Billets pour la catégorie 2009 :

Bilan bizarre

Année objectivement réussie (changement de métier (pour faire quinze ou vingt ans plus tard celui que j'ai appris à l'école (no comment)), première intervention en colloque littéraire, reprise de l'aviron (ça me fait vraiment plaisir), réunion mensuelle des "cruchons" qui dure et perdure (et c'est un beau cadeau)), subjectivement décevante et émotionnellement fatigante.


L'une de mes photos préférées de cette année: elle s'attache à des amis chers, à un moment précieux, et dans le même temps j'y trouve quelque chose d'absurde, de démesuré: il y a quinze ans, dix ans, cela n'aurait pas été possible, aujourd'hui c'est tout simple, à portée de tous, et j'en reste émerveillée.

Lecture de L'Amour l'Automne dans un café parisien en novembre: Paris la nuit à travers les vitres, Auckland le jour dans l'écran.


Pas de nouvelles, bonnes nouvelles

Rentrée.
Pas grand-chose à dire, ce qui dans le contexte fragile de Noël est une bonne nouvelle.
Plus de sommeil en retard.

L'écart

Deux jours pour regarder la saison 1 de Happy days. Premiers épisodes maladroits tournant autour d'un seul thème, le timide Richie embrassera-t-il telle ou telle fille, toujours la plus jolie, parfois la plus gentille? La pédagogie à l'œuvre est assez simple: laisser les adolescents faire leurs propres expériences, afin qu'ils en tirent les conséquences. Puis les épisodes se font plus "sociaux" (ie problèmes de société), racisme, bombe atomique, blousons noirs, beatnicks, etc, vision 70's des années 50 américaines.

Il n'y a pas tant de différences entre cette série et Six Feet under: une famille "gentille", avec des principes, pas vraiment de méchants, pas vraiment d'adversaires autre que la vie elle-même (devenue la mort dans SFU) et ses vicissitudes: comment vivre, comment apprendre à vivre? En trente ans l'art de la narration a évolué avec la maîtrise technique et le recul de la pruderie, tant sexuelle que sociale, avec cette narration plus détendue mais plus fine et plus acérée dans SFU, Happy days ayant introduit jusque dans la manière de filmer la timidité et la maladresse de Richie.

Devinette pour Noël

Pourquoi le Père Noël est-il si joyeux ?



Parce qu'il connaît l'adresse des filles pas sages.



source

Deux silhouettes

Matin, dans le RER A.

A ma droite, un jeune homme dort dans le coin, entre la fenêtre et la paroi. Visage poupin, très pâle, manteau bleu en laine, riche et lourd, chaussures noires pointus et cirées. Tant de jeunesse et une telle garde-robe, je songe à un jeune consultant. Il a posé ses pieds sur le rebord près du mur, sous la fenêtre, remontant les genoux vers sa poitrine. Instinctivement il a replié ses mains vers le creux de son ventre et tendu son dos en arc.
Il me semble voir le fœtus qu'il a été, entre abandon et abandon.

A ma gauche, dans le couloir, une belle femme d'une cinquantaine d'années, yeux très bleus, grande, blonde, fines rides, air d'ennui, porte un manteau en peau retournée coupé très large. Comme elle se tient à la barre centrale le bras assez haut, le manteau se déploie, et je songe à l'Afghanistan et Annemarie Schwartzenbach.

Transports

La veille au soir (le lundi, donc), vous avez choisi votre train, 9h21 pour Blois.

Dans la soirée, vous êtes alertée par un commentaire d'une amie FB qui semble avoir beaucoup de mal à rejoindre Orléans. Vous vous souvenez alors de cet article que vous avez lu par-dessus l'épaule de votre voisin, de ce RER déraillé dimanche et des gens rentrés chez eux à minuit...

Le matin, donc, vous décidez de vérifier si le train circule. Informations contradictoires entre deux pages de la SNCF, le site infolignes qui proclame qu'aucun train ne part de la gare d'Austerlitz, et le zoom sur la région ouest (qui ne s'ouvre que dans Firefox et pas dans Safari) qui annonce que les trains circulent normalement, avec un bandeau rouge nous assurant que les informations cette page prennent en compte les informations données par ailleurs (autrement dit, qu'elles sont les plus fiables).

8h20, Rer D; 8h40 gare de Lyon; vous traversez à pied (très pratique), gare d'Auterlitz à 9h00 pour un départ à 9h21: le temps d'acheter tranquillement un billet et d'installer confortablement votre fille dans un wagon.
Sauf qu'il n'y a pas de train. Deux personnes devant vous sont en train de se renseigner, les employés de la SNCF sont très aimables (vraiment), prendre le bus 24, aller à la gare de Bercy, il y aura des bus, des navettes pour Les Aubrais, puis un train pour Blois à partir des Aubrais...

Et donc bus 24, ça sent le fromage, gare de Bercy, inhospitalière, sans café ni brasserie ni relais H. La navette s'avère être un train et non un car, et elle vient juste de partir (à 9h25). La suivante est à 10h. Vous abandonnez votre fille dans la gare pour aller travailler, pas trop inquiète, l'aventure c'est l'aventure, comment aller à Blois en passant par Strasbourg, ça lui fera un souvenir... (Elle arrivera finalement à 13 heures).

Vous retournez à pied gare de Lyon. Tous les escalators sont immobiles, vous croisez des familles ou des femmes seules accompagnées de bouts de chou, chacun sa valise ou son sac à roulettes, comment vont-ils monter les escaliers, vous ne pouvez pas aider tout le monde. Vous prenez le RER A (en grève) jusqu'à la Défense, puis choisissez de prendre le métro de la ligne 1 sur une station pour aller plus vite qu'à pied.
Les quais du métro sont désormais vitrés pour éviter les suicides. Il y a donc deux jeux de portes, celui de la rame et celui du quai.
Le signal sonore retentit, les portes se ferment... se rouvrent... se ferment... se rouvrent... se ferment... se rouvrent... se ferment.
Une station plus loin, elles ne s'ouvrent plus, vous ne pouvez plus descendre de la rame.

C'est à ce moment-là que je me suis mise à rire de bon cœur.

Plaisir du nom

Finalement, ce que je préfère dans Là-haut, c'est la légère bizarrerie qu'ontroduit l'obstination du petit garçon à dire «Monsieur Fre-de-rik-sen», et la façon dont cela ralentit l'action même dans les moment les plus trépidants.

Nostalgique par anticipation

Cette après-midi m'est venu l'idée que l'année prochaine nous ne serons peut-être pas cinq à Noël.

Combien de temps met le fût du canon pour refoidir ?



J'espère que vous arrivez à lire: "Davantage de trains à tout moment de la journée".

Train immobilisé en gare de banlieue.

Cinq minute se passent. Le conducteur annonce :
— Nous sommes arrêtés en gare.

Dix minutes encore, ou plus. Il fait nuit, le wagon est silencieux. Dehors la neige ne tombe plus. Je lis (assise!). Le conducteur reprend avec énergie :
— Le train va repartir dans... euh... incessamment sous peu.

Noël bleu

Le pub Renault (enfin... L'atelier Renault) a choisi une décoration bleue pour Noël, en harmonie avec ma chère R8.





En terminale il y avait quatre redoublants. Laurent avait deux ans de retard (il avait eu un grave accident de moto dont le récit me fit donner du sang pendant des années), j'avais un an d'avance, il avait coutume de me dire qu'il aurait pu être mon père.
Notre amitié commença par une monumentale gaffe: un jour qu'en sortant de cours de physique il annonça qu'il était pressé car il devait aller se faire couper les cheveux, je répondis (jouant à celle qui connaissait la vie) que tant que sa mère ne trouvait pas ses cheveux trop longs, ça pouvait bien attendre.
— Ma mère est morte, me répondit-il très vite en me regardant à peine. Et il partit.
Je restai pétrifiée.

Au dernier rang, en cours d'histoire, il était à côté de moi et glissait des poils de barbe entre les pages de mon cahier en me disant que cela ressemblait à des poils de cul (Ils doivent y être encore si ma mère n'a pas jeté mon cahier). Il trouvait le prof trop gaulliste, lui dont le père était l'archétype de l'instituteur socialiste.

C'est lui qui m'a prêté le Coran et un certain nombre de livres sur les religions orientales. Ils appartenaient à sa mère.

J'avais pris l'habitude, dans l'état de dépression vague où je me trainais, d'aller marcher le long de la Loire le mercredi matin, entre huit et neuf heures (au lieu de travailler comme le pensaient mes parents). Il avait pris l'habitude de me récupérer sur le chemin du retour, m'effrayant la première fois qu'il s'arrêta pour me proposer de monter tant je pensais être tranquille et loin du monde (moment de stupeur avant de le reconnaître, sortie brutale du rêve).
Il possédait une R8 bleue, pas Gordini, au volant et au levier de vitesse en bois.
J'espérais secrètement récupérer cette voiture.
Mais quelques années plus tard, quand le croisant je m'enquis de sa voiture, j'appris que j'arrivais trop tard: elle était partie à la casse.

Ras-le-bol

— J'm'en fous, puisque c'est comme ça, je vais lire un Agatha Christie.
— Ah oui, ta vengeance sera terrible !

Une vie d'abondance sur une seule fesse

Master class avec Zander.
Si vous n'avez que quelques minutes, regardez les différentes façons de jouer du piano (au bout d'un an, deux ans, cinq ans,...) à 18 minutes de la fin: «La musique doit te pousser hors de ta chaise. Il faut jouer sur une seule fesse.»





Vers les deux minutes de la fin : WFP : Wealth, Fame, Power = richesse, célébrité, pouvoir.
Opposé à abondance.


Réveille-toi, c'est de la culture !

J'ai trouvé une vidéo sous-titrée en français dont le contenu est pratiquement identique (piano et Chopin contre violoncelle et Bach), le jeune homme en moins. (Ce qui est fascinant dans la première, c'est la façon dont le jeune homme paraît comprendre quelque chose.)

Je n'aurais jamais dû

Machine à café, toujours. D'où la conversation est-elle partie? De Liliane Bettancourt et du milliard d'euros... Cash ou œuvres d'art? Garder les tableaux ou les revendre? Et cela dériva un peu, jusqu'à ce que je pense aux récentes ventes des robes d'Audrey Hepburn ou du manuscrit de Laura.

Hélas, je commençai à parler de cette seconde:
— Dans un autre genre, vous avez vu que... ma voix s'éteint, je viens de réaliser que je m'apprête à parler de Nabokov à la machine à café... Euh non, ce n'est pas très intéressant... C'est nul de s'arrêter. C'est encore pire, condescendant, un peu. Mais parler de ce qu'on aime à qui ne l'aime pas, à quoi bon. Je me maudis. La jeune consultante en face de moi me regarde, interrogative, en attente. Et si...? Allons, on ne sait jamais, tentons.
— Le manuscrit de Nabokov a été mis en vente, vous savez, son livre posthume qu'on vient de publier, Laura? Je m'entends dire ces mots, c'est n'importe quoi, quel pourcentage de chances de trouver au hasard des gens intéressés par Laura autour de la machine à café?
A ma surprise, ma joie et mon soulagement, le visage de mon interlocutrice s'anime; miracle, non seulement elle connaît, mais cela paraît l'intéresser:
— Ah Nabokov... Dire qu'on vend son manuscrit une fortune alors que Roman Polanski attend encore en prison!
Ma mâchoire pend. Court-circuit encéphalique.
— Euh... Tellement surprise que je ne réponds pas comme j'aurais pu répondre, et heureusement. Tellement surprise de tant de confusion dans les concepts et les faits que je réponds très doucement, très lentement:
— Mais enfin, ça n'a rien à voir! Nabokov, c'est un livre! Supposant bien sûr qu'elle parle de Lolita. Dans le même temps je songe au livre de Tlön.
— Oui, enfin bon, si, il a fait des choses, il suffit de lire sa biographie.
Tant d'assurance... Jamais entendu parler de ça, mais plutôt de l'inverse, Nabokov affirmant la fiction, reconnaissant cependant avoir pris sur ses genoux des amies de sa fille pour mieux décrire les impressions de Humbert... (Où ai-je lu ça? Dans The annotated Lolita? Je ne sais plus.) Je me trompe? Ou se pourrait-il qu'elle confonde avec les nouvelles de Nabokov, dans lesquelles il parle souvent d'amours enfantines? Elle aurait lu les nouvelles de Nabokov (ce qui suppose un vrai intérêt) et me sortirait de telles énormités (ce qui suppose une ignorance certaine)? Restons à quelques données factuelles:
— Oui enfin, lui il est mort, et personne n'a jamais porté plainte, que je sache.
— Oui...

Nous passons à autre chose.



Complément
Pas réussi à le vendre! Yesss! Bien fait pour Dmitri (je dois avouer que cette vente me choquait: non seulement le livre est publié contre la volonté de son père, mais le manuscrit est vendu tandis que l'encre des premiers exemplaires n'est pas sèche...)

Les Sims (version décousue)

Conversation (si on peut dire) de dîner: on m'a fait entrevoir les Sims. (Et toujours, sous ces artefacts, je cherche à saisir ce monde, que je ne comprends pas, qui ne m'intéresse pas et me fascine: que peut-on appréhender du présent et du futur à partir de ce qui est donné dans les jeux?)

— Moi la fille était un peu plate alors j'ai installé un plug-in pour lui faire gonfler les seins.
— ???!!
— Mais non, c'est pas dans la version de base, c'est des geeks qu'ont développé ça!

— Non, mais si tu le laves pas, le besoin hygiène i tombe à zéro et y devient tout vert, il moisit et il meurt. La mort vient avec sa grande faux et spflatch!

— Tu peux faire crac-crac ou tu peux faire des enfants (faire crac-crac, c'est avec préservatif, les enfants c'est sans).
— Oui, et pour faire crac-crac, il ne faut pas dormir!
— Oui, les deux sont sur le lit, et il faut inscrire "détente" sur chacun, et alors tu as le choix "crac-crac" qui apparaît.
— Et si les deux sont sur le canapé et qu'il y a "détente" sur les deux, il peuvent s'embrasser.

— La mort peut devenir ton amie. Moi je l'ai draguée, et j'ai baisé avec la mort.

— Tu as des objectifs de vie, ce qu'on appelle des objectifs à long terme. Parmi les objectifs, il y a "briser le cœurs de dix sims". Moi j'adore, je suis "malveillant, charismatique et baiseur magnifique".
— Baiseur? Embrasseur?
— Oui.
— Et pour briser les cœurs, tu convoques tous tes amis à la même heure, ils se disputent et ils s'en vont. Lol.

— Je voulais que mes enfants pirates un ordinateur. C'était des jumeaux de dix ans, normalement tu as des objectifs de vie quand tu deviens ado; ils ont piraté l'ordinateur et après l'un des deux avait "PDG" comme objectif de vie possible, et l'autre "voleur". J'ai pas compris...

— Je n'ai pas beaucoup d'amis, mais je n'ai pas compris, je suis allée dans un cimetière, j'ai parlé avec des fantômes, et depuis j'ai pleins d'amis nouveaux...

Une utilisation possible des blogueurs

Ce matin, pour me donner une peu de courage, je pensais à la gorge de gvgvsse, au comprimé de Chondre et au gentil serveur de Matoo.

Et voilà. Ce soir je suis toujours vivante. Ça marche.
En fait j'ai un trac fou mais j'aime bien parler devant un auditoire. Ce qui me gêne, c'est de ne pas pouvoir marcher en parlant, ne pas pouvoir davantage bouger. Et puis je préférerais savoir de quoi je parle... Cette impression permanente de pipeau...
Mais bon. Apparemment le sentiment d'imposture est un sentiment répandu.

La mort du Père Noël

En 1951, l'Eglise brûle le Père Noël à Dijon : non au culte païen. Un lecteur a retrouvé des traces de l'analyse de Claude Lévi-Strauss.

Pour ma part, la débauche commerciale, les Pères Noël par dizaine dès début décembre (ce qui est à peu près inexplicables aux enfants), la compétition des grands-parents au pied du sapin afin d'être ceux qui offriront le cadeau à la fois préféré (compétition pour l'amour des petits-enfants) et le plus cher, le plus grand, le plus clinquant1 (compétition d'ordre social) m'ont écœurée depuis longtemps. Je crois que si la famille et l'école ne s'étaient pas chargés de me rappeler qu'il y avait un « secret » du Père Noël à cacher aux enfants, j'aurais totalement oublié de transmettre cette tradition, je n'y aurais même pas pensé : cadeaux mercantiles échangés le 24 ou le 25 décembre, voilà tout.

Une légende pour être légende a besoin d'autre chose que de publicités télévisées et de statistiques de consommation de l'INSEE.





1 ou tout au moins ne pas être celui qui offrira le cadeau le plus petit et le plus terne.

D'un mot à l'autre

En lisant Nabokov, je viens de réaliser que "tag" veut dire étiquette («peering at the price tags, as wishing to learn their museum names.» Spring in Fialta). Et je pense aux philactères des statues de Chartres. Peut-on dire qu'elles sont taguées?

Et puis je me souviens que philactère a déjà été récupéré par la BD.

Notes

Depuis une semaine, divers tests sur ce blog qui sert d'environnement de recette à l'autre blog... Je n'ose plus trop écrire. Tant mieux, je n'ai pas grand chose à dire. A suivre.

Hier, encore une soirée de folle compétition: on s'était moqué de moi la dernière fois en me disant qu'être dernière aurait eu plus de gueule, ce sera pire cette fois-ci: résultat encore plus médian.
Très bon vin chaud par ailleurs.

Vendredi : pas ramé, dormi. Le soir, cruchons.

le sens du marketing

Conversation de machine à café (ici, je redécouvre la vie en entreprise, oubliée dans mon poste précédent où la vie entière était phagocytée par le responsable du service: tout devait tourner autour de lui, de sa vie, de ses souvenirs, de son petit-fils. C'était intéressant deux ans, au bout de cinq ça lassait (si au moins il avait partagé son temps de parole... Comme disait une collègue, «il a son heure gratuite de psychanalyse quotidienne»). D'où mon goût pour les ascenseurs et les machines à café) :

— Vous avez vu la pub Gillette? Vous savez, avec Thierry Henry...
— Heu, non.
— Il tenait un ballon à la main... Eh bien, ils l'ont enlevé !
— Mais y sont cons! A leur place j'en profiterais! J'ui f'rais vendre, ch'ais pas, moi, des gants!

Confiance

L'évocation de Michel Bureau il y a quelques jours fait remonter des souvenirs.

Il organisait parfois pendant les vacances d'été des voyages d'entraide en Afrique. Un tel projet avait été évoqué, j'avais besoin de détails matériels, pour estimer la possibilité d'y participer ou pas:

— Ça se passe comment ?
— Bien.

De lui, je n'ai jamais obtenu d'autres renseignements.

Souvenirs vétérinaires

Je commence Les demeures de l'esprit, Grande-Bretagne, Irlande II et j'ai la surprises de tomber sur James Herriot : ça alors, je ne savais pas que c'était un auteur célèbre.

Toutes les créatures du bon dieu est un livre que j'avais découvert en farfouillant dans la bibliothèque de mon oncle vétérinaire, je ne sais pas trop quand, au début des années 80, sans doute. Plus tard, j'avais eu le plaisir de le découvrir aux éditions L'école des loisirs; c'est le livre, avec Embrasser une fille qui fume, que j'ai offert à une amie pour faire vingt-deux heures d'avion. (Elle ne le sait pas, mais elle possède ainsi deux livres rares, épuisés tous les deux).

C'était un livre joyeux, plein d'optimisme et d'anecdotes incroyables sur le métier de vétérinaire.
Mais je les croyais, parce que mon oncle était vétérinaire.

C'est avec lui que j'ai appris ce qu'était l'urgence : il prenait son café, un coup de fil affolé l'interrompait pour réclamer sa présence auprès d'un vêlage qui se passait mal, il disait «J'arrive», se rasseyait, et finissait son café.
Il soignait ses enfants avec les produits vétérinaires, il suffisait de connaître leur poids et d'appliquer la posologie destinée au porc.
Il se contemplait calmement, diagnostiquait ses maladies: «Je savais que mes accès de fièvre signifiaient que le foyer était infectieux». (Cette phrase a été prononcée alors qu'il racontait une opération qui avait failli lui coûter la vie, après plusieurs mois en réanimation suite à un coup de pied de cheval qui lui avait éclaté le foie.)

Un jour il perdit son alliance dans une vache. Le plus étonnant, c'est qu'à la visite suivante, il enfonça sa main pour palper le veau et réenfila son alliance.
Depuis il la porte à une chaîne autour du cou.


PS: Par hasard, j'ai trouvé un vêlage. Ça ne se passe pas toujours aussi bien (voix pleine de regrets de mon oncle: ce jour-là il avait emmené un de ses jeunes fils avec lui), mais je vais vous épargner ça.
C'est à ces contacts vétérinaires que je dois ma façon de considérer la santé en général et tout ce qui touche à la maternité en particulier (les vaches et les chattes font ça très bien, on doit pouvoir s'en sortir sans tout ce foin et tout ce marketing (d'un autre côté, l'accouchement sans douleur, quand vous voyez la tête de la vache ou de la chatte... On ne nous prendrait pas pour des andouilles par hasard?))

Ascenseur de la Défense, encore

Je suis dans un angle de l'ascenseur, dans la tour de l'entreprise. Un homme et une femme entrent, lui grand, les cheveux déjà gris bien que jeune, le visage rouge des gens pâles souffrant du froid, elle petite et vive, les dents irrégulières. Il poursuivent leur conversation en se plaçant chacun contre une paroi, me transformant en sommet involontaire d'un triangle.

Elle : — Je me demande bien comment il a appris ça...
Lui, avec une certaine violence : — Oui, qui est-ce qui lui a raconté ces conneries...?
Puis, après un temps de réflexion : — Moi, je l'ai appris en fouillant dans un placard.

Mais de quoi parlent-ils? D'un changement d'organigramme, d'une réorganisation, d'une suppression de poste? Du prochain déménagement dont les dates restent floues? A quel étage sont-ils entrés, que se passe-t-il dans ce service?
Ils échangent un sourire de connivence, je suis gênée de paraître indiscrète, entre eux renfoncée dans mon angle, je balbutie alors qu'ils croisent mon regard:
— Je ne sais pas de quoi vous parlez, donc ne vous inquiétez pas...
L'homme me regarde droit dans les yeux, sourit, et dit:
— De la découverte du Père Noël.

Parents indignes

Dimanche soir. Plus rien à manger, frigo vide (évidemment, puisqu'au lieu de faire les courses hier après-midi nous avons réhabillé ce blog).

Parfois je me demande quelles séquelles va laisser sur les enfants le fait de vivre dans une maison pas rangée, sans ménage, le fait de se faire eux-mêmes des pâtes toutes les fois où nous préférons faire autre chose que la cuisine, de nous servir de banque (ie on leur taxe leur tirelire) chaque fois que nous avons un besoin urgent d'argent liquide (car nous avons été trop étourdis pour prévoir nos retraits d'argent...), dans une maison où seuls comptent les livres, les ordinateurs, le ping-pong...

Bon après tout, on n'en est pas encore (quoique, finalement,...ça ne leur déplairait peut-être pas d'en être là.)

Back to basic, je vais aller faire une Floraline.

Mon premier sapin cette année

Je n'avais pas réalisé que nous étions si proches de Noël. Ce week-end, j'ai découvert que les pâtisseries vendaient déjà des marrons glacés.

Sapin lumineux à la Défense devant les portes d'une entreprise, premier sapin de l'année, accompagné de chants sirupeux :

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Quelques lieux

Pas d'andouille à Guéméné le lundi.

Belle église de Kernascléden. Admirable vue de la place, peu haute et ouvragée. A l'intérieur, des fresques, dont un chaudron contenant les damnés et l'une des six danses macabres connues en France.

Redon. Eglise Saint Sauveur. Etonnante. Nef aveugle, plafond coffré à bois, partie romane, pas de lumière. Belles sculptures des chapiteaux, tour en trompe-l'œil, je veux dire destinée à contenir aucune cloche. Une affiche à l'entrée explique que Redon fut le berceau de la Bretagne...
Pas de carte postale, rien.

Restaurant chaudement recommandé: Le Saint-Martin à Sablé-sur-Sarthe, à deux pas de la place principale. Visiblement le chef s'y connaît en vin, la cave est impressionnante.

Michel Bureau, s.j.

Il y a quelques années, Michel accompagnait un groupe d'étudiants à Castel Gandolfo. Ils furent présentés au pape.
Jean-Paul II passe, revient sur ses pas et s'étonne: «Un jésuite avec une moustache?»
Puis il s'éloigne.

(Il faut dire que la moustache de Michel était formidable.)

Souvenir marquant

Un ami :
— Si si, je me rappelle bien de notre première rencontre, c'est avec toi que j'ai découvert le mot «intendance».

(C'est ainsi que j'appelle l'ensemble des corvées qui concernent la survie quotidienne. Cette première rencontre remonte à 1995, à peu près.)

Grosse fatigue

La même vous déclare qu'elle apprend à ses filles à donner un grand coup pied dans les couilles à un type louche qui s'approcherait («Tu comprends, nous sommes une famille confiante, alors il faut que je leur apprenne à se méfier») et qu'elle est farouchement contre la peine de mort, qu'elle préfère tuer elle-même le meurtrier de ses filles («et qu'on me juge ensuite»).
— Si je comprends bien, tu es pour les milices et contre l'Etat de droit ?...
— Mais non, pas tout... (etc. Ton très offensé).

Il paraît que j'ai été trop virulente, qu'il faut savoir laisser tomber...
Eh oh, j'ai rien fait, et ce n'est pas moi qui ai commencé.

Mais comment font-elles ?

Je suis étonnée de voir des collègues toutes pimpantes s'exclamer avec satisfaction, à neuf heures ou quatorze heures à la machine à café : «Je viens de la gym» ou «Ah, je reviens du sport, ça fait du bien» (Pause. Attente des applaudissements. Elles n'obtiennent qu'un sourire poli tendance incrédule).

Quand je «reviens du sport», je ne suis pas pimpante. J'ai le visage couvert de plaques rouges, je suis une loque qui a du mal à marcher, à pousser une porte, dont les mécanismes de transpiration sont encore actifs malgré la douche, qui n'a plus la force de couper son steack hâché et qui parle lentement, en se concentrant.

A quelque chose le malheur est bon

Une fois n'est pas coutume, je suis plutôt contente des Français, ou plutôt deux ou trois fois. Mon poste d'observation est un peu particulier, puisque c'est internet (j'ai remplacé le rideau soulevé à la fenêtre dans les villages par les blogs et twitter), mais il me semble valable, car il enregistre la même impertinence que celle entendue le matin aux comptoirs des cafés tandis que cadres et postiers succèdent peu à peu aux ouvriers du BTP arrivés plus tôt.

1/ Au moment de l'hypothétique nomination de Jean Sarkozy à la tête de l'Epad, puis surtout au moment de la fable de Nicolas Sarkozy à Berlin le 9 novembre 1989, la blogosphère et twitter ont éclaté de rire, ridiculisant "les puissants" dans une sorte de liesse populaire qui m'évoquait les pamphlets et les refrains circulant à d'autres époques dans Paris.

2/ La lamentable victoire des Bleus contre l'Irlande plongent les vrais supporters dans la consternation, et cela me rassure. Là encore, cette consternation se traduit par le rire et les jeux de mots (de mains, de vilains).

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