Dilemme

Ce moment où, recevant la facture de Cerisy que tu as réclamée, tu te demandes si vraiment tu peux remettre au CE une facture intitulée «Jean Greisch: raison phénoménologique et raison herméneutique» dans l'espoir de récupérer quelques euros en remboursement de ton hébergement.

Et je me demande aussi si vous, ô lecteurs qui ne travaillez pas en entreprise, comprenez le problème ou l'enjeu. L'enjeu, c'est le silence et le vide, c'est la gestionnaire du CE avec qui je parle de (taille de) maison, de camping, d'enfants, qui va m'éviter (paranoïa de ma part? ou expérience accumulée au long des années?), c'est le regard goguenard du délégué CFDT administrateur de la mutuelle qui n'aura rien compris au titre mais en aura tiré la conclusion que décidément je suis barge et prétentieuse. (Lui m'est égal et cela me ferait plutôt rire, mais j'aime bien la gestionnaire du CE.)

Journée Défense et Citoyenneté

Vous pouvez contacter par mail l'organisme chargé de l'organisation de la journée.
Ce n'est pas un lien que je copie-colle, c'est une adresse sur un courrier que je recopie lettre à lettre:
dsn-esnidf-csn-versailles.jdc.ftc@intradef.gouv.fr

(J'ai le vague soupçon que cette adresse constitue l'un des tests auxquels les jeunes citoyens sont soumis lors de cette journée.)

Bibliothèque Pompidou

Je teste. Je teste les horaires, les temps de déplacement.
Je prépare la journée de cours de samedi prochain.
Je n'étais pas venue ici depuis un anniversaire de Matoo.

(Comme je regrette de n'avoir pas photographié en leur temps les rayonnages vert pomme. Mais "en ce temps-là" les appareils photo n'étaient pas des téléphones.)

Organisation

J'ai compté sur mes doigts et suis arrivée à la conclusion que je ne pouvais pas faire d'allemand cette année (pas le temps de le travailler) et qu'il fallait que je n'aille ramer qu'une fois dans la semaine (plus le dimanche). Il faut également que j'aille en bibliothèque deux heures par jour: à la maison, je n'ai pas le courage de travailler.
La bibliothèque de la catho est ouverte jusqu'à vingt heures (avec les travaux, les horaires sont décalés vers le soir: cela veut-il dire qu'ils ne font du bruit que le matin? ça va prendre des années!), celle de Pompidou jusqu'à vingt-deux heures, mais l'épatante, c'est celle de Sciences-Po: de huit à vingt-trois heures!

Premier cours de grec III (au programme l'optatif, mais il faut bien avouer que je ne maîtrise pas du tout les verbes en -mi. Je ne viens que pour lire et traduire. J'ai l'impression de découvrir des secrets.) Encore une jeune femme en prof, peut-être italienne, avec des cheveux noirs longs et bouclés qui me font penser à une héroïne d'Hugo Pratt.

Blanc

La correspondance ligne 1-ligne 12 à Concorde a été interrompue d'avril à juillet l'année dernière, compliquant mon dernier trimestre (et qui dit complication dit fatigue supplémentaire).

Cela en valait peut-être la peine (maintenant j'attends la fin de la rénovation des Halles avec curiosité. L'autre jour j'ai découvert que le passage vers la ligne 14 avait été considérablement ouvert et dégagé).

Ligne 12 station Concorde, ce soir vers six heures.




Agenda
O. dans les Cévennes pour une semaine pour le programme de géologie de terminale. Rendez-vous à Port Royal à cinq et demie du matin. Le cours de ce soir a été dur.

Barbecue

« Même le niveau des analphabètes a baissé. »

A nos sociétaires morts pour la France

A midi, j'ai vu quatre embarcations vénitiennes (dont deux gondoles) passer sur la Seine. Peut-être des équipages de l'ACBB s'entraînant pour la régate des bateaux historiques?
Mauvaises photos, dommage.


En quittant le bureau, je suis passée devant les plaques commémoratives de la SACEM à Neuilly que je n'avais jamais remarquées:





Running gag

Est-ce encore drôle? A. arrivée à Lisieux m'envoie un sms: «Envoie mes clés chez Pauline».

Explication: elle les a oubliées à la maison et est passée prendre son double chez Pauline (ouf! la dernière fois elle avait repris le train dans l'autre sens). Mais ce trousseau de secours ne comporte pas la clé de la boîte à lettres, il faut donc que je poste le trousseau complet chez son amie car elle ne pourra pas le récupérer si je le poste à son adresse.

Mes drôles de dames

Mon moral est un peu remonté hier en constatant que parmi les cours flottants qui nous sont proposés, un est professé par Yara Matta. «Figures et ministères de femmes dans le nouveau testament», le genre de sujet que j'évite spontanément: je déteste ce que je ressens comme un hochet destiné à nous expliquer que nous sommes reconnues dans l'Eglise et que notre sort n'est pas à plaindre alors que la réalité est que, quelles que soient l'opinion et la valeur des hommes d'Eglise qui nous entourent, la structure nous laisse dans les marges en préférant penser à nous comme à des mères que comme à des personnes à part entière ("citoyen de seconde zone", diraient les homos). Mais bon, si c'est Yara Matta qui est le professeur, j'y vais sans hésiter. Je regrette encore d'avoir écouté les conseils qui en première année nous avaient déconseillé de suivre son cours sur les Psaumes au prétexte qu'il valait mieux attendre d'avoir fait le cursus sur l'Ancien Testament: l'année suivante, ce cours n'existait plus et j'en ai un regret profond.

Anne-Sophie Vivier-Muresan spécialiste de l'islam (signe des temps, cette année son cours est recentré sur l'islam en France), Anne-Catherine Baudoin spécialiste de grec et Yara Matta, exégète bibliste, un trio exceptionnel. Quelle chance de les avoir comme professeurs.

Si je m'inscris en grec III (mardi soir toute l'année 19-20h), en cours flottant (mercredi jusqu'à Noël 20-22h) et en lecture grecque (un jeudi par mois, neuf jeudis au total, 19-21h), il va y avoir des semaines où je vais être en cours quasi tout les soirs (enfin, deux ou trois fois: en octobre, novembre et décembre).

Rêve

Jean Greisch commente mon exposé:
— Ce que vous avez fait, ce serait plutôt l'herméneutique du voyageur. Vous pouvez faire mieux, aller plus loin.
Je me débats pour comprendre ce qu'il veut dire, où voudrait-il que j'aille?
— Il faudrait atteindre une herméneutique de la vérité.
Parmi les présents, Jo (je sais que c'est lui) enchaîne. Je me concentre, mais les paroles ne me parviennent pas nettement.
Le réveil sonne.

Encore heureux que les paroles ne me parviennent pas nettement: comment pourrais-je conceptualiser en rêve quelque chose que mon cerveau ne peut concevoir (moi) éveillée? (Et pourtant, je suis un peu déçue: car si j'y arrivais en rêve, alors je saurais que j'en suis capable éveillée).
Mais c'est joli, "herméneutique du voyageur". Qu'est-ce que j'ai voulu dire?

L'anniversaire de Marignan

Aucun rapport avec la suite, simplement j'ai entendu cela ce matin à la radio et je voudrais m'en souvenir.

Pour une raison mystérieuse, je m'étais mis en tête que les cours ne recommençaient qu'en octobre, heureusement qu'un mail d'une amie s'étonnant de mon absence lundi dernier m'a avertie de mon erreur (pas de regret, j'étais à Cerisy).

J'arrive pour six heures, pensant travailler deux heures en bibliothèque, mais celle-ci ferme, les horaires d'été s'appliquent encore (je n'ai que le temps de rendre trois livres, un lu à moitié (JH Newman), un acheté depuis (Auguste Diès), un non lu (Hermann Gunkel)) et je me retrouve au café.

Un coreligionnaire (j'aime avoir l'occasion d'employer ce mot à bon escient) me rejoint. J'espère ne pas l'avoir trop démoralisé. Il faut dire que je commence l'année avec difficulté. Pas d'enthousiasme, pas de goût, pas de désir — même pas celui d'abandonner. A lui qui essaie de me motiver en me disant que nous avons fait la moitié du parcours (quatre années sur huit), je réponds que dans l'escalade d'une montagne, la seconde moitié est la plus difficile — qu'en fait chaque pas est plus difficile que le précédent. Tout cela manque tant de chaleur, je voudrais un prof, un prêtre, n'importe qui de n'importe quel statut, qui vienne nous parler de foi et non de raison. Ras-la-casquette de la raison. Si j'étais raisonnable, je ne suivrais pas ces cours. Et la raison, c'est tellement banal. Un peu de folie, nom de Zeus.
C'est le moment de la traversée du désert, celui où il faut continuer sans plus croire à rien, en rien, même pas qu'il y a un autre côté du désert. Juste s'obstiner toujours dans la même direction. J'ai prouvé des aptitudes à cela par le passé. Mais ça ne m'empêche pas de râler.

Chaos

Aviron. Yolette avec des débutants ayant un équilibre remarquable (je les qualifie de débutants exceptionnels, mais je doute qu'ils m'aient pris au sérieux). Pas de photo, pas eu le temps. Il fait gris à la limite de la pluie. Tout est vert, rien n'est roux, pourtant quelques arbres plus foncés annoncent l'approche de l'automne.
Je suis bien plus fatiguée que ne le mériterait cette heure d'aviron. Dès que j'arrête trois semaines tout est à recommencer.

Nos amis qui déménagent à Boston tentent désespérément de vider leur appartement (qu'ils vendent). Profitant du break d'A, nous passons récupérer leur table de jardin (c'est pratique un break). Nous repartons avec des sacs de DVD et de blue-ray, quelques BD et … un clavier électronique (un piano, quoi. J'entends Kwa qui fait l'article à A: «ce sont de vraies touches sensibles à la pression, pas des interrupteurs.» Ah. Voilà une comparaison qui ne m'aurait pas effleurée, même si elle éclaire parfaitement le fonctionnement du piano pour une béotienne de ma sorte.)

Kwa parcourt les annonces immobilières américaines et se trouve confronté à des problèmes de compréhension. Une salle de bains et demie signifie une salle de bain comprenant une cuvette de WC, le demi renvoyant à une pièce à part ne contenant qu'une cuvette de WC, nos traditionnelles toilettes.
Nous dévions sur les dimensions culturelles de la notion d'intimité. Kwa a demandé à une collègue la raison dans les toilettes publiques des parois qui laissent voir chaussures et bas de pantalon, «parfois jusqu'aux genoux», m'assure-t-il (j'ai du mal à y croire). Je pensais que c'était pour des raisons de sécurité (repérer plus vite toute personne faisant un malaise (j'ai dû regarder trop de film avec des personnages vomissant et ayant des overdoses dans les toilettes)), en fait ce serait pour des raisons de ventilation: faire disparaître plus vite les odeurs, ou tout au moins en brouiller l'origine précise…
C'est alors qu'il nous raconte le carrelage noir et brillant de toilettes américaines qu'il a fréquentées un jour, carrelage faisant miroir: «ça fait une drôle d'impression, toutes ces couilles vues du dessous. Je me suis dit que Mimi Mathy bénéficiait d'un point de vue tout à fait différent du point de vue ordinaire.»

En rentrant, nous échangeons les tables de jardin (la précédente, blanche en plastique, un cadeau de mariage alors que nous étions encore en train d'organiser des soirées étudiantes (nous étions les seuls à avoir un jardin), a été percée par la grêle) et rangeons l'immense parasol. Nous déballons les DVD sur le canapé pour commenter nos choix. Le clavier emballé, un carton d'un mètre cinquante, est appuyé contre le mur. Un bloc de tiroirs (apparemment nous appartenant il y a bien longtemps et qu'ils ont tenu à nous rendre) gît sur le tapis. C'est le souk, quatre semaines de vacances et c'est le souk, adieu l'espoir d'avoir une maison rangée avant de retourner travailler.

Tant pis. Je suis tombée sur une vidéo («Assieds-toi et écris ta thèse») qui donnait une loi du temps que je ne connaissais pas: plus nous planifions quelque chose pour une date éloignée, plus nous pensons que nous aurons du temps à ce moment-là. (Il doit y avoir une formulation plus claire et plus concise, il faudra que je réécoute la vidéo). En tout cas, voilà enfin la théorisation de mes échecs répétés à réussir à mener à terme mes tâches remises aux vacances "parce que j'aurai le temps".

L'interprète avec Nicole Kidman. Pas si mal mais pas très bon. En particulier, la phrase initiale qui met en branle le suspense n'a aucune raison d'avoir été prononcé en ces termes. Ou alors dans un embranchement de l'histoire non traitée par le film!

Courses

J'ai encore deux jours de vacances. J'en ai profité pour faire des courses que je n'ai jamais le temps de faire : passer à la poste récupérer un code secret pour gérer mon livret A depuis internet (je me rendrai compte quelques jours plus tard que cet imbécile de chargé de clientèle ne m'a pas donné d'identifiant — je ne sais s'il l'a fait en connaissance de cause); passer chez le bijoutier pour faire remettre une goutte d'ambre au centre de boucles d'oreilles qui ressemblent à des flocons de neige et réenfiler un collier de lapis-lazulli (cassé à Dessau); passer chez l'encadreur pour faire changer le cadre d'un tableau ayant appartenu à ma grand-mère.

Je ne sais si c'est très laid ou juste très kitsch. Il s'agit d'une reproduction de la Vierge noire de Czestochowa dans les tons verts, jaunes et blancs datant de 1939 (j'ai découvert la date aujourd'hui quand l'encadreur a démonté le cadre argenté à moulures de plâtre). Je l'ai toujours vue au-dessus du lit de mon grand-père et de ma grand-mère et lorsque nous avons vidé la ferme en 2003, c'est ce que j'ai voulu récupérer.
Je suppose que c'est hideux pour tout le monde — mais pas pour moi. Le cadre friable commençait à partir en morceaux, quand j'ai demandé à ma mère (par l'intermédiaire de H.) si elle pouvait le réencadrer, elle a répondu que je ferais mieux «de mettre cette horreur à la poubelle». J'ai posé le cadre à côté de mon lit (H. ne veut pas qu'on l'accroche au mur!) en attendant d'avoir les fonds pour faire réencadrer cette reproduction.
Ce jour est arrivé. J'ai choisi une baguette ridiculement large, profonde, dorée, roccoco, qui j'espère ira parfaitement avec le kitsch de cette reproduction passée au soleil.

Débuts

Au petit déjeuner, je me retrouve en face de Joseph O'Leary pour lequel j'éprouve une amitié particulière du fait de la façon familière dont ses amis l'appellent "Jo" (cela me rappelle mon oncle : étrange raison pour laquelle apprécier quelqu'un, totalement affective et irrationnelle. Mais quelle importance quand cela porte à l'affection et non au dégoût?)
La conversation est passionnante. Il est irlandais et professeur au Japon, passionné de musique. Nous parlons de la Genèse, je lui parle des podcasts de Römer: «Vous aimez internet? — Oui. — Internet a ruiné ma vie, me déclare-t-il avec conviction. Je lève un sourcil interrogatif. — Sans internet, j'aurais davantage travailler mes idéogrammes, je parlerais mieux japonais, je n'ai pas assez travaillé.»
Il me parle de Saint Augustin, de telle façon que je demande: «Vous l'avez lu en latin? — Oui, c'est important, il faut s'imprégner du rythme de la phrase. — Hmm. J'ai du mal avec le latin, et encore plus avec les traductions en français du latin. — Saint Augustin, c'est facile, très clair, sauf au début où il essaie de ressembler à Cicéron.»
J'ai fait une note intérieure : lire Augustin en bilingue (non, pas en latin, je ne me fais pas d'illusions sur mon niveau). De toute façon, en à peine trois jours, une évidence s'impose (une évidence peut-elle ne pas s'imposer): l'importance des longues. Tous les intervenants sont au moins trilingues, français-allemand-italien, et je suppose que l'anglais va de soi. Il faut dire aussi qu'être luxembourgeois est un avantage (mais tous ne sont pas luxembourgeois)…


La suite… j'ai un problème pour continuer. Je suis timide et j'ai peur. Si je mets des noms, vais-je être repérée, reconnue? (Les noms cités ne sont pas si présents sur le net que mon blog ne puisse arriver assez haut dans les requêtes Google) Assumé-je d'être reconnue? D'un autre côté, il y a le petit pang de fierté à raconter une anecdote avec des noms connus…
D'un autre côté — encore — c'est une illusion de croire que ce que j'écris ici ait une quelconque importance.


Voici donc des anecdotes, des souvenirs. Je laisse le contenu des interventions qui, avec de la chance, seront publiées en actes.


Souvenir de Jean Greisch lors du colloque autour de Lévinas à Cerisy : « Levinas était un adversaire farouche du sacré. Un après-midi nous sommes allés visiter Bayeux. Soudain je vois Lévinas se troubler, s’arrêter devant une porte surmontée de l’inscription «sacritia». Inquiet, il se tourne vers moi et me demande ce que cela signifie. Je lui réponds pour le rassurer : «c’est le vestiaire du prêtre qui se prépare pour la messe». A ce moment-là un prêtre sort en aube et Lévinas pousse un soupir de soulagement : «Regardez, vous aviez raison».

Une remarque de JG : «ce qui m’a toujours impressionné, c’est que lorsque les événements deviennent vraiment importants, les témoins dorment ou s’endorment (jardin des Oliviers, etc). JG ajoute (en opposition à Ricœur) : «Dieu est trop précieux pour qu’on le laisse aux théologiens.»

E. Falque commence son intervention en offrant deux peluches à JG: un hérisson et un renard. C'est une allusion à un article de EF dans les Mélanges offert à JG (Le souci du passage) dans lequel EF comparait JG à un renardet lui-m ême à un hérisson (allusion à un adage antique commenté par Isaiah Berlin : « le renard connaît beaucoup de choses, mais le hérisson connaît une grande chose ». JG, piqué, y a répondu dans un conte Le Renard et le Hérisson).

Une remarque de JG: «En Souabe on dit de quelque chose qui s’est passé depuis très longtemps : c’est tellement loin que bientôt ce ne sera plus vrai. Le Christ est peut-être mort sur la croix, mais c’est tellement loin que bientôt ce ne sera plus vrai. Ça m’a beaucoup marqué.»

Un souvenir de JG: «Le Cantique des Cantiques est le plus métaphorique des livres de la Bible. Je me souviens de Stanislas Breton en train de dire à Ricœur sur le pont devant le château (de Cerisy): «pourquoi le fiancé dit-il à sa bien-aimée : «tu ressembles à une gazelle», et non à un éléphant?».
Ricœur s’est écroulé de rire et j’en ai profité pour prendre une photo en me disant : «pour une fois nous aurons une photo où Ricœur ne ressemblera pas à un bagnard».

Le soir, le conte porte sur l'immortalité (une histoire de pirate — je n'ai pas retenu le titre et ce sont des contes non encore publiés), et après avoir bu un peu de cidre, je raconte le scénario de La mort vous a si bien et le début du Book of skulls (Silverberg) (sans spoiler la fin) devant des philosophes incrédules (une étudiante et un bénédictin que cela fait beaucoup rire (heureusement que je ne savais pas qu'il était bénédictin, je n'aurais peut-être pas osé être si peu sérieuse (il me cite Incassable)) la conversation dérive et je ne sais comment nous nous retrouvons à parler de BHL et du canular Botul. Il faut l’expliquer au Luxembourgeois présent à table. Une étudiante m’enchante en racontant que son prof écrivait « BHL » dans la marge des copies pour dire « mal écrit » et un autre que le sien (ou le même? est-il possible que deux professeurs de philo sans se connaître pratiquent le même genre d’humour? (ou se connaissent-ils?)) « Onfray » pour dire que c’était n’importe quoi.

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Quelques livres cités
Mélanges offert à JG : Le souci du passage
Ricœur : La métaphore vive
Derrida : La mythologie blanche

Gender studies

Le matelas est en laine et soutient merveilleusement le dos. Je paresse et me lève au dernier moment (j'ai tendance à me réveiller vers cinq heures et lire une heure avant de me rendormir, ce qui ne facilite pas le lever une heure plus tard). Le petit déjeuner est servi entre huit heures et quart et neuf heures et quart, j'arriverai toute la semaine dans la dernière demi-heure.
(billets écrits deux semaines plus tard environ).

Par ma fenêtre au moment de partir. Je me demande si je suis la seule à l'avoir vu.




Première demi-journée light car j'ai cru comprendre qu'un intervenant s'est décommandé tardivement.

A déjeuner, je suis à côté et en face de trois femmes ayant toutes réussi un concours en 1968 environ, et toutes racontent la façon dont leur carrière a été cannibalisée par leur famille, mari et enfants.
Quoi qu'en pensent certaines, les choses ont quand même évolué. (Mais peut-être davantage au niveau des mentalités collectives qu'au niveau individuel: l'une d'entre elles me confie que si son mari, qui connaît personnellement la plupart des organisateurs, n'est pas là, c'est qu'il ne supporte pas, même s'il ne l'avoue pas, d'être le "mari de", de n'être pas celui qui est connu et reconnu.)

Visite du château (pour moi c'est la troisième fois, mais j'apprends toujours quelque chose — ou j'ai toujours oublié quelque chose). Une nouvelle pièce a été aménagé dans la laiterie, très moderne, semblable à un laboratoire de langues (elle permet effectivement des traductions simultanées). C'est également une pièce qui respecte les normes d'accessibilité. Je suis un peu inquiète pour ce château: jamais il ne pourra se mettre aux normes sans perdre énormément de son cachet, et si les nouvelles générations accepteront peut-être l'absence d'ascenseurs (je dis bien les nouvelles, et non les anciennes), supporteront-elles longtemps les douches et les WC communs? (Quelques jours plus tard, une très vieille dame me confiera que lorsqu'on a assisté à beaucoup de colloques dans des couvents, on est habitué au confort spartiate. Qui aujourd'hui assiste à des colloques dans des couvents?)

Le soir Jean Greisch nous parle de ses contes. Ce sont à peine des contes (pas de méchants, pas de quête, pas de récompense), ce ne sont pas véritablement des fables (pas de morale ou moralité), plutôt de courts récits à la façon platonicienne.
Ce soir, Minerva la chouette.

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Quelques livres cités
Greisch : L'Arbre de vie et l'Arbre du savoir
Maldiney : Une phénoménologie à l’impossible
Maldiney : "Impuissance et puissance du Logos" dans Aîtres de la langue et demeures de la pensée
Husserl : Sur le renouveau, traduction de cinq articles parus au Japon dans les années 20.

Rentrée

H. nous dépose à la gare. Coiffeur à neuf et demie (mais rien de neuf dans Elle et Gala, je suis déçue. Charlotte de Monaco ressemble à sa mère de façon frappante. Une photo la montre avec sa plus jeune sœur et une cousine (fille de Stéphanie), elles ont toutes les trois la même taille, tout cela ne nous rajeunit pas. J'apprends que Johnny Depp a du sang cherokee), achat de deux robes (en passant devant une boutique qui s'avère d'origine suédoise: un style qui me fait penser aux Japonais, j'aime beaucoup), déjeuner avec O. et un de ses amis. C'est sa dernière rentrée au lycée, la dernière rentrée de mon dernier fils, snif (bientôt la quille).
(Je suis très concernée par son emploi du temps: cette année, ce sera huit heures tous les jours. Ce n'est pas plus mal).

Train pour Carantilly. Je lis Un tout petit monde, ce qui n'est peut-être pas la meilleure préparation à une semaine à Cerisy.
En réalité j'ai le trac: une semaine autour de Jean Greisch, l'herméneutique et la phénoménologie, je ne suis absolument pas sûre de suivre.

Ondée à Lison, arrivée au soleil, chambre magnifique à l'Orangerie donnant plein ouest.





Repas (cidre). J'entends dans le bruit une blague en allemand d'un théologien luxembourgeois que je retranscrits comme je peux en comptant sur votre bienveillance. C'est un homme qui interroge l'écho:
— Wohin sind die Philosophen?
— Offen, offen, offen…
— Was machen die Theologen?
— logen, logen, logen…

Présentations dans la bibliothèque. J'ai changé de statut, je ne suis plus une simple auditrice, je suis étudiante puisqu'un de mes professeurs organise le colloque. Il y a toujours quelques mots qui me frappent. Cette fois, c'est: «il n'y a pas d'horloge dans le château, en tout cas pas d'horloge qui donne l'heure.»
Ce sont les cloches qui battent le rappel à l'heure des repas. Elles sont impératives.

Au moment du coucher, j'entends à travers les parois quelques protestations contre les douches et toilettes communes. Les chambres ne comportent que de simples lavabos. C'est étonnant finalement que rien ne filtre sur l'archaïsme de la vie à Cerisy, les escaliers étroits et inégaux, l'absence de wifi dans les bâtiments sauf un, le téléphone qui est inutilisable en fonction des opérateurs. Conseils pour votre premier séjour: apportez du savon et prévoyez un pyjama ou un peignoir qui vous permettent de traverser le couloir entre votre chambre et la douche.

La fibre

Quand je rentre de la banque (pour un chèque de banque: «C'est pourquoi, ce chèque? — Vous avez besoin de connaître le motif pour l'établir? — Oui.» Qu'est-ce que ça m'énerve. Non seulement nous sommes obligés de déposer nos salaires sur un compte, mais nous ne pouvons pas le retirer entièrement à volonté (à la poste, affiche: prévenir 72 heures à l'avance pour un retrait de 1500 euros. 72 heures?!! Trois jours, et ouvrés, je suppose?) et voilà que je dois expliquer ce que je vais faire de mon argent. C'est mon argent, je l'ai gagné, s'il est véritablement à moi je peux en faire ce que je veux (de légal, je veux bien, mais c'est ma responsabilité de rester dans la légalité: pourquoi instituer ma banque comme mon tuteur officieux?). On dirait toujours que c'est de l'argent à moi alloué par ma banque dans sa grande bienveillance. Zut!) et de la poste (où je découvre avec stupeur que les 225 francs oubliés depuis juin 1999 sur mon livret A sont devenus (à peu près, de mémoire) 187 euros), H. m'attend tout excité:
— J'ai imité ta signature, on va avoir la fibre!
— Quoi? Quel rapport avec ma signature?
— Le contrat de téléphone est à ton nom.

Il me donne des détails techniques. Il est heureux.
Il faut dire que nous pensions que la fibre ne descendrait pas dans notre quasi-impasse (et nous avions déjà élaboré des plans alambiqués pour l'avoir malgré tout). En réalité, elle a été installée physiquement quand les compteurs d'eau ont été changés il y a plus d'un an. Mais pourquoi Orange ne nous a-t-il pas prévenus? Ce n'est que maintenant qu'un commercial démarche les habitants. Nos voisins, qui viennent de s'engager chez Free il y a une semaine, sont verts.
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