Billets pour la catégorie 2012 :

2012

Année complexe. Cette fin ne ressemble absolument pas à son début.


Des pistes, des débuts de chemin à emprunter, et la tentation d'abandonner, parce qu'on n'y arrivera jamais, trop long, trop difficile, trop inaccessible. (Mais pour faire quoi? Attendre? Se rendre compte dans quelques mois qu'il faut s'y remettre, parce que de toute façon il n'y a rien d'autre à faire, rien d'autre qui m'intéresse, rien d'autre qui vaille la peine, que tout le reste m'ennuie?)
Et puis en ce moment, l'attente.



Les rapports entre l'amour et l'humiliation, entre l'humiliation et l'humilité. L'amour comme abandon de l'orgueil. L'amour comme impuissance à faire ce qu'il faut pour les autres, parce qu'on ne sait pas ce qu'il faut, et parce qu'on ne peut pas le faire, et parce qu'ils n'en veulent pas. Et peut-être parce qu'on n'en a pas tout à fait le courage, ou l'envie, malgré ce qu'on essaie de prétendre.

Négatif : la peur et la flemme. Constantes.
Positif : je crois que la colère m'a en partie abandonnée.

Ordinaire

Matin gare de l'est pour récupérer A. qui revient de Hambourg.

Vitres à l'eau claire (et non au produit à vitres). Résultat mitigé. Doigt écrasé par une porte.
Traduction.
Classement des DVD. Poussière des étagères (ça n'a l'air de rien, mais ce n'est pas rien).
Soupe de légumes.
The Bourne legacy. Film téléchargé, anglais sans sous-titre. Un peu dur. De toute façon je n'avais déjà pas compris grand chose quand il était sorti. Mais maintenant je sais que la biologiste est la femme de Daniel Craig. Est-il réellement possible qu'elle soit née en 1970?

Dernier jour de travail en 2012

Skyfall le matin pour la quatrième fois (le 3 novembre, le 8 décembre en attendant O. en formation secouriste; le 15 décembre après l'oral de philo, aujourd'hui avant d'aller travailler. Je suis droguée à la nostalgie de ce film, à la couleur de la ville en ruine et de la lande écossaise, au passage brutal du mot "ombre" à l'image de la mer sous un soleil éclatant.

Repris Clarel. Puis travaillé jusque tard. Problèmes de RER pour rentrer.
Starbuck.

Bonne pour le service

Visite médicale au travail.

J'ai trop parlé, dit ce que j'avais sur le cœur quand elle m'a parlé de "prévention" (cette façon des médecins de se réfugier derrière ce qu'ils connaissent pour vous faire peur tandis qu'ils s'effacent quand vous avez besoin d'eux). Je n'aurais pas dû, il m'en est resté comme un goût de gueule de bois pour la journée.

Vaccin contre la grippe, un peu tard dans la saison, mais j'avais raté la vaccination en son temps (un peu compliqué avec mon statut à cheval sur trois entreprises). Fièvre ce soir, en regardant la saison 2 de The Big bang theory.

Retour

Partie sans téléphone, sans montre, sans livre.
Horaire de RER de week-end, un RER de supprimé, quarantes minutes d'attente.
Pas de livre, temps pur perdu.

Le soir, Bond se marie avec la demoiselle de Chapeau melon et bottes de cuir (Au service secret de sa Majesté, je crois). George Lazenby ressemble au San Antonio sur les couvertures des vieux San-Antonio. Je n'aime pas ce genre.

J'ai lu un peu autour des Bond tournés avec Daniel Craig. Il est stupide de vouloir à toute force expliquer qu'ils se passent "avant" les autres, à quoi bon, qui a besoin de ce genre de justification?
Les Bond sont la démonstration éclatante qu'un film nous montre autant l'époque où il est tourné que les scènes qu'il filme. Si aujourd'hui il n'y a plus de gadgets technologiques, c'est que nous avons tous tous les gadgets technologiques dont peut avoir besoin Bond: un iPhone remplacerait la photocopieuse de 1969 et le GPS la carte embarquée d' Opération Tonnerre. Dans le même mouvement, nous abandonnons le héros plastique genre "Ken de Barbie" pour quelqu'un qui a des sentiments qui en font à la fois la fragilité et l'intérêt: qu'est-ce que cela nous dit de notre époque?

Incongru

Mon fils, tout fort au milieu du salon encombré par mes parents, ma sœur et mes nièces:
— Papa, t'a déjà donné du sperme?



(Bon, je dois être la seule à avoir entendu, mais ça m'a fait un choc, dans une maison où les bébés naissent dans les choux.)



(Le contexte: je venais d'avoir un "big hug" des deux garçons, et je disais, faisant référence au film Starbuck: «ça manque d'enfants».)`

Et à part ça, ou ça compris puisque ça n'a pas eu de conséquence, Noël s'est bien passé. Très bien, même, moins de tension que d'habitude, presque pas de tension. Tant mieux, j'espère que nous y ariverons encore la prochaine fois.

(Apparemment ma mère ne parle plus à mes tantes. Enfin, peut-être, ce n'est pas très clair, puisque le sujet est tabou. «Pas une histoire d'argent», mais que se passe-t-il après la mort de mémé? Bizarre, on verra bien. Ma mère qui reproche à mon père de casser trop de vaisselle; mon père, que je soupçonne d'être très affecté par la mort atroce de son cousin, qui n'écoute ni son chirurgien ni son kiné après son opération de la hanche; ma sœur, divorcée, qui vient seule avec ses filles parce que ma mère refuse de voir son actuel ami (non, elle ne me l'a pas dit, elle l'a dit à un cousin en juillet 2011, je l'ai entendu parce que j'étais près) et qui —à quarante ans passés— lui téléphone (à son ami) dès que mes parents s'absentent… C'est compliqué une famille, ça donne finalement une idée assez juste de la radicale impossibilité de comprendre les autres — mais de devoir vivre au mieux avec eux.)

Les mangeoires

En écoutant la lecture de l'évangile de Noël (Saint Luc), je me disais que finalement je devais être l'une des rares de mon âge à avoir un souvenir de mangeoire, un souvenir chaleureux, dans l'odeur des vaches, des chèvres et le bruit des traits de lait dans les seaux.

Mon souvenir le plus ancien d'une messe de Noël est un sermon qui étrangement racontait un conte: il n'y a pas de chat dans la crèche car le jour de la naissance de l'Enfant il ne put s'empêcher d'attrapper et tuer un oiseau. Je ne me souviens plus comment se terminait ce sermon, le chat fut-il plus tard pardonné? C'était il y a longtemps, à Sainte-Anne, à Agadir.

Ensuite, rentrée en France, toute mon enfance, la quête de la messe de minuit fut destinée à l'entretien de la deux-chevaux du curé. Une année, au grand émoi des villageois, un Saint-Cyrien en grande tenue assista à la liturgie, faisant se retourner toutes les dames.

La vie IRL pour les nuls

— Il faut que je me mette à faire dans la vraie vie ce que j'ai fait sur internet: il faut que j'arrête de plaisanter. Comme personne ne comprend mon humour, j'écris mais je ne valide pas, j'écris et j'efface. Avant je mettais des smileys, mais comment met-on un smiley dans la vraie vie?
— Maman! Un smiley dans la vraie vie, ça s'appelle un sourire !!!



(Mais bon, quel intérêt de raconter une grosse bêtise ou une fine plaisanterie en souriant? Ne pas sourire, c'est faire confiance à vos interlocuteurs, savoir (croire) qu'ils vont comprendre que c'est une grosse bêtise ou une fine plaisanterie; et même penser qu'il est impossible que vos interlocuteurs ne s'en rendent pas compte; et il est toujours un peu décevant, pour ce que vous pensez d'eux et ce que vous découvrez qu'ils pensent de vous, de s'apercevoir qu'ils ne voient pas la grosse bêtise ou la fine plaisanterie, ou n'y croient pas, qu'ils ne vous en pensaient ou ne vous en pensent pas capable, en un mot, qu'ils ne vous font pas crédit.)

Contretemps

Vu sur un pull en vitrine :

Do Winter
Do Spring
Do Summer
Donot Fall


Journée très speed, dont un aller/retour cauchemardesque à Roissy sous la pluie et un avion raté à cause de soixante centimètres d'eau dans un creux sur une bretelle d'accès d'autoroute (une demi-heure de bouchon à quatre kilomètres de l'aéroport. Embarquement clôturé quarante minutes avant le décollage pour cause de navette vous emmenant à l'autre bout des pistes. Nous sommes arrivés quinze minutes trop tard.)
On recommence demain pour un avion à sept heures vingt. Quand je pense que je me disais que j'allais me détendre et dormir après le décollage de cet avion…

Par ailleurs l'hiver sera rouge.

Enthousiasme

Messe de 8 heures à Notre-Dame (j'ai beaucoup de temps le vendredi en attendant mon cours d'allemand. J'aime Notre-Dame et son éclairage intime, sa chaleur. Etre ici tôt le matin pour une célébration donne l'impression d'être au cœur du monde, non seulement dans l'espace, mais dans le temps).

Nous sommes plus nombreux aujourd'hui, plutôt quarante que vingt, dans le chœur fermé derrière l'autel (nous occupons les stalles sculptées).

Au moment de la lecture, flottement imperceptible, personne ne semble prévu, alors l'homme qui le visage fermé nous donne accès au chœur en s'assurant d'un regard que nos intentions sont pieuses monte la marche devant le pupitre et se met à lire.
Cantique des Cantiques. Il lit avec enthousiasme, il proclame.
Fin du passage. Il enchaîne avec le Livre de Sophonie. Je suis un peu surprise, non seulement nous n'avons souvent droit qu'à une lecture, mais s'il y en a deux, la deuxième devrait être une lecture du Nouveau Testament. Sa voix monte sous la voûte, emplit l'atmosphère.
Je regarde les prêtres. Le plus âgé ne bronche pas, le "nouveau" (je ne l'ai jamais vu) non plus. Le troisième se penche très discrètement sur le côté et demande à un fidèle son missel. Je le vois vérifier les lectures du jour. J'ai envie de rire. Il rend le missel.

L'autre a fini le livre de Sophonie. Il enchaîne avec la lecture du psaume, nous invite à dire le refrain. Je retiens mon souffle, et s'il continuait, s'il lisait la suite du gros livre devant lui, avec la même joie, le même enthousiasme? Il y a comme un vent de folie sous la nef, quelque chose est hors de contrôle.

Le prêtre âgé se lève, s'avance vers le pupitre à pas lents et dignes, il va lire l'Evangile. A regret, l'autre lui cède la place.

Tant pis.

Pour Dominique

A propos de Proust et Visconti: voir ici en particulier dans les commentaires.

Et le blog d'EF.

Entraînement

La Seine est en crue et il pleut.
Je secoue ma flemme et je vais faire de l'ergo (ergonomètre = rameur). J'oublie de prendre un souku et comme d'habitude je m'écorche la peau au niveau du coccyx (proéminant depuis une chute de ski de fond vers douze ou treize ans): une semaine à m'assoir en réprimant (ou pas) un "aïe".

Au moment de partir, un important groupe de jeunes gens arrivent, sweat noir, armes jaunes que je n'identifie pas. J'interroge Vincent du regard: «C'est Polytechnique», me répond-il avec une moue significative.
Comme j'ai l'habitude du sentiment bien français envers les étudiants et diplômés des grandes écoles, l'X, l'ENA et Normale Sup en tête — mélange de complexe d'infériorité, d'envie et de méfiance envers les meilleurs de la classe —, je n'y accorde pas d'attention particulière, quand je me souviens brusquement d'une anecdote racontée par Vincent quelques semaines plus tôt.

Ayant accepté pour rendre service de remplacer l'entraîneur habituel des X, il leur avait préparé un programme d'entraînement progressif accordé à leur niveau. Le leur ayant exposé, il s'était entendu répondre: «Non, nous ne ferons pas cela, nous avons voté démocratiquement et nous avons choisi de… (etc)».

En racontant cela ici, je me demande si ceux qui me liront saisiront la bêtise de cette réponse, son manque de pertinence, son absolue méconnaissance de ce qu'est le sport, sa lente austérité et sa nécessaire humilité[1]. C'est dommage de faire de l'aviron sans avoir cette intuition fondamentale. L'eau se chargera de la leur apprendre mais ils ne vont pas progresser très vite (les mêmes l'année dernière avaient déclaré à leur entraîneur qu'ils voulaient participer à je ne sais plus quelle épreuve oxfordienne. Entre découragement et amusement, Constanza (ancienne championne roumaine) avait conclu: «Ils ne se rendent pas compte, c'est vingt kilomètres d'entraînement tous les jours, pas dix une fois par semaine.»)

Notes

[1] au moins à notre niveau. Je ne comprends pas exactement ce qu'il en est des grands footballeurs qui paraissent dans le caprice permanent. Peut-être est-ce leur bulle de décompression. Mais enfin, il s'agit d'un autre monde.

La flamme

Aujourd'hui j'ai acheté une lampe tempête pour l'allumer à la flamme ramenée de Bethléem dans l'église de Yerres samedi dernier mais ce soir l'église était fermée.

L'idée d'une flamme ramenée de Bethléem me semble à la fois merveilleuse et déraisonnable. Beaucoup d'énergie dépensée pour un pur symbole.

Dimanche je me disais que le feu est l'une de ses rares choses qui se partage sans diminuer: allumer une bougie à une autre bougie ne diminue pas la flamme de la première. Symbole de la chaleur et de la lumière. Et d'autre chose encore.

Apocalypse

Je ne sais pas ce que je trouve le plus dommage: que la fin du monde nous fasse rire, ou que certains la prennent au sérieux.

Pour suivre quelques fins du monde et quelques mondes d'après la fin.

Graffiti

Dans les toilettes du sixième étage, celles de la bibliothèque de théologie, un unique graffiti au feutre. (C'est un peu flou, mais le jaune du mur ne permettait pas l'utilisation du flash dans un endroit si étroit.)


Chapeau, jeune homme

Fini la Tactique du diable achetée hier. Tout cela n'est pas très sérieux, je serais censée travailler sur Phèdre à fond jusqu'à samedi. Tant pis (déjà passé une micro-évaluation vendredi midi. C'est l'aspect étrange du cursus. A nos âges… Il y en a un qui a abandonné, il n'est présent qu'en auditeur libre, il ne veut pas écrire les dissertations et passer les oraux. Il est médecin, «passer des examens me gonfle». Mais il y a dans la soumission aux règles un exercice spirituel, aussi.)


RER. Deux banquettes de trois places en vis-à-vis, nous sommes trois, assis en quinconce comme il se fait naturellement (cela préserve l'espace pour les coudes et les jambes (pour ceux qui penseraient que voyager en transport en commun n'implique pas une adaptation et des rites)). Je suis au milieu.

Le jeune homme en face à ma gauche près de la fenêtre a un visage petit, blanc, un visage de porcelaine un peu trop immobile, inexpressif, des lunettes carrées à monture noire épaisse, de gros écouteurs, une touffe de cheveux presque au carré, presque bouclée. Il porte un blouson d'aviateur et une sacoche de cuir brun à reflets rouges, magnifique d'usure.
Son téléphone sonne. Il soulève un écouteur, se penche en avant et se met à parler doucement. Je ferme les yeux. Au début je crois qu'il s'agit d'ingrédients de cuisine. Il se tait, il écoute.
— Tu es malheureuse?
— …
— Il te manque?
— …

Sa voix reste égale, presque un murmure. Qui est-ce? Une amie? Sa sœur?
Peu à peu, c'est lui qui va parler, qui va occuper toute la conversation.
— Ecoute, en ce moment il est blindé de boulot. Si vraiment il te manque, dis-lui, mais pas maintenant, c'est inutile, il ne sera pas à l'écoute, il travaille. Il faut que tu attendes un mois, qu'il ait davantage de temps.
— …
— Ecoute, ne t'en fais pas. Tu as peur qu'il te remplace? Il ne faut pas avoir peur. Soit il travaille tant qu'il n'a le temps pour rien d'autre, soit il croise quelqu'un qui lui plaît et tu seras fixée, tu sauras que c'est inutile d'insister.

Les yeux fermés, je souris à peine intérieurement, c'est plutôt de la mélancolie, cette voix si apaisante qui prône le bon sens, a-t-elle la moindre chance d'être entendue? Comme il est patient, croit-il qu'il peut la convaincre (moi non, j'imagine l'autre bout du fil, le cœur qui bat, le désespoir et l'impression que le sol se dérobe, et toutes ces paroles qui glissent, qui glissent, ne comblant rien du vide) ou ne fait-il que ce qu'il pense devoir faire, par devoir, par tendresse, parce qu'il faut essayer, donner sa chance à l'improbable, je m'endors je crois, puisque je me réveille. Il parle encore.

— … Si vraiment tu te sens trop mal, va voir une amie, mais pas pour ressasser, hein. Pour parler d'autre chose.

Je ne sais plus comment il termine. Il se redresse, se renfonce dans son siège, remet son casque, et sort un folio de la poche de son blouson. La rose tatouée de Tennessee Williams.

Une motivation inattendue

O. doit faire un stage en entreprise d'une semaine. A ma grande surprise, il a décrété qu'il voulait le faire en librairie.
J'ai donc demandé à Julien s'il prenait des stagiaires au Tumulte des mots: réponse oui.

Nous sommes passés faire signer la convention de stage. Le libraire pose une ou deux questions («Pourquoi la librairie?»), je m'éloigne un peu pour que O. réponde sans se sentir surveillé, j'entends «…bordel…» à plusieurs reprises, mais qu'est-il est en train de raconter?

En sortant, je lui fais une remontrance: «N'utilise pas le mot bordel comme ça, voyons: bazar, capharnaüm si ça t'amuse, ou désordre même si c'est plus faible… Mais qu'est-ce que tu as dit?
— Il voulait savoir pourquoi je voulais venir en librairie, j'ai dit que la librairie de Yerres était toujours en bordel, alors je voulais voir comment on organisait tout ça, comment on s'y retrouvait.


So much pour la vocation littéraire. (J'espère que O. n'a pas été déçu, Le Tumulte des mots est très bien rangé. J'espère qu'on lui fera déballer et classer beaucoup de cartons.)

Première neige

8h, messe à Notre-Dame (l'église est bien chauffée); 9h, bibliothèque rue d'Assas (Platon, Phèdre, le père Caffarel sur la prière); 10h30 achat de Dc Martens aux Halles; 11h15, chapeau à la Cerise sur le chapeau; 12h, allemand (raté la première heure. Préparé aucun devoir à la maison); 14h, vingt-deux siècles de littérature grecque en trois heures et quart (professeurs qui ne lisent pas leurs notes, alleluia); 18h, bibliothèque Mouffetard (trois livres en retard); 18h45, salon du livre à l'EA.


Dans mon sac, le matin :
Platon, Le Banquet et Phèdre, GF 1964 (traduction Emile Chambry)
Léo Strauss, Sur une nouvelle interprétation de la philosophie de Platon (à rendre à Mouffetard)
Friedrich Nietzsche, Introduction à la lecture des dialogues de Platon (à rendre à Mouffetard)
Auguste Diès, Autour de Platon (à rendre à Mouffetard)

Le soir :
Platon, Le Banquet et Phèdre, GF 1964 (traduction Emile Chambry)
Henri Caffarel, La prière, rencontre avec Dieu
Platon,Phèdre, GF 1989 (traduction Luc Brisson)
Jacob Taubes, En divergent accord : à propos de Carl Schmitt (rendu par Patrick)
Michel Rocard, Mes points sur les i : Propos sur la présidentielle et la crise (pour H.)

Mercredi

Peu de choses à raconter. Commencé et laissé tomber un billet destiné à démontrer que la nationalisation, c'est le mal. Casino royal encore[1]. Une purée mousseline ratée (pas par moi), c'est vraiment mauvais mais c'est une source de rires inextinguibles.



Dans mon sac, le matin (je pensais passer à la bibliothèque Mouffetard, puis j'ai changé d'avis):

Platon,Le Banquet et Phèdre, GF 1964 (traduction E. Chambry)
Léo Strauss, Sur une nouvelle interprétation de la philosophie de Platon (à rendre rue Mouffetard)
Friedrich Nietzsche, Introduction à la lecture des dialogues de Platon (à rendre rue Mouffetard)
Yves Courrière, Sur la piste du lion (à rendre à la bibliothèque du CE)
Jean Barraqué, Debussy, (à rendre à la bibliothèque du CE)
Aglaïa, autour de Platon. Mélanges offerts à Monique Dixsaut (à rendre)

Le soir:

Platon,Le Banquet et Phèdre, GF 1964 (traduction E. Chambry)
Léo Strauss, Sur une nouvelle interprétation de la philosophie de Platon (parce que j'irai à Mouffetard vendredi)
Friedrich Nietzsche, Introduction à la lecture des dialogues de Platon (parce que j'irai à Mouffetard vendredi)
Jean-Marc Potdevin, Les mots ne peuvent dire ce que j'ai vu (rendu par Patrick)
Leonardo Sciascia, Actes relatifs à la mort de Raymond Roussel (offert par Patrick)
Aglaïa, autour de Platon. Mélanges offerts à Monique Dixsaut (je voulais le laisser au bureau en attendant de passer à la bibliothèque, mais j'ai prolongé le prêt à distance).

Notes

[1] Bond sort de l'eau comme Bo Derek Ursula Andress. La musique utilisée durant les scènes romantiques de la dernière partie vient d' Out Africa, ce qui pour moi court-circuite le film.

La blague du mardi

Si Hitler s'était appelé Pepito, on aurait dit "Hi, Pepito".

Opulence

J'ose à peine l'écrire (superstition), mais pour la première fois depuis que j'ai vingt ans, nous avons assez d'argent chaque mois pour que je ne vive plus dans l'inquiétude (comprenons-nous: inquiétude née de la conscience que le moindre imprévu, panne de la chaudière ou accident de voiture, nous plongerait dans les dettes. Manque d'argent suffisant il y a deux ou trois ans pour repousser les achats de vêtements. Je n'ai compris ce que cela avait représenté pour les enfants que lorsque le plus jeune a constaté avec satisfaction l'année dernière: «On voit que nous avons de l'argent, quand il y a besoin d'un jean, on l'achète». Grande honte ou petite, je vous assure, à entendre ça (Et pendant ce temps, 2008 ou 2009, Venise ou Cerisy. Oui oui oui: engagements pris avant, réservations un an ou plus à l'avance. Inquiétude)).

Fin de l'inquiétude, j'espère pour quelques mois au moins, c'est si reposant et libératoire.

Dimanche

7h50 - Gel sur la voiture au point que je pense ne pas pouvoir partir (silicone sur les joints).

9h - L'analogie, que peut-on dire de Dieu, (peut-on en dire quelque chose?), la théologie négative.

13h - Un anniversaire, un après-midi de tarot. (J'ai gagné, mais il faut dire que les autres avaient des réflexes de joueurs de belote. Chez moi, le tarot, c'est comme l'allemand, dès que je m'y remets, certains réflexes reviennent.)

20h40 - Casino royale. Je deviens sentimentale en vieillissant, je vais finir par aimer les films avec de jolies jeunes femmes sur les poitrines puissantes des hommes amoureux. (Ou alors c'est la lecture du Banquet qui m'influence.)
(Badinage. James Bond badine.)

Bibliothèque de Bois-le-Roi

Plutôt qu'aller faire les courses, je vais à la bibliothèque. Tout est minuscule à Bois-le-Roi et paraît immobilisé dans le temps. La bibliothèque est au premier étage d'une de ces maisons classiques, tuiles, murs gris, encadrement des fenêtres en briques rouges. Un grand panneau en bois à la peinture verte écaillée annonce "Bibliothèque municipale".
Le rez-de-chaussée est consacré la semaine à l'accueil des très jeunes enfants. Je m'attends à de vieilles collections poussiéreuses qui permettent de retrouver des auteurs oubliés (genre Vialar), mais non; l'intérieur semble beaucoup plus grand que l'extérieur, ce n'est pas moderne dans un sens agressif, mais pratique, utilitaire, lumineux. Les livres destinés aux enfants occupent un bon tiers de la place, les livres démodés datent des années 80 (Sulitzer: qui se souvient de Sulitzer?); dans la dernière pièce (il y en a trois) tout au fond je déniche le rayon littérature, française et étrangère. Yourcenar est reléguée ici, les auteurs anglais et américain sont séparés (c'est assez rare), Mario Rigori Stern est présent mais pas Primo Lévi (peut-être classé ailleurs, en histoire ou roman ou biographie?), il y a les deux tomes d'Isabelle Eberhardt. Pourquoi Gertrude Bell n'a-t-elle pas connu la même fortune?

J'ai commencé le dernier Cormier, mais je ne peux l'emprunter, je n'ai ni chèque ni justificatif de domicile (il faut dire qu'à l'origine, je pensais travailler le grec et la philosophie médiévale).
Je dois attendre 17h30, la bibliothèque ferme à 17 heures, je termine au café.

Courbatures

Depuis mes sorties en skiff de septembre, j'ai changé légèrement mon coup d'aviron sur le retour (et la sortie de l'eau également). J'ai trouvé une façon de dégager le cou des épaules durant le retour qui donne l'impression de tenir l'équilibre du bateau avec une ligne imaginaire horizontale reliant le milieu des deux omoplates.

La conséquence inattendue est que j'ai des courbatures dans les muscles qui constituent l'arrondi des épaules. Les deltoïdes, viens-je d'apprendre sur internet.

Retour aux fondamentaux

Je ne lis plus, je ne blogue plus, je regarde avec O. des vieux films qu'il na jamais vus. Vieux films dans tous les sens du terme, car ce sont souvent encore des cassettes. Cela donne un certain charme aux Indiana Jones, l'image déformée, un peu pixellisée, sur le grand écran plat prévu pour des supports plus modernes.
Mais pour Usual suspect, c'est plus gênant.

C'est très agréable de regarder ce film à côté de qulequ'un qui le découvre.

Week-end musical

Samedi, une après-midi à écouter Philippe Bernold donner des conseils aux élèves du conservatoire.

Je retiens l'idée d'énergie:
— Quand tu joues, il ne faut pas qu'on ait l'impression que tu t'ennuies, qu'on se dise "Oh la pauvre, il faut qu'elle joue". Ce que tu dois transmettre, c'est de l'énergie.
In petto, je me dis que c'est toujours vrai dès qu'on est face à un public.

Et à propos de la sonate à 2 flûtes en sol majeur de Wilhem Friedemann Bach : «ce n'était pas destiné à être joué en concert, encore moins en concervatoire et encore moins en conservatoire supérieur! C'était destiné à être joué par deux amis le soir, près de la cheminée. Alors regardez-vous, échangez des coups d'œil, ayez l'air de continuer une discussion.»

De la musique de chambre comme «conversation», il aura beaucoup insisté. Autre piste: «si vous voulez comprendre la forme sonate, choisissez un compositeur mineur, les grands la transforment aussitôt, elle n'est jamais pure chez eux.»



Ce matin, Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux, à Montreuil. Beaucoup de monde pour un dimanche à 11 heures.
Nous avons beaucoup ri, voir ici pour un vrai compte rendu.
Beaucoup aimé le logo en forme de poire. Il me plaît.

Le début de l'exposé sur la vie d'Erik Satie commence à peu près ainsi:
«Erik Satie est né à Honfleur le 17 mai 1866, comme Alphonse Allais. Enfin, Alphonse Allais n'est pas né en 1866, mais à Honfleur, le 20 octobre 1854, comme Rimbaud, mais lui, à Charleville-Mézières. Oui, Rimbaud et Alphonse Allais sont nés le même jour la même année, alors qu'Erik Satie et Arthur Rimbaud ne sont nés ni la même année, ni dans la même ville, ce qui leur fait au moins deux points communs.»

Première Gymnopédie. Je la connais très bien, sans que je parvienne à retrouver l'origine de cette connaissance. Image de photos noir et blanc, de neige, où ai-je entendu, souvent, cette première gymnopédie? Servait-elle de thème dans une lecture de Modiano? Je ne sais plus.
Mais quelle douceur de commencer dimanche avec elle.

Mon fils me surprend

O. s'est acheté un chapeau blanc aux Etats-Unis. Il le porte et ils se voient, lui et son chapeau, puisqu'il mesure 1,85m à 14 ans.

Lui qui était très soucieux du regard des autres, attentif à s'habiller comme les autres, à se fondre dans la masse, à ne pas se différencier (ne pas avoir la télé et être en CHAM, ça suffit comme bizzareries) m'a expliqué il y a peu de temps que depuis qu'il a son chapeau, ça lui est devenu égal. Quand on le regarde, il se dit que c'est à cause de son chapeau et il le supporte sans broncher.

Mardi, il avait oublié son chapeau.

Mercredi, quai du RER:
— Et ton chapeau, tu l'as oublié?
— Mais non, mais il est blanc, tu comprends…
— ??? Euh...
— Mais si, à cause de mémé…

Bref, j'ai compris qu'il portait le deuil.

Des perturbations dans la force

Dîner avec R, mais pas en tête à tête. Finalement cela aura moins duré que je ne pensais. Ce n'est pas de la réconciliation mais de l'observation prudente. Prudence dans le choix des mots, conversation minée. La question que je me pose, entièrement théorique, est de savoir si je compte autant pour lui que lui pour moi.
Mais cela ne lui donne pas le droit de faire n'importe quoi.
Au contraire.

Je rentre pour apprendre qu'en gare de Yerres, une adolescente en a poussé une autre sous un train. Je n'aurai pas eu l'occasion de m'inquiéter, je suis rentrée trop tard.
J'apprends aussi que nous avons été déboutés en appel dans l'affaire des métabalises. Cela ne m'étonne pas. J'avais oublié que le délibéré était rendu aujourd'hui. Je n'y pense plus très souvent. Il faudra que je cherche pourquoi.

Magique

La France, le pays où l'on peut en toute liberté de conscience décider de ne pas appliquer une loi sans que ce soit illégal.

Chaque jour je me réjouis car le monde m'étonne.



Et sinon je lis Ceux qui passent : peut-être devrait-on prévenir les préfets qu'«en toute liberté de conscience» ils ne sont pas obligés de faire raser les camps de migrants.

Camping

Fuite sous l'évier de la cuisine (découverte dimanche comme il se doit). Lavé la vaisselle de deux jours dans la baignoire. (A tout prendre, je préfère avoir de l'eau et pas d'évier qu'un évier et pas d'eau.)

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