Billets pour la catégorie 2018 :

Coming out

Je continue mes lectures, ma recherche de bibliographie. L'idée est de trouver des livres qui permettent "d'entrer en dialogue" (formule consacrée). Le problème, c'est qu'on découvre des textes qui ont si bien traité les questions qu'on voulait aborder qu'il n'y a plus grand chose à dire (déjà que…)

J'en profite pour partager ce passage qui m'a fait sourire.
L'investissement personnel, nécessire à la formation théologique universitaire que propose le Cycle C est d'une telle ampleur qu'il implique des décisions assez radicales en termes de priorité et d'organisation aussi bien sur le plan du travail personnel que sur le plan de la vie familiale. Pour autant, l'étudiant reste souvent très discret sur son engagement dans ces études. On perçoit une réelle réticence à dire et partager les études entreprises; plusieurs étudiants évitent de faire ce que l'on pourrait appeler leur «coming out» […]

[…] L'idée même de retourner «en classe», de suivre des cours après une journée professionnelle souvent chargée, de lire des livres, de passer des examens et de rendre des devoirs, sucite étonnement, voire admiration. A l'intérieur d'une vie déjà prise par une famille et un métier, choisir de consacrer du temps — et d'engager des frais — pour continuer des études paraît déjà considérable. Mais quand le contenu des études est révélé, l'étonnement croît encore, et vire parfois à l'inquiétude: «Mais, à quoi ça sert?»

"Les engagement ecclésiaux des laïcs formés en théologie", par Christelle Javary et Luc Forestier, dans Des laïcs en théologie: pourquoi? pour qui?, direction Brigitte Cholvy, Bayard 2010, p.122-123
Je me souviens il y a sept ans avoir hésité à avouer mes études ici, puis avoir décidé de vous faire confiance, ô vous lecteurs habituels ou de passage.
Pourquoi ce mot de confiance? parce que théologie appelle religion, et religion évoque obscurantisme (et pire désormais avec les scandales pédophiles).

Comment rendre compte des trésors d'intelligence, de réflexion et d'équilibre rencontrés en théologie, quel sens peuvent-ils avoir en dehors de la foi?
Et s'ils n'en n'ont pas, quel gaspillage de force, quel dommage, et à quoi bon?

Dernier huit

Dernière sortie en huit. La course a lieu samedi, le bateau est démonté jeudi pour le transport.
C'était bien. Merveilleuse lumière d'automne derrière la Défense.
Agathe à la nage et moi au un.

La nomination de Brett Kavanaugh

Ce n'est pas pour des raisons féministes que je suis atterrée par la nomination de Brett Kavanaugh samedi dernier, mais pour des raisons pédagogiques: comment enseigner aux enfants qu'il faut se conduire honnêtement et dignement quand des fripouilles comme Trump et Kavanaugh, uniquement mûs par leurs intérêts particuliers, semblent l'emporter dans tous les domaines?

Un peu peste

Il y a deux ans j'avais commencé le catéchisme avec ce niveau, les CM1. Je m'occupais d'une douzaine d'enfants. Cette fois-ci ils sont au moins trente1 dans une salle trop petite et je les trouve terriblement petits et terriblement mignons. Ils me font rire. Est-ce que je deviendrais gâteuse avec l'âge? Est-ce que je suis déjà gâteuse ?

Les parents sont moins drôles. J'agace une mère qui geint parce que sa fille a du sport le dimanche et que «ça ne va pas être possible» en lui répondant que c'est une question de hiérarchie: il faudra choisir ce qui compte le plus (in petto je sais que le sport a gagné d'avance mais je ne le montre pas). Elle s'indigne: «mais non, il n'y a pas à choisir, les deux sont indispensables à son équilibre. — Je veux bien, n'empêche que vous ne pourrez pas être à deux endroits en même temps.»
A une autre qui veut savoir si sa fille pourra faire sa communion «même si elle est absente dix fois», je réponds que ce n'est pas de mon ressort, qu'il faut voir avec le prêtre, mais que «il n'y a pas d'obligation à faire sa communion cette année, ça peut attendre un an de plus. On peut faire sa communion à tout âge.»

Le nœud de l'affaire, c'est que l'année dernière il y avait deux groupes, un le samedi après-midi et un le dimanche matin. Les parents tenaient pour acquis qu'il en serait de même cette année mais les bénévoles se sont raréfiés. Les parents ne se sentent pas concernés, ils sont dans une pure logique de consommation. Je prends un malin plaisir à leur proposer, l'air très naïf, de monter eux-mêmes un groupe le samedi, en me déclarant prête (ce qui est vrai) à venir donner quelques explications sur les textes ou autres le vendredi soir s'ils ont besoin de support.

Bref, contrairement aux parents des deux années précédentes, pas sûr que ceux-ci vont beaucoup m'apprécier.




Note
1: tous les enfants de la ville de cet âge-là, tous les enfants allant à l'école publique. Trente enfants de neuf ans pour trente mille habitants. Dormez tranquilles, vous qui souhaitez l'athéisme et la déchristianisation.
(C'est alors que je me souviens d'Elvis Elangabeka: «vous êtes le sel de la terre: mais il ne faut pas beaucoup de sel.» Je n'ai jamais compris ce qu'il voulait dire exactement.)

Vingt ans deux fois

Cette fois-ci nous fêtons l'anniversaire en famille, avec les quatre grands-parents et mes trois enfants (hiiiiii — non, je plaisante. Mais c'est vrai que ça devient rare.)
Il fait un temps magnifique, nous déjeunons dehors et j'exhume une collection de chapeaux de paille (j'en ai deux que je n'ai jamais utilisés, que j'avais achetés dans la perspective du mariage de Matoo (finalement j'avais retenu quelque chose de plus discret!)) C. fait tout à fait drag queen.

Vingt ans une fois

Rendez-vous au Temps des cerises pour fêter les vingt ans de O., et au passage les cinquante-et-un ans de son parrain.

Cette semaine je n'aurai pas été un seul soir chez moi.

Trois et huit

J'ai fait une erreur en sachant que c'était une erreur.

Comme d'habitude j'ai fait partie des dernières à partir (le pauvre serveur ne savait plus comment se débarrasser de nous). J'ai pris un vélib (une station ouverte en bas de la rue de l'Alsacien \o/), rejoint gare de Lyon (je sais où rendre un vélib là-bas) et je suis descendue sur les quais.
Deux trains pour Corbeil. Plus de train pour Melun.
C'est alors que j'ai fait une erreur.
Je ne suis pas remontée en suface prendre un bus de nuit. J'ai pris un RER pour Corbeil en me disant que je descendrais à Villeneuve et que je prendrai un (bus) B — s'il y en avait encore un.
J'ai fait une erreur, je savais qu'il n'y en aurait pas, mais cette p** d'appli de Transdev-IDF ne se lançait pas, peut-être qu'il y en aurait après tout, et je n'avais pas envie de remonter les escaliers et de sortir de la gare.

Je suis arrivée à Villeneuve-St-Georges, il n'y avait pas de bus. J'ai marché l'équivalent de deux stations de RER, j'ai rejoint la voiture, je suis rentrée.

J'ai dormi trois heures.
Le lendemain, je me suis demandé pourquoi je n'avais pas appelé O. A une heure du matin, il devait être encore sur WoW, je ne l'aurais même pas réveillé.
Prise dans mes souvenirs, la nostalgie, les pintes de bières aussi, je n'y ai pas pensé.


Le soir, à nouveau un entraînement en huit. Je me rends compte que je n'ai rien expliqué mardi dernier: finalement le club va présenter un bateau à la Coupe des dames, mais les circonstances font que je ne ramerai pas dedans.
Ce huit s'est constitué à la rentrée, en septembre, avec les filles qui ne s'étaient inscrites ni à Annecy, ni en stage. Il a donc disposé de cinq semaines pour s'entraîner. Un groupe Whats'app a été constitué, et nous avons reçu via ce groupe un appel à compléter l'équipage les soirs où des rameuses "titulaires" n'étaient pas disponibles. J'ai décidé de ne pas bouder mon plaisir et j'ai répondu à l'appel. Anne-Sophie en a fait autant, et nous voilà à ramer en entraînement pour une course que nous ne ferons pas.
Ce soir, c'était très agréable. Beau temps, bateau plus cohérent que mardi, mieux équilibré. Plaisir de rentrer dans la nuit qui s'avance, reflets des réverbères sur la Seine.

Métro, RER. Je rentre. Je suis cuite.
A. est là. je n'avais pas compris qu'elle arrivait ce soir.

On s'était dit rendez-vous dans dix ans

On ne se l'était pas dit mais on l'a fait, enfin pas vraiment puisque pour ma part c'était la première fois et non un anniversaire.

Bref, ce soir mythique Paris-Carnet, à vingt ou trente (il paraît qu'à la grande époque ils étaient quatre-vingt ou cent, que ça grouillait, entrait et sortait (les normes de la cigarette n'étaient peut-être pas encore si strictes. Hier nous n'avions même pas le droit de sortir avec notre verre à la main (problème de patente, de droits à payer à la municipalité). Comme nous sommes devenus sages…)

Je suis arrivée tard, j'ai raté la fille aux gants (quand je dis "raté", je veux dire voir, mettre un corps sur un blog. Je ne la connais pas, je n'ai rien à lui dire. Juste la voir, au nom des nuits passées à se perdre dans les blogs pour consoler une tristesse et une solitude), je n'ai pas identifié M le Maudit et il venait de partir quand j'ai demandé s'il était là; Chondre et Matoo n'étaient pas là, Zvezdo non plus (trop loin); Aymeric discutait avec Dirty Denis; j'ai vu Gilda (zut, oublié de la faire parler de Cerisy (j'aime tant qu'on me parle de Cerisy)), Kozlika (évidemment), Franck (pas en kilt); Bladsurb, Padawan (je le croyais en Nouvelle-Calédonie), Veuve Tarquine (comme les enfants ont grandi); la Souris qui un jour m'a fait un joli compliment (genre «pourquoi je lis cette fille qui n'est pas mon genre») avec Palpatine qui a oublié ou fait semblant d'oublier que nous avons failli nous engueuler sur Twitter à propos de démographie; j'ai défailli en m'apercevant que Babils connaissait Véhesse et pas Alice (enfin un); j'ai récupéré un autocollant ou deux de Qwant.

J'ai entendu parler de Pasfolle (personne ne sait ce qu'elle est devenue) et de Mon avis sur tout. Ça m'a fait plaisir. Impossible de retrouver le nom de cette fille très rock et un peu dépressive dont le blog n'était pas super connu… Peut-être dans la blogroll de Berlinette. Qu'est-ce que j'ai aimé Berlinette. Manu attendait Matoo et un fervent admirateur aimerait rencontrer Gv. Moi j'espérais rencontrer Garfield (avant qu'il ne parte en retraite à Marseille) mais il avait eu un empêchement de dernière minute.
A la grande époque il y avait un autre groupe, la République des blogs, je crois (une idée des participants). Des gens sérieux qui voulaient refaire le monde. Tlön, c'était plutôt cette mouvance. Aymeric était entre les deux. Comme tout cela est loin. On a un peu bitché sur LLM mais à peine, en fait tout bien réfléchi, non. Juste évoqué.

J'aurais peut-être dû prévenir Jean ou Elisabeth, je regrette de n'avoir pas insisté auprès de Philippe[s] ou Mes bouquins refermés. Je me suis dit qu'ils étaient au courant, je n'ai pas osé.

Je définis la saudade comme la nostalgie de ce qui n'a pas été et de ce qui ne sera pas. Matoo a remis en ligne sa blogroll. Les liens sont plus ou moins actifs, mais les noms sont au moins des souvenirs pour ceux qui lisaient les blogs à la grande époque. Voir chez Tlön pour une autre sphère. Il y a plusieur blogrolls à récupérer d'urgence dans les blogs que je viens de citer.

Huit

Un entretien au siège à 8 heures du matin.

Je rate le deuxième cours d'allemand à 16h30 car je me suis engagée à compléter l'équipe du huit qui court à Angers le 14: il lui manque des rameuses pour deux entraînements.

Le bateau est encombrant et va vite, il demande beaucoup de concentration. Nous ne sommes pas réellement ensemble, il manque des heures et des heures d'entraînement en équipe. C'est un bateau qui doit permettre d'atteindre l'osmose. C'est exigeant (c'est pour cela que j'en rêvais. Il y a une course à Tours le 9 décembre, mais mes réflexions et calculs en Grèce m'ont fait aboutir à la conclusion que je ne vais pas y m'inscrire. Inutile de m'épuiser à mettre trop de choses dans le calendrier. Cela devient suffisamment compliqué comme ça).

Nous terminons l'entraînement à la nuit tombée. Il faut rentrer, je fais des mauvais choix entre la ligne 1 et le RER A (je rejoins le RER A à Charles de Gaulle pour aller plus vite mais il arrive puis reste en gare de longues minutes car survient un incident à Auber juste devant nous) puis attend dans la confusion gare de Lyon (vingt minutes de retard avec des trains qui changent de quai). Difficile de rester immobile avec les muscles brûlants.

Toujours pas

Reprise.
Entretien au siège à 17 heures.
Un pot à 18h45. JM est en train de faire le choix définitif de la théologie : il a démissionné d'un poste haut placé à la BNP pour son année de maîtrise. Il me cite la torah: «quand un homme a élevé ses enfants et a un toit, il a le droit de se consacrer à l'étude». (citation exacte à retrouver, me dit-il).
Concernant la dissertation de baccalauréat canonique (que lui a soutenue l'année dernière), je lui avoue que j'oscille entre des sujets qui me donnent l'impression d'être réglés en deux coups de cuillère à pot et des sujets qui exigeraient de lire tout Saussure, tout Benveniste, tout… (Nous parlons de Gunkel. Il ne connaît pas les formalistes russes. Je suis surprise.)
Il rit: «A priori c'est l'état normal des personnes normalement névrosées. Quand il te restera quatre mois, tu abonneras l'idée de faire le travail du siècle, tu prendras n'importe quoi et tu t'y mettras.»
Certes, réponds-je, mais paniquer doit faire partie du processus. Je crains que sans cela le mûrissement n'ait pas lieu.

Atelier. Je n'ai toujours pas de sujet. Je me sens très bête. A ma question ressassée "pourquoi faire de la théologie", une participante répond qu'elle ne comprend pas mon problème : c'est forcément pour parler de foi à des personnes croyantes.
Mais quel est l'intérêt de parler entre nous en étant tous d'accord ?

Volos

Pas travaillé ce matin car je devais lire un article que j'ai téléchargé sur Cairn : donc comme j'étais sur mon ordinateur, j'ai surfé. Damné wifi.

Un peu d'hésitation, que faire ? Finalement ce sera Volos (avec un bêta prononcé vé), porte d'accès au Pélion, région montagneuse dans laquelle se cacha Jason. Le guide bleu nous promet un circuit d'une beauté extraordinaire, deux cent trente kilomètres sans dépasser le trente à l'heure… Nous savons aussitôt que nous n'irons pas bien loin, il est midi passé quand nous atteignons Volos.

Nous cherchons la rue "du bazar". Même si trente ans après l'écriture du guide elle a disparu, son emplacement se reconnaît à une animation certaine. Comme toujours, tous les Grecs sont en train de prendre du café (un frappe) en terrasse à l'heure de l'apéro. Ils ont sorti les pulls et les doudounes, il fait froid (18°). J'achète des collants pour éviter d'acheter un pull (si, c'est logique: en couvrant les jambes j'arrête la sensation de froid).

Nous mangeons trop, encore, dans un restaurant choisi d'après sa clientèle (des groupes de Grecs en tous genre, jeunes et vieux. Est-ce qu'ils ne travaillent jamais?) et son nom : Ouzo therapy.
Je pense avoir compris ce qu'il faut faire ici : les plats sont conçus pour que tous y pioche, il faut en commander un ou deux qui intéressent tout le monde, puis en recommander au fur à mesure, et non commander comme en France, entrée, plat, dessert. Sinon on se retrouve avec des quantités bien trop importantes que l'on n'ose pas laisser, pour ne pas gaspiller, pour ne pas vexer, et parce que c'est bon. Et lorsqu'on nous avons réussi au bord de l'épuisement à achever les plats commandés, le restaurateur grec vous achève : à l'orientale, il vous apporte, en cadeau, gratuitement, un dessert… qu'il faut manger puisque c'est un cadeau (du moins nous ne pouvons imaginer qu'il en soit autrement).
Nous commandons un café, nous le choisissons grec, bien sûr, et nous voyons notre hôte, qui a acquiescé à notre bon goût, sortir chercher deux tasses au bar à côté.

Nous grimpons quelques kilomètres du Pélion. La végétation change selon le versant des collines, verdoyante ou râpée. Nous surplombons la mer. La route est très étroite et très raide, bordée de maisons de place en place (mais pourquoi habiter là? C'est joli mais pas pratique, en hiver ce doit être terriblement dangereux quand il gèle). Le Grec reste grec et se gare en double file absolument n'importe où, à l'entrée ou à la sortie des virages, il traverse de même, et il arrive qu'il double (ce qui est plus étrange car la conduite ici est nonchalante, ce n'est pas l'Italie pressée) dans des endroits impossibles.
Je crois qu'une petite voiture jaune qui montait a dû avoir la peur de sa vie quand à l'entrée d'un virage elle s'est trouvée nez à nez avec un car ukrainien qui descendait la montagne, debout sur le frein (H. le suivait, en seconde).

Nous rentrons. Arrêt à Larissa que nous aimons beaucoup, retour dans "notre" restaurant, The Alley. Mes magasins sont fermés. Après étude, il apparaît que les magasins privés ouvrent à peu près de 9 à 14 heures. Les lundi, mercredi et vendredi, ils rouvrent entre 18 et 21 heures (c'est ce qui donne des rues si animées). Les édifices publiques ne rouvrent pas. Quelques musées ouvrent jusqu'à 17 heures mais c'est plutôt rare. Cela ressemble à Venise, la culture exige de se lever tôt. Voilà qui rend les musées quasi inaccessibles à des gens comme nous, surtout s'il y a d'abord une ou deux heures de route.
Séance de cartes postales au restaurant, en buvant un Coca pour digérer (difficile de trouver des cartes, des timbres. A Volos, j'ai photographié la queue à la poste : il y a des chaises et des tickets pour les ordres de passage).

Le soir bagages en regardant d'un œil Le surfer d'argent. C'est insupportable de nullité, même sous-titré en grec.

Thessalonique

Deux heures de F Dosse sur la terrasse, enveloppée dans une couverture. Les vagues font tant de bruit que j'ai conservé une boule Quiès.
Certeau, une star en Amérique latine.

Thessalonique. Treize kilomètres d'allers-et-venues, nous disent nos téléphones. Nous nous garons (par hasard) non loin de l'église Saint Dimitri (Hagios Demetrios). Visite. Très beau sous-sol au plafond de briques (anciens thermes romains). Ici les cierges à acheter ne font pas trente centimètres mais un mètre trente. Devant le reliquaire de saint Dimitri se trouve un chaudron rempli d'huile (dit-on saint chrême en orthodoxie?). Des cotons tiges sont à disposition, pour se signer (s'oindre) supposè-je.

Nous descendons vers la mer. Agora (les Grecs avaient prévu une place et des bâtiments publics, au premier coup de pioche ils sont tombés sur des ruines. Ce doit être épouvantable de construire quoi que ce soit ici), hammam (trop tard pour le visiter). La ville présente une grande unité d'immeubles que je qualifie in petto "d'immeubles des années 70" (en réalité je n'en sais rien). Elle est vivante et gaie, le ciel est dégagé et même si ce n'est plus la confortable chaleur d'il y a une semaine, il fait doux. Les chiens grecs sont omniprésents version flaques, allongés n'importe où mais à l'ombre, bien décidés à ne pas bouger. (Le chien est à la Grèce ce que le chat est à Venise).
Coca-Cola semble très friendly ici, il y a une édition spéciale pour la ville.
Promenade le long de la mer (le mont Olympe en face est dans les nuages), vin blanc, tour blanche (pas le courage de monter), statue d'Alexandre, rue piétonne, monument aux Arméniens ou des Arméniens (pour remercier les Grecs? pure supposition), petites rues, très bon et très agréable minuscule restaurant crétois en face d'une église rue (odos) Manousogiannaki, librairie (Wilde, Nietzsche, Kafka, Kavafis — en grec, rien acheté), la rotonde (très bien, belle lumière sur les briques, belles proportions), musée d'art byzantin (quelques cartes postales, maigre butin), meringue avec fraises et crème infusée au basilic (excellent, restaurant (du musée) chaudement recommandé).

Il fait nuit, nous rentrons le long de la mer qui friselise (rien de commun avec les rouleaux de Platamonas). Nous sommes épuisés, je pousse à rentrer directement sans s'arrêter à nouveau pour dîner.

Autoroute, chambre. La télé passe Sully sous-titré en grec (le comble du snobisme). Nous nous installons devant avec un thé avec notre wrap et ne tardons pas à nous regarder avec incrédulité: tout le milieu du film a disparu. Nous voyons le début jusqu'au moment où Sully a sa femme au téléphone qui vient de comprendre que son mari a risqué sa vie, puis pub, puis retour au film au moment de l'audition générale et de la première simulation de vol. Tant de désinvolture avec l'œuvre de l'auteur me sidère.

Il paraît qu'une tempête se prépare en Méditerranée.

Epiphanies astronomiques

En regardant le soleil se lever, je me dis soudain: «ce n'est pas parce que la terre tourne autour de soleil que le jour se lève, c'est parce qu'elle tourne sur elle-même».
(Dans ma tête j'entends X. exaspérée: «Mais Alice, JE SAIS que la terre tourne sur elle-même».
Oui. Je sais (que tu sais). C'est juste que soudain je me suis dit qu'on utilisait souvent la mauvaise explication.
Mon excuse est que j'étais en train de penser à ce dialogue entre Wittgenstein et un élève:
W : Pourquoi croyons-nous que le soleil tourne autour de la terre ?
L'élève: parce que c'est ce que nous voyons.
W: Et que verrions-nous si la terre tournait autour du soleil?
)

En deux ou trois minutes le soleil sort de la mer et en autant de temps disparaît dans les nuages bas sur l'horizon — ce qui fait que devant la mer ensanglantée quelqu'un qui n'a pas assisté au phénomène ne peut pas savoir si le soleil est derrière la mer ou derrière les nuages.
Et devant la vitesse de cette apparition-disparition, deuxième réflexion bête: «c'est vraiment très rapide. Pour qu'il faille douze heures pour faire un demi-tour (de l’aube au crépuscule), il faut que les distances soient énormes».

(C'est tout pour les illuminations du jour.)

Equinoxe

Le vent est tombé assez vite mais la mer s'est creusée en vagues de deux mètres: c'est sans doute peu pour l'Atlantique mais pour la mer Egée s'est énorme, elle qui clapotait au pied de l'hôtel. Désormais les vagues se couronnent d'écume y compris en pleine mer.

Mon problème est le froid: j'ai préparé ma valise trop vite (en faisant trop de choses à la fois) et j'ai oublié de prendre un pull. Je n'ai que des robes sans manches et des sandales. J'enfile l'un sur l'autre deux tee-shirts sur une robe… Il y a une table dans la chambre mais pas de chaise, nous descendons travailler dans le hall de l'hôtel. Il n'y a personne, nous sommes en train de faire le contraire de tous les autres: rester quand il fait froid et partir quand il fait beau et que nous pourrions profiter de la mer.

Je passe deux heures à faire une fiche de lecture sur l'article de Lemieux lu en début de séjour. Me reviennent en mémoire les recommandations de Thibault Joubert en 2014: «faire de la théologie, c'est écrire». Or j'ai bien moins écrit depuis le début de ce cursus qu'avant.

Après-midi paresseuse. Nous allons à Platamonas à pied. Deux coups de fils professionnels: un rendez-vous plein d'espoir pour moi, une déception pour H.

Dion et le mont Olympe

F.Dosse deux heures. Fin de la première partie. Remarque de Dosse à propos de l'accident de voiture qui a tué la mère de Michel de Certeau en 1967: il est possible que cette mort, source d'une profonde culpabilité (le père conduisait trop vite car Michel avait mis la famille en retard), ait par ailleurs libéré la parole, la pensée, la plume de Michel de Certeau qui n'aurait peut-être pas écrit de la même façon du vivant de sa mère.
J'ai pensé à Proust.

Matinée en chambre un peu patraque, ce qui nous a amenés à choisir une excursion proche: le site archéologique de Dion, totalement inconnu de nous.
Les panneaux indiquent "parc" archéologique et c'est vraiment cela: plusieurs hectares de fouilles dans un endroit serein dont la douceur m'a rappelé Olympie. Il s'agit d'un lieu riche en sources au pied du mont Olympe qui a connu successivement un culte à Demeter puis Zeus puis une ville romaine et les débuts du christianisme: mille ans d'histoire (-600 à 400 après JC) sont exposés là (à vrai dire on ne sait pas toujours ce qu'on regarde) parmi les joncs sous le soleil à l'ombre des platanes.
Fin septembre, nous sommes quasi seuls. Les fondations des bâtiments et les voies romaines ont été dégagées, quelques colonnes et statues ont été redressées; le tout est intime, proche, émouvant parce qu'il est compréhensible: on voit les murs, les routes, les bains, il est possible de se représenter la vie ici, vie détruite comme souvent dans la région par des tremblements de terre — aubaine des archéologues puisque tout est conservé par strates.

Une grande mosaïque a été déplacée dans un bâtiment tout neuf derrière l'église, à côté du musée archéologique qui lui contient les statues et poteries trouvées là ainsi que le contenu de tombeaux de Katerini (c'est l'autoroute qui est à l'origine de ces découvertes relativement récentes). Je découvre un ancêtre de l'orgue fonctionnant grâce à la force hydraulique.
Les Grecs ne sont pas des gens intéressés: au lieu d'essayer de nous vendre quelques "souvenirs", ils ferment le gift shop l'après-midi… Ce n'est pas comme ça qu'ils vont devenir riches! (De même, hier, pas de boucliers en carton et de pilum en plastique à côté des Termopiles… bande d'orthodoxes, vous n'avez rien compris au capitalisme et au tourisme.)

Dion est à quelques kilomètres de Lichotoron, et sans même nous en apercevoir, nous nous engageons sur une route de montagne qui serpente vers le mont Olympe (en fait c'est un massif plutôt qu'un mont, ou plutôt une montagne à deux sommets). Nous montons assez vite à mille mètres et prenons un thé (thé de l'Olympe, une tisane qui ressemble à du tilleul) dans un café-refuge, le "Stavros". Toute la plaine est devant nous à vingt kilomètres à la ronde, avec la mer pour horizon.
Pas de carte postale (denrée rare) mais du miel.

Nous rentrons. Je ne sais pas pourquoi je suis si fatiguée le soir. Le vent, le soleil, l'iode?

Le vent se lève pendant le dîner. A l'heure actuelle il souffle suffisamment fort pour que le bruit des vagues ne s'en distingue plus. Demain la température devrait perdre dix degrés.

Les deux champs de bataille

F. Dosse deux heures. J'aime la lumière avant qu'apparaisse le soleil. Il n'y a pas d'oiseau. La même nageuse qu'hier apparaît aussi tôt et aussi longuement (je la reconnais à son bonnet de bain bleu marine).

Départ à 9h30 pour Pharsale (le petit déjeuner est servi à partir de 8h30). Nous quittons assez vite l'autoroute et nous nous retrouvons sur une petite route qui serpente au milieu des champs moissonnés. C'est une plaine haute, à peine vallonnée. Apparaissent des champs de plantes qui ressemblent à des pieds de pomme de terres (quarante centimètres, cinquante, peut-être). C'est du coton. Il y a des boules pelucheuses blanches le long des routes, dans les mailles des grillages des remorques vides tirées par les tracteurs. H. s'arrête pour que j'en ramasse une. Du coton! Comme dans Autant en emporte le vent!

Pharsale est dans la plaine, étendue au pied de collines hautes. J'ai dans l'oreille le leitmotiv de Claude Simon, le grand-père ou le père regardant l'enfant qui sèche sur sa version, et plus tard la recherche du champ de bataille — mais par qui, par RC ou par Simon? Je ne sais plus — la recherche les traces de la bataille, allant jusqu'à interroger les clients d’un café (Cela m'avait paru le comble de l'extravagance: interroger un autochtone à propos d'une bataille ayant eu lieu deux mille ans auparavant…)
— Et qu'est-ce qu'on va voir là-bas?
— A priori rien, à moins que ça n'ait changé depuis les années 70.

Nous arrivons vers onze heures et demie. Il fait déjà très chaud. Nous garons la voiture dès que possible et marchons. Nous sommes dimanche. Les terrasses sont pleines. Avant-hier à Larissa, hier à Katarini, aujourd'hui à Pharsale, la population de tous âges, élégamment vêtue, envahit les terrasses pour boire du café ou de la bière. C'est joyeux et bon enfant.
Sur la place se dresse une statue d'Achille. Elle date d'août 2013. Dimanche prochain aura lieu la sixième édition du semi-marathon de la ville. J'aimerais trouver une carte postale mais je ne me fais guère d'illusion.
Nous nous arrêtons nous aussi prendre un verre en terrasse puis nous rejoignons la voiture par un autre chemin: beaucoup de bâtiments abandonnés de cet abandon particulier des choses écrasées de soleil et des boutiques neuves et pimpantes. Ici, on est meccano ou serveur — ou peut-être cueilleur de coton.

Nous repartons. Les gens conduisent à la grecque, c'est-à-dire en se serrant le long du bas-côté pour vous laisser passer, en s'arrêtant n'importe où sans prévenir, en doublant sur les lignes blanches. Le stop est un céder le passage, les chiens sont suicidaires.
Direction Thermopiles. Nous grimpons, franchissons un col, changeons de plaine. Il y a des camions, des radars, la route est quasi déserte. La montagne est plus haute, nous franchissons un col, dans la plaine le paysage est plus vert, des arbres fruitiers et des oliviers apparaissent.
Nous voyons trop tard le monument à Léonidas, de l'autre côté de la route. Il est deux heures, l'heure de déjeuner. Tant pis, nous continuons jusqu’à la prochaine ville au bord de la mer.

Kamena Vourla. Place à l’ombre au bord de la plage, mer bleu, vent léger, carafe de vin blanc. Paysage de carte postale. Nous sommes merveilleusement bien. J’ai choisi le restaurant sur la chemise blanche d’un client. A ce même client je vais demander quel plat il a choisi car celui-ci me plaît.
Indigestion de friture de poissons variés. Ne plus jamais prendre « mégalé », petit suffira.
Chemise blanche viendra nous dire avant de quitter la gargotte qu’il nous a offert le vin. « Malicieux et fraternels » dit le guide bleu Michelin à propos des Grecs.

Pour (tenter de) digérer, nous longeons la rue qui suit la côte. Soleil, chaleur, et miracle, quelques cartes postales.
Plus tard, vers cinq heures, nous retournons à Thermopiles, descendons, explorons le lieu. La mer a beaucoup reculé en deux mille ans. Devant le monument en haut de la colline nous rencontrons un Québecois. Nous prenons un chemin plus loin, grimpons, trouvons un peu par hasard les ruines d’une fortification.
Malgré les explications je ne comprends pas bien ce qui s’est passé ici, je ne visualise pas les moments de troupe.

Nous rentrons par l’autoroute. Deux cents kilomètres vers Athènes, autant vers Platomonos.
Soleil ou indigestion, je suis épuisée.

L'impossible foi

Deux heures de théologie au lever du soleil, entre sept et neuf heures. Je finis l'article de Lemieux et je reprends Dosse.
Comment faire de la théologie, pourquoi faire de la théologie, je tourne ces questions comme un sujet possible de mémoire de licence. En 1966 Roustang se fait virer de Christus parce qu'il prévoit l'indifférence des générations futures.
Si l'on n'y prend garde et si l'on se refuse à voir l'évidence, le détachement à l'égard de l'Eglise, qui est largement commencé, ira en s'accentuant. Il ne revêtira pas alors, comme dans le passé, la forme d'une opposition ou celle d'un abandon, mais d'un désintérêt tranquille à l'égard, disent-ils, de cette montagne d'efforts qui accouche inlassablement d'une souris.

François Roustang, «Le troisième homme», Christus, n°52, octobre 1966, p.567, cité par F. Dosse, Michel de Certeau, le marcheur blessé, p.87
Je repense à H. en 2012, son effarement, son incompréhension devant mon cursus de théologie: «Mais enfin, ta religion, elle est morte!»
J'ai raconté cette anecdote plusieurs fois, choquant certains. Comme l'a souligné un élève, «bref, tu n'es pas soutenue à la maison». Ce qui est difficile à expliquer, c'est que dans un certain sens je préfère cela. Je préfère cela à ceux qui paraissent vivre dans un monde que je ne connais pas et qui m'effraie (de l'extérieur), un monde où tout le monde est chrétien, croyant, pratiquant, où la foi, les rituels, la connaissance des Ecritures vont de soi. Qu'est-ce que ce monde, où se trouve un monde pareil, s'agit-il d'un "vrai" monde, en prise avec la réalité, avec les Pokémons et Instagram?
Dans mon monde à moi croire ne va pas de soi, c'est plutôt une anomalie, pour ne pas dire un signe de bêtise, de léger attardement mental. Dans mon entourage, certains pensent que tout le mal vient des religions (comme si les hommes ne trouveraient pas autre chose pour se faire la guerre!) et Jacques, que j'aimais tant, semblait bien convaincu que tous les curés étaient pédophiles.
Je préfère vivre dans ce monde-là qui ne comprend pas comment il est possible de croire (titre d'un groupe Facebook: «Je n'ai pas d'ami imaginaire») parce qu'à vrai dire, je ne suis pas sûre de comprendre non plus.
Mais je crois, c'est ainsi.
Pourquoi? (non, pas de psychologie à deux balles, please).


Petit déjeuner, une heure de nage dans la mer, sieste, déjeuner, bataille avec l'informatique (le peu de photos que je prends est devenu inutilisable, je n'arrive pas à les transférer de mon téléphone), blogage, dîner à Katerini où nous sommes les seuls touristes. La place principale est joyeuse, tout le monde est dehors, les gens élégants, les enfants jouent pendant que les parents dînent, on est bien.

Objectif Météores

J'ai vu l'aube rouge sur la mer, je me suis recouchée.
J'ai lu une heure (théologie) dans le bruit des vagues sur la terrasse au soleil déjà presque haut. La musique a repris à huit heures du matin.
Petit déjeuner à base de feta et concombre. Deux fois j'ai appuyé sur l'appareil pour avoir de l'eau chaude dans ma tasse (car je n'aime pas les faux-cols). Deux fois c'était trop, j'en ai mis partout. La serveuse m'a gentiment montré comment arrêter (bouton stop sur la machine d'à côté) l'eau la deuxième fois. Je me suis souvenue la façon dont je m'étais fait engueulée à l'auberge de jeunesse de Berlin pour exactement la même raison.
Je n'aime pas les faux-cols.

Dix heures, direction les Météores, étape Larissa.
— Gare-toi là !
Docile, il s'exécute puis demande : — Pourquoi on s'arrête ?
— Ben je ne sais pas, c'est toi qui a programmé une étape Larissa sur Waze.
— Mais c'était une étape dans la définition du trajet, pas pour s'arrêter !

Nous sommes malgré tout descendus de voiture. Ville aux rues en travaux, ville vivante, amusante, aux rues ombragées. Nous avons acheté un short, du thé, des filtres à thé, des lunettes de soleil (Gucci !), un fil pour tenir les lunettes quand on fait du sport (avec flotteurs pour ne pas les perdre dans l'eau), du Canderel. Nous avons pris une Guinness en terrasse et mangé un risotto et une salade agrémentée d'une sauce purée de framboise/vinaigre. Le café s'appelle Bukowski et parmi les "strong drinks" classe l'eau gazeuse (mais propose aussi des "stronger drinks", et même des "strongest", heureusement).

Deux heures. Plein ouest. Il fait trente dans la voiture (la température ne descendra que dans la nuit, à vingt-sept, vingt-cinq). Route droite, paysage pelé. Quatre voies séparées par un terre-plein: voie de gauche à 90, voie de droite à 70, voie qui quitte la route à droite à 50. Oublions ces râleurs de Français. Les Grecs sont toujours les mêmes au volant, bienveillants et négligents, s'arrêtant n'importe où pour faire n'importe quoi — mais ne klaxonnant jamais quand vous en faites autant.

Puis la ville sous les rochers, à flanc de rocher, les rochers nus, abrupts, immenses, noirs-bruns, arrondis par la pluie. La route continue. Premier monastère, Sainte Barbara, tenu par des religieuses. Nous montons, nous visitons. Beaucoup de slaves, des Russes. Une nonne orthodoxe strictement voilée à l'entrée. Un panneau recommande (en grec, anglais et russe) d'être vêtu "modestement". Des peintures dans l'église, nouveau testament, peintures des martyres des saints. Nous déchiffrons les caractères grecs, reconnaissons quelques martyrs aux instruments de torture (les flèches, le gril, etc).
Le jardin en contrebas est très beau.
J'achète du miel, forcément, toujours du miel dans les monastères, et quelques cartes postales.

Nous escaladons la montagne (cyclamen sauvages rose pâle), redescendons, allons au monastère suivant, puis le suivant. Ils sont fermés depuis une heure, nous montons, descendons, une passerelle, une atmosphère de photos chinoises, de monastères bouddhistes… Les chiens dorment au soleil et se déplacent à peine quand la voiture arrive. Les animaux sont faméliques et confiants. Impression de silence et de solitude au milieu de la poignée d'égarés qui comme nous montent les marches en sachant la porte close.

Retour à Larissa, les rues sont animées, dans le parc un concert apparemment dédié à réclamer l'accueil des réfugiés. Des caricatures font froid dans le dos qui dénoncent la collusion de l'Eglise orthodoxe et de l'extrême-droite. Que se passe-t-il réellement ici?
Il est huit heures, il fait nuit. Les terrrasses sont pleines de gens qui boivent un verre, nous nous installons, un ouzo, une planche… En attendant les plats je colle un timbre sur les cartes postales, timbres que H. a trouvés dans une gargotte où il est descendu acheter de l'eau:
— Vu où je les ai achetés, tu ne devrais pas lécher ces timbres pour les coller.
Je ris: — T'inquiète; regarde, je bois un peu d'ouzo pour désinfecter…
Il est franchement dégoûté: — Mais non, je t'assure, la vieille a soufflé dessus avant de me les donner.
Je ris et continue.

Larissa est vraiment étonnante, est-ce toujours ainsi, ou seulement le vendredi? Tout le monde est dans la rue, avec les enfants de un ou deux ans si nécessaire.
Une pharmacie affiche "Sophie la girafe" sur son panneau lumineux: mais pourquoi? (et je songe à Nancy, février 2017).
Nous rentrons, autoroute à 120.
Je suis fatiguée, trop de soleil, trop de vent.

Platamonas

Aujourd'hui O. a vingt ans. La semaine dernière, sur le quai du RER, j'avais commencé à lui demander s'il voulait organiser quelque chose, inviter des copains au restau. Devant son manque d'enthousiasme, j'avais réfléchi trois secondes: «Ah mais non, c'est un mercredi, tu préfères être devant ton écran, c'est une soirée avec ta guilde!» Soulagement visible de O., j'avais compris sans qu'il ait eu à m'expliquer, à s'expliquer. «Tu sais, ça irait plus vite si tu me le disais, ce serait plus simple. Ce n'est pas comme si j'allais te faire la morale ou te reprocher quelque chose.» Il avait hésité puis s'était lancé: «C'est juste que… ça me paraît une telle perte de temps…»
Sous-entendu: fêter ses vingt ans. J'ai les enfants les plus pragmatiques du monde.

Vers treize heures, départ pour Orly. Nous prenons l'avions entre quatre et cinq heures. Arrivée après sept heures, une heure de décalage avec Paris. Pas de jolie voiture cette fois-ci, il n'y en a plus, mais une Skoda Octavia bleu roi.
Nous roulons dans la nuit noire sur des autoroutes sans défaut. Plusieurs péages, quelques pièces à chaque fois; cela ressemble à l'autoroute de l'Est (vers Reims) autrefois.

Platamonas, remparts sur la colline, descente raide, hôtel au ras des vagues, chambre itou (bruit pénétrant, impossible de dormir la fenêtre ouverte), restaurant très fréquenté. Nous dînons.

Je suis, nous sommes, en vacances.

Vacances

Dernier jour avant deux semaines de vacances.
J. me demande : — Alors, vous faites quoi ?
— Pour l'instant rien. Mais ce n'est pas grave, j'ai de quoi m'occuper à la maison.

(Cette année je n'ai pas organisé de vacances donc rien n'est prévu. C'est aussi une expérience: si je ne fais rien, que se passera-t-il, rien, ou quelque chose? Ma façon à moi de refuser absolument toute charge mentale depuis que les enfants sont grands (ils ont beaucoup soulagé cette charge pendant leur adolescence).)

Un comité financier dans l'après-midi, une réunion de caté le soir, cette fois-ci en présence des prêtres (toujours pas de dates. Ça va devenir compliqué avec les sorties prévues à l'aviron.) Le soir quand je rentre, H. a pris des billets d'avion pour Thessalonique. Il a choisi un hôtel le long de la plage à Platamonas. Il reste à le réserver, ainsi qu'une voiture, ce que nous faisons ensemble.
J'enverrai un sms à J. demain, pour la faire sourire.

Pour en finir avec cette mauvaise série

British Airways fête l'anniversaire de Freddie Mercury.

La holding du groupe est redevenue société mutualiste en juin dernier (après être passée SA en 2003 dans le but d'une introduction en bourse, projet qui a volé en éclats d'abord avec la crise des subprimes de 2008, puis avec une mauvaise notation en 2012).
Une offre de poste vient de passer en interne pour travailler dans ce domaine (le mutualisme). Ce matin j'ai peaufiné mon CV avec H. au téléphone et cet après-midi j'ai postulé en m'appliquant, c'est-à-dire en appliquant les conseils reçus en atelier de l'APEC en juillet dernier.

C'est mal parti

Réunion préparatoire de catéchisme pour cette année. C'est la deuxième réunion après celle de juillet et je n'en sors pas plus avancée: nous n'avons toujours aucune date de rencontres avec les enfants.

«Il y a des parents qui n'étaient pas contents, mais moi je dis, Jésus n'était pas pressé. Il faut que chacun s'exprime, et c'est vous qui devez dire les horaires qui vous conviennent.»
J'essaie de faire intervenir un principe de réalité: «Certes, mais une fois qu'on a pris en compte le calendrier scolaire (les dates de vacances) et le calendrier liturgique (les grandes fêtes, Pâques, l'Ascencion, la Pentecôte) et les différents rituels (mariage, baptême, première communion, profession de foi), le calendrier se déduit de lui-même.»
Mais elle reste sur son idée.

Deux réunions, trois heures, et je n'ai toujours pas de dates — sauf celle d'une autre réunion, avec les prêtres cette fois. J'espère qu'ils auront davantage de sens pratique.

Je repars déprimée: tandis qu'une maman catéchiste émettait l'idée qu'«il fallait se mettre à la hauteur des enfants», j'ai fait l'erreur de répondre que je ne voyais pas les choses comme ça, que j'essayais à l'inverse d'élever les enfants, que j'expliquais beaucoup, que les enfants s'ennuyaient à la messe parce qu'ils ne comprenaient pas, qu'il leur manquait beaucoup de vocabulaire et que par exemple ils n'apprenaient plus le passé simple.
Qu'avais-je osé dire ? Je me suis vu rétorquer quasi avec fureur qu'on pouvait très bien comprendre en étant sénégalais ou italien (What? Quel rapport?), que les enfants ne s'ennuyaient pas et que nous n'étions pas des instituteurs. (Je me suis abstenue de répondre que j'essayais de donner plus qu'instituteur: j'essaie de faire des liens, de donner des pistes pour décrypter ce monde incompréhensible, mais aussi d'apporter de la culture gé, parce qu'être chrétien, ce n'est pas vivre dans un monde à part, mais vivre au milieu du monde.)

J'ai abandonné. Dans quel monde vivent-elles, quel est ce monde où les enfants ne s'ennuient pas à la messe? Certes, je ne m'ennuyais pas à la messe, mais moi, j'écoutais, et ça ne fait pas si longtemps (trois ans?) que je ne m'ennuie plus durant la prière eucharistique: depuis que j'en ai compris l'origine et la transmission, depuis que je suis fascinée par son enracinement dans une longue tradition et que j'ai l'impression d'être absorbée, de me réabsorber, dans une longue lignée de croyants avant et après moi, depuis que j'ai l'impression d'être un maillon insignifiant et indispensable dans un grand tout.

Je suis rentrée à la maison entre déprime et colère. (Pas très chrétien tout ça.)

Assommée

Premier "atelier" ce soir. Cette année il s'agit d'atelier destiné à nous soutenir dans notre rédaction de mémoire de "baccalauréat canonique" (BC) qui est l'autre nom de la licence théologique (il me semble).

Il fallait venir avec son sujet, ses lectures de l'été, avoir plus ou moins articulé sa problématique. Je m'en suis rendu compte vendredi soir en mettant à jour Google agenda.
Catastrophe, je n'ai rien fichu cet été et certainement pas fait des "lectures d'été" puisque je ne savais pas qu'il fallait en faire (à vrai dire, l'aurais-je que cela n'aurait sans doute pas changé grand chose: je n'ai pas passé mon week-end à lire les Confessions comme j'aurais pu le faire.)

Je n'ai pas franchement d'idée de sujet. En juin j'avais évoqué le repos, mais je me rends compte que je ne pourrai jamais problématiser un tel sujet, il me faudrait prendre à bras-le-corps trop d'apories, faire face à trop de colères (prendre à mon compte, exposer, la colère de H., par exemple, qui cite souvent Pennac: «si Dieu existe, j'espère qu'Il a une excuse». Est-ce que cela a un sens de vouloir se faire la voix de ceux qui ne croient pas, ou plutôt, qui sont en colère?)
Bref, un travail bien trop important pour mon courage, courage face au travail (courage contraire de paresse) mais aussi courage face aux questions et aux réponses (courage contraire de lâcheté). Je n'ai pas ces courages.

Qu'est-ce que je vais faire? Dans le groupe, deux veulent étudier Laudato Si (l'un dans sa réception à Madagascar, l'autre dans ses conséquences pratiques dans une paroisse française), un les procédures de canonisation (y a-t-il trop de saints, des saints trop locaux? (il paraît répondre oui)), une étudiante se propose de traduire des inédits de Basile ou Grégoire (je ne sais plus) pour réfléchir à ce qu'il effectue quand il nomme Dieu (!!? Mazette!).
Nous nous rencontrerons tous les quinze jours et sommes censés le jeudi précédent mettre en ligne un résumé de nos avancées en problématique et lecture et bibliographie.

Que vais-je faire, comment vais-je m'en sortir?

Dimanche de rentrée

Belle sortie en quatre à Neuilly pour préparer la traversée de Paris. La Seine comme un lac. Une sortie comme cela me redonne espoir.
Sieste, vacherin, lessives (profiter des derniers week-ends de beau temps pour faire sécher les draps en lin dehors (pas des draps domestiqués du commerce, des draps septuagénaires épais et lourds, brodés à la main)).

J'apprends la mort de Jacques Theillaud . Comme ils n'ont aucune idée de la réalité, ceux qui vous affirment péremptoires: «ce que je n'aime pas sur Facebook, c'est le mot "ami". Comment peut-on être amis sur FB?» Eh bien, ce serait trop long de vous expliquer, surtout si vous partez avec cette conviction (à quoi bon tenter de vous convaincre?). Mais ce soir j'ai envie de pleurer.

Nous dînons très tôt. Je m'installe devant le Mission impossible disponible sur Netflix — donc gratuit (le 3, très mauvais) et je trie, classe et jette les deux cents mails de ma boîte de réception. Je mets à jour mon emploi du temps dans Google agenda: il n'y a que trois ou quatre TG (travaux en groupe) cette année, dont deux sur des week-ends où je me suis engagée dans des randonnées d'aviron.

Puis quatre épisodes de la saison 2 des Mistfits. Qu'est-ce qui rend cette série si attractive? La beauté des jeunes gens, la véracité des dialogues, la logique déjantée de la fiction?

Samedi enfui

Levée avec de grandes ambitions de travail, farnienté, couchée vers deux heures du matin (en sachant que je dois me lever pour m'entraîner à Neuilly demain matin) après avoir la saison 1 de The Mistfits et le début de la saison 2.
Cela me rappelle Pushing Daisies par le côté déjanté, sans doute aussi à cause de la contrainte intenable dans le temps de créer un personnage qui doit éviter tout contact physique.

Uniforme

Renouvellement de ma garde-robe sur un mode que je n'avais pas appliqué depuis mes vingt-deux ans: j'avais alors passé un entretien, puis j'étais allée m'acheter les mêmes vêtements que la personne que je venais de rencontrer (j'ai été embauchée).
Là je fais dans l'anticipation, mais j'ai bien étudié les tenues de Homeland et The good Wife… *smiley* (J'ai acheté mes premiers pantalons depuis vingt ans (à l'exception de deux jeans, en 2001 et 2014).)


Dîner à la grande crèmerie. Bon mais cher, cher mais bon.

Détour par St-Vincent-sur-Jard

Départ plus tôt pour prendre le temps de visiter la maison de Georges Clemenceau à St-Vincent-sur-Jard (visite en grande partie à mon bénéfice puisque mes compagnons l'ont vue l'année dernière). La maison est magnifiquement située face à la mer, au milieu d'un jardin soigneusement entretenu pour paraître naturel (ce qui me vaudra une troisième altercation). J'aime beaucoup le principe de cette maison, le principe de sa simplicité par opposition à l'importance du personnage qui l'habitait. Elle me rappelle, toutes proportions gardées (car il s'agit alors de la maison du maître d'une plantation), la maison de Washington face au Potomac, par le choix de faire du panorama le trésor de ces propriétés (le lit de Clemenceau surélevé pour profiter de l'horizon par la fenêtre1…).

La mer est basse. Les Ph's et moi mettons les pieds dans les flaques (moi dans la vase très glissante). Au-dessus du sable caramel, dans l'eau, flottent des moutons gris, des pelotes de poussière qui teintent les pieds en gris bleu. Béton ou ciment? Quoi qu'il en soit, cela devient croûte dure en séchant et j'ai bien du mal à m'en débarrasser plus tard.

Retour, retour. Première séparation à St-Vincent même, deuxième à la gare de La Roche, troisième dans le TGV de Nantes. Séparation en épis. J'interroge Ph. sur quelques nouveautés de la SNCF (le nom des rames, la durée des billets qui n'est plus de deux mois, etc). Il m'apprend que les conditions d'achat, d'utilisation, d'échange ainsi que les tarifs sont régionaux: ce n'est donc pas tant que "cela change" et que je ne me tiens pas au courant dans la durée (parfois j'ai l'impression d'être une très vieille dame à la traîne de la modernité—et je me sens trop paresseuse pour y changer quoi que ce soit) que "c'est différent d'une région à l'autre" et qu'il est donc logique que je ne perçoive pas de continuité. C'est rassurant.

Dans le TGV, je commence les livres récupérés à Mouilleron: Le jeu des sept familles d'Anne Fine, moins cruel que beaucoup (des siens), à offrir à un enfant subissant le divorce et le remariage de ses parents. Une fois rentrée, je finis Comment écrire comme un cochon. Le style du narrateur me rappelle les statuts FB de Rodolphe. Et tant qu'à lire du facile, je reprends un Reginald Hill, Killing the lawyers. Détente sur la terrasse.

Comme souvent, H. a rangé (ou plutôt déménagé pour ce qui est de cette fois) pendant mon absence. Il a enrôlé O. et vidé une partie du placard caché derrière les étagères (vidées) des cassettes vidéos. C'est courageux: je suis la plus petite, c'est moi qui aurait dû me glisser dans cette soupente.
Il y a un mètre cube de boîtes d'archives et de classeurs dans le couloir de l'entrée à emmener à la déchetterie.




Note
1 : orientée au sud et non vers l'ouest. (Cette précision suite à une semi-plaisanterie : la femme américaine de Clemenceau contemplait-elle sa patrie quand elle regardait droit devant elle? Réponse: non. Cette semi-plaisanterie est un écho à la découverte faite en mars que Marseille fait face à l'ouest…)
(Notons au passage ma surprise d'apprendre que Clemenceau avait épousé une Américaine. Il ne faudrait ici que des notes et des parenthèses en gigogne.)

Vendée romane

Pas de musique aujourd'hui, les connexions internautiques difficiles n'ont pas permis de prendre de billet.
Qu'à cela ne tienne, armé de Vendée romane, nous partons à la recherche des quelques édifices non encore visités par mes compagnons. (Je n'en ai visité aucun. J'oscille entre l'amusement devant un tel souci d'exhaustivité et la gratitude de m'entraîner dans des lieux que je ne verrai jamais sans eux (futur et non conditionnel: il m'est de plus en plus difficile de visiter des lieux religieux y compris désaffectés avec H. qui ne veut plus en entendre parler.)

Nous sommes dans la deuxième voiture, nous suivons aveuglément.
Château de la Citardière, annoncé par maints panneaux : mais on ne rentre pas, propriété interdite (château magnifique se mirant dans une douve large comme un étang). Nous tournons autour de Chantonnay, j'apprends des nouvelles d'une célébrité FB qui réside ici.

Eglise de Foussais-Payré pour P. qui voulait en revoir le portail. Etonnante façade avec danseurs, acrobate et joueur de flûte et un mélange d'ornements païens et bibliques, comme si l'on avait donné quelques indications au tailleur de pierre qui les aurait suivies tant bien que mal en fonction des trois récits qu'il connaissait avant de se rabattre sur des sujets qui lui étaient plus familiers. Le plafond de l'église a été recouvert de bois. Le tout est très clair. Exposition sur les chrétiens d'Orient. Je suis très surprise de la démographie : vingt-six millions de chrétiens dans vingt-et-un pays. Je ne pensais pas qu'il y en avait tant.
La commune est célèbre pour ses concours de sculptures à la tronçonneuse (pauvres arbres) et des œuvres encombrent les abords. Question-surprise d'A: que s'est-il passé au concile de Chalcédoine? Euh… (panique à bord, je songe à Jean-Paul qui donnerait de si belles et si précises réponses): «c'était un concile christologique, comme les précédents, qui débattait des deux natures du Christ… c'est un peu la différence entre la vinaigrette et le café au lait : de quelle façon ces natures s'unissent-elles, cohabitent-elles?» Je songe à ce TG lointain, un samedi, aux échauffements autour de la traduction "d'hypostase". Je me rabats sur quelque chose de plus tangible, la géopolitique: «C'est aussi le moment où sont définis les grandes Eglises de l'orthodoxie (le mot "patriarcat" m'échappe). Le problème aujourd'hui pour les orthodoxes, c'est que l'argent est en Amérique, et comme l'Amérique n'existait pas au moment de Chalcédoine, ce sont des barbares… Comment accepter leur argent sans reconnaître leur Eglise? Il faut des observateurs extérieurs quand les orthodoxes se réunissent, pour leur éviter de se disputer trop violemment.»

St-Hilaire-des-Loges, deux monuments aux morts, le premier, soldat accroupi, hommage à la guerre de 1870. De l'église, je me souviens surtout des immenses photos détaillant les sculptures d'autres églises… et un Vendée romane en "lecture sur place", belle preuve de confiance envers les visiteurs.

Nieul-sur-l'Autise (l'Autise, quel joli nom. Bizarrerie d'avoir conservé l'article). Ici serait née Aliénor d'Aquitaine, ce qui n'est pas si loin de son tombeau, Fontevraud. L'église présente un curieux motif de dallage sur la façade. A l'intérieur, les piliers penchent (mais pas de fissure). BD sur la vie de Charles de Foucauld. A l'accueil de l'abbaye, je fais une razzia de confitures et de tisanes. Le caissier est très gentil. Ici (dans toute la région) se ressent profondément à quel point le tourisme fait vivre la France: comment attirer les gens, comment les retenir, comment intéresser les enfants, comment avoir un bon bouche-à-oreilles… billet donnant droit à une réduction à Maillezais. J'ai toujours le cœur serré à constater cette escalade dans la séduction (dans le marketing), dans la tentative de séduction qui nous correspond si peu, nous qui ne souhaitons que des lieux déserts dans lesquels rêver et reconstituer à loisir… Mais pour les gens du cru, l'affluence est une question vitale.
L'étage sous les toits a été curieusement agencé, le plancher est coloré et représente des tableaux ou tapisseries médiévaux (du moins il me semble). Il est possible de cliquer sur différents écrans et les explications sont intéressantes, St Augustin, St Norbert (j'ai oublié les deux autres). Reconstitution également de pièces dont les arcades ont été supprimées.
Après ces déambulations dans la lumière artificielle, le cloître au soleil vient comme un choc. Il est de parfaite proportion pataude avec ses gros piliers et son jardin central. A lui seul il mérite la visite.
Dernier lieu, une maison dite "maison natale d'Aliénor" (Est-ce cela? Ai-je mal compris? Car il est bien évident qu'en aucun cas, vu sa construction récente, Aliénor n'a pu naître là: «— C'est utile, cette visite? — Aah, au moins pour se moquer». Bon.) Tour rapide. Je n'ai jamais vu d'aussi beaux canapés en cuir dans un musée (pour regarder une vidéo).

Cartes postales. Café (qui allait fermer). Bières et diabolo menthe. Discussion sur le régulateur de vitesse. «— Evidemment, il faut lire le manuel. — Mais personne ne fait ça! — Si, mes enfants. Je ne sais plus ce que je voulais faire, ils m'ont dit: "RTFM", Read the fucking manuel
Et c'est ainsi que je me suis retrouvée au volant, d'une part parce que j'avais pris un diabolo menthe, d'autre part pour que Patrick lise le fucking manuel. Le régulateur de vitesse a livré tous ses secrets (car l'autre sujet de conversation, c'est aussi le 80km/h: bien plus facile avec un régulateur réglé sur 83 ou 84).

Eglise de Benet, que les moulages de Nieul et les photos de St Hilaire ont rendu incontournables.
Puis Maillezais. C'est plus connu, c'est plus touristique. C'est à la fois plus spectaculaire, un peu trop léché (comment rendre sûres des ruines autrement qu'en collant les pierres à la colle forte ? (je me comprends)) et très émouvant. Là encore, tout dépend de la capacité à rêver. Il faut amener ses propres food for thoughts. Assise sur un banc avec Patrick, je l'écoute raconter Agrippa d'Aubigné, Rabelais, reconstituer la liste des sept poètes de la Pléiade… (j'ai déjà oublié: Rabelais fut le secrétaire de l'abbé, est-ce cela, pendant dix ou quinze ans? J'ai déjà oublié. Agrippa, protestant, touchant les revenus d'une abbaye (chocking, enfin, chocking pour moi, cela n'a pas l'air de surprendre mes compagnons (Laurent s'est ajouté un instant)), père d'un fils qui renie le protestantisme, tue sa femme (pas de rapport de cause à conséquence), en épouse une autre qui donnera naissance à Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon… Je suppose que tout le monde sait cela, mais pas moi. J'aime qu'on me raconte. J'oublie, je confonds, je réordonne; je croyais, à cause d'une intervention de Lestringant chez Compagnon, qu'Agrippa était mort enterré vif… mais non, c'est le sort d'une héroïne des Tragiques. Je devrais avoir honte, mais tant pis, tant pis, pas le temps, il faudrait tant de temps.)
Nous reprenons la promenade. Les piliers, le chœur, la nef, sont matérialisés au sol. Dépouillement formidable. Un mur, des ouvertures. Un autre banc, de l'autre côté. Histoire du châtelain qui possédait un château où Celan résida deux ans. Un jour un Japonais vint pour voir le château; le frère du châtelain, qui ignorait l'anecdote, l'éconduisit. (Tristesse). Cette journée se vit aussi au rythme du journal de Matthieu Galey. Anecdotes sur Beckett, Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute.

L'heure avance, il faut partir, le train (s'il est à l'heure), n'attendra pas. (C'est toute l'injustice des trains, nous faire attendre mais ne jamais nous attendre.)

Dîner joyeux au Clem.
Ombre d'une dispute, les yaka à propos des enfants… mon rejet de ces certitudes n'est-il que la conscience de nos "échecs"? Je mets "échecs" entre guillemets parce que cela n'en est que par rapport à ce que nous avions imaginé ou ce que la société valorise, pas par rapport à ce qu'ils sont, ou sont devenus. Je n'échangerais pour rien au monde nos fous rire, notre capacité à nous entraider, à faire face ensemble; ni leur attention aux autres. Mais ce ne sont pas des "réussites" valorisées socialement… et cela ne résoud pas le problème de calmer un enfant insupportable dans un train (la question était: n'est-ce toujours qu'une question d'éducation, est-ce toujours évitable; en d'autres termes, est-ce toujours la faute des parents? J'ai un peu de mal à me voir accuser (sachant que c'est totalement théorique, personne ne m'accuse, ce n'est que ma pensée qui tourne…) Nous avions résolu le problème en emmenant les enfants nulle part… Aurait-il fallu faire autrement? Mais il n'y aura jamais de réponses, et c'est sans doute cela qui est insupportable: nous ne saurons pas, il n'y a pas de réponse.)

En rentrant à l'hôtel, j'allume la télé; chic il y a U.N.C.L.E, juste à mon moment préféré, le bateau dans le port fermé et le panier-repas dans le camion (j'aime le bateau en flammes dans le rétroviseur). Je me fais une tisane avec du miel, j'ai tout ce qu'il faut depuis notre passage à Nieul.

Thiré premier jour

TGV à Montparnasse. Je n'ai pas pris de livre, pensant lire Poe sur mon téléphone, mais finalement j'ai dormi, l'esprit transpercé par la voix claire d'un blondinet de quatre ans qui a posé des questions tout le long du chemin (dilemme: abrutir les enfants en leur donnant une tablette ou subir les questions des plus éveillés d'entre eux. Résister à la tentation de la facilité).

Repas. Conversations à bâtons rompus, nous ne nous sommes pas vus depuis mars, depuis Marseille. Anecdotes et questions existentielles. Aline me déconcerte en me demandant pourquoi je n'envisage pas de faire ma prochaine virée en voiture avec C. ou A. (puisque j'ai fait la précédente avec O.) Je n'y avais jamais pensé. Je me suis tant engueulée avec les deux grands et la vie est si facile avec O… Oui, de l'extérieur cela doit paraître injuste (et peut-être est-ce injuste en soi). Cela mérite réflexion.
Je me fais prendre à partie parce que je ne juge pas utile de réagir aux impolitesses d'un voisin d'immeuble: «Oh mais avec toi, il faut jamais froisser personne, il faut toujours être gentil…»
Ça alors. C'est bien la première fois qu'on me dit ce genre de chose. Trop gentille? J'en suis quasi satisfaite (à cela près qu'on me le crache comme un reproche), aurais-je fait des progrès dans le détachement, dans la retenue? Depuis le temps (quatre, cinq ans? depuis que je suis fatiguée de me disputer avec Jean-Yves) que ma résolution du nouvel an est de moins m'emporter… («éruptive», disait R.)
Mais enfin, cela revient au même si c'est pour me le voir reprocher avec colère — à cela près que le besoin d'expliquer mes raisons m'est passé. (Enfin je crois; nous n'avons sur nous-mêmes que peu de victoires définitives, ne nous réjouissons pas trop vite.)
Tout cela est curieux. Les relations humaines sont curieuses.
Nos compagnons sont parfaits : nous passons à autre chose. Dans ce genre de situation, le plus important est que personne ne prenne partie pour personne et de passer à autre chose.

Retour dans les jardins de William Christie. Ils me paraissent encore plus irréels que l'année dernière. A-t-il fait sec ici? Tout est vert, tout est beau, dans ce mélange de jardin anglais, jardin à la française, si parfaitement combinés. Il fait gris et lourd en début d'après-midi et très doux dès que le ciel se découvre. C'est enchanteur.

Programme entendu (il y a divers lieux, des morceaux y sont joués tous les quarts d'heure ou vingt minutes. Chacun fait son choix et se déplace.): dans la pinède, Haendel et Vivaldi puis Purcell; dans le théâtre de verdure, John Downland puis dans le cloître la première suite de Bach sur viole de gambe (et non violoncelle).
La dernière rencontre de l'après-midi réunit tous les auditeurs devant la maison pour des extraits d'Orfeo. Les colombes (pigeons paons blancs) sont moins assidues que l'année dernière, ou ils préfèrent Vivaldi et Purcell à Monteverdi.

Dîner chez Jerem', croque-monsieurs (pluriel à vérifier) et entrecôtes. Il fait doux, les menaces de pluie se sont éloignées. Nous revenons prendre place devant le miroir d'eau. Ph, notre mentor, a eu beaucoup de peine à obtenir des places (problèmes de connexion. Les places s'arrachent dans la demi-heure de leur mise en ligne en juin) et nous ne sommes pas côte à côte. Gentiment il donne les places les plus en avant à A. et moi.
La représentation est un enchantement, les voix sonnant très claires et très pures entre les arbres au-dessus de l'eau. Une jeune fille confie à son père: «à chaque fois que j'écoute Orpheo, j'espère qu'il ne va pas se retourner». Le violoncelliste se couvre les jambes à l'entracte. Il fait froid depuis que la nuit est tombée, il ne faut pas bouger. L'enfer luit rouge loin contre les haies noires.
C'est une très belle représentation.

Puis bizarrement, seconde altercation sur un sujet impensable, le ventre de Paul Agnew (?? WTF? comment peut-on exploser à propos d'un tel sujet?)

Nous rentrons par un chemin plus long, en faisant un détour.



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Pour mémoire, détails des compositeurs, musiciens et chanteurs.
Pastorale italienne : Haendel, Fra pensieri quel pensiero HWV 115; Vivaldi, Care selve, amici prati RV 671 - Carlo Vistoli, contre-ténor; Alix Verzier, violoncelle; Florian Carré, clavecin.
Pastorale anglaise (Henry Purcell) : Passacaille If love's a sweet passion (The Fairy Queen); What pow'r art thou (Cold Genius - King Arthur); Thrice happy lovers (The Fairy Queen, Prélude à l'acte V); Song-tune: your hay it is mowed (King Arthur) - Nicolas Scott, ténor; Cyril Costanzo, basse; Annie Gard, violon; Sarah Kenner, violon; Stephen Goist, alto; Matt Zucker, violoncelle; William Christie, clavecin.
O sweet woods : John Dowland: Awake sweet love (First book of Songs or Ayres 1597); O sweet woods (Second Book, 1600); If my complaints could passions move (First Book); A Shepherd in a shade (Second Book); When Phoebus first did Daphne love (Third Book,1603) - Natasha Schnur, soprano; Arash Noori, luth.
Suite de Bach : Suite n°1 BWV 1007 (Prélude, Allemande, Courante, Sarabande, Menuets, Gigue) - Myriam Rignol, viole de gambe.

Ditribution d'Orpheo: Cyril Auvity (Orfeo), Hannah Morrison (Euridice, La Musica), Paul Agnew (Apollo, Eco), Miriam Allan (Proserpina, Ninfa), Lea Desandre* (Messaggiera, Speranza), Carlo Vistoli* (Spirito infernale, Pastore), Sean Clayton* (Pastore), James Way* (Pastore), Antonio Abete (Plutone, Spirito infernale, Pastore), Cyril Costanzo* (Caronte, Spirito infernale)
Violons : Tami Troman Emmanuel Resche
Altos : Simon Heyerick Myriam Bulloz
Violoncelle : Alix Verzier
Violone : Thomas de Pierrefeu
Flûte à bec et cornet à bouquin : Eva Godard; Maud Caille-Armengaud
Trombones : Cyril Bernhard, Romain Davazoglou, Nicolas Vazquez, Aurélien Honoré
Harpe : Nanja Breedijk
Théorbe, luth : Thomas Dunford, Massimo Moscardo
Clavecin, orgue, régale : Marie Van Rhijn, Florian Carré

Rentrée en RER

Le problème de la voiture rouge, c'est qu'elle n'a que deux places : Vincent a dû rentrer ce soir avec H. alors que nous ne l'avions pas prévu le matin; moralité je suis rentrée en métro et RER D après l'aviron (à 20 heures). C'est long et fatigant: mon sac pèse une tonne et le mal au pied est revenu. Visiblement le sport active la fatigue des muscles de la voûte plantaire. C'est étrange puisqu'on est assis pour ramer.

Plus de Homeland. (Cette série provoque chez moi des cauchemars élaborés et une certaine tristesse.)
Quelle série regarder maintenant ?
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