Un nouvel ordinateur

Le groupe a fait une erreur : il m'a laissé un accès à l'organigramme. Je deviens une experte en décryptage de pyramides et de titres, que ce soit pour répondre aux questions des personnes que j'ai au téléphone par erreur ou pour trouver quelqu'un pour résoudre mes problèmes.

Jeudi dernier, j'ai ainsi téléphoné au responsable d'une branche nommée "qualité de services" dans la filiale qui gère l'informatique.
J'avais signalé le 12 janvier à la plateforme interne chargée de gérer les dysfonctionnements informatiques une série de messages d'erreur à l'allumage de mon poste (aimablement, le technicien que j'avais eu au téléphone m'avait prévenue, après avoir pris la main à distance sur mon poste, que celui-ci risquait de ne plus s'allumer un matin). D'autre part Word plante chaque fois que je ferme le dernier fichier ouvert sous Word (depuis que j'ai remarqué cela, j'essaie de laisser un document Word ouvert jusqu'à la fin de la journée — mais parfois j'oublie, je ferme machinalement, et Word plante), mais également quand je rouvre un des fichiers qui a fait planter Word à sa fermeture: de proche en proche, au fur à mesure des jours, c'est peu ou prou tous mes fichiers qui font planter Word à l'ouverture ou à la fermeture. J'en viens à avoir peur d'ouvrir un fichier; la clôture des comptes approche et j'ai les rapports annuels à préparer…

Il est possible que j'ai tapé un peu haut (mais je l'ai aussi fait exprès, j'avais relancé une fois par le canal normal et deux fois plus bas dans la hiérarchie), mais comme la personne a répondu au téléphone et m'a écoutée («puisque vous avez pris la peine de m'appeler…»: c'est à ce moment-là que je me suis demandé qui exactement je venais de déranger…), le soir-même j'avais un informaticien qui tentait une reconstruction de mon disque.
Le lendemain (vendredi), l'opération ayant échoué, on devait m'apporter un nouvel ordinateur entièrement reformaté. Malheureusement, le technicien "a eu des problèmes avec le téléchargement de Word".

Bref, il est venu aujourd'hui. J'ai un nouvel ordinateur. Il ne me reste qu'à demander de nouveau qu'on m'installe le logiciel Ciel compta, qui ne fait pas partie des logiciels standard. Pfff…

Des chaises

Nous avons acheté les chaises de la cuisine en 2003. Deux tabourets, quatre chaises, en bois teinté miel, dans un magasin «Mille Chaises» à Orléans (magasin qui n’existe plus (je l’écris comme je tiens le compte de toutes les traces qui s’effacent). Je me souviens de 2003 parce que c’est lié dans ma mémoire au moment où nous avons vidé la ferme de Vierzon, en octobre. Dans mon idée, nous nous étions arrêtés sur le retour pour charger les chaises dans la camionnette de location, pour les ajouter au reste des meubles pris à Vierzon. D’un autre côté, je dois me tromper, car je me souviens que nous avions commandé ces chaises, qu’elles ont été fabriquées pour nous, ce qui supposerait que nous avions planifié notre expédition à Vierzon, ce qui me paraît improbable… J’ai peut-être la facture quelque part qui me permettrait d’élucider ces divers points.

Quoi qu’il en soit, ces chaises arrivent au bout de leur vie: une première s’est écroulée sous les fesses de C. il y a un ou deux ans (c’est toujours spectaculaire et effrayant), une deuxième il y a quelques jours sous Eric (et la peur qu’il se soit blessé): il devenait urgent de racheter des chaises; enfin des tabourets, j’espérais racheter des tabourets.

Quelques magasins plus tard, proches (acheter local!) puis plus loin, j’ai dû me rendre à l’évidence: j’étais ringarde avec mon idée de tabouret, de tabouret simple, de tabouret de cuisine. Il n’existe plus que des tabourets de bar pour cuisine à l’américaine. J’hésite entre le rire et la vexation en voyant l’air méprisant des vendeurs de meuble: certes mon coco, je ne suis pas à la mode; mais justement, je ne suis pas à la mode: je ne laisse pas la télé uniformiser mes goûts, je sais ce que j’aime, ce qui me plaît, ce que je cherche — le plus souvent des souvenirs d’enfance ou des clins d’œil littéraires ou cinématographiques.

Nous avons fini par trouver «nos» chaises, les plus simples du monde, une idée platonicienne de la chaise, une forme de chaise de classe des années 80 peinte en blanc, la chaise sans apprêt convenant à un hôpital.

Un vaccin

Un DT-Polio attend dans le frigo depuis septembre (ce qui me vaut quelques moqueries du type "c'est comme le yaourt, ça ne se périme pas"), je prends le temps de me faire vacciner avant le stage d'aviron (je suis prudente face au risque de tétanos). La remplaçante (qui succède à une remplaçante) qui travaille le samedi est encore plus blonde et plus menue avec des yeux d'un bleu plus pâle (genre Sylphide dans Albator) et je me demande comment elle a résisté en internat qu'on dit si dur (ce qui est bien sûr une question complètement stupide: les grands costauds ne sont pas les plus solides, leur métabolisme de base est trop élevé; mais cela me fait prendre conscience de mes préjugés).

Déjeuner au restaurant avec seulement H. et A. J'évoque la possibilité de demander à Red (un contact FB dont j'admire les poèmes) s'il pourrait trouver un ami pour l'accueillir en ranch et elle a les yeux qui pétillent.

Je vais récupérer O. gare de Lyon. Excellente semaine de ski, ce qui me fait plaisir pour sa dernière colo.

Journée catholique

A midi je retourne pour la première fois depuis longtemps à la messe à la Défense (erreur de débutant: comme l’année d’ecclésiologie m’a fait prendre conscience de l’importance de la notion de «paroisse» ou «communauté» («faire Eglise»), je m’étais dit que j’irais à la messe dans ma ville, le samedi soir ou le dimanche soir. Après quelques mois, l’expérience prouve que je ne fais pas, par flemme ou pour ne pas déranger le rythme familial. Erreur de débutant: arrêter quelque chose « qui marche » pour mettre en place quelque chose, certes mieux en théorie, mais qui « ne marche pas ».)
Nous sommes en période de carême et j’ai la surprise de voir des adultes faire leur première étape de baptême (***) afin d’être baptisés le jour de Pâques.
C’est vraiment quelque chose qui m’étonnera toujours: des adultes qui se convertissent, qui viennent à la fois. Cela me paraît inconcevable dans notre monde actuel, tellement méprisant pour la foi (à moins d’être tombé dedans quand on était petit…)


Le soir, étrange écho, Hervé me propose d’aller au cinéma et je propose Spotlight: cela fait six semaines qu’il passe, j’avais peur d’un film bêtement (brutalement, systématiquement) anti-catholique comme le sont certains de mes amis FB, mais je n’ai rien lu nulle part sur ce fim (ni blog, ni twitter, etc), et quand un film tient six semaines, c’est qu’il est bon, ou tout au moins qu’il a quelque chose à dire.

En fait c’est un très bon film par sa retenue même. Il s’attache avant tout au travail des journalistes, c’est lent, sans éclat, comme le sont certains films sur le travail policier.
Ce qui m’a le plus frappée, c’est la prédiction d’un psychologue: «Il devrait y avoir 6% de pédophiles parmi les prêtres, c’est la moyenne statistique», et son explication: «le vœu de chasteté n’est pas respecté dans la moitié des cas; cela crée dans l’Eglise une habitude du silence et du mensonge qui mène à couvrir des conduites plus graves.»
Il n’y a aucune raison que ces 6% ne soient pas universels, ils doivent être valables en Europe, en France. Si c’est le vœu de chasteté qui mène à cela, il faut accepter le mariage des prêtres (ce qui posera le problème du divorce, il faut l’admettre, l’Eglise le sait. Ce n’est pas pour rien que l’Eglise orthodoxe est plus souple avec le divorce.
En un mot, de nombreuses remises en cause. Mais c’est inévitable.

La vertèbre mystérieuse

J’ai choisi le garage pour la révision («Service dans 30 jours», «Service dans 10 jours», «Service dans 1 jour» (mais qu’est-ce que ça veut dire exactement?) clignote sur le tableau de bord chaque fois que nous démarrons la voiture dans la précipitation des départs à la gare. J’ai promis à O. de faire le nécessaire pendant les vacances) en fonction de la facilité à reprendre le RER ensuite, mais je suis très contente du garage ainsi trouvé: un garage de pères en fils sur trois générations et peut-être quatre (le dernier est en culottes courtes), aimables et souriants (garage Rabès, concessionnaire Volkswagen, si ça en intéresse certains).

Je passe chercher la Coccinelle. Le garagiste me tend solennellement un petit sachet en plastique contenant une vertèbre jaune, trop grosse pour une souris. Un écureuil?
— Il y en avait partout dans le moteur. Il y en a une ou deux qui sont coincées, qu’on n’a pas réussi à enlever.

Qu’est-ce que c’est? Un chat qui a abandonné un cadavre? C’est bizarre, il n’y a pas eu d’odeur de décomposition, or cela aurait pué.
Ou un rongeur venu de lui-même à cause de l’enrobage des fils à base de maïs (un classique)?

J’achète une bombe anti-rongeurs à pulvériser sur le moteur.

Je documente

Tout le métro est en train de se transformer, parfois de façon impressionnante, comme aux Halles où de nouveaux passages sont percés. Comme je n’ai pas grand chose à raconter (c’est les vacances, j’ai déposé la Coccinelle au garage à Villeneuve-St-Georges pour la révision, c’est à peu près l’exceptionnel de cette journée), je "documente" ces changements, j’en garde une trace.

Ici, le sol creusé et décapé entre la ligne 1 et la ligne 14.



Dimanche calme

Une heure sur Barth. Le travail effectué en allemand il y a deux ans m'est utile, je me félicite d'avoir acheté L'Encyclopédie du protestantisme (la prof Lucie Kaennel était l'un des auteurs).

Aviron. En regardant mes photos, je me dis que nous n'avons pas eu un jour de grand soleil de l'hiver. Courant, rafales de vent, douceur de la température.
Yolette, Philippe, Véronique, Stéphane, Magali (je me suis appliquée, je ne suis pas arrivée la dernière! Il faut que je parte de la maison à 9h15 (tout cela noté ici pour moi-même, cela n'a strictement aucun intérêt pour vous)). Peu de monde, c'est les vacances. La voiture indique une fois encore "défaillance freins" pendant que je roule en régulateur de vitesse et je dois appuyer à fond sur le frein pour le décoincer et ralentir. C'est flippant, faut avouer (cela m'était déjà arrivé en revenant de Blois en janvier). Je l'emmène à la révision demain, heureusement (et chaque fois je me dis que je dois me tromper dans l'usage d'amener/apporter/emmener, mais tant pis).



Buñuel, La mort en ce jardin. Aguire ou la colère de Dieu a-t-il un lien avec ce film? (les dernières paroles de Vanel, les dernières images… et tout le reste.)

Journée agréable à ne rien faire sans avoir rien d'urgent à faire (si ne rien faire est courant, la seconde partie de la phrase est beaucoup plus rare. Quelle surprise, quelle richesse, quelle tranquillité soudain).

Désœuvrement

Ménage avec les garçons en écoutant les vieilles chansons de Renaud (Dans la tire à dédé, j'en ai fait des virées…). Tout de suite c'est plus gai.

Blanquette au restaurant en face de l'église, RER pour gare de Lyon. Dernier départ en colo de ski (sur le thème Dernières R.A.B.).

Humour SNCF (si c'est possible)



Retour à la maison.
Et là, soudain, le vide: rien d'urgent, aucune action qui s'impose, je peux choisir ce que je vais faire. Depuis combien d'années cela n'était-il pas arrivé? Je prends conscience que cela devrait arriver de nouveau de plus en plus souvent. La vie de Benjamin Button, la retombée de la parabole après avoir atteint le sommet. C'est un peu inquiétant, mais quelle liberté.
(Et donc lecture et théologie. Oui, bon, ça ne change pas beaucoup, mais ça change énormément de ne pas y être obligée par un examen, une dissert, ou que sais-je encore.)

Entretien professionnel

Encore une journée "à m'occuper des gens" (répondre au téléphone et aux mails), par opposition à clôturer les comptes (je m'y mets vraiment la semaine prochaine, j'espère aller vite. Le vrai sujet de cette année, c'est l'assemblée générale extraordinaire pour approuver les statuts: comment obtenir le quorum?).

Entretien professionnel en fin de journée (un entretien à quatre heures le vendredi? Sérieusement?), le genre de truc qui m'a toujours fait sourire comme un hochet détestiné à amuser le bon peuple (même si dans le principe ce n'est pas idiot: préparer par la formation l'évolution des métiers des salariés). Enfin bon, ça me permet de papoter agréablement avec quelqu'un dans le groupe depuis aussi longtemps que moi. Elle est référent handicap (je mets ces liens à l'attention des lecteurs qui n'imaginent pas la vie en grande entreprise) et j'en profite pour lui parler d'un vague projet: prendre un chien en formation dans un ou deux ans (comme il faut le rendre au bout de dix-huit mois, j'attends que les enfants aient quitté la maison pour le faire — ou pas : je ne suis pas sûre d'être capable d'un tel engagement sur la durée).

Retour à Noisy

Réunion d'équipe dans l'est parisien. (Dans l'ascenseur je croise Philippe, coïncidence).

Je ne connais pratiquement personne puisque nous n'appartenons pas à la même entreprise et ne travaillons pas sur les mêmes sites (un peu n'importe quoi, mon rattachement sur l'organigramme). Moment joyeux qui permet de mesurer le chemin parcouru et d'entrevoir les problèmes concrets que peuvent poser des décisions qui paraissent pourtant simplificatrices (par exemple, j'apprends que le matricule unique (qui suit un salarié à travers ses tribulations dans les diverses entreprises du groupe) pose des problème d'historique aux entreprises quittées par ce salarié: celles-ci perdent toutes les infos concernant ce salarié, car les données suivent le salarié dans sa nouvelle affectation, d'où des difficultés de contrôle de gestion. Rien d'insurmontable, évidemment, mais trente ans plus tard, je suis toujours étonnée par les conséquences que peuvent avoir des décisions paraissant aller de soi (un matricule unique, ça paraît tout de suite plus simple: eh bien non)).

J'apprends aussi les conditions de la dématérialisation des bulletins de salaire: ils doivent être déposés dans des "coffre-forts sécurisés", et à l'heure actuelle seuls la Poste et la Caisse des Dépôts proposent ce dispositif.

Quelques remarques (j'appartiens au service "Rémunérations et avantages sociaux") font clairement comprendre à ceux qui auraient eu encore des doutes que la retraite par répartition est en train de mourir: la question est de savoir ce qu'il vaut mieux proposer aux salariés, pour leur avenir (rôle social de l'entreprise, souhait d'être attractif à l'embauche, mobilisation de sommes à placer sur le marché financer) et sans que cela coûte trop cher à l'entreprise (l'abondement, la loi Macron, etc).
Je rappelle avec le pessimisme qui me caractérise que les retraites par capitalisation ont fait faillite dans les années 30 et que c'est pour cela que le système par répartition a été mis en place: l'un n'est pas plus sûr que l'autre. Les coups de fil de retraités que je reçois semblent prouver une chose : il faut être propriétaire de son toit et il ne faut pas vivre seul (en couple, en fratrie, entre amis, en famille…), cela permet les économies d'échelle.

Je rentre tôt ce qui me permet d'aller voir Avé César des frères Coen. En attendant le début de la séance je découvre que la ville a mis en place des étagères de troc deux livres. Je prends Le chêne et le veau, un Anatole France, une biographie de Reinhart Heydrich et Une saison d'anomie de Wole Soyinka. Je pourrai y ramener un ou deux livres (pas grand chose car je n'ai pas beaucoup de livres superflus).

Le Coen fait partie des non-films tels que les deux frères en font régulièrement, tous les deux ou trois films, un truc kitsch sans queue ni tête (le répertoire des clichés du cinéma en 1945) dans lequel je ne peux m'empêcher de voir un grand amour du cinéma malgré tout.
Surprise : deux films de suite qui commencent par un visage du Christ (Les 8 salopards): c'est le nouveau must?

Santé

Ce matin ostéo, les voyages en avion ne m'ont pas fait du bien. Je suis stupéfaite qu'il se souvienne si bien de moi, bien que «je n'ai pas retrouvé votre fiche, elle devait être manuscrite et je ne l'avais pas rentrée sur ordinateur, je la chercherai plus tard». Y a-t-il une mémoire qui s'inscrit dans les mains, par le corps? (de même le kiné croisé ce matin, qui avait rééduqué mon doigt cassé (été 2012), qui me salue comme si nous nous étions quitté la veille).
J'ai toujours la même surprise, la même reconnaissance, quand on me soigne, quand on s'occupe de moi. Chaque fois je suis gênée de découvrir ce mouvement en moi. Suis-je à ce point assoiffée de soins?

A midi à la cafétéria je m'échauffe avec quelqu'un que je connais à peine, le collègue d'une rameuse, à qui j'explique le déremboursement des spécialistes de secteur 2 qui n'ont pas signé de contrat d'accès aux soins (voir ici p.12 et 13 pour les courageux: si votre mutuelle vous rembourse moins bien pour les spécialistes non CAS depuis janvier, ce n'est pas qu'elle ne veut pas vous rembourser mieux, c'est qu'elle ne peut pas, à moins d'accepter de payer 7 à 8% de taxe en plus).
«Oui, me dit-il, et en plus mon spécialiste me dit que bientôt nous ne serons plus libres d'aller voir qui nous voulons, il faudra aller dans des centres de soins choisis par les mutuelles.»
Mon sang ne fait qu'un tour. Je ne sais pas exactement de quoi il parle, y a-t-il vraiment des velléités de rendre une telle organisation obligatoire (il existe des réseaux ressemblant à cela, mais facultatifs), je pense à jaddo et à tous les blogueurs médecins généralistes qui appellent de leurs vœux des maisons de soins réunissant divers spécialistes…
— Oui enfin, ce qu'il est surtout en train de vous dire, c'est que pendant des années les spécialistes se sont alignés sur les remboursements des mutuelles («votre mutuelle vous rembourse 400€? Bon, je vous fais 400€ de dépassement. Ah, elle rembourse 600? Bon, alors ce sera 600») et maintenant ce temps-là est fini et c'est bien fait pour eux. Ce qui me fait m'étrangler dans mon café le matin, c'est quand j'entends à la radio que c'est la faute des mutuelles si la santé augmente. Autre chose: maintenant la loi oblige à présenter les remboursements des contrats de santé en "tout compris", sans distinguer la part de la sécu et la part du contrat, et vous savez quoi? Ça prépare simplement le désengagement de la sécurité sociale, elle va réduire sa part, les mutuelles seront obligées de compenser et d'augmenter leur tarif, et tout le monde va encore dire que les mutuelles se font du gras sur le dos des gens.
— Dites donc, ça vous énerve!
— Oui. Ce n'est pas tant que la sécu se désengage, mais qu'on ne soit pas clair, que l'Etat cache ces tours de passe-passe en faisant porter le chapeau aux mutuelles. Regardez par exemple: qui sait qu'elles paient une taxe pour que les généralistes aient pu passer à 23€? C'est elles qui portent ce poids-là, et personne ne le sait, c'est passé comme un succès des négociations professionnelles et une bonté de la sécurité sociale. En réalité, les mutuelles financent directement cette mesure et elles sont trop bêtes pour l'expliquer.

(Etc, etc. C'est vrai que ça m'énerve. Qu'on fasse ce qu'on veut, il faut bien trouver l'argent quelque part, mais qu'on dise la vérité, c'est agaçant à la fin.)

Ergo

J'arrive trop tard, l'équipage du seul bateau qui sortira aujourd'hui est déjà complet. Tant pis (tant mieux je suis flemmarde), je reste à l'intérieur à faire de l'ergo (du rameur, en langage courant).
C'est beaucoup plus fatigant que ramer: il n'y a ni les problèmes d'équilibre, ni les problèmes de coordination en équipe, on est dans la force pure. Je m'épuise en deux fois vingt minutes (cinq minutes cadence 18, puis 20, puis 22, puis 24, récupération, puis cinq minutes cadence 24, puis 22, puis 20, puis 18). Comme d'hab je m'arrache la peau des fesses (il faut absolument que je trouve une solution).
Je sais que je suis désormais sur la pente descendante de ma forme physique. Cela a basculé je ne sais quand les dernières années, il n'y a pas si longtemps. Je sens que je peux me maintenir, mais à l'unique condition de ne jamais arrêter.

Programme

A lire
(Sans date : date du billet;
dates soulignées: jour où j'ai noté le titre ou l'auteur qui m'est passé par la tête;
autre date: jour de fin de lecture. Les livres abandonnés en cours ne sont pas répertoriés.
)

Remarque : si l'on compte cinquante livres par an, on arrive à mille en vingt ans. Il est inutile d'envisager plus.

Walter Kasper (le Christ, Dieu, l'Eglise)
Le journal de Congar

Balzac
* 23 février 2015 : Les Chouans
* 12 mars 2015 : La maison du Chat-qui-pelote
* 13 mars 2015 : Le Bal de Sceaux
* 15 mars 2015 : La Vendetta
* 14 janvier 2016 : Physiologie du mariage
* 19 janvier 2016 : Une double famille
* 20 janvier 2016 : La paix du ménage
* 21 janvier 2016 : Gobsek, Un épisode sous la Terreur, Une passion dans le désert
* 22 janvier 2016 : Sarrasine
* 22 février 2016 : La peau de chagrin
* 29 avril 2016 : Jésus-Christ en Flandres
* 3 mai 2016 : Le Chef d'œuvre inconnu

Conrad
* 22 mai 2016 : Almayer's Folly
* 23 juin 2016 : An Outcast of the Islands
* 27 septembre 2016 : The Nigger of The Narcissus

Dickens
Tristram Shandy
- Berlin Alexander Platz (en allemand)
- Derrida par Peeters
- The Golden Bough
- Darwin, De l'origine des espèces
tout Swift
tout Carroll
toute la poésie de TS Eliot,
Ulysses,
Don Quichotte dans la traduction récente,
les Mémoires de St Simon en deux tomes,
tout Henry James,
tout Wilde,
tout Poe,
tout Baudelaire,
tout Rimbaud,
tout Chateaubriand,
tout le Proust littéraire (pas la correspondance),
tout Flaubert
Hugo

Verne
* 7 septembre 2016 : Vingt mille lieues sous les mers

Moby Dick
tout Kafka
Apologia pro Vita Sua
Homère
Tabucchi
des Russes
La jeunesse de Pouchkine

17 avril 2016
Hugo Soly (dir.), Charles Quint, 1500-1558. L'empereur et son temps, Paris, Actes Sud, 2000 (recueil d'articles thématiques par les meilleurs spécialistes)

22 avril 2016
R.M.W. Dixon: "Where Have all the Adjectives Gone?" dans Where Have all the Adjectives Gone? and Otehr Essays in Semantics and Syntax, éd. De Gruyter-Mouton
Le premier Saussure
Benveniste
Vocabulaire de l'exégèse d'Aletti & co
Présence et Pensée Balthasar sur Nysse
Canevet G de Nysse et l'herméneutique biblique
Théobald: le chistianisme comme style
Leo Strauss: Le petit jaune, sur Platon
Leo Strauss
David Bellos, Le poisson et le bananier
Heidegger sur Parménide
Clémence Ramnoux sur Héraclite

24 avril 2016
E. Busch: une biographie de Barth
Harnack, L'Essence du christianisme
Troeltsch: «L'absoluité du Christianisme»
Bultmann, Histoire de la tradition synoptique
Barth L'Epître aux Romains
Alain de Libera sur le nominalisme
Greisch, Le Buisson ardent
Panorama de la théologie au XXe
Braudel, La Méditerranée
Aron, Mémoires
Döblin, 1914-1918

26 avril 2016
Barth, La théologie protestante au XIXe (contrepoids au Gibellini)
Boenoffer
Thérèse d'Avila
Soeur Sophie de Jésus, Défier le chaos

27 avril 2016
Monk Ludwig Wittgenstein: The Duty of Genius (peut-être)
Balthasar sur Barth (livre commandé non reçu)


28 avril 2016
Karl Jaspers Kant


29 avril 2016
Nuruddin Farah
Sembéné, bouts de bois (approximatif. A retrouver. livre hôtel Madrid)


30 avril 2016
Albert Schweitzer, la quête du Jésus historique (on traduit en français. En anglais)
Balthasar, Apokalypse der deutschen Seele, 3 tomes non traduits, apparemment


1er mai 2016
Saint Thomas, progressivement
Jon Elster, Le tirage au sort, plus juste que le choix rationnel.
Jon Elster en général (bibliothèque ICP)
Pranchère et Lacroix sur les droits de l'homme
La lecture de la Bible par Cayce
O'Malley, L'événement Vatican II et Le Concile de Trente : Ce qui s'est vraiment passé
Gilson, Introduction à la philosophie de saint Thomas d'Aquin
Balthasar, L'Amour seul est digne de foi porte d'entrée selon Fisichella ds Lacoste
L'anthropologie sociale du Père Gaston Fessard
Tilliette, Schelling
Friedrich D. E. Schleiermacher, Herméneutique


2 mai 2016
Wole Soyinka
Golding, l'histoire de la traversée en trois tomes

5 mai 2016
Bousquet, Les grandes révolutions de la théologie moderne
Poulat, Histoire, dogme et critique dans la crise moderniste
Durand, Holzer, Les sources du renouveau trinitaire

7 mai 2016
Eduardo Galeano, Les Veines ouvertes de l'Amérique latine
Sebastien Doubinsky (à la bilbiothèque)

8 mai 2016
Arendt, La condition de l'homme moderne (peut-être)
Arendt

12 mai 2016
Claverie, Humanité plurielle
L’hospitalité divine

25 mai 2016
Oscar Cullmann, Christ et le temps
Eberhard Jüngel, Dieu mystère du monde
Melville, Clarel
Grégoire de Nysse

13 juin 2016
Jean-Claude Milner, Le périple structural
Antoine Meillet, Aperçu d'une histoire de la langue grecque
Adam Parry (éditeur), The Making of Homeric Verse: The Collected Papers of Milman Parry

La Bible (plusieurs fois)
* 12 août 2015 : La Genèse

Escamilla, Chaunu, Charles Quint

27 juin 2016
Etienne Gilson : voir dans le Dictionnaire des théologiens des idées de titres

11 juillet 2016
Gadamer, Vérité et méthode

26 juillet 2016
Merleau-Ponty
Jared Diamond, De l'inégalité parmi les sociétés
Kapuscinski

5 août 2016
Barth, Synthèse dogmatique

7 septembre 2016
Melville



A apprendre
Les Fables de La Fontaine

Patristique

Différence entre patrologie (essentiellement un travail d'édition (traduction et philologie) et patristique). Définition de la patristique: un auteur antique (pour les catholiques, les orthodoxes reconnaissent des pères de l'Eglise jusqu'au XIXe), orthodoxe (non hérétique), reconnu par la communauté et reçue par l'Eglise (contre exemple : Tertullien ou Origène. Appelés alors écrivains ecclésiatiques).
Le dernier père (majuscule ou pas?) en Orient, Jean Damascène, mort en 750; le dernier père en Occident, Isidore de Séville, mort en 636. (Je me souviens de la première fois que j'ai croisé le nom d'Isidore de Séville dans une note de bas de page du livre de France Yates, (L'art de la mémoire) et de l'incompréhensible ravissement qui m'avait saisie alors). Le De Trinitate de Saint Hilaire de Poitiers, une œuvre de génie (vous avez compris que je jette ici de mémoire des bribes de cours).

Le mode de validation du prof me fait sourire. C'est la première fois dans toutes mes études que je vois un prof vouloir s'assurer que nous avons lu un auteur et non ses commentateurs (je veux dire que tous les profs nous disent de lire les auteurs, mais en réalité, c'est l'habileté à citer les commentateurs (en philo, littérature, théologie) qui est récompensée. Après mon bac je l'ai compris tard; je lisais Proust pendant que les autres lisaient Barthes, ils avaient raison — eux, ils savaient, ils maîtrisaient le discours et le sous-discours). Ce professeur ne donne pas de bibliographie. Irénée de Lyon, Tertullien, Origène, Athanase d'Alexandrie, Grégoire de Nysse: nous choisissons deux à cinq pages d'un de ces auteurs, nous venons à l'oral avec deux exemplaires du texte choisi, nous présentons sans note, puis il pose des questions pour s'assurer que nous avons lu l'ensemble du livre et l'ensemble du cours.
C'est excitant. La perspective de devoir enfin lire un père de l'Eglise (car l'obligation devient une permission: tant de choses à lire que toute lecture non obligatoire devient de l'oisiveté) est excitante. Il va falloir feuilleter un peu pour choisir. Par expérience, je sais que j'ai moins de mal avec les auteurs traduits du grec que du latin. Un petit penchant pour Athanase. A vérifier.



Agenda
Eric et Vincent à la maison pour trois jours. Session de programmation. J'ai l'impression de revenir quinze ans en arrière. Que j'aimais cela, cette ambiance de réflexion et de débats.

Dimanche

Je retourne à Melun pour la première fois depuis trois semaines. Quelle flemme, pas envie d'avoir froid.

J'arrive juste à temps pour entendre «Qui veut faire un quatre?», je dis «Moi» et je me retrouve avec des rameurs de niveau plutôt faible: je vais ramer à la nage d'un bateau pas désagréable dans l'esprit mais cahotique. Il n'y a pas de vent, il ne fait pas froid, mais il y a énormément de courant.

Pour changer, je vous mets une image du ponton. Chaussures de compétiteurs pour la plupart: les bateaux de compétition ont des chaussures intégrées, ce qui pose parfois des problèmes de pointure quand les filles empruntent des bateaux de mecs (le contraire n'arrive jamais).



A midi nous sommes trois, A. est retournée à Lisieux hier soir après une semaine de mauvaise humeur (elle s'est disputée avec une amie et c'est nous qui en avons payé les conséquences) et les grands fêtent la St Valentin à Paris. Je m'habitue à l'idée que l'année prochaine je serai sans doute seule la plupart du temps. Silence de la grande maison vide.
— Peut-être qu'il va devenir rationnel de vendre cette maison?
— Pas avant deux ou trois ans, il faut la remettre en état si nous ne voulons pas perdre de l'argent.


Le soir violente dispute: H. apprend alors que nous sommes en train de goûter (mais oui, cela arrive: nous goûtons!) que j'ai embauché un jardinier. Il m'accuse de l'avoir fait sans lui en avoir parlé: «Mais enfin, tu étais d'accord, c'est toi qui m'a donné son nom! — Oui, mais je croyais que tu voulais qu'il vienne une fois, pas de façon permanente.»
Mais à quoi sert un jardinier une fois quand la végétation pousse tous les jours?

(L'origine du débat était le ménage: prendre une femme de ménage. J'ai répondu qu'entre la femme de ménage et le jardinier, il me semblait que nous pouvions nous charger du ménage. Le problème, c'est que si nous ne nous y mettons pas tous ensemble, je n'y arrive pas, je ne suis pas motivée, après tout je ne suis pas la seule à vivre ici1, il n'y a pas de raison que je le fasse seule (ou alors j'ai besoin d'être vraiment seule, sans personne à la maison, ce qui n'arrive jamais): en une heure, à cinq, nous abattons du boulot! Mais je n'ai jamais réussi à instaurer cette routine.)
Bref, violente dispute un peu ridicule qui nous laisse comme chaque fois honteux et désemparés.

Ménage et rangement car nous accueillons deux amis trois jours. Bénéfice inattendu pour O.: il récupère un ordinateur dans sa chambre (pour faire de la place sur le bureau de H.). Il est heureux.


Note
1 : peut-être aussi que si je l'oublie, mon corps se souvient que les produits ménagers et la poussière le rendent malade. Ce soir encore, ventoline. Raison de plus pour prendre une femme de ménage, me direz-vous. Sauf que je nie le problème, j'espère toujours qu'il va passer, que c'est une illusion. A vrai dire, je pensais prendre jardinier et femme de ménage, je n'imaginais pas que ça coûtait si cher: j'ai réduit mes ambitions de dépenses.

Un écrivain

Journée sur "le Père". Je n'ai pas travaillé et je m'ennuie car je ne comprends pas les subtilités, tout me paraît identique.
L'animatrice du TG paraît très stressée à l'idée que chaque groupe devra rendre compte de ses travaux et elle dirige et bride considérablement la parole.

Les travaux dans le bâtiment central de l'ICP nous oblige à nous replier sous un barnum dans le château. Plusieurs années sont mélangées, nous retrouvons également ceux qui étaient avec nous l'année dernière, maintenant en année 6, qui ont cours avec les années 7. Discussion à bâtons rompus et verres de rouge — je bois trop. Nous parlons bâteau, marine — je sympathise avec un homme qui ressemble à un cavalier militaire mais s'avère marin. En fin de discussion il m'encourage à faire du droit canon — et pourquoi pas: je ne pourrai pas faire d'exégèse, c'est trop tard, je ne travaille pas assez les langues, je ne pourrai pas faire de théologie, je ne comprends l'utilisté de ce découpage de cheveux en quatre par rapport à la foi (le spirituel pur m'intéresse davantage, la méditation des Ecritures), alors pourquoi pas le droit canon? (ou rien. Peut-être que ce n'est pas ma voie, mais ai-je une voie? je finis par désespérer de trouver.)

En sortant je vais à Gibert Barbès: Emmanuel (Régniez) y présente son dernier livre, Notre château. Il pleut, il fait nuit. En sortant du métro, je suis abasourdie: je suis dans un quartier noir, totalement noir, même pas (ou même plus) mélangé d'Arabes. Comment avons-nous pu laisser cela se produire? Nous n'aurions jamais dû laisser cela se produire, il faut absolument que les couleurs de peau soient mélangées afin qu'aucune ne dépare, dans aucune circonstance. Sinon cela crée la peur et la méfiance.
Peut-on encore y remédier?

Emmanuel, Tlön. La librairie est grande, lumineuse. Nous nous moquons de la mode du coloriage (j'ignorais que cela avait pris une telle ampleur). Tlön s'éclipse, je discute un peu avec Emm., nous fumons une cigarette à l'entrée du magasin, parlons du risque qu'il devienne célèbre avant sa mort. Il se plaint d'écrire très lentement. Je rentre en mangeant des marrons chauds.

Lire Drieu


Gilles, ligne 14, vers 7h45 à Châtelet.

Encore un conseil d'administration. L'un des administrateurs est fou furieux, je ne comprends rien à sa logique, il se bat deux réunions de suite pour une cause et défend l'inverse la troisième fois alors que nous venons de voter une modification des statuts conforme à ses souhaits précédents…
Nous nous perdons en conjectures: peut-être voulait-il savoir en prêchant contre ses convictions quelle position l'entreprise allait prendre dans des négociations de branche (mais ce n'est pas le lieu pour ce genre de finasserie politique), ou alors, beaucoup plus simplement, comme il vient de province, veut-il faire durer les débats suffisamment longtemps pour justifier son déplacement…
C'est très fatigant.

Pas dans mon assiette ce soir. Je regarde Benjamin Button (première fois que je vois Edgar Cayce cité dans une œuvre grand public). La vie comme une parabole (trajectoire en parabole). Puis Bullitt. Etonnante bande-son. Pas envie d'aller en cours toute la journée demain.

Un témoin du passé

Vu la fille de Philippe F., un collègue de travail de 1998-2001. Elle est passée au bureau me dire bonjour de la part de son père qui avait repéré que je travaillais dans le même immeuble que sa fille et nous avons évoqué des souvenirs. C'est étrange, elle connaît tout le monde alors qu'elle n'avait que douze ans à l'époque. Philippe devait beaucoup parler de la boîte à la maison. Il est vrai que c'était magique. Il est rare que je passe une semaine sans penser à quelqu'un de cette époque, ne serait-ce qu'à cause du célèbre «Connerie!» qu'assénait Jean-Baptiste en réunion devant les consultants qui encadraient le projet… (Il faisait plus d'un mètre quatre-vingt-dix et c'était très impressionnant — et plutôt satisfaisant — de le voir proclamer «Connerie!» de toute sa hauteur.)

Philippe, lui, c'était «Osons!» qu'il prononçait en saisissant son crayon à papier pour noter quelque idée iconoclaste ou décision joyeuse et inattendue, et que je prononce parfois in petto pour me donner du courage. J'en ferais bien une devise — j'en ai peut-être fait une devise.

Nous avons au fond du jardin une Opel qui moisit que Philippe nous avait donné pour que les enfants jouent dedans et avec. Sa fille était venue à la maison lorsque son père nous avait amené la voiture, elle se souvient de mon bœuf aux rognons: elle est donc l'une des dernières témoins de ma cuisine, avant que j'arrête de toucher aux casseroles.

Couleurs

A travers la somnolence qui berce souvent mes voyages en RER, il me suffisait d'entrouvrir à peine une paupière pour identifier une station: un flou rouge à travers les cils, Nation; orange, gare de Lyon; bleu, Châtelet; blanc, Charles de Gaulle.

Las, il y a longtemps que Châtelet n'est plus bleu mais gris (longtemps, mais quand? Je n'ai pas saisi le moment, je ne l'ai pas vu: ces disparitions brutales ou insensibles (qu'est-ce qui qualifie mieux le fait de se rendre compte un jour d'un événement survenu avant, sans date? l'incapacité d'enraciner un souvenir est un vacillement) me troublent, me poursuivent, car je n'ai pas pu faire mes adieux à un état du monde).

Je viens de m'apercevoir que gare de Lyon est en train de tourner elle aussi au gris. Photographie donc, pour se souvenir de l'orange.



Qui m'apportera une photo des étagères vert pomme de la bibliothèque Pompidou avant 2000 ?

Gossip

Premier dîner "littéraire" depuis septembre: impossible durant le premier trimestre entre cours de grec et cours flottant.

Thème :les écrits des académiciens actuels. En précisant "actuels", Marie-Paule m'empêche de me défausser vers Yourcenar, par exemple. J'hésite entre Delay et Obaldia et je choisis Mgr Dagens, en me disant que personne ne présentera Grégoire le grand (et bien sûr, me permettra de lire à propos d'un père de l'Eglise).
Bien sûr, je ne me fait pas grande illusion: un gros livre (pas si gros, cent à deux cents pages de notes en latin et de références à la fin, toujours ça de moins à lire) sur un sujet austère, la spiritualité chrétienne infusant l'Europe au moment des invasions barbares, personne, normalement, ne va m'emprunter un tel livre.
Mais j'essaie: il peut y avoir à ma table de vieux amoureux des humanités, du latin et du grec, qui seront heureux de se plonger dans leurs souvenirs. Il peut arriver que quelqu'un s'intéresse à l'histoire des mentalités (car sans la foi, cela revient à cela).
Mais pas ce soir.

Ce soir, j'ai découvert des acamédiciens dont je ne savais même pas qu'ils étaient écrivains: Dominique Bona?

Je suis frappée que tous les livres présentés à ma table étaient de l'ordre de la biographie ou de l'histoire, y compris de l'histoire très contemporaine: Fou de toi (Paul Valéry), Berthe Morisot, Sauver Ispahan et Globalia, Trop bien élevé, François le Petit (le genre de livre que je déteste profondément), et mon Grégoire le grand.

Les livres (la littérature) intéressaient moins mes compagnons que les potins, une telle a ouvert le bal de la faculté de droit à Rennes avec Bredin dans les années 60, une autre ne s'intéresse qu'aux rapports entre la famille Manet et Valéry (une cousine épousée), la troisième rit beaucoup aux allusions de François le Petit alors que je n'en comprends aucune et m'en moque éperdûment : tout cela sera oublié dans dix ou quinze ans, il faudra d'interminables notes de bas de page pour expliquer qui était qui…

Pour le reste, j'ai assisté éberluée à un condensé de café du commerce : l'association de l'école propose un voyage en Iran, et ces dames de commenter l'obligation de porter un foulard, des pantalons larges et des tuniques longues, et moi de penser à Soumission (mal à propos, puisqu'il s'agit de l'Iran et non de la France), de me demander peu charitablement quelles pensées perverses pourraient inspirer ces dames et à quel point il faudrait être pervers pour qu'elles en inspirent (pour donner une idée, elles s'exclameront: «elle est morte très jeune, à cinquante-sept ans». Euh… pour moi, «très jeune», pour mourir, c'est avant trente-cinq ans, ensuite c'est jeune (avant quarante), puis dommage (avant soixante), puis envisageable mais regrettable (avant quatre-vingt ans), puis «c'est la vie»).
A été commenté également l'imminent remaniement ministériel, la réforme de l'orthographe, la grâce présidentielle de Mme Sauvage («La légitime défense en tirant dans le dos, ce n'était pas tenable. Je ne comprends pas pourquoi ils n'ont pas plaidé les circonstances atténuantes» — ce qui est exact.)

Je les aime bien, ils m'ahurissent: je contemple l'écart qui nous sépare et je me demande pourquoi je n'ai pas compris plus tôt que c'était inévitable et sans importance, que je ne leur ressemblerai jamais mais qu'en réalité je ne le souhaitais pas, je le détesterais; mais que cela n'empêchait pas de passer une curieuse et confortable soirée.

Lundi

Lever 5h30, couture (badges sur chemise scoute (je sais, il devrait les coudre lui-même, mais après tout il est mineur et c'est mon petit dernier, je peux bien coudre si ça me plaît)) en regardant le début de Benjamin Button.
J'emmène la chemise et le nécessaire à couture pour coudre dans le RER: la chemise doit servir demain pour Mardi Gras.

Je commence Saint Grégoire le Grand de Mgr Dagens et j'y vois d'étranges résonnances avec le dernier Houellebecq, des résonnances en creux, bien sûr.

Le soir, la professeur nous a remerciés : «Samedi a été une très longue journée pour moi, mais je dois vous remercier: je ne me suis pas ennuyée une seconde, cela a été passionnant».
Et cela me remue bien plus que des félicitations, un professeur qui nous remercie.

Stage technique BAFA

— Le buta t'oublie.

Panne de réveil

Ça ne m'arrive jamais ou presque. Je vais ramer sans mettre mon réveil. Mais ce matin 9h02. Trop tard, trop tard, pas question que je parte sans mon petit déj et surtout mon thé chaud, quarante minutes pour être à Melun, inutile, en retard, les bateaux seront partis, trop de courant, je ne peux pas faire de skiff, je reste — deux dimanches de suite, un de trop.

Marché, un peu de ménage, un peu de FB, un peu de rien, un dimanche de passé. Et quelques fous rires.

Samedi

Oral d'exégèse à 10h40, donc. Il s'agit d'un exposé sur un extrait (péricope) de St Jean à choisir, présenter, problématiser (le grand mot). Pas d'explication linéaire. J'ai l'impression de revenir en hypokhâgne, ce n'est pas désagréable. Ce qui est infiniment plaisant, c'est la façon dont chaque verset résonne avec des dizaines d'autres, soit dans Jean, soit dans l'Ancien Testament (point de méthode que j'ai déduit sans en comprendre véritablement la cause: éviter de rapprocher Jean des synoptiques, à moins d'être en train de travailler sur ce point).
Lever à quatre heures pour écrire cet exposé. Exposé. («Vous tenez un sujet de mémoire»: je n'en demandais pas tant.) Puis mojito. Puis Les 8 Salopards.

Je n'avais pas revu de Tarantino depuis Inglorious Bastards qui m'avait coûté ma confiance en les cinéphiles. J'avais entendu dire qu'il était lent, un peu ennuyant dans la première partie, et j'y allais en me souvenant de l'hallucinant dialogue sur le pourboire du début de Réservoir Dogs.
Le début de ce film-ci, le Christ, la miséricorde, rappelle l'ambiance de True Grit, le suspense: qui sera du côté du bien, qui du mal, qui soutiendra le faible (mais qui est le faible dans ce film de Tarantino, comment compter les huit salopards parmi les neufs personnages? C'est sans doute la seule question intéressante de ce film), un cheval blanc, sept chevaux noirs, un Noir, sept Blancs et une Blanche (ou sept Blancs et un Mexicain), pas tant la conquête de l'Ouest que la guerre de Sécession et toutes les haines que la paix n'a pas apaisé, mais aussi les morts noirs contemporains de Baltimore et d'ailleurs et «Black Lives Matter».
A l'inverse de ce que j'ai pu entendre, c'est la seconde partie qui m'a lassée. Tarantino doit avoir passé un contrat avec un vendeur d'hémoglobine. Cela en devient ridicule.

Rentrée. Dormi. Mangé des crêpes (c'est bien, les grands enfants. Ça prépare les crêpes, ça achète la confiture, ça fait cuire les crêpes). Beaucoup ri.

L'étonnement philosophique de Jeanne Hersch


RER A, 7h50 environ, direction La Défense. Le lecteur était loin, pas en pleine vue, mais j'étais si contente de voir quelqu'un lire ce livre que je l'ai photographié malgré tout, comme je pouvais.

Mercredi morne

Travail sur des séries longues à des fins d'analyse. Fastidieux et intéressant (si, cela peut être les deux à la fois).
La Seine a bien monté, beaucoup de courant. En yolette pour la première fois depuis longtemps (Marc, Jean-Baptiste, Laurence, Yann). Je ne rame plus assez, cela me fatigue. Je me rends compte que je ne connais pas les rameurs "de deux ans", nous formons spontanément des "promotions".
Préparation de l'oral sur St Jean, encore et toujours. Le témoignage comme lieu de la présence.

A 17h45, il fait encore un peu jour. Rien d'exceptionnel, tous les ans à la même date c'est le cas. Je note que je l'ai remarqué. (Et chaque fois je pense à Amiel et à Barthes pestant qu'on ait coupé dans l'édition de son journal les notations météorologiques au-dessus de Genève).

Rien de drôle. Ah si, le dernier acronyme de la sécurité sociale: PUMA, Protection Universelle Maladie (qui surgit de façon intempestive au beaux milieux de la réécriture de nos statuts: comment faire sans la notion d'ayants droits? casse-tête juridique imprévu). Est-ce que cela signifie que le RSI ou la sécurité sociale étudiante, par exemple, vont disparaître (car pourquoi choisir ces régimes qui fonctionnent mal si on peut bénéficier d'un régime qui fonctionne bien?)?

Nuit studieuse, encore.

Encourageant bis

— J'ai perdu sept kilos.
— Vingt-huit plaquettes de beurre.
— C'est romantique.

Encourageant

— Parfois j'ai l'impression de porter malheur : chaque fois que je travaille pour une boîte, elle fait faillite ou elle est rachetée.
— C'est le signe que tu n'as pas encore trouvé ta voie.


(Ça a beau être une boutade, quel renversement de point de vue. Je n'aurais jamais pensé cela sous cet angle. Ce serait peut-être bien que je la trouve (ma voie) avant que cette boîte ne coule aussi.)
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