Billets pour la catégorie 2016 :

Féerique mais froid

Ce matin en ouvrant les volets les arbres sont blancs de givre, un spectacle que je désespérais revoir alors qu'il était courant dans mon enfance. Sans doute le brouillard persistant des derniers jours a-t-il imprégné la végétation; feuilles et brindilles, tout est ourlé de givre. Il fait froid. Le spectacle le long de la A5 pour aller à Melun est féerique.

Au club il y a plus de monde qu'il y a une semaine. Nous sommes six "loisirs", Virginie propose gentiment de faire de l'ergo (ergomètre: le rameur des salles de sport) si je ne veux pas sortir en skiff.
Je prends donc un skiff même si ce n'est guère prudent. Mes doigts se réchauffent lentement au bout de deux kilomètres (pas mes orteils). Je ne transpire pas ou à peine, j'ai presque froid (mouchoir noué autour du cou en foulard), l'effort ne réchauffe pas les muscles engourdis. Une péniche courant vers l'aval paraît sombrer avec lenteur, le vent balaie des voiles de brume au ras de l'eau, les arbres sur le côteau flottent coupés de terre. Il n'y a aucun courant, les oiseaux préfèrent être dans l'eau, les mouettes dorment sur la Seine plumes gonflées, les cygnes plongent leur cou entier, les hérons d'ordinaire sur une branche basse sont aujourd'hui les pieds dans l'eau, plus chaude de quatre ou cinq degrés que le sol. Comment vont-ils manger par ce temps? Comment survivre?
Je monte jusqu'au point G (quinze kilomètres, un jour je photographierai le panneau), doublée par les cadets en pair-oar. Je ne vois plus la yolette, elle a fait demi-tour.

En rentrant je passe chercher les pains et les bûches. Je suis frigorifiée. Premier aller-retour à la voiture sans rien renverser, deuxième aller-retour pour aller chercher le saumon fumé (entier non coupé). Dernier jour de la charcuterie, elle ferme ce soir. Fin précipitée quelque peu amère pour deux célébrités du village: monsieur a l'âge de partir en retraite et le RSI n'offre son aide que s'il a fermé sa boutique au plus tard le 31 au soir. Départ si précipité que le fond de commerce n'est pas vendu et qu'il y a des frais et des dettes non couverts. Le fils a ouvert une cagnotte sur Leetchi.

Je rentre, j'ai froid. Déjeuner, Sense8, premier épisode de la saison 2. C'est la première fois que je regarde une série en même temps que le reste de la planète et non deux ans après. Quel dommage, l'acteur Aml Ameen n'est plus là, j'aimais la joie spontanée de son visage. J'ai froid. Je n'arrive pas à surmonter le stress de ce matin, mental et calorique. Je reste sur le divan dans une sorte de catalepsie tandis que H. s'affaire dans la cuisine.

Nous fêtons le Nouvel An avec les voisins.

Sagesse un peu pénible

Très mal dormi encore. J'arrive à l'âge où les conseils pour bien dormir (pas d'alcool pas de thé pas de café pas de nourriture riche) ne sont plus des conseils de santé mais des choix de vie: dans quel état souhaité-je être le lendemain, qu'est-ce qui compte le plus pour moi?
On pourrait arguer que c'est toujours le cas, mais si c'est vrai objectivement, cela ne l'est pas subjectivement. Plus tôt, on ne se projette pas le lendemain, on a moins le souci d'une économie générale de ses forces dans le but de les consacrer à ce qui compte vraiment (soit désormais pour moi commencer la journée dans une certaine allégresse et non complètement abattue par une nuit de combat dans les cauchemars et contre le chat) ou peut-être que ce qui compte vraiment s'est transformé (le plaisir ponctuel d'un spritz contre le plaisir allègre de la plénitude de ses moyens). Est-ce l'âge ou l'aviron qui a changé la donne?

(Ce billet plaintif et moralisateur parce que j'ai bu un spritz hier soir et mal dormi cette nuit).

Ivo Livi

Par hasard j'avais vu une critique du spectacle et pris deux places puisque Yves Montand est l'un des chanteurs favoris de H.
Je suis moins enthousiaste que les critiques sans doute parce que Montand m'est indifférent, mais suivre une vie liée aux événements politiques permet toujours de mieux appréhender l'épaisseur du temps1: vraiment, Trénet et Fernandel dans l'entre-deux-guerres? déjà? mais leur carrière a duré une éternité!
J'ai beau le savoir, c'est toujours une redécouverte. Et je n'avais pas conscience de la notoriété internationale du couple Montand-Signoret qui a enchaîné des visites quasi officielles auprès de Krouchtchev puis Kennedy sur fond de répression hongroise.
Chants, claquettes, chorégraphie, impressionnant accordéon. Si vous aimez l'histoire et la variété, l'histoire de la variété, cela vaut le déplacement.

Retour dans un brouillard qui s'épaissit.

J'ose avancer qu'avec Montand, Brel, Gainsbourg et Aznavour, nous tenons un beau palmarès de laideur.
— Mais Montand n'est pas laid !
— Je trouve que si. Peut-être le moins laid, le dernier de la liste. Première place pour Brel, les deux autres entre les deux.
— Montand a du charme.
— Peut-être. Mais beauté et charme n'ont rien à voir, heureusement. Tiens, ça me fait penser à Belmondo…
— Mais Belmondo est beau !
— Je ne sais pas comment il était quand il était jeune, mais j'ai lu pendant les vacances que son prof de théâtre, Pierre Dux, lui avait prédit qu'il n'arriverait jamais à rien, trop laid, trop malingre, trop mauvais. Quelques années plus tard Belmondo croise Dux sur les Champs Elysées. Il a Ursula Andress à son bras et dit à Pierre Dux: «vous voyez, je m'applique».

Les aventures de B., suite. Son avocat (il a un procès en cours) a téléphoné. B. est en hôpital psychiatrique: que prendre comme décision, qui prend les décisions? Je vais encore faire des progrès en droit (du droit comme science empirique).

Dernier épisode de Sense8 saison 1. Je crois que le scénariste s'est mis dans une impasse avec Will: il ne va tout de même pas le garder inconscient le reste du récit?



1 : le genre de phrase qui me donne tellement l'impression d'être une copie de GC (sujet: raconter votre visite à la bibliothèque universitaire, choisissez un livre, argumentez ce choix et donnez vos impressions (sujet reconstitué à partir des extraits donnés par GC. Son but est d'obliger les élèves à aller au moins une fois en bibliothèque, afin qu'ils sachent ce qu'elle peut leur apporter.)

Troisième jour après Noël

H. arrive dans la cuisine. Il fait une drôle de tête, il est blanc.
— Ça va ?
— Non.
(Mon cœur se serre: ses parents? sa famille? Les décès sont brutaux, inattendus, de son côté.)
— J'ai eu un coup de fil de Grégory. B. a disparu. Il s'est disputé avec son frère et il a disparu. Les gendarmes le recherchent.
Je tente de le rassurer comme je peux, de rationaliser. Je ne comprends pas comment il est possible de lancer un avis de recherche sur une personne majeure disparue depuis quelques heures seulement (cela m'inquiète mais je ne le dis pas). Je souligne à quel point cela n'est rien par rapport à un problème de santé dans la famille. Mais il pense à la fois à leur propre dispute de vendredi dernier et aux projets en cours, aux Etats-Unis, etc.: comment prendre des décisions légales avec un patron disparu? Le côté feuilleton américain est si prégnant qu'il en est irréel: est-il possible que cela soit vraiment en train de se passer?

Je classe des papiers, range un peu, non plus les pièces de la maison, mais les documents, autre sorte de pièces. Il fait un temps magnifique, nous pensons aller visiter le château de Fontainebleau mais il est déjà trop tard (il est 15 heures pour une fermeture à 17), je déroute les projets vers le club de Melun et nous suivons (à pied) la Seine rive gauche à Chartrettes. Il fait beau, froid, un skiff, un pair-oar, un double: les "compèts". La route cycliste dont l'indice quand je rame sont les vélos suit apparemment un conduit d'hydrocarbure (puits de pétrole en Brie, péniches et réservoirs à la sortie de Melun). O. et H. discutent de la nature des fils électriques: fibre ou pas fibre?
Il faudrait fibrer la France tout entière pour mieux répartir la population. C'est un argument de choc pour un village: «nous avons la fibre».

Coup de fil, B. est retrouvé, il a fallu cinq équipages de gendarmerie (dix gendarmes) pour le maîtriser (je pense à la colère de Valérie Trierweiler), il est à l'hôpital: ouf, il n'est pas mort d'hypothermie dans un fossé. Risque-t-il d'être déclaré irresponsable? Et dans ce cas, que se passera-t-il? un juge de tutelle, un conseil de famille? Comme nous sommes peu préparés à ce qui ne devrait arriver que dans les films. Comme nous oublions que la fiction s'inspire de la réalité et ne constitue pas un monde en soi.

Cahier des charges pour le film vespéral: «quelque chose de gai». J'ai repéré Ciel d'octobre il y a quelques jours. Ce n'est pas gai mais encourageant, plein d'espoir: un garçon fils de mineur veut sortir de son trou et se passionne pour les fusées. Le ciel d'octobre est celui du Spoutnick. Le jeune garçon, c'est Jake Gyllenhaal.

Episode 11 de Sense8 saison 1.

Deuxième jour après Noël

Il fait beau et froid.
A. part. Foins et débris (le lapin, le lapin !) jusqu'au milieu de la chambre. La maison paraît étrangement vide après ces derniers jours. Nous avons désormais des habitudes de vieux couple.
Classement de papiers (remontant à un an et même novembre 2014), échange d'écrans, premières cartes de vœux. Je m'astreins à ne pas regarder de films avant que le soleil ne se couche (ce qui nous amène aux alentours de cinq heures, ce n'est pas si terrible).

Episodes 9 et 10 de la saison 1 de Sense8

Les voisins à dîner. Organisation du 31. Lui est en arrêt pour burn-out. Autrefois, on aurait simplement dit que son patron pervers a eu sa peau, ou encore qu'il est épuisé nerveusement. Extension du vocabulaire. Un autre voisin est à l'hôpital pour burn-out "familial": il a demandé à ne sortir que le dimanche, pour éviter sa femme (ambiance. L'une de ses filles en est à sa deuxième tentative de suicide. Qu'est-ce qu'un burn-out? demandé-je. C'est quand on n'arrive plus à faire face, me répond-on).

Au moment de me coucher, j'apprends que Carrie Fisher est morte. Absurdement j'évoque le malaise ressenti à "la"1 voir à la fin de Rogue one. Je me souviens que je ne savais pas qui c'était quand j'ai lu un article qui l'interviewait (quand était-ce? il y a longtemps, peut-être était-ce pour ses quarante ans, donc en 1996), dans lequel elle parlait de sa façon de gérer son poids (oui, un magazine féminin sans doute chez le coiffeur. Un beau magazine, genre Elle ou Vogue, je me souviens de belles photos). Elle disait: «Ce n'est pas moi que l'on aime, c'est la princesse Leia». Mais je ne savais pas qui était la princesse Leia (et je découvrais Carrie Fisher dont je n'avais jamais entendu parler).
Morte à soixante ans. Incroyable. Pour reprendre une question de RC, comment peut-on mourir à soixante ans?



1: "la" entre guillemets car c'est une reconstruction technologique. Le problème est le suivant: soit un film tourné en 2016 racontant une action intervenant quelques jours ou semaines avant un film de 1976: comment y faire intervenir des acteurs ayant quarante ans de plus alors que leurs personnages a un an de moins?

Après Noël

J'avance la vaisselle avant que tout le monde se lève (évidemment, j'ai dormi davantage que tous les autres).

Sense8. 6 7 8 9

Le soir nous allons voir Rogue one avec A. qui repart à Lisieux demain matin. Cela me paraît meilleur que le Star Wars 7, dans son genre apocalyptique. Dès le départ, nous savons qu'ils mourront tous — puisque nous avons vu le film suivant, le premier à être tourné, le quatrième dans l'ordre diégétique.

Journée magnifique

Il fait un temps superbe. Yolette avec Franck, Stéphane, Sylvie, Magali.
Nous montons jusqu'au point G («si on peut faire plaisir à Alice…»)
Sense8. épisode2 3 4 5
Je bois "mon" vin chaud.
C. et I. arrivent à 18 heures.
Hélas, je ne me sens pas très bien avant la bûche. Est-ce le vin chaud? Je monte me coucher (mais que s'est-il passé ?). De mon lit je les entends rire. Tant mieux.

Une fois encore je ne serai pas allée à la messe de minuit. Aurai-je un jour le courage de me lever et y aller, même si ça dérange le reste des festivités? Est-il souhaitable que j'ai ce genre de courage, que je dérange l'ambiance familiale? (Il me semble que oui).

Dernier jour avant Noël

Quatre: Emmanuel, Dominique, moi, Pascal. Emmanuel m'a corrigé un défaut: j'enfonce trop mes pelles, il faut avoir la sensation de ramer la moitié de la pelle hors de l'eau pour être à la bonne profondeur. Le bateau devient alors très léger et s'équilibre (je me dis qu'à ramer seule, j'ai pris l'habitude de ramer en force, soit exactement ce que je déteste chez les autres: so proustien1). Je suis enchantée d'avoir enfin une piste de travail. J'ai hâte de l'expérimenter avec d'autres équipages.

Journée à vider ma boîte mail. Par moments j'écris des dissertations sur la prévoyance et la santé (être née en 1992 et vouloir une sur-surcomplémentaire… non, ce n'est pas normal d'être à ce point obsédé par la sécurité à cet âge-là, même pour une juriste! (on va encore me dire que j'émets des jugements de valeur: oui, et j'assume (cependant (rassurez-vous), je ne fais jamais que fournir des éléments de réflexion aux personnes qui m'interrogent. "L'appétence au risque" est quelque chose de très personnelle, personne ne peut décider à la place de quelqu'un d'autre à quel niveau il doit se protéger. Je donne des informations, pas des conseils. Ici, sur ce blog, je me défoule (si cela ne sert pas à ça, à quoi cela sert-il?))

Je rejoins H. chez Ladurée, décomposé. Son patron ne veut plus ouvrir de filiale aux Etats-Unis alors que tout est prêt pour mars prochain. Un Américain est embauché, un local choisi. H. a fait une ou deux erreurs psychologiques de base en ne prenant en compte que les faits, sans faire attention à la susceptibilité de B., son patron (travers que ma fille et moi partageons).
Zut. B. va encore réussir à nous pourrir nos vacances. (Je parais ainsi peu compatissante aux affres de H.: c'est que je ne suis pas inquiète, H. va trouver une solution. D'autre part, B. était si charmant depuis plusieurs moi que j'attendais le contrecoup. Je n'en imaginais pas la forme, mais je savait qu'il aurait lieu.)

A. arrive en voiture avec son lapin nain malgré tout beaucoup plus grand qu'il y a quelques mois. Il est même énorme dans la mesure où il est angora. Il n'a pas l'air effrayé (je redoutais la crise cardiaque pour son petit cœur de lapin).

Le soir, O. m'explique comment utiliser la recherche de kodi et je regarde le premier épisode de Sense8 dont Matoo et Ricroël ont parlé sur Twitter.


1 : «Et à la mauvaise habitude de parler de soi et de ses défauts il faut ajouter comme faisant bloc avec elle, cette autre de dénoncer chez les autres des défauts précisément analogues à ceux qu’on a. Or, c’est toujours de ces défauts-là qu’on parle, comme si c’était une manière de parler de soi, détournée, et qui joint au plaisir de s’absoudre celui d’avouer. D’ailleurs il semble que notre attention toujours attirée sur ce qui nous caractérise le remarque plus que toute autre chose chez les autres.» A l'ombre des jeunes filles en fleurs, Noms de pays: le pays

Troisième jour à la maison

Levée tard. (Je le précise parce que dès que je me lève au-delà de sept heures et demie, j'ai l'impression d'avoir perdu ma journée, ce qui me donne un bon prétexte pour ne rien faire et donc effectivement perdre ma journée).
Journée consacrée à ranger et nettoyer le premier étage en écoutant GC.
Je regarde Hunger Games 2. C'est vraiment étonnant, une esthétique aussi délibérément IIIe Reich et une référence si claire aux gladiateurs (d'ailleurs le lieu de combat pour la survie s'appelle "l'arène"). Je pense aussi à W ou le souvenir d'enfance.

J'ai réussi à terminer ce que je souhaitais. Je verrai la suite la semaine prochaine.

Journée de courses

Ou peut-être de course.
Avant 11 heures, à la banque pour un virement vers l'étranger (être restreinte sur internet pour les virements vers l'étranger m'agace);
St Ignace encore pour la méditation de l'Avent: un beau commentaire sur la parole et l'écoute («on peut jeter un coup d'œil, on ne peut pas jeter un coup d'oreille: écouter demande un investissement»);
coiffeur à La Défense (je devais y aller jeudi mais comme les commissaires aux comptes seront là et que j'ai prévu d'aller ramer… je ne vais tout de même pas partir à quatre et demie alors que je vais arriver à onze heures après un rendez-vous au siège);
cordonnier («ah, des Repeto… c'est du cuir gras, il faut une colle spéciale, sinon ça tient pas»);
quatre bouteilles de vin chaud (froid à faire chauffer) à la boutique Affären rue Léon Jost;
Vélib jusqu'à Madeleine sur les pavés (et mes bouteilles qui s'entrechoquent dans leur sac en plastique);
une glace Soho chez Ladurée;
je retrouve O. rue Tronchet et nous allons choisir son cadeau de Noël — puis nous nous séparons;
errance chez WH Smith, achat de cartes de Noël (il y en a beaucoup moins qu'avant);
gare de Lyon.

Le soir m'attendait mon cadeau "Redditgift" qui a traversé un tiers de la planète sans être corné ni plié: une baleine.



Pomme, vin chaud, Sicario, Hunger game, dont la philosophie me fait penser à On achève bien les chevaux: «donnez-leur un peu d'espoir, mais contrôlez-le».

A la maison

Journée de rangement et de ménage.
Je termine Kiss kiss bang bang qui serait aux romans policiers de gare ce qu'est Les cadavres ne portent pas de costard aux films noirs des années 40.
Je décore le sapin et monte la crèche en écoutant les traductions sans filet de Guillaume (essayez aussi ses rondels). Je range, récure, étend le linge, compte les assiettes…

H. a trouvé le temps de déplanter l'apple TV (enfin!) ce qui nous a permis de voir True Believer, avec Downey Jr à vingt-quatre ans. Film classique dans ses thématiques mais bien fait, intéressant.

Dimanche ordinaire

J'avais oublié que les vacances commençaient ce week-end et il n'y avait pas grand monde à l'aviron. J'ai refusé de faire deux yolettes de quatre (un barreur et trois rameurs, c'est vraiment trop fatiguant, je suis paresseuse!): une yolette, un double et moi en skiff.
Temps gris, eau très claire. Mais pourquoi ne suis-je pas venue hier quand il faisait si beau? Ah oui, je ne voulais pas ramer trois jours de suite.
A la réflexion, c'est stupide.

Après-midi farniente, je termine In her shoes et commence Kiss kiss bang bang.

Une soirée

Sortie en double avec William. Un peu mieux que mes dernières sorties. Encore en tee-shirt, c'est magique.
Pourquoi ai-je tant de problèmes en double à Neuilly (problèmes d'équilibre) tandis qu'à Melun ça se passe bien? La largeur de la Seine, le fait de ramer avec des femmes un peu massives (ça stabilise le bateau) ou des bateaux plus lourds, plus anciens, plus stables?
Je crois que les bateaux de Neuilly sont plus techniques. C'est ce qu'il faut pour progresser. Mais il me suffit de deux sorties ratées pour avoir l'impression que je ne saurai jamais ramer.

Repas chez D. Quelle jolie déco. Ça me fait envie, mais je n'aurai jamais le courage de m'en occuper. Combien cela prend-il de temps?
Son mari ne jure plus que par le régime sans gluten. Comme dirait mon cousin médecin, «si on ne comprend pas mais que ça marche, pourquoi s'en priver?» Si seulement les personnes qui adoptent ces régimes particuliers pouvaient éviter d'en parler. Après tout, il va de soi que l'on sert ce que l'on juge le plus approprié à ses invités, y compris pour leur santé, alors à quoi bon le leur répéter à tout moment?
Entre les rhumes, les allergies alimentaires et un burn-out, ma santé avait quelque chose d'incongru.

Jour tranquille

Journée de travail sans fantaisie mais fructueuse. Mes cadeaux de Noël sont finis, à un près. Mais celui qui manque est compliqué.

H. rentre de Tours aphone.
Les amants du Capricorne. Larmoyant pendant la première moitié, prenant de l'épaisseur ensuite en intriquant les cas de conscience. Ce genre d'intrigue ne serait plus possible: les personnages principaux auraient divorcé rapidement. C'est cet interdit qui permet la tension du film: comment résoudre les contradictions puisqu'il n'est permis ni de se séparer, ni de tuer?

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Jour tranquille. Je me demande si je dois changer le titre. Alep tombe, Poutine semble victorieux sur tous les fronts. Par un enchantement que je ne comprends pas, personne ne semble oser ou même souhaiter lui tenir tête. Je me dis que je vais faire mon mémoire de dernière année sur le diable (je me demande si on me laisserait faire. Ce n'est plus une explication du mal très prisée. Je pense avoir compris la méthode de ce genre de travail: établir un vaste panorama historique, à commencer par le Nouveau Testament, où Belzébuth et ses légions sont clairement nommés, ce qui permet de noicir quatre-vingt-dix pour cent des pages à rendre.)
Dans les bizarreries du temps, et pour passer de la tragédie à la farce, les époux Balkany sont accusés d'avoir organisé un mariage pour s'approprier un terrain. Dickens, Brontë, Balzac, je ne sais plus très bien. Mais qu'est-ce qui se passe? Cette impression de farce est permanente. Farce aussi, tragique elle, le cabinet de Trump: un banquier de Goldmann Sachs aux finances, un climatosceptique à l'environnement, un général fou de guerre à la Défense, un nazi pour porte-parole, un pétrolier poutinophile aux affaires étrangères, un médecin anti Obamacare à la santé…




Je note tout ceci en espérant encore que cela paraîtra ridicule dans quelques temps, qu'il va être un président apportant la paix et la propérité… Je note tout ceci pour avoir quelque chose à répondre aux enfants qui ne sont pas encore nés lorsqu'ils viendront nous demander pourquoi nous n'avons rien fait: je note notre impuissance et notre appréhension.

Minuscules péripéties

- Méditation de l'Avent à St Ignace. Ephraim, Jérémie. «Si aujourd'hui on fondait des épées pour en faire des charrues, c'est sans doute qu'on aurait inventé de meilleurs moyens pour tuer que des épées, des moyens qui permettent de tuer à distance, sans voir le corps de l'autre.» Long parcours dans l'Ancien Testament: si je ne savais pas que l'intervenant est protestant, aurais-je trouvé ce parcours si protestant?

- Bibliothèque de l'ICP. Alerte incendie. Six étages à descendre et remonter. Les pompiers amateurs chronomètrent: notre évacuation est trop lente.

- Schleiermacher. Je pose des questions que je suis seule à me poser (car les autres connaissent les réponses). Les Luthériens sont plutôt au nord de l'Europe, les réformés viennent plutôt de la sphère suisse (Calvin, Zwigli, etc). Ces derniers ont essaimé à travers le monde suite à la persécution française, ils sont très répandus. Les protestants comprennent ces deux groupes et les baptistes, etc.
Schleiermacher a beaucoup œuvré à la réconciliation entre Luthériens et réformés (je ne pose pas de question sur les différences de dogmes). C'est ce que symbolisent des statues sur le dôme de Berlin.

«Toujours à nouveau, immer wieder, on dit ça toute la journée en allemand, à son buraliste, à ses enfants, à ses collègues. Toujours à nouveau, ça paraît tellement important en français, alors qu'en réalité, cela indique simplement la répétition, quelque chose comme "sans arrêt", "tout le temps".»
Moralité: en philosophie et en théologie il faut dégonfler les traductions françaises de l'allemand de leur emphase mal à propos .

- Bookcrossing, enfin sauf pour la dame qui n'a pas présenté un livre mais un film, pas sur le thème imposé mais à sa fantaisie, et n'a apporté ni le livre (elle avait songé malgré tout à L'Œuvre au noir) ni le film. En somme une sorte de performance dans l'inexactitude.

Droits de l'homme

Je suis restée à la maison ce matin. Lu Le Procès des droits de l'homme (qui est plutôt une défense).
O. s'est occupé de l'intendance, c'est gentil à lui.

Sorbonne pour écouter JYP. Club de fans venues de FB (dont Claude Chuzel: je suis heureuse de l'avoir rencontrée).

Une salle de bibliothèque, pleine (de gens: aucun livre). Exposé sur le livre puis discussion d'environ une heure. J'avais noté en lisant que la notion de "droits" n'était pas définie; je pensais qu'il s'agissait des droits de l'homme au sens strict (ceux de 1789, 1948 et la déclaration d'Helsinski de 1975); de la discussion qui a suivi il ressortirait que tout droit, dans n'importe quel code, est un droit "de l'homme", puisque c'est un droit exerçable par un homme (exemple d'un homme voulant se promener en sécurité dans un parc: c'est un droit de l'homme, ça?). Voilà qui est très extensif, je me demande dès lors quel est l'intérêt de préciser "de l'homme". Evidemment JY me rétorquerait qu'il y a les droits de l'enfant. Cela me paraît inquiétant: cela signifirait-il que "l'homme" n'inclut pas "femme" et "enfant"?

Retour sans histoire.
L'Arbitrage. Ce genre de film semble une spécialité américaine.


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Pour mémoire (je note les nouvelles du monde pour me souvenir du moment où tout a commencé à déraper), la moyenne de vie aux Etats-Unis a diminué en 2015. Ce n'était pas arrivé depuis 1993 (le sida).

Tranquille

Hier après l'aviron je me suis rendue compte que j'avais oublié mon téléphone au bureau. J'ai décidé de ne pas y retourner même si j'y conservais mon billet d'opéra. Je me suis servie de mon ordinateur pour entrer à Bastille.
Ce matin, je n'ai pas pensé à le chercher; je n'ai donc pas eu le temps d'avoir peur : un mail d'une salariée m'indiquait qu'en ramassant ses papiers personnels sur mon bureau, elle avait emmené mon téléphone par erreur. Bizarrement, au lieu de me le ramener, elle me prévenait qu'elle l'avait laissé à l'accueil.

Réunion chez l'assureur de branche. Quelques explications sur les multiples dysfonctionnements qui ont marqué l'année.

Retour. Je dîne seule, O. est en "raid". Ménage et surtout rangement en écoutant les traductions de GC. Je termine le rez-de-chaussée.
Mon siliconage de dimanche a l'air efficace, les WC du haut semblent ne plus fuir.

Sidération

Les points forts du jour :
- Ramé comme une brêle en double avec A-S. Zut, une sortie gâchée. Trop crispée. Sans compter que je me suis rendue compte plus tard que j'avais prévu d'aller à la méditation de l'Avent au centre Sèvres qui est prêchée par quelqu'un qui était avec moi en cours d'allemand il y a deux ans (et donc un protestant prêche l'Avent chez les jésuites). Zut, j'ai oublié.
Magnifique soleil.

- Je lis Le Procès des droits de l'homme pour jeudi. Emprunté Beowulf à Malraux pour estimer si c'est un cadeau envisageable pour reddit Noël 2016 (mon "match" semble un geek intello, ou un intello geek).

- Allemand. Pour une fois je n'avais rien préparé. Entre mes quatre heures de sommeil et mon heure d'aviron, j'ai lutté contre l'endormissement durant la deuxième partie du cours.

- Cavalleria rusticana et Sancta Susanna d'Hindemith à Bastille. Dans les mises en scène de ce soir, les deux pièces sont liées par le Christ en croix qui surplombe la scène.
Très beaux chœurs et très beaux duos dans Cavalleria (Elina Garanca, Yonghoon Lee et Vitaliy Bilyy).
Sancta Susanna a plongé la salle dans la sidération. Les applaudissements ont retenti sitôt le gong final, sans même laisser les harmoniques s'estomper et le rideau tomber; mais cela ne cache pas que les spectateurs ont littéralement fui la salle. Et pourtant Anna Caterina Antonacci était admirable (tant par la voix que la présence scénique: le metteur en scène l'a mise à contribution autant comme une actrice que comme une chanteuse) et le décor, avec son aspect de miniature hollandaise puis de peinture à la Jérôme Bosch (je spoile), était remarquable.

Sauvé

J'ai décidé de sécher mon cours pour aller assister à une lecture de Sauvé d'Alfhild Agrell.
(Il s'est produit ici une de ces coïncidences qui prouvent soit que le monde est petit1, soit que nous circulons toujours dans les mêmes cercles, soit les deux: je connais la traductrice par Guillaume sur FB et le directeur des acteurs directement via une histoire de bananes (également sur FB, mais bien antérieurement à la traductrice, à une époque où il était beaucoup plus facile d'entrer en relation avec des inconnus (aujourd'hui nous sommes plus méfiants). Il s'était alors avéré qu'il avait fréquenté le lycée où j'avais fait mon hypokhâgne: le monde n'est pas petit, il est minuscule)).

Les deux ont travaillé ensemble sur cette lecture — j'ai donc deux raisons d'être là, qui s'ajoutent à la curiosité de découvrir un lieu et la pièce elle-même.

Un peu assommée par mon week-end, je dors sur ma chaise en attendant le début de la lecture (pour une fois que je ne suis pas en retard!). La salle se remplit très silencieusement, sans me réveiller, et je serai toute étonnée de la découvrir pleine à mon réveil. (C'est la salle de la bibliothèque nordique — dont j'ignorais l'existence jusqu'à ce soir — attenante au lycée Sainte Barbe).

La lecture est animée, vivante; les acteurs par leur seule lecture la font vivre devant nous. La pièce est étonnante, à la fois engagée et ambiguë, les motivations des deux personnages les plus "sympathiques" (l'héroïne et son oncle) pas totalement pures ou compréhensibles, le mari peut-être davantage mal élevé, gâté (comme une pomme), que méchant.

Buffet offert par la boutique suédoise Affären (rue Léon Jost) après la lecture. (Le vin chaud est délicieux et je décide illico d'en offrir quelques bouteilles à Noël). J'erre devant les rayonnages, frustrants car peu d'ouvrages sont en français ou en anglais. L'accès à cette bibliothèque est-il ouvert à tous? Question rhétorique, elle est trop éloignée de mes trajets avec des horaires trop restreints pour qu'elle m'intéresse vraiment (toujours à la recherche pour travailler d'endroits calmes, gratuits et sur le chemin du retour).
Je discute un moment avec le directeur de la bibliothèque Sainte Geneviève, ce qui ma foi m'impressionne beaucoup (comment, il existe? Et on peut le rencontrer? Il ne reste pas enfermé dans son bureau en ayant peur des élèves?) Il a un look davantage artiste qu'archiviste (contribution aux clichés).

Plus tard encore, j'accompagne Benoît, Corinne et les comédiens qui vont prendre un pot (avec toujours le léger embarras de ne pas être sûre de ne pas m'imposer). Discussions à bâtons rompus, legos pour filles et garçons (du regret de ne pas avoir choisi son filleul), méthode pour apprendre les textes, etc.


1 : Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, Clarac p.926/ Tadié p.317-318

Expo de collages

Soirée au MPAA pour voir les collages de Françoise.
Elle a réalisé des collages sous forme de cartes postales, envoyées fictivement par Perec, rédigées par ses amis. Les cartes sont suspendues à un parasol formant un grand mobile; c'est joyeux, gai.
L'exposition dans son ensemble, y compris les autres artistes, est très réussie.

Restau indien. On parle Japon et RSI.
M. est mathématicien et c'est toujours lui qui est interpelé au moment de l'addition. Est-ce ce soir-là que M. m'a raconté l'histoire suivante? c'est le moment de l'addition entre oulipiens, on fait appel à Roubaud, le matheux de la bande, qui refuse et se fait prier, on insiste, il finit par accepter et demande:
— Bon alors, on est combien?
— Dix.

Au retour, je vis un épisode un peu étrange dont je ne sais s'il relève du harcèlement (toutes les femmes semblent si promptes à tout qualifier ainsi que je n'ose utiliser ce mot, mais je sais bien que se poser la question, c'est déjà y répondre par l'affirmative).
Je me suis installée dans un coin de RER, sur la première banquette dont le siège près de la fenêtre est en face d'un porte- bagage qui permet d'appuyer les pieds, et effet habituel de l'aviron, je m'endors la tête contre la vitre en attendant que le train s'ébranle.
Trois hommes montent, entre vingt-cinq et cinquante ans, d'Europe de l'Est (ce qui signifie que je ne comprends pas leur conversation). Le plus jeune s'installe non pas à côté de moi, mais contre moi, je sens son poids. En face de biais (puisqu'en face se trouve le porte-bagage), les jambes d'un autre homme me frôle.
Je ne bronche pas. Je ne me recule pas, je n'ouvre pas les yeux, je fais comme si tout était normal, comme si je n'avais rien senti. Une partie de moi les surveille (je ne risque pas grand chose à part l'humiliation, la voiture est pleine), une autre essaie de se rendormir. C'est le chat et le chien, si le chat ne court pas, le chien passe à autre chose.
Le train démarre, la vitre est froide, j'ouvre les yeux, ne regarde personne en particulier, ouvre mon sac, farfouille à l'intérieur. Mon voisin évalue d'un coup d'œil le contenu du sac (livres et affaires d'aviron). Je croise son regard sans l'affronter mais sans le fuir, je laisse le vague du sommeil adoucir ma fermeté. Je mets mon bonnet d'aviron afin de me protéger de la vitre et me rendors contre la fenêtre.
Est-ce le contenu de mon sac, mon bonnet, mon regard ou mon âge qu'il a dû comprendre en me regardant dans les yeux, je sens qu'il se désintéresse. Il s'appuie toujours autant sur moi, mais se penche parfois en avant pour discuter un point ou un autre avec ses compagnons.
Ils descendront à Maisons-Alfort.

Divers

Journée de formation sur la (les) responsabilité des administrateurs de Mutuelle. La précédente avait eu lieu en février 2013, je n'avais rien noté sur ce blog. J'étais plus discrète alors, il est fort possible que je sois trop indiscrète aujourd'hui. Peut-être suis-je trop persuadée que ceci, ce blog, n'intéresse personne: il suffirait d'un.
D'un autre côté, mes commentaires sur l'état des différentes sociétés et organismes sont dans la presse ou sur le net.

O. a son permis. Etrange impression. Voilà, voilà, voilà. Il est indépendant, je suis encore plus libre.
C'est un soulagement de ne pas avoir eu d'accident. Mener un projet contre l'avis de son conjoint, c'est le mener rongé par le doute, c'est se demander à tout instant: «et s'il avait raison?»
Le camp scout d'O. est en août, nous parcourrons donc l'Europe en juillet.

Seul soir de la semaine où je n'ai rien de prévu (si, il y avait cela, mais j'ai décidé de ne pas y aller).
Dead Man avec O., vautrés sur le divan. Je ne me lasse pas de cette bande-son. Exebeche, «who talks loud, signifying nothing». J'y pense souvent.

Du matin au soir

H. est parti ce matin pour New York. Si j'ai bien compris, il monte cette semaine la filiale américaine de l'entreprise pour laquelle il travaille en France (les Américains sont tout à fait disposés à accueillir n'importe qui qui crée des emplois chez eux). Par "monter" j'entends création juridique.

Le soir, "rencontre avec Guzman Carriguiry à l'ICP autour du texte du pape François, Les laïcs, messagers de l’Évangile".
Je suis déçue: c'est une conférence, j'attendais quelque chose de plus informel. Chaque intervenant évoque Rosa, la grand-mère du pape, véritable héroïne le temps de cette soirée.

Comment se présenter comme catho en France au temps de La manif pour tous? (qui est encore en train de faire des siennes autour d'un film). Pour moi c'est impossible. Au lieu de parler de la pauvreté, de la précarité, de l'accueil des migrants, le discours est confisqué pour parler du mariage et des homos. Comment ne pas avoir honte de se présenter comme catho en France?
Il vaut mieux laisser s'approcher les gens. A l'usage je me rends compte de leur grande curiosité (croire? mais quelle idée bizarre et moyenâgeuse, à quoi cela sert-il?)

M. aurait dû me rejoindre. A-t-elle oublié? Ou son petit fils a-t-il eu besoin d'elle? Je pensais dîner avec elle, je suis rentrée le ventre vide.


Sûr comme la mort, Trump est en train de nommer un ancien de Golman Sachs.

Dimanche

Gwenaëlle n'est pas venue. Quinze kilomètres de skiff. J'ai fait l'erreur de laisser une péniche me dépasser pour régler ma barre de pied et comme nous allions à la même vitesse, j'ai ramé dans ses remous jusqu'à l'écluse. Pénible.
Plus de feuilles. Bassin désert, si désert que je me suis inquiétée un moment: et si tout le monde était parti, et si le hangar était fermé, avec mes clés et mon téléphone dans le vestiaire? (m'imaginant sonner dans les maisons mitoyennes pour téléphoner… se faire des films, définition.) L'explication était simple, les "compéts" faisaient un test à "l'ergo" (ergomètre: rameur d'appartement, à peu près).

Highlander en téléchargement dans une version atroce, couleurs en larges à-plats. L'Apple TV est planté depuis plusieurs semaines, il faudrait la réinitialiser.

Nouvelles du monde : Castro est mort hier, Fillon est vainqueur de la primaire ce soir.

Vent

Il n'y a plus que des histoires de trains et d'aviron à raconter. Ce n'est pas si mal, une vie sans histoire. C'est reposant. Raconter rien. Une contrainte comme une autre.

Quatre à midi. Dominique, Dominique, Patricio, moi au un, barre au pied. Beaucoup de vent mais pas de péniche.

Journée à traiter des mails. Je consacre trois quarts d'heure par jour à ranger le bureau, en prévision du déménagement. J'ouvre les cartons, les chemises, je jette, je classe, je rationalise. Mercredi, le délégué syndical qui distribuait le compte rendu du CE nous a dit que les résultats étaient catastrophiques mais que «la bonne nouvelle c'est qu'il n'y aura pas de casse sociale, ils (comprendre "le groupe") nous gardent».
Euh…

Décidément, il faudrait que je trouve ma voie.

Oulipo

Pas ramé lundi, à cause de la matinée sur les évolutions en droit social.
Pas ramé mardi, à cause des consultants.
Pas ramé mercredi, je ne sais plus pourquoi.

Beaucoup de courant, les débutants ne sortent pas. Je suis arrivée quelques minutes en retard, un quatre était déjà constitué. Yolette. Pierre-Adrien (débutant de l'année qui se débrouille), Rémi (de la testostérone, comme dirait Vincent. Il regrette de ne pas pouvoir prendre des cours particuliers (des cours particuliers en aviron? c'est la première fois que j'entends ça!! Je lui fais remarquer que les adultes, c'est impossible à former, ça n'écoute pas et passe son temps à expliquer pourquoi ça ne peut pas faire ce qu'on leur conseille ("sûr comme la mort", à l'arrivée au ponton il illustre ce propos)), Isabelle (un peu dépassée par les événements), Claire. Beaucoup de péniches, des vagues.

Oulipo, ou plutôt repas post-oulipo. Je découvre et retiens le nom de Michèle Métail.

Actualités

L'agitation du monde et de ma vie quotidienne semble inversement proportionnelle. Rien à raconter (mercredi journée silencieuse, je suis seule au bureau). Je vais noter les sujets du moment:
- Trump bien sûr, avec ses partisans qui font le salut nazi, l'écart de deux millions de voix entre lui et Clinton en faveur de Clinton, des rumeurs de fraude électorale (des hackers russes auraient influencé les décomptes en faveur de Trump). Clinton va-t-elle contester? (il me semble qu'elle a jusqu'à vendredi pour le faire).

- Fillon contre Juppé à la primaire de droite. A priori je ne suis pas très concernée, mais je suis ahurie devant les idées réactionnaires de Fillon. A lire Twitter (ma TL est orientée, très orientée, bien sûr), on dirait qu'il veut effacer vingt ou trente ans d'histoire contemporaine: un type paternaliste comme je supposais qu'on n'osait pas l'être publiquement. Résurgence de l'homophobie et de la misogynie (mais cela va toujours ensemble, puisque le misogyne définit sa nature d'homme en fonction de la femme (qu'il méprise): l'homosexuel lui pose un problème puisque celui-ci est la preuve qu'un homme peut se définir en soi, du fait de sa propre valeur, sans avoir besoin de se comparer à une femme pour se rassurer.)
Encore un poutinophile. Mais pourquoi? Pourquoi sont-ils tous Poutinophiles? Il faut dire qu'il y a longtemps que la presse française a arrêté de nous parler des opposants assassinés, des expropriations, des manifs d'extrême-droite en Russie… je ne vois ça que sur FB. C'est comme si la guerre en Ukraine puis en Syrie avait amené les Français à se dire quelque chose du genre: «c'est leurs histoires, après tout Poutine n'a pas forcément tort, on n'y comprend rien, qu'ils se débrouillent. Et puis les Russes aiment Poutine, il ne doit pas être si mauvais.»

- Toujours rien à gauche (Macron s'est déclaré candidat, ce qui fragmente encore le vote de gauche).

- Mobilisation auprès du gouvernement turc pour qu'il libère Aslı Erdoğan.

Et les migrants (cette bonne idée de les répartir sur le territoire français), et un génocide en Birmanie (le peuple des Rohingya), et un tremblement de terre au Japon,…

Parce que ma première playlist m'a amusée et que Leonard Cohen est mort le 7 novembre, j'ai fait une playlist de prénoms, si possible de chansons françaises malgré tout puisqu'elle est destinée à un ami américain.
J'en profite pour vous aiguiller vers ces limericks de prénoms: du nawak contemporain, mieux vaut en rire avant d'en pleurer.

Morne mardi

Pas grand chose. L'informatique encore en carafe (partiellement); révison de la première version du rapport des consultants en leur compagnie, ce qui fait que je n'ai pas pu ramer.

Pas cours d'allemand. Je lis Schillebeckx qui n'est pas tendre avec Ratzinger (nous sommes en 1995). Les évêques hollandais des années 60 étaient rebelles.

La Route. Comme un film de zombies, mais sans zombie.

Législation sociale et sacrement du mariage

Aucun rapport entre les deux, si ce n'est que ce sont les deux extrémités de ma journée.

Matinée dans un cabinet d'avocat à écouter de la jurisprudence sociale et des statistiques socio-médicales. Je n'ai pas le courage ni à vrai dire la mémoire de vous en faire la relation sans mes notes. Retenons deux choses:
- la "loi travail" qui a provoqué tant d'agitations ne va changer grand chose, si ce n'est compliquer quelques mécanismes qui fonctionnaient sans cela (et le bouleversement de la hiérarchie des normes est une vieille lune: il en est ainsi depuis les lois Auroux de 1981 (rédigées par Martine Aubry));
-il existe pour l'instant deux niveaux de remboursement des médecins selon qu'ils ont signé un contrat d'accès aux soins (CAS) ou pas, demain, il y en aura quatre (selon les spécialistes, le CAS étant remplacé par l'OPTAM).
Si vous n'y comprenez (comprendrez) rien, c'est normal. Ce n'est pas fait pour : c'est "bienveillant", comme dirait H. (c'est réellement pensé pour améliorer la rémunération des praticiens en fonction de la complexité des consultations, pour diminuer les dépassements et protéger les patients), mais les montages sont compliqués car ils tiennent compte de trop de paramètres.

Remarque d'un juriste qui m'a fait rire : «Pour réformer le droit du travail, il faudrait commencer par ne rien changer, pour ne pas mettre tout le monde dans la rue. Ensuite, on stabilobosserait un certain nombre de lignes qui deviendraient des dispositions de droit commun (selon qu'on est de droite ou de gauche on en stabilobosserait plus ou moins). Tout ce qui ne serait pas stabilobossé pourrait être modifié.»

Sacrement du mariage le soir. Héritages multiples de St Augustin (le mariage pour protéger du péché originel contenu dans l'acte de procréer et dans la procréation elle-même) et des canonistes (le mariage, contrat né du consentement des parties (pas forcément les époux…)), récupérés par les théologiens qui ont sacralisé ce contrat tout en mettant en valeur l'analogie union Christ-Eglise, union homme-femme (Ephésiens 5, mais ce n'était pas ce que visait saint Paul).
Quelques questions de fond, aucune théorie unifiée et des divergences entre les théologiens. Un cours tragi-comique: amusant par son contenu, désolant quand on songe aux conséquences existentielles de ces définitions dogmatiques.

Anecdote : à 38 ans, La Pérouse qui avait déjà mené plusieurs campagne militaire n'a pas pu épouser celle qu'il voulait car son père refusait son consentement. La Pérouse a dû passer par l'acte juridique de l'émancipation.
(voir le récit de Balzac La Vendetta et l'introduction en Pléiade).

Une médaille

AG du club d'aviron. Normalement je n'y vais pas: en tant que membre d'un CE, je paie moins cher et n'ai pas de droit de vote. Mais Vincent avait beaucoup insisté et je lui avais promis d'être là. Je me disais qu'il y avait anguille sous roche: y avait-il des missions à confier et songeait-il à moi pour l'une d'entre elles?

J'ai obtenu une médaille décernée par le Comité directeur pour "mon implication dans la formation des débutants". Plus d'une centaine d'heures, assure Vincent, mais je pense qu'il exagère. C'est une étrange impression de voir son nom soudain appelé, après une heure de présentation de bilan comptable et de résultats sportifs, devant une centaine de personnes pour la plupart inconnues.
Bref, une médaille pour bénévolat. Ça fait plaisir. J'ai pu observer l'étrange pouvoir de ce prix: alors que je suis inconnue à la plupart (les rameurs "du midi" voient rarement ceux "du soir" ou du "week-end"), soudain tout le monde me connaissait. Surtout, ceux qui me connaissaient déjà (du fait des randonnées ou justement de mon apparition à des créneaux inhabituels pour donner un coup de main) ont semblé me découvrir pour la première fois.
L'étrange pouvoir de la distinction: la légitimité.

Le plus étrange pour moi, c'est d'être mis sur un pied d'égalité avec Jean-Pierre et Jean-Michel (les deux autres "loisirs" médaillés, le quatrième étant un junior encore plus stupéfait que moi): je connais leur dévouement, j'ai du mal à imaginer que je puisse donner l'apparence d'être aussi dévouée qu'eux. Mais si c'est vrai (il me faut bien imaginer que ça doit l'être, sinon cela n'aurait aucun sens), cela me fait bigrement plaisir. Cette remarque peut paraître bizarre, mais elle n'est que l'illustration de la règle qui veut que tout ce que l'on fait paraisse toujours normal — puisqu'on le fait.

Imprévus

A., le pilier juridique parmi les administrateurs de la mutuelle, part en congé maternité vendredi. Elle avait beaucoup insité pour nous voir, ma collaboratrice J. et moi, avant de partir en congé, tant insisté — alors qu'elle ne l'avait pas fait pour son premier enfant — que j'avais dit à J. qu'elle devait avoir quelque chose à nous dire. J., curieuse (c'est ma grande informatrice concernant les rumeurs qui circulent dans les bureaux), avait alors trouvé le moyen de se libérer pour déjeuner avec A.
J'avais vu juste : A. ne reviendra pas, elle suit son mari à l'île Maurice.

La nouvelle date de trois semaines, A. en est encore bouleversée (il faut dire que faire ses cartons pour l'autre bout du monde avec un bébé de trois mois est une perspective qui m'épuise rien que d'y penser).
Ce fut l'occasion de me rendre compte que je confondais plus ou moins l'île Maurice avec Mayotte: non, c'est une île indépendante au large de Madagascar avec l'anglais en langue officielle même si le français y est largement utilisé.

J'ai l'impression de vivre le début de la fin de l'âge d'or de la Mutuelle, A. qui part vendredi, mon patron probablement cet été (en retraite). C'était si facile de travailler avec A. et lui que je ne peux qu'envisager que ce sera moins bien. Mais après tout, cela pourrait être mieux. Dans l'absolu, c'est possible.

Schleiermacher à un rythme accéléré: nous traduisons si lentement que cette fois-ci pour couvrir plus de texte nous n'avons pas traduit le texte original mais lu les deux traductions françaises, Rouge et Raymond, en nous reportant au texte allemand pour comprendre quelle tournure traduisait quelle expression.

Book crossing sur le sport. Intéressante intervention d'Alain de Chanterac qui vient d'écrire un livre sur Antoine Blondin (Morand, Cocteau, Montherlant, bien des références que j'aurais dû noter — il reste la ressource de lire son livre).
Je repars avec Born to run, qui fait écho à une conversation de juin dernier.

En sortant, un jeune homme m'arrête, un revenant du temps de la SLRC: Rodolphe, rencontré chez Marcheschi. Evocation de Notes sur les manières du temps, les Demeures, je lui conseille de s'attaquer à L'Inauguration de la Salle des Vents. Quel plaisir de reparler de tout cela, quelques minutes. Quel gâchis.
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