Dernier jour

Voyage Yerres-Blois dans l'après-midi. Très douloureux pour H., j'espère que cela aura au moins pour effet de faire descendre le caillou.

Nathan nous appelle sur Facetime. Je suis heureuse et étonnée que nous n'ayons pas perdu son amitié à travers cette année tourmentée. Il est en voiture, autour de lui défilent les paysages enneigés de Pennsylvanie.

Soirée en famille et beaucoup de champagne pour le petit nombre de buveurs. J'ai droit à mon portrait Snapchat avec oreilles de lapin ou de chien, je suis donc entrée définitivement dans le XXIe.

— Vous avez vu mon côté Jennifer Aniston ?
— Plutôt Jennifer qu' Aniston.

J'ai reçu de quoi m'offrir un vol en avion de chasse : le billet n'a pas été acheté car il faut un certificat médical au moment du paiement. Je vais en profiter pour faire le test d'effort recommandé par mon généraliste.

L'heure du bilan annuel : positif, le voyage de cet été (les nuages, les paysages, les rêves, l'accueil de Rémi, de JY et de Michèle à Prague) et la MX5, les nouvelles fenêtres et la rénovation de l'escalier qui rendent la maison accueillante ; négatif, la folie de B. qui a fait s'écrouler le rêve américain, l'obsession de G, le départ d'Aurélie et d'Hubert, le lumbago.

Dernier samedi de l'année

— Il n'y a plus d'anthropophage ?
— Non, on vient de manger le dernier.




Et sinon, une recette de vin chaud.
750 ml de vin rouge (Graves 2015)
50 ml de brandy (j'ai utilisé du cognac)
100g de miel
4 graines de cardamone
3 clous de girofle
2 bâtons de cannelle
le zeste d'une orange.
Amenez l'ensemble à ébullition puis filtrer. Versez sur des amandes et raisins.

Le soir encore Red en enregistrant des livres dans LibraryThing.

Froid

La température au Canada et au nord des Etats-Unis atteint les -50 °, ce qui permet à Trump de confondre climat et bulletin météo.
Gwenaëlle avec qui je rame en double en Melun est à Montréal en ce moment.

Journée de solitude et de froid au bureau (font-ils des économies de chauffage dans notre couloir ?)

Je passe à la Madeleine pour un café viennois chez Ladurée et prends une glace (Ispahan : framboises et pétales de rose).

Jumandji II

Je quitte tôt le bureau pour aller voir Jumandji 2 (je suis fan du premier dont je regarde régulièrement la cassette pixellisée sur notre écran trop grand.)

A mon sens c'est une réussite : « Mais qui joue encore aux jeux de plateau ? » Et le jeu, réactif, de s'adapter de lui-même en jeu vidéo. L'action ne se passe donc pas dans notre monde comme dans le premier, mais dans le jeu lui-même, avec toutes les caractéristiques d'un jeu vidéo, une quête, des niveaux, des vies à utiliser (trois, ou plutôt deux, car si vous perdez la troisième, vous êtes mort). La réussite du film tient en quelque chose de fragile, difficile : une maladresse simulée, celle du joueur qui joue imparfaitement à un jeu dont il ne connaît pas les règles.

Notons des allusions à Indiana Jones et aux Gardiens de la galaxie et un cours de séduction (« Il faut que tu te touches tout le temps tes cheveux et que tu te mordilles les lèvres »).

Classement/Rangement

Je range paresseusement quelques livres (référencement dans Librarything : je me demande régulièrement pourquoi je continue à le faire) avec Breaking bad en fond : il est toujours intéressant de prendre conscience des allusions au futur qui ne pouvaient être comprises à une première vision.

Une belote de trop

Après avoir oublié de jouer hier (discussions d'hôpital obligent), nous avons commencé un mille vers quatre heures, qui s'est transformé en deux et la belle, tant et si bien que mes beaux-parents ont dormi à la maison. (O. et moi avons perdu, mais c'était très serré.)

Noël

Et de nouveau dans la cuisine : un chapon farci aux pommes et poires poêlées (le secret c'est l'humidité de la poire).

O. me confie tandis que nous essuyons les verres (car la jolie vaisselle ne passe pas au lave-vaisselle) : « j'ai l'impression d'avoir passé les vacances dans la cuisine».
Et en effet, s'il n'y a pas plus de travaux que d'habitude, il y a nettement moins de participants. (J'aime beaucoup les scouts qui appellent « services » ce que je nomme « corvées ».)

C. repart avec mon iPad : il me le rendra en juin, après la remise de ma dissertation d'anthropologie chrétienne (à moins que je ne choisisse un oral ? Mais la professeur m'impressionne tant que je pense choisir un écrit.)

Dans la cuisine

Marché. Un chapon et deux poulardes. Le fermier (un charmant jeune homme ressemblant à Di Caprio, tandis que Juliette, la vendeuse, ressemble à Emmanuelle Béart : à croire que c'est un critère d'embauche) m'a proposé de porter mes paquets à la voiture :
— Inutile, je fais de l'aviron.

Curry d'agneau le midi, bûche au chocolat l'après-midi (pour une fois que j'ai accès à la cuisine, je fais des expériences), poulardes le soir avec des châtaignes cuites dans du miel (celui qui fait la cuisine choisit les recettes et je suis la seule à réellement aimer les châtaignes)).

H. va beaucoup mieux, la fièvre a cédé.

Deux cours et un pot

Allemand : dernier cours avec ce professeur dont le moins qu'on puisse dire est qu'il aura été désinvolte : s'arrêter à cinq heures parce qu'il a ses enfants à aller chercher à l'école, pas une femme n'aurait osé le faire (je m'en souviendrai). C'est un professeur d'histoire et de théologie très respecté, d'où sans doute l'indulgence dont il bénéficie. Et je conviens que son esprit de synthèse est remarquable et permet de comprendre les thèses d'un texte en quelques mots.

Je prends un pot avec Jean-Marc. Ça me fait plaisir, je n'aurais pas osé le contacter. Il a commencé le cycle C en même temps que moi mais a fait deux année en une l'année dernière (anthropologie et agir chrétien). Il est donc en année de rédaction de mémoire et me raconte drôlement sa solitude : « je ne suis pas main stream » dit-il en évoquant le côté catho dans la ligne du parti de ses congénères (bien fait, il n'avait qu'à rester avec nous. Je lui en ai voulu : l'année où je n'avais enfin plus de cours de langue, ils ont arrêté de prendre une bière avant les cours en même temps que ceux-ci commençaient une demi-heure plus tôt. Les buveurs ont soit abandonné (Kamel, Daniel, Marc) soit comme Jean-Marc choisi de progresser plus vite).
Nous échangeons des nouvelles, des trucs et astuces. Je pense souvent à lui car c'est lui aussi qui me fait sentir comme Jonas à bord du bateau.

Cours de grec. Le logo de l'office du tourisme d'Israël est une référence à Nombres 13,23.

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Ça c'est de la culture gé !

J'apprends également l'existence de la fondation Martin Bodmer : Martin Bodmer a été un grand collectionneur de manuscrits et d'autographes. Sa collection ne voyage pas (elle n'est pas prêtée, ou rarement) mais la fondation organise des exposition. Notre professeur nous recommande celle sur la traduction qui se déroule actuellement.

Grec

Récupéré H. à l'hôpital ce matin.

Traduction de la Septante. Construction parallèle et échos, sans doute un effet de la syntaxe et des traditions hébraïques.
Les Nombres, livre austère. Ce n'est qu'en le traduisant que j'en découvre la poésie.

Un informaticien à l'hôpital

Vers midi, H. au téléphone, enflammé : « Non mais tu te rends compte, leur système informatique… Incroyable ! »

Et de me raconter en s'échauffant les deux systèmes informatiques qui ne communiquent pas entre les urgences et l'hôpital "ordinaire", l'obligation de tout ressaisir entre les deux services, le logiciel qui a compté trois injections d'antibiotique alors qu'il n'en a reçu qu'une (« l'infirmière a l'habitude, elle a tout revérifié avec moi »), les données de l'examen biologique dissimulé six écrans plus loin, l'ergonomie de l'application sans lien avec les besoins réels du métier (« elle m'a dit que 80% des gens qui viennent ici arrivent à cause de problèmes d'hypertension : ça devrait être la chose la plus facile à saisir, apparaissant immédiatement sur l'écran, immanquable : eh bien non, les champs à saisir sont cachés je ne sais trop où… »), etc.

Pendant qu'il fait ainsi l'audit du système informatique et des process il pense moins à la douleur et je préfère cela, mais j'ai le cœur serré quand il prononce son jugement final : « je vois se mettre en place ce que j'ai vu dans les [lieux où il vend ses logiciels] : un circuit parallèle d'informations pour contourner l'informatique. Et le garant de ce circuit parallèle, c'est le patient lui-même, ce qui implique qu'il soit en état de répondre, qu'il ne soit ni bête, ni trop âgé, ni trop malade.»



H. est opéré dans l'après-midi : pose d'une sonde entre la vessie et le rein pour éviter l'engorgement de celui-ci.
Je suis dans sa chambre quand il remonte du bloc vers sept heures du soir. Un instant guilleret, il déchante vite. Le chirurgien passe, hésite à le laisser sortir : qu'en pensons-nous ? J'interviens : « Vous avez des protocoles ? Suivons-les.»
H. reste à l'hôpital pour la nuit. Cela me rassure.

Les SMS de la nuit

Arrivés aux urgences vers dix heures. Attente. H. est appelé vers onze heures moins le quart. Je reste en salle d'attente. Je retranscris ses SMS avec les heures qui apparaissent sur mon téléphone.

dimanche 23:00
— Je suis tombé sur une pas rapide.

Il revient : « ils m'ont pris une pinte de sang. Maintenant ils le mettent en culture, il faut attendre une heure.» Evidemment. Incompressible. Nous attendons. Un navet à la télé doublé par des voix perçantes. Escapade à Noël. Peu de monde, quatre ou cinq familles, des fillettes de huit à douze ans. Nous avons sommeil, les bancs sont durs et la lumière crue, impossible de trouver une position confortable. Je me lève et fais les cent pas.

Il est à nouveau appelé. SMS.

lundi 01:03
— Médecin toujours pas là.

— Bien installé.

— Je vais être sous antibiotiques. L'opération va sans doute être avancée

— On a eu raison de venir
(C'était la grande question : étions-nous en train de sur réagir ?)

— Antibiotics en perfusion

— Je sors ce soir pour sans doute revenir me faire opérer demain

— L'urgentiste appelle l'urologue demain

— J'attends que l'on me pose ma perfusion et après y en a pour 15 mn
(Et moi qui croyais que c'était en cours…)

— Non. J'ai eu droit à une oscultation en règle. Demain échographie à 10h.

— Je suis sous perf.

Il me propose de venir mais je refuse : je tombe de sommeil, j'ai mal partout, je marche pour tromper l'attente sans pouvoir échapper au nouveau film débile (Le plus beau char de Noël). Je ne me sens pas la force de rester assise sans rien faire dans la pièce où il est perfusé.

— Complication. Je fais une allergie à qq chose.

— Allergie à l'antibiotique.

— Je suis sous anti-istaminique et un produit genre ventoline en micronisation.

— Plaques rouges partout.

Finalement ils l'ont gardé et je suis rentrée seule à trois heures du matin.

Zachée

C'est l'un de mes week-ends théologiques. Combien de week-end sans ramer, deux, trois ?

Catéchisme pour les enfants de CM2. Episode de Zachée. J'explique, j'explique, j'explique. Est-ce que je les ennuie ? Avoir tort et faire du tort, non, ce n'est pas la même chose ; non, salut ne veut pas dire (ici) bonjour ; la lèpre peut faire tomber le nez mais oui on peut respirer car on respire avec les trous ; ex-il et ex-ode ont le même préfixe ex- qui veut dire sortir (expirer, extérieur) ; exil à Babylone, puis les Perses puis les Grecs puis les Romains ; quel grand empereur grec connaissez-vous ? (je ne sais pas ce qu'ils savent, je n'ai aucune idée de ce qu'ils apprennent à l'école ou à la télé. Un ou deux ne semblaient pas connaître Noé).

Une fillette est persuadée que si Zachée est monté dans l'arbre, c'est parce que c'était dangereux et qu'il forcerait ainsi Jésus à lui dire de descendre. On a dû lui interdire de monter aux arbres, elle illustre parfaitement le biais biographique du lecteur qui se projette sur le récit.

« Fais appel au cerveau » m'a dit Jacques, mon camarade d'allemand protestant avec qui je comparais les méthodes pédagogiques de nos deux confessions (catastrophiques dans les deux cas).


H. a mal et jongle avec ses anti-douleurs : il ne faudrait pas attaquer son foie qui est fragile depuis l'hépatite A de 2000. Vers le soir il a de la fièvre, 39°. Que faire, urgences ou pas ?
Toujours nous nous référons à mon oncle vétérinaire : qui dit fièvre dit infection. Urgences.

Irons-nous tous au paradis ?

Titre faisant référence à ceci (pour ceux qui n'auraient pas reconnu).

TG sur l'eschatologie (ie, l'au-delà et les fins dernières).
Cette année, les TG présentent une ambiguïté déconcertante : comme d'habitude nous devons lire des textes et préparer nos réponses aux questions d'un dossier, mais la chargée de TG semble considérer qu'elle doit simplement s'assurer que nous avons bien compris les textes en question et que nous ne devons pas déborder sur d'autres aspects du sujet.

Aujourd'hui il s'agissait des positions de l'Eglise concernant l'au-delà, avec un curieux avertissement : si les théologiens ont la charge de s'interroger, il s'agit pourtant de ne pas désarçonner le peuple des fidèles peu habitué à ce type de recherche (un faux air de "ne pas désespérer Billancourt").

Les deux autres textes provenaient de Karl Rahner et Louis-Marie Chauvet. La position de fond est simple : tout homme peut être sauvé ainsi que le Christ l'a promis par sa mort et sa résurrection.

Les choses se sont compliquées (pour ne pas dire envenimées) lorsque j'ai fait remarquer qu'il fallait que la personne considérée accepte ce salut : qu'en était-il de l'homme ayant passé sa vie au service des autres et refusant Dieu avec colère sur le thème « si Dieu existe, j'espère qu'il a une excuse1 » ? Qu'en était-il de l'homme bon refusant au jour de sa mort ou du jugement dernier le salut proposé2 ?

Je n'ai pas réussi à faire comprendre ma question. Heureusement elle a été relayée et soutenue par d'autres élèves, mais la chargée de TD n'entendait clairement que la possibilité pour l'homme méchant de finir en enfer, ou du moins elle semblait tellement s'attendre à cet argument qu'elle n'entendait pas une question plus étrange : l'homme bon refusant le salut.
J'ai fini par résumer : « Mais enfin, on ne peut tout de même pas être sauvé contre sa volonté ?! »
A cela, pas de réponse. Ce cas ne paraît pas envisagé.

Et pourtant, il existe des gens admirables en colère contre Dieu (auquel ils ne croient pas, un élève a souligné le paradoxe, mais c'est toujours plus complexe que cela : d'une certaine façon ils sont en colère contre son silence). Seront-ils "consolés" contre leur volonté ? Ou leur volonté fondra-t-elle comme neige au soleil ? (Questions très théoriques, certes (smiley), mais puisque nous sommes là pour les prendre au sérieux…)
Et je pense à la préface de Lolita : il y a trois choses que les braves gens conformistes ne peuvent accepter : un noir vivant avec une blanche, un athée menant une vie bonne et heureuse, un adulte convoitant une enfant.


J'ai ensuite rejoint H. au congrès du Modem. Il y était depuis le matin. Il avait présumé de ses forces et nous sommes partis avant la fin, vers quatre heures. Le retour en voiture fut pour lui un calvaire.



Notes
1 : citation dans les premières pages de La Fée Carabine. Plus sérieusement, pensons à Nietzsche infirmier durant la guerre de 1870.

2 : par là je demandais quelle était la position officielle de l'Eglise puis que l'exercice consiste à connaître ces positions officielles et les (nombreux) débats en cours.

La cosse

Rendez-vous à neuf heures chez le médecin généraliste, d'abord pour O. qui n'est pas convaincu de la complète guérison de son eczéma, ensuite pour H. qui avait rendez-vous avant l'épisode d'hier et en profite pour prendre quelques conseils.

Rendez-vous à dix heures avec le chirurgien urologue qui ressemble à un héros de roman-photo (toujours je pense à Rémi en train de dire drôlement à propos de X ou de Y : « il est bôôôôôôhhh »). Il nous dessine des reins au dos du scanner (des années d'entraînement) et fixe l'opération à jeudi. Si vite ? Je n'ose y croire. Bien, H. sera serein pour Noël, bonne nouvelle.

Nous rentrons. H. s'endort, terrassé par la douleur et les anti-douleurs.

Vers quatre heures, coup de fil de O. : la voiture qu'il a laissée à la gare ce matin ne démarre plus.
— Je pense que c'est la batterie : la voiture s'est allumée puis tout s'est éteint.
— Bouge pas j'arrive. En attendant regarde sur youtube comment démarrer une voiture avec des câbles.

Je passe à la station-service acheter des câbles, demande quelques conseils. Coup de bol il y a de la place devant la Mazda, je gare la Lexus tête-bêche, descends sous la pluie fine dans la nuit quasi-tombée. Nous ouvrons les capots.
Impossible de trouver la batterie de la Lexus. Elle se trouve sans doute sous un couvercle d'aluminium solidement vissé1.
Bon ben…
J'essaie de contacter un voisin, O. une amie qui n'habite pas loin, dans l'espoir de trouver une autre voiture pour nous dépanner. Personne ne répond.
Rentrons.

Appeler l'assistance de l'assurance ? Attendre le voisin ? H. réveillé a une idée inattendue : téléphoner au concessionnaire qui nous a vendu la voiture. A ma grandes surprise et confusion, le vendeur propose de passer après ses heures de travail (il habite la ville d'à côté). Est-ce pour son questionnaire de satisfaction client ou aime-t-il vraiment ses voitures ?

Il nous emmène à la gare. (Du machisme contraint : H. doit-il venir, sachant que la douleur et les médicaments lui interdisent de conduire ? « Je peux y aller toute seule, tu sais. — Oui, mais s'il sait que je suis là, je vais passer pour un cake. »)

Le vendeur n'a pas un câble mais un booster de batterie. Avant de l'utiliser, il ouvre la portière de la voiture de quelques centimètres : « quelquefois le choc électric bloque la fermeture centralisée et si vos clés sont dedans vous êtes foutu, ça m'est arrivé. Donc pour ce genre de manip prenez l'habitude d'ouvrir la portière. »
Il soulève le capot, enlève le cache en plastique du pôle positif de la batterie et… constate que la cosse est desserrée.

Il l'a resserrée à la main, la voiture a démarré, nous lui avons dit merci et nous sommes rentrés.



Note
1 : nous apprendrons plus tard que cette voiture étant une hybride, brancher nos câbles dessus aurait provoqué un gigantesque court-circuit qui aurait tout carbonisé : d'où la batterie inaccessible pour éviter une telle catastrophe.

Urgences

Au moment où je m'apprête à entrer en cours d'allemand, coup de fil de H. : il a terriblement mal au ventre, il voudrait aller à l'hôpital, il ne veut pas prendre un taxi.
— J'arrive. Mais tu sais, j'en ai pour une heure à rentrer.

Je demande à un élève de m'excuser auprès du professeur et je file. Je passe sur les péripéties du RER (en arrivant gare de Lyon, j'apprends que tous les trains entre Melun et Villeneuve-St-Georges sont supprimés. Cependant ce n'est pas clair, peut-être est-ce seulement dans le sens Melun-Paris. Les quais commencent à se remplir. Je prends un RER A pour retourner aux Halles en ayant l'intention de monter dans le premier RER D qui m'emmène jusqu'à Villeneuve-St-Georges… et c'est un Zaco qui se présente : à croire que les informations gare de Lyon sont fausses. Le train est déjà bondé mais j'arrive à me hisser à l'étage. (Tout le monde n'arrivera pas à monter gare de Lyon)). Entretemps H. téléphone : la femme de ménage a proposé de l'emmener à l'hôpital, il est aux urgences à Boussy.

Je passe par la maison, salue la femme de ménage que je n'avais jamais vue (c'est la quatrième fois qu'elle vient et ça me change la vie : quel soulagement, une maison auto-nettoyante), prépare une "valise d'accouchée" (pyjama, robe de chambre, livre, affaires de toilettes) et part. J'ai reçu un sms, il passe un scanner.

Urgences. Scanner : « ah non, il vient de repartir ». Gentiment la secrétaire à l'accueil téléphone et m'aiguille. Ils sont charmants ici (Claude Galien à Boussy). Je trouve H. par hasard en passant devant une porte ouverte. Il est étendu sur un lit dans un couloir, il attend le résultat de divers examens.

Devant lui sur un autre lit dans le couloir se profilent à contre-jour les mains fantômatiques qu'un vieillard tend vers le plafond. Il râle par instants seul sur ce lit dans la lumière crue. Ses mains sont si maigres qu'elles ne sont pas plus larges que le bras, les doigts sont immenses. J'apercevrai son visage décharné bouche trouée. Soudain horreur : il regarde sa montre. Ainsi donc il est conscient, conscient du temps qui ne passe pas, de la douleur, de la solitude, de la lumière.

Nous rentrons vers huit heures. Calcul rénal, sept millimètres. Rendez-vous pour le lendemain avec un chirurgien.

Noël de blondes

Deux blondes coordonnent leurs agendas pour les vacances de Noël :

— C'est quel jour, Noël ?
— Un vendredi.
— Mon dieu, pourvu que ça ne soit pas un treize, ça porterait malheur.

Liturgie de la semaine sainte

Quelques notes (discrètes, parce que c'est un cours payant) prises pendant le cours mensuel de liturgie.

On dit parfois qu'il n'y a pas de doctrine sacramentelle dans Vatican II. Mais il y a des présentations générales qui en tiennent lieu.

Abréviations de trois Présentations générales qui sont chacune un traité sacramentaire.
PGMR (présentation générale du missel romain) : un traité de l’eucharistie
PGLR (présentation générale du lectionnaire romain)
PGLH (présentation générale de la liturgie des heures)


Le cœur du cours est la liturgie de la Semaine sainte, du dimanche des Rameaux à la Pentecôte, et le professeur, le frère Patrick Prétot, y voit un mémorial des événements du salut. Il en fait une lecture extrêmement fine et évidente (j'appelle évidente la surprise de découvrir comme neuf quelque chose qui était sous nos yeux depuis toujours).
Je pense avec quelque honte à Léonardo et à son proverbe espagnol : « perdu comme un jésuite en semaine sainte ».

Confitures bis

Quatre pots de confiture :
- fruits rouges / vin chaud
- confiture de Noël
- abricots / pain d'épice
- clémentine / vanille rhum

Trompettes

— Si vous entendez des trombones le jour du jugement dernier, c'est que Dieu est allemand.

Le huit, nouvel espoir

JP a eu vent de mon projet de huit (par Dominique) et m'appelle sur mon portable. Nous discutons, moi marchant de long en large dans la cafétéria de l'IPT en attendant le cours d'allemand.
JP est responsable de la section loisirs et fait partie du bureau directeur, il trouve l'idée intéressante, il existe un groupe qui sort le week-end, je devrais le contacter… et je sais bien que pour que le projet se concrétise, il lui faudrait un appui des rameurs du week-end, ce n'est pas pour rien qu'à l'origine je voulais faire lancer le projet par les rameuses qui vont ramer entre elles à Vouglas.

JP m'envoie une liste de filles potentiellement intéressées en m'indiquant qui contacter tout d'abord. Je vais essayer, après tout je n'ai rien à perdre.

Mort de Johnny

J'écoute RTL2 en rentrant. Je tombe sur une biographie rapide de Johnny Hallyday.
J'apprends qu'« Allumer le feu » était une chanson.
J'avais toujours cru que ce n'était qu'une expression moqueuse, comme «ah que coucou».
(Mais peut-être que ça aussi, c'est une chanson ?)





Pendant ce temps, Trump reconnaît Jérusalem pour capitale.
Cette après-midi Jean-Pierre m'a appelé (dans les couloirs du métro des Halles): il a entendu parler de mon projet Coupe des dames et est intéressé. Pas le temps de discuter mais l'espoir est rené.

Gris

Pas grand chose. Croisé Skot, pris à peine le temps de ralentir. Je suis allée acheter une robe de plus (après un week-end de réflexion) qui est en réalité une sorte de manteau ou veste sans manche que je vais porter en robe. Cela me fait cinq robes grises. Je commence à travailler mon look de vieille dame à la Jacqueline de Romilly. (Je ne m'habillerai pas en blanc à la Emily Dickinson, trop exigeant).
Toujours pas de verre de lunette en vue (ha ha). J'ai terriblement mal aux yeux avec la paire précédente.
Depuis que C. m'a dit qu'il voulait des t-shirts à Noël, je perds un temps dingue sur les sites de t-shirts.
H. a été recontacté par l'administration du Delawaere. Ça me fait plaisir. J'avais tellement cru, il y a un an exactement j'étais tellement en train de croire, que nous nous installerions à Wilmington.

Le conseil méthodo du jour : «Mgr Joseph Doré disait : il faut apprendre des tables des matières par cœur.»
De façon générale, tout penche dans la même direction : il faut que j'apprenne beaucoup plus (infiniment plus) par cœur. Il faut que je prenne le temps d'apprendre par cœur.

Que font les théologiens ?

Je ne sais plus très bien comment rédiger ces billets : ne reprendre qu'un thème, une anecdote, courtement, ou en faire davantage un journal, des pierres de Petit Poucet pour se souvenir, ce qui complique le titre à donner au billet.

Ce matin, TG sur Gaudium et Spes. J'ai très peu travaillé, je l'ai très peu travaillé. Overdose de Vatican II, overdose d'émerveillement devant le miracle qu'a constitué ce concile. Je suis fatiguée de ce que je ressens comme de la propagande ecclésiologique alors que toute ma pente va à la christologie (en termes ordinaires : ma foi s'enracine dans les évangiles, pas dans les actes du magistère).

Il se passe quelque chose d'étrange avec la professeur. Il est évident que mon mode de pensée, mes interventions et mes interrogations la dérangent, à tort ou à raison1 — et elle recentre le débat. Soit. Ce qui est embarrassant, c'est qu'elle culpabilise et me demande ensuite si je boude ! (non je ne boude pas. Simplement je me demande in petto si l'on peut s'interroger librement (puisque nous sommes entre nous, croyants de bonne volonté) ou s'il faut s'autocensurer.)

Des exemples : l'une des questions porte sur l'Incarnation : sans la chute, le Christ aurait-il eu "besoin" de s'incarner, se serait-il incarné ? Dun Scott penche pour oui, Thomas d'Aquin pour non.
Une autre question porte sur le péché : pensons-nous (chacun de nous, dans la salle) le péché comme constitutif de l'homme, ou pensons-nous la création (Création) comme essentiellement bonne, et l'homme fondamentalement bon, ensuite seulement corrompu par le péché ?
Depuis Vatican II la deuxième position prime mais pendant longtemps l'Eglise adoptait plutôt la première. Sur les deux questions, les deux positions sont possibles, acceptées par l'Eglise, ce qui amène mon interrogation de fond : que font les théologiens ? (de quelle nature est leur réflexion ?) : s'enferment-ils dans leur chambre pour prier et ensuite écrire, dans une inspiration tels les prophètes, ou nous livrent-ils leur opinion (étayée par la prière et l'étude des textes et de la tradition, bien sûr) qui dépend en grande partie de leur personnalité plus ou moins optimiste ?
Cette question-là n'a pas plu.
Suis-je la seule à ressentir du malaise devant le travail des théologiens, devant cette façon de vouloir expliquer l'incompréhensible et de le réduire à dimension humaine ?
Mais y a-t-il moyen de faire autrement si l'on veut se servir de sa raison ?

En sortant, shopping. Ça fait quelques semaines que j'y songeais, j'ai froid et je n'ai rien qui me corresponde vraiment dans ma garde-robe pour les jours froids.
Deux robes grises en laine chez Max Mara. La vendeuse est charmante.


Note
1 : autrement dit, il est fort possible que je sois hors sujet
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