Projets

Hier je discute avec Daniel en avalant mes lentilles et mon verre de brouilly (blanc) entre le latin et l'exégèse. Je déclare:
— En tout cas, dans quatre ans, je prends une année sabbatique avant de faire la maîtrise… si je suis acceptée en maîtrise.
— Moi je ne m'arrête pas, sinon je ne reprendrai jamais.

Et aussitôt il me fait hésiter.
J'imaginais déjà cette année pour souffler, aller au cinéma plusieurs soirs par semaine, participer à toutes les randonnées d'aviron (aujourd'hui je ne m'en autorise qu'une par an) (et peut-être aller à des expos avec des amis s'ils ne se sont pas lassés de me le proposer d'ici là), et je me dis que si plusieurs pensent comme Daniel… s'ils continuent tous, je continuerai avec eux, je n'ai pas envie de les quitter. (Mais combien serons-nous dans quatre ans? En première année, nous avions assisté au dernier jour de cursus des huitièmes années, ils étaient douze à seize).

A midi le vent souffle, sortie interdite. Je me mets sur l'ergomètre (ce qui est bien plus épuisant qu'une sortie classique, car sans les problèmes d'équilibre, il s'agit de forces pures). Jean-Pierre vient faire de la retape :
— Tu ne voudrais pas faire la rando "Entre deux rivières"?
— Ça dépend, c'est quand?
— Du 10 au 14 juillet, le 14, c'est un lundi.
— Donc il faut poser le vendredi… OK, je viens.
— Tu ne veux pas réfléchir? Il faudra dormir sous la tente.
— Non c'est bon, je viens.

Ce qui m'inquiète, ce n'est pas l'aviron, c'est le vélo. Ici des photos de l'année dernière et un plan du parcours.

Ruminations scolaires

Tôt le matin je me remets à ma fiche de lecture. Toujours des problèmes de méthode (ce que je fais s'apparente plutôt à des notes de lecture et c'est beaucoup trop long, je n'ai pas le temps de faire cela, il faut que je m'y prenne autrement — mais comment? (je note ici ces questions scolaires car je n'en reviens pas de les avoir encore — en fait je ne les ai jamais résolues). Vers cinq heures du matin, je décide de tailler dans le vif, de reconstituer la démonstration du volume et de laisser tomber le reste (ça devient très court, soudain!) en notant à part les définitions et les citations bibliques.
En cherchant des conseils de méthode sur Google, je trouve un petit livre de Sertillanges, La Vie intellectuelle, inspiré de seize préceptes de Thomas d'Aquin. Mon Dieu, du self-help français en 1921! (Ne pas trop lire, ne pas trop se spécialiser : de quoi me redonner le moral).

Journée comme les journées depuis le début de l'année: tout va mal. Tout s'est terriblement dégradé depuis septembre, les gens et l'informatique ont l'air de ne plus tenir le coup. C'est infernal, on s'emmêle dans les mêmes demandes formulées trois fois à trois semaines d'intervalles à trois personnes différentes, les adhérents s'énervent et il y a de quoi (jeudi, j'écris un mail au délégataire intitulé "JE CRAQUE." Je réussis à attirer leur attention.)

Tutorat encore. Sueurs froides: en voulant imprimer le document envoyé à ma tutrice vendredi matin d'un Starbuck (document terminé en catastrophe sur les genoux — je dois être la seule à synthétiser quelques chapitres d'Initiation à la pratique de la théologie dans un Starbuck à huit heures du mat' avant d'aller à un colloque de langues anciennes — cela me fait rire, j'éprouve une certaine fierté devant cette excentricité, mais en même temps cela me désespère d'être toujours aussi à la bourre, de ne jamais être aussi sérieuse que je le souhaiterais — mais d'un autre côté la proscratination… si j'avais du temps, ferais-je mieux? pas sûr), en voulant imprimer le document, donc, je découvre que mon mail ne contient pas de document attaché.
Mais si ma tutrice ne m'a rien dit, c'est qu'elle a estimé que vendredi, c'était trop tard, que j'aurais dû envoyer le doc jeudi… Je suis à la limite des larmes, morte de honte… si j'avais son téléphone je décommanderais le rendez-vous. D'un autre côté c'est absurde, c'est elle qui aurait dû décommander si elle trouvait que j'avais fait montre de trop de désinvolture en lui envoyant mes notes trop tard, et en outre en oubliant le document attaché…
La mort dans l'âme, j'y vais quand même, et il se trouvera qu'elle a bien reçu mes notes — je ne comprends pas comment est paramétré mon mail, pourquoi je n'ai pas vu de document attaché. Enfin qu'importe, elle se déclare satisfaite: «J'ai été contente de lire cela, vous avez bien avancé». J'en suis heureuse et intérieurement un peu interloquée: je n'ai fait que reprendre la démonstration d'Hervé Legrand, je n'ai même pas pris la peine de changer l'ordre des parties, et elle le sait puisqu'elle a apporté le livre. Je ne m'habituerai jamais au fait qu'on attende de nous de la restitution tout en nous proclamant qu'il nous faut produire «un travail personnel». Je le sais, je le sais, je le sais, mais j'ai un tel sentiment d'imposture et de plagiat quand je travaille ainsi que je m'imagine toujours qu'on attend autre chose.

Il est probable — je n'y avais pas pensé — que je vais pouvoir écrire quelques lignes sur cette différence qui me paraît essentielle, le bon et le bien («Vous pouvez mener une vie parfaitement morale sans amour». Ah mais oui, et mes héros préférés sont les amoraux pleins de bonté (non, ça je ne le mettrai pas dans ma dissert)).

Probabilités domestiques

Préambule : afin de simplifier les choses, nous achetons toujours les mêmes chaussettes de tennis, les mêmes couleurs, les mêmes logos, les mêmes rayures. Chacun a sa couleur, son logo, ses rayures, cela va vite pour attribuer à chacun ses chaussettes.
La notion de paires a disparu au profit de la notion d'individu appartenant à une famille: si deux chausettes sont identiques, elles constituent une paire, quand une a un trou, elle passe à la poubelle, des paires sont rachetées de temps en temps (ce qui consiste dans notre logique à acheter deux chaussettes identiques à la fois) et je ne m'assure jamais que les chaussettes soient disponibles en nombre pair: la chaussette est devenue individuelle.

Ce matin, j'ai donc eu droit à la déclaration suivante :
— Journée de m** en perspective.
— Ah bon ? Pourquoi ?
— Comme j'ai trois types de chaussettes, si j'en prends quatre, j'ai forcément une paire. Donc je joue, je les prends une à une pour voir si j'ai de la chance, si je vais constituer la paire du premier coup. Aujourd'hui, il m'a fallu quatre chaussettes pour avoir une paire.







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Agenda
Passage à l'heure d'été
Pas d'aviron car il pleut (je ne fais pas vingt kilomètres pour faire de l'ergo).
Journée sur le sujet de dissert. Je découvre que tout ce qu'on étudie semble provenir de Thomas d'Aquin (impressionnant — d'un autre côté, c'est une école dominicaine. Je suis juste en train de découvrir l'eau tiède). Je découvre aussi que mon sujet est peut-être moi un commentaire de Lumen Gentium qu'une mise en cause de l'école française de spirualité (Bérulle).

Enquête

Les questions sont ici.

1/ Une fois de temps en temps, il y a très longtemps, je suppose. Je n'aime pas ce genre de questions car on est sur des concepts flous (aimer, être amoureux ne veut pas dire la même chose pour tout le monde, visiblement. Je me méfie de ces mots comme de la peste et m'en sert le moins possible. J'ai l'impression qu'être amoureux signifierait finalement le contraire d'aimer, non pas détester, mais quelque chose de passager par rapport à quelque chose de durable.)

2/ Oui, quand j'étais enceinte du premier. J'avais trouvé un super-livre d'une Australienne avec des idées bizarres pour s'habiller (une partie consistait à piquer les habits de son mec: ses chemises portées sur votre jean qui ne fermait plus mais tenait par des bretelles). C'était fun mais pas très sérieux au bureau.

3/ Quatorze, seize heures? (Dans l'absolu. Aujourd'hui, si j'atteins dix heures, c'est déjà très bien. Je n'ai pas de sommeil en retard au-delà de la semaine).

4/ Non, je ne crois pas.

5/ Non plus.

6/ Plus jamais. Il y a de trop bons joueurs autour de moi.

7/ Non.

8/ Très rarement, il faut qu'il soit très mauvais, auquel cas le plus probable est que je l'abandonne, je n'ai plus de temps à perdre.

9/ Oui, mais à l'envers, non pour m'échapper, mais pour rentrer: quand j'étais interne à Versailles, le dernier train de Paris arrivait à une heure huit et l'internat fermait à une heure. Je montais le long d'un gros pylone en ciment en me servant des traverses comme d'échelle et passais par dessus le mur.

10/ Oh oui. Même plusieurs. Cela ne change rien à la vie. Souvent je prends connaissance des faits importants par mes amis FB (j'ai des amis très sérieux).

Le 25 février 2014

Que faisais-je et où étais-je le 25 février 2014 à 10h10? (inutile de chercher sur ce blog, c'est justement une journée où je n'ai rien écrit).

Nous avons reçu un "avis à tiers détenteur" pour un PV non payé (375 euros). Après recherche sur le site de l'Antai, il s'agit d'un feu rouge grillé "Intersection Quai Panhard et Levassor, Pont de Tolbiac" en direction " de Quai d'Ivry vers le Quai François Mauriac" valant quatre points de permis.

Or,
nous n'avons jamais reçu l'amende initiale, ni aucun rappel, ni avis de perte de points;
le certificat de non-gage de la voiture vendue le 15 juillet ne présentait aucun PV en attente;
j'ai envoyé ce jour-là un mail du bureau à 9h50.

Relais H

Le début de la fin des travaux dans ma gare (travaux de réfection des quais et installation d'ascenseurs) commencés il y a un an (après d'autres travaux deux ou trois ans auparavant ayant touché l'intérieur et la toiture du bâtiment) me donne de nouveau accès au marchand de journaux à l'intérieur des murs (je ne comprends pas comment cette échoppe n'a pas été obligée de mettre la clé sous la porte avec toutes les interruptions qui lui ont été imposées depuis cinq à six ans).

Je découvre avec effarement que c'est devenu une petite épicerie, il vend du vin, des cigarettes électroniques, de la mousse à raser, des gâteaux secs, des casques audio, des rallonges USB… mais il n'y a plus de livres de poche.

Je renoue contact avec les Unes de journaux people. En couverture de Gala ou Point de vue, Charlène et Albert, chacun un bébé dans les bras, avec le titre «Les jumeaux quittent le palais»; en couverture de Closer ou équivalent, une mauvaise photo de Charlène accompagnée de deux femmes: «Charlène quitte le palais pour Cap-Ferrat avec ses nounous, Albert n'est jamais là».
Si je devais faire un jour un travail en sociologie, je le ferai sur la famille Grimaldi au XXe siècle.

Spoil

— En sortant de Kingsman, j'ai dit à I. en longeant la file de ceux qui attendaient pour la prochaine séance : «C'est quand même con qu'il meure à la fin!»

Approbation des comptes

Je retouche les rapports à partir de quatre heures du matin, provoquant la colère de H. («Tu as décidé que je ne me levais pas assez tôt? Sympa!» (mais il a été exécrable tout le week-end)) qui prend sa voiture et part à Tours (c'était prévu, ne vous inquiétez pas!) Je pense aux innombrables fois où il a fait l'inverse: son accusation est tellement disproportionnée que je ne dis pas un mot (il s'excusera quelques heures plus tard).

Rapports dans l'urgence, pas trop de coquilles j'espère, les administrateurs que j'ai tenus au courant des délais serrés (de l'impossibilité d'envoyer les documents à l'avance) sont compréhensifs, tout est approuvé à l'unanimité. A deux heures la tension retombe.

Je pars tôt pour terminer la version latine à laquelle je n'ai pas eu le temps de toucher dans la semaine. (Samedi, Daniel me disait qu'il n'avait le temps de rien, à quoi je répondais que cela avait été si épouvantable quand les enfants étaient petits que tout me semblait facile désormais. Dommage que je n'ai rien noté de cette époque, est-ce que j'exagère mes souvenirs? Je ne le saurai jamais.)

Printemps

Matinée en yolette de pointe. Elle n'est pas sortie depuis longtemps et quand nous la posons sur l'eau, elle commence par se remplir par une fissure… Elle embarquera environ deux litres d'eau, le temps que le bois commence à gonfler.
Belle sortie, un peu hésitante, nous n'avons pas l'habitude de ramer en pointe. Je n'ai pas ramé de la semaine, diverses réunions et urgences m'en ont empêchée, cela ajouté au geste inhabituel de la pointe me laisse courbaturée pour l'après-midi, des courbatures qui vont devenir de plus en plus présentes au fur à mesure de la soirée.

Pruniers en fleurs et saules pleureurs. (C'est la tache verte claire au dessus de la péniche la plus éloignée, vers le centre de la photo.) Ciel changeant, dès qu'il se découvre il fait chaud.





Taille des hortensias (une tâche jardinière par semaine, je ne peux faire plus). Vote. La relecture de ce blog me montre qu'il y a un an, je passais ma journée dans un bureau de vote. Cela ne me manque pas.

Samedi

Journée passionnante sur les pastorales (organisation historique et hiérarchique de l'Eglise (en résumé, on ne peut pas déduire grand chose de ces pastorales! Remarque intéressante du prof: si les épîtres décrivent une organisation idéale, des hommes pieux et vertueux pour diriger les assemblées locales, c'est que ce n'était pas le cas: ces lettres sont destinées à corriger des dérives, il n'y a pas eu d'époque bénie où tout était parfait, il faut se méfier de cette nostalgie).
Cette année est une grande année. les profs sont passionnés et interviennent sur des sujets où nous avons tout à apprendre.

J'apprends entre autres que depuis un document de Jean-Paul II (Ordinatio sacerdotalis en 1994?), l'ordination des femmes ne doit plus être discutée dans l'Eglise catholique. Bon. (Ce n'est pas que je souhaite devenir prêtre, mais c'est tout de même dommage d'exclure de certaines charges des religieuses qui ont démontré leur valeur . L'important est de servir au mieux de ses capacités à l'endroit où l'on est le plus utile. Enfin bon. Je suppose que cela va prendre deux siècles de plus. (Ce n'est pas qu'un enjeu féministe, c'est aussi et peut-être surtout un enjeu œcuménique.))

Durant le déjeuner, je découvre que l'un de mes coreligionnaires travaille à l'ACPR. Horreur et damnation!
J'apprends aussi que la femme de A., A. qui me fait tant de bien au moral, est atteinte d'un cancer métastasé: espérance de vie trois mois à deux ans (il est médecin, il sait ce qu'il dit). Il est ravagé et je ne sais que dire*.

Le soir, rendez-vous avec les D. au complet (c'est rare désormais) pour l'anniversaire de Guillaume. Whiplash, film inutile (pas inintéressant, mais dont je ne vois pas bien où il voulait en venir).
Excellent repas au Carpe Diem, rue Saint Honoré à deux pas des Halles (restaurant qui ne sert plus de Guinness, ô désespoir). Le serveur nous apporte à la New Yorkaise du poivre «sauvage de Madagascar» et nous le charrions tout le repas: «Sauvage, le poivre!»





Note
* : ajout ultérieur - Cela a joué dans mon imperturbabilité devant la mauvaise humeur de H. ce week-end: quelle bêtise, pourquoi gâcher ce temps qui nous reste quand nous ne savons pas ce qu'il nous en reste?

Enquête

Les questions sont ici.

1/ Rien d'aussi spectaculaire que dans les romans pour enfants, mais peut-être le grenier de ma grand-mère maternelle dans laquelle se trouvait une collection complète de Paris-Match (mon goût des robes droites sans manches vient directement de Jackie Kennedy) et de Selection du Reader's Digest (histoires extraordinaires de gens ordinaires vous apprenant qu'il ne faut jamais abandonner et conseils pour maigrir).
Il y avait aussi le livre de catéchisme de mes tantes (années 50) et leurs livres de prix (beaucoup de contes à la Grimm, les ancêtres de l'héroic fantasy actuelle).

2/ Non, je suis arythmique. Cela me désole, j'aurais adoré bien dansé le rock et la valse.

3/ Plutôt pour conforter mon humeur. Ou plutôt parce que j'ai l'humeur à écouter de la musique.

4/ En fait, à bien y réfléchir, je ne crois pas. Et je ne sais pas si j'en ai envoyé. j'ai un souvenir vague, mais je ne sais plus s'il s'agissait de moi ou d'un proche. Ou d'un rêve, ou d'une reconstitution.

5/ Le déroulement, non. Tout au plus le choix des chaussures et du sac. Comme me disait un ami: «Ah oui, c'est vrai que tu rames par tous les temps.» (Honnêtement, une fois sur l'eau, on ne s'en rend même pas compte).

6/ Des forces mystérieuses? Des grandes règles paraissent se dégager: quand tout commence de travers une journée il vaut mieux ne rien faire d'important et attendre le lendemain, il y a des périodes où tout se complique (là encore il vaut mieux attendre), parfois à l'inverse tout tombe en place. Je ne pense pas "forces mystérieuses", je pense "hauts et bas", vagues, comme en mer. (Ce n'est peut-être qu'une autre façon de dire la même chose).

J'ai été très impressionnée d'apprendre que St Ignace conseille, quand tout va bien, de s'observer afin de se souvenir de son attitude intérieure quand tout irait mal: cela signifie qu'il partait du principe qu'inéluctablement tout irait mal, puis bien, puis mal, etc.

7/ Ah oui, je crois: celle de vivre, de ne pas perdre une minute (y compris pour perdre mon temps): il n'y aura pas de seconde chance, cette minute ne reviendra pas. Le sentiment de l'urgence d'être heureux, de l'obligation d'être heureux, avant que le Gulfstream ne s'arrête, que Daech ne nous envahisse, que le ciel ne nous tombe sur la tête: prendre conscience de toute notre chance.

8/ Genre Sheldon dans The Big bang theory? Pas vraiment, mais j'ai un très beau et confortable fauteuil à bascule (malheureusement il ne bascule pas assez).

9/ Parfois. Ça m'agace.

10/ Oui. Une mémoire très nostalgique, une mémoire qui me replonge aussitôt dans le lieu où l'odeur ou parfum a été senti.

Comité d'audit

Semaine de clôture des comptes, comme tous les ans à cette époque (enfin, nous avons trois semaines d'avance cette année). J'hésite à inscrire ces tâches qui reviennent, le jardinage, la clôture des comptes… J'hésite à écrire ces menus détails identiques année après année mais finalement… Finalement j'aime bien ce temps circulaire qui nous fait entrer dans l'éternité.

Comité d'audit l'après-midi, soit la réunion la plus intéressante de l'année: nous sommes six, discussion de spécialistes (cinq, pas moi!), j'essaie de retenir tout ce que je peux. Cela se termine à 18 heures, c'est un peux court pour prendre en compte les modifications décidées (montant des PSAP, reclassement de postes à postes, etc) dans tous les documents à valider pour l'approbation des comptes par le conseil d'administration lundi à 11 heures… Ce calendrier bien trop serré est dû à mes chers syndiqués/syndicalistes (je ne sais pas quel est le terme juste) qui cumulent tant de mandats qu'il est impossible de trouver une date pour les conseils d'administration, ils sont toujours en réunion (CE, CHSCT, DP de six entreprises différentes: allez donc trouver un créneau libre quand en outre il faut prendre en compte les vacances scolaires de toutes les zones…).
Très gentiment la commissaire aux comptes me dit de lui envoyer les rapports à relire ce week-end, à quoi je réponds «jamais le dimanche!»
Mais elle l'a fait si spontanément que je pense déjà à la façon de faire tenir ces documents dans ce week-end, entre la journée sur les Pastorales (épîtres pauliniennes), la soirée pour les vingt ans de G., l'aviron, les hortensias, le plan de dissert à préparer pour jeudi prochain…

Nostromo de Conrad

Mercredi soir métro ligne 1 direction Les Halles.






Cours de grec. Fin de l'Evangile de Pierre, début de L'Apocalypse de Jean. A priori pas le même auteur que l'évangéliste. Et j'avais remarqué juste : beaucoup trop de nominatifs dans ces phrases.

Nuit écourtée

Lundi soir, O. :
— Maman, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle, demain soir, j'ai audition de flûte à 20 heures. Et mercredi, il faut que je sois à sept heures et demie à Arcueil pour les olympiades de maths.
— Ah? Et tu as TPE l'après-midi?
— Oui.

Mardi soir, donc, audition de flûte entre huit et neuf heures.
Nous rentrons (décapotés!). Durant le dîner, l'interrogation du site Navigo nous apprend qu'il faudra prendre le RER de 6h28, donc partir de la maison à 6h15.
— Mais comment avais-tu fait, toi? demandé-je à C. Je ne m'en souviens absolument pas.
— J'avais dû dormir chez Nicolas.
Alors O. : — J'aurais dû demander à Paul.
Moi : — Si tu nous parlais de ton emploi du temps un peu plus tôt, on pourrait trouver des solutions.

Pendant ce temps-là, gestion d'un autre problème: O. voudrait un cordon de raccordement VGA pour le vieux Mac d'un camarade. O. pensait que c'était standard et que nous en aurions forcément un; ce n'est pas standard et celui qui convient est parti à Lisieux avec A. Or c'est sur ce Mac que son groupe doit présenter demain le powerpoint de leur TPE, épreuve du bac.
— Mais enfin, avec tous les weeks-ends que vous avez passés à préparer ce truc, vous n'avez jamais vérifié ça?
— Je pensais que c'était standard.
Je soupire. Ces enfants n'ont aucune méfiance, ni informatique, ni karmique, ni Murphique.
Plan de bataille, C. prête son ordinateur, se fait envoyer le fichier pour vérifier au moins une fois qu'il n'y a pas de bug quand on change de version de logiciel, etc., tout ça dans l'urgence, il est onze heures passées.

Préparation du sac, vérification du matériel pour les maths, pour le TPE, je réussis à mettre O. au lit et je m'endors comme une masse.

Minuit et demie. O. me secoue:
— Maman, j'ai mal à une dent, je ne peux pas dormir.
— Comment ça, tu ne peux pas dormir? Tu n'as pas dormi depuis que tu t'es couché?
— Non.
— Mais pourquoi tu n'es pas venu voir papa?
H. a programmé tard dans la soirée. En réalité, je pense que O. s'est endormi et vient de se réveiller mais qu'il n'en a pas conscience.
Je panique, je m'énerve. Depuis que O. m'a réveillée un matin à six heures en me disant «je me sens mourant», je suis habitée par le remords de n'avoir rien vu venir. Et s'il avait vraiment mal à une dent? Comment fera-t-il demain? Et cette nuit? Nous avons si peu de médicaments. Un ibuprophène, un cachet de lisopaïne pour son côté anesthésiant local, je l'envoie se recoucher en lui disant que c'est sans doute nerveux (ce que j'espère).
Mais je ne peux pas me rendormir. Je l'imagine avoir mal seul dans son lit et c'est insupportable. Alors je me relève, allume la lumière dans la chambre à côté de la sienne afin qu'il la voit et ne se sente pas seul et fait du grec tard dans la nuit (au lieu de tôt le matin comme je l'avais prévu). C'est étrange, L'Apocalypse, à la fois facile et de syntaxe étrange, je ne comprends pas comment il peut y avoir autant de nominatifs dans une phrase. Des sujets de relatives élidées?
Je me couche à trois heures et demie, dans la chambre voisine O. respire calmement.

Conversation dans la voiture

— How do you know your inflatable sex doll is Muslim?
— It blows itself up.

Formation continue

Pendant que j'étais à l'aviron, H. a tenté de changer la lampe du frigo:

— J'eum suis pris un chtard, si les plombs n'avaient pas sauté, j'étais mort.
— […]
— Non, la lampe s'est cassée, le culot est coincé, il va falloir vider le frigo et y aller aux pinces, et puis l'endroit où c'est, j't'explique pas, encore un truc pour gynécologue.

Trop loin, trop proche

J'écoutais ce matin La Prisonnière en allant à Melun, le passage où le narrateur explique que se séparer quelques jours d'une femme permet certes de raviver l'attente et l'amour, mais aussi de s'habituer à son absence.

Des deux couples d'amis nous ayant servi de témoins, l'un est aujourd'hui marié depuis vingt-trois ans, l'autre s'est séparé peu de temps après notre mariage. C'étaient des étudiants habituellement séparés, l'un vivant au Havre, l'autre à Bordeaux. Ils ne se voyaient que pendant les vacances. Le jour où ils ont eu un appartement ensemble, leur couple n'a tenu que quelques mois, avec des flambées de violence qui nous laissaient interdits (pack de lait transpercé d'un coup de couteau, vaisselle jetée par la fenêtre, …).
Je connais le cas inverse (et plus calme!): une amie s'est séparée de son compagnon avec qui elle vivait depuis six ans quand il est parti au service militaire:
— Je me suis rendue compte que j'étais très bien seule; mieux, en fait.

Qu'en déduire? Absolument rien. Ces observations n'ont aucune application prédictive. Elles permettent seulement d'ébaucher un arbre des possibles.

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Ramé plus de treize kilomètres à la nage. Pris des couleurs.
Coupé l'herbe de la pampa (comme chaque année. Mais c'est si difficile de trouver le courage de sortir au jardin après l'aviron, entre la sieste et le grec, que je le note quand même : aujourd'hui j'ai coupé l'herbe de la pampa.)
(La semaine prochaine, les hortensias, si tout va bien).




Bois-le-Roi avant le pont de Chartrettes, en regardant vers l'amont

Cinq ans plus tard

J'ai donc dû rentrer du bureau et nous avons dû déjeuner ensemble au studio, je suppose, je ne me souviens plus. Je me souviens que nous plaisantions sur les réponses à donner au maire, mais qu'au moment de partir, émus, pour nous donner du courage, nous avons bu un petit verre de calva.

Nous sommes partis tous les six, nous deux, nos deux témoins et leurs conjoints du moment, pour la mairie par les petites rues de derrière (par opposition à la nationale). Je me souviens qu'il faisait très beau, chaud, que j'ai filé un Dim-up et que j'ai enlevé la paire entre deux voitures.

Ce devait être un jeudi, peut-être, je n'en suis pas sûre. Quand on avait demandé à Hervé «grande salle ou petite salle?», il avait répondu à son habitude, royal, «grande salle» et nous nous sommes retrouvés tous les six dans la grande salle déserte.
L'adjointe au maire avait la cinquantaire, une permanente frisée tirant sur le blond, l'écharpe tricolore; c'était la première fois que j'assistais à un mariage. Elle nous a lu les textes. Elle nous a demandé: «Vous n'échangez pas vos alliances?» Elle avait des yeux très bleus remplis de larmes. Nous avons secoué la tête, désolés de la décevoir par notre manque de décorum. Mais pourquoi avait-elle l'air si émue? Nous avons signé.
Nous sommes sortis sur la terrasse qui donnait sur les jardins par la porte-fenêtre, et là, réflexion faite, nous avons échangé nos alliances. Un des témoins a essayé d'expliquer les larmes de l'adjointe au maire: «Elle a dû croire que vos parents étaient morts dans un accident de voiture en venant au mariage.»
C'est resté un mystère. Aujourd'hui encore j'y pense, j'aimerais bien savoir. Peut-être avions-nous l'air tout simplement affreusement jeunes — ce que nous étions, je m'en aperçois maintenant.

Enquête

Les questions sont ici.

1/ Oui, ce qui ne veut pas dire qu'elle est juste!

2/ Au collège, très souvent, au lycée, moins, après le bac, non.

3/ Oh oui, volontiers, tout de suite.

4/ Oui, que je sois seule ou pas : quand je travaille.

5/ Particulièrement, non. C'est une sensation assez courante, pour moi.

6/ Non, ce n'est pas du tout mon genre. Je crois que c'est une façon d'être très malheureux toute sa vie.

7/ Oui et non. Non parce que j'étais une bonne élève; oui parce que je me suis en quelque sorte effondrée intérieurement en terminale (aujourd'hui je suppose que j'ai fait une dépression) et je me suis retrouvée en hypokhâgne alors que toute ma famille attendait math sup: comment allais-je pouvoir gagner ma vie "en littéraire" puisque je ne voulais pas devenir prof était la grande inquiétude de mes parents.

8/ Oui: l'eau, les fleuves, les rivières, les paysages quand je rame.

9/ Oui, sans conteste, ma grand-mère paternelle.

10 / Non, pas suffisamment pour que cela m'ait marquée.

Résumé de la semaine

Fiscalité, Balzac (l'année 1829. Il me fait penser à Truffaut par sa conviction que les femmes sont forcément passionnées), rhume. La chienne a revu mes parents.

D'une question à l'autre

L'étude de Vatican II amène à passer de la question assez classique "Comment changer sans perdre son identité?" à la question plus inattendue "Comment changer pour garder son identité?"

Aumône amère

Et aussi longtemps que nos bonnes œuvres nous font un peu mal et nous laissent de l'amertume au cœur, aussi longtemps que nous faisons la deuxième œuvre pour oublier que la première était bonne, alors nous savons aussi que ces œuvres ne dégénèrent pas encore en routine superficielle et que, malgré notre âge, nous ne sommes pas encore tout bonnement endurcis à la manière des pharisiens.

Karl Rahner, "Pouvons-nous encore devenir saints?" in Existence presbytérale, p.130, Cerf 2011
Ainsi donc, cette honte embarrassée et parfois cette colère sourde après avoir donné quelques euros à un mendiant serait un sentiment commun? C'est la première fois que j'en rencontre le témoignage.

Encore un coup de fil de ma tante

Ma tante, pas celle aux expressions, l'autre, celle qui garde le chien de mes parents, m'appelle ce matin:

— Oui allô, c'est toi, oui, je surveillais leur mail, pas celui de wanadoo celui de la poste, et alors je ne sais pas pourquoi ils ont envoyé un mail mais il y a eu un message d'erreur il n'a pas été envoyé alors je te lis le mail «chère Nadine, nous sommes au Panama mais il y a eu un contretemps, J-P [mon père] s'est cassé le cubitus en plusieurs endroits, est-ce que tu pourrais appeler le mari d'Emmanuelle pour prendre rendez-vous avec lui?»

Si vous n'avez pas compris grand-chose, c'est normal. J'essaie d'expliquer (je précise que "Nadine" n'est pas ma tante).

Ma tante voulait prévenir mes parents que le chien allait mal. Elle attendait donc ce week-end avec impatience parce qu'elle savait qu'ils ne camperaient plus en forêt mais seraient à l'hôtel à Panama avec une liason internet.
Pour une raison que je ne m'explique pas, au lieu de surveiller sa propre boîte mail pour savoir s'ils avaient écrit, elle s'est connectée sur la leur (mais pourquoi? cela me choque) et y a découvert un mail envoyé par eux à Nadine (une amie?) pour prendre rendez-vous avec un chirurgien. Ce mail était en fait un mail de retour à l'envoyeur, il n'avait pu atteindre sa destinataire (Nadine). En revanche, cela avait permis à ma tante d'en lire le contenu.
En d'autres termes, mes parents n'avaient pas prévu de nous prévenir que mon père s'était cassé le bras, ce qui ne me surprend guère (c'est tout à fait leur genre) mais m'embarrasse beaucoup: je suis gênée de savoir ce qu'ils ne souhaitaient pas que nous sachions.

Sachant qu'"Emmanuelle" était la fille des voisins, j'ai conseillé à ma tante de leur téléphoner afin d'accomplir ce qui était indiqué dans le mail qui n'avait pas abouti.
Non, elle a préféré écrire à mes parents pour leur dire que le mail était revenu en erreur, et eux lui ont dit… de téléphoner aux voisins.

Avec tout cela, elle a oublié de leur parler du chien. Tant mieux.



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Agenda
- Lu Un hiver à Paris qui m'a replongée en hypokhâgne. Cela m'a un peu fichu le bourdon. J'ai pensé que moi aussi j'aurais des choses à raconter, Frédérique, Claire, Hélène, toutes ont fui l'internat (deux au sens propre) et j'y suis restée. Un jour peut-être. Trente ans, il y a prescription.
- Vu Les palmes de M. Schultz avec les voisins et les V. (après leur semi-marathon: chapeau d'être restés assis deux ou trois heures!)

Samedi

- TG le matin. L'organisation des premières églises à partir des épîtres pauliniennes. Le prof toujours aussi passionnant. J'ai l'impression d'un immense cours de culture générale, ouvrant des pans entiers dont je n'ai jamais entendu parler (Adolph von Harnack, bon, je commence à m'habituer, je finis presque par être surprise de ne pas croiser son nom dans un livre, mais maintenant son professeur Rudolf Sohm, qui n'a même pas de notice en français dans wikipedia, sur lequel Congar a écrit un article: "Rudolf Sohm nous interroge encore"), précisant des notions auxquelles je n'avais jamais réfléchi (est-ce que la mission détermine la fonction? (Hervé à qui j'en parle me dit «ah oui, c'est comme chez les militaires qui disent que la mission prime le grade»), des raccourcis éclairants («une analogie ne vaut que par ses différences»)…

Je vais voir Birdman qui m'ennuie imperceptiblement (le complexe d'infériorité Holywwod/Brodway m'est indifférent), je fais huit kilomètres de vélib pour rendre un livre de bibliothèque (c'est important car je crois que c'est là que je me suis enrhumée) et je rejoins Hervé et les V. chez Mariage. Demain les V. père et fille courent un semi-marathon à Vincennes. Ils dorment à la maison ce soir. Pour des raisons de logistique, je n'irai pas ramer. Je vais dormir.



— A quelle heure tu t'es levée?
— Quatre heures et demie.
— Est-ce raisonnable si tu es fatiguée?
— C'est l'inverse, c'est parce que je me suis levée à cette heure-là que je suis fatiguée.

Enquete

Les questions sont ici.

1/ Non, j'ai juste l'impression que "cette fois-ci, c'est bon, je vais me noyer". (Mais je commence à m'étonner de la fréquence des variations sur ce thème dans ce questionnaire : la rédactrice du questionnaire aurait-elle tendance à se noyer dans un verre d'eau? Ou ne comprend-elle pas pourquoi les personnes autour d'elle se noient dans des verres d'eau?)

2/ Non, plus maintenant ou pas en ce moment (cela reviendra-t-il?) Trop de projets, une tension vers l'avant. J'essaie au présent de ne pas renouveler les erreurs du passé (dont entre autres celle de ne pas avoir suffisamment profité du présent).

3/ Profession? Euh, aucune. Rouage administratif dans une entreprise, c'est une profession? Mettons quatre domaines (comptabilité, maîtrise d'ouvrage, audit, veille économique) dans un même secteur, l'assurance. Aujourd'hui je suis quasi chef de minuscule entreprise, ce qui comprend un peu tout.

4/ Le Petit Raporteur, vu sur la première télévision achetée à la maison. (Mais avant, il y a dû y avoir l'été chez mes grands-parents: le tour de France, Intervilles et Dorothée, le tout début de Dorothée: impossible de dire ce qui est premier).

5/ Tout le temps, même sans m'en rendre compte. En réalité, c'est une catastrophe, je m'aperçois que beaucoup m'ont prise au sérieux quand je ne l'étais pas, et inversement. (Le 2, ici, c'est tout à fait moi.) J'essaie de ne plus le faire.
Je crois que cela a beaucoup désarçonné ma fille, qui ne comprend pas le second degré. Je crois aussi que c'est pour cela que The Big Bang Theory m'est si cher (Sheldon, Bazingua, sarcasm).

6/ Difficultés, pas exactement, mais quelques sueurs froides malgré tout.

7/ Franchement, imaginez-vous quelqu'un en train de répondre qu'il est insensible?

8/ Non. Oui, pour les étoiles.

9/ J'aime les bons guides de visites guidées.

10/ J'aime prendre soin des objets. Ce n'est pas que je n'aime pas les tâches ménagères, c'est que dans la liste des priorités, elles sont très bas. (J'aime le soin du linge, du cuir. J'aime le jardinage. J'aime l'entretien. Mais il y a toujours plus urgent.)

Lecture grecque

En ratant le cours il y a un mois, j'ai raté l'introduction à l'évangile de Pierre, un apocryphe dont je crois comprendre durant ce cours-ci que nous n'en possédons que des fragments en grec mais l'intégralité en éthiopien.
J'aimerais pouvoir expliquer l'abîme de perplexité dans lequel cela me plonge: quel est l'alphabet éthiopien? Comment sait-on ce que veulent dire les mots éthiopien du deuxième siècle? Comment est-il possible de traduire?

Traduire le grec est un grand émerveillement, j'ai l'impression d'introduire la pointe d'un couteau dans la jointure entre deux os, entre le sens et la langue, de sentir le jeu, le vide, le suspens. Tout texte traduit par soi-même prend un nouveau sens, une nouvelle réalité, au fur à mesure des mots dévoilés.
La professeur commente les points de grammaire, le vocabulaire, avec des remarques dont je me souviendrais sans doute:
— Les verbes de perception sont toujours suivis du génitif, le grec part du principe qu'on ne perçoit qu'une partie de la sensation, sauf pour la vision, qui est pour eux le sens le plus complet.
— Quand je vois les disputes entre exégètes sur le thème "les amis autour de Pierre, mais alors, ça veut dire que Pierre n'en fait pas partie", ils auraient dû faire un peu plus de grammaire grecque, "oi peri Petrou", c'est Pierre et ses amis, c'est la façon de dire Pierre et ses amis".
— "Mathetria", vous ne voyez pas ce que ça veut dire? Vous voulez être condamnée à lire la littérature féministe sur le thème? Bon, oui, disciples, c'est un peu dommage que ce soit un épicène en français.

La description de la résurrection dans cet évangile fait très manga, avec croix lumineuse qui parle et suit Jésus soutenu par deux hommes (la tête des hommes touche les cieux, celle de Jésus les dépasse). Je me dis que les textes retenus pour le canon ont peut-être été choisis pour leur sobriété; ils décrivent l'absence, le creux.

Hérésie valentinienne (il y a eu une hérésie valentinienne?), livre de Barthélémy (en réponse à la question: «quelle est la plus ancienne description de descente aux enfers?» Réponse donnée tout à trac, à vérifier à l'occasion).

Plus Simenon que Balzac

Une assurée de la mutuelle nous téléphone pour s'étonner que son contrat soit résilié, à quoi nous répondons que nous avons reçu une lettre de résiliation en retour de notre avis d'échéance.
Réponse: «ce n'est pas moi qui l'ai envoyée, c'est ma voisine du dessus, elle nous vole notre courrier, à deux voisines et à moi-même, et elle répond à notre place.»

Les expressions de ma tante

J'aurais aimé en faire une catégorie, mais hélas, il aurait fallu que je les note au fur à mesure durant toutes ces années. J'oublie tout.

A côté d'expressions courantes comme «souple comme un barreau de chaise» ou «souple comme un verre de lampe» (pendant des années je me suis demandé ce que voulait dire «ver de lampe», un ver, oui, c'était souple, mais un ver de lampe, qu'est-ce que c'était?), elle utilise des formules que je n'ai jamais entendues ailleurs, dont je me demande parfois si ce n'est pas elle qui les invente, comme «fumer comme un poêle» tout de même plus adéquat que «fumer comme un pompier».

Ce soir, au cours d'un long téléphonage (cinquante-quatre minutes au téléphone, c'est beaucoup pour moi), j'ai recueilli «avoir la langue avant les dents», pour signifier parler trop vite, ne pas savoir retenir ses paroles.

Spécialité familiale

Sms : — Où es-tu? Tu rentres bientôt?

Comme j'ai des gants assez longs et pas envie de les enlever, j'appelle au lieu d'écrire, en tapant sur l'écran du smartphone avec mon nez (si, c'est possible, à condition de bien viser):
— Je suis à la gare, pourquoi?
— Parce que je viens d'arriver à la maison et j'ai oublié mes clés.
— Ah, c'est bête, moi aussi.


Le plus bête, c'est que pour remédier à cette mésaventure coutumière, nous avions confié un trousseau aux voisins… qui l'ont égaré quelque part chez eux.
Nous sommes allés chercher les clés de Clément qui était à l'entraînement de ping-pong.

Accablement

La prof de latin s'est entichée de moi comme il arrive régulièrement qu'un prof s'entiche de moi. Je me demande bien pourquoi, je suis nulle en latin.
J'ai compris l'heure suivante pourquoi Lumen Gentium suivait "naturellement" l'ordre des mots et pensées en français: cette constitution a été rédigée par un Belge, Gérard Philips.

Le prof de sociologie étant absent, le responsable de l'année a proposé à ceux qui le souhaitaient de venir pour quelques conseils sur la dissertation d'ecclésiologie.
C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés à une dizaine pour présenter le sujet de dissertation que nous avions choisi afin que Thibault puisse nous donner des indications bibliographiques.

Simplement, je n'avais pas choisi. J'ai choisi pendant les deux heures, tandis que les autres parlaient, étonnée de voir que le sujet que j'avais choisi au départ (Jurgen Moltmann écrit : « À la tendance protestante de dissoudre l’ecclésiologie dans la christologie, correspond du côté catholique la tendance opposée » (L’Église dans la force de l’Esprit, p. 101). Après avoir situé cette citation dans le propos général de l’auteur, vous proposerez une lecture critique de ce constat qui ouvrira à une réflexion sur l’articulation entre l’Église et le Christ) et que le professeur m'avait déconseillé de prendre (il avait souhaité qu'aux inter-cours nous venions lui dire ce que nous avions choisi, afin de nous proposer des pistes. Devant ce sujet, il avait dit: «c'est trop lourd, c'est plutôt un sujet de licence») était choisi par deux camarades (je suppose qu'eux ne sont pas allés voir le professeur à l'inter-cours!)

J'écoute chacun qui paraît comprendre ce qu'il dit, savoir ce qu'il fait et où il va. Je me sens nulle, perdue. Je pense à Rémi, «il ne faut pas se laisser impressionner», me disait-il. J'y pense souvent. Je m'applique. Je suis très impressionnée mais je ne le montre pas.

Cette année je me sens tellement dépassée que je me dis que si ça continue ainsi, je vais devoir laisser tomber, «je ne vais pas y arriver». Puis j'imagine ce que seraient mes journées et mes soirées, le champ connu les livres à lire, le thé chaud devant les DVD, le cinéma avant de rentrer, les blogs paresseusement poursuivis, le confort, la farniente… et rien que d'y penser j'ai peur et j'ai envie de m'échapper : il faut me rendre à l'évidence, je redoute la routine et le confort. Je me demande si ça va s'inverser un jour, avec l'âge.

Gossip

« Disons que Lustiger ne manquait pas du charisme d'autorité.»

Pas grand chose

Décapoté la voiture pour la première fois depuis l'achat du sapin de Noël.
Giboulées de mars. Nous avons ramé sous l'éclaircie.
Acheté un "gilet technique" et un tee-shirt manches longues aux couleurs du club. Plaisir enfantin.

J'ai pris une photo plus rapprochée. Pas de bourgeons. Plus tard, un rayon de soleil a fait jouer les différentes couleurs d'écorce et de branches, mais je ne pouvais pas décemment demander d'arrêter le bateau pour faire une photo!
Ici il s'agit d'une pause pour enlever les blousons — j'étais à la barre. Vous voyez les derniers "bouillons" des derniers coups de rame avant l'arrêt.





La chienne tient le coup. Je téléphone tous les soirs à ma tante pour qu'elle aussi tienne le coup. Elle se projette trop dans le temps, elle anticipe trop de catastrophes, elle a du mal à ne penser qu'à la journée en cours. Un peu contrôle-freak, défaut de la branche maternelle que je partage facilement.

Récupéré le benjamin fatigué mais content. Demain retour aux horaires contraints. Je n'aime pas ça.

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