Date butoir

J'ai fini deux heures plus tôt que l'année dernière, encore deux ans et je serai au point. (Le 30 avril est la date de remise de documents à l'autorité de tutelle, la grande méchante qui peut nous retirer notre agrément).

Le mois de mai va être compliqué.

Sur l'eau

De nouveau ce soir j'ai traversé toute la région parisienne pour aller ramer. Il fait nettement plus froid que la semaine dernière.

Manu se moque gentiment de moi :
— Alors, cette détente?
— J'y travaille. Dimanche j'ai fait du fun skiff.
— Du fun skiff? Non non, tu dois sortir en skiff.

Sa théorie est que je me suis trop habituée aux bateaux stables (le fun skiff est plus large que le skiff). Il est normal qu'un bateau fin soit en déséquilibre, m'a-t-il expliqué (et savoir que c'est normal, que ce n'est pas un défaut de ma part, me soulage déjà), il faut juste l'accepter. Et pour s'y habituer, l'accepter, il faut sortir en bateau fin.


Une douzaine de kilomètres.
Comme des orages sont prévus, il y a eu des lâchers d'eau en amont, et la Seine charie des branches, des bûches, des troncs, parfois impressionnants, dangereux pour nos coques.
J'ai l'impression que je suis un peu moins tendue.





Histoire de femme

— Mon beau-père battait sa femme comme plâtre. Enfin, il paraît. Un jour, elle a voulu partir. Elle a pris une valise, l'a remplie. Mon mari m'a montré la valise, au grenier. Elle était criblée de trous: mon beau-père a pris sa carabine et a tiré dedans. Ma belle-mère est restée. (Silence. Soupir.) Que voulais-tu qu'elle fasse? Elle ne savait rien faire, même pas bonne à rien, mauvaise à tout, comme disait Pagnol.


(Je dîne avec M.)

Entreprise buissonnière

Je ne suis pas allée travailler aujourd'hui — comme ça, sur un coup de tête, ou plutôt par glissades successives, à force de ne pas y aller, jusqu'à décider de ne pas y aller. (Ceci est tout de même un très mauvais exemple pour le dernier exemplaire de progéniture qui reste à la maison)

Dimanche gris

Pas de photo aujourd'hui : je n'avais pas de sac étanche, je n'ai pas emporté mon téléphone sur le bateau.
Ciel gris, 14 à 16° (donc chaud quand on rame), pas de vent. Tous les arbres à une ou deux espèces près ont des feuilles. Des mouettes courtes à tête noire et bec rouge. Je crois que je n'en avais pas encore vu.

12 km de fun skiff.

Après-midi : il pleut. Pas de jardinage. Tant mieux. J'ai dormi.

Comment avoir l'air con en dix secondes

— Je peux voir un justificatif pour son âge ?
— Mais on s'en fiche, puisque c'est le même prix! Regardez, 13 !
— Ça, c'est l'heure de la séance, Monsieur.




(Avenger 2 : n'y allez pas)

Enquête

Les questions sont ici.

1/ Non. Je me suis fait mordre par une couleuvre dans les vestiaires des filles en cinquième. J'essayais (j'ai réussi) de la remettre dans sa boîte. Je m'étais engagée auprès de la prof de biolo à la remettre en liberté. (Je l'ai fait).
Il y a aussi les transports de blattes dans le métro entre la maison et le lycée pour toutes les vacances scolaires (mais on peut difficilement appeler cela "tenir dans ses bras", n'est-ce-pas?)

2/ Charlottesville, Virginie.

3/ Je vois rarement (jamais) de bagage abandonné. Mais je le pense devant les sacs plastiques, les boîtes en carton, oui. (Et je ne fais rien, je ne dis rien, parce que zut).

4/ Bien, merci. Et vous ?

5/ Non.

6/ Non. En revanche, au niveau "couple", oui, notamment pour refuser d'aller travailler dans l'armement pour Thomson. (La raison me paraît évidente.)

7/ Un bouquet de temps en temps. Pour le fleuriste du marché (le problème du marché, c'est que je le vis comme un appel à la solidarité: je pense à son chiffre d'affaires devant chaque commerçant).

8/ Ma vie est un boycott permanent: les cons (sous-catégories: les commerçants désagréables, les blogueurs insupportables), les produits animaux en supermarché, les lingettes nettoyantes (très difficilement biodégradables), de nombreux produits "modernes" qui me paraissent ridicules dans leur débauche de packaging par rapport aux besoins qu'ils satisfont, les émissions de télé débiles, les vidéos youtube postées par les terroristes (ça doit pouvoir entrer dans la catégorie "cons"), les mots anglais inutiles (comme packaging!!), les mots français récents qui remplacent des mots traditionnels (éditer pour modifier, compliquer pour complexifier, finaliser pour finir ou mettre la dernière main, solutionner pour résoudre)…

9/ Mon nom, non (du moins pas en France), celui de mon homme, oui, à Nogent-en-Bassigny.

10/ Non, je ne crois pas.

Détends-toi

Un certain Emmanuel proposait des cours de perfectionnement en skiff. J'avais reçu les mails sans oser m'inscrire, peur de me retrouver seule de mon âge avec des rameurs de quatorze ans (ça m'embarrasse, je n'y peux rien. J'ai peur de gêner.)

Finalement je me suis lancée: je quitte le bureau à La Défense à quatre heures et quart pour aller à Melun.
Temps magnifique, nous sommes quatre, les autres ont entre quinze et vingt ans. Emmanuel a les yeux très clairs, si étonnants que j'évite de le regarder de peur de me mettre à les observer.

Il semble surpris par mon coup de rame:
— Tu n'as pas fait de skiff depuis quand?
— Un an.
— C'est pas mal.

Plus tard:
— Tu connais la différence entre des bras tendus et des bras allongés?
— Euh… (je ne lui dis pas qu'il me rappelle Jean-Louis qui m'avait demandé la différence entre du steack haché et de la viande hachée.)
— Eh bien, il faut allonger les bras, toi, tu les tends. Ils ne doivent jamais être tendus, sauf au moment de la prise d'eau, et encore, ce n'est qu'une conséquence de la force qui s'exerce sur les pelles. (Il rit:) Détends-toi! J'étais en train de penser à tout ce que tu pouvais améliorer, mais en fait, c'est tout simple, détends-toi!


Et j'observe en moi-même avec philosophie et amusement qu'au moins c'est cohérent: aviron, rock, équitation, et même études, langues étrangères à l'oral, toujours le même diagnostic: détends-toi!

Et me connaissant, je m'imagine parfaitement concentrée, les dents serrées, en train de m'appliquer à me détendre…

Noces d'argent

En fait, le "véritable" anniversaire, c'est aujourd'hui, l'anniversaire du mariage religieux.

Vingt-cinq ans. Je dois pouvoir considérer que j'en suis à la moitié de ma vie d'adulte, car il est plus probable que je vive jusqu'à soixante-quinze ans que jusqu'à cent, en tout cas en pleines possessions de mes moyens intellectuels.
La moitié parcourue donne une idée de la moitié restant à parcourir. C'est difficile de donner une épaisseur à la durée. On tend à imaginer le temps de façon logarithmique, si je puis dire, ou selon les règles de la perspective: autant ce qui est proche conserve une durée réaliste, autant ce qui est lointain est déformé, plus tassé.

Il s'agirait donc de donner aux années à venir la même durée que les années passées, de déplisser le temps.
Je pense à cette remarque de l'équipe traversant l'Antartique avec des chiens: «arrivés à la moitié, c'est devenu plus dur, car inconsciemment on s'imagine être arrivé en haut de la montagne et qu'il n'y a plus qu'à descendre, que cela va être plus facile. Mais en réalité la deuxième moitié est aussi longue que la première, et c'est plus dur parce qu'on est fatigué» (impossible de retrouver le titre du film).

Exercice de mémoire, reconstitution du temps passé, vingt-cinq mois d'avril. Ou pas tout à fait, avril 2006 suffira, début des blogs.

- avril 1990 : mariage.
- avril 1991 : je travaille au pire endroit où j'ai jamais travaillé.
- avril 1992 : Je suis enceinte de Clément, peut-être déjà en congé maternité. Nous passons une semaine à Verrière-le-Buisson, chez Brigitte qui nous a prêté sa maison pour que nous la gardions et sortions de notre appartement d'Aubervilliers. H. est tout excité à propos de NeXT, mais je ne sais plus exactement ce qui se passe.
- avril 1993 : Rien de particulier. Sans doute les deux pires années de ma vie. Mon entreprise (une mutuelle d'assurance) a déménagé de porte d'Asnières à Levallois-Perret. Je passe beaucoup de temps à la bibliothèque de Levallois, excellente.
- avril 1994 : Cela fait cinq ans que je travaille (septembre 1989). J'écris à Sciences-Po pour demander un dossier d'inscription dans la filière parallèle réservée aux salariés avec cinq ans d'expérience. (Finalement je serai reprise directement en troisième année après un entretien en juillet).
- avril 1995 : Sciences-Po. Le bonheur. Je suis enceinte de deux mois. Personne ne le sait à l'école, de la même façon que j'ai caché mon fils.
- avril 1996 : J'ai négocié mon départ. Je suis au chômage. Je suis un stage d'anglais d'une semaine avec Anne-Claire à deux pas de la place des Vosges.
- avril 1997 : Rien de particulier concernant avril. Tour G*n. Je suis en train de faire une grosse conn**.
- avril 1998 : Enceinte du dernier de façon imprévue. Je ne sais comment l'annoncer au bureau. Trois mois et demi, quatre mois. Je n'ai toujours rien dit.
- avril 1999 : Nous achetons une maison, le prêt commence en juin. Je suis terrifée, je ne comprends pas comment nous allons nous en sortir financièrement.
- avril 2000 : Nous fêtons nos dix ans de mariage avec des copains, sur la terrasse sous une pluie battante. J'ai rédigé une invitation: «Une maison, trois enfants, venez fêtez dix ans de bonheur bourgeois». Cela ne fait que refléter mon étonnement d'être parvenus jusque là, d'avoir tenu jusque là. C'est la dernière fois que je vois Jacqueline. (Ou pas? ne sommes-nous pas allées à la piscine avec nos garçons l'été suivant? je ne sais plus.)
- avril 2001 : Je cherche à quitter mon entreprise. Je m'ennuie. Je me suis inscrite à un Deug de philo par correspondance (à Toulouse!) J'écris une dissertation sur Platon dans l'arrière-pays niçois (nos premières vacances ailleurs que chez Eric, nos premières vacances payantes), mais je ne sais plus si c'est en avril ou en mai (je songeais au pont de l'Ascension: 24 mai, me dit Google). Nous avons eu une panne de voiture un jour férié, mais je ne sais pas si j'ai encore la facture.
- avril 2002 : Le Pen passe le premier tour des élections présidentielles.
- avril 2003 : Quel jour était le vendredi saint? (le 18, me dit Google). Point de repère pour une autre grosse conn** que je regrette amèrement.
- avril 2004 : Quelque part en avril H. se fait opérer de l'épaule gauche (je ne me souviens pas de cette période, où pourtant il a fallu que je me débrouille seule puisqu'il ne pouvait pas conduire. Je ne me souviens pas.) R.
- avril 2005 : La mort de notre chatte Framboise, peut-être? (c'est cette année-là, mais quand? En mars, en avril? Je l'aimais profondément, nous l'avions depuis juin 1989).
- avril 2006 : François Matton fait des commentaires absurdes sur la SLRC, tout le monde en semble très satisfait. Quand je démontre ses contradictions et sa malveillance, JV vient le défendre. Je suis écœurée par toute cette bêtise pour ne pas dire méchanceté. Je quitte la SLRC.
- avril 2007 : Venise
- avril 2008 : premier article accepté dans une revue universitaire
- avril 2009 : Venise
- avril 2010 : menace d'huissiers. Je suis très secouée.
- avril 2011 : dernière rencontre (en date) avec "lecteur"
- avril 2012 : quelque part en avril je me casse un doigt (ce qui me permet de préparer Porto)
- avril 2013 : je clôture mon premier exercice liasse fiscale incluse
- avril 2014 : entorse — et liasse fiscale, mon lot d'avril tant que je resterai à ce poste
- avril 2015 : j'écris ce post en écoutant plus que regardant La Guerre des Mondes. Je le trouve plus terrifiant que la première fois. Le train en flammes qui passe dans la nuit en respectant parfaitement les règles de signalisation (le passage à niveau) est une idée magnifique.

Cet exercice est inquiétant.

RTFM

(Read the Fucking Manuel)

Soit un siphon pour faire de la crème chantilly (modèle recommandé par un professionnel).
Précision importante :
3. Ne pas remplir la cuve du siphon au-delà de la capacité indiquée sur le fond de la bouteille: pour 0,25 litre 250 ml maximum, pour 0,5 litres 500 ml au maximum et pour 1 litre 1000 ml maximum.

Printemps

La photo du dimanche matin. Diversité de l'arrivée du feuillage, gamme des verts. Chant du coucou, mon premier cette année. Temps magnifique (ajouté à la voiture décapotée => coup de soleil sur le front).





Pas de jardinage (et pas d'excuse).

Poitrail blanc

— Normal que ce chat soit amical et veuille tout le temps entrer chez nous: il a le poitrail blanc.
— Hein, quoi?

Ma fille est venue récupérer sa voiture cette semaine. Entre autres matières, elle étudie l'éthologie. C'est ainsi que nous apprenons que l'une des caractéristiques des animaux sauvages domestiqués, c'est de perdre en quelques générations (quatre ou cinq chez le renard, par exemple) ce qui leur permet de survivre dans la nature, les oreilles droites pour entendre loin, le pelage de camouflage, etc.
L'une des marques de la domestication est le poitrail blanc : dans une portée, si vous souhaitez un animal docile, choisissez de préférence celui au poitrail blanc.

— Poitrail blanc : comme toi, finalement.
— Eh oui : vingt-cinq ans de mariage.

Enquête

Les questions sont ici.

1/ Je ne pense pas en ces termes-là. Je n'ai pas l'impression d'être une personne différente.

2/ Je préfère les grands ou gros chiens. Je ne suis pas trop "chien de compagnie", plutôt chien de berger.

3/ Non. Je lègue mes San Antonio à ma fille.

4/ Non, je ne crois pas.

5/ Amsterdam.

6/ Oui!

7/ Non. Je n'y arrive pas. Je voudrais des rituels pour penser moins et aller plus vite mais je n'y arrive pas.

8/ Ne plus penser à l'argent! (Faire des travaux dans la maison.)

9/ Je ne sais pas. Ai-je un meilleur, ai-je un domaine? Je n'ai pas l'impression.

10/ Rien. Je m'endors.

Malentendu

Nous sommes deux ou trois à systématiquement essayer de sortir en pointe dès que les conditions deviennent plus clémentes. Nous complétons la yolette avec des volontaires plus ou moins enthousiastes, plus ou moins au courant de ce qui les attend.

Après sept kilomètres, Pascal remarque:
— Je ne suis pas d'accord avec Nathalie, je ne vois pas en quoi c'est plus facile que le couple.
Je demande, de ma place de barreur: — Elle a dit que c'était plus facile?
— Elle dit qu'elle adoorrrreee la pointe.
Nous éclatons de rire toutes les deux.
— Ah mais oui. Ce n'est pas du tout pareil que dire que c'est plus facile!

Grec

Avant-dernier cours de grec (mais nous avons déjà les dates pour l'année prochaine).
Je ne sais plus si j'ai noté ici que l'intérêt de la Vulgate est de traduire — parfois — mais à quels endroits? — d'autres versions du Tanakh (Bible hébreu) que la Septante (LXX). (Jérôme a d'ailleurs caché qu'il faisait appel à des érudits juifs pour son travail car ce n'était pas très bien vu).

Le texte du Tanakh a par ailleurs été révisé trois fois (disons que nous retenons trois révisions majeures) dans le monde juif: par Aquila de Sinope, par Symmaque et par Théodotion, révisions très peu prises en compte par les chrétiens des premiers siècles qui avaient déjà figé (quasiment, il faut toujours rester nuancé) leur version de la Septante.
Origène constitua le premier "synoptique", les Hexaples, mettant côte à côte les différentes versions afin de les comparer. De cet énorme travail, il ne nous reste que quelques pages.

(C'est incroyable comme tout ce qui concerne Origène a disparu: il a écrit une correspondance immense, je ne sais plus exactement ce que nous a dit la prof, que Jérôme aurait parlé de neuf tomes de lettres avec un seul correspondant, l'un de ces tomes faisant plusieurs volumes (première fois que j'entendais qu'un tome pouvait se composer de plusieurs volumes… à cause de l'épaisseur du support, je suppose?)
Je ne désespère pas qu'on retrouve encore des œuvres d'Origène: en effet, comme il était anathème, ses éventuels manuscrits sont anonymes. C'est ainsi que des commentaires des psaumes ont été retrouvés en 2005 dans une bilbiothèque de Munich.)

Toujours est-il que pour la prochaine fois, nous devons traduire Dn 7, 1-13 dans la LXX et le Théodotion. C'est excitant.

M. Muscles lit

Je l'ai découvert en descendant l'escalier de la station Esplanade de la Défense, il s'éloignait devant moi et j'ai eu envie de rire: incroyable, il devait sortir d'un album de Tom of Finland, il n'y avait pas d'autre explication possible.
J'ai essayé de le rattrapper dans le but de prendre une photo, impossible qu'on se rende compte, sans cela. Une rame de métro arrivait, il continuait à marcher, il est remonté le plus possible, ce que je fais aussi (puisque je sors à Châtelet pour prendre la 14, pour ceux qui connaissent la correspondance).

La rame était étonnamment vide, j'ai pu prendre une photo de ma place, non pas sans inquiéter chemise rouge à carreaux qui s'est levé et déplacé.





Il tenait son livre d'une façon que je déteste, la couverture repliée à l'envers sous le volume et l'annotait au stylobille.

Il est descendu à Châtelet, comme moi, j'ai enfin pu prendre deux photos et surtout lire le titre du livre: Un roi sans divertissement.





Il a pris l'escalator devant moi puis la ligne 14 comme moi. Quand la rame est arrivée il est entré deux portes plus loin — ou pas: je ne l'ai plus vu.

Un grand moment de solitude

Comme il fait très beau, les rameurs sont revenus en nombre et le vestiaire est plein.
Comme je n'ai pas de contrainte horaire, je passe sous la douche dans les dernières.

Quand je ressors, tout le monde est parti. Slip, soutif, crème sur le visage écarlate, coup de peigne, pull fin à manches courtes, boucles d'oreilles (l'ordre peut paraître bizarre, mais comme je suis seule, j'en profite pour évaporer)… Où est ma jupe?
Je l'avais posée sur le banc devant les casiers, elle n'est plus là. Elle devait gêner pour ouvrir les-dits casiers, quelqu'un a dû la pousser, j'explore du regard le vestiaire, le sol, le dessus des casiers…
Rien.

Ne paniquons pas. Je partage mon casier avec une autre rameuse: je sors son sac et le fouille, au cas où elle y ait fourré ma jupe (en laine, très souple: un petit tas de tissu qu'un cerveau en manque de sucre peut prendre pour un tee-shirt, une serviette, surtout s'il est en train de discuter).
Rien.

Il est deux heures passées, je suis pieds nus en slip dans le vestiaire désert. Que faire? Sentiment de dénuement tel que celui des rêves où l'on se retrouve nu dans la rue sans que personne ne paraisse s'en apercevoir.
Mais dans le cas présent, si je tente l'expérience, il est probable que quelqu'un s'en apercevra.

J'ai enlevé mon pull, remis le tee-shirt rouge du club et un collant (qu'heureusement, chaleur oblige, je n'avais pas utilisé aujourd'hui), mes baskett, et je suis retournée au bureau.

Enquête

Les questions sont ici.

1/ Une camionnette de déménagement.

2/ Oui, alternivement chez mes grands-parents paternels et maternels.

3/ J'ai reçu une très jolie carte postale de l'abbaye de Vilelongue.

4/ Ça m'est égal, en fait. La photo n'est qu'un support de souvenirs, un déclencheur. Elle n'est pas le souvenir (la chaleur, l'odeur, les pensées, l'avant et l'après le moment de la photo). S'il s'agit de quelque chose que je ne connais pas, la couleur donne davantage d'informations. Le noir et blanc donne une image triste du monde (les photographies noir et blanc de Venise avant la deuxième guerre… terrible, on dirait un taudis.)
Les portraits sont beau en noir et blanc. La lumière est plus belle.

5/ Nous allons régulièrement au restaurant, chaque fois que nous sommes à Paris ensemble à l'heure d'un repas (à condition d'avoir une vision extensive du restaurant: brasseries, crêperies, bistrots, etc).

6/ Là aussi, à condition d'avoir une vision extensive du restaurant, cela m'arrive tout le temps.

7/ Je suppose que oui, mais c'est le genre de contingences qui ne me marque pas.

8/ C'est-à-dire? En ne vivant pas ensemble tout le temps? Ou en ne connaissant pas physiquement la personne? Les années d'études ont été des années de séparation intermittente.

9/ Plutôt, oui, même si les années de collège sont l'enfer.

10/ Ça c'est difficile. En fait il faudrait que vous même répondiez à vos questionnaires, éventuellement avec quelques semaines de décalage. Si vous vivez sur l'île, partez-vous en vacances, ou vous considérez-vous perpétuellement en vacances?

Droit au souvenir

Conformément à la demande du CIL du groupe (correspondant informatique et libertés), nous épurons nos "dossiers papier", c'est-à-dire que nous jetons les lettres et justificatifs des personnes qui ont résilié ou sont décédées depuis plus de cinq ans (et nous classons dans cinq chemises les personnes sorties les cinq dernières années, afin de jeter directement leurs dossiers le moment venu).
Pour moi, c'est un crève-cœur; plus un papier est ancien et plus j'ai du mal à le jeter. Droit à l'oubli, droit à l'oubli… et le souvenir de nos morts, alors? Comment ne pas avoir l'impression de faire disparaître une deuxième fois cette dame morte dans les années 90, née à la fin du XIXe siècle? Ou la lettre de cette dame nous annonçant pudiquement "la mort de son ami depuis trente ans"?
(J'ai vu la bande-annonce d'Une belle fin: tout à fait le genre de métier que je ferais avec tendresse.)

Bref, j'ai conservé un acte de mariage que je vais ramener chez moi. Je n'ai pas envie de jeter cela:
Extrait d'acte de mariage
2002 / N°xx

Le xx juin 2002
à 16 heures 15 minutes
a été célébré à Ville (Département) le mariage :

de Jean X
né à xx (Gironde) le xx septembre 1920
fils de Jean xx et de Georgette xx

et de Jacqueline Z
née à xx (Doubs) le xx octobre 1924
fille de André xx et de Lucie xx
Depuis Monsieur est mort et Madame n'était pas sur le contrat.
Ma pensée vagabonde: s'agissait-il d'une tardive régularisation pour des raisons de protection patrimoniale ou d'un coup de foudre inattendu? Je ne sais pas. Je conserve.

Orthodoxe

Nous attendons la prof de latin. (Elle ne viendra pas, elle est malade.) Conversation dans le couloir.
Je la rapporte parce que même si mon récit est faible et ne rend pas compte de la discussion, elle va dans le même sens que Congar ou Kertész, ce monde qui se partage entre Orient et Occident, entre latins, saxons et slaves (en ce qui concerne l'Europe), ces lignes de fond ethniques et culturelles que l'on veut ignorer au nom de l'universel et qui s'obstinent, qui constituent des fondamentaux pour comprendre notre monde (je suppose qu'il doit exister l'équivalent en Asie, au Moyen-Orient… En Afrique, c'est l'inverse, à tort ou à raison l'occidental moyen considère qu'il n'y a que des tribus… Et pourtant je sais qu'il y a au moins les peuples des plaines et les peuples des montagnes).

— Joyeuses Pâques !
— Ah non, moi je suis orthodoxe, c'est la semaine prochaine!
— [Rires. Commentaire sur son sweat.]
— Au Liban, j'avais passé l'examen pour être arbitre de baskett.
— […]
— Je voulais entrer au séminaire, mais mon évêque ne voulait pas. Il ne me croyait pas, alors j'ai fait un master de finances, comme le voulaient mes parents. Qu'est-ce que je me suis ennuyé! Alors j'ai passé l'examen d'arbitre de baskett.
— […]
— C'était bien, sauf qu'au Liban, on est très famille, et là, j'étais tout seul le dimanche.
— […]
— Non, mais la famille, elle vient te voir quand tu joues, qu'il y a un enjeu, qu'il y a des compétitions, mais personne ne vient quand tu arbitres!
— […]
— Oui, j'ai fini mon master, et mon évêque ne voulait toujours pas, il pensait que je plaisantais. Il disait oui à tous les autres, et pas à moi. Je travaillais dans une banque. «Démissionne», il m'a dit. Alors le lendemain j'ai démissionné. Alors il m'a envoyé en France alors que les autres faisaient leur séminaire sur place à Beyrouth.
— […]
— Il m'a envoyé à Saint-Serge, c'était horrible, là-bas, c'est Moscou, l'Europe de l'Est, c'est pas la France, au bout d'un an je n'en pouvais plus, c'est pas le même monde. Alors mon évêque m'a mis ici.
— Et tu ne veux pas aller à Rome?
— Oh non, Rome, c'est pour le carnet d'adresse, pas pour des études sérieuses. Il faut venir à Paris, à Liévain, en Allemagne…

L'indemnisation des victimes de catastrophes aériennes

Un ami a publié l'image suivante sur son compte FB:





Bien évidemment, c'est en partie vrai, un peu comme il est en partie vrai que si les médias français (européens?) ont peu parlé du massacre kenyan, c'est parce qu'il s'agit de chrétiens1.

Cependant, la nationalité a une autre conséquence: si la compagnie n'est pas européenne (union européenne), tous les passagers ne sont pas égaux. J'avais été surprise et choquée de l'apprendre par un article de L'Argus de l'assurance paru le 28 août 2009, après la disparition du vol AF 447 reliant Rio de Janeiro à Paris et du vol 626 de Yemenia Airways en juin 2009.
J'avais mis cet article de côté, je vous le livre quasi in extenso.

J'ajoute des sauts de ligne pour faciliter la lecture en ligne.
[…] Il appartient au marché de l'assurance aviation de procéder à l'indemnisation des ayants droit des victimes, voire de la victime elle-même en cas de survie… En pratique, les assureurs aviation sont peu nombreux et spécialisés. La France en compte trois principaux : Axa Corporate Solutions, la Réunion aérienne (GIE regroupant Generali France, Groupama transport, MMA et Scor) et Allianz. Les grandes compagnies aériennes sont assurées par plusieurs marchés (européen, asiatique, nordaméricain).

Les assureurs souscrivant en coassurance, c'est leur chef de file (le leader) qui va négocier les indemnisations pour le compte de tous. En conséquence, ce sont les assureurs de l'opérateur aérien qui feront les premières avances. Il est en effet prévu, par le régime de responsabilité du transporteur aérien (règlement européen n° 2027/97), le versement d'une avance à la victime, laquelle ne peut pas être inférieure à 15000 droits de tirage spéciaux (DTS : panier de monnaies regroupant le dollar US, le yen, l'euro et la livre sterling) aux ayants droit en cas de décès.

Une fois connues les premières hypothèses sur les causes de l'accident, les constructeurs et motoristes vont devoir se défendre avec le soutien de leurs propres assureurs. En pareil cas, un dialogue s'installe souvent entre les deux groupes d'assureurs pour discuter les montants d'indemnisation des victimes ou de leurs ayants droit, voire pour se répartir les responsabilités. Ils vont devoir appliquer un régime de responsabilité complexe, rarement uniforme et, surtout, très différencié selon les victimes.

Si les derniers sinistres ont remis sur le devant de la scène la question de l'indemnisation des victimes et/ou de leurs ayants droit lors d'accidents aériens au cours de vols internationaux, la question de l'indemnisation s'est posée dès les premières heures de l'aviation commerciale. La première pièce de l'édifice a été posée par la convention de Varsovie du 12 octobre 1929 relative à l'unification de certaines règles en matière de transport aérien international (entrée en vigueur le 13 février 1933), qui a été modifiée dès 1955 par le protocole de La Haye du 28 septembre 1955 (entré en vigueur en 1963).

Ces dispositions ont très vite été considérées comme dépassées en raison des faibles plafonds d'indemnisation prévus. Divers mécanismes/régimes d'indemnisation, tant au niveau national qu'international, ont été mis en place afin de pallier les insuffisances de Varsovie-La Haye. Ainsi, selon les accords IATA de 1993 et 1995, les compagnies aériennes renoncent à se prévaloir des plafonds d'indemnisation de Varsovie-La Haye, l'article L. 322-3 du code de l'aviation civile français relevant le plafond à 114336,76 €. Malgré ces mécanismes correctifs, la situation n'était pas satisfaisante et, le 28 mai 1999, l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) a adopté la convention de Montréal, relative à l'unification de certaines règles en matière de transport aérien international (entrée en vigueur le 4 novembre 2003, 92 Etats parties signataires actuellement), destinée à remplacer Varsovie-La Haye.

La responsabilité du transporteur aérien envers ses passagers, lors d'un vol international, est désormais encadrée de la façon suivante (art. 21):
- jusqu'à 100 000 DTS, le transporteur ne peut pas exclure ou limiter sa responsabilité (sauf faute de la victime) ;
- au-delà de 100000 DTS, le transporteur n'est pas responsable des dommages subis s'il prouve que le dommage n'est pas dû à sa négligence ou à un autre acte ou omission préjudiciable,de sa part, de ses préposés ou de ses mandataires ; que ces dommages résultent uniquement de la négligence ou d'un autre acte ou omission préjudiciable d'un tiers.
[…]
En 2002, l'Union européenne a adopté le règlement n° 889-2002, modifiant le règlement n° 2027-97 en incorporant dans le droit de l'Union européenne toutes les dispositions de la convention de Montréal relative à la responsabilité du transporteur aérien envers les passagers et les bagages.
Désormais, toutes les personnes voyageant sur un vol opéré par un transporteur aérien de l'Union européenne sont indemnisées selon les dispositions de la convention de Montréal, que ce soit directement par l'application de la convention ou par celle du règlement n° 889-2002.

Pour les personnes voyageant avec un transporteur aérien non communautaire, tout dépend si le vol relève ou non de la convention de Montréal.
L'application de ce régime juridique, à l'apparence uniforme, va pourtant aboutir à des indemnisations très différentiées selon la qualité des passagers, d'une part, mais surtout de la compétence juridictionnelle, aléatoire en pratique. Les ayants droit s'efforcent de maximiser l'indemnisation en saisissant le juge le plus généreux, dans les faits le juge américain.

Les indemnisations sont de deux ordres. D'abord le préjudice économique et financier. C'est celui résultant de la perte de revenus en raison du décès ou de la blessure de la victime. […] Ensuite, le préjudice moral, en commençant par le « prix de la douleur », mais aussi les préjudices d'agrément, ou encore les désordres dits «post traumatiques» pris en charge dans certaines juridictions. Les sommes versées au titre de l'indemnisation des dommages liés à un accident aéronautique sont nettement supérieures aux indemnisations d'autres accidents, pour des raisons absolument subjectives liées à l'émotion. Elles se traduisent par une inflation des préjudices moraux, dans des proportions inconnues du droit commun… Aux États-Unis l'indemnisation d'un décès consécutif à un accident aérien peut dépasser 4 M$, dont l'essentiel est constitué de préjudices moraux. Dans un même accident, toutes les victimes n'auront pas nécessairement accès aux mêmes juridictions, d'où des disparités d'indemnisation selon les nationalités. Il s'en suit un profond sentiment d'injustice difficilement explicable par les praticiens de l'assurance. […]

Thibaut de Mallmann, ancien avocat, directeur juridique de la réunion aérienne,
avec la collaboration de Dorothée Cresp, juriste
Et comme d'habitude, murmures dans les couloirs pour savoir qui est l'assureur de l'avion allemand, quels comptes vont être plombés par la catastrophe… (Le premier réflexe des directeurs, c'est de savoir qui est l'assureur, toujours: je me souviens par exemple d'AZT à Toulouse, du soulagement de savoir que nous n'étions pas concernés… C'est assez bizarre.)





Note
1 : Je ne crois pas que ce soit pour des raisons "anti-chrétiennes", mais parce qu'on considère que les chrétiens ne sont pas à plaindre, généralement. Il reste d'eux l'idée qu'ils sont en position dominante, alors que c'est de moins en moins vrai au plan mondial. Surtout, ils n'ont plus rien à voir avec les chrétiens batailleurs et armés des siècles précédents.

Une partie de golf




Ce dessin m'a rappelé une vieille plaisanterie (7 octobre 1999, me dit mon fichier. C'était les début des mails et tout le monde envoyait la moindre blague à l'ensemble de son carnet d'adresses. Agaçant à la longue, mais j'ai conservé quelques plaisanteries en format .rtf) :


Moïse prend son club de golf et d'un swing élégant frappe sa balle. Elle monte en l'air d'un superbe mouvement parabolique et tombe directement… dans le lac !
Sans montrer la moindre contrariété, Moïse lève son club et les eaux s'ouvrent, lui laissant le passage pour frapper le coup suivant.

C'est maintenant au tour de Jésus. Il prend son club et, également d'une parabole parfaite, (rappelez-vous : la parabole c'est sa spécialité !), il envoie la balle dans… le lac, où elle tombe sur une feuille de nénuphar. Sans s'énerver, Jésus marche sur l'eau jusqu'à la balle et frappe le coup suivant.

Le petit vieux qui les accompagne prend son club et, d'un geste affreux de qui n'a jamais joué au golf de sa vie, envoie sa balle dans un arbre. La balle rebondit sur un camion puis à nouveau dans un arbre. De là, elle tombe sur le toit d'une maison, roule dans la gouttière, descend le tuyau, tombe dans l'égout d'où elle se trouve lancée dans un canal qui l'envoie… dans le lac mentionné ci-dessus.
Mais en arrivant dans le lac elle rebondit sur une pierre et tombe finalement sur la berge où elle s'arrête. Un gros crapaud l'avale et du ciel, un épervier fond sur le crapaud et le saisit. Il vole au-dessus du terrain de golf et le crapaud, pris de vertige, vomit la balle… dans le trou!







Moïse se tourne alors vers Jésus et lui dit:
— J'ai horreur de jouer avec ton père !

Pâques

Journée sans histoire. Il fait beau depuis la première fois depuis longtemps (les week-ends où il pleut me donnent une excuse pour ne pas travailler au jardin).
Je me rends compte en téléphonant à mes parents que l'aviron me fournit un sujet de conversation facile: si je ne peux parler ni de théologie (sujet ne concernant malgré tout qu'u public restreint) ni de littérature (atteignant un public plus large mais source potentielle de nombreux malentendus quant à l'acception de "littérature"), l'aviron est un sujet libre, sans danger.

Je taille sévèrement deux rosiers sur les quatre devant la maison (la suite demain). J'espère ne pas le regretter.

The big bang theory 6. Ayant fini les petits travaux de couture (boutons du manteau de O: cela doit faire trois fois que je les recouds, cette fois-ci j'ai fait une expérience, j'ai utilisé du fil élastique (blanc que j'ai noirci au marqueur)), je reprends le pull abandonné depuis six mois. Je fais le point dans les diminutions des emmanchures, j'en suis en haut du dos, encore cinq centimètres avant de rabattre (ceci pour mémoire si je mets trois ans à le terminer: j'aurais une trace de mon avancée)).





Début avril, pas encore de feuilles.

Enquête

Les questions sont ici.

1/ Je crois que je peux pardonner un scénario faible si la mise en scène est superbe (après tout, les meilleures histoires sont déjà écrites, nous ne sommes que dans la variation) tandis que l'inverse ne fera qu'accroître ma frustration. Mais je n'ai pas d'exemple à donner ni de l'un ni de l'autre.

2/ La prof de latin nous a conseillé de ne pas écrire sur nos textes de version: «Parce que si vous partez sur une mauvaise piste, et que votre sujet est griffonné dans ce mauvais sens, vous n'arriverez jamais à sortir de votre mauvaise analyse grammaticale».
Le plus souvent il ne s'agit pas de conseil mais d'exemple: je m'inspire de ce que fait mon entourage, j'imite. C'est ainsi que j'ai cherché une voiture sur leboncoin parce qu'Annie l'avait fait. Ou mon père à qui j'annonce que je vais tailler les rosiers: «A dix centimètres?» (c'est ce que faisait sa mère) «Euh, je pensais plutôt à soixante». Mais finalement, je vais sans doute me rapprocher de ce que vient de me dire mon père.

3/ Il faut en avoir suffisamment pour ne jamais y penser. J'aimerais en avoir suffisamment pour ne jamais y penser.
J'y fais attention désormais car je m'en veux d'en avoir autant perdu dans des fadaises ou par manque d'attention toutes ces années. Nous avons été fous, dommage.

4/ Oh oui, je dirais presque «souvent». Disons que ce n'est pas exceptionnel.

5/ Non. Je n'ai jamais vu de phonographe ailleurs qu'en vitrine ou dans des films.

6/ Oui. Par fierté et par peur du pouvoir que cela donne sur moi. Je ne fais pas assez confiance aux gens pour me présenter en position de faiblesse. Ils en profitent toujours.

7/ Quinze ans, bientôt seize.

8/ Rien d'original, je crois.
Citons Aline qui nous a rejoint un jour aux Cruchons (il faisait beau, nous étions en terrasse: mai ou juin 2009?) Pas si évident de se joindre à un groupe où l'on ne connaît personne, suite à une invitation sur internet, sans avoir jamais fait un commentaire ou laisser un signe auparavant, en totale inconnue. Ce qui me frappe, ce n'est pas l'originalité mais le courage de la démarche.

9/ Très rarement, quasiment jamais.

10/ Me recoucher, je pense (lundi de Pâques, 7h02, je me suis levée à quatre pour travailler tranquille, je viens de bloguer une heure).

Trouver une voiture

Depuis le légendaire permis de Claude (légendaire: legenda est, qui doit être raconté), nous avions pour mission de lui trouver une voiture.
Personnellement, j'étais plutôt pressée, car elle prend son vélo pour aller à son club d'équitation en empruntant une route départementale non éclairée sur laquelle les gens roulent vite: depuis que j'avais compris cela, je n'étais pas très rassurée.

J'ai fait plusieurs erreurs. La première a été de conseiller à ma fille de chercher une voiture à Lisieux et aux alentours: en réalité, même si elle a la langue bien pendue, elle est timide (elle n'ose même pas aller chez un coiffeur qu'elle ne connaît pas, il faut que je l'accompagne la première fois). Donc elle n'a rien fait, cela a traîné durant novembre et décembre avant que je ne comprenne ce qui était en train de se passer.
Ensuite, quand j'eus compris le problème et m'apprêtais à faire les recherches moi-même, j'ai fait l'erreur de dire à Hervé que j'avais profité de janvier pour envoyer mes vœux par sms à notre ancien garagiste afin de le prévenir que nous n'avions plus de Mazda (nous continuions à lui emmener "la blanche" de temps en temps). Hervé avait trouvé cela bizarre, mais quand je lui ai montré la réponse amicale et personnelle reçue en retour (bien davantage qu'une réponse stéréotypée), il s'est exclamé: «Je sais, nous allons lui demander de chercher une voiture pour nous».

Sauf que cet homme a sa propre vie et sans doute aussi peu de temps que nous; bien qu'il eût accepté très aimablement la mission, il ne trouvait pas, cela traînait — quand j'ai constaté que c'était une fausse bonne idée il était trop tard: je ne pouvais plus par politesse chercher de mon côté. (Et je n'avais qu'une crainte, c'est que Claude ne se fît renverser par une voiture alors qu'elle aurait dû ne plus être à vélo depuis décembre. Je ne me le serais jamais pardonné.)

Le garagiste a fini par déclarer forfait et avouer à Hervé qu'il ne trouvait pas (je ne sais pas quels critères haut de gamme il avait retenus). Entretemps — jeudi dernier — Claude avait pour la première fois montré un signe d'intérêt pour une voiture en m'envoyant un message FB: «Si vous trouvez une voiture, dites-le moi, je vais être en vacances, donc je peux venir.»

Vendredi, je suis donc passée sur leboncoin.fr, j'ai choisi trois critères (moins de 3000 euros, essence, Ile de France) et sélectionné trois voitures. J'ai envoyé des sms pour prendre rendez-vous et envoyé les liens à Hervé pour lui demander son avis.
Bien entendu, aucune des voitures que j'avais sélectionnées ne lui convenait et il m'a dit qu'il s'en occupait. (J'ai l'habitude, chaque fois que je commence à avancer sur un sujet sur lequel il traîne depuis des semaines, il n'est pas d'accord avec ce que j'ai fait et s'y met enfin (c'est désagréable, mais ça fait rire les enfants tant c'est caricatural et c'est une façon comme une autre d'aboutir)). J'ai envoyé des sms pour me décommander et le soir quand je suis rentrée il avait six rendez-vous pour le week-end.
Quelqu'un a téléphoné dans la soirée, sa voiture était déposée le lendemain dans un garage, il fallait venir la voir tout de suite — à un kilomètre de chez nous à vol d'oiseau. Nous y sommes allés, peugeot 306 vert foncé, 1997, 80000 km entretenue de façon familiale par le père bougon (c'est la fille qui vendait). Nous l'avons essayée et nous l'avons achetée.

Dans la salle à manger brûlait un feu, le canapé était en velours avec de grosses fleurs, au mur un Angelus de Millet en canevas et dans la bibliothèque que j'ai explorée du coin de l'œil tandis que se remplissaient les papiers, j'ai repéré la trilogie des Flicka, une vingtaine de livres de la collection blanche "Des Femmes" (dont Crime et Châtiment en deux tomes), une Bible, un livre sur les régimes, des livres sur De Gaulle.
Cette France que je connais si bien et que j'aime d'une profonde tendresse, que je voudrais ne pas voir disparaître trop vite — et surtout sans témoin.

Coucheries

— Non mais tu t'rends compte? Sur sept filles, cinq couchent avec un type de la boîte!
— C'est un peu normal, quand tu n'as pas trouvé quelqu'un pendant tes études, en faisant du sport ou sur internet, tu le trouves au bureau.
— Oui enfin, pas celui qui a quitté une femme et deux enfants pour s'installer avec une jeune…
— Mais ça ne te concerne pas, si?
— Sauf quand le copain vient engueuler le chef d'une des filles parce que ce chef a fait une remarque à celle-ci sans savoir avec qui elle sortait.



C'est encore pire qu'une famille.

C'est long

La semaine dernière je suis sortie deux fois en quatre, mais les pluies des derniers jours ont provoqué une montée de la Seine et aujourd'hui nous nous retrouvons en yolette (ce n'est pas la crue qui est gênante mais le débit).

Il y a toujours un moment quand je rame où je m'ennuie. C'est long. J'en ai marre. J'ai chaud. Il faudrait éloigner ma barre de pied ou mouiller la dame de nage qui grince. Le nez me démange.
L'avantage d'être dans un bateau long, c'est qu'on n'hésite avant de faire arrêter tout le monde pour se gratter le nez. Alors ça passe. L'attention se détourne.

A quoi pensent les autres, à quoi pensent les sportifs qui ne font pas des sports "à effort ponctuel" (saut, lancer, distance courte) ou des sports collectifs?
Laisser sa pensée divaguer, construire des stratégies, apprendre à ne penser à rien, vivre l'instant (méditation) ou se concentrer sur le mouvement (ce que je préfère, chaque mouvement étant une reprise à zéro, l'effacement de la réussite ou de l'échec du mouvement précédent, tout étant à reprendre, comme une nouvelle chance — mais il est difficile de se concentrer longtemps).

A quoi pensent les cyclistes, les marathoniens?
(Cette question n'existe plus pour ceux qui s'entraînent écouteurs sur les oreilles. Mais je ne sais pas si des compétiteurs le font, si c'est admis en compétition (Mimoun l'ipod sur les oreilles) — et je ne sais pas si c'est une bonne idée, cette diversion de l'attention de soi-même.)

Coulera, coulera pas ?

J'ai vu arriver cette péniche de loin en traversant le pont de Neuilly. Interloquée, je me suis arrêtée sur la rive pour la voir passer. J'ai pris des photos pour vérifier que la photo montrait la même chose que ce que je voyais (non, ce n'est pas toujours le cas, avec la déformation des lentilles. Reste à savoir qui de l'œil ou de la photo rend mieux compte de la "réalité". C'est un autre débat.)





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