Cuite

A la suite d'un malentendu, j'ai ramé à midi (skiff) et ce soir (double canoe avec Céline débutante). Je suis fatiguée.

J'ai pris rendez-vous pour rendre la Coccinelle (nous arrivons au bout des deux ans de location longue durée). Je voudrais une Mazda MX-5, la voiture que je vise depuis que j'ai vingt-cinq ans. Mais il n'est pas sûr qu'O. tienne dedans en hauteur, le garagiste avec qui j'ai pris rendez-vous semble en douter.
H. serait plutôt pour une Mercedes SLK depuis qu'on en a loué une une semaine en Espagne. Mais je ne suis pas sûre d'assumer complètement de me promener dans cette voiture… (aller à Melun, aller faire les courses… mener une vie ordinaire en Mercedes SLK décapotable? Ce n'est pas un peu bizarre? (et j'entends automatiquement «Ça fait vingt-cinq ans que je suis directeur en hôpital psychiatrique, alors vous savez, moi, les choses bizarres…»1)
Ou garder la Coccinelle, finalement?

Le rameur avec qui je parle voiture en rentrant en métro (à partir de la question «Alors, ces vacances?») a une réaction qui m'étonne: est-ce que le coffre n'est pas petit? Voilà vraiment quelque chose à laquelle je ne pense jamais: pour moi, les valises s'adaptent à la voiture, pas l'inverse (mais ça milite pour la Coccinelle…) Quel intérêt de partir si ce n'est pas pour (presque) tout abandonner?


Note
1 : Dussolier à Richard Berry dans Tais-toi.

Die Brüder Karamazow

Ligne 1, vers neuf heures.
Sous-titre possible : trois femmes et un genou. Après réflexion, j'ai décidé de ne pas recadrer.




Wesh

Je pensais que c'était un tic exagéré dans le but de se moquer des jeunes de banlieue.

Après une heure de bus entre La Défense et Clichy (ligne 174) à côté de cinq adolescents, j'ai dû me rendre à l'évidence: ce n'est pas exagéré.

J'ai prêté Douglas Adams à M. Mais bon. J'ai un doute.
J'ai rencontré Laurent Chamontin. Plus tôt, je me demandais pourquoi je savais "depuis toujours" (depuis très longtemps) que Poutine était dangereux. Et je me suis souvenue de l'origine de ma défiance: le livre d'Anna Politkovskaïa .


Revu The Big Lebowski qui est pour moi le plus ennuyant des Coen. Pang de nostalgie en voyant Saddam Hussein au temps de la guerre du Golfe: le bon vieux temps. Comme tout cela a dégénéré. A regarder ainsi en arrière, on se demande quel monstre recèle le futur.

Surnoms

Dic et Dac.
Dick et dur à cuir. Private Joke.

Samedi

Nous avons perdu du temps avant de monter en bateau, tant et si bien qu'il faisait déjà chaud alors que nous étions arrivés au club à neuf heures et demie.
Je suis fatiguée du mauvais état du matériel de Melun. Il faudrait les bateaux de Neuilly sur le bassin de Melun. Je crois que je vais insister pour monter en skiff la prochaine fois.
Moi à la nage, Stéphane, Patricia, Jean-Luc.
Pas de photo, j'avais oublié mon téléphone.


Le soir, grave erreur: nous allons voir Rester vertical à Montreuil. Le plus intéressant finalement, c'est d'observer la façon dont les critiques et commentaires de la presse restent strictement factuels, s'abstenant ainsi discrètement de donner leur avis.
Nous avons désormais un cri de guerre: «Bêêêhh !!»

Beaujon

De la Défense, une ligne de bus permet d'atteindre l'hôpital Beaujon directement.
Je n'ai pas trouvé l'entrée de l'hôpital (un pompier m'a indiqué un chemin officieux), ni sa sortie (je suis sortie par une porte qui à mon avis aurait dû être fermée à clé au niveau des ateliers techniques. Un bâtiment "Kubrick" dans un hôpital, je trouve cela flippant.)

Je parle comme d'habitude beaucoup trop. Il fait très chaud — pas de clim, pas de possibilité d'ouvrir les fenêtres. Par la fenêtre je constate avec ahurissement l'avancement des travaux du futur palais de justice: la dernière fois que je l'ai vu, il n'y avait que les fondations.
Nous soulignons le côté mi-prison, mi-cité U de l'hôpital. «Et militaire», ajoute M.
Je le crois sur parole.


Star Treck II à l'UGC Bercy. C'est vraiment du conte pour enfants. Cela m'ennuie un peu mais la ferveur de la salle, son désir de rêver, de rendre hommage à quelque chose qu'elle a beaucoup aimé, m'attendrit.

Chaud

J'aime bien, malgré les suées dans les transports tandis que des andouilles sur les voies bloquent la circulation des trains.

Un déménagement se confirme: Nanterre Préfecture en avril ou mai prochain. Cela devient n'importe quoi.
Je devrais changer de boulot, chercher vers Melun. Mais j'aime bien celui-ci, j'aime bien m'occuper des gens même s'ils me font râler. Et je m'entends bien avec ma collègue, ce qui n'a pas de prix. Trop d'inconnues pour changer maintenant: le système d'assurance de la branche flageolant qui met en péril la survie de la mutuelle, un supérieur hiérarchique compétent qui aura soixante-cinq ans en 2017, O. qui commence ses études (et donc va les terminer), H. qui ouvre la possibilité de déménager à Tours ou à l'étranger… Je n'ai pas envie de changer maintenant pour tout quitter dans deux ou trois ans.
Ce qui m'ennuie le plus, c'est de m'éloigner de la Seine.

Skiff par 38° à l'ombre (pas d'ombre sur la Seine). Cinq kilomètres, pas plus. Vraiment trop chaud. Il faudrait y aller le soir, mais cela me fait rentrer à neuf heures.

J'ai perdu une des boucles d'oreilles achetées à Mycènes et cela me fait de la peine. En rentrant, l'émission sur le linéaire B avait évoqué Schliemann, l'un de mes héros depuis que j'ai découvert un peu par hasard sa biographie dans un livre France-Loisirs durant mes années de lycée (Des Dieux, des tombeaux, des savants. Le roman vrai de l'archéologie de CW Ceram. La libraire de Mollat qui l'avait lu (parce que vendeuse je le conseillais et vendais beaucoup et cela l'intriguait) avait fait la moue: vulgarisation de bas étage, rien d'extraordinaire, avait-elle jugé. Mais moi ça m'avait fait et me fait encore rêver).

Reprise

Relevés des changements en trois semaines :
Le quai du RER A gare de Lyon est carrelé à grands carreaux gris souris clair (les murs sont encore rouge orangé).
Les murs de l'arrivée du RER D même gare sont carrelés à grands carreaux blancs cassés.
Par les fenêtres du RER en passant aux Halles, plusieurs piliers et murs étaient carrelés de petits carreaux argent miroir flou à facettes. Cela donne l'impression de briques de verre. C'était intéressant en petite quantité, je crains que ce ne soit laid sur de grandes surfaces.

Photo prise le 8 juin, dans la série "je documente les changements du métro". Quai du RER A aux Halles.



Je continue à lire la Correspondance d'Hegel. Plaisir snob de lire Hegel dans le métro, plaisir enfantin de se dire qu'on lit du Hegel — et qu'on le comprend!

A dix heures et demie il fait encore 28° dans la chambre.

Consternation solitaire

Finalement il n'y a que moi que cela consterne d'être rentrée.
Ceux qui passent la journée à jouer et regarder des séries (vive la fibre!) s'en remettent très bien.

Enseignements

J'ai compris trois choses: qu'il ne faut pas prendre de vacances avec H. en France (soit il a déjà visité avec ses parents, soit c'est une ville cliente et cela lui rappelle le travail, soit les deux); que ce qui l'intéresse, c'est la tournée des restaurants et éventuellement les musées (peintures entre 1850 et 1950); que ce qu'il aime, c'est se baigner dans une mer chaude (au moins relativement).

En faisant le point, nous sommes également convenus que le moment où nous pouvons prendre nos vacances ensemble est juin: l'époque la plus creuse avec le mois d'août — mais il y a trop de monde au mois d'août pour notre misanthropie commune.

Retour

Le petit déjeuner n’est servi que jusqu’à neuf et demie, ce qui nous sauve: à cette heure-là nous sommes sur le pont-canal que nous traversons en flânant, nous observons la Loire, avons le bonheur d’apercevoir le point bleu d’un martin-pêcheur qui plonge à plusieurs reprises.

A dix heures nous sommes le long du chemin de halage à observer une grosse maison de maître (douze pièces principales, cinq —cinq!— caves, nous avons vu l’annonce dans une agence immobilière) en vente depuis si longtemps que la vigne vierge envahit les fenêtres. Il devient urgent de prendre soin de la toiture dont quelques tuiles semblent avoir bougé. Un peu plus loin, de l’autre côté de la rue, une maison aussi grosse est également en vente, mais confiée à une agence hors de Digoin.

Vivre ici: ce ne serait pas raisonnable (autant s’installer à Tours) mais je comprends au désir que j’en éprouve que je ressens un vrai besoin de paix.

Direction Nevers par les petites routes, un temps magnifique, «un temps de cabriolet».

Nevers désert, cette ville semble morte lundi au mois d’août. L’été, il y a les villes qui se vident et celles qui se remplissent, celle-ci est désespérante.
Le château des ducs de Nevers ne se visite pas à proprement parler, son accès est libre. Il est utilisé pour des expositions et par la mairie, un escalier neuf a été installé: je préfère cela à la momification. Ces trois semaines de voyage nous ont montré à plusieurs reprises que rien ne valait les châteaux habités, utilisés, vivants. Même les salles sous les combles utilisées par conseil municipal sont accessibles; c’est en tout cas ce que nous avons compris d’un film diffusé au sous-sol: il était si didactique que nous avons jugé inutile de monter dans les étages…
Bernadette Soubirous a vécu à Nevers les quatorze dernières années de sa vie et y est enterrée.
O. ne connaît pas la botte de Nevers mais Le Bossu n’est pas en vente au château.
Passage dans la rue Marguerite Duras (cf. Hiroshima mon amour).

Nous repartons dans la campagne par des routes un peu plus importantes. Château de Guédelon, nous y étions passés en 2003 au début du projet, c’est devenu une point de passage important, deux parkings et celui des bus. Poussière blanche et odeur animale. Trop cher pour une visite qui nous intéresse peu (quinze euros) mais je tiens à passer par la «boutique aux goodies»: je suis fascinée par les cochonneries (produits dérivés) qui s’y trouvent, autant par leur invention que par leur vente. H. achète de la confiture et des gâteaux.

— On revient avec combien de pots de miel?
— Trois : le château de Bazoches, l’hôtel à Digoin, et la Camargue au bord de la route.
(Digoin: le miel du patron, payable à part, pas avec la note de l’hôtel-restaurant, «c’est la caisse de la patronne».)

Rogny-les-Sept-écluses, aménagement commencé sous Henri IV, désaffecté depuis cent cinquante ans. Admirable et si tranquille. Les hirondelles effleurent l’eau, la touchent, nous ne comprenons pas si elles boivent ou attrapent des daphnies.

Nous rentrons. Montargis, Nemours, Fontainebleau. L’autoroute (chemin le plus rapide) permet d’arriver dix minutes plus tôt (que le chemin le plus court), nous dit Waze. Nous restons sur le chemin des écoliers: pourquoi serions-nous pressés de rentrer?

En carafe

Le petit déjeuner étant servi jusqu’à onze heures, c’est l’heure à laquelle nous quittons l’hôtel.
Détour pour aller voir au bout de la rue le restaurant Troisgros: apparemment la façade a beaucoup changé (n’a plus rien à voir) avec les souvenirs d’H.

Roanne Digoin par les petites routes. Nous arrivons aux Diligences sans avoir tout à fait le temps d’avoir faim.

C’est alors qu’H. flashe sur une bouteille de Nuits-St-Georges de 1971:
— Mais nous ne pourrons pas la boire et reprendre la route, il va en rester.
— A ce prix-là, je l’emmène!
— Mais elle va avoir chaud, dans la voiture.
Nous nous regardons.
Et c’est ainsi que nous décidâmes de prendre une chambre sur place, afin de pouvoir boire tranquillement notre bouteille, laisser s’aérer le vin — et accessoirement dîner ici ce soir.

Après-midi à ne rien faire sur le balcon de la chambre qui donne sur la Loire, au loin. je regarde les clubs d'aviron les plus proches — ils sont loin, Mâcon, Le Creusot. O. a fait remarquer que Digoin est au barycentre de Tours-Mulhouse-St-Rémy…

Au cinéma à sept heures, Coup de tête de Jean-Jacques Annaud, avec Patrick Dewaere malchanceux et charmeur. Revoir la France de 1979, se souvenir que le foot rend fou et entendre le patron d'une grosse entreprise normande qui subventionne le club local dire: «j'entretiens onze imbéciles pour avoir la paix avec huit cents». Un bon film.

Puis fin de la bouteille au dîner.

Remontée

Nous devons laisser le gîte à dix heures : jamais nous ne nous serons levés aussi tôt (huit heures et demie).

Stratégie de contournement encore: Tarascon, Nîmes, Alès, col du Thort, Pradelles, Puy-en-Velay.

Il pleut, je conduis, virages sur virages, routes étroites, j'adore. Un accident frontal, voitures inutilisables mais apparemment rien de grave, plus loin une autre qui a aterri cinq mètres plus bas dans la prairie.
Repas de cantine à Chamborigaud (le premier restaurateur nous a refusé, affolé: dix personnes déjà dans son restaurant, il ne pouvait pas faire face); France Inter, le déchiffrement du linéaire B, Dany Laferrière, Denis Brihat, le combat des indiens Kankuamo de Colombie et des Penans sur l'île de Bornéo pour ne pas disparaître.

Le Puy-en-Velay, nous achetons un produit apaisant pour O. que les coups de soleil démangent atrocement. Basilique, son entrée étrange au cœur de la nef par un escalier qui plonge vers la ville.
Je venais voir in situ la fresque de St Michel que j'avais découverte au musée de l'architecture à Paris; elle est invisible du sol, il faudrait monter dans la galerie, sans doute en visite guidée. Nous repartons.

Il ne pleut plus, il fait même beau. Magnifique promenade sur le haut du Forez, La Chaise-Dieu (l'une des premiers clients de logiciels pour H. encore étudiant: le festival de La Chaise-Dieu), une biche fait un écart en voyant la voiture, nous avançons lentement vers Roanne, toujours ce problème de trouver des restaurants qui servent encore à nos heures farfelues.

Une bonne adresse (tant il est vrai que les voyages en famille sont plutôt des voyages gastronomiques): La Grillotière à Noirétable.

Nous arrivons à Roanne par des routes de montagne dans une nuit d'encre. Waze devenu fou nous fait plonger au plus vite vers la ville par des routes abruptes et droites. Décor de film, tout est désert, c'est à peine si des voitures sont garées. Impression de fin du monde.

Actualités

8h50. Réveillée par les poubelles à six heures et demie. Ils ne dorment donc jamais dans ce pays? (et lorsque je fait quelques pas sur la terrasse une heure plus tard, un bruit de tronçonneuse emplit l'espace: smiley stupéfait.)

J'écris dans la petite pièce à côté de la cuisine, je trouve qu'il fait trop froid dehors (vingt degrés: on prend vite de mauvaises habitudes). Par la fenêtre ouverte (pour faire entrer le frais: je sais, ce n'est pas cohérent) j'entends une bribe de conversation entre deux femmes qui passent dans la rue: «Il y a eu un accident, on ne sait pas ce qui s'est passé. Il y avait une brèche dans la clôture en face de l'église… il y a une femme qui est morte, coincée par un taureau.»
Je sursaute: parle-t-elle de quelque chose qui s'est passé ici? Une recherche plus tard, je découvre qu'il y a bien eu un accident à St-Rémy, mais que ce n'est pas ici qu'il y a eu un mort (ou la mort est-elle survenue ensuite?) Nous n'avons pas entendu d'ambulance bien que nous ayons dîné en terrasse ce soir-là, et cela n'a pas empêché la "musique" de continuer tard dans la nuit.


Autre info, plus amusante: premier rendez-vous pastafarien à Namur (NB: le pastafarisme est impossible aux intolérants au gluten, la prochaine guerre de religion se dessine déjà). Coïncidence (mais il n'y a pas de coïncidence), nous avons acheté une passoire hier à Eyguières.

Arrivée

Petites routes du Vercors. Temps radieux. Que j'aime la France.

O. voulait du nougat, nous nous arrêtons à Montélimar. Un peu par hasard (c'est le lieu qui m'a plu, la place contre l'église) nous déjeunons à la nap'monde tenue par une ancienne Parisienne venue des îles. Elle me plaît, on dirait Bouche dorée.

Nous lui demandons quel est le meilleur nougat de Montélimar. Réponse catégorique: le nougat Soubeyran, un peu en dehors de la ville. Nous y apprendrons que deux choses ont contribué à la renommée de Montélimar: Emile Loubet et les bouchons de la nationale 7. Les fabricants de nougat avaient engagés des vendeurs ambulants qui vendaient du nougat aux automobilistes coincés des heures…

J'avais demandé à voir Grignan. Les appréciations sont partagées. C'est un beau château — de la fin du XIXe siècle, voire du XXe siècle. Mes compagnons de voyage n'ont pas aimé; pour ma part il m'a davantage fait songer à Proust (Castellane, Montesquiou, Noailles,…) qu'à Madame de Sévigné.
A dire vrai, l'extérieur du château suffit: la vue panoramique qu'on a des terrasses, l'isolement, sa domination sur le paysage aujourd'hui encore… Comme cela devait être terrible (au sens de formidable, effrayant) l'hiver au XVIIIe siècle. Madame de Grignan aimait-elle ce lieu? Il me semble que cela devait demander un fort caractère, l'amour des chevaux, des chiens ou des bonnes œuvres (le problème étant toujours de s'occuper).

Nous arrivons à St-Rémy-de-Provence où j'ai loué un gîte (c'était une surprise). Impossible d'y entrer, c'est la féria, tout le centre est bloqué. Impossible de se garer. Nous transportons les valises à dos d'homme. Présentation du gîte, mignon, en plein centre (c'était l'intérêt, dans mon idée). Une fois notre hôtesse partie, nous nous regardons avec désolation: quel bruit, quelles vacances, quelle horreur. Tristes auspices.
Nous allons dîner à Maussane, où le centre est également bloqué pour cinq jours. Consolation: Nice puis St-Etienne-du-Rouvray n'ont pas tout étouffé, les municipalités font la fête en bloquant les accès par des voitures, des camions, des buses de béton. Tant mieux.

Vers le sud

Nous sommes partis à dix heures du matin. L’idée avait été de rejoindre Roanne pour essayer de retrouver un restaurant mémorable de l’été 2001, mais de petites routes en petites routes en essayant vaguement de suivre la Loire, nous sommes arrivés à Digoin. Le premier restaurant croisé, quasi en bord de Loire, s’appelait Les Diligences. H. jure que c'est lui, le restaurant mythique de son souvenir. Je ne sais pas.
Quoi qu'il en soit, nous y avons déjeuné comme des rois. Le temps d’acheter un atlas routier au bureau de tabac (qui propose un point Nickel) sur la place de l’église (sur laquelle nichent des cigognes: leur nid déborde de la tour-clocher) et nous repartons. C’est très joli, Digoin. Sûrement froid l’hiver, mais très joli un après-midi d’été. Et il s'y trouve un cinéma à la programmation admirable, j'y note pour cet été Oncle Bernard et Le Sociologue et l'ourson, ce qui me fait éprouver aussitôt de la confiance envers les Digoinais (une ville de huit mille habitants qui programme ces titres avec succès? Yerres ne l'a pas tenté.)

Lors d’un arrêt à Ste-Catherine d’où la vue s’étend jusqu’aux Alpes (à moins que ce blanc, ce soit des nuages?) nous suivons quelques minutes de reportage sur les usines Maserati: deux mille véhicules par jour sont prévus, mais qui va donc les acheter?

De proche en proche nous avons rejoint l’itinéraire bis Valence-Marseille. Faubourgs de Vienne, nous traversons le Rhône, nous allons vers Hauterives (Facteur Cheval). Le but est de descendre le plus possible en évitant les bouchons. Je ne tiens plus assise tant la route tourne et le siège frotte sur la chair à vif. Tant pis. Je commence la Correspondance d’Hegel. Savoureux et époustouflant: les lettres Schelling-Hegel, 19 et 24 ans; Schelling envisageant d’écrire dans l’année un pendant à L’Ethique de Spinoza. La grande affaire est l’absorption de Kant: comment faire comprendre au reste de la population qu’il s’agit d’une révolution et non d’une sorte de mode déjà banalisée?

La recherche d'un hôtel s'avère compliquée: rien sur Booking qui annonce que les hôtels sont complets à 97%, un hôtel complet à Beaurepaire nous fait comprendre que les hôtels accueillent non seulement les touristes mais aussi des mariages; hôtels et gîtes complets à Hauterives; un hôtel, deux, trois, complets à Romans. L'aimable propriétaire du dernier (L'Orée du Parc) téléphone à des confrères: tous les hôtels de la chaîne Accor sont complets et il commence à être trop tard pour que nous espérions trouver ouverts des hôtels indépendants: faudra-t-il réellement dormir dans la voiture?

C'est alors qu'O. a une idée de génie: il repère sur la carte google un hôtel excentré: peut-être qu'il restera de la place? Oui, mais pas du tout parce qu'il en reste: parce qu'une famille avec trois enfants qui avaient réservé deux chambres a finalement décidé se tasser dans une seule (une suite): nous aurions téléphoné vingt minutes plus tôt, il n'y avait pas de chambre.
C'est ainsi que nous arrivons à la nuit noire à St-Jean-en-Royans. Un plat de ravioles nous attend: la cuisine fermait, la propriétaire l'a fait préparer en prévision de notre arrivée.

Départ

Sept heures : Candycrush en écoutant la radio. Allianz propose 25% de réduction de prime aux automobilistes conduisant des voitures avec système d’aide à la conduite. Le journaliste décrète que les assurances vont s’en mettre plein les poches puisque qu’il y aura moins d’accident (mais non, réfléchis: c’est justement pour cela qu’il propose 25% de réduction: parce que cela provoquera moins d’accidents); puis déplore que cette amélioration de la sécurité va provoquer des pertes d'emploi: moins d'infirmières, moins de garagistes… (je manque de m'étouffer dans mon café); et puis sans doute qu'il y aura moins de propriétaires de voitures et plus de location quand la voiture intelligente pourra venir chez vous uniquement quand vous en aurez besoin: que va devenir l'économie?
Je suis abasourdie et navrée: ainsi, nous en sommes encore là, que des journalistes sur France Inter ou France Culture souhaitent davantage de voitures et d'accidents pour faire fonctionner l'économie?

Repassage du plus urgent avant de fermer les valises. J’écoute Nathalie Sarraute (podcast de France Culture ou France Inter). Elle cite Yourcenar qualifiant le bonheur de "sous-produit". Je comprends bien ce que cela veut dire: non produit de second ordre, mais produit obtenu en outre, effet secondaire désiré et souhaitable à ne pas souhaiter en tant que tel, mais qui survient, advient, alors qu'on l'a presque oublié.

Nous partons si tard que nous déjeunons à Sens.
Il fait beau.

Etape à Bazoches car je voulais visiter le château de Vauban. Demeure habitée donc vivante, qui échappe à la mise en scène des monuments historiques. Le plus impressionnant est sans doute les quatre arbres généalogiques de la galerie où travaillait Vauban avec ses ingénieurs, l'un descendant de Saint-Louis, un autre montrant les liens entre les actuels propriétaires et leurs différents cousins. Je découvre à cette occasion que les propriétaires de ce château possède également celui de Cheverny à quelques kilomètres de chez mes parents (ce qui à la faveur d'une homophonie patronymique occasionne à la maison quelques coups de téléphone mal aiguillés.)

Persuadé (à tort) que l'hôtel du Lion d'or à Vézelay est celui de La Grande Vadrouille, H. insiste pour que nous y dormions, ce qui me convient tout à fait: c'est ainsi que je peux visiter (très vite, très discrètement, c'est l'heure de l'office) la basilique de Vézelay dans la lumière de fin d'après-midi.

Nous dînons à l'hôtel du Cheval blanc (ces noms d'hôtels… de quoi réjouir Nabokov). Surprise en ouvrant la carte: le chef a passé son exaspération en écrivant une page qui nous apprend qu'une directive européenne rend obligatoire de prévenir les clients des produits allergènes contenus dans les plats. Il proteste en faisant remarquer que tout allergique normalement constitué avait auparavant le bon sens de poser la question au garçon…
Voilà qui éclaire un mystère: je me demandais pourquoi tant de gens qui "mangeaient de tout" (selon la terminologie de l'enfance) devenaient soudain intolérants (terme révélateur) à ceci ou cela : cet avertissement m'a fait comprendre que c'est tout simplement qu'on leur fait se poser une question qu'ils ne s'étaient jamais posée.
Pour le reste, le dîner est excellent.

Suite

Encore itunes, mais cette fois-ci les podcasts. Et je n'y comprends rien. J'ai abandonné l'espoir de comprendre les abonnements et je suis allée directement chercher sur le site du Collège de France, en découvrant au passage iTunes U. J'ai récupéré Alain de Libera, Anne Fagot-Largeault et John Elster (même si je ne suis pas convaincue par les deux derniers après écoute d'une heure de chacun).

Le soir à la nuit tombée je termine malgré tout le nettoyage des placards de la cuisine, histoire d'avoir fait quelque chose durant mes vacances.

Itunes

J'aurais dû continuer — mais j'ai plutôt passé mon temps à charger des disques sur mon ordinateur; à essayer de comprendre comment fonctionne itunes. Je crois que j'ai compris deux ou trois choses, c'est un début.

Vers six heures, me disant que je ne peux pas me contenter d'être restée assise toute la journée, je vais en salle faire vingt minutes d'ergo puis vingt minutes de sauna. Inévitablement (pourquoi chaque fois je crois que je vais y échapper?) je m'écorche la peau près du coccyx.

Corvée annuelle

Le temps de vacance (singulier) à la maison sera court cette année : trois jours, peut-être cinq.

Je reprends mes chères corvées toujours remises "aux vacances", avant que je ne remplisse celles-ci d'une foultitude d'autres idées. Après le lessivage des murs l'année dernière, nettoyage des placards de la cuisine cette année (tout vider, tout remettre — ou presque) en écoutant deux spécialistes présenter Kierkegaard (comment vivre en homme? comment vivre en chrétien? (vivre en chrétien est quasi impossible tant c'est difficile)). Et puis Gilles Boeuf de nouveau: «Nous on se bat pour sauver le vrac, comme je dis. — Comment, même les puces? — Mais oui! On ne va pas sauver que ce qui nous arrange! La nature n'a pas créé les puces pour nous embêter» et ma préférée: «si Dieu existe, il aime les coléoptères» (ce n'est pas de lui, il cite quelqu'un, je ne sais plus qui). «Alors qu'est-ce qu'on fait? On fait des conférences; l'humain est excellent pour faire des conférences».

Un article de fond de Rockström, Steffen, Noone, Persson, Chapin III : Planetary Boundaries: Exploring the Safe Operating Space for Humanity, dédié à lecteur qui m'a fait découvrir (ou prendre conscience de) le mot "anthropocène". (Il faudrait que je traduise cet article, mais je ne suis pas sûre de savoir traduire déjà le titre: Des limites à l'échelle de la planète: une étude de l'extension maximale possible de l'activité humaine sans danger pour l'humanité?)

Le soir, la moitié de Blues Brothers.

Innocence

— Il existe des lapins nains nains.
— Oui, mon lapin est un lapin toy.

Eclat de rire général.

— Mais pourquoi vous riez ?

Les grandes familles

Journée à Saint-Brieuc. Plage. Pointe du Roselier. Cours sur itunes et Pokemon Go.

J'écoute les récits de cousinades, de fêtes de famille quasi permanentes (il y a toujours un anniversaire à fêter et la plupart habitent dans un rayon de cent kilomètres — sauf ceux qui habitent à dix mille). Cela me fascine, j'admire et je redoute, imaginer l'organisation me fatigue, je suis décidément très flemmarde. Et puis cela paraît absorber tant de temps, que reste-t-il pour soi? (également égoïste, sans doute, ou tout au moins ressentant un fort besoin (croissant avec l'âge) de se centrer sur soi).
Mais cela représente aussi une foultitude de souvenirs communs, de conflits à gérer, d'amitié et d'entraide. C'est une école de la vie: tous les cas qui peuvent se présenter au dehors ont déjà été vécu dans la famille.

A-C. se plaint beaucoup du temps. Elle est là depuis quinze ans. Conversation avec ses sœurs et belles-sœurs: «— Où iras-tu quand tu seras vieille? — Dans un endroit où il fait chaud.» Mais il faut s'y faire nous sommes désormais déjà vieux (non dans nos corps ou dans nos esprits, mais dans le regard des autres; le plus amusant étant notre capacité à décrire quelqu'un de cinquante ans comme quelqu'un de très différent de nous, appartenant à un autre monde, sans prendre conscience que nous appartenons à ce groupe). Il faudrait peut-être partir tout de suite, ce serait plus sûr; ce serait toujours cela de gagné.
Moi j'aime ce ciel changeant, j'aime les toits gris et le ciel gris et les oiseaux. Si je restais ici suffisamment longtemps, j'apprendrais la voile. Il fait doux. Longue conversation sur la terrasse à la nuit tombée en partageant un cigare.

Saint Michel, Saint Malo, Saint Brieuc

Je suis totalement rassurée: il est facile de voyager avec O. Nous avons la même condition physique, la même résistance à la fatigue, le même mépris du temps (météo), le même amour de la voiture décapotée. Et il ne râle pas si je perds un quart d'heure sur Candy Crush! (smiley confus)

Visite du Mont-Saint-Michel, une demi-heure trop tard pour éviter la cohue. La visite que j'aurais souhaité faire, la visite "approfondie" qui permet d'accéder à Notre-Dame-sous-terre, n'a lieu que le week-end et jours fériés. J'explique à O. le développement de l'ensemble, comme en spirale autour du rocher avec construction de renforts sous certaines salles pour leur assurer une assise (la fantastique salle des gros piliers est la plus représentative, mais elle n'est pas la seule). Il est mal à l'aise, il paraît faire une quasi-phobie face à la foule.
Programme pour les vingt ans à venir: j'achète Abbayes et monastères de France, ne serait-ce que pour avoir une liste facile à consulter.

Pourquoi, au pied d'endroits comme le Mont-St-Michel, rien ne prévient les personnes qui ont du mal à marcher et les couples avec poussette qu'il vaudrait mieux ne pas monter? (La jeune femme croisée portant la poussette à bout de bras et déjà épuisée au bout d'une volée de marches… mais hier aussi, sur l'île de Tatihou, des personnes qui n'auraient sans doute pas dû venir jusque là. On dirait que l'idée d'adapter ses sorties à ses contraintes et ses moyens a totalement disparu. J'ai l'impression d'une société devenue capricieuse, au sens où les enfants sont capricieux: la raison sommée de plier devant le désir.)
Il y a une majorité d'étrangers, souvent sportifs, avec des enfants d'une dizaine d'années.

Il s'est remis à pleuvoir. L'appli météo du téléphone ce matin indiquait trois jours de pluie (jusqu'à samedi), je décide d'investir dans un ciré — rouge et pas jaune (jaune c'était pour la chanson de Renaud, rouge c'est pour mon total look aviron de Neuilly).
Bientôt il s'arrête de pleuvoir.
Direction Saint-Malo à nouveau par "le chemin le plus court" et les routes minuscules au son de la musique du Grand hôtel Budapest. Nous rejoignons tangentiellement la côte. Crêpe au Vivier-sur-Mer. Le cuisinier-serveur(-propriétaire?) est charmant. Un couple franco-italien s'installe avec ses garçons blonds d'une dizaine d'années qui chipotent sur un peu tout et réclament du Nutella (mot qui ne nécessite pas de traduction), tant et si bien qu'O. se penche vers moi et murmure: «Qu'on me donne leur assiette!»
Et un instant j'imagine la tête des mômes s'il se retourne et leur prend leur assiette en disant: «moi, je vais le manger».

Saint Malo. J'aurais dû acheter un ciré plus tôt car bien entendu il ne pleut plus (suis-je bête: c'était pourtant évident). Remparts. Marée basse, la plage est tentante, nous contemplons des ados qui s'amusent dans une piscine qui s'emplit et se renouvelle avec la marée (cela me rappelle le cinquième tome des Filles de Malory School. Ce genre de piscine m'avait fait rêver.) Centre de la ville. Deux enfants de dix ans à deux moments différents se font très sérieusement remonter les bretelles par leur mère. Scènes intemporelles entre La gloire de mon père et La guerre des boutons. (Tout n'est pas perdu, tout ne s'est pas perdu.) Errance en s'éloignant de la foule, rues les plus anciennes avec façade en bois, médaillons de Jacques Cartier et de sa femme, maison natale de Chateaubriand (le panneau devant l'hôtel le cite: «je suis né dans une chambre face à la mer» et cite la rectification de sa sœur: «la chambre de notre mère donnait sur la rue». Mais qu'importe? La femme de Chateaubriand a écrit ses propres souvenirs qui eux non plus ne coïncident pas toujours avec ceux de l'illustre…)

Nous reprenons la voiture. Il fait si beau que nous pouvons décapoter. Nous gagnons Saint-Brieuc par "la route des tracteurs".

De Lisieux à Jullouville par Bayeux et Tatihou

Retour à l’écriture dans la voiture. 20h15. Nous venons de quitter Cerisy que je voulais montrer à O. (Nous nous sommes garés près des Escures (écuries) où j’ai eu ma première chambre, je lui ai entrouvert la porte arrière de la bibliothèque d’où il a aperçu les chaises en rang devant le petit bureau (tandis que dans l’enfilade des ouvertures brillait la lumière de la salle à manger), je lui ai montré la fenêtre de ma dernière chambre dans l’orangerie dont la porte était fermée (personne ne dort dans l’orangerie? Il doit y avoir peu de monde. Le colloque sur la textique tenu par Ricardou est-il annulé, ou se tient-il malgré tout grâce à quelques fidèles?), il a vu la pelouse-prairie, le bocage et les vaches qui constituent l’horizon. Je lui ai fait remarquer le silence, l'absence de lampadaires: nuit et silence, je ne dors jamais mieux qu'à Cerisy.

La voiture a des éclaboussures de boue rouge jusqu'aux vitres: tout à l'heure Waze s'est trompé et nous a fait tourner sur un chemin défoncé autour d'une centrale électrique ou équivalent (des pylones entourés de murs). L'eau cachait la profondeur des flaques et la voiture s'est plusieurs fois enfoncée brutalement dans les ornières. La plaque avant est couverte de pétales d'ombelles de carottes sauvages: O. s'est trouvé face à face avec une voiture au sortir d'un de ces virages impossibles sur route étroite et a donné un coup de volant vers le fossé (plus de peur que de mal).
Nous repartons.

Ce matin, nous avons visité la basilique de Lisieux (avec cours sur la IIIe République, l'ordre moral et le Sacré Cœur). Il pleuvait en sortant, il n'a plus arrêté de pleuvoir. Nous roulons penauds sous la pluie, adieu le cabriolet. Bande originale de Fury Road. Bayeux à midi (le pire des parkings que nous ayons jamais vus, indiquant des places libres qui sont en réalité des places handicapés, obligeant à des demi-tours car il n'y a pas de voie ouverte au bout des allées), crêperie (ne pas perdre le sens des priorités), musée à une heure et demie.

Un jeune homme passe pour prévenir en anglais de la durée de la queue. Fifteen ou fifty minutes? Fifteen, m'assure O. Il reste dans la queue sous le crachin pendant que je vais acheter deux cartes postales pour gagner du temps. Il me rejoint: c'était fifty. Je lui montre un ou deux livres, des cartes postales, qu'il ait une idée de ce que c'est que la tapisserie.
— On y va? Pas de regret?
— Moi tu sais, faire cinquante minutes de queue pour soixante mètres de tapisserie…
La formule me fait rire. C'est bien ce que je pense, surtout sous la pluie. (Plus tard il me dira que deux adultes en ont fait autant, alors qu'il a l'impression que les personnes avec enfants se sentent obligées de rester: mais pourquoi? (Ça dépend peut-être de s'ils viennent de loin, suggérè-je.)

En parfaits touristes cependant, nous passons un long moment dans une petite boutique qui vend de multiples objets ornés de coquelicots, en souvenir du débarquement. (Toujours mon sur-moi cruchonesque me fait des remontrances: comment, préférer des coquelicots à la tapisserie de Bayeux!!?)

Nous montons à l'île de Tatihou sous la pluie, nous visitons l'île de Tatihou sous la pluie (fort Vauban, goélands argentés, bruns et marins, grisards et fleurs. J'ai beaucoup d'admiration pour Vauban. Je devrais prévoir un tour de France sur les traces de Vauban).
L'île peut être atteinte à pied à marée basse (— Une île qu'on peut atteindre à pied…), nous y allons en bateau à roues ("véhicule amphilie"), nous en revenons donc à pied.
Quand j'ai acheté les billets pour le bateau j'ai également acheté deux ponchos de pluie, nous nous sommes changés dans la voiture pour nous couvrir davantage. Il pleut, l'ai-je déjà dit, grosse pluie, pluie fine, ciel gris et vent.
Nous revenons à pied, trempons les jeans, les basketts, les chaussettes. Je n'ai rien prévu pour le froid et la pluie puisque je ne prends jamais les prévisions météo au sérieux.

Je réserve un hôtel en-dessous de Granville, le but étant de se rapprocher du mont Saint-Michel pour demain matin.
Coutances ou Cerisy? Il est tard, la cathédrale sera fermée, je choisis Cerisy.
(Conversation hier entre frère et sœur :
— C'est quoi Cerisy?
— Tu sais bien, quand papa fait la tête et que maman n'est pas là? Elle est à Cerisy!
(note à l'intention de mes honorables lecteurs: ce raccourci est tout à fait faux, mais il m'a fait rire.))

Plus tard, hôtel des pins à Jullouville, à deux pas de la plage: jolie chambre et très bon restaurant.
Nous faisons sécher les basketts sur la fenêtre et pendons le reste un peu partout.

De Yerres à Lisieux par Maintenon et la Ferté-Vidame

H. a des rendez-vous la première semaine de mes vacances, j'ai donc décidé de partir en road-trip avec O. avec deux objectifs: lui faire faire les kilomètres suffisants pour la conduite accompagnée et vérifier que nous nous supportons une semaine avant d'en partir quatre (l'année prochaine si tout va bien).

Nous partons en retard, le temps que je fasse mes valises et que je range un peu la maison. L'idée était de visiter le jardin de la petite Rochelle mais comme nous avions rendez-vous en début d'après-midi chez Fabrice, j'ai très vite su qu'il fallait abandonner cette idée. Nous nous sommes donc arrêté à Maintenon. Il fait doux et bleu, le jardin est magnifique. Je découvre le projet fou de l'aqueduc qui devait amener l'eau de l'Eure jusqu'à Versailles: il aura manqué vingt kilomètres au projet de quatre-vingt.

Nous circulons à l'ancienne, carte Michelin sur les genoux. Après-midi chez Fabrice, gâteau au noix, arbres (il reste des ormes) et étang (les écrevisses prises au piège). Quelques projets scouts. L'enfance en Basse-Normandie paraît peu joyeuse.

En partant nous passons à la Ferté-Vidame (je fais de l'initiation à la littérature par la géographie). Quel étrange lieu de mémoire que ces ruines qui ne sont que les ombres d'un autre château disparu. Nous rêvons devant les ruines d'une ombre.

Nous repartons en réglant Waze sur "chemin le plus court" (et non le plus rapide) et nous accédons soudain au royaume des moissonneuses-batteuses et des tracteurs. Volutes de poussière, routes étroites (— Tiens ta droite! — Quelle droite?) et bonheur.

Lisieux. Il existe de petits lapins nains. Friture d'éperlans (un vice caché).
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