Billets pour la catégorie 2017 :

Dernier jour

Voyage Yerres-Blois dans l'après-midi. Très douloureux pour H., j'espère que cela aura au moins pour effet de faire descendre le caillou.

Nathan nous appelle sur Facetime. Je suis heureuse et étonnée que nous n'ayons pas perdu son amitié à travers cette année tourmentée. Il est en voiture, autour de lui défilent les paysages enneigés de Pennsylvanie.

Soirée en famille et beaucoup de champagne pour le petit nombre de buveurs. J'ai droit à mon portrait Snapchat avec oreilles de lapin ou de chien, je suis donc entrée définitivement dans le XXIe.

— Vous avez vu mon côté Jennifer Aniston ?
— Plutôt Jennifer qu' Aniston.

J'ai reçu de quoi m'offrir un vol en avion de chasse : le billet n'a pas été acheté car il faut un certificat médical au moment du paiement. Je vais en profiter pour faire le test d'effort recommandé par mon généraliste.

L'heure du bilan annuel : positif, le voyage de cet été (les nuages, les paysages, les rêves, l'accueil de Rémi, de JY et de Michèle à Prague) et la MX5, les nouvelles fenêtres et la rénovation de l'escalier qui rendent la maison accueillante ; négatif, la folie de B. qui a fait s'écrouler le rêve américain, l'obsession de G, le départ d'Aurélie et d'Hubert, le lumbago.

Dernier samedi de l'année

— Il n'y a plus d'anthropophage ?
— Non, on vient de manger le dernier.




Et sinon, une recette de vin chaud.
750 ml de vin rouge (Graves 2015)
50 ml de brandy (j'ai utilisé du cognac)
100g de miel
4 graines de cardamone
3 clous de girofle
2 bâtons de cannelle
le zeste d'une orange.
Amenez l'ensemble à ébullition puis filtrer. Versez sur des amandes et raisins.

Le soir encore Red en enregistrant des livres dans LibraryThing.

Froid

La température au Canada et au nord des Etats-Unis atteint les -50 °, ce qui permet à Trump de confondre climat et bulletin météo.
Gwenaëlle avec qui je rame en double en Melun est à Montréal en ce moment.

Journée de solitude et de froid au bureau (font-ils des économies de chauffage dans notre couloir ?)

Je passe à la Madeleine pour un café viennois chez Ladurée et prends une glace (Ispahan : framboises et pétales de rose).

Jumandji II

Je quitte tôt le bureau pour aller voir Jumandji 2 (je suis fan du premier dont je regarde régulièrement la cassette pixellisée sur notre écran trop grand.)

A mon sens c'est une réussite : « Mais qui joue encore aux jeux de plateau ? » Et le jeu, réactif, de s'adapter de lui-même en jeu vidéo. L'action ne se passe donc pas dans notre monde comme dans le premier, mais dans le jeu lui-même, avec toutes les caractéristiques d'un jeu vidéo, une quête, des niveaux, des vies à utiliser (trois, ou plutôt deux, car si vous perdez la troisième, vous êtes mort). La réussite du film tient en quelque chose de fragile, difficile : une maladresse simulée, celle du joueur qui joue imparfaitement à un jeu dont il ne connaît pas les règles.

Notons des allusions à Indiana Jones et aux Gardiens de la galaxie et un cours de séduction (« Il faut que tu te touches tout le temps tes cheveux et que tu te mordilles les lèvres »).

Classement/Rangement

Je range paresseusement quelques livres (référencement dans Librarything : je me demande régulièrement pourquoi je continue à le faire) avec Breaking bad en fond : il est toujours intéressant de prendre conscience des allusions au futur qui ne pouvaient être comprises à une première vision.

Une belote de trop

Après avoir oublié de jouer hier (discussions d'hôpital obligent), nous avons commencé un mille vers quatre heures, qui s'est transformé en deux et la belle, tant et si bien que mes beaux-parents ont dormi à la maison. (O. et moi avons perdu, mais c'était très serré.)

Noël

Et de nouveau dans la cuisine : un chapon farci aux pommes et poires poêlées (le secret c'est l'humidité de la poire).

O. me confie tandis que nous essuyons les verres (car la jolie vaisselle ne passe pas au lave-vaisselle) : « j'ai l'impression d'avoir passé les vacances dans la cuisine».
Et en effet, s'il n'y a pas plus de travaux que d'habitude, il y a nettement moins de participants. (J'aime beaucoup les scouts qui appellent « services » ce que je nomme « corvées ».)

C. repart avec mon iPad : il me le rendra en juin, après la remise de ma dissertation d'anthropologie chrétienne (à moins que je ne choisisse un oral ? Mais la professeur m'impressionne tant que je pense choisir un écrit.)

Dans la cuisine

Marché. Un chapon et deux poulardes. Le fermier (un charmant jeune homme ressemblant à Di Caprio, tandis que Juliette, la vendeuse, ressemble à Emmanuelle Béart : à croire que c'est un critère d'embauche) m'a proposé de porter mes paquets à la voiture :
— Inutile, je fais de l'aviron.

Curry d'agneau le midi, bûche au chocolat l'après-midi (pour une fois que j'ai accès à la cuisine, je fais des expériences), poulardes le soir avec des châtaignes cuites dans du miel (celui qui fait la cuisine choisit les recettes et je suis la seule à réellement aimer les châtaignes)).

H. va beaucoup mieux, la fièvre a cédé.

Deux cours et un pot

Allemand : dernier cours avec ce professeur dont le moins qu'on puisse dire est qu'il aura été désinvolte : s'arrêter à cinq heures parce qu'il a ses enfants à aller chercher à l'école, pas une femme n'aurait osé le faire (je m'en souviendrai). C'est un professeur d'histoire et de théologie très respecté, d'où sans doute l'indulgence dont il bénéficie. Et je conviens que son esprit de synthèse est remarquable et permet de comprendre les thèses d'un texte en quelques mots.

Je prends un pot avec Jean-Marc. Ça me fait plaisir, je n'aurais pas osé le contacter. Il a commencé le cycle C en même temps que moi mais a fait deux année en une l'année dernière (anthropologie et agir chrétien). Il est donc en année de rédaction de mémoire et me raconte drôlement sa solitude : « je ne suis pas main stream » dit-il en évoquant le côté catho dans la ligne du parti de ses congénères (bien fait, il n'avait qu'à rester avec nous. Je lui en ai voulu : l'année où je n'avais enfin plus de cours de langue, ils ont arrêté de prendre une bière avant les cours en même temps que ceux-ci commençaient une demi-heure plus tôt. Les buveurs ont soit abandonné (Kamel, Daniel, Marc) soit comme Jean-Marc choisi de progresser plus vite).
Nous échangeons des nouvelles, des trucs et astuces. Je pense souvent à lui car c'est lui aussi qui me fait sentir comme Jonas à bord du bateau.

Cours de grec. Le logo de l'office du tourisme d'Israël est une référence à Nombres 13,23.

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Ça c'est de la culture gé !

J'apprends également l'existence de la fondation Martin Bodmer : Martin Bodmer a été un grand collectionneur de manuscrits et d'autographes. Sa collection ne voyage pas (elle n'est pas prêtée, ou rarement) mais la fondation organise des exposition. Notre professeur nous recommande celle sur la traduction qui se déroule actuellement.

Grec

Récupéré H. à l'hôpital ce matin.

Traduction de la Septante. Construction parallèle et échos, sans doute un effet de la syntaxe et des traditions hébraïques.
Les Nombres, livre austère. Ce n'est qu'en le traduisant que j'en découvre la poésie.

Un informaticien à l'hôpital

Vers midi, H. au téléphone, enflammé : « Non mais tu te rends compte, leur système informatique… Incroyable ! »

Et de me raconter en s'échauffant les deux systèmes informatiques qui ne communiquent pas entre les urgences et l'hôpital "ordinaire", l'obligation de tout ressaisir entre les deux services, le logiciel qui a compté trois injections d'antibiotique alors qu'il n'en a reçu qu'une (« l'infirmière a l'habitude, elle a tout revérifié avec moi »), les données de l'examen biologique dissimulé six écrans plus loin, l'ergonomie de l'application sans lien avec les besoins réels du métier (« elle m'a dit que 80% des gens qui viennent ici arrivent à cause de problèmes d'hypertension : ça devrait être la chose la plus facile à saisir, apparaissant immédiatement sur l'écran, immanquable : eh bien non, les champs à saisir sont cachés je ne sais trop où… »), etc.

Pendant qu'il fait ainsi l'audit du système informatique et des process il pense moins à la douleur et je préfère cela, mais j'ai le cœur serré quand il prononce son jugement final : « je vois se mettre en place ce que j'ai vu dans les [lieux où il vend ses logiciels] : un circuit parallèle d'informations pour contourner l'informatique. Et le garant de ce circuit parallèle, c'est le patient lui-même, ce qui implique qu'il soit en état de répondre, qu'il ne soit ni bête, ni trop âgé, ni trop malade.»



H. est opéré dans l'après-midi : pose d'une sonde entre la vessie et le rein pour éviter l'engorgement de celui-ci.
Je suis dans sa chambre quand il remonte du bloc vers sept heures du soir. Un instant guilleret, il déchante vite. Le chirurgien passe, hésite à le laisser sortir : qu'en pensons-nous ? J'interviens : « Vous avez des protocoles ? Suivons-les.»
H. reste à l'hôpital pour la nuit. Cela me rassure.

Les SMS de la nuit

Arrivés aux urgences vers dix heures. Attente. H. est appelé vers onze heures moins le quart. Je reste en salle d'attente. Je retranscris ses SMS avec les heures qui apparaissent sur mon téléphone.

dimanche 23:00
— Je suis tombé sur une pas rapide.

Il revient : « ils m'ont pris une pinte de sang. Maintenant ils le mettent en culture, il faut attendre une heure.» Evidemment. Incompressible. Nous attendons. Un navet à la télé doublé par des voix perçantes. Escapade à Noël. Peu de monde, quatre ou cinq familles, des fillettes de huit à douze ans. Nous avons sommeil, les bancs sont durs et la lumière crue, impossible de trouver une position confortable. Je me lève et fais les cent pas.

Il est à nouveau appelé. SMS.

lundi 01:03
— Médecin toujours pas là.

— Bien installé.

— Je vais être sous antibiotiques. L'opération va sans doute être avancée

— On a eu raison de venir
(C'était la grande question : étions-nous en train de sur réagir ?)

— Antibiotics en perfusion

— Je sors ce soir pour sans doute revenir me faire opérer demain

— L'urgentiste appelle l'urologue demain

— J'attends que l'on me pose ma perfusion et après y en a pour 15 mn
(Et moi qui croyais que c'était en cours…)

— Non. J'ai eu droit à une oscultation en règle. Demain échographie à 10h.

— Je suis sous perf.

Il me propose de venir mais je refuse : je tombe de sommeil, j'ai mal partout, je marche pour tromper l'attente sans pouvoir échapper au nouveau film débile (Le plus beau char de Noël). Je ne me sens pas la force de rester assise sans rien faire dans la pièce où il est perfusé.

— Complication. Je fais une allergie à qq chose.

— Allergie à l'antibiotique.

— Je suis sous anti-istaminique et un produit genre ventoline en micronisation.

— Plaques rouges partout.

Finalement ils l'ont gardé et je suis rentrée seule à trois heures du matin.

Zachée

C'est l'un de mes week-ends théologiques. Combien de week-end sans ramer, deux, trois ?

Catéchisme pour les enfants de CM2. Episode de Zachée. J'explique, j'explique, j'explique. Est-ce que je les ennuie ? Avoir tort et faire du tort, non, ce n'est pas la même chose ; non, salut ne veut pas dire (ici) bonjour ; la lèpre peut faire tomber le nez mais oui on peut respirer car on respire avec les trous ; ex-il et ex-ode ont le même préfixe ex- qui veut dire sortir (expirer, extérieur) ; exil à Babylone, puis les Perses puis les Grecs puis les Romains ; quel grand empereur grec connaissez-vous ? (je ne sais pas ce qu'ils savent, je n'ai aucune idée de ce qu'ils apprennent à l'école ou à la télé. Un ou deux ne semblaient pas connaître Noé).

Une fillette est persuadée que si Zachée est monté dans l'arbre, c'est parce que c'était dangereux et qu'il forcerait ainsi Jésus à lui dire de descendre. On a dû lui interdire de monter aux arbres, elle illustre parfaitement le biais biographique du lecteur qui se projette sur le récit.

« Fais appel au cerveau » m'a dit Jacques, mon camarade d'allemand protestant avec qui je comparais les méthodes pédagogiques de nos deux confessions (catastrophiques dans les deux cas).


H. a mal et jongle avec ses anti-douleurs : il ne faudrait pas attaquer son foie qui est fragile depuis l'hépatite A de 2000. Vers le soir il a de la fièvre, 39°. Que faire, urgences ou pas ?
Toujours nous nous référons à mon oncle vétérinaire : qui dit fièvre dit infection. Urgences.

Irons-nous tous au paradis ?

Titre faisant référence à ceci (pour ceux qui n'auraient pas reconnu).

TG sur l'eschatologie (ie, l'au-delà et les fins dernières).
Cette année, les TG présentent une ambiguïté déconcertante : comme d'habitude nous devons lire des textes et préparer nos réponses aux questions d'un dossier, mais la chargée de TG semble considérer qu'elle doit simplement s'assurer que nous avons bien compris les textes en question et que nous ne devons pas déborder sur d'autres aspects du sujet.

Aujourd'hui il s'agissait des positions de l'Eglise concernant l'au-delà, avec un curieux avertissement : si les théologiens ont la charge de s'interroger, il s'agit pourtant de ne pas désarçonner le peuple des fidèles peu habitué à ce type de recherche (un faux air de "ne pas désespérer Billancourt").

Les deux autres textes provenaient de Karl Rahner et Louis-Marie Chauvet. La position de fond est simple : tout homme peut être sauvé ainsi que le Christ l'a promis par sa mort et sa résurrection.

Les choses se sont compliquées (pour ne pas dire envenimées) lorsque j'ai fait remarquer qu'il fallait que la personne considérée accepte ce salut : qu'en était-il de l'homme ayant passé sa vie au service des autres et refusant Dieu avec colère sur le thème « si Dieu existe, j'espère qu'il a une excuse1 » ? Qu'en était-il de l'homme bon refusant au jour de sa mort ou du jugement dernier le salut proposé2 ?

Je n'ai pas réussi à faire comprendre ma question. Heureusement elle a été relayée et soutenue par d'autres élèves, mais la chargée de TD n'entendait clairement que la possibilité pour l'homme méchant de finir en enfer, ou du moins elle semblait tellement s'attendre à cet argument qu'elle n'entendait pas une question plus étrange : l'homme bon refusant le salut.
J'ai fini par résumer : « Mais enfin, on ne peut tout de même pas être sauvé contre sa volonté ?! »
A cela, pas de réponse. Ce cas ne paraît pas envisagé.

Et pourtant, il existe des gens admirables en colère contre Dieu (auquel ils ne croient pas, un élève a souligné le paradoxe, mais c'est toujours plus complexe que cela : d'une certaine façon ils sont en colère contre son silence). Seront-ils "consolés" contre leur volonté ? Ou leur volonté fondra-t-elle comme neige au soleil ? (Questions très théoriques, certes (smiley), mais puisque nous sommes là pour les prendre au sérieux…)
Et je pense à la préface de Lolita : il y a trois choses que les braves gens conformistes ne peuvent accepter : un noir vivant avec une blanche, un athée menant une vie bonne et heureuse, un adulte convoitant une enfant.


J'ai ensuite rejoint H. au congrès du Modem. Il y était depuis le matin. Il avait présumé de ses forces et nous sommes partis avant la fin, vers quatre heures. Le retour en voiture fut pour lui un calvaire.



Notes
1 : citation dans les premières pages de La Fée Carabine. Plus sérieusement, pensons à Nietzsche infirmier durant la guerre de 1870.

2 : par là je demandais quelle était la position officielle de l'Eglise puis que l'exercice consiste à connaître ces positions officielles et les (nombreux) débats en cours.

La cosse

Rendez-vous à neuf heures chez le médecin généraliste, d'abord pour O. qui n'est pas convaincu de la complète guérison de son eczéma, ensuite pour H. qui avait rendez-vous avant l'épisode d'hier et en profite pour prendre quelques conseils.

Rendez-vous à dix heures avec le chirurgien urologue qui ressemble à un héros de roman-photo (toujours je pense à Rémi en train de dire drôlement à propos de X ou de Y : « il est bôôôôôôhhh »). Il nous dessine des reins au dos du scanner (des années d'entraînement) et fixe l'opération à jeudi. Si vite ? Je n'ose y croire. Bien, H. sera serein pour Noël, bonne nouvelle.

Nous rentrons. H. s'endort, terrassé par la douleur et les anti-douleurs.

Vers quatre heures, coup de fil de O. : la voiture qu'il a laissée à la gare ce matin ne démarre plus.
— Je pense que c'est la batterie : la voiture s'est allumée puis tout s'est éteint.
— Bouge pas j'arrive. En attendant regarde sur youtube comment démarrer une voiture avec des câbles.

Je passe à la station-service acheter des câbles, demande quelques conseils. Coup de bol il y a de la place devant la Mazda, je gare la Lexus tête-bêche, descends sous la pluie fine dans la nuit quasi-tombée. Nous ouvrons les capots.
Impossible de trouver la batterie de la Lexus. Elle se trouve sans doute sous un couvercle d'aluminium solidement vissé1.
Bon ben…
J'essaie de contacter un voisin, O. une amie qui n'habite pas loin, dans l'espoir de trouver une autre voiture pour nous dépanner. Personne ne répond.
Rentrons.

Appeler l'assistance de l'assurance ? Attendre le voisin ? H. réveillé a une idée inattendue : téléphoner au concessionnaire qui nous a vendu la voiture. A ma grandes surprise et confusion, le vendeur propose de passer après ses heures de travail (il habite la ville d'à côté). Est-ce pour son questionnaire de satisfaction client ou aime-t-il vraiment ses voitures ?

Il nous emmène à la gare. (Du machisme contraint : H. doit-il venir, sachant que la douleur et les médicaments lui interdisent de conduire ? « Je peux y aller toute seule, tu sais. — Oui, mais s'il sait que je suis là, je vais passer pour un cake. »)

Le vendeur n'a pas un câble mais un booster de batterie. Avant de l'utiliser, il ouvre la portière de la voiture de quelques centimètres : « quelquefois le choc électric bloque la fermeture centralisée et si vos clés sont dedans vous êtes foutu, ça m'est arrivé. Donc pour ce genre de manip prenez l'habitude d'ouvrir la portière. »
Il soulève le capot, enlève le cache en plastique du pôle positif de la batterie et… constate que la cosse est desserrée.

Il l'a resserrée à la main, la voiture a démarré, nous lui avons dit merci et nous sommes rentrés.



Note
1 : nous apprendrons plus tard que cette voiture étant une hybride, brancher nos câbles dessus aurait provoqué un gigantesque court-circuit qui aurait tout carbonisé : d'où la batterie inaccessible pour éviter une telle catastrophe.

Urgences

Au moment où je m'apprête à entrer en cours d'allemand, coup de fil de H. : il a terriblement mal au ventre, il voudrait aller à l'hôpital, il ne veut pas prendre un taxi.
— J'arrive. Mais tu sais, j'en ai pour une heure à rentrer.

Je demande à un élève de m'excuser auprès du professeur et je file. Je passe sur les péripéties du RER (en arrivant gare de Lyon, j'apprends que tous les trains entre Melun et Villeneuve-St-Georges sont supprimés. Cependant ce n'est pas clair, peut-être est-ce seulement dans le sens Melun-Paris. Les quais commencent à se remplir. Je prends un RER A pour retourner aux Halles en ayant l'intention de monter dans le premier RER D qui m'emmène jusqu'à Villeneuve-St-Georges… et c'est un Zaco qui se présente : à croire que les informations gare de Lyon sont fausses. Le train est déjà bondé mais j'arrive à me hisser à l'étage. (Tout le monde n'arrivera pas à monter gare de Lyon)). Entretemps H. téléphone : la femme de ménage a proposé de l'emmener à l'hôpital, il est aux urgences à Boussy.

Je passe par la maison, salue la femme de ménage que je n'avais jamais vue (c'est la quatrième fois qu'elle vient et ça me change la vie : quel soulagement, une maison auto-nettoyante), prépare une "valise d'accouchée" (pyjama, robe de chambre, livre, affaires de toilettes) et part. J'ai reçu un sms, il passe un scanner.

Urgences. Scanner : « ah non, il vient de repartir ». Gentiment la secrétaire à l'accueil téléphone et m'aiguille. Ils sont charmants ici (Claude Galien à Boussy). Je trouve H. par hasard en passant devant une porte ouverte. Il est étendu sur un lit dans un couloir, il attend le résultat de divers examens.

Devant lui sur un autre lit dans le couloir se profilent à contre-jour les mains fantômatiques qu'un vieillard tend vers le plafond. Il râle par instants seul sur ce lit dans la lumière crue. Ses mains sont si maigres qu'elles ne sont pas plus larges que le bras, les doigts sont immenses. J'apercevrai son visage décharné bouche trouée. Soudain horreur : il regarde sa montre. Ainsi donc il est conscient, conscient du temps qui ne passe pas, de la douleur, de la solitude, de la lumière.

Nous rentrons vers huit heures. Calcul rénal, sept millimètres. Rendez-vous pour le lendemain avec un chirurgien.

Noël de blondes

Deux blondes coordonnent leurs agendas pour les vacances de Noël :

— C'est quel jour, Noël ?
— Un vendredi.
— Mon dieu, pourvu que ça ne soit pas un treize, ça porterait malheur.

Liturgie de la semaine sainte

Quelques notes (discrètes, parce que c'est un cours payant) prises pendant le cours mensuel de liturgie.

On dit parfois qu'il n'y a pas de doctrine sacramentelle dans Vatican II. Mais il y a des présentations générales qui en tiennent lieu.

Abréviations de trois Présentations générales qui sont chacune un traité sacramentaire.
PGMR (présentation générale du missel romain) : un traité de l’eucharistie
PGLR (présentation générale du lectionnaire romain)
PGLH (présentation générale de la liturgie des heures)


Le cœur du cours est la liturgie de la Semaine sainte, du dimanche des Rameaux à la Pentecôte, et le professeur, le frère Patrick Prétot, y voit un mémorial des événements du salut. Il en fait une lecture extrêmement fine et évidente (j'appelle évidente la surprise de découvrir comme neuf quelque chose qui était sous nos yeux depuis toujours).
Je pense avec quelque honte à Léonardo et à son proverbe espagnol : « perdu comme un jésuite en semaine sainte ».

Confitures bis

Quatre pots de confiture :
- fruits rouges / vin chaud
- confiture de Noël
- abricots / pain d'épice
- clémentine / vanille rhum

Mort de Johnny

J'écoute RTL2 en rentrant. Je tombe sur une biographie rapide de Johnny Hallyday.
J'apprends qu'« Allumer le feu » était une chanson.
J'avais toujours cru que ce n'était qu'une expression moqueuse, comme «ah que coucou».
(Mais peut-être que ça aussi, c'est une chanson ?)





Pendant ce temps, Trump reconnaît Jérusalem pour capitale.
Cette après-midi Jean-Pierre m'a appelé (dans les couloirs du métro des Halles): il a entendu parler de mon projet Coupe des dames et est intéressé. Pas le temps de discuter mais l'espoir est rené.

Gris

Pas grand chose. Croisé Skot, pris à peine le temps de ralentir. Je suis allée acheter une robe de plus (après un week-end de réflexion) qui est en réalité une sorte de manteau ou veste sans manche que je vais porter en robe. Cela me fait cinq robes grises. Je commence à travailler mon look de vieille dame à la Jacqueline de Romilly. (Je ne m'habillerai pas en blanc à la Emily Dickinson, trop exigeant).
Toujours pas de verre de lunette en vue (ha ha). J'ai terriblement mal aux yeux avec la paire précédente.
Depuis que C. m'a dit qu'il voulait des t-shirts à Noël, je perds un temps dingue sur les sites de t-shirts.
H. a été recontacté par l'administration du Delawaere. Ça me fait plaisir. J'avais tellement cru, il y a un an exactement j'étais tellement en train de croire, que nous nous installerions à Wilmington.

Le conseil méthodo du jour : «Mgr Joseph Doré disait : il faut apprendre des tables des matières par cœur.»
De façon générale, tout penche dans la même direction : il faut que j'apprenne beaucoup plus (infiniment plus) par cœur. Il faut que je prenne le temps d'apprendre par cœur.

Que font les théologiens ?

Je ne sais plus très bien comment rédiger ces billets : ne reprendre qu'un thème, une anecdote, courtement, ou en faire davantage un journal, des pierres de Petit Poucet pour se souvenir, ce qui complique le titre à donner au billet.

Ce matin, TG sur Gaudium et Spes. J'ai très peu travaillé, je l'ai très peu travaillé. Overdose de Vatican II, overdose d'émerveillement devant le miracle qu'a constitué ce concile. Je suis fatiguée de ce que je ressens comme de la propagande ecclésiologique alors que toute ma pente va à la christologie (en termes ordinaires : ma foi s'enracine dans les évangiles, pas dans les actes du magistère).

Il se passe quelque chose d'étrange avec la professeur. Il est évident que mon mode de pensée, mes interventions et mes interrogations la dérangent, à tort ou à raison1 — et elle recentre le débat. Soit. Ce qui est embarrassant, c'est qu'elle culpabilise et me demande ensuite si je boude ! (non je ne boude pas. Simplement je me demande in petto si l'on peut s'interroger librement (puisque nous sommes entre nous, croyants de bonne volonté) ou s'il faut s'autocensurer.)

Des exemples : l'une des questions porte sur l'Incarnation : sans la chute, le Christ aurait-il eu "besoin" de s'incarner, se serait-il incarné ? Dun Scott penche pour oui, Thomas d'Aquin pour non.
Une autre question porte sur le péché : pensons-nous (chacun de nous, dans la salle) le péché comme constitutif de l'homme, ou pensons-nous la création (Création) comme essentiellement bonne, et l'homme fondamentalement bon, ensuite seulement corrompu par le péché ?
Depuis Vatican II la deuxième position prime mais pendant longtemps l'Eglise adoptait plutôt la première. Sur les deux questions, les deux positions sont possibles, acceptées par l'Eglise, ce qui amène mon interrogation de fond : que font les théologiens ? (de quelle nature est leur réflexion ?) : s'enferment-ils dans leur chambre pour prier et ensuite écrire, dans une inspiration tels les prophètes, ou nous livrent-ils leur opinion (étayée par la prière et l'étude des textes et de la tradition, bien sûr) qui dépend en grande partie de leur personnalité plus ou moins optimiste ?
Cette question-là n'a pas plu.
Suis-je la seule à ressentir du malaise devant le travail des théologiens, devant cette façon de vouloir expliquer l'incompréhensible et de le réduire à dimension humaine ?
Mais y a-t-il moyen de faire autrement si l'on veut se servir de sa raison ?

En sortant, shopping. Ça fait quelques semaines que j'y songeais, j'ai froid et je n'ai rien qui me corresponde vraiment dans ma garde-robe pour les jours froids.
Deux robes grises en laine chez Max Mara. La vendeuse est charmante.


Note
1 : autrement dit, il est fort possible que je sois hors sujet

Finalement non

Après avoir écrit aux rameuses j'ai mal dormi : j'aurais peut-être dû prévenir Vincent, qu'allait-il dire ? Si le projet prenait forme, il faudrait que quelqu'un conduise la remorque pour emmener le huit… (et déjà de m'imaginer passer l'été à passer le permis remorque). Je lui ai donc envoyé un sms pour le prévenir, auquel il a répondu un laconique « On en reparle ».

J'aurais dû me douter que l'absence d'encouragement de ce message était un message décourageant. Ça ne m'était pas venu à l'idée car pour moi il présentait un triple avantage : solidariser "les midis" et "les week-ends" autour d'un projet commun, donner une visibilité aux loisirs-CNF dans une course connue et augmenter le niveau des rameuses en leur permettant de s'entraîner avec un objectif.

Lorsque j'ai abordé le sujet, Vincent m'a accueilli d'un charmant : « L'idée d'un huit de filles me casse les bonbons ».
Le style ne m'a pas surprise, mais le fond, oui, et la façon catégorique dont c'était exprimé.

Borgne

A un quart d'heure de la fin du cours je m'aperçois qu'il me manque un verre de lunettes — le droit.
Je vide mon cartable avec précaution, je regarde à mes pieds : rien.
L'avais-je au début du cours ? Pas sûr. J'ai dormi dans le métro donc je n'ai pas lu donc je ne l'ai pas perdu là (mettre et enlever mes lunettes, les glisser dans une poche sans l'étui, les insérer plus ou moins en force dans mon sac trop rempli… Dure vie de lunettes). Sera-t-il au bureau demain ?

Ça pouvait difficilement tomber plus mal, avec un pointage urgent à finir d'ici mercredi (des heures à fixer l'écran), du grec à préparer pour jeudi, deux TG pour samedi… J'ai mal aux yeux.

La coupe des dames

Au printemps, je voulais profiter du stage d'aviron de mars pour rencontrer des rameuses du week-end et les motiver autour d'un projet : courir la coupe des dames en octobre prochain. J'en avais parlé dans les vestiaires, certaines rameuses, des rameuses "du midi", étaient intéressées. Le problème était de toucher les autres, celles du soir et du week-end.

Mon lumbago m'a empêchée de ramer de mars à juin, puis il y a eu les vacances. J'avais abandonné l'idée, surtout que mon déménagement professionnel en avril 2018 à Nanterre préfecture rend la perspective des entraînements plus difficile. Mais en octobre Dominique m'a demandé des nouvelles du projet et cela m'a remotivée: ainsi donc, quelqu'un était suffisamment intéressée pour me relancer ?

J'ai épluché les mails des dernières années pour trouver les adresses mail de vingt-cinq rameuses susceptibles de participer et je leur ai envoyé un mail hier soir à 23h53. Il faudrait que nous soyons dix à treize.
Pour le moment nous sommes cinq.

La parenthèse se referme

Trois heures du matin : selon la technique de la plaquette de chocolat, j'ai terminé Breaking Bad. (La technique de la plaquette de chocolat consiste à se goinfrer pour terminer cette satanée plaquette de façon à pouvoir l'oublier et passer à autre chose.)

Après le dernier épisode j'ai revu le premier. Il y a une grande cohérence de facture entre tous les épisodes. Les cinq premières minutes avant le générique sont une merveille de désorientation. Elles peuvent dévoiler le futur (lorsque White va chercher le tube dans la maison dévastée : ainsi nous savons que la maison va être dévastée), raconter le passé (les deux frères mexicains qui se disputent enfants), mener vers une fausse piste (l'œil obsédant, plusieurs épisodes de suite, de l'ours brûlé) : impossible de savoir exactement ce que l'on est en train de regarder avant d'avoir avancé dans le récit.

La photographie est très belle, légèrement sépia. Les cadrages sont à la recherche de points de vue particulier, la caméra est souvent placée à des endroits inattendus et je ne peux qu'imaginer que cela a participé à la célébrité de cette série. Je me souviendrai de la beauté des ciels, des nuages magnifiques, du désert et de toujours cette question : pourquoi les hommes vivent-ils dans des endroits aussi désolés ?

Ce qui suit est davantage une critique morale (une évaluation du message moral) de la série dans la mesure où je considère que la plupart des œuvres visuelles américaines (hum, ici c'est canadien) ont des visées didactiques .

La question de fond est peut-être celle de notre capacité à trouver des justifications à tout : seuls quelques personnages (le fils, Hank) ont une moralité sans atermoiement. Tous les autres naviguent à vue, s'adaptent, la plus emblématique étant Skyler : elle s'accommode de tout à la condition d'être occupée, active. Walter White est le plus étonnant, un looser ayant conscience de sa valeur intellectuelle1 , un homme à la violence rentrée qui s'exprime enfin au contact de circonstances qui ne se produisent pas dans une vie "normale".

Il n'y a pas de condamnation explicite de la drogue. Gale, l'autre chimiste, affirme : « Je suis libertarien. Je crois que les hommes sont libres et ont le droit d'avoir accès à ce qu'ils veulent. »
Walter White croise peu ou pas de drogué, si ce n'est Jesse. Il ne voit pas "les ravages de la drogue" tels qu'ils sont habituellement décrits, si ce n'est dans la scène hallucinante et très courte où il va chercher Jesse dans un squat après la mort de Jane. Pour White, ce que détruit la drogue, ce ne sont pas les corps et le psychisme d'inconnus, mais la cellule familiale. A y regarder de plus près, ce n'est pas tant la drogue que le mensonge qui détruit tous les rapports humains autour de White (et ce qui fait réagir le meurtrier à quelques minutes de la fin du dernier épisode, c'est d'être accusé de mensonge).

Il y a une ironie larvée dans cette série : ce qu'il était l'objectif de protéger est justement ce qui va être détruit. Au début, White se lance dans la fabrication de la drogue pour éviter de charger ses héritiers de la dette liée au traitement de son cancer ; vers la fin il a rendu son entourage si misérable que celui-ci espère sa mort comme une délivrance. En d'autres termes, si sa femme n'avait pas encouragé White à se soigner et s'il était mort très vite, la situation de sa famille après sa mort n'aurait pas été pire, sans compter que White aurait été pleuré plutôt que maudit !

L'antienne "il faut protéger ma famille" (obsédante depuis 24 heures chrono) est-il un soubassement de l'imaginaire américain2 ? Est-ce une autre façon d'exprimer "la famille est le soubassement de la société" que l'on entend en France (par exemple contre le mariage gay ou l'adoption par tous) ? Les deux expressions signifient-elles la même chose ou sont-elles opposées ? Car ce que montre (entre autres) Breaking Bad, c'est que protéger "sa" famille sans penser à la grande famille humaine (la société) est puissamment égoïste et destructeur, et pour la famille et pour la société. Distinguer les deux est une erreur, penser que l'on peut protéger la première aux dépens de la seconde est une illusion.

(Ici il faudrait relire Arendt sur Lessing dans Vies politiques et sa disctinction entre fraternité, destiné au petit cercle, et amitié, destinées à tous, et la supériorité de l'amitié sur la fraternité.)



Note
1 : L'un des plaisirs de la série sont les différences de niveau de langage et de culture entre les personnages, le vocabulaire délicatement choisi de White face à la trivialité de la plupart de ses interlocuteurs ou Skyler jouant la bimbo sans cervelle face à l'agent du fisc. Walt Whitman sera d'ailleurs la pierre d'achoppement de la série (ici pourrait s'ouvrir une nouvelle digression sur le déclassement et la solitude intellectuels. Seul Gale est un pair. Là encore, ironie : Gale sera le pair, le sacrifié et l'origine de la débâcle).


2 : il me faudrait des témoignages d'autochtones.

Un quatre de filles

Une fois encore un beau quatre, cette fois-ci entièrement féminin. Une fois encore nous maintenons la distance avec un quatre entièrement masculin, ce que je n'aurais pas présumé : en effet, nous sommes des cinquantenaires de petit gabarit. Mais justement, nous sommes légères, nous ne sommes pas brutales, nous ne gênons pas la glisse. Ou encore, il est possible que nous ramions "plus long", c'est-à-dire que nous restions plus longtemps dans l'eau en allant chercher l'eau plus loin à l'attaque et en dégageant plus tard. A vrai dire je n'en sais rien. Peut-être faut-il juste admettre que les loisirs, hommes ou femmes, sont de même niveau, et qu'il faut atteindre le niveau compétition pour qu'une différence se creuse entre les sexes à force de travailler la puissance musculaire.

Il a fait un temps magnifique. Il reste encore beaucoup de feuilles aux arbres. J'ai hésité à aller ramer, je suis très en retard sur une tâche qui devrait déjà être terminée (j'ai commencé tard et c'est plus long que je ne l'avais envisagé). Mais à la fin de la journée, ce dont je me souviens, c'est le scintillement sur l'eau, la lumière des feuilles, le souffle contre la peau, la liberté. J'ai oublié tout ce qui ne mérite pas le souvenir.

Je n'ai pas eu le courage de ramer hier, je ne pourrai pas venir demain. Ce sera ma seule sortie de la semaine.

MBTI

Cela fait plusieurs années que je vois passer des propositions de test MBTI au sein de l'association des anciens Sciences-Po. J'en suis curieuse depuis cet article et comme je suis à deux doigts de me mettre à chercher un nouveau poste, je me suis inscrite à une session individuelle, mi par curiosité, mi dans l'espoir que cela puisse être utile.

L'opération se passait en deux temps : tout d'abord un questionnaire à remplir en ligne, test que j'ai rempli très rapidement en pestant contre l'imprécision des questions, puis un entretien d'une heure pour valider les résultats de ce test.

L'entretien a contredit les résultats du questionnaire en ligne, entérinant le fait que j'ai passé ma vie à tenter de répondre aux attentes de mon entourage et non à suivre ma pente naturelle. En d'autres termes, je suis la version mentale et intellectuelle du gaucher contrarié, si bien contrarié que lorsque je réponds à un questionnaire en ligne je donne les réponses qui correspondent à la contrariété (être une efficace extravertie) tandis que lors d'une conversation, je reviens à ma réalité (une introvertie artiste). (Je présente tout cela très schématiquement, bien entendu).


Cette session m'a profondément déstabilisée. J'étais venue avec la question «Que dois-je faire de ma vie?» et l'on répondait à la question Qui êtes-vous?»
Ah bon, cela avait de l'importance ? Quelqu'un s'intéressait à qui j'étais? Cela a déclenché du désarroi et une colère venue des profondeurs: l'impression d'avoir été flouée toutes ces années, entre des parents qui ne s'intéressaient qu'à monter mon intelligence en épingle auprès de leurs amis (façon singe savant) et plus tard ma famille que je devais avant tout nourrir (d'où l'efficacité extravertie).
Et maintenant on venait me dire que qui j'étais comptait? On n'aurait pas pu me le dire avant?

Mais bien sûr, c'est une accusation trop facile : cela m'arrangeait bien de me laisser faire, de ne pas prendre la décision de faire ce qui me plaisait, tant je ne sais pas ce qui me plaît, tant je suis persuadée que ce qui me plaît ne nourrit pas son homme et que ce n'est pas possible. Bref, c'est de ma faute, je n'avais qu'à me remuer. Mais maintenant, que faire?


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A l'étage, les ouvriers qui travaillent sur l'escalier ont coulé une dalle sur les carreaux jaunes du palier.

Kairos

Double avec Gwenaëlle, encore. Que cela fait du bien, les arbres et la Seine. Je regrette tant de ne pas avoir ramer en septembre. Temps volé, perdu, enfui à jamais. Je m'entraîne à ne plus jamais souhaiter qu'on soit plus tard (vivement le 2 vivement le 6, vivement Noël, vivement le printemps) : non non non, rien de ce qui précipite vers la fin.
Et dans le même temps, grande envie que tout s'arrête, de ne plus être obligée de vivre laborieusement les secondes qui restent. Une paresse monumentale (acédie), juste envie de disparaîttre, là, sur place, tout de suite.
Je rentre, tout le monde dort encore. On mange je ne sais quoi, sans aller faire le marché.

Dix ans plus tard

Les boutons sur le visages de O. prennent un aspect inquiétant. Ils gagnent du terrain et croûtent, je me retiens de lui dire que cela me fait penser au Grand Pouvoir du Schnikel (pas sûre qu'il l'est lu), on dirait une lèpre galopante.
Que faire? Je suis inquiète car l'expérience que rien n'est bénin avec O. Nous sommes samedi 28 octobre, dans trois jours c'est la Toussaint, il n'y aura pas de médecin disponible avant jeudi.

Nous passons à la pharmacie qui nous conseille les urgences de l'hôpital St Louis, réputé en dermatologie.
En route.
Après-midi à l'hôpital. Attente, mais pas si longue (une heure, deux heures?) J'ai repris Balzac dans l'ordre chronologique. L'enfant maudit. Etrange, neurasthénique et romantique. Je découvre que mon tome de Pléiade est déchiré.
O. ressort avec une pommade et des antibiotiques. Fun fact: cet hôpital n'est pas spécialisé en dermatologie, mais comme tout le monde le croit et vient avec des cas particuliers, ils ont fini par acquérir une expertise sur le sujet (c'est l'urgentiste qui a expliqué cela à O.)

Nous passons à la pharmacie. Coup de fil pour rassurer H. puis déjeuner dans une brasserie proche, Le Floréal, où les clients autant que les serveurs ont tous des "gueules", un charme puissant et chaque fois unique, particulier, dans leur visage, leur coiffure ou leurs vêtements.

Puis direction le treizième arrondissement. Nous fêtons les cinquante ans de O. Cette fois-ci, bizarrement dix ans plus tard, c'est nous qui avons amené nos enfants. Ils sont seuls et détonent. Les enfants "des autres" sont adolescents, ils ne sont pas venus.
Je regrette cette erreur, nous n'aurions pas dû les amener. Cela m'a gâché ma soirée: O. est fatigué, je le ramène à la maison avant même le gâteau.

Zut.
(Je suis stupide, pourquoi ne l'ai-je pas fait ramener par sa sœur? Parce qu'elle proclame qu'elle ne veut pas conduire dans Paris?)
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