Pas grand chose

Jusqu'ici il m'avait semblé que mon absence de trois semaines en avril ne faisait quasi aucune différence dans le travail effectué au bureau. C'était étonnant et vaguement mortifiant: comment, je serais donc si inutile?
Aujourd'hui j'ai trouvé une mine, une mine de tableaux et compte rendus qui n'ont pas été faits au fur à mesure, des documents pour 2017 qui n'ont pas été créés après la clôture de 2016. Finalement, mon absence a des conséquences, ouf! (Je ris, mais je ne pensais pas avoir autant de retard sur quelques points précis. Moi qui espérais partir en vacances avec une situation à jour, c'est désormais compromis. Enfin, ça n'a pas grande importance, ce n'était qu'un engagement et un espoir vis-à-vis de moi-même).

Vu par hasard le grand responsable du déménagement. Je lui ai exposé nos incertitudes dues à notre statut entre trois chaises: dépendant fonctionnellement de la RH groupe (apparaissant dans son organigramme), salariées d'une deuxième entreprise du groupe, devant déménager dans l'immeuble d'une troisième dans laquelle travaillent le trésorier et le président… Où irons-nous réellement?

Il est possible que cette rencontre fortuite nous sauve la mise car ma hiérarchie administrative (celle qui verse les salaires) ne nous aime pas à cause de notre indépendance — mais aussi parce qu'elle est plus feignante qu'une couleuvre et qu'elle sait que je le vois et en ris; et je craignais qu'elle ne respecte pas ce qui a été mis en place par Hubert avant son départ, mais si le grand responsable nous soutient, il ne sera pas contesté (il y a quelque chose de militaire dans cette boîte).

Le soir RER à Boussy-St-Antoine, courses rapides (de la bière et des galettes soufflées), concert de O. sur le thème des bandes originales des films d'animation. A part Shreck et Là-haut, j'en connaissais très peu.

255/365 - retards imperceptibles

Bus. J'ai eu le RER qui hier était supprimé, celui de 8h44.
RAS le reste du voyage. Quelques minutes d'arrêt aux Halles, mais comme je suis assise, je m'en rends à peine compte. Je m'endors profondément pour trois stations.

Ligne 1, RER A (j'abandonne celui où j'étais montée pour celui qui arrive en face, vide), RER D à 18h42 (voie 4: j'ai failli le louper car ce n'est pas le quai normal). Je descends à Boussy-St-Antoine à 19h12 comme prévu

Serrer les dents

J'ai beaucoup entendu : «le mal de dos, c'est psychosomatique. J'en ai plein le dos, ça veut dire ce que ça veut dire».
Certes. Mais cela restait obscur. Autant je comprends une baisse des défenses immunitaires en cas de fatigue, de relâchement de la tension ou de l'attention (le célèbre rhume au début de chaque période de vacances), autant je ne voyais pas en quoi les soucis ou l'inquiétude pouvaient attaquer les muscles du dos.

Séances de kiné, nous papotons: «Le soir, ça allait, c'est le matin que tout était grippé. J'en étais venue à me dire qu'il ne fallait plus dormir.
— C'est le stress. Vous serrez les dents dans votre sommeil. Ça transmet la tension à toute la chaîne.»
Il reprend : — Il est où, le bout de votre langue, au repos?
— Euh… (je réfléchis. In petto, je me souviens que j'ai eu son nom via un kiné "méthode Mézière": il n'avait plus de place et m'avait donné le nom de celui-là. Ce qu'il fait me rappelle tant les livres de Thérèse Bertherat.) Sur le haut de mes dents du bas.
— Normalement, la langue ne doit pas toucher les dents. Le bout doit reposer sur l'espace plat du palais devant les incisives du haut. Quand vous ramez, vérifiez comment sont vos dents ou votre langue. IL n'est pas nécessaire de les serrer, ça fatigue pour rien.

Où est ma langue quand je rame? En voilà une étrange question. Aucune idée.
Il me donne des exercices pour détendre les muscles des joues, masser le muscle à l'arrière des oreilles. Il parle d'ATM, je ne lui demande pas ce que c'est.
Il me rassure sur mon dos (car j'ai mal depuis jeudi, depuis que j'ai ramé. Je n'ose pas le dire, j'ai peur de me faire gronder à la maison): il n'y a rien, "la posture du bassin n'est pas touchée".

Je ressors désarçonnée. Cela voudrait-il dire que j'ai été profondément sous tension en mars? Ou depuis le début de l'année? Mais cela n'a pas de sens, je subis bien moins de stress que lorsque les enfants étaient petits, ou lorsque j'avais un entourage professionnel mortifère. Ou alors je suis devenue moins résistante du fait justement d'une vie plus douce; les départs d'Aurélie et d'Hubert m'affectent-il bien plus profondément que je ne veux l'admettre? Ou est-ce la perspective de refaire de la compétition après tout ce temps qui m'a terrorisée? (ça, c'est bien possible (smiley)).
Bizarre, bizarre. Mais j'ai encore fait un cauchemar cette nuit, de ceux où l'on allume et lit un peu pour oublier.

254/365 - suppression de trains

Ce matin, le train de 8h44 est supprimé. Je prends le 8h58.

Ce soir, je prends la ligne 1 pour gare de Lyon, dans la flemme du changement à la grande arche. J'arrive en haut des escaliers du quai du RER D à 18h11, le départ du Zico est annoncé pour 18h12. Je descends les marches vivement — mais sur le quai, pas de train, ni d'un côté ni de l'autre, le Malesherbes vient de partir.
Un instant fugitif, le panneau clignote "départ imminent" le long du quai désert, puis s'efface: «ce train ne prend pas de voyageur» — mais il n'y a pas de train.
Il arrive lentement quelques minutes plus tard. Les voitures sont surchauffées. Nous nous installons sans savoir à quelle heure il part. Je fais une erreur dans mon choix de siège: pour échapper au soleil, il faut se mettre dans le sens de la marche à babord, j'ai fait l'inverse et me suis retrouvée en plein soleil, noyée de sueur.

Une illumination

Je suis passée voir mes parents avant de partir un mois en vacances. J'y suis passée seule, les enfants étant éparpillés et H. ayant des obligations.

Discussion de fin de repas, mon père a gagné des billets pour un tour en montgolfière ; il me dit qu'il avait voulu offrir à ma mère un tour en Mirage mais qu'elle avait refusé («de toute façon la voisine (médecin) a dit qu'elle ne me ferait pas de certificat médical ! »)
— Ah mais moi ça m'intéresse, m'exclamé-je.
— Ah bon ? fait-il étonné.

Je raconte ma visite au stand de l'armée de l'air en juillet 84 après mon bac, leur proposition de me faire conduire des avions-cargo : « Des avions-cargos ? Pas question, je voulais être pilote de chasse. Aujourd'hui je regrette, je me dit qu'une fois dans la place, de fil en aiguille… Ça a tout de même beaucoup changé en trente ans.
— C'est vrai, intervient ma mère. Le chef de la patrouille de France est une femme1. »

Et soudain je me dis qu'il n'est pas trop tard : je peux encore apprendre à piloter.


Note
1 : rectificatif un tour sur Google plus tard : a été une femme, en 2009.

Dernier TG

Journée sur l'autorité dont l'autorité dans la liturgie l'après-midi (cela paraît abscons, c'était passionnant).

Aperçus:
Vous connaissez la blague sur Karl Barth et Jean XXIII? On demande à Jean XXIII qui est le plus grand théologien du XXe siècle. «Karl Barth», répond Jean XXIII. Et Barth, l'apprenant: «Je sens que je suis de plus en plus convaincu par le dogme de l'infaillibilité pontificale».

«En France, on pense l'unité sous le mode de l'uniformité.»

Boutade de Michel Serres: «il y a vingt ans, quand je voulais intéresser mes étudiants, je leur parlais de politique, quand je voulais les faire rire je leur parlais de religion; aujourd'hui quand je veux les intéresser je leur parle de religion et quand je veux les faire rire je leur parle de politique.»
Cela rejoint mon explérience: j'ai découvert à ma grande surprise qu'avouer que l'on fait des études de théologie ne provoque pas hostilité ou moqueries, mais intérêt.

Je suis en vacances, youpi !! Sans devoir en retard !!


Le soir, spectacle de claquettes de l'école dont notre voisine est professeur.

Rêve

Cette nuit j'ai rêvé de Frédérique (pas revue depuis 2001 ou 2002) et de sa mère (d'où je déduis étrangement que son père est mort).
Qu'ont ces disparus à revenir dans mes rêves ?

Marie-Thérèse

Je vais ramer le soir afin d'éviter la chaleur. Je ne rame plus assez et cela me fait tourner la tête quand je descends de bateau — mais si je rame davantage je crains pour mon dos. Je manque de confiance en ma guérison.

Double avec une jeune Allemande qui doit être un crack de la finance. Elle vient d'Hambourg et n'a pas ramé depuis plusieurs années. Elle s'appelle Marie-Thérèse et son supérieur en France refuse de l'appeler par ce prénom. Trouve-t-il cela vieillot ou est-il anti-royaliste? Bateau agréable.

H. rentre de deux ou trois jours de salon. Il a négocié son départ pour septembre et depuis qu'il sait qu'il part il prend la liberté de dire quelques vérités à certains. Ces récits sont très drôles et nous restons tard sur la terrasse, sans allumer pour éviter les insectes. Il fait encore très chaud.

J'ai trouvé un tumblr intéressant sur la façon dont se glissent des allusions à la Grèce antique dans la culture populaire. C'est un tumblr américain, ce qui fait que du même coup, c'est une initiation à certaines références culturelles pas toujours compréhensibles hors US.

A la façon de Mélenchon (vu sur twitter) : «A 32° degrés près, il gèlerait». (Phrase également drôle en Farenheit).
Par ailleurs, ce député européen s'est insurgé devant le drapeau européen dans l'hémicycle. Nous dirons désormais "une mélenchonnerie".
(Hier ou avant-hier, Mélenchon a promis d'expliquer le contrat de travail "au matheux" [Cédric Villani]. Tout le monde s'est insurgé devant la connotation méprisante, etc. Ce qui me fait rire, moi, c'est d'imaginer le temps nécessaire à Villani pour comprendre le contrat de travail. Mélenchon ne se rend pas compte.)

250/365 - de justesse

Matin.
Bus qui arrive deux minutes trop tard à la gare, le RER vient de passer. Je prend le suivant, à 9h14 (à cette heure-ci il y en a déjà moins).
Pour le reste, RAS.

Soir.
Vers 20h30, ligne 1 pont de Neuilly jusque gare de Lyon. Je suis très fatiguée, j'ai fait l'erreur de ne rien prévoir à boire ou manger.
RER D sans problème. En arrivant à Yerres à 21h29, je constate que le suivant (arrivée à 21h59) est supprimé. Heureusement que je n'ai pas raté celui que j'ai pris.

Macron et les start-ups (ou : les start-ups de Macron)

Je copie une discussion qui a eu lieu sur Twitter. Elle a des embranchements, on s'y perd un peu, ne soyez pas surpris en cas de répétitions : j'ai repris des tweets pour la compréhension et les embranchements.


Daarjeeling 22 juin
Une idolâtrie naïve de la culture startup chez #Macron
Une détestation maladive des entreprises chez #Melenchon
Trouvons le #JusteMilieu..

Alice 22 juin
Cette histoire de start-up... je me suis tjrs demandé si c'était analogie stricte ou juste une réf au dynamisme, à l'esprit d'entreprendre.

Daarjeeling
sans doute un peu les deux : un vrai "culte" du jeune entrepreneur high-tech ET une allégorie de la société qui doit (se) bouger..

Daarjeeling
je n'ai rien contre ça, en fait, juste ne pas ni l'idéaliser ni en faire le seul modèle possible ou même souhaitable.

frederic kavita 22 juin
startup c'est plus un etat d'esprit. Le probleme c'est que quand on parle de startup on pense uber.

Daarjeeling
maintenant oui, alors que c'est une grossière simplification. Tous n'est pas rose chez les startup, mais pas si noir non plus..

frederic kavita
il ne faut pas confondre une startup une entreprise qui a croissance rapide avec la methodologie startup deux choses differrentes

Alice
Donc de quoi parle Macron ? Parce qu'on voit bien que certains préfèrent retenir le pire.

frederic kavita
startup nation en realité signifie une nation d'entrepreneur qui innove. ce terme startup nation est utilise dans d'autres pays comme israel

Alice
Perso ayant confiance en Macron j'ai juste traduit: audace et liberté par opposition aux mastodontes..

Daarjeeling
Comme souvent avec Macron on peut être également confiant ou méfiant sur la même déclaration. J'aime l'esprit, je me méfie des dérives.

frederic kavita
la philosophie de base de la philosophie #startup ça reste très social après l'excès du capitalisme a creer les effets pervers

Daarjeeling
totalement d'accord. La recherche de fonds (et les trouver..) entraine paradoxalement souvent ces concessions insupportables et perverses

frederic kavita
aujourdhui c'est juste des operations financière on espere se faire racheter a prix fort comme ça on se la coule douce après

Alice
Ms ne se font racheter ainsi que ceux qui ont du succès (captain train etc). Ce qui veut dire qu'on a bcp travaillé ET eu de la chance.

frederic kavita
c'est l'obsessions des gens alors que tu peux etre une startup est gagne ta vie normalement sans chercher devenir le nouvelle licorne

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frederic kavita
à la base la philosophie #startup est très social mais les fonds d'investissement ont malheureusement prit le pouvoir…

Daarjeeling
une culture startup est utile pour démarrer /innover /créer. Pas du tout à long terme. Un "developpement durable" d'entreprise est complexe

Daarjeeling
les raccourcis que tu prends en mode "startup" sont géniaux : transposés sur le long terme, c'est une catastrophe sociale et humaine

frederic kavita
tu reduis encore : entreprises mais ça va plus loin que ça. les startup existait alors qu'elle n'appliquait pas les methodologie startup

Daarjeeling
je ne crois pas. J'utilise le mot dans son acceptation actuelle, et c'est un domaine que je connais un peu..

frederic kavita
nation startup ne veut pas dire que toutes les entreprises deviennent uber, uber dans le millieu startup n'est pas même pas apprecié

Daarjeeling
on est d'accord. par contre, sous-payer salariés en échange bonus futurs, enthousiasme grisant mais horaires de fous.. c'est partout

Daarjeeling
d'où ma remarque : ce sont des raccourcis potentiellement parfaits, à condition qu'ils ne deviennent pas un mode de vie / fonctionnement

frederic kavita
il faut arrete de mettre le mot startup a tout va. aujourdhui le mot startup est dans son sens dernier une entreprise a croissance rapide

Daarjeeling
ce qui le résume à uniquement celles qui réussissent, notamment en croissance explosive. Très loin d'être le cas majoritaire.

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Nouvelle conversation

Daarjeeling
Une idolâtrie naïve de la culture startup chez #Macron
Une détestation maladive des entreprises chez #Melenchon
Trouvons le #JusteMilieu..

Alice
Cette histoire de start-up... je me suis tjrs demandé si c'était analogie stricte ou juste une réf au dynamisme, à l'esprit d'entreprendre.

Daarjeeling
sans doute un peu les deux : un vrai "culte" du jeune entrepreneur high-tech ET une allégorie de la société qui doit (se) bouger..

Daarjeeling
je n'ai rien contre ça, en fait, juste ne pas ni l'idéaliser ni en faire le seul modèle possible ou même souhaitable.

Daarjeeling
tout le monde n'a pas envie / n'est pas fait pour être entrepreneur..

Alice
Oui, ms ceux qui n'ont pas envie de ça ne veulent pas que les autres en aient envie. Ils leur reprochent autant la réussite que l'échec.

Daarjeeling
C'est vrai. Il faut aider / encourager les startup/entrepreneurs (tout en les encadrant), sans en faire le seul modèle d'épanouissement.

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Nouvelle conversation

THEO LE CROQUANT @theo_jt 22 juin
naive? je ne pense pas!mais il est certain, l'un vit avec son temps, l'autre est resté en 1789

Daarjeeling
je crois qu'il faut aider/encourager les startup et les entrepreneurs, mais aussi se rappeler ce qu'ils peuvent générer d'abus, de stress..
Daarjeeling
et au-delà de ça, tout le monde n'a pas vocation à créer une entreprise, tout n'est pas que recherche de profit, etc.

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Nouvelle conversation
FrancoisRegisPastol @EtreBienNOW 22 juin
Ah non, je suis insoumis et je ne crois qu'à l'entreprise. #DEBUNKED

FrancoisRegisPastol
Et vous savez quoi, j ai le droit et on ne me pends pas. Je dois être tombé sur des modérés. #DEBUNKED
Fin de la conversation

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frederic kavita @frederickavita 22 juin
l'esprit startup c'est pas juste une méthodologie pour monter des startups c'est bien au-delà de ça

J.F.Covfefe @flodjX 22 juin
Ne dit pas de mal de notre seigneur-dieu Macron, réincarnation de gauche du général de Gaulle, en plus intelligent et plus précoce.

Jordhan PRAO @jordhan_prao 22 juin
J'ignore la part de symbolique que Macron accorde au terme mais le peu d'expérience qu'il en a fait que l'usage qu'il en fait me dérange.

HugoMe @HugoMe 22 juin
Naïf Macron ? Allons donc.
C'est un véhicule pour promouvoir le dynamisme et la confiance en soi.

frederic kavita @frederickavita 22 juin
#startup c'est un état d'esprit et une méthodologie pour résoudre des problématiques complexes

Je continue

Il continue de faire très chaud.

Je continue à classer mes livres. J'ai fini Le troisième homme et commencé Une visite à Klagenfurt autour d'Ingeborg Bachmann. Une impulsion soudaine pendant mes classements m'a fait chercher s'il y avait une maison Musil en Allemagne: il y a un musée Robert Musil à Klagenfurt.
Par ailleurs, j'apprends que Leo Perutz a travaillé dans la même compagnie d'assurance que Kafka («Comme le monde est petit», Proust).

Je ne comprends rien à la façon d'utiliser le portail onegate de l'ACPR (un peu paniquant, j'ai six à sept semaines de retard dans la remise des documents).

249/365 - erreur d'appréciation

Matin : bus. RER de 9h14. RAS

Retour : 17h 45. ligne 1 pour la grande arche puis RER A (normalement il est climatisé, mais je suppose que la différence avec l'extérieur doit être constante, ce qui fait que même moins chaud, il est encore très chaud).
Un zico est sur le point de partir quand j'arrive sur le quai. Je me mets à la porte, attends la sonnerie pour monter au dernier moment car il y a un souffle d'air (chaud) sur le quai. "Départ imminent" clignote sur le panneau de longues minutes, deux, trois, cinq; sur un autre panneau il s'affiche soudain "départ retardé".
(La chaleur oblige à rouler lentement, des trains sont supprimés, etc.)
Un train arrive sur l'autre quai, direction Corbeil. Je fais le pari de le prendre pour attendre un zico ou un zaco à Villeneuve, à l'air libre, dehors.
Erreur : sitôt que je suis assise, la sonnerie du Zico retentit et celui-ci s'ébranle. Tant pis.

Rêve

Cette nuit j'ai rêvé de mon parrain que je n'ai pas revu depuis 1995.

Carte postale

« Entre Moumin et Tom of Finland, mon cœur balance. »

248/365 - chaleur

Matin : en bus pour laisser la voiture à O. qui a réussi l'exploit de trouver un rendez-vous chez l'ophtalmo en moins de deux jours. (Pour ceux pour qui se serait utile : nous allons chez le docteur Marc-Vidal Sadoun rue de Rivoli depuis 1991 et les rendez-vous se prennent désormais sur Doctolib. Il est en train de prendre une retraite progressive et travaille avec une remplaçante.)

Bus, train de 8h20. Aucun problème.

Soir: je prends la ligne 1 vers 17h15 en direction de gare de Lyon. Chaleur implacable.
RER à quai quand j'arrive. Il y a eu une alerte au colis piégé gare de Lyon et les trains ont pris du retard mais cela est sans conséquence pour moi puisqu'une rame est là — à cela près que je voyage debout. Par la chaleur qu'il fait ce n'est pas plus mal (ça évite de coller au siège).
Bus pour le retour. Assise.

Suites

Kiné. ACPR (en retard). Marie-Francine (ce que j'appelle un film Peau d'Âne, depuis que j'ai entendu une analyse psy qui expliquait qu'il était très important que le prince ait vu Peau d'Âne sous son aspect de souillon). Attentat raté sur les Champs-Elysées. J'aide des touristes à prendre un vélib, ce qui m'empêche d'avoir le temps de boire un mojito (j'étais déjà presque en retard). Cours d'éthique, suite du traitement de la fin de vie, avec une part importante faite à la lecture et l'explication de la loi et de son évolution.

Mojito après, seule, en terrasse au café du Métro devant la station St Sulpice fermée. Les conséquences sur le chiffre d'affaires doivent être catastrophiques. Je lis Le troisième homme, ce qui est une façon d'entreprendre mes lectures de vacances. Il me reste peu de temps avant de partir.

247/365 - Attentat raté

RER de 8h12, comme pendant l'année (c'est bien, c'est mieux que souvent). RAS le matin.

17h05 : ligne 1 pour aller porte Maillot. J'entends que les trains ne s'arrêtent pas à Champs-Elysées Clémenceau et Concorde sur demande de la préfecture. Je suppose qu'il y a une visite de chef d'Etat ou une délégation de députés qui bloque tout, comme souvent.

19h05 : ligne 1 jusqu'aux Halles. En fait il y a eu un attentat à la voiture piégée mais elle n'a pas explosé, juste brûlée.
Je prends la 4 jusqu'à Odéon, puis un Vélib jusqu'à l'ICP.

23h: métro à St Germain-des-prés puisque St Sulpice est fermé jusqu'en septembre. Ligne 14 à Chatelet.
Je vois indiquer Melun 23h16 ligne M (grandes lignes), je me dis "tiens il y a eu un problème" car 23h16 n'est pas un horaire habituel, je monte au hall 1 pour m'apercevoir que c'est un Melun direct et redescends sur le quai du RER D: pour la première fois depuis plusieurs semaines le RER tard le soir se prend normalement sur le quai du D.
Train de 23h32, normal. Je dors comateuse.

Comme souvent, ce billet est publié en forçant l'heure avant minuit, mais je suis arrivée à la maison à minuit et quart.

Législatives, fin

Il fait très beau le matin. Je gratte la mousse à la paille de fer sur la cabane.
J'ai essayé de joindre GC qui n'a pas répondu. Il s'est contenté plus tard de m'envoyer un mail en forme d'ultimatum. « Ce ne sont pas de bonnes manières. »
J'ai rangé deux piles de livres.
J'ai mis en favori Le Seigneur des Anneaux en jeu de rôle ou plus exactement le livre du Dungeon Master, le meneur de jeu, avec l'intention de lire l'ensemble. Je ne connais les jeux de rôle que par des amis et mes enfants, je n'ai jamais vu le film sur lequel s'appuie le montage photo, mais je connais très bien Le Seigneur des Anneaux, qui a sans doute joué dans mon enfance le rôle qu'a joué Harry Potter pour les générations actuelles (ou d'il y a dix ans, plutôt) — d'où sans doute ma facilité à entrer dans Harry Potter (attention, les deux n'ont rien à voir en termes de difficulté de lecture).

Assesseur suppléante (je suis vexée!) ce qui fait que je ne passe que l'après-midi en bureau. Le président est une présidente, et c'est la plus gaie et la plus décontractée parmi ceux que j'ai connus jusqu'ici.

Nicolas Dupont-Aignan est réélu. Les gens ont une très faible capacité à la colère, ils ont tout de même été traités «d'idiots utiles». (NDA avait confié au Parisien qu'il comptait sur les électeurs de Mélenchon pour être élu. No comment.)
Daphné a perdu, 41-59 je crois. Je suis navrée pour elle.

La victoire du camp Macron est moins importante que prévu, tant mieux. Mélenchon est toujours aussi fou, il me fait penser à un taureau furieux. L'abstention est très importante, les bulletins blancs aussi.

MX-5 : un rêve réalisé

H. rentre vers cinq heures de je ne sais où.
— Ça te dirait d'aller essayer une MX-5?

Il n'aime pas le garage de Brie, il veut aller à Juvisy, il est déjà tard, mais après avoir hésité le vendeur nous dit de passer.
Nous emmenons O. car l'enjeu est toujours le même : tiendra-t-il dans le nouveau modèle?

Oui il tient. H. est parti faire un tour avec la voiture (inutile pour moi : je suis convaincue de base). Et nous l'avons achetée, les mensualités de prêt remplaçant celles de la coccinelle que nous devons rendre en septembre (la coccinelle était en LOA: location avec option d'achat). Nous avons quitté le garage très tard, après huit heures. J'ai vu le moment où H. ne partirait plus, j'ai dû lui rappeler que le vendeur et le patron avaient peut-être envie de rentrer chez eux (le patron en train de se plaindre que maintenant qu'il n'avait plus d'enfant à la maison, sa femme avait pris un chien; et ils avaient le chat de leur fille en garde, impossible de prendre un roadster… Et de partager (mais pourqoi? je ne sais plus) ses histoires de concession, «une entreprise, c'est une unité qui vit ensemble, une communauté. Je me souviens…»)

Nous sommes allés manger un couscous pour fêter ça. Nous aurons la voiture le 27 juin. C'est celle qui est en exposition, cinq cents kilomètres au compteur, donc vendue avec décote.

Je me souviens de mes débuts à la GMF à Levallois-Perrret, en 1991. Nous laissions la Mazda 323 dans les sous-sols toute la semaine, ça nous faisait un parking gratuit. Je me souviens qu'un jour en reprenant la voiture pour le week-end j'avais croisé avenue de la Grande Armée une MX-5 de l'époque, celle qui ressemblait à un galet poli et je m'étais dit que c'était ça que je voulais.

Maintenant il faut que je m'habitue car je n'assume pas tout à fait.

Riens

J'écris dans le jardin avec mon merle préféré.

Pas grand chose à noter. J'ai décalé la réservation à Soglio, les horaires des TGV pour la Roche-sur-Yon, réservé pour Oberiberg. J'ai un vrai problème de concentration depuis le lumbago, j'oublie ce que je fais pendant que je le fais, je ne termine rien, il faut que j'écrive ce que je suis en train de faire pour que lorsque mon oeil tombe sur les lignes je me souvienne qu'il faut que je termine ce que j'ai noté.
Cela laisse un sentiment intense de vulnérabilité.
Perte de la mémoire immédiate ? Mais quel rapport avec le dos ?

Passé au club d'aviron mais pas ramé car ma combi n'était pas dans mon casier.
L'ACPR a réclamé les documents que je n'ai pas remis le 30 avril.
Je suis confirmée comme assesseur titulaire dimanche prochain.

Trouvé un blog intéressant en faisant une recherche sur la tour d'Hölderlin.

Les amis anti-Macron continuent sur leur lancée obsessionnelle. Ce n'est même plus amusant.
Je copie ici une remarque postée sur mon mur FB:
J.C.: Ça me fait penser que je ne "connais" que des vieux qui soutiennent Macron.
Tout à fait. De même que je ne connais que des anti-Macron "littéraires" (vive les étiquettes!) (proposition non réversible: tous les littéraires ne sont pas anti-Macron).

Je suis curieuse de voir ce que sera cette jeune femme dans vingt-cinq ans (elle aura alors mon âge actuel). C'est d'ailleurs pour cela que je copie cela ici. Pour confronter les réalités dans vingt-cinq ans, si je vis encore, si je blogue encore, si Macron n'est pas devenu Napoléon IV et que nous ne vivons pas sous Rodolphe Ier («à quoi ça sert, de bloguer?»)
Parce que bien entendu, s'il est devenu Napoléon IV, lui ou sa descendance (génétique ou adoptive (après tout, hein, si Eugène avait hérité de Napoléon…)) aura annihilé toute liberté d'expression et donc je ne pourrai plus bloguer.
Juin 2042. Ça paraît inatteignable. Qu'est-ce que le temps ?

Quand il fera nuit j'irai continuer devant Hunger Game III. Il paraît que c'est nul. Ce n'est pas grave, c'est simplement pour avoir un bruit de fond tandis que j'essaie de terminer le récit des jours en Toscane.

242/365 - quelques minutes de retard dans la chaleur

Matin : RAS. RER de 8h29, c'est mieux qu'hier.
RER A retenu à quai quelques instants, des brouilles insignifiantes.

Soir. ligne 1 jusqu'à grand arche, RER A.
Beaucoup de monde sur le quai du RER D, les trains sont retardés du fait de colis suspects. Le Zico attend à quai, il a l'air plein (personnes debout dans les couloirs).
Je monte de justesse quand la sonnerie retentit (je n'aurai attendu que cinq minutes); je découvre qu'en réalité il y a beaucoup de places assises à l'étage. Je m'assieds à côté d'un géant ce qui est un mauvais choix: il déborde de son siège. Je lis le Canard par-dessus son épaule. Il fait très chaud.
Train retenu quelques minutes à quai à Montgeron du fait d'un signal d'alarme tiré dans le train précédent en gare à Yerres.

Rodin et Vienne

Ayant décidé de ne plus revenir aux "dîners littéraires", j'avais dans le même mouvement voulu faire un effort pour la dernière fois et m'inscrire à l'une des sorties parfois organisées (visite du Sénat, du Conseil d'Etat, etc).
Cette fois-ci il s'agissait d'une visite des jardins du musée Rodin. Suis-je mal tombée ou est-ce toujours ainsi, ce fut piteux. Je suis arrivée en retard, Marie-Paule était seule avec deux "nouveaux"; plus tôt un participant s'était montré agressif et s'était séparé du groupe. Nous avons déambulé sans but et sans explication dans le jardin (Marie-Paule très déçue qui attendait je ne sais quelle rénovation) jusqu'à la fermeture et nous sommes allés boire un verre au café le plus proche.

Une participante nous a rejoints. La conversation a dévié, nous avons appris qu'elle avait vécu vingt-cinq ans à Vienne. J'ai sorti mon carnet et je lui ai demandé si elle avait des endroits à me recommander qui permettent de voir également la Vienne actuelle et les Viennois, et non uniquement l'histoire et l'art.
J'ai couvert deux à trois pages d'indications orthographiées à l'oreille, en comptant sur google pour corriger. Vienne est entourée de forêts et de vignes, de "bains" dans des lacs issus de bras morts du Danube. Les monastères de la campagne possèdent des auberges dans Vienne. Au printemps les abricotiers parfument la région (des abricotiers en Autriche?)
Le Lainzer Tiergarden, refuge des Lipizzans en été.
Steinhof, l'hôpital des fous, mais aussi, je le trouve sur internet, le lieu de l'extermination d'enfants sous la domination nazie.
La Wachau en allant vers Melk (louer une bicyclette et suivre le Danube jusqu'aux abords de la Wachau).
L'abbaye de Klosterneuburg et son trésor au nord de Vienne.
Heldenberg, la montagne des héros, (Radetzky y est enterré) à 53 km au nord ouest de Vienne.
L'Eglise de Wotruba, en béton.
La pâtisserie Sluka.
Les toilettes sur le Graben.
Le cimetière des inconnus où sont enterrés les corps repêchés dans le Danube. Sur wikipedia, l'article n'est traduit qu'en turc…
L'abbaye de Heiligenkreuz possède le quartier (les cours intérieures? l'ensemble immobilier? comment traduire?) de Heiligenkreuzerhof à côté de la cathédrale St Etienne.
La visite des égoûts sur les traces du 3e homme (le film passe à Vienne depuis sa sortie).
Sirbu, une guinguette dans les vignobles.
(guinguette ou bar à vin: heuriger : heuer, de l'année. L'empereur Joseph avait autorisé les vignerons à vendre leur production de l'année).
Prendre le tram pour Stammersdorf et ses guinguettes.

Il faudra choisir dans tout cela.

Et puis d'autres notes sur Rome et même sur Paris.
Puis le jardin Catherine Labouré, derrière l'hôpital Laënnec (l'ancien hôpital Laënnec) puis le restaurant, les conversations…

241/365 - toujours compliqué le soir

Bus le matin vers 8h10. RER normal.

Ligne 1 à 16h20. Concorde, je prends la 12, Assemblée nationale. C'est une erreur, j'aurais dû prendre la 13. Je prends un vélib pour rejoindre le musée Rodin.

A pied jusqu'à la rue Dupin.

Ligne 12 à Sèvres-Babylone. J'ai raté la rame précédente de très peu à cause d'une hésitation, je ne voulais pas prendre la même direction que mon voisin de table, par flemme de la conversation, des relations sociales.
Ligne 14 à Madeleine, RER D sur les grandes lignes gare de Lyon comme hier. J'ai raté le 23h37 de trois minutes. Je prends le minuit sept.

En arrivant dans le jardin, je réveille involontairement le voisin en parlant trop fort. J'étais en train de raconter comment j'avais tenu tête toute la journée à une avocate, @MarieFernet, sur twitter.
Moralité elle m'a bloquée (je lui avais souhaité de beaux rêves). Lol. J'ai connu des avocats plus résistants. (Une formation avec RP puis JA: mais qu'est-ce qu'ils imaginent, ces gens?)

Retours

RER bien trop tard parce que j'ai pris un agréable petit déjeuner dans le jardin.
Je dépile paresseusement des mails toute la journée.
Kiné. Assise sur un gros ballon, mouvement du bassin. Je suis nulle.
— Le problème c'est plutôt mon cerveau.
Il rit : — C'est souvent le cas.

Dans le cadre du futur déménagement nous sommes invités à jeter tous les documents inutiles: les documents qu'ils faut conserver doivent être envoyés dans un local d'archives à T***, les autres doivent être jetés. Dans les nouveaux locaux en open-space, il nous restera chacun une "crédence", une armoire d'un mètre de hauteur sur un mètre vingt de large, de quoi conserver trois rangs de dossiers suspendus. L'opération d'allègement est appelée "happy cleaning". Une amie a découvert que cela signifiait douche vaginale dans le langage de la rue. Je n'ai pas osé le répéter, je suis déjà identifiée comme forte tête… Peu à peu je ressens un malaise devant les bennes à papier en découvrant ce qui est jeté. Il me semble voir la colère des salariés qui jettent dans un mouvement d'après-moi-le-déluge, après tout, si-c-est-ce-que-vous-voulez.
Il aurait sans doute fallu prévoir un lieu où déposer les documents "précieux", anciens, vénérables, la mémoire de l'entreprise. Il aurait sans doute fallu prévoir une pièce pour constitué un musée, vingt mètre carrés, quelques documents à mettre sous verre ou sous vitrine.

Arrivée un peu en retard en cours. Diagnostic prénatal (pour éviter de transmettre des maladies génétiques, avec le risque d'un tri eugénique qui rendrait la population homogène génétiquement et donc vulnérable à une épidémie); banques de cordons ombilicaux; euthanasie ou suicide assisté, soins palliatifs: vaste panorama, questions sans réponses.
L'Art de mourir, défense et technique du suicide secondé date de 1919 (pour les gueules cassées, je suppose) suivi en 1923 par Euthanasie - das Recht des Arztes zur Tötung de Fritz Pelckmann dans une toute autre visée. Cet ouvrages va mettre un coup d'arrêt aux velléités de suicide assisté en France.

Document pour s'inscrire en septième année. Nous aurons de nouveau de l'exégèse qui est ma matière préférée.
En huitième année il y aura un mémoire dont le plus difficile est sans doute de trouver le sujet. Je songe à quelque chose sur l'œcuménisme.

240/235 - Saint-Sulpice est fermé pour travaux

Je pars tard le matin. Pas de point de repère.

vers 18h ligne 1 puis 12 pour aller à la station Rennes. Le soir, je me heurte à une station St Sulpice fermée (jusqu'en septembre). Si je l'avais su j'aurais pris le métro à St-Placide…
Je marche jusqu'à St-Germain-des-prés. Aux Halles, je ne vois pas de RER pour Melun affiché : je vais prendre la A jusque gare de Lyon.
Un RER de supprimé. Le suivant part des grandes lignes.
L'attente est moins pénible que l'hiver car il ne fait pas froid.

Premier tour des législatives

Daphné est en ballotage favorable, Dupont-Aignan en ballotage défavorable.
Abstention record, surtout des votants des extrêmes, Mélenchon et Le Pen. Le "barrage" à Macron, ce ne sera pas pour cette fois-ci. (C'est une impression désagréable, cette majorité si favorable qui se dessine. (Jamais contente.))
Blogué, gratté la cabane dans la perspective d'un lasurage. Passé du temps à retrouver une citation dans Tristes Tropiques. Je lis le début comme je lis le début de La recherche: impression de lire une histoire personnelle.

A. a très mal géré ses quatre ans d'études et se retrouve avec cinq rapports de stage à rédiger en un an.

Jeudi : dans la cuisine

Au soleil qui n'a pas atteint l'angle du muret, je sais qu'il n'est pas encore sept heures. Il fait très frais et je ne tente pas de sortir, je n'ai pas emmené de pantalon.
Cette fois-ci FB est coupé. Hier matin j'ai perdu les précieuses minutes dont je disposais à tourner sur FB ce qui fait que je n'ai rien écrit ici — et rien ou presque depuis le début du voyage, puisque je n'écris pas non plus dans la voiture (elle est trop petite — et à quoi bon venir en Toscane si ce n'est pas pour regarder le paysage?) et que le soir FB me distrait de nouveau: prendre ou donner des nouvelles, dilemme (enfin, donner… plutôt conserver la trace des jours).

Je viens malgré tout de perdre du temps à lire l'article trouvé hier par H. comparant Fiat 124 et Mazda Mx5. Dans les défauts sont notés, le coffre minuscule, «un habitacle étroit avec pas assez de rangements sous la main et des remous d’air prononcés dès 100 km/h […] mais les râleurs n’ont qu’à aller rouler en Mégane CC d’occasion», ce qui est tout à fait ce que je pense (enfin, pas concernant la Mégane que je ne connais pas). Je ne roule pas en spider pour la performance sportive mais quasi pour l'inverse: pour prendre les routes les plus petites possible, prendre mon temps (le vrai luxe) et faire du 60 kmh de moyenne, ce qui est de toute façon le cas dès qu'on quitte les autoroutes: «on recherche ici un plaisir de conduite oublié par la modernité : faire corps avec la voiture, vivre avec le bruit et les vibrations, goûter à la joie d’une prise directe avec la route et les éléments.» Voilà, voilà: personne ne comprend moins que moi l'intérêt de rouler en 4x4 ou en Espace et la taille et la hauteur des voitures qui augmentent constamment ces dernières années me désarçonnent. (Mais pourquoi? (cette augmentation?) Quelqu'un m'a un jour répondu que cela permettait de ranger les poussettes, elles aussi de plus en plus massives, sans les plier. Euh… Porsche a inventé la Cayenne pour ranger une poussette?)

Tout ça pour dire qu'une fois rentrés nous irons essayer la dernière Mazda (et non la première génération, celle pour laquelle j'ai craqué quand elle est sortie en 1990, mais dans laquelle O. ou H. ne tiennent pas, en hauteur ou en largeur).

Revenons à nos moutons. J'ai une heure et quart environ pour compléter les jours précédents. C'est peu.

Mercredi : Sienne

Après une chasse au moustique tard dans la nuit, H. a dormi longtemps (j'ai zoné sur FB) et nous sommes partis bien trop tard ce matin. Il y a du vent et il fait frais (relativement: sans doute vingt degrés). Nous retournons à Sienne pour visiter la cathédrale et les salles de Santa Maria. J'aimerais également voir la forteresse des Médicis, un peu excentrée, ce qui est surtout un prétexte pour traverser la ville et me promener dans les quartiers où vivent les Siennois. (Qu'est-ce que vivre à Sienne? C'est plus difficile à cerner que vivre à Venise où l'on ressort fortement la contrainte de l'eau, des ponts, des rues étroites, de l'absence de voitures c'est-à-dire l'obligation de transborder à bras les charges lourdes à partir des bateaux).

Billets pour la cathédrale (Duomo). Instruite par ma visite de Coutances, j'insiste pour que nous prenions un billet pour "la porte du ciel" (Il porto del cielo), une visite qui fait monter au niveau de la coupole. Sans doute pour des raisons de sécurité (évacuation en cas d'incendie, c'est ce que j'ai appris à Coutances), le nombre de visiteurs par visite est limité et nous avons rendez-vous à 13h30. En attendant nous commençons à visiter la cathédrale elle-même.

C'est une claque. Je ne sais pas ce qu'il en est lorsqu'on est prévenu, mais lorsqu'on ne l'est pas, c'est une véritable claque. Je récapitule ce que je connais de l'Italie, Venise, Saint Pierre de Rome, Florence, Pise: jamais rien vu de pareil, à la fois aussi intensément chargé et aussi beau, entre pavement au sol, peintures aux murs, décoration du plafond.

Nous avons une demi-heure devant nous, nous commençons par les pavements. Je suis très impressionnée d'y découvrir tant de sibylles et Socrate et Hermès, autant de motifs de la Grèce antique que je n'attends jamais dans une église. J'apprendrais en lisant plus tard qu'on appelle graffiti la technique qui consiste à creuser des sillons dans le marbre pour les remplir de bitume ou de stuc. Une partie des pavements, vers le chœur, est protégée par de la moquette: ils sont découverts en septembre ou octobre (admirable gestion de l'espace et des richesses, recherche de l'équilibre entre partage et protection).

Nous montons au niveau de la coupole. Vue, vues, intérieur, extérieur. Nous passons au ras de la rosace et des arcs. «Les mots me faillent», mais je souhaite également ne pas trop en dire (même si une simple recherche internet déflore le sujet: c'est dommage, ne le faites pas).
Visite de la cathédrale elle-même. Les yeux ne savent plus où se poser. La chaire est en travaux. Les stalles sont trop loin pour qu'on puisse en détailler la marqueterie (je détaille le négatif, c'est plus simple).
Magnifique bibliothèque Piccolomini. Soudain il me paraît possible, entre les panneaux de Bartolo à Santa Maria della Scala et cette bibliothèque, d'atteindre ou de dépasser les chambres de Raphaël au Vatican. Nous sommes nombreux mais de façon tout à fait supportable. Ne pas se laisser impressionner par les peintures, penser à regarder les manuscrits: avec quelle fréquence les pages sont-elles tournées?
Choix de cartes postales. Je résiste au livre intégralement consacré au pavement: non, je ne deviendrai pas une spécialiste des pavements de la cathédrale de Sienne, inutile de prendre ce livre, puis d'autres, puis d'apprendre l'italien, puis…

Repas dans une gargote (il murello, 48 via San Pietro: dessins d'enfants (de passage) au mur, très beau Pokémon américain, un paysage toscan avec deux collines, un soleil, une tour, un cerisier) avec un très bon chianti (trop de chianti: le verre servi doit faire 250ml) qui malheureusement n'est pas vendu en bouteille (tonneau: vin de la propriété); je prends des tripes, à la fin la serveuse propose "dulce?" et affiche un large sourire quand nous répondons "cheese" (pas le réflexe de "fromaggi", je ne suis pas sûre de la prononciation des deux gg). Il est trois heures, nous sommes seuls dans le minuscule restaurant, H. qui a conduit la Fiat ce matin fait des recherches sur internet (garder ou pas la coccinelle: nous arrivons au bout des trois ans prévus par le leasing, il faut prendre une décision pour septembre). Devant le bistrot se trouve un distributeur de billet, un homme vêtu d'un gilet pare-balles entre avec deux caisses rectangulaires de 20x10x40 cm; il papote. Il a un collègue, ils viennent recharger le distributeur, peinards; H. commence à imaginer un plan, prendre les deux caisses et partir en courant. Nous tentons d'évaluer la quantité de billets. Coupures de vingt euros, c'est écrit dessus.
— Ils ont un revolver.
— Mais tireraient-ils?
— Hmm, ça dépend s'il y a des touristes. S'il y en a, non.
— Je ne pense pas qu'ils aient le droit de tirer.
Je sors nonchalament mon verre de chianti à la main, reviens.
— Je n'ai pas vu de camion. Il y a de quoi garer une voiture. Tu sautes dans la Fiat et tu démarres… Voiture de location.
— Le problème, c'est d'ouvrir les caisses.
— Acide? Eau de mer?
— Hum. Je crois qu'il y a un délai. Et ça explose. Ça tache les billets avec de l'encre.
Je me garde de lui dire qu'il regarde trop de films américains. Après tout, il a peut-être raison.

Nous prenons une glace à deux pas. «La meilleure gelateria de Sienne» (la vecchia latteria, 10 rue San Pietro). Avec H., c'est toujours le meilleur pour tout. Il cherche sur yelp ou tripadvisor. Là encore, je ne lui fais pas part de mes doutes: la meilleure de celles répertoriées, sur le chemin des touristes, par les touristes. En tout cas, ma miel-noix est excellente.

Crypte. Couleurs impressionnantes de fresques découvertes en 1999, en déblayant des gravas. Encore des trésors de Norcia (le tremblement de terre). La "vraie" crypte est sans doute sous le chœur, mais il est impossible de creuser sans déséquilibrer l'édifice. Ici, dans la crypte, les piliers ont été remplacés par de l'acier qui soutiennent un plancher composé de carrés de quarante centimètre de côté montés sur vérins qui doivent s'ajuster centimètre carré par centimètre carré au poids de la cathédrale. (Hypothèse: les piliers d'acier compensent les gravats déblayés.)

Baptistère. Encore une fois sans voix. Il fallait une salle pour soutenir la cathédrale au-dessus, un peu sur le principe du Mont St-Michel. Un ange manquant est à Berlin. A la place de Sienne je le réclamerais. (Note par association d'idée mais sans rapport: beaucoup d'Allemands parmi les visiteurs et des guides parlant un très bon allemand même si la plupart se contente de l'italien et de l'anglais).

Il faudrait prévoir une semaine de visite au rythme d'une à deux heures par jour (pas plus, pour garder sa fraîcheur de regard et d'analyse): une journée pour les pavements, une pour les tableaux, une pour la bibliothèque Piccolomini, une pour le baptistère et la crypte.

Nous ressortons pour "finir" le musée Santa Maria della Scala. Nous n'aurons pas le temps de visiter le musée de la cathédrale, il aurait fallu se lever plus tôt. Tant pis, de toute façon nous ne retenons pas les noms des peintres et finissons par confondre tous les retables et prédelles.
Musée Santa Maria, retour à Domenico de Bartolo, mon coup de cœur, puis sous-sol.
— Premier ou second?
— Commençons par le premier, le plus profond.

Je ne sais plus exactement ce qui s'est passé, nous avons perdu la notion du temps, dans tous les sens du terme. Reliquaires et statues, inutile de chercher le Saint Graal le sang du Christ est ici, arcs en plein cintre en briques, rue principale qui monte loin dans les profondeurs qui à l'origine était à découvert (les bâtiments se sont construits autour et au-dessus), système de canalisation, ossements de la fosse commune médiévale, il fait froid, il fait sombre, il n'y a personne, parfois nous débouchons à la lumière du jour puisque nous sommes au creux d'une colline. Musée archéologique, VIIIe siècle avant JC (Homère, donc), jusqu'au IIe siècle avant JC, le sol monte, tourne, le chemin revient sur ses pas, il fait très froid, labyrinthe, outils, urnes funéraires, tombeaux (explosion de la place prise par les morts avec le christianisme), amphores ventrues hautes comme des hommes (c'est dans une de ces amphores que vivait Diogène), nous sortons sonnés, étourdis de froid et de surprise: vraiment, il y avait tout cela sous nos pieds?

Nous remontons, encore la chapelle de Catherine "de la nuit", puis les salles consacrées à la fontaine de la place (fontaine Jacopo della Quercia), avec l'exposition très intéressante de la reconstitution des statues à partir de celles qui étaient en place jusqu'en 1869, parfois littéralement fondues sous l'effet du temps. La reconstitution tient parfois de l'imagination, mais c'est un beau travail.

Il est 18h30, le musée est en train de fermer. Beaucoup de magasins ferment aussi. Nous faisons quelques courses dont une sorte de taboulé au pain, la panzanella.
Puis un capuccino sur la place dans le soleil qui tombe en illuminant le palazzo pubblico. Nous n'irons pas à la forteresse Médicis.

Achats du jour: un paires de bretelles, une cravate, deux ceintures, (la vendeuse a reconnu le foulard rose vendu trois jours plutôt: je me demande combien de ventes elle réalise auprès des gens de passage) deux pulls fins col en V, trois polos. («Il faut qu'on arrête d'acheter, nous n'aurons plus de place dans la valise»). Un livre L'art à Sienne («Tu sais bien que tu ne le liras jamais»), un "guidorama" Cathédrale de Sienne (C'est un dépliant sur huit pages plastifiés très pratique. Je recommande fortement).

Lundi : atteindre la mer

Le ciel est voilé, il y a beaucoup de papillons dans la lavande et un insecte avec une trompe qui ressemble à un colibri (après recherche: un papillon, le moro-sphinx). Les lézards contre les pins sont parfois bicolores, hésitant entre le vert de l’herbe et le brun des écorces. En contrebas du jardin en terrasse se trouvent des poules à qui je lance tous les déchets organiques.

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Le but était d’atteindre de la mer. Cecina semblait la ville la plus proche et un site (température de l'eau partout dans le monde: magique internet) annonçait une température de l'eau acceptable. Nous sommes donc partis avec un maillot de bain et de la crème solaire — et les serviettes du gîte.

Nous avons réglé Waze sur "le plus court" selon une habitude bien établie chaque fois que nous avons l'intention de nous amuser en prenant notre temps et découvrir des lieux oubliés des grands axes1 et nous nous retrouvons sur de véritables routes de montagne à épingles à cheveux. Nous arrivons à Volterra, un beau palazzo à notre droite, et si nous nous arrêtions?

C'est ainsi que nous avons failli ne jamais arriver à la mer.
Remparts, jardin public, ruines étrusques (peu à voir quand on ne sait pas construire des demeures en 3D à partir de quelques pierres), vue spectaculaire sur la campagne et les collines. Billet tout inclus, nous entrons donc dans le musée étrusque Guarnacci, ce qui ne nous serait pas venu à l'idée sans cela. Des urnes et des urnes, des centaines d'urnes funéraires sculptées, les premières rondes, en forme d'amphores, puis des caisses rectangulaires.
Les sculptures me laissent songeuses, quelle époque, quelle influence, certaines paraissent primitives, d'autres très grecques, les Grecs — ou les Phéniciens? — ont colonisé les côtes, à quelle époque, je suis perdue. Tant pis. Il faut se faire une raison, je ne suis pas et ne serai pas une spécialiste de l'art étrusque, il faut renoncer à comprendre, pas assez de temps.
Mosaïques, outils, bijoux.
C'est très impressionnant, par la finesse, par la quantité, par le travail de reconstitution des archéologues.

Déjeuner presque en face du musée dans une cave à vin, découverte des tripes à la Toscane (appelées aussi tripes à la Florentine). Remontées dans la ville, deux spécialités, le sel de terre (mais nous n'en trouverons pas) et les truffes. J'achète du miel, du sel, de la confiture de poires aux truffes («Nos poires», nous apprend avec fierté la jeune vendeuse. Et leurs chiens, en photo sur le mur: des épagneuls noirs.) Dans le magasin, nous succédons à des Français et précédons des Français.

Dans les rues, un ruban rouge est attaché à la plupart des portes. Mes amis FB à qui je pose la question m'apprennent qu'il s'agit d'une œuvre d'art. Je copie le résumé traduit de Robert: «En hiver, un mur datant de la période médiévale s'est écroulé, laissant un trou béant. Le ruban rouge symbolise " la blessure ", la trace de la douleur incise dans le corps de la cité, suite à l'éboulement. Un groupe d'artistes, Archivio Zeta, a réuni d'un ruban rouge de plusieurs km les lieux emblématiques de la ville pour finir par se précipiter dans la "blessure" (ferita )…»

Visite du palais des prieurs, assez vite. Après Sienne tout paraît un peu fade. Nous montons au sommet de la tour sur un malentendu (nous ne savions pas que cet escalier menait là). Nous sommes seuls, nous étions seuls dans le palais, nous sommes heureusement seuls dans les escaliers très étroits («Ne pas toucher le mur»: de peur qu'il ne s'effrite?), il y a beaucoup de vent en haut de la tour dont il me semble avoir lu que c'était la plus haute de Toscane (172 mètres de tour en haut d'une colline de 531 mètres).

Il est tard, nous ne verrons pas la pinacothèque, nous sommes fatigués et nous n'arrivons jamais à la mer à temps.

Cecina plage. Nous rachetons des draps de plage (comme à la Rochelle: la prochaine fois il faudra en emmener un! (et si nous sommes en gîte, du sel, du poivre, un rouleau de sopalin, de l'huile, du vinaigre, un torchon, un paquet de pâtes pour le premier soir)) et des tongs pour H.
Il n'y a pas beaucoup de monde qui se baigne (deux très jolies jeunes filles), H. essaie et revient presque aussitôt: «je comprends pourquoi personne ne se baigne: la plage plonge à pic, les graviers roulent et le courant entraîne au large». Nous allons prendre une glace et rentrons par un autre chemin, un peu moins accidenté dans une campagne baignée par le soleil couchant.

Il y a des flaques d'eau dans les nids de poule en arrivant au gîte: orage il y a quelques minutes. La propriétaire nous dira que c'est la première pluie depuis trois mois.

H. fait quelques brasses dans la piscine.
Est-ce la mer, l'iode, la glace au lait, le soir je suis épuisée.


Note
1 : Lu par dessus l'épaule d'H. : «Après tout, il est permis de rêver que le progrès mécanique s'arrache à lui-même cette rançon où se loge notre espoir: l'obligeant à rendre une menue monnaie de solitude et d'oubli, en échange de l'intimité dont il nous ravit massivement la jouissance.» Tristes Tropiques p.126, 1955.

Dimanche : Sienne

— J'aime beaucoup cette couleur.
— Je crois qu'on dit terre de Sienne.
— Ah oui, suis-je bête. Regarde ce bleu. Est-ce qu'on ne dit pas aussi bleu de Sienne ?
— Pas étonnant : tu as vu le ciel hier soir ? C'est exactement cela.
— Et cinq cents plus tard, il n'a pas vieilli, toujours le même bleu.
— Normal, on a changé les ampoules des étoiles.

Errances qui nous mènent à la basilique St François (j'ai déjà oublié ce qui fait une basilique. Ce doit être un lieu de pélerinage, je crois). Ce n'est pas tant que les osties ne se décomposent pas depuis 1730 qui m'étonne que le fait qu'on en mange une de temps en temps…
Je vérifie le soir qui est Viligiardi, son Gesù Buon Pastore me paraissant un montage photographique: non, 1893, ce ne sont que des moutons hyper réalistes sur des épaules quattrocentiennes. Peut-on parler de kitsch si l'intention était sincère?

De tous côtés, à tous moments, une enfilade de rues permet d'apercevoir la campagne ou un clocher. La ville est pavoisée, les tambours résonnent. (Quelques recherches plus tard, je crois comprendre qu'il s'agit de la fête de la Visitation. Catherine de Sienne a fondé l'ordre de la Visitation (damned, je viens de comprendre que Catherine de Sienne vient de Sienne!)). Apparemment c'est la fête du quartier de la girafe ("Festa Titulare", j'ai l'impression qu'il y en a une par quartier tout au long de l'année).

Parce que nous avons décalé nos horaires (prévoyant d'être dans un musée aux heures les plus chaudes), nous sommes seuls ou presque dans le Palazzo Pubblico (nous ne monterons pas dans le clocher de Quantum of Solace ), et seuls sur la terrace (la loggia) qui donne sur l'arrière du campo. Ne rien prévoir permet d'être surpris par tout, l'Italie est la plus merveilleuse place pour cela: chaque lieu paraît une apothéose indépassable jusqu'au suivant.

Achat de bottes jaunes, de sandales rouges, d'une écharpe rose.

Plus tard encore ce sera Santa Maria della Scalla. Je note ici Domenico di Bartolo, dont je n'avais jamais entendu parler et qui est extraordinaire.
Des salles recueillent les œuvres d'art de Norcia et un film montrent les pompiers dégageant tableaux et statues. (Notons au passage la belle indifférence aux touristes à la fois dans la ville et sur internet: quelques traductions en anglais, non systématiques, et c'est tout. Débrouillez-vous (mais dans les livres en italiens, des traductions de Jacques Le Goff)).
Nous sommes seuls à nouveau dans l'église. Je reconnais la scène de St Jean, la guérison à la piscine de Béthesda.

Il est six heures, tant pis pour le Duomo, nous reviendrons. Il faut encore faire des courses, reprendre la casa dei Rosso dans laquelle nous avons repéré une supérette. Achat chez "l'arabe du coin" (qui a travaillé gare de Lyon) pour les fruits et légumes (ils sont beaucoup plus fermes que chez nous: parce qu'ils n'ont pas poussés sous serre?), retour en évitant la voie rapide du matin.

Pieds dans la piscine qui n'est pas si froide. Cependant pas le courage de tenter la baignade. Devant nous oliviers jusqu'à l'horizon, pas une lumière dans le soir qui tombe.

Samedi : Toscane

Après études et concertations l'année dernière à St-Rémy, nous étions parvenus à la conclusion que le meilleur moment pour partir ensemble en vacances était juin: après l'envoi du matériel de vote aux électeurs de la mutuelle, avant l'AG, et du côté de H., ça correspondait pas tout à fait à un creux d'activité (après les ponts de mai) mais presque. C'était une période moins chaude que l'été, moins encombrée, moins chère. Septembre aurait sans doute été mieux du point de vue de la température de la mer, mais c'est un mois ou l'activité reprend à plein (considérons qu'en France nous travaillons de septembre à avril), impossible de s'absenter à ce moment-là.
J'ai donc systématiquement refusé tout engagement pour juin (aviron, concert, invitation) et attendu que H. m'indique quand poser une semaine de vacances.
Il a fait des réservations la semaine dernière alors que je commençais à ne plus y croire. Nous partons en Toscane, il a loué un gîte et une voiture.

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Arrivée à Pise. Recherche des comptoirs de voiture de location: ils sont à cinq cents mètres, une navette tourne sans arrêt pour y emmener les touristes.
Beaucoup de monde. Nous regardons avec effarement. «It's chaos» murmure avec fatalisme un Américain accompagné de sa femme et de jumeaux de deux ou trois ans très sages qui croise mon regard.

Guichet Avis. H. a réservé une Giulietta mais nous tentons notre chance (en anglais plus ou moins maîtrisé: H. fait tout en anglais, je mets ma fierté de Latine à vouloir comprendre l'italien et supposer qu'ils comprendront le français):
— Vous n'auriez pas un cabriolet ?
L'Italienne à la peau fatiguée par le soleil (genre Valeria Bruni-Tedeschi plutôt que Claudia Cardinale) nous regarde, semble peser le pour et le contre: «Attendez une minute» et disparaît discuter dans les bureaux.
Elle revient, demande: «Vous avez beaucoup de bagages?» Nous lui montrons notre valise rouge, le cartable d'H., mon sac à main (à l'épaule).
— J'ai un spider. Une fiat spider 124.
Il était réservé, mais le client n'est ni venu la prendre ni n'a décommandé, d'où son hésitation.

Spider rouge, magnifique, taché de sable (la pluie). Neuf (4000 km).
Nous comprenons pourquoi elle a posé la question des bagages: la valise s'encastre exactement dans le coffre, nous ne glissons les deux sacs supplémentaires qu'en tassant.

Je prends le volant. Il faut me réhabituer à une boîte manuelle. Les Italiens conduisent plus lentement que dans mon souvenir: nord de l'Italie ou multiplication des radars (fixes et signalés légalement par Waze)? H. m'assure que l'Italie a un nombre de morts sur la route inférieur à la France, il faudra que je vérifie.

Gîte sur le haut d'une colline à Gambassi Terme dans une ferme qui produit de l'huile et du chianti. Deux pièces emménagées sans doute dans une dépendance de la ferme, très propres, sobres, au dos des pièces habitées par la propriétaire. Des moustiquaires aux fenêtres, des poules en contrebas, beaucoup d'oiseaux, des pins.
Wifi en panne, H. grince des dents, mais il capte la 4G: ça ira.
Comme souvent, la piscine est davantage pensée pour le bain de soleil que la baignade.
Comme il y a trois ou quatre ans à Venise, ce gîte est entièrement dépourvu de toute nourriture (c'est agaçant: pas même du sel ou du poivre. Est-ce une tradition italienne? En France, il y a toujours un "fond", parfois comique dans ses choix, de farine, condiments, pâtes.

Nous allons donc au restaurant ce premier soir. Prosecco et poisson. La vue s'étend jusqu'à la plaine, magnifique. Le soir tombe, la nuit est d'un bleu profond. Parfois une clameur monte assourdie de la ville lointaine, je suppose le stade de foot local, nous apprendrons demain que c'était le match Juventus de Turin - Real Madrid. Il s'agissait les cris devant la télé…

(Pour l'histoire : à la suite d'une mauvaise blague (fausse alerte à l'attentat), il y aura une bousculade et des blessés. C'est Madrid qui a gagné.).

Librairie Charybde

A l'invitation de Gilda qui fêtait son arrivée dans ce lieu auguste, je suis passée à la librairie Charybde (elle est vraiment à deux pas de gare de Lyon, une fois qu'on connaît c'est très rapide d'y passer).

La librairie est beaucoup plus petite que je ne le pensais. Je la connaissais depuis longtemps par son blog, intéressant, peut-être un poil trop SF, policiers et romans pour moi, mais source d'idées pour des lectures exploratoires.
La plus grande surprise, un peu vexante, pour moi, a été de découvrir à quel point j'étais dépassée. La librairie est organisée par éditeurs et collections; je connaissais les noms de la plupart, mais pas l'aspect, "la tête": des étagères entières de tranches à la physionomie inconnues. En quinze ans, les couleurs (vives ou "ethniques") et les formats (en voie de diminution) se sont totalement renouvelés.

J'ai passé beaucoup de temps à explorer les rayons, pour repartir avec des classiques, j'en ai bien peur:
- Derniers témoins de Svetlana Alexievitch, parce que c'est une grande, sans aucun doute;
- La pensée du roman de Thomas Pavel, parce que les cours de Pavel au Collège de France m'ont enthousiasmée (podcast);
- la trilogie maritime de Golding, que j'avais l'intention de lire depuis cet article d'Odile Gannier: Rites de passage, Coup de semonce et La cuirasse de feu. J'ai eu la surprise de la trouver en français en folio, je l'ai prise;
- Ingeborg Bachmann, Toute personne qui tombe a des ailes. Edition bilingue, dans le cadre de ma préparation au voyage de cet été;
- Le laboureur et ses enfants de Jon Elster, "deux essais sur les limites de la rationalité": l'homme qui prône le tirage au sort à la place des élections (tirage parmi un groupe choisi, je suppose : il faut que je le lise, justement).
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