Quelques mots d'adieu

Mon chef bien-aimé prend donc sa retraite (enfin, comme tous les vieux cadres de la maison, il doit d'abord éponger six mois de vacances). Voici son dernier mail (nous avons fait un pot d'adieu en tenue de plage et lui avons offert seau en plastique et canne de pêche enfantine):
D’abord un immense merci à toutes et tous pour vos somptueux cadeaux, vos chaleureux messages… Sans oublier vos talents gastronomiques et vos tenues maritimes (et légères ?)…
Côté plage, je serai désormais doté d’un matériel de professionnel qui va me permettre d’aborder sans crainte les concours de château de sable et faire trembler les poissons qui se hasarderont entre le Phare des baleines et le Banc des bûcherons…

Côté cave, je vais pouvoir reprendre contact avec mon ami Bacchus (pour être honnête, je ne l’avais pas complètement perdu de vue !) et, ce sans modération…

Désormais, il ne me sera plus possible de continuer ma provocation préférée (et si délicate), mon fameux (!!!): « je n’aime pas les gens » !!!...

Vous connaissez ma manie des citations… Je ne pouvais donc pas partir sans vous laisser une trace de mes compilations « professionnelles »… Sous forme de florilège… pour chacun et pour tous … Je ne vous épargnerai donc rien… jusqu’au bout !

Nadia A : « Le sport ne fait pas vivre plus vieux, mais fait vivre plus jeune » » (Stephen Leacock)

Denis B : « Il faut s’efforcer d’être jeune comme un Beaujolais et de vieillir comme un Bourgogne » (Robert Sabatier)

Françoise B : « On ne peut empêcher de vieillir, mais on peut s’empêcher de devenir vieux » (Matisse)

Magali B : « Que seraient les êtres humains sans les femmes ? Ils seraient rares, extrêmement rares » (Mark Twain)

Jean-Pierre D : « Chaque homme doit inventer son chemin » (Jean-Paul Sartre)

Catherine D : « Le beau est partout et chaque homme non seulement le voit mais doit absolument le rendre à sa manière » (Eugène… Delacroix)

Véronique D : « Le bonheur, c’est de continuer à désirer ce qu’on possède » (Saint Augustin)

Fabien D : « Vous perdez 100 % des opportunités que vous ne saisissez pas » (Wayne Gretzky)

Guillaume D : « Le changement n’est pas nécessaire à la vie, il est la vie » (Alvin Toffler)

Françoise F : « Les chiffres sont des êtres fragiles qui, à force d’être torturés, finissent par avouer tout ce qu’on veut leur faire dire » (Alfred Sauvy)

Sylvie F : « Il faut abandonner l’idée qu’en matière de dépenses, « plus » est synonyme de « mieux ». (Laurent Fabius)

Jocelyne G : « Le monde déteste le changement, c’est pourtant la seule chose qui lui a permis de progresser (Charles F Kettering)

Hugo G : « La nouvelle génération est épouvantable. J’aimerai tellement en faire partie » (Woody Allen)

Christine G : « La joie n’est pas dans les choses, elle est en nous » (Richard Wagner)

Pierre-Alexandre G : « il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques » (Mark Twain)

Sylvie G : « Dans toute statistique, l’inexactitude du nombre est compensée par la précision des décimales » (Alfred Sauvy)

Philippe H : « L’avantage d’être intelligent, c’est qu’on peut toujours faire l’imbécile, alors que l’inverse est totalement impossible » (Woody Allen)

Christelle K : Quoiqu’elle fasse, la femme doit le faire deux fois mieux qu’un homme pour qu’on en pense autant de bien. Heureusement, ce n’est pas difficile » (Charlotte Witton)

Délestras K : « Les performances individuelles, ce n’est pas le plus important. On gagne et on perd en équipe » (Zinedine Zidane)

Violette L : « Les faits sont têtus, il est plus facile de s’arranger avec les statistiques (Mark Twain)

Marie L : « On aime guère le bonheur qui vous tombe, on veut l’avoir fait » (Alain)

Elisabeth L : « La patience est l’art d’espérer » (Vauvenargues)

Valérie M : « Tant que je pourrai voyager autour de ma bibliothèque, je ne me sentirai jamais tout à fait désespéré » (Michel del Castillo)

Christelle R : « Ce n’est pas la force, mais la persévérance, qui fait les grandes oeuvres » (Samuel Johnson)

Danièle R : « Voyager c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déception et fatigues » (Céline)

Michèle R : « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé » (Voltaire)

René-François R : « L’art de diriger consiste à savoir abandonner la baguette pour ne pas gêner l’orchestre » (Herbert Von Karajan)

Céline R : « Ce qui fait le charme et l’attrait de l’Ailleurs, de ce que nous appelons exotisme, ce n’est point tant que la nature y soit plus belle, mais que tout nous y paraît neuf, nous surprend et se présente à notre œil dans une sorte de virginité » (André Gide)

Voilà… Je vous laisse quelques citations… Mais je pars plein de belles images de personnes formidables, attachantes, bienveillantes… aimables !

Très bonnes vacances (grandes ou petites) !

Amicalement vôtre.
Le jeu consiste à se représenter les personnes à partir des citations (sont-ce des citations qui les décrivent ou qui leur donnent un conseil? Par exemple, est-ce que Christelle R est obstinée ou à l'inverse velléitaire? Sylvie F, je sais: elle s'occupe des budgets et du contôle de gestion!).
A part une ou deux personnes, je ne les connais pas plus que vous, je ne peux faire que des hypothèses. Mais à l'inverse de vous, je pourrai tenter de les vérifier.

Kiné

Première séance de kiné des dix prescrites le 13 avril pour ma lombalgie (j'ai tardé à téléphoner, puis le kiné était surbooké). Ce n'est pas plus mal que ce soit si longtemps après, j'appréhendais de travailler sur une zone encore sensible.
C'est "mon" kiné, celui qui avait travaillé sur mon doigt cassé en juillet 2012 et à qui j'avais dit en riant que j'espérais ne pas le revoir.

Je m'attendais à des abdominaux ("profonds", m'avait-on dit).
Eh bien pas du tout. Il m'a fait pencher la tête, baisser les épaules, il a appuyé sur mes chevilles en faisant ouvrir les yeux, fermer les yeux, tirer la langue, serrer les dents, mettre la langue vers le palais. Il a toujours son toucher impressionnant, trouvant (cherchant?) les points d'acupuncture, révélant des points douloureux dont je ne savais pas qu'ils existaient avant qu'il ne les découvre.

Prescription : marcher une demi-heure chaque jour durant les trois jours à venir «pour que le corps assimile les informations qu'il vient de recevoir». Pas de sport durant ces trois jours, peu après. Pourquoi? Je ne suis pas sûre d'avoir compris la réponse: «parce que le sport masque les informations, il en donne trop ou il en écrase».

PTZ

Hier j'ai passé la journée à jouer à Candycrush. Je l'ai installé au début de mon lumbago, reprenant une partie abandonnée six mois ou un an avant (j'y jouais à Grenade, c'est un point de repère, je ne sais plus si j'y ai joué de nouveau pendant l'été). Je l'ai désinstallé ce matin.

Il fait encore très chaud. Marché. Equeutage de fraises, écossage de petits pois. Et puis quoi ? Je ne sais plus. J'écoute mon merle préféré, je ne range pas mes livres.

Ah si : lorsque nous avons commandé nos fenêtres, je comptais faire un "éco-prêt à taux zéro". La banque semblait promettre une démarche facile, allant de soi pour tout citoyen responsable désirant investir pour réduire son impact écologique.
En réalité, c'est d'une complexité quasi risible, et le formulaire de prêt (une fois que l'on a décidé quel formulaire vous convient) prévoit d'ailleurs une ligne "montant des frais d'études", c'est-à-dire que l'on prévoit de couvrir par le prêt des frais qui sont engendrés par la demande de prêt (et non par les travaux eux-mêmes).
(Je comprends qu'il puisse en être ainsi pour de gros projets BTP, mais pour des particuliers, cela me paraît absolument démesuré).

En haut de la deuxième page est demandée la "consommation conventionnelle du bâtiment avant les travaux en énergie primaire, calculée avec la méthode TH-C-E ex".
Qu'à cela ne tienne, me dis-je avec inconscience, je vais bien trouver la formule de calcul sur Google.
Oui, je l'ai trouvée : 191 pages destinées à développer un logiciel (page 11: on apprend que ce n'est pas une méthode à utiliser manuellement).
Agacée j'étais : impression que tout cela était destiné à nourrir quelques cabinets de géomètres.

J'étais prête à abandonner (dépenser deux mille euros de cabinet d'experts pour gagner quatre cent euros d'intérêts…) quand H. s'en est mêlé. Je donne ici le résultat de ses recherches qui peut servir à d'autres.
Vous trouverez ici une feuille de calcul gratuite pour calculer son indicateur de performance énérgétique (que le cabinet ADEM BET de Valence soit remercié). Il suffit d'additionner ses factures de chauffage et entrer la surface de l'habitation.
Ensuite le formulaire demande d'évaluer la consommation conventionnelle après travaux. Nous avons fait cela au doigt levé à partir de ces ordres de grandeur.

Je me dis que tout cela doit être destiné à nourrir des bases de données. Je me demande si la banque va prendre nos chiffres sans commentaire ou demander des précisions. A suivre.

Vacance (au singulier)

Il fait beau, tout est vert, les roses sont magnifiques. Je range mes livres. Je me suis rarement sentie autant en vacances, j'ai l'impression d'être en train de guérir de vingt ans de course permanente.

J'ai une amie shaman

Dîné avec Monique. Il pleuvait à verse, je suis arrivée trempée au restaurant, elle aussi — bien plus tard car elle a espéré que la pluie s'arrête.
Parti en catastrophe pour tenter d'attrapper le dernier RER D passant aux Halles, c'est-à-dire celui de 21h30. J'ai réussi, je suis même arrivée un peu en avance, et pour m'occuper j'ai recherché "Béatrice Pouligny" sur twitter.

En effet, le matin, en cherchant un autre livre dans ma bibliothèque (celui de la dissidente Anna Politkovskaïa pour essayer d'expliquer Poutine à mon voisin…) j'étais tombée sur son livre, Ils nous avaient promis la paix et donc le soir, pour tromper l'attente, je lance une recherche sur son nom.

Béatrice, c'était l'année de mon entrée à Science-Po l'impressionnante élève de troisième année, connue à la fois pour ses excellents résultats (les profs distribuaient ses notes de lecture aux autres sans même les relire) et son parcours atypique (notes tapées à la machine (1986, le traitement de texte est rare) car elle était entrée à Science-Po sur dossier avec un BTS de secrétariat).
Une fois diplômée elle a été recrutée par Amnesty international pour un poste ordinairement réservé à des hommes expérimentés. J'ai suivi son parcours de loin en loin : plus tard elle a fait un doctorat et a travaillé au CERI. Twitter me renvoie ça : «Shaman Beatrice Pouligny PhD is coming by our sanctuary this Saturday at 1pm to perform a blessing on the whole… »
Shaman? Ça doit être un homonyme, ou cela doit vouloir dire quelque chose d'autre.

Je continue à chercher, directement sur Google : non, c'est bien elle, et il s'agit bien du shaman spirituel et guérisseur.
J'ai une amie shaman.

Comment dire la joie intense que cela suscite en moi : elle a osé ! Avec ses diplômes, son expérience, ses contacts au plus haut niveau international et universitaire, elle ose s'afficher shaman, avec tout ce que cela transporte de zazou et de hippie et de charlatan aux yeux d'un Français moyen (et alors non moyen, je n'ose imaginer: pas étonnant qu'elle soit aux US et pas en France).

J'ai été emplie d'une joie profonde : elle avait trouvé sa voie, une voie très particulière et elle avait osé l'emprunter, et elle l'affichait, et elle continuait à travailler pour la paix, sans renoncer devant l'ampleur de la tâche. J'ai eu envie de partager cette joie, mais avec qui? Pas avec P. dont je n'ai plus de nouvelles depuis vingt ans, pas avec H. qui lèverait les yeux au ciel devant cet irationalisme, pas avec les enfants que cela ferait rire, pas avec mes amis catholiques qui ne diraient rien en songeant "hérésie et superstition"…

Personne pour comprendre cette joie, alors je l'écris ici.

215/365 RAS

Bus vers 8h10, RER de 8h30. RAS

Dernier RER passant aux Halles le soir : 21h30.

Prêt-à-manger

Ce soir O. m'a rejoint gare de Lyon pour dîner dans mon fast-food préféré. J'aime tout chez eux, les sandwichs, les salades, les soupes, les boissons (le "shot gingembre"), et surtout leur gentillesse, leur empressement: le seul endroit où j'ai l'impression que je leur fais plaisir quand je viens. (C'est vrai pour toute la chaîne je suppose, en tout cas c'est aussi vrai à La Défense que gare de Lyon).

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Agenda
Gouvernement Macron.
C'est bien la première fois que je m'intéresse aux noms des ministres, au titre des ministères. Mais il faut dire que c'est bien la première fois que j'ai l'impression d'avoir un président qui vit dans le même monde que le mien, où les gens parlent au moins une langue étrangère et sont nés la souris à la main (ce ras-le-bol devant les décisions informatiques sans queue ni tête, ce désir d'internet, de fibre, de modernisation… Ce souvenir halluciné de la "biscotte" à l'heure des start-ups des années 1990 (éclatement de la bulle internet en 2000) — les start-ups, la bête noire des anti-Macron qui me paraissent avoir vingt ans de retard: les start-ups, ça date des années 1990, ce n'est pas comme si c'était la pointe extrême de la nouveauté.)

Ah tiens j'y pense, un ancien blogueur (Virgile pour ceux qui connaissent, j'ai oublié le nom de son blog, il me semble qu'il sonnait latin) m'a expliqué sur twitter (à ma demande) pourquoi Hulot paraissait incompatible avec ce ministère. Je copie-colle mes réponses et la sienne :
Virgile : Macron et le PM sont pro-nucléaires, Hulot veut en sortir et il ne pourra pas. Je ne voulais rien dire de plus que ça.

Moi : On sortira du nucléaire ms lentement. Tu es ingénieur, tu sais les pb de démantèlement + pb politiques: dépendre du gaz russe et de l'Arabie

Moi : Les gens ne veulent pas de nucléaire, mais qu'ils aient froid une semaine un hiver et tu verras leur tête. Ce n'est pas yaka focon

Moi : En fait c'est ce que je veux dire par "il y a du boulot".

Moi : Je t'ai connu blogueur, je crois que tu es un peu plus jeune que moi.

Moi : Je me souviens des chocs pétroliers comme d'un cauchemar, j'étais petite. Au lycée on apprenait nucléaire = indépendance. Ça compte aussi.

Virgile : Je suis très d’accord avec ça, je m’étais fait pourrir sur mon blog il y a 8 ans pour l’avoir écrit…

Virgile : Mais le temps politique est beaucoup plus court. En fait c’est peut-être pas un problème d’étiquette mais de com, de pédagogie.
Et c'est ainsi que j'apprends que Virgile, blogueur respecté bien plus à gauche que moi, s'est fait pourrir sur ce thème quand il a essayé d'être rationnel. Je n'en peux plus des gens qui n'acceptent pas quelques vérités scientifiques, des ordres de grandeur, etc. Non non non: sortir tout de suite, mais surtout ne rien changer à nos habitudes, nos outils électroniques, nos vacances en avion, les douches chaudes de vingt minutes, les terrasses chauffées, la climatisation des voitures…

Ça m'agace.

214/365 RAS

Bus vers 8h (je laisse la voiture à O. qui a un examen dans l'après-midi: il y a beaucoup moins de bus les heures creuses (bizarre syntaxe : apposition d'un complément de temps? une préposition est-elle obligatoire?)
Voyage rapide et sans problème. Je trouve qu'il y a peu de monde dans le RER D.

Le soir, ligne 1 à 18h pour sortir hall 1 du côté du quai A (car la ligne sort à l'opposé des quai du RER).

RER D vers 19h30. Rentrés sans problème.

Littérature grecque

En regardant google agenda hier en cours, je me suis aperçue qu'il y avait ce soir un "dîner littéraire" dont le thème était Grèce et littérature. Curieusement je ne reçois plus de mails d'invitation depuis quelques mois. Il a d'ailleurs fallu que je refournisse mon mail sur le formulaire d'inscription, il a dû être écrasé.

Je me suis donc inscrite et j'ai choisi en catastrophe ce que j'allais présenter: quelque chose de court (puisque personne n'emprunte de gros livres), quelque chose que je connaissais puisque je n'avais plus le temps de lire un ouvrage de fond tel que j'avais eu l'intention d'en amener lorsque j'avais pris connaissance du programme en début d'année (Antoine Meillet, Aperçu d'une histoire de la langue grecque, dont Antoine Compagnon avait parlé dans son séminaire sur le structuralisme, ou finir Autour de Platon, le merveilleux livre d'Auguste Diès).

Pas Cavafy, tout le monde allait l'amener, pas Odysseas Elytis, je ne sais plus où la plaquette se trouve dans la maison, pas Lacarrière ou Romilly, trop évidents, Tristano meurt conviendrait-il à ce thème?
J'arrête rapidement mon choix sur deux volumes minces et en outre bilingues (une page sur deux à lire…) d'épigrammes antiques dans la collection Orphée, La Couronne de Méléagre et La Couronne de Philippe. Mon inscription est terminée.

Tous ces scrupules étaient inutiles: j'ai été la seule à ma table à repartir avec des livres présentés. Les gens viennent, commentent ou pire racontent interminablement le livre qu'ils ont amené (parfois un livre de bibliothèque (Hypérion d'Höderlin) ou pour la première fois ce soir des feuilles photocopiées) et repartent sans se préoccuper de ceux des autres.
Je ne reviendrai pas l'année prochaine — ni jamais. Je vais juste récupérer mes deux livres encore en circulation.

Point positif : quelqu'un a présenté une revue éditée par la librairie grecque Desmos. Il faudra que j'y passe.

Tout cela a fait naître un irrésistible désir de Grèce.

213/365 RAS

7h12 : à l'heure. Trajet rapide, train vide. RER D puis A puis ligne 1.

19h20 : ligne 1 jusqu'à Palais Royal, ligne 7 jusqu'à Censier Daubenton.

23h10 : marche rue Poliveau («Jambier !»), vélib jusque gare de Lyon, RER D de 23h32. Le train est très plein, le précédent a peut-être été annulé. Celui-ci est à l'heure. Il fait très chaud.
Arrivée quai 1, encore, avec quarante à cinquante centimètres entre le quai et la voiture (je n'exagère pas).

Lundi

Se profile la première semaine entière de travail depuis longtemps (depuis la semaine du 20 mars, je pense).
Je continue à travailler lentement, une action après l'autre. Tout est très calme. Je n'ai aucun contact avec les administrateurs, les assurés n'appellent plus, personne ne s'inquiète des enveloppes T, du matériel de vote à envoyer. J'avance lentement, sans aucune pression.

A-C au téléphone. Nous parlons famille, enfants et mari. Ce qui ressort finalement, c'est à quel point l'irresponsabilité du conjoint finit par être insupportable. Ne pas pouvoir compter sur l'autre pour la protection du foyer et des enfants finit par dégoûter de la vie commune: à quoi bon? Soudain l'obsessionnel jusqu'au ridicule "il faut protéger ma famille" des films américains finit par trouver un sens.

Humanae Vitae. Dans ce qui suis je mélange réflexions personnelles et prise de notes. Je ne précise pas dans la mesure où le changement de style me paraît suffisant à marquer l'un et l'autre.
Ce texte est une invitation à la spiritualisation du désir.
Comment ne pas sourire ou soupirer ou avoir envie de pleurer en lisant ce texte qui imagine évident et partagé le désir de contrôle de soi et de soumission des instincts. Le problème (l'un des problèmes, mais je crois que c'est le principal) c'est que l'instinct génésique masculin est survalorisé, l'a sans doute toujours été, à la fois dans le temps et l'espace. Les maternités non désirées sont désignées comme mauvaises, non souhaitables, mais le manque d'appétit sexuel est toujours jugé une catastrophe. On lutte contre les maternités par une pilule, contre le défaut d'érection par une autre. Je n'ai jamais entendu personne insinuer que mis ensemble, ces deux "problèmes" n'en sont plus. La tendance du jour serait plutôt de toujours trouver de nouveaux moyens d'exciter et de satisfaire les instincts génésiques.

J'ai entendu un jour (dans le jardin de St-Serge, dans une allée, en passant) un prêtre orthodoxe parler de la gloutonnerie, englobant d'un même mouvement la luxure et la gourmandise en parlant des hommes ventripotents aux multiples enfants et de leur incapacité à contrôler leurs appétits — mais autant leur surpoids ne fait que punir le glouton, autant les multiples enfants punit la mère qui subit deux fois: l'insatiabilité de son mari et les enfants (grossesses et soins du ménage et éducation…) C'est cela qui provoque ce profond sentiment féministe d'injustice dans ces obligations: ce n'est pas celui qui est avide qui en subit les conséquences (eh oui: l'enfant comme malédiction et non bénédiction, c'est que l'Eglise est incapable d'imaginer.)

Ne pas écraser la vie spirituelle par le respect d'une loi extérieure.

L'idéal, le réel, le possible : triade posée par certains théologiens. Benoît XVI refusait de dissocier réalité et idéal, tandis que le pape François parle de l'attention à porter aux situations "non-pleines" (ie accepter les situations non parfaites (ce qui rejoint la loi de gradualité de Jean-Paul II)), dans l'espérance qu'elles sont une étape vers un amour plus grand.

De nombreux théologiens ont protesté (à l'époque de la parution d'Humanae Vitae, 1968), certains ont été interdits d'enseignement.

212/365 Plus de peur que de mal

O. passe ses examens de fin d'année. Il prend le RER de 7h06 pendant que je finis mon créneau.
En arrivant sur le quai le train suivant est annoncé sans arrêt («Veuillez vous éloigner de la bordure du quai») et le RER suivant en retard. Finalement le train s'arrêtera, ce sera justement un RER, à l'heure — mais pour une destination différente. Il est vaguement inquiétant que cela n'est pas l'air d'être su trois minutes plus tôt.
Ce RER est presque vide — et le trajet dans son ensemble (RER D puis A puis métro 1) sera exceptionnellement rapide.

19h06 : ligne 1 jusqu'à Concorde, ligne 12 jusqu'à Rennes.

22h15: ligne 4 St Sulpice-Les Halles, puis RER D à 22h31.

L'idéologie du XXIe siècle (en Occident)

Entre ceux qui vous expliquent qu'ils ne veulent pas être pris en otage et posent de fait que Macron = Le Pen (quelles que soient leurs explications, de fait cela revient à ça) et ceux qui ne comprennent pas votre "agressivité" quand vous ne faites que répondre à la leur (leur explication: «Ah mais moi, j'étais dans l'hyperbole» (WTF? Eux sont dans l'hyperbole et moi dans l'agressivité? "T'es sérieux, là?" (A quoi servent les hyperboles? A boire de l'hypersoupe (Excusez-moi, je m'égare (synchise))))), je fatigue.
Se recentrer sur l'essentiel. Laisser tomber FB, revenir à la lecture, au grec, à l'allemand.

Par ailleurs, le XXIe siècle est certes religieux, mais il me semble y découvrir une nouvelle idéologie (à condition de définir celle-ci par ses symptômes d'intolérance et de certitude d'avoir raison et non par sa théorisation, encore à écrire): celle de la "souffrance animale", qui se caractérise par une tendance (je reste nuancée) à poser que l'animal est égal à l'homme et que (surtout), eux — ceux qui défendent ce point de vue — comprennent bien mieux la souffrance animale que vous et connaissent bien mieux la situation écologique que vous, bourreau ignorant et cruel.

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Agenda
H. a passé la journée devant l'investiture de Macron et moi à jouer à Candycrush, j'en ai peur. Vers le soir, j'ai tout de même lavé la coccinelle, tâche remise depuis décembre d'abord à cause de l'hiver, puis à cause de mon lumbago.

Un anniversaire assourdissant

TG sur la bioéthique. GPA, PMA : en théorie je suis contre, pour des raisons féministes (l'utilisation du corps des femmes et les dangers de la stimulation ovarienne). Je lis sur le sujet depuis très longtemps, depuis 1990 environ: Geneviève Delaisi de Parseval ou Jacques Testart, le père de la FIVette qui a changé d'avis sur le sujet (trop tard, trop tard. Comme Einstein, trop tard, trop tard). Parmi les bizarreries soulignées dans Le magasin des enfants (collectif dirigé par J Testart), il y a celle du couple considéré comme un seul corps, alors que, fait remarquer l'intervenant, il y a une chance sur deux que le couple se sépare dans les dix ans et que les partenaires soient fertiles chacun de leur côté (songez à Napoléon et Joséphine).
Evidemment Le magasin des enfants date de 1990, avant la reconnaissance des couples homosexuels par la société et l'émergence de leur désir d'enfant. Cela ne m'empêche pas d'être contre la PMA et GPA, mais il faut devenir très délicat dans la façon de l'exprimer: car si on les refuse au nom du bien de l'enfant à naître («ne pas créer un préjudice (l'abandon) en vue de la réparation d'un autre (la stérilité)»), au nom du bien de l'enfant né il serait pertinent que celui-ci n'entende pas la société lui dire qu'il est une anormalité et qu'il n'aurait pas dû naître.

Je passe à la librairie polonaise pour acheter deux Poésie du gérondif que je veux offrir (et que je n'ai pas trouvés), je ressors avec quelques livres (ne jamais, jamais, entrer dans une librairie: j'achète avec bonne conscience, en me disant que je l'aide à survivre, à se maintenir):
Malaparte : Le bonhomme Lénine
Catherine Sayn-Wittgenstein : La fin de ma Russie
Albert Londres : Le Juif errant est arrivé
Robert D. Kaplan : La revanche de la géographie
et une nouvelle pour H: A voté d'Asimov.

J'avais prévu de participer au vernissage de l'exposition d'Hervé Lassïnce mais un anniversaire m'en a empêchée. (A la place je suis allée en salle de gym transpirer les futurs gâteaux apéro.) Terrible anniversaire: une invitée bavarde impénitente a tenu le crachoir toute la soirée en nous parlant exclusivement de ses voisins. Je n'ai pas le choix, je suis obligée d'écouter, sinon je m'endors. Dès que je me désintéresse, je m'endors (déjà que cela m'arrive quand je m'intéresse)… Mais quel ennui. Les fumeurs avaient au moins la ressource de pouvoir s'échapper sur la terrasse. Cela a confirmé mon racisme personnel: les pieds-noirs1 (et leurs descendants).



1 : Merci de prendre ce genre d'assertion catégorique pour ce qu'elle est: une vérité toute relative dont le dogmatisme ridicule est destiné avant tout à me moquer de mes préjugés.

La création de la demande (et son anéantissement)

Nous n'avons plus personne au téléphone. J'ai été arrêtée trois semaines, ma collaboratrice en vacances deux pendant la même période, il y a eu des ponts et des grands week-ends, nous n'avons pas répondu au téléphone tout ce temps-là.
Moralité, plus personne n'appelle.

Cela me fait penser au début de Voyage au bout de la nuit, qui remarque que les Parisiens n'ont pas d'obligations puisqu'ils se promènent dès qu'il fait beau: de même les gens n'ont pas de réelles questions puisqu'ils ne téléphonent que parce que nous leur répondons. Notre sollicitude a créé la demande.
Cela pourrait être également l'illustration d'une démarche commerciale: s'occuper de clients, c'est les habituer à faire appel à vous en cas de besoin — à cela près que nous ne sommes pas une entreprise commerciale.

Quel calme. Je songe avec un peu de regrets que nous allons écrire aux retraités pour l'AG, et qu'ils vont donc nous rappeler (ça ne rate jamais).

209/365 RAS

Aller-retour en RER (ça devient rare !)
Un peu lent le soir, mais rien à signaler, sauf un violent orage à l'arrivée.

Une ancienne collègue

H. m'emmène encore, mais cette fois nous petit-déjeunons ensemble à deux pas du Rond-Point des Champs-Elysées.

Je déjeune avec Anne-Laure, une collègue de l'époque lointaine de la documentation qui est passée à mon bureau vendredi pour régler un problème de remboursement: «toi ici!»
Il y a dix ans c'était alors une jeune professeur qui venait de claquer la porte de l'éducation nationale, c'est étrange de la retrouver ainsi entre MOA et comm interne. Elle me raconte ses tribulations dans le groupe (le récit de déménagements loufoques) et ses problèmes de vue.
Elle me pose une question étrange: comment avoir un rendez-vous aux Quinze-vingts, elle n'y était pas parvenue. Je ne pensais pas que c'était si difficile. Une recherche internet, peut-être? Mais lorsque je le lui suggère, elle me répond que maintenant, avec ses enfants en bas âge, elle n'a plus le temps.

Le soir Oulipo, dans la pizzeria "mauvaise mais moins bruyante" parce que nous sommes nombreux. Sophie veut organiser son anniversaire à Sète, en août. Problème: comment nous loger tous?

208/365 Demi trajet - Travaux

En voiture jusqu'au Rond-Point des Champs-Elysées.
Je prends la ligne 1 vers 8h30 pour la Défense. Rame immobilisée quelques minutes, à peine, juste le temps de penser «Même quand je ne prends que le métro sur quelques stations il y a des problèmes.»

18h15: ligne 1 vers la grande Arche, puis RER A, puis ligne 14 gare de Lyon pour grande bibliothèque (je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça plutôt que prendre la 1 puis la 14 avec un changement aux Halles. Un moment d'absence).

Ligne 14 bibliothèque, arrivée gare de Lyon. Le RER part des grandes lignes, il faut attendre sa mise à quai. Cela indique des travaux, je parie donc sur son arrivée sur le quai 1 à Yerres (et non le 2) et je m'installe dans une voiture au milieu de la rame (et non en queue). (Ces détails dans l'optique d'un "Trucs et astuces pour les usagers du RER D", ou "Description de la vie d'un banlieusard à l'usage des provinciaux").
Départ 23h31, H. vient me chercher à la gare (dans ma jeunesse je rentrais à pied mais depuis que nous ne sommes plus que trois à la maison, je demande des services que je n'ai jamais demandés, comme de venir me chercher à la gare.)

Emily Dickinson

Pas de RER aujourd'hui : aller-retour en voiture avec H. qui a des rendez-vous (maintenant que Macron est élu, il y a un ou deux projets touchant les municipalités que H. a à cœur de faire aboutir malgré la folie de B., projets qu'il aurait laissé s'enferrer sans remords si MLP était passée.)

Vu Patrick à midi qui sillonne la région parisienne et est coincé ici en attendant que sa voiture soit réparée.

J'ai quitté le bureau tôt pour aller voir Emily Dickinson. J'espérais retrouver la maison visitée en 2012, voir mis en scène ce que nous avait raconté l'excellente guide (et vérifier ce que j'avais compris, car après tout j'ai traduit de l'anglais oral) et j'ai vu un film sur le puritanisme d'une famille fermée sur elle-même.
Je suis sortie de la salle en me disant qu'il fallait que je lise la biographie que j'avais acheté sur place.

J'ai posé le premier jalon des vacances en réservant une nuit au Palazzo Salis à Soglio, le village de Suisse où Rilke prenait des vacances et où nous n'avions pu rester il y a six ans.

FATCA

Je vois passer la "décompression" sur twitter : ceux qui protestent contre les remarques désobligeantes, pour ne pas dire les insultes, dont est l'objet Brigitte Macron; ceux qui disent qu'après tout il faut laisser sa chance à Macron, qu'un jeune ça change, sait-on jamais; un article sur les "ouin-ouin", ces gens perpétuellement dans la plainte…
Et puis les autres. Je me demande s'il n'y a pas déjà une manif de prévu.

Je commence la journée par trois quarts d'heure (montre en main) d'assistance psychologique au téléphone. Expliquer, expliquer, expliquer. Comprendre rassure. Les gens sont si inquiets.
J'ai fini de traiter les mails accumulés pendant mon absence. Ce n'était sans doute pas le plus urgent mais c'était ce qui demandait le moins de réflexion (ouvrir un mail après l'autre, c'est simple) sans avoir à organiser mon action.
J'ai eu le plaisir de devoir remplir un formulaire d'auto-déclaration FATCA, envoyée par une jeune femme de l'entité d'asset-management du groupe qui invitait à prendre contact avec elle en cas de question. J'en avais une (la mutuelle est-elle une FNE (entité non financière) active ou passive?), elle ne savait pas me répondre, elle m'a passé une personne qui ne savait pas me répondre et qui m'a conseillé de prendre contact avec un fiscaliste du groupe sans me donner de nom. Je crois que je vais remplir le document à mon idée de façon à ne pas être obligée de demander le numéro fiscal à chacun des douze administrateurs.

Je sors à cinq heures pour aller voir Get out.

Puis "sexualité, éthique et théologie".

206/365 : un peu de ralentissement, sans conséquence

J'arrive à prendre le RER de 7h42 bien que ne partant pas avec O. (fierté).
RER D, RER A, ligne 1. RAS

17h : ligne 1 pour la Défense, RER A (ralenti à caus d'un incident entre Les Halles et gare de Lyon), ligne 4 jusqu'à Odéon.

19h45 : velib de carrefour de l'Odéon à rue d'Assas devant l'ICP. 22h15 : ligne 4 St Sulpice-Les Halles; affichage bizarre sur le quai du RER D, je ne prends pas le temps de comprendre et vais prendre le A pour garde de Lyon. Un zaco arrive peu après, ce qui prouve que j'aurais pu le prendre aux Halles.

Un pot

Salle de sport (que dieu me tortille, ce truc bobo qu'est un cours de pilates (ce n'est jamais que la musculation quasi-immobile que j'ai connue chez le kiné en 2001)), sauna. Je sors rincée (ce qui est le but).

Les gardiens de la galaxie 2, à la fois très violent et très irénique. La famille, les amis, les amis qui deviennent la famille, la famille irremplaçable. Les Américains continuent à avoir un problème avec le père. C'est fou le nombre de films américains qui tournent autour de la paternité. Au fond de ma cervelle je pense à Taubes et au meutre du père (La Théologie politique de Paul, Schmitt, Benjamin, Nietzsche et Freud).

Pot entre potes FB, macronistes. Je suis contente de rencontrer pour la première fois un très vieux blogueur, un blogueur historique. Chacun a vécu la même chose, la violence et la folie qui se sont emparés de leur TL (time line, mur). Finalement j'ai eu de la chance, pas d'insultes, pas de rupture, quelques engueulades entrant dans l'ordre des engueulades périodiques, cathartiques, tandis que certains ont vu des gens de leur famille ou des amis de toujours devenir irreconnaissables.
Nous avons également l'expérience de l'illogisme, des raisonnements à l'envers, de la mauvaise interprétation des statistiques et des corrélations… (ceci de façon générale, pas uniquement dans le contexte des dernières élections).
Nous évoquons RC, devenu totalement fou (si tant est qu'il ne l'était pas déjà). Ses derniers tweets sont effrayants.
Depuis combien de temps n'avais-je pas bu de Guinness? Très longtemps. Puis retour au mexicain, deux jours plus tard.

Retour sur le dernier mois

Maintenant que le premier round est terminé — Macron a gagné — en attendant les législatives puis septembre — voici un condensé de mes décisions potentielles ce dernier mois. Les dates sont importantes.

De façon générale, il ne m'a jamais paru possible de voter que de LR à PS: Fillon, Macron, Hamon. Evidemment, après Penelope, sans compter bien sûr la poutinophilie de Fillon, il ne restait que Macron et Hamon.
Je n'ai pas la détestation affichée de certains pour la droite ou la gauche. Ça m'est un peu égal; au bout de toutes ces années nous savons que les gouvernements de gauche font ce que ne peut pas faire la droite (fermer les filatures et les acieries,…) et inversement les gouvernements de droite font ce que ne peut pas faire la gauche (supprimer le service militaire, etc).
Il me semble important de conserver un socle républicain à la France, c'est là toute ma conviction.

J'aurais voté Hamon — car le bilan de Hollande est pour moi positif — s'il n'avait pas été flagrant qu'il allait perdre (même si l'ampleur de sa chute n'était pas prévisible (en tout cas pas par moi)). J'ai voté "utile", mais sans état d'âme, Macron faisant partie des trois choix possibles.
Les autres choix n'étaient ni de mon âge ni de ma "condition": il me semble indécent de voter à l'extrême gauche quand on a mon niveau de vie, quand à l'extrême droite… ce n'est même pas pensable.

Avant le premier tour, quand tout était si indécis, voici ce que je pensais voter en fonction des duels potentiels:
- Le Pen - Fillon : Fillon
- Le Pen - Macron : Macron
- Le Pen - Hamon : Hamon
- Le Pen - Mélenchon : Mélenchon (et sans faire tous les salamalecs auxquels on a eu droit de la part de la gauche : non, juste parce que c'était normal)
- Fillon - Macron : Macron
- Fillon - Hamon : Hamon
- Fillon - Mélenchon : Mélenchon
- Macron - Hamon : Hamon
- Macron - Mélenchon : Macron
- Hamon - Mélenchon : Hamon

H. aurait voté Fillon en cas de duel Fillon-Mélenchon, parce qu'il pensait qu'il valait mieux un voleur que la France prenne quinze ans de retard tandis que je gardais un certain romantisme révolutionnaire.
La réaction de Mélenchon après le premier tour prouve que H. avait raison.


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Agenda
Assesseur de huit à vingt-deux heures. Dupont-Aignan est passé accompagné de sa fille de quinze - vingt ans. Je me demande dans quelle mesure elle n'était pas présente uniquement pour éviter qu'il se fasse prendre à parti, ce qui serait lamentable.

Le nawak, condensé

Dans le couloir de l'entreprise, nous discutons à trois.
Une collègue: «mais ils sont où, les FN? Tu en connais, toi?» Non, pareil.

Dans le RER je regarde autour de moi en me disant que c'est un sur dix, mais qui ?

Dans l'Essonne, il n'y a pas d'assesseur FN pour le second tour.
H me dit: — m'étonne pas, c'est des couilles molles.
Moi, interloquée: — je ne comprends pas, quel rapport ?
— Ils votent FN, mais ils ont peur de le montrer, ils ne sont pas prêts à s'afficher en bureau de vote toute une journée.

Bon bon bon. Donc il faut que leur parti gagne, mais sans qu'ils se montrent, tandis que pour les abstentionnistes, il faut que le FN perde, mais sans leur vote. Je suis de plus en plus en colère. J'aurais dû faire beaucoup plus de sport ce matin.

201/365 : perturbations par ricochet

A 7h29 sur France Inter est annoncé un incident électrique à Denfert-Rochereau sur le RER B.
O. me regarde au-dessus de sa tasse: — J'ai tellement pas envie…
— Mais tu ne prends pas le B.
— Oui, mais quand il y a ce genre de problème, je ne sais pas pourquoi, ça retentit sur toutes les lignes.

Il avait raison. Il a réussi à monter dans le RER de 7h42, j'ai pris le 7h52 debout et compressée; il y avait des ralentissements à Nation sur le RER A, j'ai pris la ligne 1 jusqu'à Esplanade de la Défense, debout encore, me convainquant rétrospectivement que mon arrêt de travail était justifié, je n'aurais pas pu tenir debout ainsi tous les jours.

Départ 17h32 pour le parking d'Auchan à Brétigny (! : ça c'est de l'aventure)
ligne 1 Esplanade de la Défense - Clémenceau
ligne 13 jusqu'aux Invalides
quelques kilomètres de couloirs (tapis roulant etc : je ne connais pas cette station donc ça me surprend) puis RER C terminus Brétigny
Dieu que ce RER est lent, en s'arrêtant pourtant peu. Terrains vagues, pluie, la Seine entre les immeubles.
19h16 - bus jusqu'au centre commercial Maison neuve.

La folie : suite

Il y a eu deux manifestations le premier mai, une du Front National près de la statut de Jeanne d'Arc place des pyramides pendant laquelle Jean-Marie Le Pen a vociféré; une place de la République pour manifester contre le Front National (un rassemblement bien faible par rapport à 2002).
Les désormais inévitables casseurs sont intervenus en fin de cortège, un CRS a été touché par un cocktail Molotov, une photo terrible de torche humaine a circulé.
Un conn*** de CGTiste a commenté «Poulet grillé» sur twitter (je crois que depuis il a eu un blâme de la part de son syndicat). Nous avons appris par ailleurs que le photographe était syrien. Il raconte ici son incompréhension.
Nathan au téléphone depuis Philadelphie ne comprend plus rien: que se passe-t-il en France? C'est la guerre? Et en effet, nous pouvons nous moquer de Trump autant que nous voulons, mais il n'y a jamais eu de telles images, même pour l'évacuation des manifestants de Standing Rock protestant contre le Dakota Access Pipeline.

Je fais de très petites journées (de minuscules journées, mais je compense en n'annulant pas des demi-journées de congés que j'ai posées pendant lesquelles je viens travailler (c'est tout à fait contraire au droit du travail: s'il m'arrive un accident dans les locaux...)). A quatre heures et demie je vais voir La colère d'un homme patient. Les films espagnols sont toujours aussi glauques (mais celui-ci gère mal la tension, elle n'est pas assez soutenue).

Le soir débat Le Pen-Macron. Je ne le suis pas mais lis mes contacts sur twitter et facebook. C'est très drôle (à lire) et très ennuyeux (à regarder): apparemment elle est vraiment mauvaise et ne connaît pas ses dossiers. Un twittos commente «Macron a démontré qu'il ferait un bon infirmier psychiatrique».
Mais cela n'a pas empêché Trump d'être élu. Les gens ne choisissent pas la raison, la raison n'est plus ce qu'ils utilisent pour choisir. Manque d'éducation, fatigue, misère, bêtise? Ou les fruits d'années de mépris et de rancœur envers les premiers de la classe alimentées par un système scolaire qui ne valorise plus les meilleurs élèves?
Ne voudrions-nous plus du meilleur d'entre nous pour nous représenter, mais d'un être aussi médiocre que nous? (question générale qui dépasse Macron, bien entendu: que la charge de représenter doive être portée par le meilleur, les meilleurs, c'était toute l'idée de "noblesse" (en entendant dans ce mot la dimension de vertu), ce qui s'entend aussi dans "dignité de la charge": ce n'est pas parce qu'on est une République qu'on doit abandonner l'idée de dignité, et même au contraire si j'en crois les récits fondateurs de la République romaine.

La République n'est pas la décadence; c'est l'inverse, c'est l'avènement de la dignité et de la raison qui renverse un système généalogique à bout du souffle.
Tout au moins est-ce dans cette idée que j'ai grandi et que j'ai été éduquée.

200/365 : RAS

De nouveau à onze heures au bureau, sans anicroches.

16h20 : ligne 1 Michelet-grande Arche

18h20 : RER A puis RER D (Zico pour être assise même si un Zaco était à quai au même moment gare de Lyon)

Se décider

Je retourne en cours d'allemand pour apprendre que c'est le dernier de l'année. Nous traduisons trois poèmes de Bonhoeffer.
C'était prévu dans le descriptif du cours, mais on peut dire que ça tombe à pic.

Explication pour ceux qui ne connaissent pas : Bonhoeffer, pasteur protestant, est l'une des grandes figures théologiennes qui s'est opposé au nazisme au sein de "l'Eglise confessante" alors que l'Eglise allemande hésitait et se ralliait en grande partie au nazisme. Il a fait partie d'un groupe qui préparait un attentat contre Hitler (qu'un chrétien s'engage sur le chemin du meurtre reste pour moi in-pensable) et a été pendu en avril 1945.

Quel rapport avec aujourd'hui? Voici quelques lignes d'une lettre de 1934 sur l'importance de prendre une décision, de prendre le risque de prendre une décision ("œcuménique" représente les différents courants protestants). Je pense ici autant aux hésitants en général qu'à l'Eglise catholique qui n'ose pas employer de mots fermes par peur de brusquer les anti-mariages gay (heureusement quelques évêques ont été clairs et sauvent l'honneur). :
J'aurais beaucoup aimé discuter de nouveau de la situation actuelle avec toi, puisque la lenteur de la risposte œcuménique commence à mes yeux à friser l'irresponsabilité. Il faudra bien prendre une décision à un moment, il n'est pas bon d'attendre indéfiniment un signe du ciel qui viendrait résoudre le problème sans aucun trouble. Le Mouvement Œcuménique doit lui aussi prendre position, quitte à se tromper, comme tout être humain. Mais que la peur de se tromper les pousse à tergiverser et à se dérober alors que d'autres, nos frères en Allemagne, sont obligés de prendre des décisions infiniment plus difficiles tous les jours, me semble aller à l'encontre de l'amour. Retarder une prise de décision ou ne pas en prendre est un plus grand péché que de prendre de mauvaises décisions guidées par la foi et l'amour. […] Dans le cas qui nous préoccupe, c'est maintenant ou jamais. "Trop tard" mènera à "jamais".

Eric Metaxas, Bonhoeffer : pasteur, martyr, prophète, espion, p.280, éd. Première Partie, Paris 2014
L'un des élèves nous apprend que passant à Weimar en juin 2014, il avait voulu aller à Buchenwald voir le mémorial de Bonhoeffer: impossible, il venait d'être vandalisé.

Le soir, retour en cours. J'en ai raté quatre. Troisième cours sur "Sexualité, éthique et théologie". Je suis extrêmement sur la réserve.
Pour l'instant tout va bien : Thomas (d'Aquin), faire mémoire, agapê
Mémoire, intelligence, volonté : selon l'importance plus grande donnée à l'un ou à l'autre, on sera plutôt augustinien, bonaventurien ou scottiste…

Piste : Eric Fuchs, théologien protestant, a écrit un livre qui a eu beaucoup de succès autant auprès des catholiques que des protestants: Le désir et la tendresse.

Généalogie matthéenne : les transgressions des patriarches n'entravent pas le dessein de Dieu.

199/365 : un migrant cuit

Je suis arrivée en retard à la gare, j'ai raté le train à trente secondes, puis découvert qu'un train sur deux était supprimé: les panneaux indiquaient qu'un homme était monté sur un train gare du Nord vers cinq heures du matin, bloquant la circulation, occasionnant de nombreux retards.
Selon les annonces, tous les trains étaient terminus gare de Lyon, mais en réalité ce n'était pas le cas.
Je suis arrivée à onze heures au bureau (j'ai un peu honte).

A quatre heures, départ pour l'institut de théologie protestant métro saint Jacques.
A six heures et demie, velib de Port Royal à rue Mézières.

J'apprends sur twiter que l'homme monté sur un train n'était pas un jeune en train de faire l'imbécile, mais un migrant tentant de rejoindre l'Angleterre. Il est mort électrocuté sur un TGV. Il est brûlé si profondément qu'il sera difficile à identifier.
Je note cela en détail car ma lassitude est extrême, tout cela est insensé et empire.

22 h ligne 4 saint Sulpice-les Halles.
J'arrive sur le quai du RER D à 22h19. Le prochain RER est annoncé à 22h39. Je lis twitter et je flippe (à cause de la conn*** ambiante). Dernière nouvelle en date publiée dans Le Canard enchaîné, Le Pen aurait prévu de dissoudre l'Assemblée si elle gagnait la présidentielle et n'avait pas la majorité (ça fait beaucoup de si).
Un train arrive, il est 22h43, il porte le nom de Zaco au-dessus du pare-brise de la locomotive, c'est-à-dire une destination pour Melun, mais les panneaux lumineux indiquent que c'est un Rovo destination Corbeil-Essonne.
Que croire? Confusion, les passagers s'interrogent. Je décide d'aller jusqu'à Villeneuve, au pire O. viendra me chercher.
Finalement ce sera bien un Zaco.

Dan

Comme à chaque fois que Kwa vient en France il sonne le rappel, ce qui fait que nous nous voyons plus souvent maintenant qu'il est à Boston que lorsqu'il était à Brétigny (mais il paraît qu'il ne faut pas le dire).

Rendez-vous donc Chez Marianne, le célèbre restaurant juif dans le Marais. Dan et son ami sont là, nous ne les avons pas vus depuis 2001 ou 2002. A l'époque c'était la fin de la bulle internet, Dan nous avait raconté avec beaucoup d'humour comment il avait failli devenir très riche (et puis finalement non, à un cheveu: c'était tombé sur un autre) (ah les start-up, l'horreur des start-up: comment raconter les rêves et les mythes autour de ce mot pour ceux qui vivent dans ce monde, quelque chose de l'ordre de la recherche de l'Eldorado au XIXe siècle, quelque chose que l'on atteind jamais mais qui vous anime… quelle importance tant que l'on sait que c'est davantage un mythe fondateur qu'une réalité concrète (concrètement, travailler dans une start-up, c'est travailler!))

Nous ne l'avions pas revu depuis cette époque, je ne me souvenais pas qu'il avait une aussi belle voix. Il a travaillé cinq ou six ans dans une autre start-up, à installer du réseau au Pakistan («Je suis arrivé le premier jour du ramadan, j'ai fait mon premier ramadan là-bas: ils m'offraient de manger, mais c'était gênant devant eux, alors j'ai fait comme eux. Mes parents m'ont dit "comment, tu ne fête pas Pourim avec nous, et tu fais le Ramadan!"»), Inde, Cameroun… Il a des souvenirs ancrés dans la géographie et s'ennuie un peu maintenant qu'il est rentré dans le rang (la holding de la start-up a arrêté de financer les investissements pour se contenter d'exploiter ce qui était déployé).

Dan et Patrick se sont fait opérer de la myopie à l'âge où l'on devient presbyte. Ils nous expliquent qu'en fait on devient double borgne: un œil pour voir de loin, un œil pour voir de près, c'est au cerveau à apprendre à gérer cela. Il est possible de choisir de "régler" les deux yeux pour voir de loin, si par exemple on fait du tir à l'arc, en acceptant de porter des lunettes pour voir de près, ou l'inverse. L'opération prend quinze secondes, «dix minutes si tu comptes le temps de t'asseoir, de préparer le champ opératoire». Ils nous ont donné un nom: le professeur Gatinel, à Rothschild. H. est tenté.

Nous parlons des vacances, Dan raconte un ouragan en Australie: «J'avais bien lu "n'allez pas au nord du tropique du Capricorne, il y a des ouragans" mais je m'étais dit que ça irait. Les palmiers étaient horizontaux, la pluie ne tombait pas, elle volait.»

Eux partent à Ibiza dimanche prochain après avoir voté et rentrent dix jours plus tard: «si ça se passe mal, nous ne rentrerons pas», disent-ils en riant. «Mais ça se passera bien», ajoute Dan confiant, tandis que Patrick paraît beaucoup plus proche de mon inquiétude: lui est sur les réseaux sociaux, il voit l'abstention et les discours délirants.


Par ailleurs je me suis inscrite pour être assesseur dimanche. J'ai besoin de faire quelque chose, de servir, au sens fort.
A Marseille, le soir du premier tour, un président de bureau est rentré chez lui en oubliant de donner le procès verbal de fin de vote: fatigue et manque d'expérience. Moralité, l'ensemble de la publication des résultats a été bloqué. Il manque des assesseurs pour le second tour.
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