Trois visites

- Viry-Châtillon à deux heures.
A l'origine, H. ne voulait pas y aller: "pas à Viry-Châtillon, c'est la cité, il n'y a que des voitures volées".
Nous avions réussi à le convaincre («C'est la double peine, non seulement tu habites un endroit pourri mais en plus personne ne veut faire affaire avec toi»), mais il s'avèrera qu'il avait raison.
En arrivant devant le pavillon de banlieue surélevé de rangées de parpaings non peints, nous remarquons devant le garage une audi break elle aussi à vendre (les chiffres de prix, d'âge et de kilomètres sont inscrits en blanc sur les vitres). Un homme d'une trentaine d'années nous présente la 306 comme celle de sa grand-mère ("je n'ai pas retrouvé les factures d'entretien"). Le contrôle technique indique une fuite du moteur (en effet, il y a une coulure d'huile peu importante sur la paroi du moteur) et que le volant bouge (la gaine de caoutchouc a du jeu sur elle-même, d'avant en arrière).
Je conduis, un peu hésitante à cause de la boîte manuelle — j'ai perdu l'habitude. J'interroge le vendeur sur l'Audi, il apparaît qu'il a cinq véhicules à vendre!
Commentaire d'H quand nous repartons: «il a racheté une voiture à deux cent mille kilomètres et a changé le compteur».
Et en effet, cela correspond bien au volant "qui bouge" et au levier de vitesse aux chiffres effacés et comme fondus.

- Fresnes à six heures.
La voiture nous plaît, et nous donnerions notre accord si nous n'avions un troisième visite. Le propriétaire est un jeune homme passionné de mécanique qui fait tout lui-même. Lui aime les 306, son frère les R5 (! un jeune homme qui aime les R5?)

- Meudon à sept heures et demie.
Cette fois-ci il s'agit d'un break de 1999 avec cinquante-six mille kilomètres à deux mille euros. Meudon est un labyrinthe sur un côteau abrupt (et tout le temps que je conduirai je chercherai le lieu de résidence de San-Antonio: pas Clamart, pas Meudon,… (St-Cloud!)); le propriétaire est un homme âgé, taciturne et qui me paraît avoir du mal à parler et à marcher. Il vend sa voiture car il ne s'en sert presque plus, passant au moins quatre mois par an en Finlande.
Il sort avec difficulté le véhicule de son garage en sous-sol. Il rentre de voyage l'avant-veille et n'a fait aucun effort de présentation: la voiture est poussiéreuse à l'extérieur, l'aspirateur n'a pas été passé à l'intérieur et il me semble reconnaître des jouets de plage sous le siège.
Je pensais ne pas conduire, un peu effrayée par les montagnes russes meudonaises et les rues étroites, mais si ma fille doit conduire un break, je veux vérifier l'encombrement de la voiture par rapport à mon corps et la rue, la façon de ressentir l'espace au volant à la fois par rapport à l'intérieur et à l'extérieur de l'habitacle.
Elle est très agréable à conduire, et plus "neuve" que la précédente. Problème: moins chère, moins de km, mais break.

Nous téléphonons à A. qui choisit la break en imaginant déjà ses voyages en Angleterre avec ses camarades de classe: «au moins nous aurons de la place».
Et j'ai l'impression de voir Claire Fischer au volant de son (ex)corbillard vert pomme.

Politesse ordinaire

Deux jours de temps lourd mais beau, beau mais lourd (après une semaine de pluie et une à venir). Tant mieux pour O. parti descendre le Loing en radeau.

Samedi, j'ai expliqué à A. comment chercher des voitures sur le bon coin: «Tu choisis un prix, un kilométrage maximal, une région, tu regardes les voitures qui s'affichent, tu en choisis cinq ou six et tu téléphones pour prendre rendez-vous.
— Mais je ne connais rien aux voitures !
— Tu vas l'essayer. Il faut que tu te sentes bien au volant. Tu regardes le contrôle technique, si le moteur est propre. Tu crois vraiment que nous faisons davantage?»

Elle est trop timide pour téléphoner (pour entrer chez un coiffeur, pour trouver un médecin, pour s'acheter un vêtement: elle ne va voir personne si je ne l'ai pas accompagnée d'abord. So XVIIIe siècle. Cela m'agace prodigieusement (car m'inquiète) dans la mesure où elle habite à deux cents kilomètres).
Le soir sur la terrasse parès le barbecue, son grand-père (mon beau-père) regarde les annonces avec elle et les lui commente. Elle se décide à envoyer quelques mails (!)
C'est amusant, un type de voiture se dessine. Elle ne veut pas de twingo, pas de saxo, pas de C3. Elle a eu une 306, elle voudrait une 306. Vu sa tendance à embarquer dans sa voiture "tout ce qui pourrait servir au cas où" (ce qu'elle faisait déjà avec son cartable, emmenant tous ses livres, du fil, une aiguille, des pansements, etc), je l'imaginerais plutôt en combi volkswagen.

Elle ne veut pas non plus prendre trop de contacts: «Mais après, il va falloir que je réponde non à certains!
— Ma chérie, si tu leur réponds non, ils te seront déjà reconnaissants de les avoir tenus au courant!»
Et je lui raconte ma surprise devant les remerciements des gens quand j'avais décommandé des rendez-vous: «je vous remercie de m'avoir prévenu» (et cela m'avait fait de la peine: ces gens si reconnaissants pour une attitude normale).

Bien entendu, je ne l'avais pas convaincue.
Pendant que A. envoyait ses mails, H. a envoyé un sms pour une Ford. Le vendeur a répondu immédiatement (à onze heures passées) que nous pouvions l'appeler. Rendez-vous a été pris pour le lendemain dimanche dix heures et demie. Il devait envoyer son adresse par sms.
Le lendemain, H. et A. se lèvent et se préparent pour aller au rendez-vous, mais au moment de partir ne savent où aller car H. n'a pas reçu le sms promis.
Il ne le recevra jamais, le vendeur ne répondra ni au téléphone ni aux sms. A-t-il répondu bourré le samedi soir, dormait-il à dix heures dimanche, n'a-t-il pas eu le courage plus tard de téléphoner pour s'excuser? Sa mère a-t-elle fait une crise cardiaque dans la nuit? S'est-il fait voler son portable? Nous ne le saurons jamais, mais je suis plutôt satisfaite: voilà la démonstration par l'exemple de ce que j'expliquais hier à A.

Bloguer

— Mais si Trucmuche lit ton blog, tu vas être obligée de te censurer ?
— Depuis huit ans, j'ai déjà rencontré ce problème. Ce n'est pas ça le véritable enjeu, vous ne vous rendez pas compte. Le problème, c'est de résister à la tentation de la vengeance.

Graisse killer

J'ai essayé la lessive St Marc et les cristaux de soude, c'est ce qui est le plus efficace contre la graisse accumulée au plafond de la cuisine.
Ça rend tout le monde malade et je travaille avec un masque de chantier. 11 mètres carré de plafond, une demi-heure par mètre carré. Je termine demain.


Remords

Nous sommes allés visiter le château de Monte-Cristo à Port-Marly. Le château est d'un goût douteux mais très bien agencé à l'intérieur et le jardin anglais est parfait. Les arbres cachent la vue sur la vallée et donc sur la ville mais pas le bruit omniprésent des voitures.
L'intérieur expose des portraits et des arbres généalogiques, et il y a une certaine ironie à constater qu'Alexandre Dumas qui se vantait d'avoir eu cinq cents enfants (bâtards) n'a plus aujourd'hui d'héritiers en ligne directe. (Remarquons que les derniers enfants, Auguste et Serge Lippmann, ont une durée de vie qui couvre l'existence des enfants Veen.)

Le château a été construit sur un terrain gorgé d'eau et les trois villes qui l'ont acquis et financent sa perpétuelle préservation ont du mal à faire face. Une souscription est actuellement en cours (incroyable que le site fondation-patrimoine.org ne soit pas disponible en anglais, quand on sait ce que financent les Américains et combien Dumas est populaire à travers le monde).

Venons-en au titre du billet. A86, A13, Olivier a conduit avec moi à ses côtés et H. tassé à l'arrière de la Coccinelle puisqu'il n'est pas inscrit sur la liste des accompagnateurs possibles en conduite accompagnée. Le pauvre gosse a été littéralement harcelé de conseils sur les cents kilomètres de trajet.
Il faut être solide pour résister moralement à autant de critiques.

Le cinéma Méliès à Montreuil

C'est la première fois que je vois un cinéma qui n'appartient pas à une chaîne déménager pour de plus grands et plus beaux locaux.
J'ai un faible pour ce cinéma et sa programmation.

Ce soir, c'était La French Connection, avec une belle poursuite dans New York.

Dans le hall du cinéma, une grande bibliothèque (le meuble) propose des livres à emprunter "librement" et à déposer chez n'importe quel commerçant ou dans les transports en commun de la ville après lecture. Il y a vraiment de tout, y compris les Buddenbrook en allemand.


Record de (non-)durée battu

Dimanche vers vingt-deux heures, à un quart d'heure de la fin de Sweeney Todd (brrrr…) (c'est au tour de O. de choisir le film), coup de fil de A. : elle vient d'avoir un accident à dix minutes du but (la maison de mes parents), une femme enceinte a redémarré à un stop sans la voir. Elle a réussi à freiner suffisamment pour ne pas la prendre de plein fouet, mais l'avant droit est enfoncé, la voiture ne peut plus rouler. Il faut faire un constat; nous lui conseillons d'appeler son grand-père, raccrochons et appelons mes parents pour les prévenir.
S'en suit un certain nombre d'échanges téléphoniques: les pompiers et les gendarmes se sont déplacés à cause de la dame enceinte qui se sentait mal (en fait ce point est faux: le lendemain nous apprendrons que c'est une dame de 75 ans, je ne sais pas pourquoi H. a compris de travers — ni pourquoi les pompiers se sont déplacés) mais les gendarmes ont refusé de faire un constat puisqu'il n'y avait pas de "corpo" (ce dernier point fait bouillir H. qui maudit la paresse gendarmesque: A. n'est pas en tort, le code spécifie que l'on doit s'assurer de pouvoir s'insérer dans la circulation sans danger quand on quitte un stop, mais les impacts sur la tôle ne donneront pas forcément raison à A.: je connais suffisamment les assurances pour savoir qu'elles ne vont pas perdre du temps à démêler le vrai du faux pour un cas si simple (pas de corpo), si nous ne sommes pas d'accord, ce sera cinquante-cinquante: un constat de gendarmerie aurait levé cette ambiguité (donc si cela vous arrive, insistez auprès des gendarmes, faites faire un rapport établissant les faits. C'est leur boulot, ils sont aussi payés pour cela)).

Pour sourire: lors du dernier coup de fil, nous apprenons que A. a pris le temps de vérifier que le chien de la dame n'avait rien, en recommandant une visite de contrôle dans une semaine.

Nous dînons (nous sommes terriblement décalés), et l'adrénaline nous empêchant de nous coucher, nous regardons Cannonball (simple coïncidence, nous en avions parlé la veille!)
Je suis un peu déçue, j'attendais davantage de paysages et des trucks. Bref, davantage Duel qu'American pie.
En passant sur la fiche de Farrah Fawcett après le film (impossible de me souvenir quelle célébrité était morte le même jour qu'elle (réponse: Michael Jackson, 25 juin 2009)), je découvre qu'elle est morte d'un cancer du rectum, ce qui est la preuve d'un humour particulièrement noir quand on se souvient d'un des ressorts de Cannonball.



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J'allais oublier le titre du billet : la voiture lui appartenait depuis le 4 avril.

Problème de traduction

Samedi, barbecue tard le soir avec des amis qui devraient déménager à Boston et nos voisins rentrés de vacances.
Souvenirs américains divers, dont celui-ci :

— Moi ce qui m'éclate, c'est leur questionnaire, «Etes-vous venu commettre un attentat?» Alors moi, tu me connais…
— Non, tu n'a pas fait ça !
— Ben si !
— So French !
— J'ai coché oui, et à la descente de l'avion, tout de suite, t'es mis à part…
(bruits divers, incrédulité, la conversation se perd)
— … heureusement, Véronika a réussi à les convaincre que je n'avais pas compris, que c'était à cause de ma mauvaise compréhension de l'anglais…
— … alors que le questionnaire était rédigé en français! termine Véronika dans un éclat de rire.

Inattendu

Soudain, au petit déjeuner :

— Tu veux te faire tatouer un moelleux au chocolat sur le dos ?

Vacuité

Une semaine passée à pas grand chose : une heure de grec, une heure et demie d'aviron par jour (ce qui fait quatre heures, le temps d'y aller, de revenir et celui de sortir et ranger le matériel. J'ai inscrit O. a un stage de cinq jours pour le sortir un peu (l'oxygéner et le renforcer, il souffre des mêmes faiblesses respiratoires que moi) et lui permettre d'accumuler les kilomètres (soixante par jour) pour sa conduite accompagnée.
Un peu de travaux ménagers, mais si peu et si banaux banals que je ne vais pas en parler.

L'atmosphère se durcit. Quand j'organise les vacances, elles sont qualifiées de "peu reposantes", quand je ne les organise pas, nous ne faisons rien (enfin, je trouve à m'occuper…) et "c'est pas des vacances".

(Reconnaissons malgré tout que ce stage d'aviron est un handicap : nous partons à cinq heures et rentrons à neuf, impossible d'organiser une visite de musée ou un cinéma à Paris. Ou il faudrait partir dès le matin et nous sommes bien trop lents et paresseux.)

Quel imbécile

J'ai vu circuler sur FB cette vidéo de Ronda Rousey, championne olympique de judo (fille d'une championne du monde) et combattant en "free-fight" (arts martiaux mixtes) depuis 2010. (C'est la blonde d'Expendable III.)
Sur la vidéo, un journaliste lui dit qu'il ne peut croire qu'une femme puisse battre un homme.
Sans vraiment le faire exprès (mais sans doute n'a-t-elle pas cru qu'il était si naïf, sans doute n'a-t-elle pas cru qu'il était sans défense à ce point-là, son sourire et son comportement n'indiquent-ils pas qu'elle croit à une plaisanterie?), elle lui fait une prise et lui casse quatre côtes.
(Commentaires obtenus quand j'en parle à table: «oui, il ne savait pas tomber».)



Ce que je ne comprends pas, c'est qu'il est dit qu'il s'agissait d'un journaliste sportif: vraiment? Complèment incompétent, quand il sortira de l'hôpital, passez-le à la rubrique mode.
Je ne connais pas un sportif amateur qui ne sache que n'importe quelle femme de niveau international sera meilleure que lui. Il ne s'agit pas de fierté plus ou moins bien placée, c'est comme ça, c'est tout. (De même, n'importe quelle femme sait qu'à niveau équivalent, un homme sera plus fort, question de masse musculaire, il n'y a pas à discuter, c'est comme ça.)

Ce journaliste n'a pas fait son travail. Trois minutes de recherche sur le net permet de dégotter cette —très mauvaise— vidéo de Ronda Rousey affrontant trois judokas japonais. (D'après les explications dans les commentaires, il s'agirait d'une émission qui confrontait des professionnels à des célébrités autrefois de haut niveau (traduction libre en fonction du contexte: «This looks like at least 5 or 6 years ago. I live in Japan and they havent done this program in at least a year or two. It was fun to watch, professionals against celebrities who used to train when they were younger. Only a handful of celebrities have won.»))

Désolée, la définition est vraiment mauvaise:



Evidemment

— Aller jusqu'à Moscou en voiture? mais tu es folle, pas question!
— Mais pourquoi? Napoléon l'a bien fait, ça permettrait de se rendre compte.
— Napoléon n'avait pas cinq semaines de congés payés.

J'attendais depuis si longtemps

— Bonjour Alice, tu as amené ton maillot de bain?
Automatiquement, quelle que soit la question saugrenue, mon cerveau examine le problème et les réponses possibles: non, mais j'ai de quoi me changer intégralement.
— Non, pourquoi?
— Franck t'attend pour sortir en pair-oar, tu es en retard.

Ça alors. J'avais complètement oublié. Pour tout dire je n'y croyais pas vraiment, d'une part qu'il sorte en pair-oar, et d'autre part avec moi: je m'attends toujours à ce qu'un mec (les filles et les mecs, oui, ni hommes ni femmes, ni garçons ni filles, le vocabulaire s'est moulé dans ce monde, a pris une certaine forme) annonce qu'il voudrait essayer — cela me paraît si normal, de vouloir essayer, de sauter sur l'occasion quand quelqu'un le propose, propose cette chose si rare: monter en pair-oar avec quelqu'un qui n'en a jamais fait — et comme c'est un mec, Franck, qui le propose, cela me paraît, me paraîtrait, normal de laisser la place: les forces sont plus équilibrées, et dans un pair-oar (une pelle par rameur), ça compte.

Eh bien non, Franck n'a pas oublié, et personne d'autre que moi ne s'est proposé, youpi.
Sortie en pair-oar, dix kilomètres, nous ne nous sommes pas retournés (baqués), nous avons même eu de bons moments.
Bon évidemment, nous n'avons jamais ramé en pleine coulisse, ce sera pour une prochaine fois. La pointe ne m'est tout de même pas très naturelle.
(Pas de photo, c'était si risqué que je n'ai pas pris mon appareil.)

Depuis combien de temps attendais-je cela? Trente-trois, trente-quatre ans? Quand j'ai commencé à ramer en troisième, il y avait au club deux autres minimes qui avaient commencé avant moi. René m'a mise en double avec Jacqueline, et Nathalie faisait du skiff.
Nous préparions les championnats de France. Cela représente des heures passées ensemble sur un bateau, environ douze heures par semaine, sans compter les compétitions le dimanche.
La saison terminée, à la rentrée suivante, René a revu les bateaux: il m'a mise en skiff et a mis Jacqueline et Nathalie en pair-oar. Je l'ai vécu comme une trahison et comme la preuve de ma désespérante nullité (je n'avais pas réussi à rattrapper leur niveau): sinon, pourquoi n'était-ce pas moi qui étais en pair-oar avec Jacqueline? J'ai été jalouse.

Trente-quatre ans plus tard, je suis enfin sortie en pair-oar.
Il ne me reste plus qu'à faire des progrès.



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Agenda
Quand j'arrive à la maison à midi et demie, tout le monde est encore au lit.
— Si tu ne voulais pas aller au marché, il fallait m'envoyer un sms!
— Je n'avais pas envie d'envoyer un sms.
— Hmm. Il est plus facile de trouver quelque chose à Melun à midi qu'à Villecresnes à une heure au mois d'août.
Je ressors et vais acheter des sushis dans le seul magasin encore ouvert à cette heure-là (soixante sushis pour six, une demi-heure d'attente que je tue en regardant une émission sur les personnes exerçant des métiers rares pour leur sexe).

Le soir, C et A retournent à Blois. Nous allons voir Mustang, très beau visuellement et poignant.

La devinette du 15 août

— Quelle est la musique préférée d'un magicien noir ?

Satisfaction du devoir accompli

Dernier jour de boulot pour quatre semaines. Tant mieux, cette histoire de RER m'aura bien gâché la vie (j'ai finalement décalé mes heures: en partant une demi-heure plus tard et en prenant la ligne 1, j'arrivais à la même heure qu'en partant plus tôt et faisant des trajets plus compliqués. Le problème, c'est que même assise dans le métro, il n'est pas possible de prendre des notes, les wagons voitures tressautent trop (plus que dans le RER. Et encore faut-il être assise… (d'où conséquences sur la hauteur des talons, etc)).

Je pars ce soir avec la satisfaction du devoir accompli: ouverture de centaines de lettres, saisie des mandats SEPA, réponses aux clients («oui monsieur, non madame,…» J'ai l'impression d'être dans Vacances romaines), formation des salariés qui parviennent à trouver mon bureau (c'est un labyrinthe — d'un autre côté ce n'est pas mon job, je ne le fais que par compassion: il est donc logique qu'une épreuve attendent les valeureux qui tentent de trouver la connaissance), fichier trimestriel pour l'ACPR, déclaration de la TCA (taxe sur les conventions d'assurance (ma première déclaration en trois ans: il faudra songer à simplifier les tableaux, il y a par ailleurs une erreur dans le calcul du chiffre d'affaires annuel)), arrosage des plantes (si, ça compte), environnement de recette pour la rentrée et la préparation de quelques cas sensibles…
En revanche je n'ai rien fait de ce que j'imaginais faire cette année pendant l'été: pas d'écriture des procédures, pas de document global sur la Mutuelle (commencé sous le titre de Petit dictionnaire de la Mutuelle en référence private joker à Karl Rahner (je me suis aperçue que c'était une mauvaise idée: ce titre trop modeste donne une fausse idée de l'ambition du projet. Tant pis (pour ceux qui connaissent, il s'agirait de correspondre aux exigences de l'ORSA bien que la mutuelle de par sa taille ne soit pas soumise à Solvabilité II)), pas de rangement de mon bureau (le meuble), pas de vidage des armoires…
Donc à tester : faire cela pendant l'année (oui je sais, c'est évident.)

Les Noces funèbres

Ce soir, O., tout surpris d'apprendre que je n'avais jamais vu Les Noces funèbres (un film que les enfants ont regardé en boucle à sa sortie), a décidé que ce serait le film de ce soir.

L'histoire est agréable en ce que l'issue est imprévisible, puisque les personnages principaux sympathiques sont en nombre impair (le quatrième est le méchant, donc il va "perdre". Mais quel couple sera-t-il finalement formé? Difficile de décider ce que va choisir le scénariste.)






Ce soir (tard, après la fin du film), retour de H., C et A au bercail après dix jours d'absence.

Leningrad Cowboys Go America

Film du soir avec O., toujours en repassant.
Impossible de me souvenir où et comment j'ai découvert ce film. Une seule certitude, ce n'était pas en salle et les DVD n'avaient pas encore monopolisé le marché. Etait-ce une cassette trouvée chez Rhotull?
En tout cas, je sais que c'est lui qui plus tard me l'a copiée en format DVD grâce à du matériel de l'armée (ce n'était pas si facile à l'époque, nous sommes en 2002 ou 2003).

Voici les premières minutes du film. Des paysages gelés et un air slave. Comment vouliez-vous que je résiste?







Ici la bande-annonce, ou presque. Un road movie et de la musique. Tout ce que j'aime.
(Bonus: le garagiste blond, c'est Jim Jarmusch.)



La Crise

Il y a longtemps que je cherchais un film avec Vincent Lindon. Ça parlait de racisme, mais je ne me souvenais absolument pas du titre.

J'avais vu passer sur FB la célèbre scène avec Maria Pacôme, mais je n'avais pas fait le lien tant ce n'est pas cela qui m'avait marquée. Ce qui m'avait marquée, c'était les scènes douces-amères autour du "Rémi" (RMI), et je n'ai reconnu le film qu'en voyant dans un commentaire le passage sur le racisme.

Donc ce soir j'ai déclaré à O. que nous allions regarder La Crise. J'ai été effarée de constater à quel point il s'appliquait encore exactement à la situation actuelle, peut-être plus encore qu'en 1992 (le passage sur la malbouffe est sans doute plus un sujet de préoccupation aujourd'hui qu'à l'époque). Il ne manque que la tonalité terrorisme-djihad.

Quand ai-je vu ce film? Après 1999, puisque nous étions déjà dans la maison. Je me demande à quel point la grande tirade de Zabou m'a influencée (les enfants étaient petits et j'étais très fatiguée) dans ma décision de ne plus faire ce qui ne semblait compter pour personne: ne plus repasser les torchons, ne plus plier les slips, ne plus apparier les chaussettes, passer le balai de temps en temps, mais uniquement quand ça me chantait,… bref, une véritable grève qui d'ailleurs ne s'est pas beaucoup vu puisque tout le monde, il faut le dire, se fiche un peu d'une maison propre et rangée tant qu'il peut être tranquille dans son coin à poursuivre son activité préférée.
Et que celui qui ne s'en fiche pas vienne me voir, nous ferons les corvées ensemble. (Aujourd'hui, les choses ont changé, les enfants étant grands, nous pouvons faire le ménage en équipe. Mais je refuse d'avoir l'impression d'être la seule à être punie en passant tristement la serpilière le week-end).

Et pour sourire à la fin de cette tirade MLF, précisons que je l'ai regardé en repassant…

Amy

D'Amy, je ne connaissais que ce clip chez Cafeine (c'est même comme cela que je l'ai connue) et l'annonce de sa mort chez mon oncle alors que nous fêtions les soixante-dix ans de celui-ci et dans le même temps — avant, après? — la terrible nouvelle de la fusillade en Norvège.

Le film Amy Winehouse est terrible, assez lent au début, montage de films d'amateurs, puis plus rythmé au fur à mesure que les archives deviennent "officielles" (télé, concerts, etc). Il n'a sans doute pas été monté dans ce but, mais le spectateur ne peut s'empêcher de distribuer des bons et surtout des mauvais points aux personnages à l'écran, le mari, le père, le garde du corps, les copines d'enfance, le producteur, etc. Nous sommes tellement désolés puisque nous connaissons la fin, certaines images sont si cruelles qu'elles laissent perplexes: vraiment, son entourage n'a rien fait?
Et quel réquisitoire contre la drogue.

Planification

Hervé est contre la conduite accompagnée. Un de ses cousins a eu la jambe réduite en miettes1 dans un accident et un ami de son père y a perdu sa femme2.
Au moment de prendre la voiture (nous partons à deux voitures car H. reste ensuite à Tours), je lui dis:
— Si je meurs, tu as le droit d'écrire sur ma tombe «Je te l'avais bien dit» ou «Tu vois, j'avais raison».
— Si tu meurs, je te réduis en cendres.
Sur le coup, je pense qu'il s'est trompé, qu'il veut dire que tel Zeus il foudroiera O. de sa colère. Il me faut quelques secondes pour comprendre qu'en fait il parle de m'incinérer.
— Ah bon, tu feras ça?

Ça alors, je n'y avais jamais pensé.

Au cours du week-end, je reviendrai sur le sujet et ma sœur nous déclare que la concernant, elle a tout prévu, tout est écrit et conservé dans un tiroir.
Ah.

Au retour j'en discute avec O. (en lui précisant que mon seul souhait, c'est qu'ils fassent la même chose pour les deux: si H. m'incinère, ils incinèrent H.; si j'enterre H, ils m'enterrent avec lui).
— Mais enfin, tu sais bien qu'il ne fera pas ça!
— Hum, pas sûr, et pas pour les raisons que tu crois. Tu oublies qu'il s'occupe de gestion de cimetières et qu'il ne les voit pas de la même façon que nous. Aujourd'hui il y a un problème de place. Les corps ne se décomposent plus très vite et nous sommes très nombreux. On manque de place dans les cimetières.


Notes
1 : heureusement il marche aujourd'hui sans séquelle.
2 : en d'autres termes, le fils a tué sa mère.

Soixante-dix ans

Aller-retour ce week-end chez mes parents pour fêter les soixante-dix ans de mon père. Ma sœur et ses filles étaient là, ainsi que mes tantes — les sœurs de ma mère — mais pas mon oncle, le frère de papa. A-t-il été invité, ne pouvait-il pas venir? je n'ai pas osé poser la question. J'ai le cœur gros, car mon père avait l'intention, pour une fois, une fois dans sa vie, une fois dans la nôtre, une fois dans l'histoire de la famille, de faire une fête en invitant tout le monde, tous ses neveux — et ma mère a mis son veto à cause de l'inconduite de mon cousin — elle ne voulait pas de lui sous son toit.
Mon père a donc fêté son anniversaire avec ses enfants et les sœurs de sa femme — et pas son propre frère.

Enfin bon. Il ne faut pas que j'y pense, cela ne me regarde pas (tenté-je de me raisonner et convaincre).

Pour le reste, tout s'est bien passé (toujours un peu de soulagement dans ce constat).

La table de nuit

Ce qui m'a fait sourire, en fait, c'est que je n'ai pas encore quatre-vingt-dix-sept ans, et ma table de nuit est beaucoup plus petite, mais elle ressemble déjà beaucoup à ça: une lampe d'architecte bleue (pour lire au lit), un tube d'homéoplasmine (à cause de ma brûlure au doigt ou parce que je n'avais plus de Vicks? je ne sais plus), la boîte de cigarettes de couleur (pour contenir des micro-pinces à cheveux et des boules quiès en mousse), un coupe-ongles (il ne devrait pas être là (la plupart du reste non plus, remarquez)), un dessous de verre acheté à Carnac en revenant du mariage de Matoo (pour poser le thé), une bouteille de Synthol (contre les piqûres d'insectes), deux pipettes de larmes artificielles, une ouverte l'autre non (pour mes débuts d'allergie (démangeaisons) ou pour me réveiller les matins où c'est dur)), l'inhalateur en cas de menaces de crise d'asthme (quand les poumons sifflent certains soirs), un tube de lait auto-bronzant (il ne devrait pas être là — tentative de raccord de bronzage sur les pieds — ça n'a pas marché), un bocal de confiture Bonne Maman rempli de bonbons au miel (aussi pour prévenir les crises d'allergies), posé dessus un pot de Vicks (idem: tout est fait pour ne pas permettre à la crise respiratoire de se déclencher et de s'installer), la carte de bibliothèque de Yerres, une pile de petits cartons sur lesquels sont inscrites des tâches à accomplir si possible quotidiennement (si j'en fais deux ou trois c'est déjà bien — genre bloguer et faire du grec), une bouteille de spray pour la gorge, une bouteille de vernis sans doute solidifié (avec la chaleur — à vérifier), ma chaîne avec la croix en argent de Pologne et le cœur offert par la mère de Frédérique, les boucles d'oreilles achetées à Mycènes, une lime à ongle, un critérium publicitaire Mercure, une bouteille de spray pour le nez (je n'aime pas ça, c'est trop fort — mais j'étais en rupture de spray pour la gorge), un gobelet souvenir de la rando sur l'Erde rempli de stylos et de feutres (j'ai toujours besoin de stylos), un vaporisateur noir d'huile prodigieuse Nuxe (j'adore l'odeur du chèvrefeuille), un presse-papier Love d'Indiana offert par P. (je ne sais plus très bien pourquoi il a été descendu, normalement il est près du bureau), un chapelet ramené par mon grand-père de Lourdes.



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Agenda
Je rejoins Hervé, Isabelle et Olivier pour voir A Touch of Zen.
Quand je récupère ma voiture à Villeneuve-St-Georges, quelqu'un a rayé le côté conducteur. Mal dormi.

Tout s'achète

Ouvert le courrier pendant deux heures (eh oui: des centaines de lettres) en écoutant Albertine disparue (deux premiers CD). Sidérée toujours par la muflerie des lettres envoyées par le narrateur à Albertine. Peut-il réellement s'agir du récit transposé de l'amour de Proust pour un ami, pouvait-il réellement traiter qui que ce soit ainsi, littéralement l'acheter, et ne pas être choqué de l'acheter? C'est incroyable. Et quelle bassesse.

Cet amour insupportable qui n'est que désir de possession, qu'est-ce que je déteste cela.


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Agenda
H. me récupère à Neuilly. Paris est désert. La isla minima, film amer et lent, entêtant.

La bibliothèque

Un peu par hasard, je passe devant un minuscule un peu miteux magasin d'antiquités 8 rue Notre-Dame-des-Champs (à deux pas du métro Saint-Placide). Il y a quelques livres sur une table devant la vitrine, et des piles couvrent entièrement une table à l'intérieur.

Je ne sais plus quel titre m'a attiré. Trois collections de Minuit entourés par un élastique, je pense. En m'approchant, je constate qu'il s'agit des trois tomes de La Philosophie des formes symboliques de Cassirer. C'est alors que je vois mon bien-aimé Autour de Platon d'Auguste Diès.

J'entre dans la boutique et je regarde systématiquement toutes les piles. Je suis émue, il est évident que tout cela provient de la bibliothèque d'un seul homme. Linguistique (Hjelmslev, Jakobson), philosophie (Husserl, Heidegger), théâtre grec, poésie… Il se dégage de tout cela une grande cohérence, c'est toute une vie qui passe dans mes mains. Je voudrais tout prendre pour ne pas séparer les livres. Je repars avec dix-sept (c'est lourd).
Allez-y, il en reste!

(Ce soir je découvre un nom et une adresse tamponnés dans le Diès: Alain Huraut rue Boissonade à Paris. L'antiquaire m'a dit qu'il s'agissait d'une bibliothèque retrouvée dans un grenier, que le propriétaire était mort depuis plusieurs années. S'agit-il de l'auteur d'Aragon prisonnier? Rien ne le laissait penser dans les livres rassemblés sur la table, débordant en piles sur le sol.)



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Agenda
Donné trois heures de cours sur les fondamentaux de la comptabilité générale.
Acheté des ballerines rouges chez Repetto pour remplacer les Arche blanches qui ont plus de dix ans et dont C. m'assure qu'elles sont trop abîmées pour être portées hors de la maison.
Acheté les livres "de devoir de vacances" pour l'année de christologie à venir. Je découvre que sœur Dominique (Waymel) est docteur en physique atomique et moléculaire (!!) (et docteur en théologie, bien entendu).

Liste des livres portés à bout de bras en rentrant chez moi:
- Nabokov, Ada ou l'Ardeur, Folio (en cours de lecture)
- "Le" Fayel, Comptabilité générale (1986/87)
- Le nouveau plan comptable de la mutualité
- Ratzinger, Jésus de Nazareth, tome I (Je trouve cette intéressante critique qui prend des distances avec les présupposés retenus (je la note ici car cela me permettra de lire sans distance, justement, en sachant que je pourrais ensuire revenir à cet article.))
- Ratzinger, L'enfance de Jésus
- Sesbouë, Pédagogie du Christ : Eléments de christologie fondamentale
- Souletie, Les grands chantiers de la christologie
- Marguerat (dir), Introduction au Nouveau Testament
- Bakhtine, Esthétique de la création verbale, 1984
- Jean-Baptiste Vico, Principes de la philosophie de l'histoire, 1963. A cause de Joyce ou pour Joyce. Et Daniel Ferrer.
- Louis Hjelmslev, Prolégomènes à une théorie du langage, Essais linguistiques et Le langage.
- Jakobson, Essais de linguistique générale I et II, 1963 et 1973 pour compléter Benveniste qui vient d'Aline. Pour Ferrer (je voudrais retrouver les références de cette langue théorisée avant qu'elle ne fût découverte dont il nous avait parlé) et A-C Baudoin (qui nous parle tout naturellement des règles de transformation des sons).
- Humbolt, Introduction à l'œuvre sur le kavi
- Cassirer, La Philosophie des formes symboliques
- A.Diès, Autour de Platon
- Koyré, La Révolution astronomique : Copernic, Kepler, Borelli, 1961
- Husserl, Expérience et Jugement
- Heidegger, Qu'appelle-t-on penser ?, 1951
- Roubaud, Le Grand Incendie de Londres, 1989
- Theodor Lessing, La haine de soi ou le refus d'être juif

Orage

Orage. Une sirène hurle par intermittence; je ne sais si c'est le bruit ou le tremblement de l'air qui l'a déclenchée.
Du fond de mon lit, je l'entends qui s'élance plusieurs minutes durant, puis se tait, puis reprend. Mais pourquoi personne ne la coupe-t-il?
Une petite inquiétude, un petit tourment: et si c'était l'alarme des voisins dont nous gardons la maison? Ont-ils une alarme? Est-ce à moi d'interrompre ce bruit lancinant?
J'envoie un sms à H. pour lui poser la question. Trois heures du matin. Je doute qu'il me réponde à l'instant. Boule quiès. Je m'endors.

Pas un bruit. Pas de radio-réveil. Zut, les plombs ont sauté. Je descends dans la cuisine, je ne me souviens jamais, les boutons oranges cinq secondes pour purger, le bleu à relever, le vert à enclencher en appuyant de toutes ses forces… Non, rien. Les oranges, le vert, le bleu… le frigo démarre. Je remets le four à peu près à l'heure en fonction de la comtoise (qui avance). Il est cinq heures vingt.

Dans la chambre, le radio-réveil est toujours aveugle. Est-ce qu'il n'y aurait pas un second tableau électrique dans le grenier? Ça me dit quelque chose. J'y vais à la lampe-torche, il faut passer la main dans les toiles d'araignée derrière la poutre, je ne sais pas très bien si je préfère regarder ou y aller à tâtons.
Il y a bien un boîtier, je remonte une targette, redescends l'escalier : c'était bien ça, la partie chambre est allumée. Si nous vendons un jour la maison, il faudra penser à indiquer cette bizarrerie.

Avant de me recoucher, je change l'heure de mon réveil: il va falloir passer chez les voisins avant de partir, si les plombs ont sauté, c'est potentiellement grave: le congélateur, bien sûr, mais surtout les précieux aquariums.
(Ils n'auront pas sauté. Mais les installations du RER ont subi des dégâts. Retard, attente sur le quai. Dire que je me suis levée plus tôt…)

Abandonnée

Ils sont partis.
Pendant vingt-quatre heures environ, à peine, vingt heures, nous avons été cinq, et je ne sais même plus de quand datait la dernière fois où cela avait été le cas: deux ans? (je veux dire cinq, pas six).
Ils sont partis: C. va faire un stage de cinq mois dans l'entreprise d'Hervé, A. un CDD d'un mois (normalement cela n'aurait pas dû être elle, H. trouvait qu'il ne pouvait pas décemment prendre deux de ses enfants dans une entreprise de cinquante personnes. Mais les deux étudiants qui auraient dû avoir le poste (le premier, puis le deuxième dans la liste des candidats) se sont tous les deux désistés).
Ils vont dormir chez mes parents à Blois et faire la route tous les matins pour Tours (pendant un mois. Quand C. sera seul, il ne bénéficiera plus de la voiture de sa sœur, il faudra réévaluer la situation: prendre une chambre à Tours? Cela vexera-t-il ma mère? ou cela la soulagera-t-il? (sachant que ce n'est pas incompatible).
Pour l'instant, tout m'inquiète: qu'ils racontent notre vie dans les locaux de la société, qu'ils se disputent "en public" (dans l'entreprise ou chez mes parents), qu'ils s'accrochent avec leurs grands-parents (rien que leur vitalité et leurs rires sont déjà en tel décalage avec cette maison silencieuse et repliée sur elle-même)…

Oui, je suis inquiète. Je tourne comme un lion en cage et O. ne me reconnaît pas, tant et si bien qu'il accepte de regarder avec moi un film dont il n'a jamais entendu parler: Petits meurtres entre amis.
Verdict: «C'est bien, mais pas tous les jours!»

La mort

A. voulait faire des études d'ostéopathie équine. Pour être admise à l'école, il fallait écrire une lettre de motivation. A ma grande surprise, elle avait des arguments extrêmement précis; en particulier, elle expliquait qu'elle ne voulait pas devenir vétérinaire car elle ne voulait pas euthanasier d'animaux.

Elle est à l'école à Lisieux, et cela lui plaît tant, la région et les gens, qu'elle ne rentre jamais, sauf pour les anniversaires ou comme à présent pour un job d'été. Elle a passé le dernier mois dans un haras qui à bien y regarder est surtout une ferme. Elle nous raconte ses aventures (Martine à la ferme) avec son habituelle vitalité et c'est assez étrange de la voir ainsi "boucler" sur nos souvenirs d'enfance qu'elle n'a pas connus:
— Oui alors tu comprends, c'est un veau, enfin une génisse, qui a perdu sa mère à la naissance, il a été élevé au biberon. Il avait rejoint le troupeau et il fallait absolument la séparer, parce qu'elle n'a qu'un an et qu'il ne faut pas que le taureau la saillisse…
— Il y a un taureau dans le troupeau? (De la saillie libre, je ne pensais pas que cela se pratiquait, ou alors par emprunt d'un taureau, quelques jours)
— Oui, et même deux, un jeune et un vieux. D'ailleurs (un autre jour, je vous épargne le contexte) Luc m'a dit: «Paulette, va réveiller le taureau…
— Paulette?
— Oui, il appelle toutes les filles Paulette: «Paulette, va réveiller le taureau et amène le au pré» et il m'a tendu un bâton…
— Et alors, tu lui as donné un grand coup de bâton sur les fesses?
— Euh non, j'ai sifflé et j'ai frappé par terre, il a ouvert un œil et il a fait tout un détour au lieu de passer au milieu de la stabu et si je me mettais sur le côté il allait de l'autre et Luc qui criait «Alors ça vient ce taureau?» «Ça vient, ça vient».
[…]
— J'ai même pas réussi à leur voler un kilo de miel sur les cent cinquante que j'ai aidé à récolter. Si tu veux, il m'a parlé d'une ruchette… (je lui avais dit que j'aurai volontiers eu quelques ruches quand j'avais appris qu'elle avait acquis des notions d'apiculture.)
— Inutile, papa ne veut pas.
— Ce n'est pas que je ne veux pas, c'est interdit en zone urbaine.
— Comment ça, il y en a même sur les terrasses des Champs, ce n'est pas urbain, peut-être? D'ailleurs, je me demande ce qu'elles butinent.
— Aucune importance tant que ce n'est pas du colza!
— Pourquoi, ce n'est pas bon?
— Ça durcit très très vite, c'est impossible à manipuler, on ne peut rien en faire.
[…]
Elle raconte les poulets, la machine à plumer, les coqs de trois ou quatre kilos portés à bout de bras, la conduite du tracteur sur cent mètres:
— L'accélérateur était très sensible, et avec les ornières, ça cahotait, je faisais des à-coups sur la pédale. J'ai découvert que ça allait mieux en me calant au fond du siège (Ce n'est pas que ça cahote moins, c'est qu'alors tu fais partie du système, glisse son frère), mais c'était taille Luc, alors je ne touchais la pédale que de la pointe du pied. […] On a rentré le foin […] On n'a pas le droit d'élaguer en juillet à cause des naissances […]
[…]
— Les agriculteurs avaient bloqué les ponts, il devait livrer des cochons d'Inde à une animalerie, il a mis quatorze heures a faire l'aller-retour Lisieux-Lille.
— Et les cochons d'Inde, ils ont supporté le trajet?
— Oui, c'est l'aller-retour qui faisait quatorze heures. Mais il y a eu des morts dans les lapins béliers, ils supportent très mal la chaleur. Même dans leur bâtiment ventilé, il y a des morts presque chaque matin.

— De toute façon, conclut-elle avec une pointe de regret qui ne l'empêche pas de dévorer le poulet qu'elle nous a ramené de la ferme, ce stage a été très instructif. Je n'ai jamais autant côtoyé la mort que durant ce mois.


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Sortie dominicale : 12 km en skiff.


Retours au bercail

Onze heures. Tout le monde dort. J'ai le temps d'aller au marché.

Midi et demi. SMS de C. qui annonce qu'il arrive (après une semaine d'absence). J'ai passé mon temps sur FB, je ne suis pas allée au marché. J'envoie en réponse «Ne te presse pas, il n'y a rien à manger.» O. commente: «Mais enfin, c'est C., il a grandi à la maison, il sait comment c'est. Ne stresse pas comme ça.» (Nous finirons au restaurant. Très bon d'ailleurs, ouvert depuis huit mois, nous n'avions pas testé. Il risque de nous revoir souvent.)

O. reprend la voiture pour la première fois depuis trois semaines. Nous sommes convenus qu'il me décrit ce qu'il voit au fur à mesure afin que je ne passe pas tout mon temps à lui dire de faire attention dans la crainte qu'il n'ait pas anticipé… (je suis déjà une passagère stressée, et ici s'ajoute une dimension de défi: comme H. est contre la conduite accompagnée, si O. abîme la voiture, j'aurais droit à un soupir entendu (si c'est grave) ou un «je t'avais prévenue» (si ce n'est pas grave): je n'en ai pas envie)).

Nous dînons sans attendre A. qui arrive de Lisieux le jour de l'année le plus chargé en terme de trafic routier. Elle arrive à onze heures (entretemps, O. et moi aurons connu une défaite sans appel à la belote, écrasés par les mains insolentes d'H.), bronzée et joyeuse, avec son chat qui mange désormais des croquettes light (WTF?)
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