alors, pourquoi le présenter? C'est étrange) et un autre poche que j'ai oublié. Je repartirai avec le Rosnay en me disant que j'en aurai au moins lu un, avant de m'apercevoir en l'ouvrant que je suis incapable de lire ce genre de phrases sans force.

Le dernier participant est un trentenaire venant pour la première fois. Il présente une autobiographie de Miles Davis. Comme elle est écrite en anglais je l'emprunte en me disant que personne d'autre ne la prendra. En toute innocence (je veux dire qu'il ne connaît pas encore les travers de ces réunions) il cite Deleuze sur Proust, Perec et La vie mode d'emploi à propos du livre de la vieille dame. Les autres sont un peu perdus. Il m'emprunte Marie Stuart.

Comme nous parlons de nos prochaines participations, j'évoque l'impossibilité de venir le mardi l'année dernière; de fil en aiguille, je parle de mon cursus et de la théologie. J'ai toujours la même surprise de découvrir que cela passionne les gens. Le jeune homme est d'origine arménienne (qu'il ne parle pas) et étudie le russe, la conversation glisse sur les orthodoxes et les chrétiens d'orient, nous faisons le tour des lieux de culte parisiens, j'évoque la librairie de St Serge, les autres tables se sont vidées que nous sommes encore à discuter.

J'avais prévu des chaussures plates pour rentrer ce soir, mais je les ai oubliées au bureau. J'arrive à temps pour prendre le bus B à Villeneuve-Saint-Georges (23h46), ce qui est plus rapide que le périple d'hier.

Lundi galère

Nuit très difficile. Je me réveille à trois heures du matin, j'ai les épaules en feu (les kilos portés à bout de bras avant l'aviron, la voiture étant garée très loin du marché du fait d'une brocante) et les mains me font si mal que je cherche du liminent dans la maison pour apaiser mes ampoules. Je dois ramer de nouveau à midi, cette fois-ci pour encadrer les débutants.

Blue Ruin parce que les cours de langue n'ont pas commencé. Bof. Pas mal mais de là à le conseiller…

Je rejoins les autres au café. C'est sans doute ce qu'il y a de plus agréable dans ces cours: les autres (! comme dirait B.Cholvy, «vous ferez Eglise»). J'apprends entre autres que le dalaï-lama a déclaré ne pas souhaiter de successeur, afin de couper l'herbe sous le pied aux Chinois qui s'apprêtaient à désigner un fantoche.
Par ailleurs, une amie me dit qu'elle a très mal dormi: sans doute la pleine lune, me dit-elle (pourquoi pas).

Deuxième cours d'ecclésiologie. Très intéressant. Le prof (un prêtre oratorien) est plein d'humour. Je renonce à le citer car tout est dans le ton. Explication sur le baptême (à titre d'exemple), développement sur les rapports politique/religion (inévitables).

Rentrer chez moi est long, très long : gare à minuit (j'anti-date ce billet pour le laisser dans la bonne journée), retour à pied puisque je n'ai pas de voiture, talons trop hauts (manque d'anticipation) — j'ôte mes chaussures et je rentre pieds nus.

Dimanche

Marché à 8 heures pour aller ramer à 9 heures. Double scull très agréable sur un bassin magnifique. Les points de vue de Neuilly et Melun sont vraiment très éloignés : à Neuilly, Vincent est la prudence incarnée, il nous jauge avant de nous donner un bateau fin; à Melun Sylvie me propose «On fait un double?», descend les pelles et prend le bateau sans rien demander à personne. Je hasarde:
— Tu as rempli le cahier de sortie?
— Euh non. On le fera après, dit-elle parce qu'elle n'a pas envie de perdre du temps.
— Je préfèrerais quand même qu'on sache que nous sommes sur l'eau… répondé-je en pensant au cas où nous nous retournerions à cinq kilomètres du garage.

Je suis contente de moi, je ne suis plus épuisée comme je l'étais il y a un an, j'ai dû acquérir de la masse musculaire même si je ne m'en rends pas compte.


Agenda :
commencé la taille des lilas, lavé deux paires et demie de draps (profitons du soleil!)

Enquête

Les question sont ici.

1/ Non. D'ailleurs ce n'est pas une profession. Une profession a un périmètre. Ce que je fais, je pourrais le faire ailleurs, je pourrais le faire autrement, cela pourrait s'étendre ou se rétrécir au gré des besoins, après quelques mois d'adaptation. Je considère que je n'ai pas de profession, uniquement une occupation rémunérée. Ma seule exigence (par rapport à moi-même) est que ce soit utile, que je rende service. Et ce n'est pas si évident, je suis à la lisière des boulots à la con (ceux qui m'exaspèrent, ce sont ceux qui accomplissent avec gravité un boulot à la con).

2/ Oui, beaucoup.

3/ Non, jamais essayé.

4/ Non.

5/ De me lever tôt (très tôt) pour ne rien faire. Avant j'essayais désespérément de me lever tôt pour faire plus de choses. Je n'y arrivais pas. Mais depuis que j'ai pour but d'avoir une demi-heure ou une heure à ne rien faire, c'est devenu un vrai plaisir et un vrai luxe. Le luxe, c'est le temps non utilisé pour la productivité.

6/ Pas très souvent. Du Vélib quand il fait beau. J'ai récupéré le vélo de mes douze ans, mais c'est tellement d'entretien par rapport à ce qui se fait aujourd'hui que je devrais le mettre aux encombrants (où je l'imagine récupéré pour partir en Afrique). Mais je ne suis pas encore décidée.

7/ Oups. Avec retard, beaucoup de retard. En général il faut l'intervention d'une tierce personne qui éclaire soudain quelque chose à laquelle ils n'avaient pas fait attention.

8/ Non. Ou alors une mention dans ce blog (il doit y en avoir trois en huit ans).

9/ Le lave-linge.

10/ Je ne crois pas. Il y avait eu des commentaires pontifiants sur ce sujet. Je crois que l'endroit où j'en dis le plus est ici, partout ailleurs j'ai l'impression de mal m'exprimer, que personne ne comprend ce que je dis — et donc j'en dis moins. Je me demande si certains n'ont pas confondu cela avec une insensibilité à toute épreuve.

Le besoin et l'utile

Petit déjeuner :
— Je songe à t'inscrire à un cours de vingt heures sur un roman de Balzac, nous irions ensemble.
— Bof… si tu penses que j'en ai besoin…
— Besoin, besoin… Tu n'avais pas besoin d'aller à Florence, et cela ne servait à rien. Mais est-ce que c'était inutile ?


Mais ce soir je suis découragée. J'irai seule, c'est inutile, il a raison, cela lui est tellement indifférent, il ne comprend tellement pas de quoi je parle.


Agenda :
Bonne sortie en skiff, un peu tremblante. Ralentir la fin des retours.
60 k€ pour transformer une extraction en fichier xml… Je suis en rage.
Pensées pour Jean à Nantes.

Vie quotidienne

Anniversaire de ma sœur (je n'arrive pas à admettre qu'elle vieillisse).

C'est la rentrée. Repas traditionnel au Wajda avec le dernier encore au lycée (chaque année, déjeuner ici le jour de la rentrée. C'est un restaurant que Tlön m'avait découvrir ce jour-là. Je me souviens qu'Hélène "de Fayard" était entrée avec un homme et me découvrant dans la petite salle, avait fait signe au garçon de l'installer loin de moi. Nous étions en froid depuis la sortie du Journal de Travers. Je crois ne pas l'avoir revue depuis).

J'ai acheté un galet creusé pour contenir une bougie (voilà que je fais dans le zen, manquait plus que ça (c'était non prémédité, le galet était en vitrine. Un autre proclamait «j'ai une mémoire admirable, j'oublie tout». Et je pense que ce n'est pas faux).

Passée chercher des billets à la cinémathèque. Première fois que j'y mettais les pieds. Elle est exactement en face de la grande bibliothèque, de l'autre côté du fleuve. Je me demande si elle n'est pas exactement au milieu des deux tours Est et Ouest.

A. était à Nancy (Vandœuvre) aujourd'hui pour accompagner l'écurie à une course (le cheval était favori mais a fauté (comprendre: a galopé durant une course de trotteurs)). Nous hébergeons ce soir une amie à elle qui n'avait plus de bus pour rentrer chez elle. En revanche C et I sont absents pour une semaine, ils font du cat-sitting (pour continuer la rubrique: "qui dîne et dort à la maison ce soir").

Il a fait beau.

De Fra Angelico à la dogmatique

Eglise Saint Marc à deux pas de l'hôtel, tôt le matin. Saint Antonin puis le cloître et le miracle renouvelé des fresques cellule après cellule (mais déjà avant cela les tableaux de Fra Angelico au rez-de-chaussée). Visite calme, peu de public. Contraste de la modestie des bâtiments et les gouttes d'éternité spatiale et temporelle apportées par les fresques, univers mental et passionné qui déjoue l'enfermement entre les murs.
Il fait frais, il y a eu un orage cette nuit. Cellule de Savonarole, cellule de Côme. La cellule de Fra Angelico est la 33 (les numéros se lisent à demi effacés sur les portes).
La boutique se trouve dans l'ancien réfectoire, magnifiquement décoré par une fresque de Fra Angelico représentant la Cène. Je trouve enfin des cartes postales à la mesure du lieu, reprenant pratiquement chaque détail vu (ce voyage à Florence entérine la fin de la correspondance manuscrite: pas de carte postale, pas de carte postale de Côme pour une amie qui a appelé ainsi son fils, pas de carte postale des fresques de San Miniato, et pas de boîte aux lettres non plus, si peu et si peu visibles que je laisse les cartes non encore postées à la réception de l'hôtel).

Déjeuner à Eataly parce que le nom plaisait à H. C'est en fait un supermarché entièrement dédié non pas à la nourriture, mais à la cuisine: légumes, semis, vins, confitures, condiments, viande, fromages, livres de cuisine, instruments de cuisine, (mais aussi produits ménagers bio), bar pour manger rapidement, table pour manger un peu moins vite, un fast-food entièrement dédié à la cuisine italienne, le tout dans un décor très moderne, blanc, bois et verre. Je n'en reviens pas que ce concept ne soit pas déjà présent en France avec la sorte de délire actuel autour de la cuisine depuis les MasterChefs.

Car pour Pise à 14 heures, départ de l'avion à 16h30, spritz à Paris (caffé la Comédia dans le 14e), cours à 20h30. Introduction à la Dogmatique. Je suis un peu ennuyée de ne pas voir mon nom sur la feuille d'émargement, j'espère que ma feuille d'inscription n'est pas perdue car je ne me souviens pas exactement de ce que j'avais choisi comme langues. Nous sommes très nombreux (une quarantaine) puisque nous rejoignons les élèves de cinqième année (Ecclésiologie) en sautant la quatrième année (Christologie) (nous ferons la quatrième l'année prochaine avec les élèves actuellement en troisième année (Nouveau Testament): avantage pour la Catho: elle économise cette année le coût de la quatrième année qui n'a pas lieu).
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