Cecil

C'est l'histoire d'un lion abattu par un Américain. J'ai vu passer l'histoire il y a deux ou trois jours. Le lion a été attiré hors de la réserve où il vivait protégé, blessé à l'arc puis traqué et achevé quarante heures plus tard.
Ce braconnage ou brigandage a coûté cinquante mille dollars à l'Américain (tout cela reste à confirmer tout en étant considéré comme sûr: le nom de l'Américain a été dévoilé ainsi que son adresse). Les deux autochtones qui l'ont aidé ont été arrêtés, quant à lui, nul ne sait où il est (et heureusement pour lui, je pense).

J'ai donc vu passer cela sur FB sans doute chez une amie qui relaie énormément d'informations sur la vie animale (notamment la protection des chevaux sauvages en Amérique).

L'étrange, c'est que cela s'est emballé. Fatigués de la Grèce, de Daech, de l'Ukraine? Heureux de trouver enfin un coupable identifié, identifiable, pour un crime aux contours nets, l'illustration sans appel que l'argent permet de se penser au-dessus des lois1? Pour l'opinion publique occidentale, en quelques heures, cet Américain est devenu LE salaud emblématique (c'est tout au moins un connard dans les grandes largeurs).

C'est alors que certains, par conviction ou snobisme (ne pas hurler avec la foule peut s'interpréter de ces deux points de vue), ont commencé à dénoncer le "lynchage"2 médiatique, regrettant qu'on ne parle pas de sujets plus graves concernant l'Afrique (sachant que j'ai rarement vu chez eux quoi que ce soit en relation avec l'Afrique).

Bref, cette histoire est une sorte de parabole exemplaire (paradigme?) de ce que peut devenir un fait divers sur FB et les "réseaux sociaux" (entre guillemets, car ceux qui utilisent cette expression affectée me font rire).



PS : Sachant que mon ancien chef partait en safari3 (il conservait des cartouches gros calibres sur le bord de son bureau), aurait-il été susceptible d'une telle infamie? Je me le demande.



Note
1 : En France, au même moment, le roi d'Arabie privatisait une portion de plage publique avec l'approbation du préfet et demandait qu'aucune femme (CRS) ne fasse partie des agents chargés de sa sécurité. A-t-il payé pour cela? Ce serait du même ordre (tout s'achète, retour des privilèges, il n'y a pas égalité devant la loi (au moins, dans l'affaire Cecil, la loi n'a pas plié, elle a été violée)), ou pire, n'a-t-il pas payé, n'est-ce que bassesse du gouvernement? Nous n'en savons rien.

2 : Cela atteint de telles proportions que je commence à craindre pour sa vie s'il est découvert. On dirait des ayatollahs à la poursuite de Rushdie.

3 : Car tuer est légal dans certains lieux, qu'il s'agisse d'élevage à cette fin ou de régulation des populations.

Opération bis

O. s'est fait enlever les dents de sagesse aujourd'hui.

Comme il y a un an et demi, petit déjeuner aux Editeurs (c'est très snob, mais c'est aussi un café d'habitués), choisi pour son "grand" petit déjeuner (dixit la carte). Depuis la dernière fois, du jus de citron (à côté de l'orange et du pamplemousse) est proposé.
Le carrefour devant le café est condamné, le bitume arraché, mettant à nu les pavés. Un inconscient a attaché son scooter à une rambarde à l'intérieur des palissades vertes. Délicatement les ouvriers tronçonnent la rambarde pour dégager l'antivol sans abîmer celui-ci.
Nous partons à pied jusqu'à la rue du Bac (je donne l'adresse à qui veut (la demander en commentaire), nous sommes très satisfaits de ce chirurgien-dentiste); O. est tout surpris d'être aussi flageolant suite à la prise d'un Atarax.

Je suis surprise par la beauté de ce portrait 58 rue de Seine:





J'abandonne O. (quarante minutes, me dit l'assistante) et vais chercher la voiture près du théâtre de l'Odéon. En chemin je m'arrête à l'église du centre Sèvres.

Je récupère O. enflé sans excès, lèvres épatées, sans bleu (la non-utilisation d'écarteurs beaucoup plus douce). Il dort tout l'après-midi et moi aussi. A vrai dire, je ne ferai rien de ce que j'avais prévu de faire.

Le soir, The Grand Hôtel Budapest. Oserais-je dire que ce qui m'a sans doute frappée la première fois, c'est l'enfilade de certaines rues pavées, si semblables à certaines vues du Dernier des injustes? Et comment ne pas penser aussi à Ada, à la prégnance du rêve sur la réalité et à la fin d'un monde?

Autre solution

Aujourd'hui j'ai pris le 43 boulevard Haussmann, puis le 174 dans Neuilly (les bus se suivaient). Je perds une demi-heure par rapport à mon temps de transport normal.

Les petits hommes verts

La grande affaire qui commence cet été est la fermeture du RER A entre Auber et La Défense.
Comme j'avais vu des affiches dès le mois de février, je ne le prends pas comme une brimade personnelle. Cependant, lorsque j'ai découvert à la suite d'une communication interne à l'entreprise, que les travaux auraient lieu sept ans de suite, quelques réflexions sarcastiques me sont venues à l'esprit. Je déclarerais bien à ma collaboratrice que je suis prioritaire pour prendre mes vacances aux dates des travaux (elle n'est pas touchée puisqu'elle habite dans l'ouest) mais je ne peux pas faire cela six ans de suite! (pour cette année, c'est trop tard).




DisneyParis a-t-il demandé un dédommagement? Quelle pagaille cela va être dans Paris pour les touristes… D'un autre côté, j'ai pu constater que des navettes les attendaient directement aux aéroports et qu'ils ne passaient jamais dans la capitale.
Bon, après tout, ce n'est pas mon problème.

Mon problème, c'est d'arriver à La Défense. Toute l'information distribuée l'a été dans le but de nous détourner de la ligne 1. En particulier, la ligne 14 suivie de la ligne SNCF à partir de Saint Lazare est chaudement recommandée.

Ce matin, j'ai pris un Vélib jusqu'au pont de Neuilly en suivant le chemin du bus 43. Ce n'est pas désagréable mais il y a beaucoup de pavés. Je mets trois quarts d'heure à faire le trajet.

Ce soir, comptant sur le fait que les gens avaient dû étaler leur retour (et surtout partir plus tôt en arrivant plus tôt car la plupart ont beaucoup plus d'auto-discipline que moi qui suis incapable de quitter un lieu, que ce soit la maison ou le bureau), j'ai essayé la ligne 1 (avec succès: debout mais rame non bondée).
En arrivant en haut de l'escalier "Esplanade de la Défense", j'ai aperçu cela:



Oh non, ai-je soupiré intérieurement, ce n'est pas possible, ils continuent à nous prendre pour des demeurés, nous allons maintenant avoir des cours sur la façon de prendre le métro…
Plus rationnel, Hervé suggère que le personnel étant embauché, la RATP l'a simplement reporté du RER sur le métro.

De façon générale, reconnaissons que la RATP n'a pas lésiné sur les moyens humains: je n'ai jamais vu autant d'agents se tenir dans les couloirs et la rue dans l'attente de renseigner les voyageurs.

Rouen

Excursion à Rouen, comme l'année dernière à la même époque, pour voir l'exposition sur Sienne, aux origines de la Renaissance. (Commentaire de Laurent: «Les musées de Sienne doivent être en travaux pour avoir prêté autant de tableaux.» Ou il s'agit des réserves, qu'ils devraient envoyer à Liévain, pour que ce soit plus pratique, jugeons-nous).

Visite somptueuse à recommander.
Certes, les fonds dorés cèdent progressivement la place aux fonds bleus et aux paysage, mais surtout, les visages gagnent en expression, ils s'individualisent. Ce n'est plus l'homme en général, idéalisé, qu'il faut représenter, mais l'homme en particulier (et surtout la femme, la Vierge), incarné, fragile, qui est montré, rappelé, immortalisé.
Une explication très dictatique de la peinture a tempera me fait sourire: nous voyons sur plusieurs carrés de bois la préparation successive du support et enfin une peinture vernie à l'œuf : je ne sais qui a fait le petit tableau final, mais il est hideux: il ne suffit pas de maîtriser la peinture a tempera pour réussir un grand tableau, velouté et lumineux.
Une salle présente des films explicatifs plutôt longs qu'A. et moi choisissons de ne pas regarder car nous nous imaginons être en retard (j'en regarderai un l'après-midi) car nous avons perdu le reste de la compagnie et sommes persuadées qu'elle est devant (alors qu'elle est derrière), ce qui nous fait accélérer alors qu'il faudrait ralentir. Nous ne la retrouverons que par un sms de rassemblement pour déjeuner (mais comment vivre sans portable?)

Une pluie battante nous attend. J'ai prévu le parapluie après consultation des prévisions météo ce matin, mais bizarrement (ou pas bizarrement: par manque de temps, tout simplement) je n'ai pas tenu compte de la température annoncée, et je suis habillée bien trop légèrement pour les 14° ou 15° degrés ambiants. «En haute Normandie il pleut, mais en basse Normandie il mouille», proclame A. toujours empressée d'étaler un chauvinisme de dernière venue.

Tous les restaurants sont fermés, mais pourquoi était-ce ouvert l'année dernière? (réponse en écrivant ce billet: l'année dernière, nous sommes venus un jeudi.)
Nous finissons au chaud les pieds plus ou moins trempés dans l'un des restaurants face à l'église Sainte Jeanne d'Arc (mais qui a commenté: «par ce temps, les Anglais n'auraient jamais pu allumer le bûcher»?)
Le repas est le temps des bêtises : l'œuf parfait, nouveau snobisme des restaurateurs, la tarte au citron déstructurée («maintenant, ils ne préviennent plus qu'elle est déstructurée, mais elle l'est. — Tu veux dire que c'est la tarte reconstruite qui est l'exception? — La tarte déconstruite, ou tarte Derrida»).
J'apprends que le vélo hollandais n'a pas de frein, qu'il faut rétropédaler: il perd soudain tout son charme (j'aime beaucoup son guidon très haut, j'avais envie d'en ramener un en TGV), j'ai eu un vélo ainsi, cela signifie qu'il faut pédaler (faire le mouvement) même dans les descentes. C'est horrible, on voit bien qu'Amsterdam est plate.
Et il faut visiter Haarlem, bien plus calme qu'Amsterdam.
A. babille, raconte son expérience d'apicultrice (je suis impressionnée, elle a découvert et pratiqué énormément de choses), nous parle des trois cents cochons d'Inde:
— Quand il y a des malades, Luc les tue en les frappant contre le mur. Lise me demande pourquoi je ne leur fais pas un c0c1 ("cézérocéhun") mais moi je ne peux pas.
— Un c0c1?
— Cervicale zéro, cervicale un. Tu fais une décoapatation, tu tournes un coup sec, et crac. (Dans ma tête les légendes des trente façons de tuer à main nue.) C'est pour ça que les ostéopathes n'ont pas le droit de toucher aux cervicales.
— Décoaptation?
— C'est décoller les deux parties d'une articulation. En Angleterre, ils ont résolu le problème autrement: les ostéos ne font pas de décoaptation mais l'inverse, ils appuient sur la tête pour manipuler. Comme ça ce n'est pas dangereux.

En sortant nous visitons tout naturellement l'église Sainte Jeanne d'Arc. C'est sans doute l'une des églises modernes les plus réussies que j'ai vues, la charpente est très belle et l'ensemble très lumineux. Les vitraux Renaissance proviennent de l'ancienne église Saint Vincent.

Nous retournons au musée (re-)visiter les collections permanentes. J'aime beaucoup revenir dans les musées, cela permet d'acquérir une familiarité avec les œuvres, de les aborder autrement. Une partie des salles est fermée, cela interrompt le cours naturel de la visite, je me perds un peu (je ne verrai pas les Jacques-Emile Blanche de l'année dernière). Je contemple l'âne pelucheux de Rubens, Laurent me raconte le Démocrite de Velasquez (la transformation d'un portrait de buveur en philosophe).

Nous rentrons par le nord, vers Andresy. Il fait froid aussi à Paris, mais il ne pleut pas.

Samedi chargé

- Rendez-vous à neuf heures pour passer l'aviron d'or (lorsque j'avais entendu parler de cela la première fois j'avais commenté ironiquement «j'ai passé l'âge de passer des étoiles». Mais la hiérarchie instaurée entre ceux qui jouent le jeu et ceux qui ne le jouent pas me pousse à passer ce brevet: comme toujours, il est désagréable de se voir supplanté (ici dans l'attribution des bateaux) par ceux qui ont un bout de papier quand on se sait plus compétent qu'eux).
J'ai choisi cette heure poussée par Nathalie qui devait le passer à la même heure, mais elle n'est pas là, et quand plus tard je la croiserai et lui dirai «je croyais que tu devais le passer ce matin», elle me répondra d'un air dégagé «eh bien non», ce qui n'est pas grave mais toujours désagréable.
Bref : je n'ai pas eu à me mettre à l'eau (savoir remonter dans le skiff fait partie des techniques à maîtriser) mais Vincent ne me donnera l'aviron d'or qu'en septembre, quand j'aurai ramé un certain nombre de kilomètres : «A la rentrée pense à ta gueule, je me passerai de toi pour encadrer, sors en skiff et je te le donnerai, on voit que tu as ramé quand tu étais petite, ton mouvement est parfait mais tu manques d'assurance».
Comme avait commenté un rameur, «le passage des brevets, c'est surtout l'occasion pour Vincent de passer une heure avec toi en cours particulier.»

- Onze heures. Je sors à peine de mon skiff que Vincent me remet en yolette avec Jean-Marc qui est bien plus causant que lundi dernier, sans doute parce qu'il vient de me voir ramer en skiff.

- Une heure. Je commence à être fatiguée. Barbecue et papotages. Jean-Marc se propose comme barreur le jour où nous aurons notre huit de dames pour Angers, Vincent rit: «il faudra déjà que vous soyez douze filles». Toujours la même incrédulité. Mais si huit est trouvable, douze est plus difficilement envisageable (il faut être douze pour être sûr d'être toujours huit. Ce n'est pas comme en sport co où l'on peut s'entraîner s'il manque un joueur).
«J'ai goûté la Villaine pour savoir si elle est salée à la Roche Bernard.
— Alors?
— Non.
— Le point de limite de salure des eaux a été arrêté par un décret de Napoléon. Il est déterminé au point de plus grande marée.»

- Deux heures et demie. Une liste de tâches a été établie, les équipes sont constituées, au boulot : il s'agit de nettoyer, remplacer, régler, démousser, revisser, peindre, avant la fermeture du club pour trois semaines. A cinq heures j'en ai marre.

- Six heures. Chez Ladurée. J'achète quarante-neuf macarons («Bizarre», commente de son accent anglais le caissier interloqué) pour quarante-neuf ans, puis prends un café liégeois au salon de thé (j'adore leur café). Hervé me rejoint. Nous soufflons un peu. A. au téléphone: «Je n'ai pas le temps de discuter, il faut que j'aille pailler les cochons d'Inde». L'excuse me paraît étrange, remplacer la paille d'une cage à cochons d'Inde ne me paraît ni si urgent ni si long: «Comment ça, pailler les cochons d'Inde? Il y en a combien? — Trois cents.» Ah, OK.

- Sept heures et demie. Rendez-vous au restaurant près des Invalides pour un anniversaire.

- Onze heures moins le quart. Rendez-vous gare de l'Est pour récupérer O. qui rentre de camp, bronzé et heureux.

Agacement

O. est opéré des dents de sagesse mercredi prochain.

Je passe à la pharmacie pour acheter les anti-douleur et les antibiotiques prescrits par le dentiste.
Je repars bredouille : mon ordonnance a une semaine de trop, elle doit avoir moins de trois mois pour être remboursée par la sécurité sociale.

J'en suis quitte pour téléphoner, qu'on m'en maile une autre. Heureusement que pour une fois je m'y suis prise un peu à l'avance, certains traitements doivent être commencés la veille de l'opération.

Mercredi

Et aujourd'hui, Jean-Michel chef de bateau. Encore un autre style. A sa place j'aurais fait ramer les deux nouveaux tout seuls, qu'ils trouvent leurs marques. Au nombre de critiques que j'écris ici, je me rends compte que finalement j'ai des idées sur la façon d'expliquer l'aviron.
Jean-Michel zigzague dans le petit bras : beaucoup d'algues avec le beau temps, m'explique-t-il, et il est vrai que se prendre la pelle dans une algue ressemble à marcher sur son lacet (j'en ai fait l'expérience durant la randonnée).

Sinon rien. Rangé la maison trois quart d'heures sans visible amélioration. Encore oublié de payer le téléphone. Commencé à faire du grec comme je me l'étais promis pendant l'année pour (tenter de) combler mes lacunes en grammaire. Reste à savoir si j'en ferai demain. Et après-demain.

Toujours la même erreur

Rêvé de ma prof de grec. Il faudrait que je m'y mette.
Prévisionnel 2015 par extrapolation du semestriel.
Encore une yolette de débutants. Philippe chef de bateau.
Rocco et ses frères. Une queue de cinquante personnes à la séance de cinq heure et demie, encore plus longue à neuf heures. Quel succès.
Vingt minutes d'attente de mon RER gare de Lyon. Je décide de prendre n'importe quel train et attendre à l'air à Villeneuve. Le temps que j'arrive à Villeneuve et tous les RER pour Melun sont supprimés : bus puis marche.

Comme je m'étonne de ne toujours pas avoir reçu les notes du bac de français d'O, C. m'affirme qu'elles ne sont pas envoyées et qu'il faut les consulter en ligne. Comme il a vu la convocation de son frère qui traînait dans sa chambre, je lui demande de regarder.
6 (écrit), 10 (oral) et 11 (TPE). Je ne suis pas vraiment surprise. Pourquoi suis-je quasi certaine qu'O le savait, le sait, qu'il ne nous l'a pas dit avant de partir en camp scout? Paranaoïa?
Un peu trop de tarot, sans doute. Club Mèd. Pas étonnée, mais vaguement écœurée, et je ne sais même plus si c'est par lui (eux) ou par moi. Indulgence coupable. Lâcheté, paresse, pas la sienne mais la mienne, paresse de surveiller, lâcheté devant l'obligation de dire non si souvent, de devoir se fâcher si souvent. Je réagis, mais toujours trop tard, toujours après coup.

Cette semaine, c'est aviron (et Ada)

Il n'y aura sans doute pas grand chose à raconter cette semaine. Deux points saillants : les 2300 bulletins SEPA qu'il va falloir saisir pendant l'été (j'ouvre les enveloppes en écoutant Compagnon sur 1965-66) et l'encadrement des débutants tous les midis.
Aujourd'hui Jean-Marc comme chef de bord. Pédagogie intéressante de la sensation: il donne peu de renseignements, est peu directif, mais demande de sentir telle ou telle sensation. La dernière fois (que je m'étais trouvée avec lui à encadrer des débutants: ie, l'année dernière!) cela avait donné de bons résultats, aujourd'hui c'était plus mitigé. Je remarque souvent le même "défaut" chez ces formateurs: ils n'expliquent pas assez le vocabulaire. J'en suis venue à décrire le mouvement du corps plutôt que le résultat attendu ("Plie les genoux lentement" plutôt que «ralentis les retours»; «pousse sur les bras au lieu de tirer» plutôt que «dénager, c'est le contraire de ramer»).

Godard, Une femme est une femme. Cela me fait penser à Maupassant, par association féministe très lâche (il faudrait que je m'explique, mais c'est si ténu… Une façon de ne pas présenter les hommes sous leur meilleur jour).
Vélib et bord de Seine, toujours. Il fait bon tendance chaud

Ce soir est l'un de ces soirs si rares où je suis seule à la maison. Drap en lin "qui gratte" de ma grand-mère.

Champs

En regardant mon téléphone vers dix heures, je m'aperçois que j'ai reçu un sms du chef de groupe scout à trois heures du matin: orage à Strasbourg, les pio ont été évacués au Zénith, la caravane a peu de dégâts car les chefs ont fait aussitôt coucher les tentes (comme on abat la voile d'un navire).
Dans la matinée, le père de H. appelle: Vous avez des nouvelles d'O.? — Non, répond cruellement Hervé. (Mais il est bien évident que nous en aurions s'il lui était arrivé quelque chose).

Nous retournons chercher Jack pour le déjeuner (je dois calmer l'impulsion naturelle d'Hervé qui a toujours peur d'être en retard: «Laisse-lui le temps, il est en vacances»). Et effectivement nous arriverons un peu trop tôt, il n'est pas prêt, ce qui nous donnera le temps de nous promener dans le parc de l'hôtel.

Dans la voiture, Jack me parle de La Procure et me montre l'un de ses achats: un livre d'Henri Lefebvre (impossible de me rappeler lequel) qu'il a l'intention de traduire: il trouve Lefebvre injustement sous-estimé aux Etats-Unis. Sur le coup ce nom ne me dit rien, mais en voyant dans la liste des ouvrages du même auteur que Lefebvre a écrit le Que sais-je sur le marxisme, je me souviens de l'anecdote sur Sartre que je raconte. Jack rit de bon cœur.

Repas de restes (et Jack de s'exclamer qu'il s'agit des meilleurs restes qu'il ait jamais mangés, et moi, toujours aussi inadaptée au small talk, de me demander s'il est sincère… (quelques tomates et quelques saucisses, un peu de rosé, du soleil et de l'ombre… Cela vaut-il autant d'enthousiasme?)) Nous discutons, nous abordons une fois de plus le problème des niveaux de langage. Je lui montre Léo Malet qui me semble de "l'argot classique", une langue en soi et non un jargon vulgaire.

Que faire cet après-midi? Pas Grosbois ouvert que le dimanche, pas Courances dont seuls les jardins se visitent l'été (les propriétaires doivent venir y résider, je suppose). Fontainebleau ou Vaux-le-Vicomte… je n'ai pas très envie, j'imagine la foule et le soleil et je n'ai pas très envie. Je cherche quelque chose de pittoresque, qui permette de briller de retour aux Etats-Unis.
Et pourquoi pas Champs? Il me semble qu'il a rouvert, et je me rappelle encore de tentative infructueuse. Le château des Liaisons dangereuses, cela parlera aux Philadelphiens.

Ce fut une très bonne idée.
Peu de monde, une restauration parfaite, des jardins magnifiques, un espace suffisamment restreint pour les problèmes de genoux de Jack (mais comment aurait-il fait à Vaux?), un retour en suivant au mieux (avec maints détours) les rives de la Marne.

Le soir, partant du principe que cela ne doit être rare à Philly, nous emmenons Jack dans notre restaurant marocain favori. A vrai dire, le temps ne s'y prête guère (il fait un peu chaud pour s'empiffrer de couscous!) mais cela ne décourage pas Jack.
Tandis que nous le ramènons à sa chambre, un orage éclate. Un mariage bat son plein à l'hôtel, j'espère que cela ne l'empêchera pas de dormir. Je songe à un autre mariage chez un blogueur cher et je me demande s'il pleut là-bas aussi.

Demain Jack continue son périple par la Belgique.

La Feuilleraie

Ce soir nous devions recevoir Jack, un "pur" ami FB que nous avions rencontré en 2012 à Philadelphie vers la fin de notre voyage. Il a réservé un hôtel à la Varennes-Jarcy (il m'avait demandé un conseil, mais on ne connaît pas les hôtels près de chez soi, par définition. Après un tour sur booking.com, je lui avais dit que La Feuilleraie me semblait agréable).

Son téléphone ne fonctionne pas en France et hier il m'avait confirmé lors d'un dernier mail qu'il arriverait vers huit heures, qu'il prendrait un taxi de la gare de Combs-la-Ville pour aller à l'hôtel et nous appellerait alors du fixe sur place. Nous étions convenus que nous irions alors le chercher en voiture. («Est-ce que ça ne va pas faire trop tard pour le barbecue? — Non, nous sommes en été, la nuit tombe tard.»
Mais tout de même, j'étais inquiète, je l'avais prévenu, toujours par mail, qu'il n'y aurait guère de taxi à la gare de Combs, qu'il avait intérêt à prévoir à l'avance…

Depuis, plus de nouvelles. Huit heures, huit heures et demie, j'appelle l'hôtel, il n'est pas arrivé, mon interlocuteur note mon appel, «je vais quitter mon service mais je note votre appel sur l'enveloppe contenant les clés». Neuf heures, neuf heures et demie… Nous décidons finalement d'aller voir sur place (de chez nous, c'est véritablement tout droit!)

Nous errons au rez-de-chaussée, il n'y a personne, c'est une très belle demeure. Je remarque une notice sur une cheminée: surprise, il s'agit d'un château loué par St-Ex pour sa femme Consuelo (voir ici en 1939. (C'est ainsi que j'apprends que Le Petit Prince a été écrit à deux heures de New York.) (Et sans doute Jack est-il le seul Américain lettré à ne pas avoir lu Le Petit Prince (la vénération pour se livre m'ennuie, mais je me sens étrangement piquée qu'il ne l'ait pas lu))).

De cette dernière parenthèse vous déduirez que nous avons retrouvé Jack arrivé quelques instants auparavant. Cabriolet, barbecue en terrasse, nuit.

Der Samouraï de Till Kleinert

N'y allez pas.

On ne se quitte plus

La première chose que je trouve le matin au bureau, c'est une invitation à venir boire un pot sur les bords de Seine avant la fermeture du club trois semaines. Il s'agit pour les rameurs "du midi" de rencontrer ceux "du soir et du week-end". (J'ai coutume de résumer par "ceux qui travaillent à La Défense et ceux qui habitent autour de La Défense." Mais ce n'est pas toujours exact.)

Je me trompe tout d'abord de lieu de rendez-vous et découvre les "îles", terrasses flottantes devant le quai d'Orsay consacrées à la détente mais aussi à la prolifération végétale.

Discuté d'aviron pendant des heures dans le soir couchant sur le bitume qui refroidit entre le pont Alexandre III et celui de la Concorde (je préfère les jardins Tino Rossi). Aurons-nous l'occasion de ramer en huit de pointe? de faire du pair oar? L'eau sera-t-elle froide le 25 juillet à 9 heures? Champagne, rosé et biscuits apéritifs.

La Roche Bernard - Rieux

Bien dormi. Un tapis de sol, ça change tout : je me souviens encore des nuits où les côtes comptaient chaque brindille, chaque minuscule caillou sous le sac de couchage… Un tapis de sol et un oreiller gonflable et le camping devient aussi confortable qu'un lit.

Surprise au petit déjeuner: les confitures sont réellement maison — pour soixante rameurs! Ce sont des merveilles: figues-cardamone, fraises-vinaigre balsamique, tomates vertes-citron, potiron (sans goût mais si jolie), marmelade de coing… C'est fantastique.
La rigolade du matin, c'est le pliage des tentes: la mienne se plie comme elle se déplie, mais les tentes montage instantané sont quasi irrepliables: le terrain présente des campeurs plantés comme des piquets, découragés devant leur tente…

Il fait gris. Nous devons ramer jusqu'au barrage d'Arzal puis remonter la Vilaine jusqu'au Port de Foleux.
«N'arrivez pas trop vite, sinon nous n'aurons pas fini de préparer le déjeuner!»
Mise à l'eau toujours un peu périlleuse sur des pontons qui ne sont prévus pour nos bateaux. Ne pas abîmer le matériel, ne blesser personne…

Je prends la nage. Nous avons "hérité" d'un rameur de l'ACBB puisque l'un des rameurs (une rameuse) de Neuilly a retrouvé ses anciens amis d'Andrésy («club du confluent» — Confluent de quoi et quoi? — Entre la Seine et l'Oise.) (De même, j'ai retrouvé un rameur melunois venu avec les rameurs de Port Marly où rame sa compagne. Mélanges et retrouvailles.) Le plan d'eau est très calme. Des voiliers d'une dizaine de mètres, voiles repliées, nous suivent. J'apprends qu'en France, il n'y a pas de permis pour les voiliers, n'importe qui peut en louer un (en théorie: d'après Jean-Pierre, les loueurs vérifient l'aptitude des amateurs en utilisant du jargon technique: ils tiennent malgré tout à leurs bateaux).
Pour sortir de la Vilaine et rejoindre la mer il faut passer une écluse, mais le mouillage à La Roche-Bernard revient moins cher. Beaucoup de voiliers ne sortent plus de la Vilaine, le lit élargi leur permettant d'évoluer à leur guise.

C'est aujourd'hui que nous ramerons le plus. 21,6 km ce matin, 18 km l'après-midi. Philippe a choisi pour nous la vieille Caron, une yolette en bois qui a une cinquantaine d'années. Je suis heureusement surprise par ce choix d'amoureux des bateaux, j'apprendrais plus tard qu'il appartient à la Marine.
Au bout de quelques kilomètres, les hiérarchies s'établissent entre les douze yolettes, nous sommes dans le premier quart. Je suis la seule fille du bateau et un équipage inverse (quatre filles, un garçon) énervera beaucoup Pascal: il vient d'Arcachon et rame habituellement en yole de mer. Leur chef de nage est une jeune blondinette bronzée (sans doute la plus jeune de la rando), leur coup de pelle est léger comme un rêve et d'un ensemble magnifique à voir, et leur bateau nous devancera systématiquement, malgré tout les efforts de Pascal tenant absolument à "tirer des coups" en suivant notre vitesse instantanée grâce à la montre d'Olivier, bref, comique et insupportable dans sa volonté d'être premier (ce n'est pas du tout l'objet de la randonnée).

Port de Foleux pour déjeuner. Evaluation des coup de soleil et des blessures (plaie au mollet, dans l'ensemble ça va).
Sieste. Départ. Le ciel s'est dégagé, il fait très beau. Il y a un vent suffisamment important pour que pelles en l'air au carré (verticales), nous avancions à trois km/heure! C'est un exercice d'équilibre très amusant. Le paysage a changé: après les rochers vers la mer, puis les forêts en amont de La Roche Bernard, voici la plaine. Aucune habitation à l'horizon, mais de loin en loin des pêcheurs à la ligne, de plus en plus nombreux à mesure que nous approcherons de Rieux (sans doute un concours).

Camping de Rieux. Montage des tentes, douche. Je suis fatiguée. Ma grande inquiétude est de savoir si je tiendrai les quatre jours, je n'ai encore jamais ramé quatre jours de suite. Je redoute les courbatures.

Il n'y avait pas d'alcool à midi mais ce soir c'est cidre et galettes (un peu sur le principe allemand: une saucisse dans une galette comme les Allemands mettent une saucisse dans un petit pain). Nous faisons connaissance. En face de moi Suzanne vient de Boston. Elle est menue, la soixantaine, elle est professeur, a des amis à Toulouse où elle a habité il y a quelques années. Elle visite la France et parfait son français uniquement par des randonnées d'aviron. A côté, Isabelle, brune discrète au beau visage fin, est spécialiste de langue mongole (!)
Il fait frais. Crêpe au caramel au beurre salé.


La Vilaine à neuf heures moins vingt:





Ce soir c'est feu d'artifice et bal. Je tombe de sommeil. Je vais me coucher. Friction au synthol. Tard dans la nuit, vers trois heures du matin, j'entendrai la sono au loin (mais j'ai des boules quiès). La nuit est très claire, j'entrevois le chemin de St Jacques (toujours je le noterai).

Nantes-La Roche Bernard à l'arraché

Préparation du sac en catastrophe. Tout n'entre pas dans le sac de sport que j'avais prévu, je change pour un sac à dos, finalement j'ai trop de place, je n'aurais jamais dû attendre le dernier moment pour préparer mes affaires, je ne sais qu'emmener: quatre nuits, quatre jours de rame, que me faut-il? Au dernier moment je dégotte un K-way, je renonce à un pull, crèmes solaires, Vicks, lampe de poche, clé de dix, je m'apercevrai au fur à mesure que j'ai prévu trop court en t-shirts pour ramer et pas assez "élégant" — toutes choses égales par ailleurs — pour le soir. (J'écris cela de retour, après coup: narrateur omniscient.)

Dans le bus qui m'emmène à la gare, je découvre en discutant que je vais rentrer mardi soir dans une maison vide et que je n'ai pas pris mes clés (pour ne pas les perdre). J'appelle O. pour qu'il aille tout de suite les déposer chez les voisins.

RER, métro, correspondance avec mon sac à dos encombrant dont dépasse le tapis de sol. Il faut viser le milieu des portes pour passer en largeur.
TGV, Ada. J'achète misérablement de quoi déjeuner, je n'ai pas pris le temps de me préparer un sandwich, nous devons déjeuner ensemble au club à midi, mon train arrive à 12h12.
Bus, un, deux, j'ai étudié le trajets avant de partir, il y a des travaux dans la ville, je ne sais pas à quel arrêt descendre, le conducteur non plus. J'ai l'adresse du club, je sais où il se trouve sur la carte, je suis sur une appli du smartphone le trajet du bus, je descends au jugé.
Je marche. Jean-Pierre m'appelle, où suis-je, on m'attend, les organisateurs s'inquiètent (à l'aviron, une absence pénalise tout un bateau, c'est comme un sport d'équipe — sans les remplaçants), je cache mal mon agacement: je me suis tout de même beaucoup débrouillée toute seule sans beaucoup (je pense: aucune) d'indication ou de conseils, il est bien temps de s'inquiéter de moi à une demi-heure du départ!

Club sur l'Erdre à Nantes. Bus pour La Roche Bernard à l'embouchure de la Vilaine. Camping. Lieu calme et magnifique (tout le week-end nous nous déplacerons de camping en camping, calmes et magnifiques, comme neufs. Sans doute un peu trop calmes pour moi. Qu'est-ce donc que passer ses vacances dans de tels endroits? Mourir d'ennui, apprendre la sagesse.)
Descendre les yolettes des remorques, remonter les portants, transporter les pelles. Clé de dix.
Montage des tentes. La mienne a vingt-cinq ans, certes, mais je ne m'attendais pas à ce qu'elle fut strictement seule de son espèce, canadienne en tipi avec un pilier central. Toutes les autres sont des tentes qui "se jettent", se déplient avec une grande facilité. Gros débat pour savoir qui ronfle.
Promenade dans la ville. J'hésite à acheter des cartes postales, elles me paraissent trop "bretonnes". J'ai tort : je n'en trouverai plus durant le périple.

Le soir l'équipe fait l'appel. Trois Hollandais, une Américaine de Boston. Le soleil se couche, on est bien.

Erreur de la banque en votre faveur

En consultant mon compte aujourd'hui, je découvre 6864 euros en cours de virement, sans indication d'origine (l'opération est terminée par les batchs de nuit; dans la journée les mouvements ne sont qu'indicatifs). Etrange impression d'avoir soudain un compte largement à flots!
Hélas ça ne va pas durer.
Ce soir déjà le site de la banque n'est plus accessible. Je suppose que demain tout sera rentré dans l'ordre. Dommage.

La Grèce a dit non

Matinée dans les bouchons: O. a passé son test d'aptitude à partir avec moi en conduite accompagnée. Visiblement toute l'Ile-de-France a pris sa voiture en espérant qu'il n'y aurait personne sur les routes : raté !

H. est parti hier pour Poitiers, ce matin pour Muret: «on y va, on se fait engueuler, on revient.»

La Grèce a dit non, je n'avais pas particulièrement d'opinion sur le referendum en lui-même (je me méfie des referendum), mais j'espérais vraiment que quelqu'un allait s'opposer à la financiarisation du monde. Je n'ai toujours pas digéré que les responsables du krack de 2008 ne soient pas en prison. En 2010, je saluais déjà la Grèce en ce qu'elle constituait un grain de sable dans les rouages destinés à digérer le vulgum pecus.
Mais maintenant j'ai l'impression d'être lâche, car ce sont les Grecs qui vont payer.
(Mais ils auraient payé de toute façon).
Qu'avons-nous comme exemple? l'Argentine (les enfants qui s'évanouissent de faim dans les écoles), l'Islande (le chanteur de métal à la tête du pays).
Pourvu, pourvu, pourvu… J'ai peur pour eux, pour nous, pour ce rêve d'Europe de 1944-1945 qui a commencé à se désagréger au fur à mesure que nous allions bien (car lorsque je regarde la quantité de trucs inutiles à vendre, les petits vélos pour découper la pizza et les pinces pour attrapper les toasts (longue station ce matin devant une vitrine en attendant l'ouverture de l'auto-école), non, je ne peux pas dire que nous soyons pauvres: en crise, oui; déchirés par les inégalités, oui; pauvres non), avec comme point d'orgue la réunification allemande qui a paru mettre un point final à la guerre (alors qu'en réalité se rouvrait peu à peu un front à l'Est au fur à mesure de l'émancipation des pays de l'ex-URSS).

Yolette de pointe et coup de soleil.

Première sortie en voiture pour O. C'est tout de même ennuyeux que ce soit une automatique.

L'homme est né pour courir

— Il y a un homme à Tours qui rame encore à 86 ans. En somme, l'important, c'est de trouver quelqu'un qui t'aide à monter et descendre du bateau, c'est le plus difficile, se plier et se déplier.
— Le plus normal, c'est quand même de courir.
— Je déteste courir. Ça fait des chocs dans les articulations.
— Tu as tort. Tu sais que c'est un avantage des hommes sur les autres animaux? Il est le seul à pouvoir réguler sa température en même temps que conserver son souffle. Tous les autres animaux, au bout d'un moment assez court, sont obligés de choisir entre respirer et refroidir. Apparemment, pendant des milliers d'années, les hommes partaient en courant derrière un animal et le traquaient jusqu'à ce qu'il s'écroule.
— Ça n'a pas de sens, ils courent moins vite qu'une gazelle.
— Oui, mais la gazelle ne court pas longtemps.
— Mais le temps que tu la rattrappes, elle a récupéré.
— Non, les animaux récupèrent mal, pas très vite.
— C'est le principe de la chasse à courre, ton truc.
— Exactement. Et toute la tribu se déplaçait ensemble, car ça ne sert à rien de courir cinquante kilomètres pour ceux qui ont faim si quand tu attrappes la nourriture ceux qui ont faim sont cinquante kilomètres en arrière. Ils ont trouvé une tribu dans les canyons du Colorado qui, lorsque les Européens sont arrivés, n'a pas cherché à se battre mais est partie en courant droit devant elle. Les indigènes vivent dans les mêmes conditions qu'à l'époque, curieusement personne ne les a dérangés.

Suite à cette conversation, j'ai fait une recherche. Voir ici pour plus de renseignements (la vidéo est intéressante, même si un peu niaise dans sa façon de s'exprimer. Elle donne l'impression d'avoir cinq ans (et l'habituel constat: ce qui est destiné à vous protéger vous fragilise)).

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Agenda
Je suis retournée ramer à Melun pour la première fois depuis les crues de mai.
Il fait lourd, le temps est voilé, il fait toujours très chaud — mais peut-être un peu moins. Nous avons eu quelques gouttes de pluie.


Conseil scout en cas de forte chaleur

Je ne serai pas là pour le départ du "petit" (seize ans, 1,90 m) en camp scout. Je fais une revue de détail et demande des conseils au grand frère.

— Prends du talc, surtout s'il fait ce temps-là : c'est un truc de chef quand on n'a pas le temps de se laver.
— Mais pourquoi?
— Ben pour ne pas coller.

La prégnance des émotions

Un 20 minutes qui traînait dans la rame m'a émue:
«Dans sa vie, un homme peut changer de femme, de parti politique ou de religion mais il ne peut pas changer d’équipe de football» disait le célèbre écrivain Eduardo Galeano, décédé tout récemment. Il aurait pu ajouter qu’un homme peut tout oublier, sauf les émotions liées au football. C’est, en tout cas, le sens louable d’une expérience menée en partenariat par la fondation «Santé et vieillissement» de l’Université autonome de Barcelone et la revue espagnole Libero, dénichée grâce à une traduction publiée sur le site des Cahiers du foot.

L’idée de départ est simple: il s’agit, pour des patients victimes d’Alzheimer, d’inclure dans les exercices de travail de la mémoire des émotions liées à des événements sportifs marquants. Une approche testée avec succès aux Etats-Unis, où le club de baseball des Saint-Louis Cardinals a créé une association, la Cardinals Reminiscence League, qui permet à ses supporters touchés par la maladie d’échanger autour du passé du club deux fois par mois, dans l’enceinte même de l’équipe actuelle. «On a voulu faire la même chose ici avec le football, explique Diego Barcala, le directeur de la revue Libero. L’initiative est venue des médecins, qui ont fait venir des anciens joueurs du Barça pour générer une conversation autour du foot et essayer de mobiliser des souvenirs».

C’est là que Libero, une revue très centrée sur l’utilité sociale du football, intervient, en proposant gratuitement des numéros spéciaux adaptés aux époques recherchées, avec Suarez, Pelé, ou Cruyff en couverture. «Alzheimer efface la mémoire mais elle n’efface pas la passion pour le football, ni les émotions, et c’est cela que nous souhaitons récupérer par le biais de cette thérapie de la réminiscence», détaille Laura Coll, le médecin responsable du projet. Les résultats sont assez bluffants. On y voit des malades parfaitement capables d’identifier une action précise, comme le fameux but du talon de Cruyff, et même, parfois, de se souvenir de certains noms, quand ils ont oublié celui de leur enfant.[…]

20 minutes, le 30 juin.
Ça doit être étrange pour un fils de constater que son père ne se souvient plus de lui mais se souvient d'un joueur de foot… D'un autre côté, ça ne me paraît pas si étonnant que ça.

Peut-être parce que je suis en train de lire La norme et la règle, un dialogue entre Jean-Pierre Changeux et Paul Ricœur, l'idée que la mémoire et les émotions ne soient pas codées exactement de la même façon ou aux mêmes endroits du cerveau me paraît fascinant.

Moulue

Hier midi, sortie en skiff.
Objectif, préparation de l'aviron d'or.
Parmi les techniques à maîtriser, il y a celle qui consiste à remonter dans le bateau après un dessalage. Comme il fait très chaud, Nathalie a prévu de s'entraîner à cela; et donc je décide d'en faire autant.
Sauf que je n'ai jamais réussi à remonter dans le bateau.

Je me suis mise à l'eau deux fois. La première fois je n'ai réussi à remonter que lorsque je me suis suffisamment approchée du bord pour avoir pied. La deuxième fois je n'ai jamais réussi, le bateau menaçant de se retourner quand je m'appuyais sur le bord pour me hisser dessus. Pas assez de force dans les bras, il va falloir que je fasse des pompes. Ou mauvaise technique. Ou les deux. Le skiff a été ramené au ponton par Marin qui me regardait d'un air exaspéré, style «c'est quoi cette buse».

En arrivant à la maison, tard le soir, j'ai pris un morceau de scotch pour m'en servir comme d'une bande dépilatoire pour tenter d'arracher les échardes invisibles de fibre verre que je m'étais plantée dans le bras droit aux alentours du coude.

Ce matin je suis moulue. J'ai l'impression d'être passée à la lessiveuse, j'ai mal à la cage thoracique. Je découvre un bleu violet au niveau de l'aisselle gauche, due à mes appuis contre la coque.
Il faudra que j'essaie de monter de l'autre côté, à tribord.




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Commentaire le 6 juillet : je suis très petite joueuse : Nathalie est de cette couleur-là sur tout l'intérieur des deux cuisses… (vaisseaux sanguins écrasés quand elle se met à califourchon sur le skiff — mercredi elle a accompli l'exercice quatre fois de suite.)

Je suis nulle en sous-entendus

Hier, je parcourais du regard le compte rendu (en comic sans) du dernier CE de Monentreprise par la CGT:
Notre organisation syndicale interpelle la direction sur la rumeur persistante du rachat par Allianz1 d'un réseau d'agents afin de devenir aussi gros qu'Axa.
La direction nous indique avoir entendu la rumeur et nous indique que le patron d'Allianz n'a jamais nié vouloir grossir sur le marché. Sauf que rien n'est à vendre. Faire croire aux salariés que c'est signé, «c'est du grand n'importe quoi!»

En lisant cela, je m'étais dit que la CGT craignait l'émergence d'un concurrent important.
Sur ces entrefaits, la CFDT est passée distribuer son propre compte rendu.
Démenti sur les rumeurs de vente de Monentreprise
La direction a démenti les rumeurs sur le rachat de Monentreprise par Allianz, mais elle confirme la volonté de cet assureur de racheter un réseau d'un millier d'agents.
Ah, c'est cela que cela voulait dire? Je ne l'avais pas du tout compris! Donc nous serions à vendre, vendus? Ou pas?
Je n'y crois pas trop (il n'y a pas de raison objective; jusqu'ici, la maison-mère a toujours vendu quand elle n'avait pas le choix. D'ordinaire elle est plutôt dans une logique de conservation), mais c'est toujours étrange, ces rumeurs qui enflent.


Note
1 : c'est Allianz qui a racheté ma précédente entreprise au groupe dans lequel je travaille actuellement.

Souvenir de Pasqua

Mon souvenir de l'ère Pasqua, c'est un dessin, sans doute de Plantu, sur mon frigo à Aubervilliers: Basile Boli qui brandit une coupe (la Ligue des Champions 92-93?) et Pasqua en uniforme policier qui lui dit: «Où t'as piqué ça? Tes papiers!»


Il me semble que c'est dans ces années-là qu'est apparue la formule "délit de faciès".
Ce type était une ordure, et qu'il ait été résistant ne change rien à l'affaire: il s'agit d'un mode d'expression de sa relation au pouvoir qui à ce moment précis de l'histoire fut favorable à la France.
Je ne sais pas si ce fut toujours le cas.
Et que Sarkozy se soit joué de lui en se présentant (et en étant élu) à la mairie de Neuilly en dit long sur Sarkozy.
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