Billets pour la catégorie 2017 :

Organiser la dispersion de mes cendres

C'est ainsi que mon chef décrit son départ en retraite — dans dix mois environ. Il s'agit de répartir ses différentes tâches qui parfois ne tenaient davantage à sa personnalité qu'à son poste. En l'écoutant ce matin je me disais qu'il allait me manquer, que j'en ferais volontiers «un ami de la famille»: notre type d'humour coïncide.

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Agenda
Puisque les étagères qui nous attendaient à Tours n'atteindront jamais la maison, H. est allé en acheter sept ce soir à Ikéa. Yapuka les monter.

La prof de grec revient le 2 mars. J'ai rouvert ma grammaire.

Au lit

Rhume. Mal dormi, peu dormi, réveillée tard. Je ne me suis pas levée de la journée.

Flocons

Double canoë avec Nadine. La neige commence à tomber. Les yolettes font la course. La dernière ne nous a pas rattrapées (yes!!).
Je n'aurais peut-être pas dû sortir sur l'eau, je crois que je suis malade. L'émotion des derniers jours qui retombe, peut-être (j'ai souvent un rhume après un gros coup de stress.)

Le fauteuil-club qu'on avait prévu d'installer au dernier étage ne passe pas dans l'escalier.

Cinquante ans

Sortie en quatre, aller-retour dans le petit bras parce qu'il y a beaucoup de courant. Je suis à la nage (puis Gilles, Olivier, Alexandre).
Il me semble désormais être soit à la barre soit à la nage. Prendre le petit bras à l'envers donne l'impression de ramer dans un miroir, tous les repères sont inversés (comme à l'aviron on recule, il faut se retourner pour la direction — d'où l'importance et la difficulté de la barre. On prend des repères sur le bassin, tout droit à partir de cet arbre, à partir de cette péniche il faut légèment modifier le cap, etc.: soudain tout est inversé.)
Il fait froid, temps à neige.
J'ai cinquante ans, je regarde la Seine courir sous la coque et je rame comme à quatorze ans sur la Loire. Où est passé tout ce temps?

Nocturnal Animals. Je ne veux pas spoiler mais c'est un film sans rédemption. Faire les mauvais choix et s'en apercevoir (toujours) trop tard. Irréversible.

Le soir dîner en famille à l'opportun. Conversations à bâtons rompus et éclats de rire as usual. Nous ne sommes pas sortables, je note quelques regards étonnés.

Et deux histoires drôles que je ne pensais pas raconter, surtout la deuxième (que les lecteurs pudiques s'abstiennent), mais qu'un ultime ajout de ma fille me fait noter ici.

La première est de H: Un père, son fils et ses deux filles dînent ensemble. L'une des filles annonce: «Papa, je suis lesbienne». Bon très bien, pourquoi pas. Mais la deuxième ajoute: «moi aussi» et le père s'exclame: «mais c'est pas possible, il n'y a personne qui aime la bite, ici? — Si, moi», dit le fils.

La deuxième est plus hardcore. C'est un caniche et un doberman qui discutent dans la salle d'attente d'un vétérinaire:
— Pourquoi tu es là, toi?
Le caniche répond: — Ma maîtresse faisait du yoga à poil, j'ai pas pu résister, et…
— Et?
— Ben on va me couper les coucougnettes. Et toi?
— Un peu pareil: ma maîtresse faisait sa sieste à poil, j'ai pas pu résister, et…
— Ah, toi aussi, les coucougnettes?
— Non, moi on va me couper les ongles.

C'est alors que la voix de A. s'élève: «Ne me demandez pas comment je sais ça, mais on ne leur coupe pas les ongles, on leur met des chaussettes.»

Les fous

— A une époque, nos bureaux étaient à côté de l'hôpital xxx. C'est là que j'ai découvert que la folie ne se voyait pas. Il y avait celle que j'appelais "la rafleuse": quand elle arrivait, il fallait tout planquer, les stylos, les tampons, les téléphones… Elle attrapait quelques bics et elle repartait… Il y avait le type super sérieux en cravate qui venait t'expliquer qu'il y aurait des travaux dans la rue, qui te montrait des plans, t'exposait les conséquences. On l'appelait l'architecte. Un jour un homme très bien habillé m'a demandé de lui prêter mon téléphone pour prévenir sa mère qu'il ne rentrerait pas à l'heure. Au fur à mesure qu'il parlait, j'ai compris qu'il s'adressait à l'hôpital et qu'il ne voulait pas rentrer…

Sublime

«Erhaben. C'est le mot de Kant, ce n'est pas neutre.»

Schleiermacher. Les Français (les Francs) sont frivoles (en français dans le texte — à moins que le mot n'ait été incorporé tel quel en allemand). Soudain je comprends d'où JYP tient sa façon de traiter les attitudes qu'il réprouve de «futiles».

Et pourquoi sont-ils frivoles? parce qu'ils n'ont rien compris à l'événement le plus sublime de l'histoire du monde.
— Quel est cet événement ? demande le professeur.
Parce que nous traduisons Schleiermacher à l'institut protestant, je tente : «la Création?» Cela pourrait aussi être le Christ, puisque sa caractéristique est de faire irruption dans l'histoire.
— La révolution française. Au XIXe siècle les philosophes allemands se sont quasi donné pour tâche d'expliquer la révolution française aux Français, de leur donner les moyens de la penser.

Et soudain l'énormité de l'événement m'apparaît, un court instant. Je l'avais entrevue en lisant Eça de Queiroz, Lettres de Paris ou… en contemplant la liste des invités aux mariages princiers d'Angleterre: cela reste malgré tout une fête de famille, et les invités sont des gens de la famille au sens large, des rois ou des princes, pas des présidents. Bifurcation dans l'histoire du monde, deux chemins désormais possibles.

It is closing time in the gardens of the West

Comme prévu jeudi ou vendredi, H. a rencontré B. chez son avocate (plus un autre avocat et le patron du cabinet comptable). A l'origine cela devait être une réunion pour décider de ce qui pouvait être sauvé, mais avec le licenciement de Carole, il n'y a plus rien à sauver.

"Ils" ont essayé, pourtant. Nous avions réfléchi aux conditions: reprendre Carole, ouvrir la filiale aux US. Les deux conditions ont été refusées. En revanche, proposition financière mirobolante pour rester malgré tout. Je méprise ces gens qui pensent pouvoir tout obtenir avec un gros chèque. Allez vous faire f***! Tout ça pour que le cirque recommence dans une semaine ou un an… La confiance est définitivement brisée.

H. me rejoint à La Défense. Nous déjeunons ensemble. Nous faisons la liste des personnes à prévenir personnellement, ceux dont il me semble important qu'ils n'apprennent pas cela par la bande, ceux que nous voulons (espérons) conserver comme amis ou au moins connaissances. Six ans, sept ans… Je me souviens de ce jour de juillet ou août 2010, j'allais entrer dans le RER pour rentrer, j'ai H. au téléphone: «Il faut que je te parle.» Quelle solemnité soudain. J'ai eu peur: j'ai fait une conn**? il a fait une conn***? «Que dirais-tu si j'allais travailler à Mulhouse?» Euh… comment avouer que je ne situe pas exactement Mulhouse, là tout de suite maintenant sur un quai de RER. «Euh, rien… si ça te va, pourquoi pas?» (La même année, en septembre, C. devait partir en Suisse.)
And now back home. (Ça me fait penser que je vais pouvoir m'absenter le week-end: j'évitais, sinon nous ne nous voyions plus du tout.)

Nous faisons la liste du matériel qui appartient à l'entreprise et à rendre. Quand je le quitte, il va s'acheter un téléphone. «L'employé m'a proposé de m'aider à configurer mon iPhone, je lui ai dit que je m'en sortirai».

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La chienne que j'ai d'une certaine façon sauvée il y a deux ans (c'est ma fierté) est morte hier soir.

Nancy

Nous avions décidé hier matin d'aller à Nancy pour le week-end, afin de se dépayser, d'oublier le stress des derniers jours en s'éloignant de la maison. Le billet a été pris hier soir, il ne restait plus de place. Train à midi vingt gare de l'est.
Nous visons le RER de 10h45. En arrivant devant la gare, nous découvrons que les trains sont retardés dans les deux sens. O. nous conduit alors à Villeneuve-St-Georges où se croisent des RER de plusieurs branches, ce qui accroît nos chances d'en avoir un. Là nous découvrons qu'il n'y a plus de RER avant 13 heures.

Nous ressortons, annulons notre billet de train. Nous traversons la Nationale 6 pour nous mettre dans le sens de la circulation. Il pleut. Sous l'auvent d'un café triste H. appelle un Uber. Il sera là dans dix minutes. Nous attendons.
Et c'est là, sur le trottoir sous la pluie coincés par un RER qui ne passera pas, qu'H. reçoit un coup de fil de la DAF-DRH (directeur administatif et financier/ directeur des ressources humaines) qu'il a embauchée il y a deux mois: elle est en pleurs, elle vient de recevoir une lettre de licenciement immédiat (durant sa période d'essai). Comble de l'horreur, elle est signée d'EV, un type qui ne lui arrive pas à la cheville et qu'elle mettait en danger par sa compétence et son efficacité. Il faut supposer que B. lui a signé un pouvoir (je n'ai jamais aussi bien compris à quoi servait les pouvoirs qu'en ce moment.) Et si B. l'avait nommé DG? EV directeur général — rire nerveux.)
C'est à la fois un coup de massue (rien ne laissait prévoir cette décision), un désaveu, et un soulagement: tout à coup il n'y a plus rien à sauver, une porte se ferme, il est évident que tout est fini, qu'H. doit partir.

H. passe tout le temps du trajet jusqu'à la gare de l'est au téléphone à discuter avec les autres directeurs qui sont autant d'amis. Je suis gênée pour et par le chauffeur. Cela ressemble à une révolution de palais, "aux abris" et "qui m'aime me suive", cela devait ressembler à ça — sauf qu'il ne risque pas sa tête, c'est tout de même appréciable!

Avec tout cela ce week-end va être ridiculement court. Plus de train direct, un TGV pour Metz vers 14 heures, un TER pour Nancy. Fnac à Metz pour acheter un disque dur (sauvegarder les données), promenade dans Nancy à la nuit tombée. Et qu'avez-vous fait à Nancy? Nous avons acheté des sous-pulls blancs "Petit bateau" (pour le stage d'aviron fin mars: je préfère ramer dans du coton, je n'aime pas les fibres modernes), des bretelles (mercerie rue Raugraff), des bergamotes (cinq cent grammes), de la poudre de riz (mais on dit "libre").
Nous sommes contents d'être là. A la maison nous aurions ruminé, ici nous devisons, nous rions — le cœur gros.

Début de clôture

Sortie en huit (de couple) pour la première fois depuis juin 2015. Nous avons fait beaucoup de progrès depuis cette époque où j'avais cru un moment que nous n'arriverions jamais à tourner (et nous voilà partis jusqu'au Havre). L'équilibre était même meilleur que dans certains quatre.
Ce qui me fait plaisir, c'est que c'est Vincent qui nous l'a proposé et non nous qui avons quémandé: il nous considère enfin à niveau. Cela conforte mon idée de proposer aux filles de s'inscrire à la coupe des dames à Angers. (Si nous réussissons à trouver le nombre de rameuses nécessaires (l'expérience prouve qu'il faut être douze ou treize pour faire un huit, paraît-il), il faudra aussi trouver un conducteur pour la remorque. Enfin, nous n'en sommes pas encore là.)

J’ai écrit un mail pour lister les risques réels que court la mutuelle (la question d’un actuaire dans l’après-midi donne à penser que le dernier (des risques que j'ai listés) est peut-être en train de se réaliser, ou est en train de commence à se réaliser (cela prendra bien trois ou quatre ans).
J’ai lancé les premières opérations pour la clôture du bilan. Ce sont les travaux que je préfère, jusqu’à fin avril, le moment où tous les chiffres coïncident et les engrenages s’emboîtent parfaitement.

Front de B.: H. a eu l'expert-comptable au téléphone et a rétabli quelques vérités («B. ment comme un arracheur de dents, ce n'est pas nouveau»), il a rendez-vous lundi avec l'avocat et B. pour essayer de définir une ligne de conduite. «Au moins, dit-il, je vais avoir affaire à quelqu'un qui a toute sa tête.»

Hier H. m'avait proposé de passer le week-end à Caen, j'ai fait une contre-proposition ce matin: Nancy. Au moment de prendre les billets nous nous apercevons avec surprise que les billets de TGV sont en sur-réservation: une fois encore, nous avons négligé de prendre en compte les vacances scolaires qui désormais nous échappent. Nous pourrions prendre un train très tôt, nous choisissons paresseusement 12h20 gare de l'Est: je n'ai pas envie de me presser.

Risques

Pas grand chose.
Un peu agacée de lire la "revue des risques" écrite par un cabinet d'audit avec le président et le trésorier pour qu'à la fin ceux-ci concluent: «en fait il n'y a pas de sujet».
Ben non il n'y a pas de sujet. S'il y en avait eu, croient-ils vraiment que j'aurais attendu cette mission d'audit pour le faire savoir? Enfin, ça fera plaisir à la commissaire aux comptes.
L'agacement au carré, c'est qu'il y a bien des risques (de disparition de la Mutuelle), trois, que j'ai cités. Mais comme ils ne sont pas "opérationnels", ils n'ont pas été repris.

Il se passe quelque chose au niveau de la paie. Je sens des jeux d'influences sans comprendre entre qui et qui ni pourquoi. La mise en place de la DSN (déclaration sociale nominative) exacerbe les tensions.

A la maison, sur le "plan B.", cela ne va pas mieux. H. s'en veut : «si je n'avais pas attendu, tout serait signé».
Mais à l'époque (les quinze premiers jours de janvier, comme cela paraît loin), il s'agissait de ne pas trahir B., de deviner sa volonté pour ne pas agir contre son gré. Il n'y a pas à s'en vouloir de cela, c'est tout à son honneur.
Maintenant tout semble bloqué: ne pas aller en Amérique, perdre les deux ingénieurs-clé, ne pas pouvoir livrer à temps l'Etat, perdre la face… Comment se faire embaucher ensuite?
Tout paraît si grave. Je lui rappelle que c'est une illusion: personne ne se souvient de rien, personne ne se soucie de rien, il suffit de continuer.
H. a enfin mis Nat au courant. Il était temps.

Angoisse

Quatre secoué par les péniches : Pascal (qui brûlait de prendre la nage depuis mercredi dernier), Peter et ?? (Christian?) Je suis à la barre. Il fait doux.

J'avais posé mon après-midi pour aller assister à un cours sur la génétique des films (avec Daniel Ferrer) mais entre Trump et B. je me sens fatiguée. Un détour par Ladurée (fatalitas, il n'y a plus de glace au gingembre!) et je rentre. Le voisin est là.

H. a appris que B. a demandé à son avocat de gérer ses affaires. Jusqu'où va le mandat de celui-ci? En attendant, la BPI s'inquiète, plus personne ne lui répond, il y a deux millions d'euros en jeu, ce qui représente une grosse somme pour une PME de quatre-vingt personnes. Et Nat aux Etats-Unis qu'il va falloir payer… et les virements qui ne peuvent être faits sur les comptes américains sans la signature de B… Et les quatre-vingts salariés qui ne savent pas que leur entreprise est sur le fil…
H. est épuisé. Trop de chauds et froids et la perspective de voir disparaître tout ce pour quoi il s'est investi depuis 2010.

Incompréhension et amitié

Une fois encore, pas de rapport entre les deux éléments du titre de ce billet : ce sont les deux teintes de la journée, tant la seule unité de nos journées n'est parfois que nous-mêmes.

H. m'appelle vers midi. Il est décomposé:
— B. ne veut pas signer les billets d'avion pour Nat. Il ne veut plus aller aux Etats-Unis.
— Mais il a bien signé pour la création de l'entreprise?
— Oui. Il est fou. C'est impossible de travailler avec lui. Je ne sais plus quoi faire.

Je donne quelques conseils, en particulier d'envoyer sans commentaire un résumé en français en quelques points ne dépassant pas la page A4 des documents envoyés en anglais, puisque B. ne veut pas avouer qu'il ne parle pas anglais.

Le voisin est d'un grand secours. H et lui ont organisé un concours pour savoir qui avait le patron le plus fou.

Le soir je vois Aline. Nous parlons chats, santé, voyages. Elle me raconte la grande époque des éditions J'ai lu, avant les années 90, le début de la financiarisation. Cela me paraît toujours mythique, j'ai commencé à travailler à ce moment-là.
Elle me parle d'un voyage des cruchons pour visiter les châteaux de la Loire. D'un côté je viendrai de les visiter une fois encore avec Nat, d'un autre côté il s'agit de la partie au-delà de Tours, que je ne connais pas. Et puis H. devrait être aux Etats-Unis, s'il est encore possible d'y croire. Je vais essayer d'y aller.

Fauteuil club

— Un fauteuil club, c'est du mouton, pas de la vachette. Et c'est teinté dans la masse, pas verni. C'est pour cela que cela se griffe, ça se patine. Evidemment, cela ne reste pas impeccable comme ceux de Cuir center. Mais ceux-là craquellent au bout de quinze ans, alors que les fauteuils-clubs se transmettent de génération en génération. Ramenez-moi le coussin dans un mois, je rajouterai de la plume quand il se sera tassé. Ce qui caractérise le fauteuil club, ce sont les ressorts. S'il y a une barre, des sangles, ce n'est pas un fauteuil club. Je vous mets une bombe, il faut la passer une fois par mois, et du cirage, une à deux fois par an.


Vendredi

Encore un beau quatre. Le moment où le bateau quitte le ponton et se retrouve au milieu du courant est un moment de ravissement: à chaque c'est une redécouverte, à chaque fois j'oublie combien j'aime être là, surtout avec trois autres rameurs que je connais maintenant depuis des années. Confiance et fraternité le temps d'une sortie, voilà un sentiment que je n'éprouve plus sur la terre ferme. Marc, Philippe, Jean-Pierre, moi à la barre. Un tour de l'île et un barrage. Un bateau sans doute moins beau que mercredi, mais les conditions sont moins dures, il fait moins froid.

Absurdement je passe l'après-midi à trier et jeter des mails dans mes archives (mais pourquoi?)

Le soir réunion avec les CAC (commissaire aux comptes). (Réunion à 16 heures un vendredi soir. Lol.) J'abandonne mon vocabulaire zazou (celui destiné à ne pas me prendre au sérieux qui fait qu'on ne me prend pas au sérieux) pour utiliser des mots davantage Science-Po (celui qui écrase toute personne ne me prenant pas au sérieux).
Je n'arrive pas à comprendre comment quelqu'un de mon âge peut encore utiliser la rhétorique du yaka faukon:
— Mais il suffit de rapprocher les fichiers puisqu'on a une clé commune…
— Certes, je vous fournis les fichiers puisque vous proposez de nous aider. Mais je vous ferai remarquer que ce qui compte, ce sont les dates d'affiliation et de radiation. Le fait que les personnes apparaissent dans les deux fichiers ne suffit pas. Or le fichier fourni par X ne comporte pas de date.
— Ah…

Ben oui. Sinon nous aurions déjà fait le nécessaire. Que croit-elle ?

Jeudi et vendredi H. a vu son patron B. (sorti de l'hôpital psychiatrique le week-end dernier). Il lui a exposé tout ce qui ne lui convenait pas, exactement comme si B. était (dans son état) normal (mais il n'y a pas d'état normal de B., c'était connu avant, cela ne paraissait pas si grave. Le problème, c'est que la forme juridique de l'entreprise est une SAS, c'est-à-dire qu'il en est le seul actionnaire. Il n'y a personne pour prendre le relais en cas de défaillance de B. maintenant qu'il a révoqué le mandat de mandataire social de H. en sortant de l'hôpital.)

Mort de Henry-Louis de La Grange. Pensées pour Vincent.

Un homme en colère

Bon. Encore un. Encore un que j'énerve spontanément, sans me forcer.
— Tu devrais peut-être changer de poste s'il te met dans cet état. Chaque fois que je t'ai au téléphone tu es exténué ou en colère.
— Mon poste me va très bien. C'est toi qui m'énerves.

Evidemment, de mon point de vue, c'est plutôt moi qui devrais être en colère. Après tout, me dire «mais qu'est-ce que vous faites à la mutuelle?» sous-entendu «vous vous la coulez douce pendant que moi je trime» et «la mutuelle représente 2% de mes problèmes, tu le sais ça?».
Oui je le sais, ça fait cinq ans que tu me le répètes à chaque fois que je t'ai au téléphone. Décidément, c'est moi qui devrais être en colère. Mais il me fait rire.
Bon, mais qu'est-ce qui peut l'énerver comme ça? Je ne représente pourtant pas un grand risque pour lui (nous avons le même patron). Mes mails sont-ils trop bien écrits? Ou peut-être n'apprécie-t-il pas que j'ai commencé subrepticement à faire de la formation continue à ses équipes parce qu'il est incapable de leur transmettre une procédure claire et simple (autrement dit, je téléphone et j'explique directement (gniark gniark. A sa place je n'aimerais pas. Mais je ne suis même pas sûre qu'il s'en aperçoive tant il est loin de ses équipes.)).
Enfin bon.

Trois cartes de vœux (écrites), ce qui fait cinq. Je suis terriblement en retard.

Allemand (cours): J'ai posé la question des fiches de lecture à M. Boss. Ça l'a fait rire : «Laissez tomber. Considérez-les comme des exercices scolaires, académiques.»

Vietnamien (resto): Comme O. à la voiture, H. accepte de passer me chercher à la gare pour me déposer à Montgeron. Vous dînons ensemble et parlons de B., inévitablement. Celui-ci ne veut plus aller aux Etats-Unis. H. est désemparé, exaspéré, il voit tout ce pour quoi il travaille depuis décembre 2014 (avec le soutien sans faille de son patron) s'écrouler. Il pense à tous les engagements qu'il a pris envers des gens qu'il considère maintenant pour certains comme des amis.

Catéchisme: information/formation des parents avant la prochaine rencontre avec les enfants. C'est intéressant de voir les messages que fait passer le prêtre en une heure à des parents un peu déboussolés de tant de nouveautés sur l'œcuménisme, la responsabilité de l'Eglise dans les affaires de pédophilie, l'exégèse et l'ancien testament).

Patatras

B. rétrograde H. de DG au poste de directeur technique. Il lui retire sa délégation de mandataire sociale qui faisait qu'en pratique, H. prenait toutes les décisions. Il était l'interlocuteur privilégié de la BPI. Fin du projet américain (?)

C'est bizarre, cette impression que le monde prend les couleurs de Trump, c'est-à-dire de la bêtise arbitraire et de la folie.
Hier, en écoutant L'Amérique de Kafka, je songeais que cet arbitraire du monde, cette impossibilité de ne jamais pouvoir se faire écouter, que jamais la vérité ne puisse éclater et redresser les malentendus devaient directement provenir de l'expérience de Kafka juriste dans une société d'assurances.

Je lis La supplication.

Douches froides

Vendredi soir H. apprend que B. reste à l'hôpital.
Samedi il apprend que B. a envoyé un sms à un directeur de l'entreprise.

C. et I. se séparent. Ils n'auront pas tenu quatre mois ensemble une fois quittée la maison. Voilà qui relativisent les remontrances de C. concernant notre tendance à nous disputer souvent, H. et moi.

Apéro chez le voisin qui a reçu samedi une lettre de convocation à un entretien préalable à licenciement après trente ans dans la même entreprise. Son patron ne supporte pas la place qu'il a prise. Il est terriblement démoralisé. Sa femme a essayé de joindre H. tout le week-end, mais celui-ci, lui-même découragé par la résurrection de B. après quinze jours de silence, a laissé se décharger son téléphone sans le recharger. En désespoir de cause, la voisine a fini par me téléphoner (je ne suis pas celle à qui on téléphone. Je suis celle sur qui l'on compte pour répondre aux mails et se souvenir des dates.)
Nous allons donc prendre l'apéro pour donner quelques conseils sur la façon d'aller à l'entretien (se faire accompagner, toujours) et de prendre un avocat. (Leur expérience de la justice est celle des divorces et gardes d'enfants: c'est autre chose, mais ça fait également dresser les cheveux sur la tête par instants.)

En rentrant, H. finit par donner un coup de fil à l'un des directeurs: B. est sorti de l'hôpital et se repose chez sa mère.

Temps magnifique

Il fait froid, peu de monde à Melun. Yolette de quatre, trois rameurs et un barreur. Je déteste ça, je me souviens d'une ou deux sorties très dures ainsi. Je suis à la nage (puis Christian, Damien), Franck se dévoue et barre toute la sortie. Il y a si peu de courant que je ne me ferai pas mal.

Quand j'arrive à la maison, les livreurs sont passés livrer notre matelas de trente-cinq centimètres. Le lit a gonflé, il vogue sur le parquet, il ne lui manque qu'une voile pour s'élancer vers le large.

Nous allons voir Paterson, film entièrement dédié à la poésie et au quotidien. Comment habiter poétiquement le monde, ou plus optimiste encore, comment serait-il possible de ne pas habiter poétiquement le monde?
«Au fond, dit H., quand on y regarde suffisamment de près, tout le monde est dingue», ce qui est une autre définition la poésie du monde, le détail qui détone, la rationalité qui prend la clé des champs.
La bienveillance dans ce film est permanente, extrême et sans pesanteur.
C'est un film qui se regarde, où il s'agit de regarder les images: ce n'est pas un film à écouter (contrairement aux films habituels de Jarmusch), c'est un film où le plus grand événement est sans doute une panne de bus.
Frank O'Hara : qui est Frank O'Hara?
C'est très égloguien: Paterson (les biscuits, etc), mais aussi le fait que le personnage principal porte le nom de la ville.

Derrière moi

L'oral est passé (question après l'exposé: «comment expliqueriez-vous à l'homme de la rue la différence entre Thomas d'Aquin et Schillebeckx?»)

Bavardage avec une jeune esthéticienne venue des îles. Elle et ses amis n'utilisent que des assiettes et des couverts jetables quand ils dînent ensemble.
— Ce n'est guère écolo… et je n'aime pas manger dans des assiettes en carton.
— Oui, mais après il faut laver, et puis j'ai peur qu'on me casse ma vaisselle.
— Oh mais c'est de la vaisselle Ikéa, hop, on rachète.
— Oui, mais il faut y aller… Mais moi non plus je n'aime pas la vaisselle jetable. Quand les copains me donne une assiette en carton, ça va encore, mais des couverts en plastique…
— Lancez une nouvelle mode, amenez votre assiette et vos couverts quand vous allez chez vos amis.

J'ai passé l'oral. Demain carte de vœux, billets de blog, le dernier Jarmush, une sortie sur la Seine, des livres lisibles… Demain est un autre jour, je vais me coucher, je suis debout depuis trois heures, oral oblige.


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Et puis quand même : investiture de Trump. Pourquoi cela m'affecte-t-il autant, après tout je ne suis pas concernée. Mais d'une part je le suis, évidemment; et d'autre part je ne peux m'empêcher de ressentir de la honte, une honte collective, commune, une complicité à faire partie d'une humanité capable d'élire un type qui s'est moqué d'un handicapé, qui a fait rire des plus faibles, qui a pour ambition d'écraser et non de protéger (voir le discours de Meryll Streep qui exprime cela parfaitement). Je suis accablée de me prendre cette vérité en pleine poire. Je la connaissais, bien sûr, mais je l'évitais, je l'oubliais. Réveil brutal, KO debout depuis novembre.

Riposte

Encore une règle du monde comme il va : quand on creuse derrière les réclamations de ceux qui râlent très fort en mettant tout le monde en copie, on trouve souvent une action ayant tendu à profiter du système en ne respectant pas tout à fait les règles. En y réfléchissant, c'est logique, puisque s'ils râlent si fort, c'est que soudain le système leur résiste alors qu'ils sont dans leur droit, alors qu'ils l'avaient fait fléchir quand ils ne l'étaient pas.
Souvent ils font tant de bruit qu'on ne regarde pas de près, on essaie de leur donner satisfaction, d'une part parce qu'ils sont dans leur droit et d'autre part parce que leur tintamare gêne toute réflexion sereine.
Parfois ils dépassent leur but (overkill), ils font tant de bruit qu'on décide d'aller y voir de plus près, il y a un ou deux points qu'on ne comprend pas, il y a des incohérences et on finit par être curieux. Alors on creuse et on découvre soudain que s'ils n'avaient rien tordu, que s'ils s'étaient comportés correctement, leur légitime réclamation actuelle n'aurait jamais eu lieu d'être. Ils ont provoqué leur propre malheur.
C'est avec une certaine satisfaction qu'on expose l'enquête et ses résultats à tous ceux qui étaient en copie de la réclamation initiale et des multiples mails de relance en caractères gras.

Baisers volés

Tellement en retard pour mon oral que j'ai posé une journée de congé. J'ai tout repris sous un autre angle. Article "symbole" de Ricœur dans Introduction à la pratique de la théologie.

Regardé Baisers volés de Truffaut. DVD double face, au dos Antoine et Colette. Témoignage sur un monde disparu, pressage de vynil et pneumatique.
Il me semble qu'une réflexion de la jeune fille reprend exactement ce pour quoi Facebook s'insurge aujourd'hui: «Tant mieux si c'est éclairé, ça vous évitera de me tripoter». Omniprésence du désir masculin, lourd, obsédant; impression de chasseur et de gibier. Un film pareil ne serait-il pas attaqué aujourd'hui pour cette traque qu'il montre comme évidente, naturelle?

Journée lisse

Double Sofia avec Philippe. Il fait très beau et très froid, si froid que nous transpirons à peine. Les doigts se réchauffent lentement. J'ai essayé les moufles, mais cela emprisonne les mains et je ne me sens pas rassurée en bateau court de ne pas avoir ma liberté de mouvement. J'essaierai en quatre. Les yeux pleurent contre le vent du nord. Dès que je suis avec quelqu'un qui ne m'impressionne pas, je rame mieux. Bateau plus équilibré.

Journée sans aspérité. Je décris tout ce que je fais en tenant une chronologie annuelle (savoir dans quel ordre enchaîner les tâches au moment de la clôture est précieux) dans l'idée de laisser mon poste dans un an. Cela ne sera sans doute jamais lu, mais sait-on jamais. Nous avons découvert un dysfonctionnement exaspérant : si la sécurité sociale envoie un flux au gestionnaire de prestations1 et que celui-ci n'a pas de RIB pour rembourser ce qu'il doit, il ne fait… rien. Pas de demande de RIB, rien. Si l'affilié ne s'inquiète pas, il n'est jamais remboursé. Comment cela est-il justifié en comptabilité? Cela passe-t-il en pertes et profits au bout de deux ans? Ou cela n'atteint-il jamais la comptabilité, restant coincé au niveau de la technique?
Je déteste ces no man's land des circuits technico-informatiques. Il faut un hasard pour les découvrir.
Et nous découvrons tant de choses par hasard, parce que quelqu'un pose une question innocente, que j'ai l'impression vertigineuse qu'il y a des erreurs de tous côtés. Quelle était la citation? «Cela nous submerge. Nous l’organisons. Cela tombe en morceaux. Nous l’organisons de nouveau et tombons nous-mêmes en morceaux.»

Je récupère la voiture gare de Lyon. J'en profite pour acheter trois répertoires à la librairie au coin du parking, des Clairefontaine référence 9609C, mes préférés difficiles à trouver.

Note
1 : le règlement des prestations est délégué à un prestataire.

Disparition annoncée

Par une bizarrerie (sans doute de la négligence), après m'avoir traitée comme une indésirable, la S*RC continue à m'envoyer les comptes rendus de ses assemblées générales.

Je signale donc à ceux que cela pourrait intéresser que le site risque de fermer pour une durée indéterminée. Si vous voulez faire des copies de certains documents (je pense en particulier aux versions intégrales des Eglogues (je ne retrouve pas Journal romain), mais aussi à certains articles ou interviews), dépêchez-vous.


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Je ne suis pas allée ramer. Je lis désespérément lentement. H. a invité les voisins pour une galette, je me suis enfuie au bout d'une demi-heure pour continuer de lire. O. et H. ont choisi un abonnement sur un serveur pour héberger vehesse qui lui aussi risque de ne plus être en ligne un certain temps (et être très dépeigné quand il réapparaîtra).

Le soir The Brass Teapot, traduit moins joliment en Cash Teapot. Un joli conte, agéable à regarder, presque pour enfants. Je note le rôle normatif du Seigneur des Anneaux: le héros prend une décision d'ordre moral après avoir comparé la situation à celle de la compagnie de l'anneau: «nous venons de rendre l'anneau à Sauron!» (remarque incompréhensible pour qui ne connaît pas l'histoire de l'anneau). En cela, et comme Harry Potter je pense, Le Seigneur des Anneaux fait désormais partie des mythes du temps présent.

L'annonce de la fermeture du site de la S*RC me fait poser une fois de plus cette question proustienne: ai-je perdu douze ans de ma vie pour quelque chose qui n'en valait pas la peine? Et surtout, surtout, remords lancinant, sont-ce les enfants qui en ont payé le prix?

Abus de pouvoir

Je vois venir le moment où l'un des administrateurs de la mutuelle va m'obliger à accorder un passe-droit à un cadre supérieur, cadre auquel nous avons déjà dit non quatre fois et qui à chaque fois va plaider sa cause indéfendable auprès de quelqu'un d'autre. Dommage, il s'est adressé au trésorier, très sensible aux marques de pouvoir. Le président nous aurait fait confiance et aurait dit non.

Et comme ce cadre a une particule (et même deux: de machin de truc), toute la détestation des privilèges remonte dans mes veines plébéiennes.


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Je lis L'économie sacramentelle du salut et c'est passionnant (qui l'eut cru?).

Oulipotes

Il y a tant de vent que j'hésite un moment à me rendre à la TGB. Avis de tempête sur la France. J'y arrive tard, trop tard pour la séance (il paraît que c'était très bien).

Pizzéria. J'interroge Sophie sur son voyage en Russie. Elle m'impressionne, elle a voyagé seule entre Moscou et Saint-Pétersbourg, prenant le train, se débrouillant dans un pays où quasi personne ne parle anglais, où l'alphabet est différent («on est content de s'être tapé le cyrillique!») Elle chante les louanges des outils modernes, le téléphone qui permet les traductions et les plans dynamiques.

Chocolat équitable dont la particularité est d'être fabriqué sur place, au Costa-Rica, et non en Europe.

Conversations de mélomanes. «Bellini, Bellini, je déteste Bellini. La seule chose qui me fait supporter Bellini, c'est d'avoir découvert son influence sur Chopin».
Etonnants amis mélomanes, qui ne méprisent rien, s'intéressent à tout, sont capables de parler du la bémol (est-ce un la bémol?) de la chanson "Libérée, délivrée" de La Reine des neiges: un vrai amour, une vraie curiosité qui ne se ferme aucune porte (cette remarque à titre de leçon générale pour moi-même).
En les écoutant, je me rends compte que mon seul vrai intérêt pour la musique contemporaine est pour la musique de film. J'évoque la bande originale de Fury Road et The grand hotel Budapest.
Dominique évoque Bob Dylan. Il fait les mêmes remarques que Guillaume sur la difficultés de ses textes. Il confirme que "How many roads must a man walk down" est de Dylan, ce qui était bien mon souvenir (on m'avait dit non); or il me semble que "42" était la réponse à cette question (car dans Le guide intergalactique, nous avons la réponse, mais pas la question).
En rentrant je recherche la page de cette réponse, en vain.

C'est quoi ce délire ?

Cette expression me paraît traduire WTF mieux que "Fichaises", qui serait plutôt bullshit, à mon sens.

Il y a quelques temps (six mois, un an?) avait couru la rumeur que la directrice des ressources humaines de notre entreprise allait partir: mobilité dans le groupe ou démission? J'avais émis l'idée qu'elle remplacerait peut-être mon supérieur bien-aimé dont le départ en retraite est proche.
Puis il ne s'était rien passé.
Nous avons appris à midi qu'elle devait bien partir. Elle avait même fait un pot de départ avec ses équipes.
Puis elle était restée.



(Par ailleurs, des rumeurs courent sur le départ d'à peu près tous les cadres de direction alors que le nouveau DG vient d'arriver.

Aristote

Ethique à Nicomaque.
je copie-colle un quart de mes notes, par extraits.

Bonheur : activité de l’âme en accord avec la vertu.

C’est en pratiquant les actions justes qu’on devient juste, les actions courageuse qu’on devient courageux.
La vertu morale est une disposition de la volonté. C’est un habitus que nous accueillerons par habitude. La vertu ne préexiste pas à nature ou aux actes. Disposition constante et répétée : on n’est pas vertueux pour un acte de temps en temps. Disposition de la volonté libre. Comment commencer : rôle fondamental de l’éducation.

La justice : volonté constante d’attribuer à chacun son droit. (définition traditionnelle). Un juste milieu dans la chose. C’est une justice objective. Le but de la justice est le bien.
La vertu vise le juste milieu. Comment comprendre le juste milieu ? (livre II 1106 a 30) Un sens absolu : point identique pour tt le monde. Par rapport à la chose. Un sens relatif : par rapport à nous.
Livre IV : la générosité comme la vertu de celui qui les exerce toutes. Problème : la générosité n’est pas un juste milieu. Un excès. Cependant Aristote va essayer de démontrer que la générosité est un juste milieu. Je ne donne que pour recevoir.

1124b10. Aristote abandonne la question de la générosité pour passer au livre V : la justice comme vertu supérieure. Juste milieu dans la chose. Distingue entre justice générale (légale. Même fonction que la loi) et justice particulière (justice distributive entre les différentes parties de la cité. Justice corrective. Règle les échanges.) La justice particulière se réfère à l’équité. La justice est la plus parfaite parce qu’elle contient toutes les autres vertus.
Triple spécificités : - ne porte pas sur mes passions mais sur mes actions
- ne règle pas mon rapport à moi-même mais les rapports à autrui (ou entre autruis)
- met en œuvre des principes mathématiques : égalité arithmétique (maintenir l’égalité pour avoir l’égalité. Un bien qui vaut deux = deux biens qui valent un) et égalité géométrique (à des mérites inégaux des récompenses inégales. La justice n’est maintenue que si l’on maintient l’inégalité. Justice distributive) .

Définition : la justice est une disposition volontaire et constante à attribuer à autrui ce qui lui revient selon une égalité soit géométrique, soit arithmétique. Aristote se réfère à la loi civile. Résultat de la délibération de citoyens qui se reconnaissent mutuellement comme libres et égaux en droits (homme, propriétaire, époux, chef de famille). Il s’agit de régler des différends. Détermination du bien totalement immanente à la cité. Il n’y a que des applications particulières. L’équité : la jurisprudence. Fondamentalement, pas de distinction entre la loi et la justice. Il n’y a pas de loi naturelle chez Aristote, pas d’écart entre la justice et la loi. Pas de fonction critique de la justice. Ne pas christianiser trop vite Aristote.
De même, le traité de l’amitié n’a pas de rapport à la charité. Les bons comptes font les bons amis. Une logique d’équivalence qui empêche toute notion de surabondance. Aristote : l’homme le plus heureux est celui qui pratique la plus haute vertu, et donc la justice. Le citoyen le plus vertueux est celui qui se tient lieu à lui-même de loi. C’est le philosophe. On retrouve cette idée de St Paul Rm14: celui qui se tient lieu à lui-même de loi.

Dimanche

Messe d'abord, puis une heure de catéchisme après.
Messe "des familles" : un genre qui ne me correspond pas, du bruit en permanence, un fond de chuchotement et de papiers froissés. J'aime le silence et le recueillement. Tant pis.

Le plus gênant dans cette histoire de caté, ce sont les parents qui restent: non seulement je ne peux pas dire ce que je veux (enfin, dans la forme!) mais c'est agaçant cette mère qui reste auprès de sa fille pour lui souffler les réponses. Comme si le problème était d'avoir des réponses. Moi j'aime les questions, surtout avec les enfants: il arrive toujours qu'ils vous désarçonnent, qu'ils vous présentent un angle de vue inattendue.
Les enjeux: comment les marquer, comment leur donner quelques fondamentaux qui pourront leur servir pour vivre (ou pour croire, mais je ne sépare pas véritablement les deux)? d'autre part, comment les détacher de cette obsession de la "bonne" réponse pour les pousser à réfléchir et dire ce qu'ils pensent, même si ce n'est pas "orthodoxe"? : comment leur donner confiance dans ce qui se joue ici? Ce n'est pas l'école.

Notes pour la prochaine fois : mieux préparer le minutage, m'asseoir du côté du tableau, installer les tables en rectangle et non en carré et m'installer à un petit côté de façon à embrasser tout le monde d'un coup d'œil.

C'est petit, un CM1 (neuf ans). J'avais oublié.


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Agenda H. et O. passent deux heures à remettre le réseau d'équerre. Réadressage des différents appareils connectés.
Fou rire mémorable dans la cuisine quand nous faisons découvrir à H. la légendaire vidéo de Winnie l'Ourson.
Le soir, The OA 2 et 3.

Ethique et marivaudage

Les deux ne sont pas liés.

Journée de TG.
Etant arrivée en retard, je ne sais exactement quel était le titre de la journée, mais le contenu fut le cours d'un théologien moraliste rédacteur en chef à La Croix sur l'éthique (en suivant Ricœur, les chapitres 6 à 8 de Soi-même comme un autre) et la morale (comme obéissance à la norme ou aux normes).
«Le chrétien est moral, il se réfère à des normes. C'est extrêmement mal vu aujourd'hui, de respecter des normes. Cependant, la norme ne doit jamais avoir le dernier mot. Selon St Thomas (entre autres), le plus grand péché est de ne pas respecter sa conscience.»
Je cite sa définition du libéralisme économique: «offrir le plus grand choix à chacun» et celle du christianime: «répondre à un appel (une vocation)».

Greiner a beaucoup insisté, comme désormais tous nos professeurs ou presque depuis l'année d'ecclésiologie, sur l'aspect communautaire des pratiques et surtout sur le fait qu'il n'y avait pas de foi sans praxis (pratiques : il s'agit ici de pratiques religieuses, prière, rassemblement, participation aux sacrements, et non de "bonnes actions", qui ne sont pas proprement chrétiennes, évidemment).

Curieuse discussion — à deux doigts de la dispute — à propos du permis de tuer de façon "extra-judiciaire" (traduire: illégale) de futurs terroristes. Deux élèves défendent l'obligation de se défendre au nom de la Real Politik. Greiner fait remarquer qu'au nom du Décalogue il est tout de même permis de s'interroger. Les deux élèves paraissent le tenir pour un doux rêveur.
Pour ma part, je n'étais pas au courant de cette récente polémique. Il me semble d'une part que cette pratique est évidente depuis la prise d'otage de la maternelle de Neuilly et la traque du terroriste Khaled Kelkal. Je regrette que les terroristes soient abattus systématiquement car il me semble que nous nous privons de témoignages importants.
Par ailleurs, je suis persuadée depuis l'expérience des procès de Nuremberg que le procès a une valeur cathartique (écouter, faire parler) et historique (laisser une trace autre que journalistique) fondamentale.
Quoi qu'il en soit, si un chef d'Etat décide des exécutions "extra-judiciaires", il me semble que cela devient son fardeau personnel. Cela fait partie du poids du pouvoir. En aucun cas il ne doit en faire l'étalage: qu'est-ce qu'un chef d'Etat d'un Etat constitutionnel qui se vante de ne pas respecter la loi? Que cette histoire éclate maintenant me laisse soupçonner une manipulation des bas instincts de la population: «Voyez, la gauche n'est pas si molle que vous le pensez, regardez ce que nous faisons pour vous».


Le soir, nous assistons à Villebon/Yvette à trois pièces en un acte de Marivaux au bénéfice de l'association Rétina qui aide la recherche sur les maladies de la vue.
L'ensemble est très plaisant; je suis toujours aussi ébahie à l'idée que des auteurs du XVIIIe siècle faisaient jouer de telles satires devant la noblesse: quels portraits peu flatteurs! Quels penchants féministes! Et quel recul au XIXe siècle: Balzac, Hugo ou Flaubert n'ont jamais atteint ce niveau de mordant.

La dispute : les femmes sont spontanément coquettes et égocentriques, les hommes sont fraternels tant que les femmes ne les poussent pas à la querelle. Cependant l'un et l'autre sexe est volage et inconstant, sans que la responsabilité puisse être rejetée sur l'un ou sur l'autre.
Cette pièce tient de l'expérience de laboratoire, mi-Ecole des femmes, mi-Barjavel. Un très beau jeu de miroir, au sens propre et figuré. Les acteurs masculins jouaient à merveille les benêts sautillants.

La colonie : une sorte de Lysistrata. Les femmes d'un navire échoué décident de faire sécession si le pouvoir des assemblées n'est pas partagé. La meneuse souhaite même qu'il y ait des femmes avocates!
Malheureusement le camp des femmes se dispute beaucoup, et surtout, les femmes n'ont pas appris à se battre: il leur faut compter sur les hommes pour se défendre. (Finalement, sans doute n'est-ce pas pour rien qu'en France, ce sont les guerres mondiales qui ont fait avancer la cause des femmes.)

Les acteurs de bonne foi était moins intéressante: une pièce dans une pièce, classiquement, avec des acteurs ne sachant plus où s'arrêtent leur rôle et commencent la "vraie" vie.

Pas le jour

Zut, je suis agacée. Et je devrais travailler et je ne travaille pas. Tout est allé de travers aujourd'hui, à peine, imperceptiblement, bien peu par rapport à l'agacement généré, à commencer par le réveil que je n'avais pas mis à sonner, le téléphone oublié dans la voiture dont je ne savais plus si je l'avais fermée, les "amis" FB qui vous menacent si vous ne signez pas leur pétition (??) alors qu'eux-mêmes ne réagissent jamais à aucune de vos sollicitations, ceux qui vous signalent que votre statut est ridicule, A. qui est incapable de comprendre que si j'envoie une question par sms c'est pour avoir une réponse et ce soir le réseau de la maison qui est tombé (problème d'adresses, de baux DHCP) alors que je me faisais une joie de regarder la suite de The OA.

(Mais qu'est-ce que j'ai? Rien de cela ne justifie mon énervement. La frustration aussi de savoir que si j'expliquais ma façon de penser à deux ou trois niquedouilles, ils ne s'en remettraient pas et qu'il faut donc que je me retienne. Je suis trop gentille.)

Et sinon il y a ça qui traîne (GOP: Républicains = Great Old Party): «domaines que les Républicains souhaitent réguler». Je le publie moins pour la sixième image que pour les cinq premières, résumé lapidaire de ce qui désormais occupe le devant de la scène (je me souviens d'une époque où c'était la guerre froide, la faim dans le monde, le prix du pétrole (élevé)).




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