Billets pour la catégorie 2017 :

Macron au deuxième tour

Lu sur twitter :
Sebastian Marx
Les français en 2002 : "Oh putain, c'est Le Pen en 2eme !" Les français en 2017 "Ouf, Le Pen est qu'en 2eme !"
Macron est arrivé premier.
Trump, le Brexit, B., la folie qui semble s'être emparée de la planète depuis neuf mois est en suspens un moment.
Dans les contacts FB ou Twitter déçus, je lis deux types de réactions : ceux qui accusent Macron de continuer le hollandisme (sous-entendu des mesures tièdes et une absence de mouvements et de réformes) et ceux qui l'accusent d'être à la botte de la haute-finance (sous-entendu un ultra-libéralisme débridé qui va démembrer la France).
Cela me paraît de bon augure. Par expérience, je sais qu'être sous le feu d'accusations contradictoires est le signe d'une certaine liberté de pensée, d'une pensée qui déconcertent ses contradicteurs qui eux-mêmes pensent par rapport à une norme figée.


Il reste à ce que Macron soit élu au second tour. Ce n'est pas encore fait et une menace inattendue se précise : Le Monde et L'Obs mettent en gardent contre une intervention de la Russie.
En Russie justement, jusque tard dans la soirée, la chaîne d’information Rossia 24 et plusieurs agences russes ont placé Marine Le Pen en tête du premier tour de l’élection présidentielle française, devant Emmanuel Macron. Avec force bandeaux rouges ou incrustations d’écran, la candidate du Front national l’emportait obstinément comme si le compteur, en Russie, s’était figé sur «50% des bulletins dépouillés».
Le Monde

Pour Vladimir Poutine, le face-à-face Macron-Le Pen est le pire des scénarios. Trois des quatre principaux candidats étaient favorables à un rapprochement avec Moscou – voire un alignement. Il était donc très possible que la finale oppose deux partisans d’une ligne "souple" vis-à-vis de la Russie. Or c’est le quatrième compétiteur, le plus hostile à la politique russe actuelle, qui arrive en tête. La victoire probable d’Emmanuel Macron, qui entend renforcer l’Union européenne et s’opposer à l’idéologie populiste, serait une grave défaite pour Vladimir Poutine, à la fois sur le plan international et interne. Poutine va-t-il le laisser gagner sans tenter quelque chose? Probablement pas…
D’ores et déjà, les institutions russes soutiennent ouvertement Marine Le Pen, que le chef du Kremlin a reçue juste avant le premier tour. Pour le constater, il suffit de regarder certains comptes Twitter officiels. Celui de la puissante chaîne télévision de l’armée russe, TVZvezda, par exemple. Son annonce du résultat du premier tour, contient le hashtag #JeVoteMarine…
Le Nouvel Obs

Promesse

Si nous avons Fillon-Le Pen au second tour, je déclare Penelope comme personne à charge dans mes impôts.

Emploi du temps

Je ne suis pas allée en cours d'allemand ni en cours de théologie (trois cours manqués d'affilé).

J'ai fait le point sur l'oral de mardi prochain. Je ne suis pas encore tout à fait sûre du sujet que je choisis.

L'analyse de sang reçue aujourd'hui ne fait rien paraître de particulier. Dommage, j'aurais aimé un manque de potassium ou de calcium, cela aurait été si simple.
Demain acupuncture, jeudi dentiste (on m'a dit que des dents mal jointives pouvaient jouer sur le dos), IRM (rendez-vous pris aujourd'hui!!), ostéopathe.
Dans l'ensemble ça va mieux: sciatique qui prend vers quatre heures du matin et passe vers dix heures (mais pourquoi?), point dans le dos qui est le même que celui que j'ai connu en janvier et février.

Vendredi je retourne au bureau; A. se charge gentiment d'emmener les chattes chez le vétérinaire. Elles vieillissent.

Dédramatisons

Le miracle fut de courte durée. Ce matin, les mollets, les os, brûlent, surtout assise.
Je me lève de ma chaise de petit déjeuner en gémissant, en expulsant l'air (après tout, c'est à cela que servent les cris):«ah, ah, ah, ah».
Et le plus jeune de fredonner: «stayin' alive, stayin' alive».

Reprise

9h acupunctrice. Il est un peu plus difficile de dormir alors qu'on vient de se lever…

10h30 La Défense. J'ouvre le courrier, je récupère les fichiers nécessaires au dossier pour l'ACPR (pour le 30 avril), je prends quelques documents, je fais attention à n'ouvrir aucun mail qui pourrait montrer que je suis là, je ne réponds à aucun coup de fil.

14h. Déjeuner à la brasserie en face avec H. qui me sert gentiment de chauffeur.
— J'ai eu OA au téléphone. Il me dit que si la boîte est à Paris, nous obtiendrons directement cinquante mille euros de la mairie de Paris. Avec ces cinquante mille, on prend des gens pour trouver des subventions à Bruxelles. On devrait obtenir un million et un prêt de la BPI.
(Je note ici pour avoir une trace de mon ahurissement. Ce projet n'aboutira peut-être jamais, mais s'il aboutit, j'aurai des dates, des lieux, sur sa progression concrèté.)

16h30 retour chez la doctoresse. Nouvel arrêt d'une semaine (pas plus : retour au travail vendredi prochain!). IRM, kiné (pour muscler le dos (je suis un peu surprise, je ne me considérais pas dans les peu musclées, mais après tout, va savoir, Charles. C'est toujours relatif)), prise de sang, anti-inflammatoire (ibuprofène 400 trois fois par jours): mais pourquoi avoir tant focalisé sur la douleur et ne pas s'être occupé plus tôt de soigner le fond? Je m'en fiche d'avoir mal, c'est juste fatigant et difficilement "exposable" en public.

Le soir, vers minuit, miracle : plus rien. Ni dos, ni jambes. L'ennui de devoir faire tous ces examens? L'ibuprofène? L'acupuncture?

«L'alcool nuit à votre santé, mais surtout à votre réputation.»

Pas d'amélioration. Limite de sciatique.
Fondue aux morilles et vin de paille au Petit Castel à Château Chalon. Excellent (un peu surprise que leur note ne soit pas meilleure dans les avis en ligne, mais le patron est du genre "bourru" décrit il y a quelques jours).
Sieste, à la fois digestive et pour fuir la douleur. Je commence Le Brave Soldat Chveïck. Il me fait penser au sapeur Camember (lui issu de la guerre de 1870, je viens de vérifier).

Orage

Ai-je trop dormi hier? Autant j'allais mieux, autant je pensais hier soir avoir passé le paroxysme et être sur la voie de la guérison, autant mon état avait empiré ce matin. J'ai mal même immobile, même dans mon sommeil, ce qui n'était pas le cas jusqu'ici. Je n'en vois plus la fin.

Départ des "voisins" dans la matinée après une ultime discussion politique, moi m'enflammant quand "le voisin" chante les louanges de Ségala (Ségala et Jacques Attali, mes deux bêtes noires).

Orage dans l'après-midi. Candycrush et quelques textes de théologie morale dans le salon au coin du feu. Je n'ai toujours pas choisi mon sujet pour le 25 avril. Je m'interroge: est-ce que mon lumbago est lié à ma lassitude de la mutuelle et à la peur de cet oral? Après tout, l'année dernière à la même époque c'est mon genou qui m'avait immobilisée (mais sans arrêt de travail), me permettant d'écrire ma dissertation de fin d'année plus ma dissertation en retard…
Est-ce que je psychote trop et raconte n'importe quoi?
C'est long.

Dimanche

Un temps magnifique dont je n'aurai rien vu : j'ai dormi une partie de l'après-midi dans le bruit des boules de billard qui s'entrechoquent.

Discussions politiques au dîner. Mélenchon au second tour ? Deux poutinistes au second tour? Revivre le mitterrandisme, les expériences qui nous font prendre dix ans de retard avant de revenir aux contraintes de la réalité?

Frontenay

Petit déjeuner à la Cimentelle avec une fantastique confiture au citron. La table d'hôte doit être exceptionnelle mais nous ne savions pas qu'il y en avait une et il faut réserver. Nous discutons avec le propriétaire (plus détendu que sa femme elle-même plus détendue qu'hier) qui nous conseille le Soufflot à Irancy.

Dernière partie de voyage calamiteux entre Avallon et Frontenay: je finis allongée sur le siège arrière en chien de fusil (nous avions pris des oreillers). Un moment sur le parking de l'autoroute j'ai cru ne pas sortir de la voiture, mon cerveau ne savait plus quels ordres envoyer. Je suis sortie à la force des bras, paraplégique, suspendue à H.

Arrivée dans une immense maison de famille jurassienne appartenant à des amis qui nous ont invités quelques jours ainsi que nos voisins ("le" voisin, celui qui nous boit toutes nos bières!).
Enorme maison, murs épais, meubles dépareillés ayant traversé les années, billard dans la pièce centrale sur laquelle s'ouvrent les chambres, papier peint d'époque, prises électriques des années cinquante, tout solide et délabré.

Sieste, farniente, il fait magnifiquement beau, je ne peux m'allonger dans les chaises longues peur de ne jamais me relever, coucher de soleil contemplé de Château Chalon avec vu sur la Seille et les reculées du Jura, soirée au coin du feu.

Je n'aime pas le vin jaune mais je ne le dis pas (je l'écris ici).

Acupuncture

Je continue l'exploration des solutions possibles : après l'ostéopathie, la rélexologie plantaire et l'allopathie, l'acupuncture. Cela a apaisé, mais pas longtemps, et surtout beaucoup détendu le reste du corps, y compris les traits du visage. Je me suis endormie dès que l'acupunctrice m'a laissée seule avec les aiguilles.
Interdiction de porter des charges lourdes.
Elle voulait absolument trouver une raison précise, un mouvement précis, à l'origine de ce lumbago. Mais rien, sinon le fait d'avoir continué à ramer alors que je sentais une gêne (c'est à ce moment-là que j'aurais dû aller chez l'osthéopathe), ne pas m'être suffisamment étirée, avoir porté des yolettes en serrant les dents alors que cela devenait insupportable, avoir poussé à l'ergo, avoir allongé mon coup d'aviron sur l'arrière, augmentant la bascule avant-arrière du corps1… et finalement avoir mis cinq minutes à sortir de la coccinelle. Je n'ai pas fait attention aux signes: «c'est comme ça chez les yang, ils encaissent, et quand arrive quelque chose, c'est souvent brutal».

Je continue l'exploration de ce qu'il ne faut pas faire. Ce soir, le long trajet en voiture. Invitation d'une amie en Franche-Comté, le voyage était prévu depuis longtemps et difficilement décommandable car déjà remis une fois. Cela fait un moment que j'insinue que je préfèrerais prendre le train (pour pouvoir me lever, marcher. Assis, c'est vraiment le pire), mais notre destination est loin de tout. Nous avons décidé de faire une étape afin de faire deux fois deux heures de voiture plutôt qu'une fois quatre.
Depuis deux jours, j'ai beaucoup plus mal que durant les trois semaines précédentes.

Nous arrivons à huit heures dans une belle propriété près d'Avallon, "la Cimentelle". La chambre est très jolie, la propriétaire ne fait aucun effort d'amabilité. Nous rions d'imaginer des Américains accueillis par une telle personne. Ça doit leur faire un choc. Il faut que nous leur apprenions le terme "bourru" comme une caractéristique française. Le Suisse lent, l'Américain jovial, le Français bourru. Pour une anthologie des clichés destinés à l'indulgence.
Quatre Porsches et une Picasso dans la cour, toutes suisses.


Note
1 en août dernier, je n'ai pas pu me servir de mon pouce gauche pendant un mois (imposible de saisir ou porter) après avoir modifié ma prise sur la pelle.

Rechute

Matin en forme.
Puis j'ai fait l'erreur d'aller jeter le verre dans le container à cinq cents mètres de la maison.
Ou l'erreur de faire des étirements.
A midi, douloureux. Pris un rendez-vous chez un acupuncteur dans un moment de "après tout essayons", mouvement aussitôt regretté mais pas le courage d'annuler.

Il est possible que ce soit en train d'évoluer vers une sciatique. Difficile de s'appuyer sur mon pied droit, je sens le bassin appuyer sur la tête du fémur, à droite. Quel dommage de ne pas mieux comprendre son corps, c'est intéressant, curieux: tout ce qui habituellement n'existe pas, n'envoie pas de signaux, devient sensible, mystérieux: que se passe-t-il, qu'est-ce qui a mal, pourquoi? Enflé, pincé, contracté, déplacé? Quel dommage de ne pas avoir une sensation assez fine de son propre corps pour comprendre se qui se passe.

Découragée ce soir. Si je m'arrête, tout le travail va retomber sur J. Si je m'arrête, ce sera uniquement pour éviter les transports. Etrange raison.

Oui, découragée. J'arrête les médicaments (je n'ai pris qu'un doliprane codéiné à midi (au lieu des trois prescrits)), ils ne soulagent rien mais me sapent le moral.

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Podcast sur la vie de Malcom X. Début de celui sur Aimé Césaire.
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Aujourd'hui Pascale a cinquante ans. Où est-elle ?

Poutou ce héros

Ah, dans mes bras, Poutou. Il a latté sa gueule à Fillon et Le Pen. Dans les choux, à terre, ratatinés. Je me passe en boucle, avec le son, cette vidéo (oui, AVEC LE SON, moi qui ne supporte jamais les musiques de m***). Ça me console, ça me ravit, ça m'enchante.

Je me suis levée à sept heures pour envoyer les deux derniers rapports puis je me suis recouchée (je partage le lit avec le chat: elle en prend la moitié et moi l'autre, c'est très difficile de dormir avec un chat et un lumbago). A midi j'ai appelé pour un dernier point. Mercredi midi : je considère que j'ai fait ma part, qu'ils se débrouillent. Je ressens si peu de culpabilité que je suppose que je dois être en colère, en colère de voir partir ceux avec qui j'aimais travailler, en colère de ne pas être prise au sérieux lorsque je dis que le vrai risque de cette mutuelle, c'est que nous ne sommes que deux à en connaître les rouages, en colère de voir la CAC nous soûler avec des problématiques qui ne sont pas les nôtres, en colère d'avoir si peu de visibilité sur l'avenir de cette mutuelle.

Je dors, je joue à Candycrush, je bois de la camomille.
Ce soir ça va un peu mieux.
Je copie-colle ici une défense pro-Macron que j'ai écrite en réponse à une remarque sur FB, parce que je vois passer dans mes contacts des attaques violentes contre lui comme je n'en vois pas contre Fillon (mais lui est au-delà des mots), Hamon ou Melenchon. Est-ce parce qu'il est crédible qu'il focalise ainsi les attaques?

«
Macron s'est dit attaché à l'Europe. Je n'en connais pas d'autre qui le proclame ainsi clairement.
Il considère que l'accueil des réfugiés est un devoir, et ça correspond à ce que je pense.
On lui reproche de vouloir supprimer 50000 postes: supprimés ou non remplacés? Parce que s'il fait ça brutalement, nous aurons tout le monde dans la rue, comme d'hab.
En revanche, s'agissant de l'éducation, il est sans doute le seul à prendre le problème au sérieux (selon le mot de Houellebecq dans Soumission: «la droite n'avait jamais su ce que c'était, il y avait longtemps que la gauche avait abandonné ce terrain»).
Quant à l'hôpital, je peux vous dire via un spécialiste de droit social (le genre qui m'a permis de connaître Piketty ou le revenu universel avant que ce ne soit à la mode) que les ressources humaines des hôpitaux sont très mal gérées.
Il y a un vrai problème de partage entre le public et le privé, je vous l'accorde (il est anormal de rebasculer dans le privé ce qu'on ne sait pas gérer dans le public), mais il ne s'agit pas d'abord d'embaucher mais de réorganiser (et ensuite éventuellement d'embaucher, mais cela ne ser une solution que si l'on a d'abord réfléchi). J'espère que Martin Hirsch qui s'occupe de l'AP-HP restera en poste car c'est quelqu'un de pragmatique qui n'a pas peur de mettre les gens autour de la table (par exemple il a fait rencontrer aux directeurs de l'ex-ANPE des chômeurs: ils n'en avait jamais vus... (lors de l'élaboration du RSA)). »

Le débat

Trois jours seule à la maison. Je travaille lentement. J'envoie le rapport de gestion et le rapport sur la délégation de gestion. Je dors une partie de l'après-midi, assommée par les médicaments. Sont-ils destinés à me soigner (décontracter les muscles, si j'ai bien compris) ou à atténuer la douleur? Parce que si c'est la seconde réponse, je peux arrêter: ils n'atténuent rien du tout et m'endorment. Je n'ai pas si mal que ça si je ne bouge pas, c'est pa transition debout assise ou n'importe quel mouvement vers l'avant qui sont insupportables.

Donc je dors, de façon anarchique, de dix heures à midi, de trois heures à cinq heures, de sept heures à neuf heures. C'est à ce moment-là que je m'aperçois que le CAC (commissaire aux comptes) a envoyé des corrections sur l'annexe et qu'il remet en cause le classement des titres entre revenus fixes et non fixes… C'est bien le moment, je ne peux rien vérifier loin du bureau.

Avec toutes ces siestes je n'ai pas sommeil, je travaille jusque tard dans la nuit et termine quasi en transe les deux derniers rapports sur le contrôle interne et la solvabilité. Un reste de décence me fait ne pas les envoyer (trois heures du matin…), je me lèverai demain pour cela.

De loin en loin je suis sur FB les réactions suscitées par le débat entre les onze candidats à la présidentielle. (Quelle drôle d'idée, onze. Quand passera-t-on le nombre de parrainages à mille au lieu de cinq cents?) Cela me paraît très long, quatre heures, cinq heures… Je ne peux pas regarder ce genre de choses: comme je ne les crois pas, aucun d'entres eux, je m'ennuie très vite. Les discours en entreprise me font le même effet: ils mentent, nous savons qu'ils mentent, ils savent que nous le savons, et nous continuons comme si de rien n'était.

Lundi chargé

Dans le meilleur des mondes j'aurais passé mon week-end à travailler et je pourrais pleinement profiter de ma semaine d'arrêt. Dans la réalité je n'ai rien fait et je m'y mets dès le matin : envoi de mails pour prévenir de mon absence et du fait que je vais envoyer dès que possible des premières versions de documents qui seront à relire afin d'être présentés en conseil d'administration vendredi.
Envoi du procès-verbal du dernier conseil, de l'ordre du jour, de l'annexe des comptes corrigée selon les dernières normes de l'ANC (j'en veux au commissaire aux comptes de m'avoir prévenue de ce changement de normes… mercredi dernier! Quelle andouille, heureusement que je l'aime bien).

Sieste puis départ pour le bistrot d'Edgar près de la grande bibiothèque.
Nous finirons par voir Kwa plus régulièrement maintenant qu'il vit à Boston que lorsqu'il était à Brétigny… (phénomène à la fois étrange et bien connu).
Parlé des élections, et bien sûr de Pénélope, des emplois fictifs, du manque de vergogne:
— Mais en plus, elle travaillait ailleurs, dans une revue ou je ne sais où… (toujours surprenant de constater que quelque chose que l'on considère acquis semble à peine connu par d'autres)
— Oh tu sais, les emplois fictifs, ça se cumule!
Cette capacité à rire de tout, à s'offusquer quelques jours puis se mettre à rire, à tourner en ridicule… Est-ce pour cela qu'il fait bon vivre en France?

Logan

Je retranscris ici le fil d'une twitteuse parce que je le trouve fantastique et je ne veux pas le perdre.
(Chaque saut de ligne correspond à un tweet (140 caractères)).
Je vous ai dit que j'étais allée voir Logan ?
Je suis allée voir Logan.
J'ai trouvé ça vachement bien.
Les deux dames à côté de moi aussi.

Enfin c'était pas gagné. Déjà, elles sont venues avec du pop-corn bruyant et pas briefées. "Tu as lu le synopsis Aimée ?"
"Non Gabrielle."

"Ca va nous faire la surprise alors ! "
Ah bah ça, tu m'étonnes ça va être la surprise, le 12è volet ciné d'une saga BD en cours depuis 1945

On a attaqué bille en tête avec le trailer de Ghost in the Shell.
-C'est une sorte d'agent secret Aimée ?
-Je suppose, Gabrielle.

-Et elle est obligée d'être toute nue pour ça ?!
EXCELLENTE QUESTION, Gabrielle. Excellente question. Gabrielle est affûtée, ça va groover.

Logan commence et là PAS DE BOL, Aimée est pas fan du tout (#surprise) et du coup, envoie des textos et fait gling-gling avec son sac.

(Car Aimée vient au cinéma avec son tel réglé sur Éclairage Stade de France et un sac à grelots, bon, chacun son style)(de relou)

Coup de bol, Gabrielle is having none of this shit et l'envoie faire pipi pour l'occuper un peu. Première baston, Gabrielle est à fond.

Elle rigole comme une bossue et glousse des "pif ! " et "paf !" genre Gabrielle revit les Quicke et Flupke d'antant. Aimée revient et boude.

Gabrielle essaye de l'amadouer. "Regarde moi ce jeune nazi, comme il est appétissant" (= le blond de Narcos +10 pts accuracy pour Gabrielle)

Gabrielle ne pose QUE de bonnes questions. Ma préférée étant "mais elle ne se brosse jamais les dents cette gamine ?"

A ce stade même Aimée est à fond dedans et aide le reste du public à ne pas perdre le fil. "Ouh celui-là il est méchant !" "Dis voir, il n'a pas

l'air en forme, ton Logan. Ainsi que ""Ces voitures américaines sont increvables, c'est comme ma Twingo." Sur ce, Gabrielle : "comment va

Tina ?!" Petit interlude sur Tina qui fatigue (Tina est la Twingo d'Aimée, on est tous super inquiets pour Tina". Mais ouf ça va en fait).

On passe à des considérations sociétales "tu vois ce vieux est fatigant mais il le balade partout quand même, il a bon fond".

Pas comme la nièce d'Aimée qui laisse sa mère en maison sans jamais venir la voir. A ce stade on a établi que Wolverine >>> la nièce à Aimée

"Oui oui" la coupe Gabrielle, car c'est re-baston et Gabrielle aime bien quand ça fait la BAGARRE. Aimée ne dit plus rien, car #Débardeur

Aimée glisse "discrètement" (tout le monde n'entend qu'elle) qu'un membre robotisé, ça pourrait quand même être bien pratique. Elle ne dit

pas *quel* membre mais l'enchaînement Hugh en débardeur > membre infatigable ne dupe personne. Gabrielle rigole. Sur ce, on canarde des

enfants, et Gabrielle et Aimée sont OUTRÉES. Et dire qu'elles auraient pu aller voir au pif un autre film et ne jamais croiser mon chemin.

C'est la baston finale. Hugh est pas en forme. "Il se sert de son environnement pour compenser ses faiblesses", estime Gabrielle qui vient

en gros d'attribuer des points de participation à Wolverine (je suis écroulée sur mon siège, à ce stade elles ne gâchent rien puisque c'est

juste de la grosse bagarre, bon, et puis avec tout ça Aimée n'a pas envoyé un seul texto depuis 1H20). Bientôt la fin, l'émotion monte.

"MAIS C'EST LUI EN PLUS JEUNE !" s'exclame Gabrielle, à qui on ne la fait pas même si bon il y a eu un temps de flottement (on est sur les

15 dernières minutes). J'éternue de rire et j'ai de la morve plein ma manche. La meuf devant Aimée et Gabrielle part précipitamment aux WC.

Générique.
"Alors ?"
(verdict du test)
"Oh non c'est trop violent pour lui".
Le petit-fils de Gabrielle ne verra pas Logan.
Le pauvre.

On sort. Dehors, 25 personnes sont en train de s'allumer des clopes en répétant "MAIS C'EST LUI EN PLUS JEUNE !" et se marrent.

Gabrielle, Aimée et ses grelots repartent dans le soleil couchant pour d'autres aventures. Bref allez voir Logan...

Même si votre séance sera forcément moins bien que ma séance.


(J'ai posé la question à quelqu'un qui a vu le film: «c'est lui en plus jeune» correspond à un flash back.)

Le futur

Vincent (petit Padawan)1 passe le week-end à la maison à réfléchir avec Hervé aux contraintes et à la modélisation d'un futur programme. Comment ne pas penser à François ou Eric? J'apprends incidemment (ça m'agace, cet "incidemment": je ne sais jamais si c'est délibération ou négligence, et les deux sont agaçantes, vexantes pour ne pas dire humiliantes) que H. s'oriente vers sa propre boîte montée avec les cadres de sa boîte actuelle et un investisseur encore à trouver ou choisir.
— J'aurais aimé être au courant.
— Mais je ne te l'ai pas dit? De toute façon rien n'est encore décidé.

Et de nouveaux les mêmes chemins depuis l'adolescence, comme si nous étions condamnés à réemprunter les mêmes routes jusqu'à trouver une issue.
Heureusement que je ne me suis pas laissée tenter par le CDD à mi-temps de secrétaire de rédaction dans la revue Istina en novembre (de la rédaction et de la traduction anglais et allemand en milieu œcuménique: fascinant). Je m'étais dit que cela rendrait fou H.
Je ne suis pas sûre de ne pas le regretter. Après tout lui ne se gêne pas pour mettre le ménage en péril. Vivement la prochaine offre d'emploi de ce type.


Note
1 : Vincent a la moitié de notre âge. En entendant les discussions techniques, je prends conscience à quel point l'informatique s'est transformée en vingt-cinq ans. Oui, bien sûr que je le savais, mais le point de vue d'un utilisateur n'est pas celui des développeurs. Ils ne parlent plus des mêmes choses, de la même façon. Ce qui m'étonne chez Vincent, ce sont moins ses compétences techniques (sans elles il ne serait pas dans ma cuisine en train de prendre son petit déjeuner) que sa connaissance poussée des dernières tendances du marché, les temps de réponses chez OVH, les déplacements de backbones, les derniers providers, les bascules entre intervenants, X qui devient mauvais, Y qui monte (c'est important pour un produit, cela conditionne les temps de réponse. Pour ou contre le scrollage infini sur une page, quel temps d'affichage, etc): on dirait qu'il fait une veille sur tous ces points, c'est impressionnant

Arrêt maladie

J'avais posé une journée de congé aujourd'hui pour mon stage d'aviron. J'ai annulé le stage mais pas la journée et j'en ai profité pour aller chez le médecin demander un arrêt de travail. Je suis épuisée. Ce n'est pas tant la douleur mais l'attention qu'elle nécessite: c'est très gênant de laisser échapper un cri de douleur en public lors d'un mouvement incontrôlé parce qu'on a oublié qu'on avait mal, en réunion ou dans le RER. Imposible de se pencher en avant pour attrapper une feuille un peu loin, impossible de se pencher par dessus une épaule pour expliquer un chiffre dans un tableau, difficile de se lever de sa chaise…
C'est humiliant de devoir demander un arrêt de travail: après tout, si le médecin ne le propose pas, est-ce que ça ne veut pas dire que cela n'en vaut pas la peine et que je me plains pour rien? (pourtant je suis résistante à la douleur, elle ne me fait pas peur, je rappelle que j'ai accouché à la maison. Je n'en tiens pas compte, peut-être pas assez, d'ailleurs).

Bref, je suis arrêtée une semaine et je me sens infiniment soulagée, même en sachant que le conseil d'administration d'approbation des comptes se tient dans une semaine. Etre aussi soulagée alors que je sais cela prouve sans doute que j'ai vraiment besoin de m'arrêter. (Cette auto-justification traduit mon besoin de me rassurer. Je ne préviens pas J. de cet arrêt. Qu'elle parte en congé tranquille. La Mutuelle va être fermée dix jours; dans deux semaines, ce sera le dawa, les reproches des adhérents: «on n'arrive jamais à vous joindre» (sachant que nous décrochons si bien (selon l'expression consacrée "taux de décroché") que le standard nous transmet n'importe quel appel juste parce qu'il sait que nous répondons; sachant aussi que dans ces cas-là les gens trouvent une solution, appellent ailleurs. C'est rarement aussi urgent qu'ils veulent se le faire croire)).

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Levée tôt pour emmener O. à la gare: il part en stage BAFA une semaine.
Cela signifie que nous sommes sans enfant une semaine \o/

Ironie du sort

Je m'étais inscrite au stage d'aviron en sachant que cela tombait un jour de grec (neuf cours dans l'année, je le rappelle: chaque cours est précieux). Je m'étais dit qu'avec de la chance ce cours serait déplacé, la prof aurait un colloque, etc. En novembre en apprenant son accident et qu'elle ne reviendrait pas avant février, je m'étais dit zut, non seulement trois cours sautent mais en plus je vais en manquer un. (Cependant j'espérais encore qu'elle rattraperait des cours en fin d'année, en mai et juin.)
Finalement tous ses cours ont été annulés: je ne manquais plus rien en allant en stage d'aviron.
Mardi j'ai annulé ma participation au stage.
J'aurais pu aller en cours de grec.
Mais il n'y avait plus de cours de grec.
(Quand je dis que tout se délite cette année).

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Comité financier. Difficile de rester si longtemps assise après la tardive réunion d'hier.
Nous discutons politique sans déclarer nos opinions, abstraitement (ce n'est pas gratuit: conséquences sur l'économie, sur les cours de la bourse).
Enjeu des législatives: à moins que Fillon ne soit élu, dans tous les autres cas nous aurons sans doute une cohabitation.
— Mais vous croyez que Fillon peut encore être élu?
— Lui et Marine Le Pen ont le socle le plus solide: selon les sondages, ceux qui envisagent encore de voter Fillon ne changeront pas d'avis, et ils sont 17% (Marine Le Pen 18). Macron est à 20%, mais avec une volatilité de 50.
— En d'autres termes, il peut aussi bien faire 20 que 10.
— Oui. Beaucoup songent à Bayrou avec ses 17% au premier tour en 2012: puis après, plus rien, disparu.
Alors que nous remontons à la crise de 2008 et aux réactions des marchés après l'élection de Trump, le trésorier, que je soupçonne de voter Fillon1, parle des banquiers Golman Sachs au gouvernement qu'il paraît considérés comme une bonne chose (puisque Trump s'était présenté comme un anti-système et faisait peur aux milieux financiers) et voyant ma tête commente: «ce n'est pas moral mais c'est comme ça». Je réponds que c'est surtout dangereux, que les mêmes effets produisant les mêmes causes nous aurons une autre crise, en pire, «la seule chose qui va manquer c'est Madoff».
Ma prédiction tombe dans le vide et j'espère avoir tort.

Après le comité je rejoins Hervé chez Ladurée. Puisqu'il n'y a plus de coupe Soho (glace au gingembre) je prends une coupe Ispahan (glace à la rose). Mon téléphone m'envoie une notification: mon billet de train a été annulé par Trainline mais pas dans Wallet. Je devrais être en train de prendre le TGV pour Dijon.


Note
1 : en tout cas il est de droite, c'est sûr, c'en est même une caricature dans les préjugés (pas pire que les miens, je vous l'accorde volontiers). Il m'est très utile pour apprendre à rester zen avec ces gens; en fait il est gentil, il a juste des réflexes instinctifs à l'inverse des miens, ce qui est toujours ce qu'il y a de plus étrange au monde: on tend à considérer qu'un réflexe instinctif est le même chez tous les hommes.

Réflexologie et réunion interminable

A midi, une place c'est libéré de façon impromptue pour de la réflexologie plantaire (activité proposée dans le cadre de l'association culturelle et sportive). C'est une salariée qui pratique cela, ce qui me paraît très étrange (masser les pieds de ses collègues…) Elle pose des demi-journées de congé pour cela. Je n'ose lui demander si c'est rentable par rapport à son salaire horaire.
Je tente un ton dégagé: — Faites ce que vous voulez du moment que ça soulage!
Elle me regarde dans les yeux: — Je vais plutôt vous achever. Il est possible que ça empire dans les deux jours qui viennent.
Je suis très impressionnée par la façon dont elle identifie les points douloureux sur le pied une fois que je lui ai dit que j'avais un lumbago. La douleur est nette, précise, reportée exactement sur le pied. Si j'avais eu un doute (en fait je n'avais ni doute ni certitude, juste "pourquoi pas, on ne sait jamais") sur la véracité de l'affirmation "tout le corps se reflète dans le pied", il aurait été levé.

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Le soir, réunion du comité d'audit à 17h45. Une telle heure prouve que tout le monde l'avait oublié, il a été casé où c'était possible, en catastrophe. Le président est nouveau, la réunion dure, interminable, prend fin après neuf heures et l'exposé par la commissaire aux comptes de la réforme de l'audit. Ne nous concerne que le fait que nous devrons changer de CAC tous les dix ans. Malgré cela, elle nous expose consciensement l'ensemble de la réforme. Il fait très chaud, j'ai envie de me lever, j'ai besoin de bouger.

Forfait

Tôt le matin, encore la nuit, je me suis levée pour aller aux toilettes. Le panier à linge en osier était sur le tapis. J'ai mimé au-dessus des deux bords le geste de monter en bateau, les deux pelles dans une main, le plat bord dans l'autre.
Impossible.
Sur le quai du RER, quelques heures plus tard, la mort dans l'âme, j'ai prévenu l'organisatrice que je déclarais forfait. J'ai annulé mon billet de train et la location de voiture.

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Agenda
Dîner au café beaubourg avec l'intermédiaire qui avait trouvé les fonds auprès de la BPI pour le projet américain — et sa femme. Nous entrons dans les détails, il prend conscience que «B. est fou» n'est pas une expression mais une réalité médicale.
C'est un Français qui a pris la nationalité américaine et vit à New York. Il découvre que je suis passionnée par l'idée aux Etats-Unis; visiblement ça change quelque chose pour lui dans sa façon d'envisager les futurs projets d'Hervé: «Je n'avais pas compris que c'était un projet de vie. On va faire quelque chose.»
Nous parlons de la Grèce, d'ostéopathie animale, de croissance de PME, etc.

K.

Je me souviens du père d'Eric proclamant que son cinéaste préféré commençait par un K.
— Kaurismaki ? Kieslowski ? Kurosawa ?
Il n'en revenait de tous ces noms; pour lui il n'y avait qu'un K: Kubrick.

J'ai vu le dernier Kaurismaki. Il est dans la lignée du Havre, plaidoyer pour les réfugiés, dénonciation de l'absurdité d'un système capable de déclarer Alep dans une situation non critique tout en montrant les bombardements à outrance, refus du manichéisme: un seul peut tout sauver, un seul peut tout perdre, tout se joue sur une décision spontanée, irréfléchie. Des couleurs et de la musique, une histoire sans fin. Kaurismäki.


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Agenda
Vu A. pour la dernière fois. Elle part à l'île Maurice le 9 avril. Intense sentiment de solitude au milieu de cette équipe déboussolée par la perte imminente de son chef (qui est aussi le mien, mais personne ne paraît s'en rendre compte) et l'absence d'informations sur le futur. Certains (certaines) vivent cela comme une trahison et en deviennent agressifs.

B., le patron fou de H., a téléphoné à l'un de ses plus gros clients pour lui dire qu'il était inutile de continuer à travailler avec sa société, que le projet xx ne serait jamais prêt à temps. En une heure tous les autres clients étaient au courant, et les partenaires. Les salariés en pleurs ont appelé H.: «que va-t-on devenir?»

Lumière

Chaque fois que la nuit j'aperçois le prunier par la petite fenêtre du couloir, les fleurs m'éblouissent. Chaque fois je les ai oubliées, chaque fois je suis surprise.

Abandon

Je suis allée travailler, par flemme d'aller chez le médecin et par conscience professionnelle: la période de clôture du bilan n'est pas le meilleur moment pour s'arrêter.
La difficulté, c'est surtout les transports en commun. La position assise et toutes les transitions, debout assis, assis debout, sont douloureuses. Il ne faut pas que je sois bousculée, je ne suis pas sûre de ne pas tomber.

Dès le lever, j'ai su que c'était fichu, j'avais encore trop mal: dans l'après-midi, j'ai envoyé un sms à Gwenaële pour dire que je ne pourrai pas faire la course samedi. La famille pousse un ouf de soulagement, ils n'ont pas compris je pense que je vise le week-end d'aviron du 1er avril… (pourvu que je puisse y aller). Je m'économise dans l'espoir d'avoir récupéré d'ici là. Dix jours. Cela sera-t-il suffisant?

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J. : accident de voiture.

Décoincée

L'ostéopathe est minuscule. Elle me pose beaucoup, beaucoup, de questions, et avant la lecture du livre de Jaddo, cela m'aurait prodigieusement agacée. Maintenant je sais que les réponses négatives sont aussi importantes que les réponses positives, en particulier le fait que je n'ai pas mal à la tête et que je n'ai pas perdu de sensibilité dans les jambes: points favorables.

Elle remet en place des cervicales (j'ai la tête toute légère) et rend sa mobilité au sacrum. Elle me conseille d'aller voir mon médecin pour passer une radio et vérifier l'état des lombaires (allons bon, il ne manquait plus que ça. Est-ce l'ergo qui m'a ainsi abîmée?)
Je sors, un peu déçue d'avoir encore mal (je suis puérile, je sais): toute la zone est endolorie, il est difficile de faire la part de ce qui est de la douleur et du souvenir de la douleur.

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Ce matin, lorsque j'ai envoyé un sms à J. pour la prévenir de mon absence, elle m'a répondu "je ne serai pas là mardi ou jeudi: enterrement d'un beau-frère". Voilà qui relative un grand coup mes malheurs. Je ne sais s'il s'agit d'une maladie (elle n'en a jamais parlé) ou d'un accident.

Coincée

En double avec Gwenaële. Nous n'aurons pas beaucoup préparé notre yolette.

J'ai de plus en plus mal au dos. De retour de Melun, je mets quelques minutes à sortir de la voiture, me hissant avec les bras, assurant mon équilibre sur mes pieds qui ne sentent plus mon poids.
Dans l'après-midi, la douleur se confirme. Je ne peux plus me plier, pas m'essuyer les jambes en sortant de la douche, pas enfiler de chaussettes. Toutes les transitions entre debout et assise me font mal, sont insupportables.
La famille se ligue contre moi pour me convaincre d'abandonner l'idée d'une compétition dans une semaine. Mais comment oser annoncer à mon équipage que je déclare forfait et bousiller le bateau?

Gentiment, A. me décoince les cervicales et confirme que j'ai le sacrum bloqué.
Sur doctolib nous réservons une séance d'ostéopathie pour le lendemain (je ne pensais pas en trouver dans un délai si court).

Je somnole toute l'après-midi. Impossible de toute façon de faire du ménage, et pas le courage de bloguer.

Laudato si

Nous reprenons ce matin l'encyclique "écologique" que nous avions déjà préparée en janvier. La chargée de TD (ou équivalent) est une sœur auxiliatrice qui travaille dans un service néonatal de grands prématurés et nourrissons handicapés: une confrontation vraie à de vrais dilemmes. Son sujet de thèse est passionnant: tragédie classique et morale (peut-on utiliser les tragédies classiques pour résoudre des dilemmes moraux?)

J'avais peur que ce soit ennuyant, mais finalement (comme à chaque fois) non. Le peu que nous restons au bout de toutes ces années est trop passionné pour qu'une discussion quelle qu'elle soit soit ennuyante.

Au passage, la remarque d'un étudiant contre l'importance que prennent parfois les animaux au détriment des hommes: «les animaux des pays riches qui comptent davantage que les hommes des pays pauvres» et «la SPA 1845, l'abolition de l'esclavage 1848». (A quoi je murmure à mon voisin: «adhésion de la Suisse à la FIFA 1904, adhésion de la Suisse à l'ONU 2002». Il me répond drôlement: «Oui, mais ça, c'est normal.»)

Tout à la fin (mais pourquoi n'y ai-je pas pensé avant?), je jette un pavé dans la mare: est-il réellement cohérent de parler d'écologie, de sauvegarde de la "maison commune", sans parler de démographie, de surpopulation, et donc de contraception? n'y a-t-il pas là un angle mort de l'Eglise, un point aveugle?
Gros brouhaha. Jacques, que j'estime beaucoup, me surprend en évoquant la dépopulation européenne, à quoi je réponds que nous sommes sur une seule planète, et qu'il suffit de rééquilibrer la répartition de la population. Mais notre culture? me répond-il. Mais si nous attendons la Parousie, quelle importance, la population qui peuple l'Europe? Quel est notre espoir, qu'est-ce qui compte?
Nous nous séparons dans un certain désordre.

Départs

Mon chef (appellation affectueuse: traduire "supérieur hiérarchique") partira le 31 mai, soit six à huit mois plus tôt que je ne l'escomptais. Qui soutiendra la mutuelle dans les projets informatiques à venir?

A midi je vais ramer. Vincent démoralisé nous apprend le départ de trois entraîneurs: deux retournent en province, le dernier part en retraite. Lui qui pensait pouvoir enfin prendre des vacances normales…

Cette année 2017 est vraiment étrange. Tout paraît se déliter au fur à mesure. Je rêve d'escaliers qui s'élèvent au milieu de murs qui se resserrent jusqu'à devenir des étaux.

L'acédie

Acédie: la première fois que j'ai entendu ce mot, c'était Ricœur qui parlait de la vieillesse et de l'approche de la mort: «La tristesse est liée à l'obligation d'abandonner beaucoup de choses. Il y a un travail de dessaisissement à faire. La tristesse n'est pas maîtrisable, mais ce qui peut être maîtrisé, c'est le consentement à la tristesse, ce que les pères de l'Eglise appelaient acédie. Il ne faut pas céder là-dessus.» (Les Cahiers de L'Herne, 2004)

J'ai appris hier que c'est l'une des huit pensées qui, selon Evagre le Pontique, tentent de détourner le moine de la prière et de l'adoration. Quand Cassien a traduit en latin la pensée d'Evagre, il a réduit ces huit pensées à sept péchés (sept tentations), en rassemblant l'acédie et la tristesse sous le terme de paresse. (Intéressant: la paresse n'est donc pas comme je le pensais une volupté dans la farniente mais un découragement devant la tâche à accomplir, ou encore devant l'inutilité apparente de nos efforts.)

Jamais donc je n'aurai autant entendu parler d'acédie qu'aujourd'hui, sans doute du fait de la présence d'orthodoxes.

***

Les interventions du matin ont été si techniques que je n'ose les rapporter: trop d'approximations. (Il y aura des actes pour ceux que cela intéresse).

L'après-midi a comporté trois interventions sur la compréhension du péché dans différentes cultures: Afrique (vidéo provocatrice nous montrant un "précheur du réveil" totalement illuminé (le Christ vous mènera vers le succès et vous sauvera du malheur); Asie et les problèmes de traduction (choisir parmi les mots déjà existants représentant le mal ou le malheur, d'où des résonances culturelles in-entendues des Occidentaux, inculturation ou aculturation); Amérique latine (théologie de la libération: peut-on réellement demander aux plus pauvres de se sentir pécheurs, existence du péché/faute et péché/malheur).

François Clavairoly, protestant, a terminé la journée par une communication intitulée «le péché et la grâce, sans indulgence». Je n'avais pas du tout saisi qu'il s'agissait "des" indulgences, mais Clavairoly étant protestant, je suppose qu'il n'a pu résister à cette petite provocation (qui suppose déjà une confiance dans son auditoire). Ce que j'en retiendrai, c'est que la première chose que Dieu trouve mauvais, c'est la solitude: «il n'est pas bon que l'homme soit seul». Le péché est ce qui isole, ce qui éloigne, ce qui coupe.

(Et je vois d'ici certains lecteurs qui vont se morfondre: "ch'uis tout seul!" Non. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit, vous avez des amis, des familles. Attention à l'acédie cf ci-dessus)

Péché I

J'avais vu à l'institut protestant une publicité pour un colloque de l'ISEO (institut supérieur d'études œcuméniques) sur le péché: «Comment parler du péché en 2017?»
Bien que mon féminisme se méfie instinctivement de toute évocation du péché (parce que le péché "originel" qui permet d'accuser les femmes de tout et n'importe quoi me paraît une manipulation ecclésiale du genre «celui qui veut noyer son chien dit qu'il a la rage»), je me suis inscrite dans l'espoir de trouver des pistes pour mon oral de théologie en morale fondamentale (très important, le "fondamentale", la prof a insisté).

Je ne livre que quelques anecdotes et quelques pistes.

Quatre personnes de quatre confessions sont intervenues pour répondre à la question: «Quelle est à votre avis le problème le plus grave dans votre Eglise le péché le plus grave ?»

- Brice Deymié, protestant aumônier de prison, fait d'abord remarquer la différence entre le péché (transcendance, coupure d'avec Dieu) et les péchés (toujours personnels). Sa réponse à la question : la tentation de l'Eglise : se prendre pour Dieu.

- Michel Kubler, catholique, répond catégoriquement: la pédépholie. Il parle de Mgr Lalanne qui a fait l'erreur de répondre par des nuances théologiques à une question médiatique1 et insiste sur la condamnation permanente de Ratzinger (devenu Benoît XVI) qui est allé jusqu'à parler de "péché structurel". Démarche de conversion pour ne plus protéger l'institution et pour accompagner les victimes.
Il cite plusieurs livres, j'ai retenu celui d'une paroissienne qui étudie la façon dont une communauté se tait, s'est tue: Isabelle de Gaulmyn, Histoire d'un silence. Péché de l'Eglise, péché du peuple de Dieu.

Luc Oleknovitch, pasteur de l’Union des églises évangéliques libres de France (UEELF): péché de pharisaïsme : faire porter aux autres ce que nous ne portons pas nous-mêmes; péché d'infidélité : quand une Eglise ne me plaît pas, je vais en voir une autre. Recherche de la satisfaction émotionnelle. Si je devais définir ce péché, je l'appellerais "ingratitude".

Marc-Antoine Costa de Beauregard, orthodoxe (se signe avant de commencer). Le péché le plus grave: on m'a posé la question, spontanément j'ai répondu: "l'hérésie". Ouh là, qu'est-ce que je n'avais pas dit. Pour beaucoup, Dieu n'est pas la référence, la référence est la religion. Qui est Jésus-X pour toi?

C'est lui qui m'apprend que par la grâce du calendrier lunaire, tous les chrétiens vont fêter Pâques à la même date.

Citation de Brice Deymié: «Un directeur de prison me disait (les directeurs de prison sont souvent des personnes remarquables): "vous verrez, toutes les personnes que vous rencontrerez ici ont en commun qu'on ne leur a jamais dit "je t'aime".»
«On demande soudain à la prison de faire des miracles, de réussir là où la famille, l'école, etc., ont échoué…»

La salle demande comment parler du péché aux enfants. La réponse m'a fait sourire, car elle reprend l'adage «les protestants c'est toujours oui, les orthodoxes c'est toujours non, les catholiques ça dépend). Le prêtre orthodoxe répond qu'il faut commencer très tôt, que dès trois ans, les enfants savent exprimer la douleur de la faute et le besoin de la réconciliation; le catholique répond qu'il préfère attendre l'âge de raison (utiliser l'image de la ficelle cassée que l'on renoue); le protestant répond que les enfants culpabilisent déjà suffisamment spontanément, il préfère insiste sur la foi, la présence du christ; parler du péché ça vient toujours assez tôt.

Il n'y a pas de raison de parler de péché à quelqu'un qui ne croit pas. On peut faire appel à sa conscience, etc. mais on ne peut pas parler de péché à quelqu'un qui n'a pas la foi, ça n'a pas de sens (Michel Kubler).

Une question de la salle me fait sursauter en rappelant que l'œcuménisme, ce n'est pas «tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil»: c'est un effort constant, avec des désaccords profonds et douloureux quasi physiquement (on voit les visages se figer, se crisper), et qu'il faut une attention permanente pour dialoguer sans blesser. (En d'autres termes, c'est moins la question qui m'a impressionnée que ce qu'elle a mis en évidence de failles, de désaccord, de volonté de continuer ensemble malgré tout, de se parler et non se condamner).
La question: Quels sont les péchés que chacune de nos Eglises considèrent comme un péché chez l'autre qui sont des obstacles au rapprochement? je pense par exemple à la reconnaissance des homosexuels, à la dévotion mariale, …

L'après-midi sera plus léger, sauf dans sa première intervention.
Jean-François Colosimo, orthodoxe, nous parle du combat spirituels des pères au désert. Il s'agit par ailleurs d'une charge contre l'ennéagramme, le New Age, etc. : «des choix de confort, alors que la religion chrétienne est inconfortable».
Lire un aphogtegme des pères du désert par jour.
théorie latine: tous les hommes sont responsables (amendée plus tard par St Thomas)
Remplacer la dyade faute/pardon par celle de mort/vie.
Permet de déplacer la culpabilisation qui reste une culpabilisation de la construction de soi.
Evagre : huit pensées (qui deviendront à travers Cassien en latin: les sept péchés capitaux)
Ce sont les pensées qui peuvent assaillir le moine: donc les "péchés" sont des combats spirituels.
concupiscence : luxure, gloutonnerie, vaine gloire, avarice
frustration : colère, tristesse, acédie, orgueil.
Il ne faut pas perdre de vue l'acédie (l'abandon par désespoir, qui sera rassemblé avec la tristesse sous le titre de paresse : l'abandon du combat).

C'est étrange, pour moi il est beaucoup plus engageant de se battre contre de mauvais génies qui induisent en tentation (pour ne pas dire Satan, un reste de peur du ridicule) que de devoir bander sa volonté pour lutter contre soi-même (la paresse, la gourmandise, etc): vaincre un ennemi "extérieur" éveille l'esprit combatif, l'énergie vivante et joyeuse des combats de chevaliers.

Ensuite, deux interventions sur le péché représenté en art ou utisé dans la publicité (Genèse 3).

Je pars pour mon cours d'allemand. A 19 heures, dans le cadre du colloque, projection à l'IPT de Sous le soleil de Satan. Je m'ennuie. Cette exaltation n'est pas du tout mon genre.


Note
1 : «"la pédophilie est un mal, est-ce un péché? je ne saurais le dire, mais il faut protéger les victimes". En disant cela, il suivait la doctrine catholique classique, en s'appuyant sur la reconnaissance progressive par l'Eglise de la pédophilie comme maladie ou pulsion irrépressible».

Je ne fais plus que ramer

Petit moral ce soir. Je me force à aller en cours en quittant le bureau trop tard. J'essaie d'ajuster les effectifs (population 2015-sorties+entrées = population 2016. Hélas, il y a des doublons, des changements de catégories, des chevauchements de dates, cela ne tombe jamais juste (il y a la date de travail et la date d'effet: comment retrouver la personne saisie en mars 2016 avec une date d'embauche de novembre 2015? etc.)), une CAC (commissaire aux comptes) est là, je reste trop tard, pas le temps de grignoter un bout.

J'écris cela en cours. St Thomas est passionnant, mais l'idée-même d'un cours sur la morale engendre la méfiance: cela sent sa propagande (pour l'instant, ça va).

J'ai fini le premier Delbo, Aucun de nous ne reviendra, je suis à la moitié du suivant, Une connaissance inutile. Peut-être est-ce la source de ma fatigue. Je comprends l'admiration de Guillaume pour la capacité à transmettre le désordre des pensées, le corps qui submerge la raison, la décomposition de l'identité quand ne restent que le froid et la soif.

Yolette dans le petit bras. La Seine a perdu vingt centimètres. Azem, India, François-Xavier, Florent. Je rame bras nus. J'ai mal au bas du dos, au niveau du sacrum. Cela fait mal comme une courbature ou un bleu, je plie les genoux, je ne peux plus me pencher, j'ai du mal à porter un poids lourd (comme le bateau). Je me relève avec difficulté, en me tenant à ce que je peux.
Je suis terrifiée à l'idée de souffrir (un jour) d'une hernie. Dans le vestiaire, une amie prof de gym rit: «mais non, c'est musculaire, pas de hernie au niveau du sacrum, c'est soudé».
Me voilà rassurée.

J'ai tant de retard dans ce blog que je me demande ce que je vais pouvoir rattraper.
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