L'acédie

Acédie: la première fois que j'ai entendu ce mot, c'était Ricœur qui parlait de la vieillesse et de l'approche de la mort: «La tristesse est liée à l'obligation d'abandonner beaucoup de choses. Il y a un travail de dessaisissement à faire. La tristesse n'est pas maîtrisable, mais ce qui peut être maîtrisé, c'est le consentement à la tristesse, ce que les pères de l'Eglise appelaient acédie. Il ne faut pas céder là-dessus.» (Les Cahiers de L'Herne, 2004)

J'ai appris hier que c'est l'une des huit pensées qui, selon Evagre le Pontique, tentent de détourner le moine de la prière et de l'adoration. Quand Cassien a traduit en latin la pensée d'Evagre, il a réduit ces huit pensées à sept péchés (sept tentations), en rassemblant l'acédie et la tristesse sous le terme de paresse. (Intéressant: la paresse n'est donc pas comme je le pensais une volupté dans la farniente mais un découragement devant la tâche à accomplir, ou encore devant l'inutilité apparente de nos efforts.)

Jamais donc je n'aurai autant entendu parler d'acédie qu'aujourd'hui, sans doute du fait de la présence d'orthodoxes.

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Les interventions du matin ont été si techniques que je n'ose les rapporter: trop d'approximations. (Il y aura des actes pour ceux que cela intéresse).

L'après-midi a comporté trois interventions sur la compréhension du péché dans différentes cultures: Afrique (vidéo provocatrice nous montrant un "précheur du réveil" totalement illuminé (le Christ vous mènera vers le succès et vous sauvera du malheur); Asie et les problèmes de traduction (choisir parmi les mots déjà existants représentant le mal ou le malheur, d'où des résonances culturelles in-entendues des Occidentaux, inculturation ou aculturation); Amérique latine (théologie de la libération: peut-on réellement demander aux plus pauvres de se sentir pécheurs, existence du péché/faute et péché/malheur).

François Clavairoly, protestant, a terminé la journée par une communication intitulée «le péché et la grâce, sans indulgence». Je n'avais pas du tout saisi qu'il s'agissait "des" indulgences, mais Clavairoly étant protestant, je suppose qu'il n'a pu résister à cette petite provocation (qui suppose déjà une confiance dans son auditoire). Ce que j'en retiendrai, c'est que la première chose que Dieu trouve mauvais, c'est la solitude: «il n'est pas bon que l'homme soit seul». Le péché est ce qui isole, ce qui éloigne, ce qui coupe.

(Et je vois d'ici certains lecteurs qui vont se morfondre: "ch'uis tout seul!" Non. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit, vous avez des amis, des familles. Attention à l'acédie cf ci-dessus)

162/365 Nous avons été à l'heure

Lorsque j'écris "nous avons été à l'heure", je ne parle pas des transports en commun, mais de nous à l'heure à la gare pour prendre le train prévu: 7h42 mercredi, jeudi, vendredi, 8h06 lundi (mardi "libre" puisque je pars sans O., mais un train dans cette fourchette serait bien, même si cela n'arrive jamais).

RER de 7h42 (celui que nous devrions avoir tous les matins). En arrivant gare de Lyon, le conducteur nous fait une annonce émerveillée: «Mesdames Messieurs, nous sommes arrivés gare de Lyon et nous sommes à l'heure, ce qui est une bonne nouvelle». Les passagers éclatent de rire.
Et je me demande quelle frustration habite les conducteurs de train, de matins en soirs, devant les feux rouges et les ordres et les quais bondés et les signaux d'alarme.
Ce matin-là, il est heureux.
Ligne 4 aux Halles. J'ai vingt minutes d'avance.

Soir
Ligne 4 pour les Halles.
Sur les tableaux, le RER D annoncé à 18h23 passe à 31, puis 48.
Je quitte le quai pour aller prendre un RER A, descends gare de Lyon (je m'interroge sur cette syntaxe: ce doit être une élision (je descends à la station gare de Lyon), mais est-il légitime de faire disparaître la préposition "à" qui me paraît inutile (comme dans la construction "je descends ici". Le nom de la station deviendrait-il un adverbe?) et m'installe dans un zico, qui comme vous le savez maintenant, est à quai dans cette station.
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