Billets pour la catégorie 2010 :

Hiérarchie

— C'est fou, quoi qu'il arrive, on comptera toujours moins que le chien.
— Ça m'est égal maintenant. J'ai été jalouse en première ou en terminale, quand tout ce cirque a commencé, à la mort du chien précédent. Le chien précédent, c'était le mien.



Ça m'est égal? Est-il bizarre dans ce cas que ce soit à cela que je pense quand je me dis que je ne sais qu'écrire à propos d'hier? Fini Kråkmo. Discuté avec Rémi: «Tu ne regardes pas assez TF1.» Certes.

Faites le mur !

Stupéfaction et ravissement.

Je ne sais que dire sur ce film qui n'en dise pas trop. Au début j'ai pensé que c'était "simplement" un film sur des barges, des fin gelés, des obsessionnels qui à force d'obsession avaient réussi à faire quelque chose, selon le principe que n'importe quoi beaucoup et longtemps répété finit par devenir quelque chose.
Shepard Fairey était sympathique, Banksy carrément bon, c'était du street art, un film intéressant.
Et puis, à vingt minutes de la fin, le film se met à déraper sévère.

C'est l'histoire d'un type qui achetait des ballots de vêtements usagés pour cinquante dollars et revendait les pièces taillées un peu différemment quatre cents. Aujourd'hui il en fait autant avec "de l'art".
C'est l'histoire d'un type qui du jour où il eut une caméra entre les mains ne la lâcha plus («I respect passion»: je ne sais plus qui prononce cette phrase, peut-être Shepard Fairey ou Obey).
C'est l'histoire d'un type qui découvrit le street art grâce à son cousin, Space Invader, qui se trouva là au bon moment et qui... (no spoiler).

Je n'arrive pas à me souvenir du mythe dans lequel le créateur est de toute part dépassé par sa créature: pas Pygmalion, pas Frankenstein, mais quelque chose de ce genre, sachant que la créature, c'est O'Reilly, de La Conjuration des imbéciles.

Il faut aller voir ce film, pour l'accent frenchy de Thierry Guetta, pour l'histoire du street art (il est plus dangereux d'évoquer Guantanamo à Disneyland que de peindre des îles de rêve sur le mur israelien)... et pour la dernière partie.

Rien n'est très clair dans la conception de ce film: qui l'a fait (qui filme à partir du moment où ce n'est plus Guetta, s'agit-il de reconstitution après coup, "après l'histoire, quand on sait comment elle s'est terminée, ou tout a-t-il était filmé sur le vif?), pourquoi, qui sont les voix narratrices... Thierry Guetta, dans son rôle d'O'Reilly, semble y participer de tout son cœur. C'est la dernière étape (en date) de l'art contemporain.

Et Banksy est un extraordinaire artiste.



ajout le 31 décembre : Bon, zut, en y réfléchissant un peu, ce n'est pas tout à fait ce que je pensais (il suffirait de faire quelques vérifications Google mais je n'en ai pas envie). D'un point artistique c'est sans doute encore mieux, un film ayant plus de portée, mais je ne peux m'empêcher d'être un peu déçue: c'est moins méchant ainsi.

Passer la douane

Vendredi soir 24 décembre, vers cinq heures du soir.

Abrutie par une à deux heures de conduite dans des conditions épouvantables (50 à 70 km/heure entre Pontarlier et la frontière suisse derrière des automobilistes plus que prudents, pluie gelant sur le pare-brise, impossible à chasser avec les essuie-glaces, nuit tombant), j'interprète mal le geste de la douanière suisse qui souhaite que je m'arrête et j'avance. Mécontente, elle nous fait signe de nous garer:
— On s'arrête quand un douanier demande de s'arrêter.
Nous n'essayons même pas de nous expliquer.

Elle est jeune, blonde et pas contente. Elle demande à voir le coffre. H. descend.
— Vous avez de l'alcool ?
— Oui, deux bouteilles de champagne, nous allons fêter Noël avec notre fils. Ah, et deux bouteilles de rouge, nous venons de Beaune.
— Et là-dedans?
— Ce sont des bouteilles de jus de fruit.
— Ouvrez !
H. s'exécute. Ce sont des bouteilles de jus de fruit achetées le matin même à un producteur au marché de Beaune.
— Vous avez de la viande?
— Du foie gras. (H. montre. Je suis au volant, nous suivons les gestes au bruit. Je pense que devant l'innocence de notre coffre, avec ses deux valises et ses cadeaux de Noël soigneusement enveloppés, la jeune douanière commence à regretter de nous avoir arrêtés.)
— Pas de viande rouge ?
— Non.
— Et ces herbes, qu'est-ce que c'est ?
— Du persil, et des mandarines, nous sommes passés au marché ce matin.

In petto, j'admire le sang-froid de H., qui n'a mis aucune ironie dans sa réponse. La douanière nous laisse repartir.



Ce n'est que deux jours plus tard, en racontant l'incident, que nous découvrirons que le sang-froid de H. n'avait rien de méritoire: l'allusion à l'herbe lui avait totalement échappé (et nous avions des champignons: cèpes et champignons de Paris...)

Si la douanière ne s'était pas laissée entraîner par son mécontentement et s'était contentée d'appliquer les règles de base de son métier, elle aurait eu de quoi nous refouler en France: nous avions oublié les papiers d'identité des enfants. Elle ne nous les a pas demandés.

Papiers peints

A midi : fondue au fromage. Malaaades...

Mudac: musée du design et d'art contemporain.
Amusant.



PS: Le Monde de la Jungle.
Hier : Là-Haut et Le Monde de Nemo

Mixing my references

— C'est le bateau qu'on a pris pour aller à Evian.
— Ah bon? Qu'est-ce que vous avez fait à Evian? Vous avez bu de l'eau?
— Non, on a mangé une pizza.



Vevey par le train. Il fait très froid.

Piège

Quand je pensais que X. était gentil, chacune de ses inattentions était un coup au cœur, la sensation d'une trahison.
Maintenant que je pense qu'il est d'un égoïsme inconscient et constant, chacune de ses attentions me fait brûler de culpabilité.

Il me faut sortir de cette logique manichéenne, mais comment faire?

Suite de l'étalage

Quand on ne peut plus raconter le personnel parce qu'il est privé ni l'amical parce que ce n'est pas autorisé, il ne reste plus grand chose à raconter. Le RER et la neige, peut-être? (Ce n'est même pas que j'ai peur de lasser "mes" lecteurs, c'est que je m'en lasse moi-même (enfin pas de la neige, j'aime bien).

  • aller

RC, Kråkmo

  • retour

RC, Kråkmo
RC, Travers
Lewis Mumford, Herman Melville
Michel Clavel, Le petit livre à offrir à un amoureux des mots
Jacques Perry-Salkow, Anagrammes
Jacques Perry-Salkow et Frédéric Schmitter, Mots d'amour secrets
Michel Francesconi, La vitesse à laquelle nous oublions est stupéfiante
Lieutenant X., Langelot contre six
Agatha Christie, Death in the Clouds

Incohérence très peignée

Neige. Le trafic de livres s’intensifie.

Je sais que ce genre de billet est un poil "obscène", comme dirait un auteur que je pratique. Mais bon, le côté improbable de cette liste, son incohérence ou demi-cohérence, m'amuse. Chaque livre est là pour une raison précise, mais le total est étrange.

  • Aller

- Monica del Soldato, Pasta, alle Rezepte
- Gershom Sholem & Leo Strauss, Cabale et philosophie
- Joseph Malègue, Augustin ou le Maître est là
- un paquet cadeau
- un futur paquet cadeau
- Erik Neveu, L’idéologie dans les romans d’espionnage
- Gérard de Villiers, Le Gardien d’Israël
- Gérard de Villiers, La Panthère d’Holywood
- Gérard de Villiers, L’ordre règne à Santiago
- RC, Kråkmo

  • Retour

- RC, Kråkmo

De Jacqueline de Romilly à Leo Strauss

A la mémoire de Jacqueline de Romilly.

C'est parce que j'étais en train de lire Jacqueline de Romilly que j'ai choisi Leo Strauss quand il s'est agi de soutenir les éditions de l'éclat. [1]
Et à cause de Gershom Scholem, bien sûr.

Donc jeudi soir, sous la neige, protégés par un sac en tissu de la librairie portugaise:

  • Gershom Scholem & Leo Strauss, Cabale et philosophie
  • Leo Strauss, Le discours socratique de Xénophon suivi de Le Socrate de Xénophon
  • Leo Strauss, Sur "le Banquet"
  • Leo Strauss, Socrate et Aristophane

Notes

[1] (La méthode pour commander n'est pas très claire. Voir ici les librairies amies ou utiliser Lekti-ecriture.)

Impossible à admettre

Je n'arrive pas à accepter de ne pas avoir le droit (au sens juridique du terme) de dire la vérité.
Cela m'affecte profondément.

Fragments

— Vous lisez votre Langelot un crayon à la main?
— Oh oui, vous savez, c'est difficile.

— Vous reprendrez bien un peu de momie avec votre jus de criquet ?

— « Quand la guerre est déclarée, la vérité est la première victime. » Arthur Ponsonby (1928)

— C'est dommage, tu ris trop, tu es floue.

— Je ne vais pas empêcher de courir un cheval qui a envie de courir.
— Merci! [rires.]

— Je peux vous demander pourquoi vous avez commandé vos livres de philo dans une librairie portugaise?

— C'est quoi, ces cravates au mur?
— C'est la tradition, on coupe les cravates.

— On a moins de chance d'être le Proust du XXIe siècle que de gagner à l'Euromillion. (D'ailleurs j'ai mon billet dans mon sac).

Lois

- Si vous emportez un parapluie il ne pleuvra pas ;
- Si vous allumez une cigarette sous la pluie, un taxi vide se présentera ;
- Si je mets mes chaussures rouges très hautes je resterai debout dans le RER.



Ce matin j'ai mis mes chaussures rouges, je n'ai pas pris de parapluie.

Beuh

— Ah oui au fait, mon adresse est "impasse des bœufs", entre la rue des Bouchers et la rue des Tanneurs.
— Mais c'est horrible! pauvres bêtes... (Vraiment une impasse.)
— Quand j'ai commandé mon lit et que j'ai donné mon adresse pour la livraison, la caissière m'a demandé d'épeler "beu". «— "Beufe", j'ai dit. — Ah, beufe!» Elle était soulagée.
Rires. Après coup, je me demande si elle s'est demandé s'il s'agissait de beu. Est-ce possible?
— Et à Carrefour, pour le frigo, quand j'ai donné mon adresse, j'ai surveillé l'écran pendant que le vendeur la tapait. Il m'a demandé : «— Vous avez peur que je ne sache pas l'écrire?»



PS: "Pauvres bêtes", citation d' Astérix chez les Bretons:
— ... sinon je vous fais jeter aux lions, bouillis à la menthe!
— Mais c'est horrible!
— Oui, pauvres bêtes...

Statistiques et projets

— Vous préférez aller voir Harry Potter ou Henry V? (choix dicté par des contraintes compliquées, en particulier des horaires serrés. Sinon, c'était Le Guépard d'autorité.)
Les yeux de O. brillent de plaisir devant un bonheur inespéré (oui, je pense qu'il n'y croyait plus) : — Harry Potter !
A. furieuse : — Ni l'un ni l'autre !
— Hum, 50% de satisfait (un "s" ou pas? (une "s" ou pas?)), ce n'est pas si mal. Quand vous étiez petits, on considérait que si l'un de vous trois était content, c'était déjà très bien.
— Un tiers... Finalement, maintenant qu'on n'est plus que deux, ça augmente la satisfaction! Et réfléchissant...: Et quand je serai tout seul...
— Et quand tu seras tout seul je te traînerai partout où j'aurai envie d'aller.
— Noooonnn !!!



Harry Potter et les reliques de la mort I : tout de même étonnant qu'on ne voit jamais la cape d'invisibilité (je me comprends...). De très beaux paysages. Un peu surprise que personne ne se soit avisé que le plus bel atout de Daniel Radcliffe était son sourire, et qu'obstinément il ne sourit jamais depuis trois ou quatre épisodes. Avec O., je fais des paris sur la scène sur laquelle va s'interrompre cette première partie. Combien de personnes dans la salle qui n'ont pas lu le livre, qui ne sont pas capables de compléter ce qui manque, ou d'enregistrer les variations avec le texte? (C'est d'ailleurs très instructif: qu'est-ce qui est indispensable, qu'est-ce qui peut être transformé, qu'est-ce qui peut être oublié? Souvent le "sentimental", l'enterrement de l'œil de Folœil ou le cadeau du faux pendentif à l'elfe de maison.)

Evocation

Chaque fois que je me souviens des Souvenirs de Conrad, il me semble revoir mon grand-père. L'humour anglais ajouté au mutisme polonais, cela devait être quelque chose. (L'idée a quelque chose d'irreprésentable).

Journée fructueuse

Sk†ns m'a appris comment entretenir mes DocMartens.

Ça ne va pas en s'améliorant

Ne le répétez pas, mais si je n'entendais rien hier au téléphone, c'est que j'avais saisi l'appareil à l'envers (le micro à l'oreille, l'écouteur à la bouche : je m'en suis rendue compte en raccrochant furieuse contre ce téléphone qui ne marche jamais, rendez-moi mon téléphone avec fil, etc.).

Panneau Passage




Ce panneau est au bord d'un passage clouté qui traverse la rue Louis Delacarte en contrebas de la gare de Yerres. (Cependant il faudrait avoir de très bons yeux pour réussir à lire le texte du quai.)

Je le recopie ici pour le plus grand bénéfice de Google:

Le Passage par FUSION

Le passage est une intervention artistique qui vient renforcer la fonction de cette signalisation: Passage piéton protégé.
Par un effet visuel de trompe-l'?il, c'est un pont qui enjambe deux rives. Dans un court instant, pendant la traversée du passage, tout peut arriver si le promeneur ne fait pas attention.
C'est aussi une métaphore de la vie: nous naissons, premier pas sur le passage, nous vivons, traversée et puis nous mourons, arrivée sur l'autre rive.
Cette intervention n'est pleinement lisible qu'à la place d'une personne qui se trouve sur le quai en partance pour Paris, vue en plongée. Ce point de vue met en évidence le côté théâtral de l'intervention. Le spectateur qui regarde "Le passage" est un témoin de ce qui peut s'y passer.

Cette réalisation donne lieu à une extension interactive sur le site Internet:

www.noscouleurs.com partie FUSION, rubrique "Le Passage".

Yerres, juin 2003

Politique

Un peu embarrassée jeudi soir : voilà-t-y pas que je me retrouve à (plus ou moins) parler de politique avec Kozlika et Anita (de La pêche à la baleine). Hum, je n'aime pas parler politique (chacun pense ce qu'il veut, je demande juste qu'on s'abstienne de me juger en trois coups de cuillères à pot en me collant une étiquette), et encore moins avec des gens que je ne connais pas (le risque de contresens est trop grand, et de toute façon je suis toujours au mauvais endroit pour mes interlocuteurs (je ne m'en plains pas, au contraire, je trouve ça rassurant)).

— Pfou, moi ça m'est égal, qu'on laisse les gens travailler tranquilles, et ça me va bien.
— Rien que ça, ça sonne déjà très sarkozyste.... [1]

Travailler... Est-ce que j'aurais dû dire "vivre"? Quel est le contraire de travailler, pour moi? Pas se reposer. Se reposer, c'est quand on est épuisé, un état qui pour moi approche la maladie et ne ressortit pas à l'état normal de la vie: il n'y a aucune raison de "se reposer" (dormir quelques heures de plus suite à une semaine fatigante, c'est "récupérer"). S'amuser? Mais s'amuser consiste à exercer avec joie et facilité une activité qu'on maîtrise parfaitement. Et pour maîtriser quoi que ce soit parfaitement, que ce soit pêcher à la ligne ou faire des photocopies, il faut apprendre, faire des expériences, se tromper, recommencer. Il faut travailler.

En fait il n'existe que deux activités, pour moi: travailler (apprendre, découvrir, connaître, savoir, s'améliorer) pour tout ce qui m'intéresse, ou servir (à quelqu'un ou quelque chose) pour tout ce qui ne m'intéresse pas. Le pire qui puisse m'arriver, c'est de perdre mon temps: ne servir à rien dans une activité qui m'ennuie.

Je crois que je vais arrêter de me servir du mot "travailler". Personne ne peut comprendre spontanément ce que je veux dire, et c'est bien normal.

Notes

[1] ce qui intéressera peut-être celui qui a eu l'idée de me traiter d'anti-sarkozyste primaire il y a peu. Quand je disais que...

Pour Dominique

Il faut savoir que je n'ai pas d'autre moyen de le joindre entre deux séances de l'Oulipo.

Le blog de l'éditeur singulier et une liste des Lolitas. Il faudra que je pointe par rapport à la liste que tu m'as donnée. (Il y a aussi un site).

Les courses du samedi

J'aime beaucoup cette affichette à la caisse:





En lisant la première phrase je me demande ce qu'il en est des mineurs émancipés et des majeurs sous tutelle. Est-ce à eux que nous devons cette précision intriguante: les «mineurs de moins de 18 ans»?

La dernière phrase me fait plutôt penser aux questions que se posaient Locke dans De l'identité: peut-on réellement supposer que quelqu'un «en état d'ivresse manifeste» se rende compte
1/ qu'il est «en état d'ivresse manifeste»;
2/ qu'il est dans un lieu public?

Cela suppose donc que chacun soit suffisamment raisonnable et conscient pour quitter les lieux publics avant que son ivresse ne soit manifeste... donc non ivre... (non réellement ivre)... donc n'ayant aucune raison de quitter les lieux publics.

RER, matin

Train en retard à Yerres, nous poussons jusqu'à Villeneuve-Saint-Georges.
Bonne idée, train plutôt vide. L'homme en face de moi discute avec l'homme à côté de moi:

— Et alors, il paraît que vous n'avez pas de chauffage?
— Ah si, il y a une centrale qui marche. Une sur huit. Le terrible, c'est qu'il y a une porte de cassée, ça fait un sacré courant d'air dans les ateliers.
— Une porte cassée?
— Ben oui, il y en a un qui a ouvert la porte pour passer avec un porteur, et pendant qu'il retournait à la machine, un autre a fermé la porte, il fait tellement froid; et l'autre a pas fait gaffe, il est passé à travers la porte avec le porteur, il a rien senti, c'est puissant ces engins-là, ça sert à déplacer les rames...
— Et alors il fait froid?
— Quinze en haut, huit à dix sur le pont, mais dans l'atelier, six. L'ennui, c'est qu'en dessous de cinq, on peut pas souder.

Ils sont descendus à Villeneuve-triage. C'étaient des cheminots.

Festival

19h38. Le RER démarre devant mon nez au moment où j'arrive sur le quai gare de Lyon. Le suivant est indiqué "retardé", et le suivant, supprimé.

Comme j'ai le temps, je décide de retourner attendre aux Halles, afin de pouvoir monter dans le train quand il arrivera (car c'est le deuxième effet KissCool: quand des trains sont supprimés, il y a tant de monde à vouloir monter dans les trains qui circulent que vous ne pouvez y accéder et restez sur le quai (avec une petite centaine de personnes, nothing personal). L'une des solution consiste à remonter la ligne d'une station en amont, car beaucoup de voyageurs descendent aux Halles, ce qui fait de la place (logique: je me dis que ceux qui connaissent ne vont pas comprendre pourquoi je précise, et que ceux qui ne connaissent pas ne comprendront pas quoi que j'écrive. Les expériences sont intransmissibles.)

A partir de là, cela a tourné à la mauvaise farce. Je ne sais plus combien de variations deceptives (décevantes et trompeuses) la SNCF/RATP (la ligne D est SNCF, mais les Halles sont RATP, donc je ne sais pas) a réussi à nous donner. Si j'avais su, j'aurais pris des notes, mais évidemment, quand ça commence, on ne sait pas encore que l'on va avoir droit à un show exceptionnel.

Au fur à mesure je songeais à Gordon Pym, à son sauvetage éternellement remis, tant et si bien qu'à la fin, on n'attend plus qu'il soit sauvé, mais quel tour Poe va bien pouvoir inventer pour une fois de plus décevoir notre attente.

Les trains se sont succédés, allant tous à Corbeil (je suis sur la ligne de Melun).

Nous avons eu (à peu près, de mémoire):
- l'annonce d'un train pour Corbeil tandis que l'affichage sur le quai disait Melun (ce fut Corbeil);
- l'affichage d'un train pour Corbeil tandis que l'annonce nous promettait Melun (mais nous avons cru l'affichage car il correspondait à ce qui était inscrit sur la locomotive elle-même);
- l'annonce d'un train pour Melun et l'arrivée d'un train vide et non éclairé. Il a ralenti le long du quai, nous nous sommes réjouis à la perspective d'être tous assis, et il a commencé, très lentement, à accélérer et à prendre de la vitesse sans s'arrêter : «ce train ne prend pas de voyageurs, veuillez vous éloigner de la bordure du quai». (Les trains fantôme me donnent l'impression d'être dans des western);
- l'annonce d'un train pour Melun dans lequel nous sommes montés (chauffé!: quel plaisir après les quais froids) avant d'en descendre quand le conducteur nous a prévenus qu'il allait à Corbeil (deux hommes m'ont demandé: «Vous êtes sûre qu'il va à Melun? ? Non, mais je le prends pour y aller.» Ils sont montés, nous sommes redescendus ensemble);
- un train annoncé pour Melun, mais dont on nous a précisé quand il fut arrêté à quai, comble du raffinement sadique, qu'il allait à Melun mais aurait exceptionnellement pour terminus Paris gare de Lyon, «par suite des retards accumulés» (et là sur le quai, nous avons commencé à envisager sérieusement d'aller étrangler la tête de linote qui déclamait les annonces).
- le conducteur de ce train nous a promis que le train suivant irait à Melun. Cependant nous ne l'avons pas cru, et nous avons eu raison.


M'en fiche, une fois dans le wagon (plutôt vide), j'ai choisi ma place. (Bon évidemment il a bougé, et vu le temps de pose de mon téléphone, ce n'est pas exactement la photo que je voulais.)






Arrivée chez moi deux heures plus tard, à 21h30. Plus de bus avec la neige. Mais je ne prend pas le bus :p

On ne fait pas le poids

Conversation dans l'ascenseur.

— J'ai été dégoûté, tu te rends compte, au club de XX, ils sont tellement nombreux, que même en loisir ils arrivent à monter quatre ou cinq équipes! Nous, on n'arrive même pas à réunir trois cents kilos pour en faire une.
— Les équipes, c'est au poids? demande, surpris, l'interlocuteur. (J'avais la même question silencieuse).
— Oui, non, enfin oui, mais tu dois composer ton équipe: si tu présentes trois types alors qu'en face ils en présentent quatre, t'as l'air con. C'est pas facile, mais c'est intéressant.

(Je n'ai pas tout compris, mais oui, j'ai trouvé ça intéressant.)

Les bulles cérébrales

Plus tard il m'est revenu que le président d'Havard dans The social Network était Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor, l'homme qui a bloqué le projet de régulation des produits dérivés.
Que répondait-il aux jumeaux? «J'ai été secrétaire au Trésor et vous pensez que je ne sais pas reconnaître le bien (le Bien)?» ou «J'ai été secrétaire au Trésor et vous pensez que je ne sais pas reconnaître une idée qui va loin?» ou «J'ai été secrétaire au Trésor et vous pensez que je ne sais pas reconnaître une idée qui peut rapporter des millions?»
Je ne sais plus; dans tous les cas, c'est savoureux.

J'ai tapé ["larry summers" "produits dérivés"] dans google. De proche en proche, je suis arrivée à un article de Naomi Klein qui m'a fait rire et dont nous savons instinctivement qu'il dit juste, pour connaître le phénomène en réduction autour de nous.

Extrait:

And this brings us to a central and often overlooked cause of the global financial crisis: Brain Bubbles. This is the process wherein the intelligence of an inarguably intelligent person is inflated and valued beyond all reason, creating a dangerous accumulation of unhedged risk. Larry Summers is the biggest Brain Bubble we've got.

Brain Bubbles start with an innocuous "whiz kid" moniker in undergrad, which later escalates to "wunderkind." Next comes the requisite foray as an economic adviser to a small crisis-wracked country, where the kid is declared a "savior." By 30, our Bubble Boy is tenured and officially a "genius." By 40, he's a "guru," by 50 an "oracle." After a few drinks: "messiah."

Naomi Klein dans le Washington Post du 19 avril 2009


Traduction à la volée (vous pouvez proposer des améliorations):

Et ceci nous amène à une cause centrale mais souvent ignorée des crises financières systémiques: les bulles cérébrales. C’est le processus par lequel l’intelligence d’une personne sans conteste intelligente est enflée et valorisée au-delà de toute raison, créant une accumulation dangereuse de risque sans couverture. Larry Summers est la plus grosse bulle cérébrale que nous ayons.

Les bulles cérébrales commencent au lycée par l'inoffensif sobriquet de "grosse tête", qui enfle jusqu'à devenir "un prodige". Puis intervient le passage obligé en tant que conseiller économique d'un petit pays bouleversé par une crise, à la suite de quoi le "prodige" est déclaré "sauveur". A la trentaine, notre homme qui mousse est titularisé et officiellement nommé "génie". A quarante ans c’est un "gourou", et à cinquante, un "oracle". Et après quelques verres : un "messie".

No bollocks

Vu Inside Job, et j'ai beau savoir que c'est un film entièrement monté pour indigner le bon peuple, et donc qu'il est normal que je sois indignée, je suis indignée. Entre la voix de Matt Damon et la musique, on pourrait se croire dans un film d'action. Les images de New York sont superbes.

Si vous avez le temps, allez le voir. D'une certaine façon, c'est assez drôle, ces petits garçons pris les doigts dans le pot de confiture qui nient en vous regardant droit dans les yeux. Parfois ils ont la bonne grâce de bafouiller. Dans l'ensemble ils paraissent soit totalement stupides, soit totalement gonflés de leur importance. On aimerait les percer pour qu'ils dégonflent. (Skot ressemble un peu à Henry Paulson).
Le journaliste m'impressionne, à ainsi ne jamais perdre son sang froid plutôt qu'en boxer un ou deux.
Ce qui est moins drôle, c'est qu'absolument rien n'a changé et aucun responsable n'a été puni. On s'attendrait au moins à ce que leur fortune soit confisquée, non pour les réduire à la misère, mais pour les ramener à une vie plus ordinaire, celle d'un cadre médiocre faisant mal son travail...
Les villages de tentes m'on fait penser à la fin des Raisins de la colère.

— Nous attendons un tsunami, et tout ce que vous me proposez, c'est de choisir une couleur de maillot de bain! (Pas mal, Christine Lagarde).

— Il n'y a aucune raison qu'un ingénieur financier soit payé quatre à cent fois plus qu'un vrai ingénieur. Un vrai ingénieur construit des ponts, un ingénieur en finances construit des rêves. Quand les rêves se transforment en cauchemars, ce sont les autres qui paie.

Il faudra que je feuillette Traders, Guns & Money, le livre de Satyajit Das.

Le droit

François paraissait très malchanceux. Il s'écoulait rarement un trimestre sans qu'il n'ait un accident, un accrochage, en voiture. Peu à peu, nous finîmes par comprendre pourquoi: si c'était son droit, il passait. Estimez rapidement le nombre de portières que cela peut coûter en terme de priorités à droite refusées.

Je me souviens avoir révolté un homme lors d'un dîner. Il était breton et plaidait pour les traditions. «On sous-estime les traditions. Elles garantissaient un monde plus chaleureux où l'entraide jouait un grand rôle. Par exemple, une veuve de marin était soutenue par le village, on l'aidait à élever ses enfants (etc)...»
Habituée à me représenter la vie dans les petits villages (une certaine expérience), j'objectai: «Oui, à condition que cette veuve acceptât les conditions du village. Que se passait-il si elle prenait un amant, par exemple, ou si elle souhaitait mener sa vie à sa guise? Les traditions, c'est aussi une manière de mettre l'individu sous la tutelle de la communauté. Le droit crée un monde plus froid, mais il garantit une certaine liberté.»
L'homme était absolument furieux.

Droit défensif, droit offensif, un certain rapport à la liberté individuelle et au bon sens.

Un projet commun

La première fois que nous étions allés chez les L., les parents de François, j'avais été frappée par l'aspect de leur maison: non crépie, grise, ciment à nu. Au cours de la conversation, comme je demandais innocemment à Madame L. s'ils menaient des travaux de rénovation, elle m'avait répondu gentiment : «Quand nous avons fait construire nous n'avions pas d'argent; plus tard nous n'avions plus de projet commun.» Trente ans après, la maison était donc toujours dans le même état que lorsque le manque d'argent avait interrompu les travaux, le placoplâtre à nu dans certaines pièces.

François était le benjamin, après trois filles. Quand il parlait de son enfance, il nous laissait toujours stupéfaits. Par exemple, à une époque son père avait installé sa jeune maîtresse dans une caravane dans le jardin. Mon féminisme jugeait cette idée révoltante:
— Mais enfin, pourquoi tes parents ne se sont-ils pas séparés?
— Et qu'aurait fait maman? Elle n'a jamais travaillé, elle s'est toujours occupé de nous. Un divorce l'aurait réduit à la misère. Papa l'a protégée.

C'était une façon de voir, et après tout il n'y avait pas à juger. Mais c'était si étrange.

Haldement incorrect

Qu'une noire soit en charge de la lutte anti-blanchiment me fait rire.

Vide

Je me suis rarement autant ennuyée qu'aujourd'hui. Journée de conférences, à tenir ma tête entre les mains tandis que mes yeux se ferment. Buffet le midi. Pas envie de parler à qui que ce soit. Pensé à Orimont et au temps perdu. Une journée comme celle-là me vaudra(it) un sermon. Mais une part de moi-même — comment dire, ce n'est pas qu'elle accepte le système, c'est qu'il lui est complétement indifférent, et déjà là, donc bien pratique.

Fini Kantorowicz.

Selon les légendes ultérieures, il aurait, en chassant, tourné l'anneau du Prêtre Jean qui rend invisible et aurait soudain disparu aux regard de ses amis. (p.616)

Les enfants lisent Le Seigneur des Anneaux et s'esbaudissent de ce qu'ils y découvrent qui n'est pas dans les films. Je songe à la dernière page de Fable de Venise:

Il y a Venise trois lieux magiques et secrets: l'un dans la «rue de l'amour des amis», le deuxième près du «pont des merveilles» et le troisième dans la «calle dei marrani» près de San Geremia dans le vieux ghetto. Quand les Vénitiens — parfois ce sont les Maltais — sont fatigués des autorités, ils vont dans ces lieux secrets et, ouvrant les portes au fond de ces cours, ils s'en vont pour toujours vers des pays merveilleux et vers d'autres histoires...

Maintenant un policier, puis Jacqueline de Romilly, puis Justine Lacroix puis Mauriac (Claude).
Je ne vois pas pourquoi je me fatigue à écrire, je n'aime que lire. Ces derniers mois je m'étonne de ne plus rien lire de décevant, comme si j'étais entré dans un nouveau cercle. Chaque soir on me propose la carte France Loisirs en bas de l'immeuble où je travaille. Et je me sens honteuse de la refuser avec un peu de dédain (c'est le dédain qui me fait honte).

Je photographie les panneaux de RER qui nous annoncent que la circulation est pertubée jusqu'à vendredi (un train sur deux) du fait de l'usure des essieux due aux conditions climatiques du début du mois.

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