Billets qui ont 'Paris' comme ville.

Martine roule en Mobike

Repris un Mobike ce matin : vendredi mon compte avait été bloqué parce que l'application avait ouvert l'antivol tandis que celui-ci ne restait coincé (donc le compteur a commencé à tourner sans que je prenne le vélo: photo, déclaration d'incident dans l'appli — et compte bloqué); mardi matin le compte était débloqué et annonçait joyeuxement un solde négatif de 241 euros pour 4819 minutes de trajet (ne perdant pas courage j'ai envoyé un mail pour demander l'annulation de cette dette); mardi soir je recevais un sms m'annonçant que la dette était annulée.

Pas de Mobike mardi soir : je n'ai jamais réussi à trouver le vélo indiqué par l'appli, sans doute quelqu'un l'avait-il garé dans une cour.

Ennio Morricone

Le concert était programmé à l'origine fin mai, déplacé sans explication ce week-end, l'un des plus chargés de l'année pour nous (un moment je me suis demandé si nous allions réussir à y assister).

Un dimanche soir: donc en RER (pour éviter les bouchons), LE dimanche sans voiture, raison de plus. Bien sûr, la ligne 1 avait un problème (en ce moment il y a un problème par jour, matin ou soir, matin et soir, sur la ligne 1, le RER A ou D), sans compter qu'il n'y avait pas d'arrêt à la station Georges V (non que nous en ayons eu besoin, mais je pense aux touristes). Je ne suis pas contre un Paris sans voiture, mais il faudrait des transports publics suffisants et irréprochables, c'est loin d'être le cas (je me demande même si les deux sont compatibles: plus il y a de trafic, plus le moindre problème arrête l'ensemble du réseau pour des raisons de sécurité). Ça m'agace, ces politiques qui prennent de grandes décisions sans s'occuper des conséquences pour les petites gens. Aujourd'hui j'ai l'impression que nous sommes entrés dans l'ère de la maltraitance: les gens sont maltraités, on ne se préoccupe pas de leur rendre la vie plus facile, on applique n'importe comment des mesures au nom de principes dans l'air du temps (c'est le cas de le dire) qui n'ont pas fait la preuve de leur équité et innocuité (car tandis que les beaux quartiers respirent mieux, les quartiers plus pauvres où sont refoulés les automobilistes connaissent des taux de pollution record).

Avis mitigé sur ce concert: je m'y attendais, car j'avais conscience de ne pas connaître suffisamment de films pour être à l'aise dans la musique que j'allais entendre, mais j'ai été agacée aussi par le public trop prompt à applaudir, qui gênait les musiciens et le chef, très âgé (accompagné par une solide femme en noir à chaque entrée et sortie de scène: destinée à prévenir une chute?), tant et si bien que les morceaux s'enchaînaient dans une sorte de précipitation, sans pause.

Le chef dirige assis, la harpiste et les deux guitaristes sont à l'honneur, surtout au début; il y a cinq percussionnistes au moins (dont une rousse spectaculaire) très plaisants à regarder (quand ils se déchaînent à main nue sur les timbales), un pianiste très concentré qui joue sur un clavier électrique et un piano classique placés à angle droit (et parfois sur les deux claviers à la fois) et beaucoup de clarinettes (pas d'harmonica, zut).
(Et pour nous, l'air du duel d'Il était une fois dans l'Ouest fait monter en surimpression du film le souvenir du paysage réel et du garçon au pull bleu, en bonus émotionnel).
C'était très émouvant de voir Ennio Morricone. Nous étions tous là pour ça: voir Ennio Morricone.



Ici un article enthousiaste et plus technique.

Reprise

Relevés des changements en trois semaines :
Le quai du RER A gare de Lyon est carrelé à grands carreaux gris souris clair (les murs sont encore rouge orangé).
Les murs de l'arrivée du RER D même gare sont carrelés à grands carreaux blancs cassés.
Par les fenêtres du RER en passant aux Halles, plusieurs piliers et murs étaient carrelés de petits carreaux argent miroir flou à facettes. Cela donne l'impression de briques de verre. C'était intéressant en petite quantité, je crains que ce ne soit laid sur de grandes surfaces.

Photo prise le 8 juin, dans la série "je documente les changements du métro". Quai du RER A aux Halles.



Je continue à lire la Correspondance d'Hegel. Plaisir snob de lire Hegel dans le métro, plaisir enfantin de se dire qu'on lit du Hegel — et qu'on le comprend!

A dix heures et demie il fait encore 28° dans la chambre.

Projets

J'ai réservé des places pour Aïda demain soir, parce que l'affiche dans le métro m'avait plu. Et emportée par l'élan, je me suis abonnée pour la saison 2016-2017: l'année prochaine, sans le grec (enfin, juste la "lecture suivie", une fois par mois), mon emploi du temps devrait être plus léger. J'ai abandonné l'espoir d'emmener H., l'expérience prouve qu'il est impossible de caler nos emplois du temps. Je n'ai pris qu'une seule place, sachant déjà qu'il m'en voudra parfois, les soirs où il sera là (à la maison) et qu'il aurait aimé venir, les soirs où il sera là et qu'il désapprouvera mon choix («Vraiment, ça te plaît?»)

D'autre part j'ai vérifié les horaires d'allemand à l'IPT: le mardi après-midi. Et j'ai alors découvert ce programme (p.19): des weeks-ends de visite de Paris, Rome, Londres, Berlin, Athènes sous un angle biblique (??) avec en accompagnatrice ma prof de grec 3. Engagez-vous rengagez-vous, qu'ils disaient. Ça me tente, j'ai retenu les dates, mêmes si là, c'est quasiment la guerre que je déclare à la maison. (On verra bien. Je préfère qu'il m'en veuille que lui en vouloir. Je préfère la culpabilité à la rancune.)

Et j'ai commandé mes billets de train pour Marseille: randonnée la Bonne Mère, aviron de mer.

Malgré tout

J'arrive chez Ladurée — premier étage, le rez-de-chausée est "privatisé" (entre guillemets car je ne suis pas sûre que ce soit un terme très correct, en tout cas il me fait toujours sourire: il sonne délicatement snob à mes oreilles).

Je m'installe à côté d'un jeune couple en train d'expliquer à une dame âgée comment se servir de son iPhone: ce qu'est une application (spontanément elle repasse par Google), comment paramétrer son empreinte digitale pour ouvrir son téléphone, etc. Elle ne sait pas grand chose; ils sont patients et très aimables.

A un moment elle leur demande:
— Et vous êtes étudiants?
— Oui, nous sommes chanteurs, chanteurs d'opéra.
La vieille dame n'arrive pas à assimiler cette information étrange:
— Pas HEC, pas école de commerce?
— Non, chanteurs, répète la jeune fille.
— Mais on est intelligents quand même, complète le jeune homme.

Je documente

Tout le métro est en train de se transformer, parfois de façon impressionnante, comme aux Halles où de nouveaux passages sont percés. Comme je n’ai pas grand chose à raconter (c’est les vacances, j’ai déposé la Coccinelle au garage à Villeneuve-St-Georges pour la révision, c’est à peu près l’exceptionnel de cette journée), je "documente" ces changements, j’en garde une trace.

Ici, le sol creusé et décapé entre la ligne 1 et la ligne 14.



Désœuvrement

Ménage avec les garçons en écoutant les vieilles chansons de Renaud (Dans la tire à dédé, j'en ai fait des virées…). Tout de suite c'est plus gai.

Blanquette au restaurant en face de l'église, RER pour gare de Lyon. Dernier départ en colo de ski (sur le thème Dernières R.A.B.).

Humour SNCF (si c'est possible)



Retour à la maison.
Et là, soudain, le vide: rien d'urgent, aucune action qui s'impose, je peux choisir ce que je vais faire. Depuis combien d'années cela n'était-il pas arrivé? Je prends conscience que cela devrait arriver de nouveau de plus en plus souvent. La vie de Benjamin Button, la retombée de la parabole après avoir atteint le sommet. C'est un peu inquiétant, mais quelle liberté.
(Et donc lecture et théologie. Oui, bon, ça ne change pas beaucoup, mais ça change énormément de ne pas y être obligée par un examen, une dissert, ou que sais-je encore.)

Couleurs

A travers la somnolence qui berce souvent mes voyages en RER, il me suffisait d'entrouvrir à peine une paupière pour identifier une station: un flou rouge à travers les cils, Nation; orange, gare de Lyon; bleu, Châtelet; blanc, Charles de Gaulle.

Las, il y a longtemps que Châtelet n'est plus bleu mais gris (longtemps, mais quand? Je n'ai pas saisi le moment, je ne l'ai pas vu: ces disparitions brutales ou insensibles (qu'est-ce qui qualifie mieux le fait de se rendre compte un jour d'un événement survenu avant, sans date? l'incapacité d'enraciner un souvenir est un vacillement) me troublent, me poursuivent, car je n'ai pas pu faire mes adieux à un état du monde).

Je viens de m'apercevoir que gare de Lyon est en train de tourner elle aussi au gris. Photographie donc, pour se souvenir de l'orange.



Qui m'apportera une photo des étagères vert pomme de la bibliothèque Pompidou avant 2000 ?

Isabelle

Isabelle chez qui nous avons passé Noël près de Boston était à Paris ce soir. Je lui avais donné rendez-vous au Monteverdi. J'avais prévu de commencer à dîner avec elle (et O. et Guillaume, son benjamin) puis de m'échapper pour mon cours mais une chose en entraînant une autre nous sommes restées à discuter tard le soir.

J'en suis toute étonnée car elle est, elle était, du genre silencieuse, effacée, donnant l'impression d'être ailleurs. L'idée de la rencontrer sans nos hommes pour combler les blancs de la conversation m'angoissait.
Il n'y a pas eu de blanc. L'expatriation l'a transformée — ou c'est moi qui ne la voit plus du même œil.

RER D, le retour du retour

La conversation a pris du temps, je suis à peu près sûre de rater le train de 22h321, même en considérant que l'accès entre la ligne 4 et la ligne 14 à Chatelet est ouvert. (Dans le couloir, je note un raccourci à explorer en passant par le quai de la ligne 1).

En arrivant gare de Lyon (22h34, le lundi je mets des chaussures plates), je vois mon train à l'approche.
A l'approche? Cela voudrait-il dire que les RER passent à nouveau par les Halles, après deux ans d'interruption? (vous vous souvenez, le RER de 23h08 aux Halles devenu 23h02 gare de Lyon?) Yiiipee!!!


(Certains esprits chagrins argueront que c'est tout de même rageant que cela coïncide avec l'ouverture du passage ligne 4/ligne 14 qui ne présente donc plus d'intérêt du point de vue de mes trajets, mais on ne va pas chipoter.)


Note
1 : Les cours commencent et finissent une demi-heure plus tôt cette année.

Démenti

Pour faire mentir ce que je disais hier, deux allusions aujourd'hui, mais par des étrangers (sont-ils émus pour nous, ou effarés que de tels événements arrivent ici, à Paris?) :

- la prof de grec, grecque, commence tout à trac le cours par une minute de silence.
- l'étudiant indien, qui murmure quelques mots sur la tristesse des événements. Je réponds avec légèreté, peut-être trop d’ailleurs, je l'ai regretté: «Oh, il y a toujours eu des attentats à Paris. Ici par exemple, (j’étends la main vers la rue de Rennes), il y a eu une bombe, et dans le RER… la nouveauté, ce sont les fusils mitrailleurs.»

Massacre

L'ordinateur étant enfin arrivé, nous avons fêté à nouveau l'anniversaire de A. (avec un gâteau, des bougies, la totale).
Puis je me suis zonée devant Le Labyrinthe emprunté au CE (on dirait une histoire de Signe de Piste) tout en surfant dans les fils RSS de la semaine (parce que le film ne nécessite pas tous mes neurones). Vers 23 heures, je lis un statut de Pascal disant à peu près «Putain, obligé de téléphoner aux enfants pour savoir s'ils sont en vie», et cela ressemble tant à un reproche de ma famille quand je n'ai pas donné de nouvelles depuis longtemps (sauf qu'eux ne téléphoneraient pas) que je m'apprête à répondre ironiquement quand cette bizarrerie m'arrête : Pascal n'est pas ma tante, ce n'est pas normal.
Trois clics plus tard, j'ai compris avec effarement qu'il ne parlait pas au figuré.

Je descends chercher mon portable qui a sonné peu avant (serait-ce les enfants?): un sms de ma mère qui me demande si nous allons bien. Je ne réponds pas. Les grands sont quelque part à Paris, chez des amis ou au cinéma. Je suppose qu'il n'y a plus de RER, il faut sans doute aller les chercher.
Je leur envoie un sms pour savoir où ils sont et descends prévenir H.: «allume la radio, regarde internet, sais-tu où sont les enfants?» Le temps qu'il comprenne ce qui se passe et qu'il me réponde, nous entendons la porte d'entrée s'ouvrir. Les grands sont rentrés des Halles sans rien savoir, sans se rendre compte de rien. Le seul commentaire que nous aurons sera: «ah oui, on a vu plein de voitures de policiers passer dans l'autre sens.»

J'envoie un sms rassurant à mes parents et remonte voir la fin de mon film en tâchant de comprendre ce que je lis sur internet, en tâchant de le croire. De minute en minute il y a de plus en plus de morts mais on ne sait pas si les informations sont exactes, je pense à l'assaut de l'école en Tchétchénie, Bataclan, concert de Death Metal, match de foot, terrasse d'un café. Confusion. Hollande, Obama, état d'urgence déclaré, recommandation de rester où l'on est, hashtag #porteouverte pour accueillir les gens errant dans Paris.

Blanc

La correspondance ligne 1-ligne 12 à Concorde a été interrompue d'avril à juillet l'année dernière, compliquant mon dernier trimestre (et qui dit complication dit fatigue supplémentaire).

Cela en valait peut-être la peine (maintenant j'attends la fin de la rénovation des Halles avec curiosité. L'autre jour j'ai découvert que le passage vers la ligne 14 avait été considérablement ouvert et dégagé).

Ligne 12 station Concorde, ce soir vers six heures.




Agenda
O. dans les Cévennes pour une semaine pour le programme de géologie de terminale. Rendez-vous à Port Royal à cinq et demie du matin. Le cours de ce soir a été dur.

Autre solution

Aujourd'hui j'ai pris le 43 boulevard Haussmann, puis le 174 dans Neuilly (les bus se suivaient). Je perds une demi-heure par rapport à mon temps de transport normal.

Les petits hommes verts

La grande affaire qui commence cet été est la fermeture du RER A entre Auber et La Défense.
Comme j'avais vu des affiches dès le mois de février, je ne le prends pas comme une brimade personnelle. Cependant, lorsque j'ai découvert à la suite d'une communication interne à l'entreprise, que les travaux auraient lieu sept ans de suite, quelques réflexions sarcastiques me sont venues à l'esprit. Je déclarerais bien à ma collaboratrice que je suis prioritaire pour prendre mes vacances aux dates des travaux (elle n'est pas touchée puisqu'elle habite dans l'ouest) mais je ne peux pas faire cela six ans de suite! (pour cette année, c'est trop tard).


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DisneyParis a-t-il demandé un dédommagement? Quelle pagaille cela va être dans Paris pour les touristes… D'un autre côté, j'ai pu constater que des navettes les attendaient directement aux aéroports et qu'ils ne passaient jamais dans la capitale.
Bon, après tout, ce n'est pas mon problème.

Mon problème, c'est d'arriver à La Défense. Toute l'information distribuée l'a été dans le but de nous détourner de la ligne 1. En particulier, la ligne 14 suivie de la ligne SNCF à partir de Saint Lazare est chaudement recommandée.

Ce matin, j'ai pris un Vélib jusqu'au pont de Neuilly en suivant le chemin du bus 43. Ce n'est pas désagréable mais il y a beaucoup de pavés. Je mets trois quarts d'heure à faire le trajet.

Ce soir, comptant sur le fait que les gens avaient dû étaler leur retour (et surtout partir plus tôt en arrivant plus tôt car la plupart ont beaucoup plus d'auto-discipline que moi qui suis incapable de quitter un lieu, que ce soit la maison ou le bureau), j'ai essayé la ligne 1 (avec succès: debout mais rame non bondée).
En arrivant en haut de l'escalier "Esplanade de la Défense", j'ai aperçu cela:

2015-0727-ligne-1-hommes-verts.jpg


Oh non, ai-je soupiré intérieurement, ce n'est pas possible, ils continuent à nous prendre pour des demeurés, nous allons maintenant avoir des cours sur la façon de prendre le métro…
Plus rationnel, Hervé suggère que le personnel étant embauché, la RATP l'a simplement reporté du RER sur le métro.

De façon générale, reconnaissons que la RATP n'a pas lésiné sur les moyens humains: je n'ai jamais vu autant d'agents se tenir dans les couloirs et la rue dans l'attente de renseigner les voyageurs.

Ue fille sur un fil

Après l'échec d'hier, repassé à la bibliothèque (ça n'a l'air de rien dit comme ça, mais c'est compliqué en l'absence de la correspondance ligne 1-ligne 12 à Concorde. Ligne 6 à Charles de Gaulle puis 12 à Pasteur).

Le Marcel Gauchet et Karl Jaspers de Ricœur en accès libre est emprunté, celui de la réserve est introuvable, sans doute mal classé. Je repars avec de quoi m'occuper malgré tout (vu la vitesse désespérante à laquelle je lis):
- Ricœur et Changeux, La nature et la règle,
- Pierre Gibert, Une théorie de la légende (sur Gunkel),
- Auguste Diès, Autour de Platon, encore. Mais cette fois-ci j'espère bien le finir.
A rendre le 21 septembre : l'année prochaine les cours reprennent plus tard.

Vélib. Jardin Tino Rossi, de Bastille à gare de Lyon, sur les bords de Seine, le plus heureux des jardins dès qu'il fait beau.
Je remarque une fille en robe orange à fines bretelles qui marche devant moi. Plus tard (ai-je fait un détour? Comment se fait-il qu'elle m'ait devancée? Ou était-elle à vélo? Je ne me souviens de rien. J'ai de nombreuses absences en ce moment, ça m'inquiète un peu) je la vois embrasser un garçon et se diriger vers un ruban de chantier entre deux arbres.
Ce n'était pas un ruban de chantier. C'était un fil.


Le joueur d'échecs

Ligne 1




Chez le coiffeur

Il est deux heures moins dix, il ne reste que moi dans le salon, "ma" coiffeuse me coupe paresseusement quelques mèches. Elle s'adresse à l'autre (la troisième est partie faire les courses):
— Tu ne veux pas mettre la radio? Il paraît qu'il y a eu un attentat, j'ai entendu un bruit qui disait ça…
— La radio ne marche plus, c'est pour ça qu'il y a de la musique…

Elle sort son téléphone, cherche, lit en ânnonant imperceptiblement: «Une fusillade à Charlie hebdo… douze morts…»
Je suis abasourdie: — Douze morts ?!!
Je n'y crois pas.
Elle continue : — ce doit être un théâtre… il parle de théâtre…
Tout cela est tellement irréel qu'elle parvient à me faire douter: — Non, c'est un journal.
— Ah oui, ce sont les blessés qu'ils ont emmené dans un théâtre…
— Vous ne connaissez pas Charlie hebdo?
— Euh… non…

Alors j'explique, le dessinateur danois, la reprise des dessins, les menaces, déjà une bombe. Je fais simple, mais je me dis qu'il faut qu'elles comprennent avant d'écouter la presse, Dieu sait comment tout cela va être présenté:
— C'était des dessins, bon, pas toujours très fins, parfois lourdingues, mais bon, que des dessins…

Je rentre au bureau, prends mon téléphone, regarde twitter.
Charb, Wolinski, Cabu, Tignous.
Ça n'a aucun sens. Cabu et Wolinski martyrs. Absurde. Ça les aurait bien fait rigoler.


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Grande émotion dans le pays ce soir, grande solidarité. Rassurant. Consolant. Mais quel choc. Tuer les clowns. Ils tuent les clowns. Mais quels cons.

La classe

Le serveur du café des Oiseaux rue de Sèvres :

— Ce n'est pas le tatouage qui fait l'homme. Malraux disait : la culture n'est pas une accumulation des valeurs du passé, elle en est l'héritage conquis. Eh bien la classe, c'est pareil.

Hélène Cixous, Homère est morte…

Ligne 4 vers neuf heures et quart.


Tout va très mal, Madame la marquise

Je lis Satori à Paris que j'ai récupéré hier soir au bookcrossing (thème: Paris. J'ai présenté La marquise sortit à cinq heures).

Ce livre me fait tellement rire que je vais sans doute le recopier tout entier.

Ainsi donc, la Bibliothèque Nationale qui ne communique aucun livre, les avions bloqués en bout de piste, les trains bondés, c'était déjà vrai en 1965? Ce ne serait pas dû au fait que nous sommes devenus trop nombreux (comme le soutient Hervé)? Well, well, well.
(Hélas, pas de notation sur le métro, cela m'aurait intéressée.)

Cela me fait rire mais ce n'est pas drôle, car si c'est une donnée permanente du caractère français, cela veut dire que cela ne va pas changer.

Mardi

Après-midi en réunion porte de la Villette. Carrefour des Quatre Chemins, les bâtiments qui avaient autrefois (il y a vingt ans) abrité L'auberge de Marrackech, l'un des meilleurs couscous de Paris, et un traiteur italien qui nous a donné pour toujour le goût de la pana sont détruits (ceci dans la rubrique "la forme des villes change plus vite…"). Le terrain vague (le vide m'évoque la gencive exsangue laissée par une dent arrachée) libère la lumière pour des fenêtres qui n'avaient sans doute pas vu le soleil depuis plus d'un demi-siècle.
La population a changé, plus de noirs, un peu moins d'arabes, et un début d'asiatiques. Je croise aussi deux femmes d'Europe de l'Est. A chaque visite (tous les six mois, tous les ans) les équilibres du quartier varient. Mais l'odeur forte de la boucherie hallal à deux pas du métro demeure.

J'avais l'intention d'acheter mes gâteaux préférés en partant, mais j'ai oublié, j'ai pris un Vélib et j'ai rejoint la gare de Lyon en suivant le canal St Martin (rubrique automne radieux, Paris que j'aime).

Un jour je prendrai le temps d'aller jusqu'au cimetière de Bagnolet pour chercher les tombes de Jean Puyaubert et Maurice Oyosson.

Chip, Tom et Bob

Ce sont réellement leurs prénoms, ou du moins ceux que j'ai toujours entendus, même si je suppose que cela doit cacher un Charles et un Robert. Chip est le mari de Ruth, Bob de Jane et Tom de Lucy. Elles sont sœurs, ils sont beaux-frères.

Ils viennent de passer trois semaines en France sur les champs de la bataille de la Grande Guerre. Ils doivent rentrer samedi aux Etats-Unis — si Air France les y autorise (j'ai un peu honte).
Nous devions les voir avant leur départ, nous les avons invités au Bouillon Racine. Inévitablement ils prennent du foie gras. Je n'ai jamais rencontré d'étranger partageant aussi naturellement les valeurs de douceur de vivre et de gastronomie françaises que Chip. C'est un plaisir de lui conseiller de prendre son petit déjeuner en terrasse aux Deux Magots (qu'il voulait absolument voir) à huit heures du matin au mois d'août pour sentir le vrai Paris s'étirer au réveil ou de lui faire prendre "des risques", comme manger du confit de canard, par exemple… (je sais, je sais… il garde un souvenir impérissable de la fois, il y a bien lontemps, où je l'ai convaincu d'essayer une viande autre que le poulet ou le bœuf, soit le fameux confit de canard. Je suis heureuse de les avoir invités, lui et Ruth, au pub Renault du temps où c'était encore le pub Renault, avec compartiments de train et service par un maître d'hôtel (conversation en commentant le décor Art déco du Bouillon Racine: je lui apprends que le pub Renault tel qu'il l'a connu n'existe plus)).
Cette fois-ci je l'entraîne à manger une canette aux griottes, ce qui est plus exotique. Notons au passage que je découvre qu'aucun des trois ne sait que la viande de porc doit toujours être très bien cuite, pour éviter d'attrapper des parasites (ils s'attendaient à ce qu'on leur demande "quelle cuisson?" pour cette viande-là aussi).

Nous discutons presque à bâtons rompus, pas si simple en anglais avec notre accent, la fatigue et le bruit. En quittant le restaurant, détour pour voir la Sorbonne .

La France, son vin, ses fromages, ses grèves (je leur cite Bruce Willis John Malkovich dans Red 2, «Vous venez souvent à Paris à cette époque? — Oui, pour la pluie et les grèves», ils rient). J'espère tout de même qu'ils n'auront pas trop de problèmes pour rentrer chez eux.

Un dimanche entre amis

Expendables 3 que j'ai envie de qualifier d'émouvant. (Il faut avoir grandi avec les acteurs pour penser cela, je suppose).

Déjeuner au Au pied de cochon.

Promenade aux Tuileries où nous observons diverses attractions: une bulle qui flotte sur l'eau dans laquelle la victime est enfermée et tente désespérément d'avancer (mais la bulle tourne sur place, supplice du hamster dans sa roue), deux sièges montés sur un ressort puissamment armé qui une fois libéré les projette vers le ciel (bon entraînement de cosmonautes). Nous arrivons trop tard devant le Jeu de Paume pour visiter les expositions.

Au retour nous passons par le centre des Tuileries, puis la pyramide du Louvre, la place carrée, ma préférée. Nous émergeons de l'autre côté.
— Quelle est cette église ?
— C'est St Germain l'Auxerrois.
— Celle qui a donné le signal de la Saint-Barthélémy.

Ce n'est que tard le soir que je me rendrai compte que nous sommes le jour de la Saint-Barthélémy.

Deux fois Vivian Maier

Je me lève et m'habille comme pour aller bosser: A. commence ce matin un boulot d'été dans mon entreprise et je l'accompagne jusqu'à la Défense pour la rassurer (et lui expliquer les cinq manières de s'en échapper en cas de problème de transport (ligne 1, ligne A, bus 73, train vers Saint Lazare, tram vers n'importe où pour trouver un métro (je ne lui parle pas du Vélib, elle ne maîtrise pas assez Paris))). Cela me fait un prétexte pour passer en bibliothèque.

A la recherche de Vivian Maier dont j'ai entendu parler un matin à la radio (j'aime les documentaires). Les premières photos coupent le souffle, la jeunesse de l'inventeur fait plaisir, je remarque qu'il s'agit encore de ces hasards qui laissent une place à l'expérience: ce jeune homme avait l'habitude des brocantes et de l'évaluation du bric-à-brac, un autre n'aurait peut-être pas compris la valeur de ce qu'il voyait ou se serait peut-être découragé devant l'énormité de la tâche. Tandis que lui ne recule devant rien: téléphoner à des numéros de téléphone incomplets en essayant tous les indicatifs de la ville de Chicago, passer des nuits sur internet à tenter de reconnaître un clocher de village photographié cinquante ans avant… Ce jeune homme est attachant. Me fait sourire sa déception que les photos ne soient pas acceptées par les musées, "l'institution", comme il dit. Il n'a pas compris que les musées ne font qu'entériner l'engouement du public et la reconnaissance des collectionneurs. On ne commence pas dans un musée, on finit dans un musée.
Je parle beaucoup de John Maloof parce que je veux pas parler de Vivian Maier, je ne veux pas spoiler. Son look me rappelle un peu Simone Weil, sa personnalité un peu Annemarie Schwarzenbach (par association très libre). Allez voir le film. J'en suis ressortie le cœur déchiré, un peu déchiré, doucement déchiré, en sachant d'une certaine manière que c'était inéluctable: une vie de solitude et de silence qui se termine dans la solitude et le silence — même si à soixante-dix ou quatre-vingts ans elle l'a peut-être regretté. Fallait-il, faut-il exposer ses photos qu'elle n'a jamais montrées? c'est la question lancinante que se pose John Maloof, et peut-être n'a-t-il tourné ce film pour y trouver une réponse et apaiser sa conscience.

Je déjeune en terrasse au café Beaubourg — j'abandonne le Pouy sur mon siège — un Red Lady, du thon pour le comparer à celui de Dimitri, un autre Red Lady, et c'est un peu ivre que je rejoins un vélib pour entamer ma tournée des bibliothèques: d'abord l'ICP qui ferme pour deux semaines.





Je prends tous les livres disponibles (visiblement un autre étudiant a fait une razzia sur la bibliographie. Il faudrait aller rue Cassettes, mais je ne suis pas sûre d'avoir le droit d'emprunter à la bibliothèque de droit canonique) plus une nouveauté, Si j'avais su de Stanley Cavell après l'avoir feuilleté (je laisse tomber les Duhem sur la science grecque (pour A) mais je reprends l'Auguste Diès Autour de Platon qu'il faudra que j'achète un jour tant je l'aime. J'emprunte des Max Weber, ils ne sont pas sur la bibliographie de l'année prochaine, mais je sais par expérience qu'il vaut mieux revenir aux sources (lire Saussure, urgent!), et comment faire de la sociologie sans lire Weber? Plus de place pour le Löwith sur Weber, mais tant pis, je dois de toute façon passer à Melville pour Le Diable par la queue recommandé par Laurent. (Löwith vulgarise à mon niveau, il m'aide à ne pas avoir peur).





Je me rends compte que l'un des livres que je veux est ici en réserve, alors qu'il est en accès libre à Buffon où je dois passer prendre un livre que j'ai fait venir de la réserve centrale. Finalement j'aurais pu m'abstenir de venir ici, je repars avec le DVD et le Löwith, les deux n'étaient pas si urgents.
Il fait très lourd et très chaud, c'est assez désagréable.





Rue Buffon je prends les livres qui me manquent. En cherchant autre chose dans les rayons (je clopine, il fait chaud, je commence à avoir sérieusement mal au pied dans mes chaussures à talons pas tout à fait prévues pour ça) je tombe sur Le Savoir grec (dictionnaire critique) de Jacques Brunschwig, qui devrait convenir pour A. qui cherche des informations sur la science antique. J'échange des sms avec H. qui me propose de voir un film. Je lui dis de choisir ce qu'il veut en suggérant malgré tout Vivian Maier sans lui dire que je viens de le voir. En enregistrant les livres pour le prêt, je m'aperçois que j'ai exagéré la contenance de mon sac et que je vais avoir un problème, ce qui se confirme quand j'arrive devant un vélib: impossible de tout faire tenir dans le panier du vélo. Je finis par y déposer directement le Cavell, le dictionnaire et un troisième volume dans le panier et garde mon sac à la main. Le tout est assez lourd, et ajouté aux talons, compose un équipage malhabile et instable. H. choisit Vivian Maier, il m'attend au Bert's des Halles.

Je suis la Seine, et en passant devant la rampe de la Bastille, je ne résiste pas à la tentation de descendre au bord de l'eau: pour une fois que j'ai l'occasion de faire le trajet dans ce sens-là, et de jour, je vais pouvoir déterminer à quel endroit je peux descendre sur les berges pour y rouler le plus possible quand je rejoins la gare de Lyon.
Foule et pavés. Comme je le craignais, je me heurte à un escalier et je dois faire demi-tour. (Je sais maintenant qu'il faut descendre à peu près en face de la rue de Pontoise, au niveau de la pointe de l'île de la Cité).





Je gare mon vélib près de la Bourse (pas de place plus près), m'aperçois avec horreur que les secousses ont beaucoup abîmé la couverture du Cavell qui était tout neuf (c'est le défaut des vélibs, l'acier des paniers blesse le cuir des sacs (j'enveloppe mon cartable dans un tissu quand je prends un vélib. Je ne me suis pas méfiée pour des livres. Zut et zut.)), descends péniblement dans le cœur des Halles (tous les escaliers mécaniques sont arrêtés). En me voyant arriver boîtante les bras chargés de livres, les yeux de H. s'arrondissent, il rit, «je savais que cela se terminerait comme ça, c'est pour ça que je suis venu en voiture, pour te ramener. Mais tout de même, en vélib, tu es folle! Tout ça pour lire le quart du premier!» (je suis attristée qu'il ait sans doute raison) et me prend tous les livres pour les porter dans la voiture. Je bois une demi-Badoit en l'attendant. Je suis épuisée, et surtout très ennuyée pour le Cavell.

Et donc A la recherche de Vivian Maier une deuxième fois. (Ne faudrait-il pas traduire "Enquête sur Vivian Maier"? "Finding", c'est déjà avoir trouvé, "à la recherche" n'est-ce pas plutôt "looking for"?)


La liste des livres :
- L'Idiot (livre en cours)
- Pape François, La joie de l'Evangile. Trois cents pages, quand même. Moi qui avais espéré un livre court…
- Auguste Diès, Autour de Platon. C'est la troisième fois que je l'emprunte. Un jour je le finirai. Mais je l'aime.
- Max Weber, Le judaïsme antique et Sociologie de la religion. J'aurais peut-être dû commencer avec le protestantisme. Tant pis, trop tard.
- Stanley Cavell, Si j'avais su
- Karl Löwith, Marx Weber et Karl Marx
- Danièle Hervieu-Léger, Catholicisme, la fin d'un monde. En le feuilletant, je me demande s'il ne faudrait pas lui opposer Le Mystère français de Todd et Le Bras.
- Paul Beauchamp, L'un et l'autre Testament, tome 2. J'ai lu le premier, très péniblement, l'été dernier. J'espère que la lecture de celui-ci sera plus rapide.
- Que sais-je?, Dominique Le Tourneau, Le droit canonique
- André Vauchez, La Spiritualité du Moyen Âge occidental. Ouf c'est petit. Points Seuil.
- Geoffrey Lloyd et Jacques Brunschwig, le Savoir grec. (Pour A.)

Le journal d'Anne Franck

Ligne 4, 22h46.


Paris à vélo

Grève hier soir, grève le matin, grève le soir. Si au moins on comprendait ce qu'ils revendiquent. (H. me dit à propos de ses salariés : «Ils ont fait la gueule quand j'ai dit qu'il n'y aurait pas d'heures sup pour le CE, qu'ils prendraient leurs heures sur leur temps de travail. Ce que je n'ai pas dit — mais je l'ai pensé très fort — c'est que de toute façon il leur serait difficile de travailler moins qu'aujourd'hui».) (Et je me dis qu'à écrire ça, certains vont être confirmés dans leur opinion que nous sommes de sales réacs. Tant pis, assumons.)
Quel rapport avec la SNCF? C'est que je me disais que malgré tout ce que je leur reproche, je leur tirerais bien mon chapeau pour le travail de nuit et le travail le week-end effectué pour déranger le moins possible le trafic — quand soudain j'ai un doute: sont-ce bien des cheminots qui travaillent, ou des sous-traitants?

En tout cas j'ai pris la peine d'expliquer ce matin à une voyageuse la vérité sur les "rames trop larges": non, il s'agissait simplement d'un retard pris dans la mise aux normes des quais, mise aux normes prévue depuis longtemps et obligatoire.

La Défense - gare de Lyon en vélib. 70 mn, cela revient cher puisque qu'un Vélib doit être rendu au bout de trente minutes. Ils exagèrent, ils pourraient allonger le délai pour les personnes qui couplent leur abonnement avec leur carte Navigo, on se doute bien qu'elles ne font pas du tourisme.

Beaucoup de monde sur les quais entre le musée Branly et le musée d'Orsay, et je pense à l'incipit de Voyage au bout de la nuit.

Printemps

Rue d'Assas - gare de Lyon en vélib. Les quais entre Bastille et gare de Lyon (jardins Tino Rossi) sont animés, nous sommes loin du désert d'il y a trois semaines quand un rat avait failli me faire tomber en passant au ras de ma roue.

Un groupe de cuivres joue Everybody wants to be a Cat au bord de l'eau.
J'arrive dans la gare à onze heures pour un départ à onze heures deux.

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Agenda
Dernier cours de grec II (j'ai validé mon année). L'année prochaine je vais sans doute faire du latin et de la "lecture suivie" en grec. Je prendrai grec III (lecture de St Paul: difficile paraît-il, car elliptique) plus tard, quand j'aurai assuré ma grammaire.
Je n'ai même pas dit au revoir à la professeur tellement il m'était sorti de l'esprit que c'était terminé. Trop tard, trop tard. Elle était bien, si passionnée et sérieuse.

Paris

Matin : visite guidée des jardins du Palais Royal en traversant la galerie Vérot-Daudat (le café du coin servait au tournage des Maigret) et en terminant par la place des Victoires. Nous apprenons qu'il est de tradition que les directeur et anciens directeurs de la Banque de France aient un appartement dans les arcades du Palais Royal.
Je repère un chapeau orange que je reviens acheter après.

Après-midi: Dallas Buyers Club. McConaughey est transformé, méconnaissable. Très bon film. Ce n'est qu'après que je découvre qu'il s'agit du réalisateur de C.R.A.Z.Y.

En sortant, longue errance dans le quartier Montorgueil. Je cherche une fringue pour l'anniversaire (14 ans) de ma filleule. Je n'ai pas l'habitude et rien ne me plaît (sachant que ce qui compte pour elle, c'est l'étiquette. Le fait que ce soit moi qui offre compte aussi.) Je continue à pied rue de Turbigo, rue des Francs-Bourgeois, rue des Rosiers, désormais il fait nuit, des boutiques ont déjà fermé.
Je trouverai in extremis mon bonheur au "Temps des cerises": je m'étais arrêtée lire sur la façade la plaque rendant hommage aux victimes de "l'attentat de la rue des Rosiers" (du moins c'est ainsi que je l'ai identifié: ce n'était pas sur la plaque, puisqu'elle est rue des Rosiers…)

Je rentre épuisée par ce shopping mais personne n'a remarqué mon retard: H. travaille à la campagne des municipales.

Neuf kilomètres de Velib

J'ai pris le Vélib à Neuilly pour rejoindre le relieur dans le 18e. J'ai suivi les boulevards depuis la porte Maillot jusqu'à la rue de la Jonquière, observant le changement rapide de la population — du peuplement — des bords des boulevards (pensée pour un Langelot en passant devant les entrepôts des décors de l'Opéra: il me semble bien que dans un cas un camion s'y cache.)

J'ai récupéré les Fables de La Fontaine que j'ai fait relier en maroquin noir pour en faire le frère des Lettres de mon moulin achetées il y a un an à Mulhouse.
Si je vais à l'hôpital, pensez à me laisser ces deux livres.

Par ailleurs, je suis dépitée d'avoir oublié Le Maître et Marguerite au bureau. Je voulais le faire relier. Il faudra que je revienne spécialement, et ce n'est pas si facile car c'est hors de mes parcours habituels.

Affaire Vanneste

Rendez-vous à la librairie allemande. Ajourni, Harry Potter tome 2, un livre sur les verbes, un autre sur les mots du monde moderne (les jeunes sont appelés "génération pratique", c'est amusant cet écart avec nos analyses françaises). Comment devenir allemand, écrit par un Anglais. Décidément, même sans colonie, les Anglais continuent d'adorer ne pas être chez eux et écrire sur le monde.

J'avais posé une journée de congé pour aller au tribunal («— Tu sais quelle chambre c'est? — La même que d'habitude, celle de Flaubert ou Baudelaire.» Et je m'émerveille de tant de constance à travers les années.)

Nous avons pris un café dans l'un des cafés les mieux protégés de la capitale,…





…tant et si bien que nous avons failli ne pas pouvoir entrer dans la salle — comble, mais avec un peu d'obstination nous avons pu nous y installer, pour découvrir que la première affaire jugée était une plainte contre les propos de Vanneste.
(Le début de l'audience a été pertubé par un incident à la fois comique et désagréable, assez confus pour l'assistance: apparemment il n'y avait pas de partie civile dans cette plainte, mais au dernier moment un homme a voulu que son association soit reconnue partie civile alors qu'il n'avait pas respecté les règles et délais pour ce faire, il a fini par être emmené hors de la salle par des policiers tandis que la présidente lui disait: «Ce sont les mêmes règles qu'hier, vous n'allez pas interrompre le tribunal tous les jours», à quoi l'homme a répondu quelque chose qui accusait la juiverie internationale de l'empêcher de parler: qu'est-ce que ce singe?)

A suivi l'exposé des faits reprochés à Vanneste, avec projection d'une vidéo sur Youtube.
Franchement, j'ose le dire parce que j'espère être à l'abri de toute accusation d'indulgence envers les homophobes, cette accusation ne tient pas la route. Je crois que le combat de certains homosexuels finit par ressembler au combat de certaines féministes: à protester contre tout et n'importe quoi, il perd de sa force, de son impact, il émousse notre capacité de mobilisation pour les vraies causes, en tout premier lieu celles qui mettent en jeu la violence physique.

Pour résumer à peu près, Vanneste a donné une interview (ou fait une déclaration?) sur une chaîne Youtube (je crois) disant à peu près que les homosexuels sont narcissiques, qu'ils n'ont pas d'enfants et un double revenu (dinkies, double income no kids) ce qui les amènent à progresser vite dans les organigrammes, d'où leur omniprésence médiatique et politique, ce qui leur permet d'influencer (sournoisement?) la pensée du public. Or les citoyens ont besoin de dirigeants politiques qui leur ressemblent et qui aient les mêmes problèmes qu'eux (sous-entendu, pas d'homos riches sans enfants et sans problème).

Entendre cela dans une salle de tribunal, avec tout le décorum, le silence, la mise en scène, adéquats, ne fait que faire ressortir davantage le ridicule des propos. Porter plainte contre ça? Mais cela mérite un éclat de rire! D'ailleurs l'avocat lui-même a commencé par dire qu'il connaissait des hétéros très narcissiques (ou citait-il Anatrella? je ne sais plus). Et amenez-moi un dirigeant politique hétéro ayant les mêmes problèmes que moi! Quand on sait la tête qu'ils font dans le métro, quand je pense à Ségolène Royal rallongeant avec un mois de préavis les vacances de la Toussaint, bousculant ainsi l'équilibre de familles ayant soigneusement calculé comment faire garder les enfants pendant les vacances…

Incitation à la haine contre les homosexuels? Non, je ne le crois pas. Ceux qui haïssent les homos n'ont pas besoin de ça, c'est déjà trop raffiné, les autres vont juste secouer la tête, rire ou hausser les épaules. (Et aujourd'hui, dire qu'il n'y a qu'à donner la GPA aux homos, comme ça ils auront des enfants, problem solved, Vanneste sera content!)

Enfin bref.
Nous étions au tribunal pour assister au procès de RC, je mettrai un lien quand j'aurai écrit quelques mots sur le sujet. En attendant il y a le compte rendu de L'Express, qui rend bien compte de l'ambiance dans la salle.


(Pour info, la buvette a fermé en avril 2014.)

Photos de charme

Peu de choses aujourd'hui. Il ne faut jamais, JAMAIS, écrire à ses clients. J'ai répondu au téléphone, à des questions idiotes (des questions qui n'en étaient pas), une grande partie de la journée. («— Sur le papier il y a écrit qu'il faut payer en deux chèques. Est-ce qu'il faut payer en deux chèques? — oui.» Silence. Je ne dis plus rien. «Ah. Ah bon. Excusez-moi de vous avoir dérangée.») Je deviens folle comme une vache exaspérée par des moucherons. (Et je suis seule, ma collègue est en vacances).

Alors pour ne pas rester sur cette note morose je vous propose deux photos de mes archives, prises il me semble sur le boulevard Saint Germain en juin dernier, alors que nous efforcions d'arriver à la librairie polonaise avant l'heure de fermeture.




Engouement pour La Rabouilleuse

Deux matins de suite dans le RER A : le 12 février en Pléiade, le 13 en folio chiffonné.


        

L'accident

Après les péripéties des deux derniers retours en RER (je vous épargne et ne raconte pas tout), afin de ne pas tuer un innocent agent de la SNCF (et c'est vrai qu'ils sont innocents, je le sais bien), j'ai décidé ce soir de prendre un vélib.
C'était la bonne solution: je suis arrivée gare de Lyon avec dix minutes d'avance.
Et pourtant, j'en avais perdu cinq: en remontant des bords de Seine sur le pont Charles de Gaulle, je me suis trouvé bloquée en haut de la piste cyclable par un scooter. Il venait de se faire renverser par une voiture qui tournait et l'avait heurté de plein fouet de son aile avant gauche. Le conducteur du scooter gisait, pas tout à fait inconscient, incapable de bouger. Deux badauds regardaient, navrés, la conductrice de la voiture, en larmes, donnait des indications de lieu aux pompiers, tout était calme, un jeune homme est arrivé de nulle part et a commencé calmement à desserrer l'écharpe du blessé, la jugulaire de son casque (sans le retirer, bien sûr, je crois que maintenant tout le monde sait ça. Personne n'a essayé de bouger le blessé non plus.)

Les pompiers sont arrivés, j'ai demandé à l'un des badauds de m'aider, j'ai dégagé mon vélib et je suis partie. Je n'avais pas un bon pressentiment.

Jeudi

Pas d'aviron, j'ai été retardée par un salarié qui a fait du zèle en voulant précéder les négociations syndicales et se retrouve coincé entre la bonne caisse de sécu et la mauvaise mutuelle.

J'ai compris il y a quelques semaines que je ne pourrai jamais être satisfaite de ce que je fais ici. Il restera toujours des loose ends. Comme m'a dit H. un jour, j'aurais dû être cordonnier: avoir fini une belle paire de chaussures, ça doit être satisfaisant. Ce soir, je me demande s'il arrivait à mes grands-parents de voir approcher l'hiver avec l'angoisse de ne pas avoir fini de labourer tous les champs nécessaires, de ne pas avoir ensemencé tout ce qu'ils voulaient ensemencer.

J'ai donné rendez-vous à Lisa au bar du forum des images et elle se perd un peu en venant (elle a demandé à une passante où était la rue du cinéma qui lui a répondu que ça n'existait pas). C'est très calme. Nous corrigeons le mail que je dois envoyer à N. Stricker pour lui demander quel niveau d'allemand elle requiert pour assister à son cours (dans la brochure de l'IPT, elle recommande qu'on lui écrive en cas de doute sur ce point).

Snowpiercer. Bien plus inventif que je n'aurais cru, à côté de quelques grands ressorts traditionnels du genre. Je recommande.

A la recherche du salon de thé introuvable

AC vient de St-Brieux. Comme elle va ensuite au Vésinet, je lui donne rendez-vous chez Ladurée à Madeleine (croisement des lignes 1 et 12).

Elle m'appelle alors que je suis en train de sortir du métro à Concorde: le salon de thé est fermé. Je songe à Angelina, je n'y suis jamais allée, mais AC est désorientée (plus de dix ans qu'elle a quitté Paris) et ne sait plus où sont les arcades de la rue Rivoli. Je vais donc à sa rencontre et lui propose à brûle-pourpoint le Crillon.

Translation jusqu'au Crillon (son sac est lourd): fermé, en travaux.
Je propose alors Angelina ou Hédiard ou Fauchon.
— Je ne peux pas choisir puisque je ne connais pas.
— Qu'est-ce que tu préfèreras raconter? (parce qu'après tout, quand on va dans ce genre d'endroit, ce n'est pas simplement parce que la pâtisserie est bonne, c'est aussi ou surtout pour y être allé.)

Elle choisit Hédiard. Je lui rappelle que c'est là qu'elle m'a appris en 2006 qu'elle était enceinte de son dernier, mais elle ne s'en souvient plus (je m'en étais voulu après coup d'avoir montré plus de surprise que d'enthousiasme).
Nous entrons, tournons parmi les étals, les accès à l'étage sont barrés, nous nous renseignons: le restaurant a fermé définitivement il y a trois mois.

Nous échouons chez Fauchon, orange pressée et nectar de poire, «je trouve ce rose très laid».

Un baptême

Baptême de Clémence à deux pas de mon bureau de la rue Washington (en 2003). Chapelle du couvent des Dominicains, j'arrive en retard, je me suis encore trompée d'heure. (Mais de toute façon, je n'aurais pas pu être à l'heure, j'avais rendez-vous avec L*D* à 9h30. C'est peut-être mon désir qui m'a fait croire que le baptême était à onze heures et non à dix, mon désir d'assister à ce baptême qui suit ce mariage.)

Construction de logements sociaux dans la rue du faubourg Saint-Honoré: encore des scandales en perspective.

Et pour L*D*, j'hésite.

Platon : Le Phédon




Ligne A vers la Défense, autour de 8 heures. Notez que le livre est déjà bien avancé. Poche, collection Garnier Flammarion.

Des nouvelles de Notre-Dame

Les cloches ont disparu de la nef ce matin. Dommage, j'aimais leur présence chaleureuse, leur lumière douce.

Nous sommes désormais une soixantaine à suivre la messe de huit heures. Est-ce le départ de Benoît XVI, le Carême? Il y a trois fois plus de monde qu'en octobre, les habitués et les autres (j'ai une question du type "lumière dans le frigo": les habitués sont-ils là les autres jours aussi ou seulement le vendredi?)

Une grande bannière représentant Benoît XVI et proclamant "Deo Gracias" a remplacé celle qui annonçait l'entrée en carême au niveau de la Vierge du pilier.

J'ai ébouillanté mon livre avec l'eau du thé. J'ai honte, il était neuf quand je l'avais emprunté à la bibliothèque.

Ce soir, c'est les vacances. Pas pour moi, pour les enfants, mais je les vois arriver avec soulagement (les vacances, pas les enfants), la contrainte des horaires imposés disparaît.

Enthousiasme

Messe de 8 heures à Notre-Dame (j'ai beaucoup de temps le vendredi en attendant mon cours d'allemand. J'aime Notre-Dame et son éclairage intime, sa chaleur. Etre ici tôt le matin pour une célébration donne l'impression d'être au cœur du monde, non seulement dans l'espace, mais dans le temps).

Nous sommes plus nombreux aujourd'hui, plutôt quarante que vingt, dans le chœur fermé derrière l'autel (nous occupons les stalles sculptées).

Au moment de la lecture, flottement imperceptible, personne ne semble prévu, alors l'homme qui le visage fermé nous donne accès au chœur en s'assurant d'un regard que nos intentions sont pieuses monte la marche devant le pupitre et se met à lire.
Cantique des Cantiques. Il lit avec enthousiasme, il proclame.
Fin du passage. Il enchaîne avec le Livre de Sophonie. Je suis un peu surprise, non seulement nous n'avons souvent droit qu'à une lecture, mais s'il y en a deux, la deuxième devrait être une lecture du Nouveau Testament. Sa voix monte sous la voûte, emplit l'atmosphère.
Je regarde les prêtres. Le plus âgé ne bronche pas, le "nouveau" (je ne l'ai jamais vu) non plus. Le troisième se penche très discrètement sur le côté et demande à un fidèle son missel. Je le vois vérifier les lectures du jour. J'ai envie de rire. Il rend le missel.

L'autre a fini le livre de Sophonie. Il enchaîne avec la lecture du psaume, nous invite à dire le refrain. Je retiens mon souffle, et s'il continuait, s'il lisait la suite du gros livre devant lui, avec la même joie, le même enthousiasme? Il y a comme un vent de folie sous la nef, quelque chose est hors de contrôle.

Le prêtre âgé se lève, s'avance vers le pupitre à pas lents et dignes, il va lire l'Evangile. A regret, l'autre lui cède la place.

Tant pis.

Une rencontre

Dix heures et demie, les Halles, je suis en retard pour mon cours d'allemand, je vais prendre la ligne 4, pas à la station les Halles mais à Chatelet en prenant le couloir de la ligne 14; il faut connaître l'astuce car la direction "porte d'Orléans" n'est pas indiquée dans le couloir. Direction réservée aux initiés.

Contre le mur du couloir de la ligne 14 je remarque une très jeune femme asiatique, menue, en manteau gris et toque noire à la Audrey Hepburn. Elle se tient au mur, elle titube, j'hésite, je m'approche, que vais-je pouvoir faire, il n'y a rien pour s'assoir (c'est le lieu où arrivent les immenses tapis roulants des Halles, pour ceux qui connaissent):
— Ça va? Vous voulez de l'aide?
Elle me sourit, elle est toute pâle, elle me répond en français mais je ne comprends pas très bien, son accent est fort, elle parle de Louvre, je crois.

Oui elle a mangé quelque chose ce matin, elle ne comprend pas ce qu'elle a, elle paraît se ressaisir, j'aimerais la conduire jusqu'aux quais, en général il y a de quoi s'y assoir. Je finis par comprendre que c'est la ligne 14 qu'elle veut prendre, la station Pyramide, deviné-je. Elle s'accroche à mon bras, elle ne pèse rien, elle est si menue, elle sourit bravement, elle est pâle. Il lui faudrait du sucre, je n'ai rien sur moi, pas un seul de ces petits gâteaux que je récupère quand je prends un café au café.
Non, elle a mangé, du riz et des gâteaux (du riz au petit déjeuner? C'est une idée d'asiatique, ça!), elle ne comprend pas. Une inspiration me vient, je crains un peu de la choquer:
— Vous n'êtes pas enceinte? pregnant?
L'idée semble atteindre son cerveau au ralenti. Ses yeux s'arrondissent, sa bouche sourit, la lumière éclaire son visage comme si elle comprenait enfin (ouf, elle n'est pas choquée):
— j'ai oublié… le mois dernier… le bébé…
(Elle a oublié quoi? sa pilule? Elle a fait une fausse-couche le mois dernier? Elle a oublié qu'elle est enceinte? Non, ça, ce n'est pas possible, elle paraît trop surprise.)
Je suis soulagée, la nouvelle n'a pas l'air de la catastropher, elle semble heureuse, j'ai envie de rire:
— Vous savez, ça arrive…

Je l'accompagne sur le quai de la 14, lui trouve un siège.
— Reposez-vous avant de partir.
Elle est confuse, a peur de m'avoir mise en retard:
— Si vous tombez dans le métro (je fais avec les mains le geste de s'évanouir avec grâce), il y aura les pompiers… firemen… beaucoup de monde, beaucoup de bruit… Reposez-vous. Je peux vous laisser?
Elle dit oui, elle est encore sous le coup de la nouvelle, je l'abandonne, lumineuse sur le quai.


Je me demande si elle était vraiment enceinte, si mon intuition était juste. C'est dommage, je ne le saurai jamais.

La carte vitale du centenaire

Il nous téléphone parce qu'il ne fait pas bien la différence entre la sécurité sociale et sa mutuelle. Sa carte vitale est désorientée depuis qu'il a eu cent ans en juillet, elle ne fonctionne plus.
Je lui dis d'appeler le 3646. Il comprend mal, il entend 3648.
«Il va tomber sur un disque», me dit ma collègue. Je lui conseille de se faire assister par quelqu'un, son pharmacien par exemple. Mais son pharmacien est déjà celui qui s'en est débarrassé en le renvoyant vers nous. J'ai le cœur serré. Je ne comprends pas comment une société qui n'a que le mot "vieillissement" et "seniors" à la bouche peut avoir entièrement basculé du côté du téléphone. Avec l'âge, la plupart d'entre nous deviennent sourds, le téléphone, ce n'est pas le plus pratique. Et la touche étoile et le code confidentiel, c'est déjà agaçant à trente ans, alors à quatre-vingts ou cent…
Ça m'agace et ça me peine.



Acheté des boutons pour le manteau rouge à L'entrée des fournisseurs et pris un goûter au Loir dans la théière avec A. On dirait que les patrons ont changé. La tarte meringuée est monstrueuse.

Dimanche

Journée d'étude. Ciel bleu, métro vide, messe au soleil dans la cour. Seconde apologie de Justin. Il y a toujours un moment où le découragement me gagne, où je me dis que tout cela est inutile, trop de choses à connaître, pas assez de temps, c'est ridicule.
Le pire est toujours la tendance à se comparer, à se laisser impressionner par les questions des autres et leurs références. Ne pas regarder sur les bords, travailler avec des œillères, ne pas se laisser effrayer.

C'est amusant, la jolie professeur italienne, le jeune homme en converses, respectivement philosophe et bibliste. L'apparence, disait l'autre.

Paris est plein à cinq heures, mais que font donc tous ces gens dans les rues un dimanche? Je passe en librairie, il ne reste que "L'écume des pages" boulevard Saint-Germain; au café de Flore les gens se rengorgent d'être regardés, il y a sans doute là une ou deux célébrités mais je ne connais personne. Etrange théâtre ou zoo, nous les regardons attendre d'être regardés, et nous avons un peu honte de leur attente et d'y répondre. (Est-ce la définition du snobisme?)

Je rentre épuisée; les enfants sont en train de faire le ménage \o/, je lis Harry Potter V en prenant un bain.

Hamlet

Vendredi soir, représentation d'Hamlet. Après Le Misanthrope de l'année dernière, je ne l'aurais manqué pour rien au monde.

Hamlet était joué par une jeune fille dont le style et l'allure me rappellent Inès de la Fressange. Excellents Hamlet, Claudio et Ophélie.

J'écoute le texte, je m'étonne toujours autant du succès de cette pièce si décousue, je me demande dans quelle mesure Shakespeare n'a pas profité de ce prétexte pour nous servir ses thèses sur la vie (en prétextant la folie…), mais aussi de quelle troupe d'acteurs il se moquait, et quelles étaient ses opinions ou croyances religieuses en ces temps troublés; je reconnais au passage l'exergue de L'Aleph, «un espace infini dans une coquille de noix». (Et l'importance du songe, toujours. Est-ce que tout cela n'est pas un rêve d'Hamlet, un cauchemar?)

Je pense à Pierre Bayard qui m'a fait découvrir l'histoire de John Dover Wilson qui me donne envie de pleurer chaque fois que je la lis. (En 2006, en 2006, je ne pouvais pas savoir que ce nom était si églogal).

Vendredi

Matin: déchetterie puis un bœuf mode à l'ancienne (pied de veau inclus).
Après-midi: un violoncelle et l'aquarium de Paris. Belleville, rue de la Villette. Quel beau quartier que je ne connais pas. Trocadéro, photo de la tour Eiffel, parfaits touristes, c'est amusant. (J'ai oublié de parler de mon plaisir hier à contempler Paris du haut de Beaubourg. Une voix chante au fond de moi: «Nous n'avons pas été bombardés, nous n'avons pas été bombardés.» Je fais part de mon allégresse à mon compagnon, qui me répond: «Oui, c'est grâce à Pétain, c'est totalement oublié, ce qui est plutôt injuste.» (Et je pense à Rome: qui prendrait la responsabilité de faire bombarder Rome? Rome, la ville indéfendable.))

J'ai mal partout, je suis bien plus mal en point qu'au début de la semaine. Je suis toute courbaturée, et un peu démoralisée par ce que j'explique dans mon précédent billet.

Jeudi

Musée Grévin, expositions Albers et Matisse à Beaubourg. Variations encore. Je songe à cette expression devenue mythique à la maison: «Pour faire de jolis pots, il faut faire beaucoup de pots»..
L'intrigant est que les tableaux sur un même thème sont souvent (toujours) peints la même année, il n'y a pas comme chez Degas une évolution s'étendant sur une longue période (pour une même composition, je veux dire): comme si Matisse voulait aussitôt nous montrer plusieurs visions intérieures.

Découvert à mon grand désarroi une nouvelle catégorie d'électeurs du FN: après les extrémistes par conviction, les ouvriers et catégories sociales délaissés, je découvre "l'intellectuel qui fait le malin", qui veut envoyer "un signe" pour signifier que la situation devient incontrôlable dans les écoles, les facs, les banlieues, etc, bien persuadé que "de toute façon le FN ne passera pas".
Certes. Il faudra un jour que je copie certains textes de H.G. Wells du début du XXe siècle (anéantir tous les jaunes): les idées dans l'air rendent certaines idées tolérables, il n'y a pas de neutralité en la matière.

Bateau-mouche, musée d'Orsay.

Tout est dans le titre. Bateau-mouche un peu miteux, je trouve. Il me semble (souvenir vague) que j'ai dû prendre un billet pour les bateaux-mouches seule, en arrivant à Paris. Tous les hôtels particuliers étaient nommés, avec date et architecte, et j'étais désespérée de ne pouvoir les enregistrer au fur à mesure.
Aujourd'hui seuls les principaux monuments sont indiqués, et chaque phrase est répétée en plusieurs langues (anglais, japonais et ??).

Tout cela consiste à revenir sur ses pas, mais des pas quasi effacés. Orsay. Je me souviens d'avoir visité Orsay peu après son inauguration, inauguration qui suivait l'exposition impressionniste de l'hiver 1985 au Grand palais. (Oui je m'en souviens: c'était la première fois que j'allais voir une exposition).
Et puis une exposition Pompon. 1992?[1] Je me demande si ce n'était pas lors d'une soirée privée. C'est amusant d'écrire cela, cela donne l'impression d'une expérience très longue qui en réalité n'existe pas, comme le prouve d'ailleurs l'écart entre les dates.

Le musée d'Orsay d'aujourd'hui ne ressemble plus guère à ce qu'il était, même si je ne m'en souviens que confusément, ne serait-ce que par la manie de découper les grands volumes en petites boîtes pas trop éclairées (pour ne pas abîmer les tableaux? Mais les scènes d'opéra ou de théâtre ne sont pas éclairées non plus, nous assistons à une préciosité de la pénombre.)

Mais je ne me souvenais pas d'autant de tableaux, non, je suis sûre qu'il y avait bien moins de tableaux, de tableaux connus, aimés, presque des compagnons de vie tant ils m'ont accompagnée dans les livres de classe, dans diverses illustrations ou iconographies dont j'ai à peine conscience[2]. Intérêt des "boîtes" dans les grands volumes: cela multiplie les murs pour accrocher des tableaux.
(Je choisis les Pivoines de Manet. (La galerie des impressionnistes n'est pas dans la pénombre, elle bénéficie d'un bel éclairage zénithal)).

(J'ai oublié d'essayer de retrouver le petit meuble de Jean Puyaubert cité dans le journal 2006, je crois.)

Degas, Akseli Gallen-Kallela.
Grand souci de progression et de rapprochement dans l'exposition Degas, fascination de la variation, les quelques toiles d'autres peintres sont très judicieusement choisies. La provenance de certains dessins (très souvent américaine) me fait sourire: Degas à Kansas city, vraiment?
Akseli Gallen-Kallella résonne évidemment avec les Demeures de l'esprit du nord. Très bonne surprise que ces toiles, ne serait-ce que par leur variété de style, de sujets, de couleurs. J'aime beaucoup le visage rougi par le feu de l'homme en face de la cheminée.

Merci à Pierre.



PS: je me suis flambée la frange et les sourcils au calvados en préparant un lapin à la normande.

Notes

[1] 1994 me dit Google.

[2] Les enfants ne reconnaissent rien. Je m'étonne. Rentrée à la maison, je vérifie dans leurs livres de cours: pas un Monet, pas un Renoir, pas un Degas. Ni Millet, ni Fantin-Latour. Rien, aucune image destinée à devenir familière.

La pluie

Je suis plutôt contente d'avoir un prétexte de pouvoir "faire" Paris comme si j'étais touriste, comme si je n'avais qu'à courir de musées en églises en jardins en ruelles en…
(En réalité ça ne se passe pas exactement comme cela: au bout d'un musée, tout le monde déclare forfait, alors qu'on pourrait encore aller au musée Picasso, visiter le jardin d'acclimatation, traverser le Père-Lachaise, jeter un œil à la Sainte-Chapelle, entrer dans deux ou trois librairies, et…)

— Maman, c'est quoi l'emploi du temps de demain?
Ils n'ont peur que d'une chose, c'est de mes idées et de mes envies. Leur rêve: tranquilles devant l'ordinateur. Pas pour rien que je n'ai pas prévu de passer toutes les vacances avec eux. Je sais que cela les ennuie plus qu'autre chose (Alors pourquoi le faire? Je ne sais pas, parce que je pense que je le dois, je suppose. Et puis on ne sait jamais. On ne sait jamais quoi? Je ne sais pas, imagine que ça leur plaise, qu'ils aient un coup de foudre? (Histoire d'une fille qui croyait aux épiphanies.)
Tant pis, j'irai seule — un jour.)

Arrivé à trois heures vingt devant les catacombes. Queue. Un gentil organisateur nous prévient aimablement qu'il y en a pour une heure d'attente et que le guichet ferme à seize heures.
— Bref, inutile d'attendre?
— Ça dépend. Si un groupe scolaire de cinquante sort, la file va avancer d'un coup. Attendez dix minutes, vous verrez bien.

Nous attendrons jusqu'à moins dix. Pluie. Elle devient battante, un homme nous prête gentiment un parapluie, le jean colle aux cuisses, le tissu des basketts est transpercé. A moins dix, j'évalue qu'il n'y aura plus de miracles. Nous rendons le parapluie et filons au musée de Cluny.
— Tu sais à quelle heure il ferme?
— Non, mais c'est pas grave, au pire il y a une librairie à côté. (J'avoue, pure provoc, pour m'amuser. Ça marche.)
— Ma-man ! (scandalisé-exaspéré-non dupe).

Le musée a bien changé depuis la dernière fois (quand? Je ne sais plus, huit ou dix ans). Il est plus moderne, plus au goût du jour je suppose, mais je regrette les statues en bois du rez-de-chaussée, certaine Vierge en bois d'origine d'Allemagne du nord ou de Flandres, un peu renfrognée ou maladroite, que j'aimais beaucoup.
Il y a toujours la même surprise à être plongée hors du monde tout en pouvant le contempler par les fenêtres. (Et le plaisir inverse surtout, du boulevard pouvoir regarder les fenêtres et imaginer ce qu'il y a derrière.)

Il ne pleut plus. Nous sommes secs.

Ecole de médecine, coupole de l'Académie dans l'enfilade de la rue Mazarine, rue de Seine. Au 6, en face du square grande photo de Gide photographiée pour F. Pic (à venir). Ponts des arts, j'égrène les toits, cadenas, cadenas, cadenas, cour carrée. — C'est quoi? — Saint-Germain-l'Auxerrois, vous voulez entrer? — Nous, on veut juste rentrer à la maison.
Nous rentrons.


Le soir même, je lis les lignes suivantes:
Tu souffrais de mal de cœur en voiture, c'est vrai, mais tu ne paraissais pas autrement impressionné, de toute façon, par la villa Carlotta. La semaine suivante, tu n'as même pas voulu mettre pied à terre, à Frascati, pour entrer dans le parc de la villa Aldobrandini. Est-ce que j'ai lu dans Stendhal qu'on pouvait deviner la façade, par temps clair, depuis le sommet des escaliers, à la Trinité-des-Monts? Mais il n'y a plus de temps clair. A Ravello, tu refusas de marcher jusqu'à la villa Cimbrone. Nous n'irions pas ensemble à Paestum. Dans l'Orne, un dimanche d'automne, je n'ai pas pu visiter le haras du Pin: tu voulais être à Paris pour dîner, ne pas trop rouler la nuit, rentrer pour rentrer, me semblait-il, alors qu'il ne s'agissait jamais pour moi que d'une fatalité navrante, à repousser toujours autant qu'il se pouvait.

Élégies pour quelques-uns, p.24

Don Giovanni à la Bastille

J'ai bien aimé, cela va sembler étrange, la vulgarité de la mise en scène. Don Giovanni est vulgaire. C'est un homme vulgaire, si vulgaire que l'histoire en perd de sa crédibilité: que peuvent bien trouver les femmes à un tel rustre?


Pour le reste, je n'en peux plus. Je n'en peux plus de toute cette pénombre, de tout ce noir. Orlando Furioso noir, Wagner noir, Bartok noir, et même Le Mariage de Figaro noir. Aaaaahhh, qu'on me donne de la lumière, des couleurs ou même du gris, mais de la lumière!
Je suis trop fatiguée, cela me fatigue trop, de regarder tous ces spectacles dans la pénombre. L'effort est trop grand, cela me gâche mon plaisir. (Et je me dis que si le souvenir de la philarmohie de Berlin est si doux, c'est aussi à cause de cette lumière dorée, chaude et douce, qui donnait envie de rester là pour toujours.)



Direction musicale Philippe Jordan
Mise en scène Michael Haneke
Décors Christoph Kanter
Costumes Annette Beaufaÿs
Lumières André Diot
Chef de choeur Alessandro Di Stefano


Don Giovanni Peter Mattei
Il Commendatore Paata Burchuladze
Donna Anna Patricia Petibon
Don Ottavio Saimir Pirgu
Donna Elvira Véronique Gens
Leporello David Bizic
Masetto Nahuel Di Pierro
Zerlina Gaëlle Arquez

Le service après-vente de l'Apple Store, quelque chose du trombone de Microsoft Office

Le Trombone, pour mémoire.


Applestore du Carroussel du Louvre.

— Vous avez un rendez-vous?
— Euh non, pourquoi, il faut un rendez-vous?
— Ah oui, c'est comme chez le médecin, il faut prendre un rendez-vous.
— Ah je ne savais pas, mon problème est tout simple.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Le chargeur ne marche pas. C'est bien le chargeur, j'ai testé la batterie à la maison avec d'autres chargeurs.
— Il va falloir prendre un rendez-vous.
— Mais vous ne pouvez pas au moins vérifier que c'est bien ça qui ne va pas?
Il hésite.
— Oui bon d'accord.

Il s'en va. Le temps passe. Je n'ose prendre un livre, car je crois que si je ne croise pas ses yeux de temps en temps je vais disparaître de sa mémoire. De loin je le vois discuter avec un grand black à propos de ce qui paraît être un iPhone. Est-ce qu'il a pris un rendez-vous? je suis à deux doigts d'aller poser la question mais je me dis que ce ne serait pas de la plus haute diplomatie. Un autre vendeur passe, je lui fais part de ma peur d'être oubliée, il va se renseigner, revient, je ne dois pas m'inquiéter.
J'attends.
Le premier vendeur revient
.
— Alors qu'est-ce qu'il y a?
— C'est un ordinateur tout neuf acheté il y a une semaine, et le chargeur ne marche pas.
— Il va falloir prendre un rendez-vous.
— Mais vous ne vérifiez pas mon diagnostic? Vous voulez la facture?
Je commence à farfouiller dans mon sac, il m'arrête, grand seigneur:
— Non non, on ne travaille pas comme ça.

Il branche le chargeur, essaie le connecteur, tâtonne, vérifie l'absence de faux contact, prend un autre chargeur, vérifie qu'il s'allume aussitôt.

— Ah oui, c'est le chargeur, il va falloir prendre un rendez-vous.
— Mais vous ne pouvez pas le changer tout de suite? Comment je fais sans chargeur?
— Vous en achetez un, vous prenez rendez-vous, et on vous le remboursera.
— Vous plaisantez.
— Non, il faut prendre un rendez-vous.
— Mais je ne veux pas acheter de chargeur; je n'ai pas confiance.
— Alors il faut prendre un rendez-vous.
Je commence à trouver cela vraiment drôle à force d'être stupide.
— Bon, allons-y.
— Votre nom? dit-il en s'emparant de son iPad.
— Euh... Vous ne m'avez pas proposé d'horaires. Vous avez besoin de mon nom pour accéder aux plages horaires? Elles dépendent de mon nom?
— Non, chez Apple on ne fonctionne pas comme ça. J'ai besoin de votre nom pour prendre un rendez-vous.
Je m'empare de l'iPad, je tape mon nom. Nous sommes lundi, les premiers rendez-vous sont dans une semaine. Il note quelque chose dans la zone de texte libre, je lis.
— Vous n'avez pas précisé que c'est un MacBook Air, si vous voulez préparer la pièce — car j'essaie comprendre, et la seule explication sensée que je vois à ce délire, c'est qu'il y ait gestion de stock, préparation de la pièce pour échange standard, etc.
— Non, c'est inutile, on a la pièce en stock, vous savez.
— Mais alors, pourquoi on ne l'échange pas tout de suite?
— Parce qu'il faut prendre rendez-vous.
— Et vous trouvez normal de déranger quelqu'un deux fois pour un échange de pièces qui prend dix minutes?

Je n'ajoute pas que nous sommes en train de dépasser les dix minutes et que s'il m'avait échangé le chargeur tout de suite, je serais partie depuis longtemps. C'est trop difficile à expliquer à quelqu'un qui veut absolument me faire revenir alors qu'il pourrait règler mon problème immédiatement. Mais je ne comprends pas, je ne comprends pas, je ne comprends pas.

— Ah, je ne sais pas pourquoi on vous a fait venir la première fois…
— La première fois, c'est celle-là. La deuxième, ce sera lundi prochain. Qu'est-ce que vous allez faire lundi prochain, pourquoi me faites-vous revenir?
— Ne vous inquiétez pas, on ne fera rien, on changera le chargeur.
— Mais alors…

Je pars, ahurie.

PS. Apple a confirmé mon rendez-vous. Youpi.

mise à jour le 8 avril : problème résolu en passant hier à l'Applestore de Carré Sénart. Sans rendez-vous.

Efficacité facebookienne

— Quoi? Deux semaines de pokes et elle vient coucher chez toi, de Lorient? Alors que moi ça fait un an et demi que je poke un mec à quatre rues de chez moi??!

Cette après-midi

Un héron tentait de pêcher les poissons rouges dans le bassin aux Ernest sous l'œil attentif des élèves.

Feuilleton

Je tiens un concept, .

Cette fois-ci, nous avons appris une minute avant l'arrivée de la rame qu'il n'y aurait plus de métro en direction des Halles pour une durée indéterminée suite à un voyageur malade dans une voiture.
Ressortir de la station Saint-Placide, remonter la rue Notre-Dame-des-Champs, prendre la station du même nom ligne 12, descendre à Madeleine, prendre la ligne 14, il est 23h02, je n'aurai pas le RER de 23h08.
En arrivant gare de Lyon, je constate que le RER est de retour sur son quai habituel (et non au départ sur les grandes lignes). Il est 23h12, pour une raison incompréhensible, un RER est annoncé à 21 (au lieu de 38: est-ce que le 08 aurait été annulé?) Quand le RER arrive, il stationne cinq à dix minutes (31 au lieu de 38, c'est toujours ça).
Je m'endors si profondément que lorsque j'ouvre un œil au premier arrêt, le voyageur en diagonale sur les sièges d'en face m'informe charitablement: «Villeneuve-Saint-George. Vous allez où? Je vous réveillerai.» (Détail curieux, avec un look un peu SDF (moins l'odeur), il transporte dans un de ces grands sacs de course réutilisables toute une collection de cassettes vidéos enregistrées de films de Gene Kelly. Les tranches sont annotées avec soin, des photocopies en noir et blanc des affiches sont collées sur les cassettes.)
Dernière anomalie: le train ne s'arrête pas sur le quai habituel en gare de Yerres.

(Vous aurez compris que ce qui m'intéresse, c'est la variation).

Sur ma voiture un peu de poussière blanche, un désir de neige. Et un PV, placé sur la carte annuelle d'autorisation de stationnement de 2009 collée contre le pare-brise.

Deux paires de gants.

. Il y a deux semaines, je suis arrivée aux Halles à 22h48 (à peu près), je suis descendue sur le quai du RER D pour m'apercevoir qu'il était désert et en déduire qu'il fallait que j'aille gare de Lyon, j'ai aperçu une rame de RER A sur un autre quai (tous les quais sont parallèles, tous les trains sont visibles d'un quai à l'autre) et j'ai couru à perdre haleine pour avoir cette rame — le RER D part à 23h08 de gare de Lyon.
J'ai réussi à monter dans la rame du RER A. Quand elle a démarré, j'ai compris qu'elle allait dans le mauvais sens. A Auber j'ai aperçu (de nouveau) une rame qui arrivait dans l'autre sens, j'ai couru, je l'ai eue (c'était beaucoup plus facile). L'enjeu était toujours 23h08.
Gare de Lyon, je suis montée d'un étage pour prendre le RER D. Quai désert. Un panneau expliquait que suite à des travaux sur la ligne D, les trains partaient des grandes lignes ("gare de surface").
J'ai couru, remonté un étage, traversé la gare, monté un escalier, un deuxième, tenté de déchiffrer le panneau central (sans mes lunettes, et avec, c'est en train de devenir compliqué).
Je suis arrivée sur le quai pour voir s'éloigner les phares arrières de la dernière rame.
J'ai attendu une demi-heure et je suis rentrée à minuit passé.

Le même soir, j'ai laissé une paire de gants dans une salle. J'y suis retourné le lendemain, le samedi et lundi suivant, et encore aujourd'hui: rien. Je suppose que comme j'ai perdu les deux à la fois, ils ont fait l'objet d'une adoption...
Je suis triste car c'était un cadeau de Paul Rivière.




. Il y a une semaine je me suis appliquée. J'ai pris le RER A aux Halles dans le bon sens, je suis directement montée en gare de surface et je me suis installée à 23h03 dans un RER direction Melun, après avoir profondément vexé un employé de la SNCF parce que je me suis mise à rire quand il a qualifié d'exceptionnelles les perturbations actuelles (ce fut ainsi d'octobre en décembre, déjà, avec une interruption à Noël, d'où ma naïve confiance le lundi précédent).
J'attendais que le train parte à 23h08. Il n'est pas parti. J'attendais et j'attendais — jusqu'à ce que j'entende des passagers discuter et que je me précipite hors de la rame au moment où les portes se fermaient (des passagers m'ont aidée en retenant les portes): je m'étais trompée, c'était un direct Melun. Je n'étais pas montée dans le bon train.
J'ai attendu une demi-heure et je suis rentrée à minuit passé.

. Ce soir je me suis appliquée mieux. J'ai eu le train de 23h08.
Et ma collègue m'a offert une paire de gants, un peu plus beurre un peu moins crème. C'est vraiment gentil.

J'espère que c'est la fin d'un cycle. Depuis trois jours je ne fais que des mauvais choix et il me faut m'y reprendre à plusieurs fois pour tout.

***

Deux heures pour commenter Ac, 2, en reprenant les sources vétérotestamentaires et en effleurant la tradition juive — le soupçon (la certitude) vient qu'une vie à plein temps n'y suffirait pas et que c'est folie de tenter l'aventure à coup de deux heures par semaine. Dans ces moments-là, je mets vite des œillères à mon âme: surtout ne pas penser.

Thérèse Desqueyroux et le Zéro et l'Infini

Métro ligne 1 vers 18h30. J'étais debout contre le strapontin, tournée vers les sièges. Il s'est trouvé deux lecteurs, un debout à gauche, une assise à droite.


Thérèse Desqueyroux:




Le Zéro et l'Infini :

Cours familier de philosophie politique

Pierre Manent, métro ligne 1, hier soir.


Une voix

Je suis tombée amoureuse d'une voix, celle qui fait les annonces vers 18 heure sur le quai du RER D aux Halles. J'ai fait un sondage (sur trois personnes), c'est apparemment la même voix qui officie gare de Lyon, elle doit prendre en charge toute la longueur des lignes A et D dans Paris, et peut-être la B.

Comment ont-ils recruté ce jeune homme (je ne peux imaginer qu'il ait plus de trente ans, il y a quelque chose de juvénile dans la tessiture), sur quels critères, à partir de quels tests? Vocabulaire, syntaxe, intonation, tout est parfait, et lorsqu'il commence à dire des choses aussi bizarres que: «Ligne D, je ne peux vous dire quand vous aurez un train pour la gare de Lyon car je n'en sais rien. Tous les trains sont bloqués depuis 17h40. Si vous souhaitez vous rendre à Melun, je vous invite…» (etc), je me sens rassurée: quelqu'un est en train de nous dire la vérité et essaie de nous proposer une solution.
Effet incroyable de cette voix: toute autre m'aurait fait rire sardoniquement, celle-ci m'apaise. Et lors de mon sondage (très scientifique, effectué au petit déjeuner), j'ai eu la surprise de découvrir que les trois sondés avaient tous les trois repéré cette voix, et l'aimaient tout autant que moi.

Et je songe à "la Voix" dans V pour Vendetta.

La traversée de Paris 2011

Sur l'eau à six heures et demi, il fait encore nuit. Je suis à la nage. Le parcours fait trente kilomètres, j'en ramerai vingt environ.

Il a fait un temps magnifique, nous ramons tranquillement, l'île Seguin et les usines taguées, l'immeuble de TF1, le pont du périphérique, pas beaucoup de voitures, très vite les monuments s'enchaînent sans interruption, je n'avais jamais pris conscience à quel point tout est proche. Le fait d'être sur l'eau change la perspective, droite et gauche se fondent, il y a toujours quelque chose à voir sur une rive.

Mirabeau, Grenelle, la statue de la Liberté, le pont de Bir Hakeim («le pont le plus souvent filmé au cinéma». Mes compagnons de galère paraissent bien connaître Paris, l'un d'entre eux avouera plus tard qu'il parcourt la capitale à la recherche des statues équestres («C'est la première statue équestre jamais commandé à une femme. Tout le monde n'a pas le goût de ce domaine artistique particulier et bien délaissé, mais, moi qui l'ai très fort, […]» (Demeures de l'esprit - Danemark Norvège, p.63))), la tour Eiffel, (je la verrai surtout au retour, s'éloignant contre le soleil levant), le palais de Tokyo, le zouave du pont de l'Alma a les pieds au sec, (mais finalement il n'y a pas beaucoup de place sous les ponts, comment font les péniches quand le niveau monte? (et je me souviens des bateaux extra-plats destinés à passer sous les ponts si bas de Zürich)), grand Palais, petit Palais, l'Assemblée nationale, on aperçoit la pointe dorée de l'obélisque, l'orangerie, le jardin des Tuileries, à quel niveau se situe Orsay, n'empêche on savait construire des gares à cette époque (mais alors à quoi servait la gare d'Austerlitz?), quelle est cette statue rive gauche qui paraît commander la passerelle, tout le reste m'est si connu que je vois à peine (au retour, le portrait sans visage de Marie-Antoinette qui couvre la Conciergerie, la cour de Cassation où je suis venue écouter Rémi en colloque), je vois s'éloigner le pont des Arts et ses cadenas brillants dans le soleil qui se lève (ne pas oublier que nous ramons en reculant, donc dos au soleil pendant la première partie du parcours), la vue de Notre-Dame est inoubliable, nous sommes dans une vallée encaissée, les remparts s'élèvent jusqu'à la statue de Charlemagne, les habitants des péniches sortent en pyjama nous regarder, il y a longtemps que les bateaux se sont égayés, les plus rapides dépassant les autres, puis les distances se sont équilibrées et stabilisées, nous sommes doublés à plusieurs reprises par une yolette de diablotins qui hurlent «Jambier» sous les ponts («En fait ils ne rament pas, ils font des essais accoustiques») et qui doivent s'arrêter souvent puisqu'ils nous doublent plusieurs fois (ils ont de très jolis ailes noires), l'hôtel de ville apparaît exactement dans la trouée entre les deux îles, nous faisons demi-tour après l'île de la Cité.

Non, la "traversée de Paris" ne traverse pas Paris.

Retour. Le soleil monte, Paris s'éveille, nous sommes bien. Les deux rameurs derrière moi font un faux mouvement, je reçois une pelle (rame) dans le dos, je perds l'équilibre, je suis à plat dos dans le bateau, la tête hors du plat bord, je sens la yolette basculer, un instant je me vois glisser à l'eau à plat dos tête la première, quelle situation étrange, allons-nous nous retourner, une yolette ne peut pas se retourner, on aurait l'air con, la situation se rétablit, je me redresse, je n'ai rien compris à ce qui c'était passé, ni le quoi ni le comment, mais je ne suis pas tombée à l'eau.

Dans le bateau, un homme travaille à l'organisation des transports maritimes (j'ai oublié le terme exact). Il m'apprend un peu de vocabulaire et des dictons, en particulier «fortune de mer», l'équivalent d'impondérable ou de force majeure sur terre, et que je trouve magnifique, et «en mer, le doute profite à la nature».

Je rentre à trois heures et je me couche.

Culture

Cosi fan tutte au palais Garnier. L'histoire me met mal à l'aise même si je sais que ce genre de jugement est déplacé et anachronique.
Décor à la Claude Le Lorrain pour les extérieurs et Greuze pour les intérieurs.
Despina est la plus remarquable ce soir (quelle chance pour une chanteuse d'avoir un physique qui corresponde à son rôle, qui permette un jeu vraisemblable.)

Bloomsday

Je ne suis décidément pas très efficace quand il s'agit de déchiffrer les carnets de Finnegans. Passé mon temps à feuilleter Pound (Je rassemble les membres d'Osiris) et Mercanton (Les heures de James Joyce). Un peu honte.

Belles photos de Claude Simon. La librairie 1 place Paul Painlevé (le square rue des écoles entre le musée de Cluny et la Sorbonne) est rouverte après trois ans (le vendeur de coussins à Dame à la licorne n'a pas survécu), avec un nouveau propriétaire. Le fond a l'air plus classique qu'avant. Trouvé les ''Lettres à sa fille'' de Calamity Jane aux éditions Tierce. Désormais je possède les deux préfaces.

Et un catalogue Portraits de la pensée.

Peut-on se garer sur les places de livraison à Paris ?

Un billet un peu comme le billet sur la TVA : pour rendre service.


J'avoue qu'il m'a fallu un peu de temps pour trouver la différence entre les deux photos.


Vie quotidienne #resistance

Prendre des photos, c'est maintenir à distance, c'est éviter de se laisser envahir.

L'homme de chez Lanvin





Une affichette précise le prix des différents vêtements et assessoires (la rose autour de la cheville est un tour du cou). Les prix vont de deux cents à cinq cents euros (de mémoire, c'est l'ordre de grandeur).

La dernière ligne indique Caleçon en soie sur mesure et comme prix Nous consulter.

Deleuze

Le livre posé à côté d'elle, c'est Mille Plateaux, emprunté à la bibliothèque.


Sauvez les grillons : fumez !!

Métro Champs-Elysées Clémenceau, quai en direction des Halles. J'apprends que l'interdiction de fumer a été fatale aux grillons de métro, qui se nourrissaient en grande partie de tabac (!?)
Et j'apprends qu'il existe une Ligue de Protection des Grillons du Métro Parisien: «Elle revendique [...] la limitation en durée et en fréquence des grèves de la RATP qui ont pour conséquence de faire chuter dangereusement la température dans les galeries du fait du non fonctionnement des trains, l'assouplissement de la loi Évin qui interdit désormais le tabac dans le métro et par conséquent prive les grillons d'une source importante de nourriture : les mégots.»


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Agenda
Vu Théorème 13 rue de l'université à Sciences-Po.

Orlando furioso

Le décor m'a fait penser à cette photo prise de la vitrine de Baccarat place de la Madeleine en 2009 .



Oui les décors ressemblaient à cela, miroirs et noir et blanc, en plus sombres. Costumes dans toutes les nuances du gris au noir. Ce matin au réveil j'ai compris que cette mise en scène était vraiment fatigante: difficulté à identifier les différents personnages. Confusion volontairement entretenue? J'aimerais en être persuadée.

Pour le reste (l'essentiel, malgré tout), un pur enchantement.
Je recopie le commentaire de Philippe[s]: «De retour d'Orlando furioso : distribution, orchestre et direction remarquables à tous points de vue, mise en scène sombre et confuse (avec quelques belles images et un deuxième acte plus réussi).»

Variations

Un peu trop de sujets pour que je me souvienne: Zarka, Gauchet, Parsifal à Bruxelles, les Cahiers du cinéma (mieux vaut être maoïste que tiède, il reste au moins quelques illuminations), Balibar et Jean-Marc Ferry, le long orgasme inatteignable de Tristan, le café "La jetée" à Tokyo, quel est votre Hitchcock préféré (euh...), Balzac/Flaubert/Proust/Joyce et même Céline, FB unique pour chacun et la boîte Rouet de Pranchère ou la publicité invisible, le catholicisme, Combes, Vatican I et Vatican II, le voile, Brigitte Bardot, le répondeur (ou plutôt le non-répondeur) de Brigitte Bardot...

Ce n'est pas encore le printemps mais on s'en approche.





C'était le jour de l'une des auditions de JA, mais laquelle? Une de celle que son avocat a fait repousser, sans doute.

Le pilier de Paul Claudel

Notre-Dame de Paris, huit heures du matin. L'éclairage entre les piliers est diffus, parfait, sans rien de la dureté des spots utilisés parfois dans les églises (je n'aime pas que les églises soient trop lumineuses. Ni trop sombres.) La cathédrale devient intime, resserrée.
Ma récente lecture de Claude Mauriac me pousse à rechercher "le pilier de Paul Claudel" (c'est en fait "Notre-Dame du Pilier" qu'il aurait fallu chercher, mais je ne le savais pas). Spontanément je le cherche au même endroit que "le pilier de Péguy" à Chartres (le pilier comportant une plaque commémorant son pèlerinage), mais celui de Claudel est de l'autre côté, à droite du chœur à la croisée des transepts. Le lieu est signalé par un pavé gravé]. Ce pavé se trouve au pied d'un pilier sur lequel est aujourd'hui clouée une plaque à la mémoire de Mgr Lustiger. Le texte en commence ainsi: «Je suis né juif et je porte le prénom de mon grand-père Aron»…


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Agenda (ajouté en 2018) :
Furieuse contre la bibliothèque de Sciences-Po qui veut un justificatif de domicile alors que je paie ma cotisation d'ancienne élève par prélèvement depuis des années. J'y ai oublié mes gants rouges. Carnets de Finnegans Wake avec l'équipe de Daniel Ferrer. Passé en librairie. 3e tome de Mme de Sévigné en pléiade. Bière avec Patrick jusque tard dans la nuit.

Typographie

Le début de cette vidéo m'a fait rire. Je me souviens très bien d'une période où nous ne pouvions attendre le bus sans qu'une affichette n'attire le regard de H. : « Oh, regarde cette police… » Moi j'aimais bien. (Ce n'était pas la typographie que j'aimais, mais la folie douce, l'obsession. Aujourd'hui encore, j'ai droit parfois à : « Ah non, pas ce film, il est nul, c'est sûr: tu as vu la typo de l'affiche ?)

Pour info: vers la fin, cette vidéo raconte les origines de la police Comic sans.


Peut-être est-ce la raison pour laquelle un soir de novembre, station Franklin Roosevelt, bloquée par la neige/les accidents de circulation, je ne trouvai rien d'autre à faire pour tromper mon ennui que de photographier ces quelques renseignements :

2010_1201_station_franklin.jpg


Cela m'avait fait rire un peu jaune. Sur une ligne capable de nous transporter: si seulement…

Invité surprise

J'ai essayé d'être à l'heure au Raspail vert pour Philippe[s] qui nous avait prévenus devoir partir tôt.
Quand je suis arrivée, RC était là.
Je finis par ne plus très bien savoir comment séparer mes vies entre FB, Alice et VS (c'est plutôt bon signe, je pense). Je vais garder le plus technique pour VS et raconter ici toujours cette légère détresse de savoir que je parle trop que combat une sorte de détermination à ne rien changer quand "il" est là parce qu'il n'y a pas de raison.

Deuxième partie de soirée, après le repas, plus calme, commentaires de RC qui parle doucement, amenant une sorte d'apaisement dans la palpitation des explications qui échappent, insaisissables.

La Palatine (« Pas le couvent ! », c'était la Palatine, merci Laurent!), Theilhard de Chardin, Péguy, tout ce qui unit élève, des rires, Camus et Drouet échangés contre Madame Royale… « Mais c'est une imposture, vous n'êtes pas du tout sérieux! ? Nous l'avons toujours dit! »

Autre chose apprise pendant les vacances

Je n'avais jamais remarqué que mon pub préféré, <a href="/dotclear/index.php?2006/10/15/152-boire-de-la-guinness-a-paris">le Bugsy</a>, se trouve rue Montalivet : c'est la rue du salon Verdurin (ce qui n'est finalement pas très étonnant si l'on considère que les parents de Marcel Proust habitèrent rue de Surène, au-dessus de l'actuel pressing (d'après l'ex-libraire de la rue d'Anjou), et que l'hôtel de Guermantes se tenait sur le boulevard Malesherbes (enfin je crois)).

Marais

A midi passée chercher mon billet pour Ginzburg au musée du judaïsme. Prétendre que lorsqu'on hésite à acheter un livre il faut l'acheter est criminel. Flâner à la fois vite (peu de temps, pause déjeuner) et longtemps dans la librairie, avec toujours les larmes qui montent dans l'accumulation de ce genre de livres. Pensées incorrectes, est-ce que tous les salariés sont juifs, le musée respecte-t-il les obligations légales de diversité? (Je deviens bizarre, c'est qu'on doit beaucoup m'embêter.)

Comme Emmanuel Régniez avait attiré mon attention sur les 70 ans de la mort de Walter Benjamin, comme j'avais relu le matin même mes quelques mots sur la correspondance Strauss/Scholem, je vérifiai les livres de Gershom Scholem. J'ai acheté tout ce qu'ils avaient, je crois.

  • Gershom Scholem, Fidélité et utopie (je suis contente, je crois qu'il est épuisé);
  • Gershom Scholem, Sur Jonas, la lamentation et le judaïsme (Jonas, celui qui reproche au Seigneur d'être trop indulgent);
  • Gershom Scholem, La kabbale (inévitable);
  • Gershom Scholem, Benjamin et son ange (quand même);
  • Gershom Scholem, Walter Benjamin, histoire d'une amitié (l'amitié entre les grands hommes me fascine, me console, me réconforte);

et un livre que j'avais en son temps hésité à acheter en grand format. Je l'ai pris en poche:

  • Avraham b. Yehoshua, Le Responsable des Ressources humaines. (J'ai commencé par celui-là, bien sûr, abandonnant Frédéric II pour quelques heures.)

Tourné un peu en songeant à ma tentation de tenter d'apprendre l'hébreu, [en songeant] qu'il faudrait qu'un jour je raconte "mon histoire juive", [en songeant] que je semblais condamnée à (ou incapable de ne pas) retourner sur mes traces pour explorer chaque chemin abandonné trop tôt, [condamnée à] tous les reprendre pour vérifier que c'est avec raison qu'ils avaient été abandonnés. Chemin après chemin, il n'en reste plus beaucoup, je crois. Va venir le moment où il faudra avancer sans se retourner, où il n'y aura plus rien sur quoi se retourner, tous les souvenirs présents, vivants.



Le soir, bibliothèque historique de la Ville de Paris. Daniel Ferrer et Jean-Jacques Labia, l'incroyable projet de Balzac et Stendhal, réécrire La Chartreuse de Parme à quatre mains. Comme d'habitude j'ai davantage appris en une heure qu'en vingt ans. C'est très étrange, la façon dont le creusement du détail permet de peindre des panoramas entiers. A regarder une seule ligne d'écriture, des pans tombent, Balzac était bibliophile, Stendhal non, qui pouvait prendre des notes sur un livre ou y rédiger un contrat. Détail sans intérêt littéraire, mais détail qui donnera un relief à certaines réactions des personnages. Cela minuscule détail parmi une foule de précisions plus directement dans le sujet, la bataille de Waterloo et celle de Wagram, «Waterloo fut la Berezina de Balzac», ses Scènes de la vie militaire restées au stade éternel de projet; reproches et compliments, compliments qui sont des reproches et inversement, qu'est-ce que le style... Mais enfin il semble qu'ils s'aimaient bien.

Que j'aime cette bibliothèque. C'est drôle de se dire qu'au même moment dans Paris doivent se tenir des dizaines de conférences identiques, professeurs invités par des associations des amis de Trucmuche, tout cela gratuit, gratuit, qu'ai-je fait de ma jeunesse, ils me font rire ceux qui regrettent leurs nuits blanches et leurs beuveries, s'ils savaient ce que je regrette, ils seraient horrifiés.



J'ai sommeil. Ménage dans la dropbox, mails, j'ai sommeil, je finis mon thé, le linge est étendu. Je ne vais même pas avoir le courage de lire.

Lundi

Midi : Louvre, les acquisitions du département d’Arts graphiques. Un William Blake (qui illustre l’affiche de l’exposition), un Füssli, une magnifique miniature/enluminure dont je ne me souviens plus si les séraphins sont d’un rouge ou d’un bleu profond. Etrangement mon esprit a enregistré les deux. En sortant, je passe devant mon deuxième tableau préféré (le premier restant La Solana de Goya), une Circoncision du Baroche, qui me rappelle les couleurs du Greco ou de Marie Laurencin (oui je sais, c’est un peu contradictoire, peut-être).
A quoi servent les tableaux ? A me perdre. Plaisir onirique pur.

Soir. R. Problèmes de santé, problèmes vitaux, erreur médicale. Je glâne quelques explications qui alimentent ma culture générale et ma compréhension du monde.
Le parc immobilier suisse est la propriété des banques, ce qui explique qu’il soit si difficile d’y acheter un appartement ou une maison. Les loyers garantissent les retraites (ceci très rapidement résumé).
Autre résumé rapide : si les Américains attaquent si souvent les médecins, c’est que les assurances santé ne couvrent qu’une partie des frais d’hospitalisation. Avoir un membre de la famille en soins intensifs, c’est être ruiné. Attaquer en justice est l’une des manières d’espérer pouvoir subvenir aux besoins de la personne dépendante.

Un très bon restaurant, et des gens charmants : L'Assiette aveyronnaise, à côté du Pied de cochon

Il n'est pas ici

Paul n'est pas enterré à Montparnasse comme je le pensais. Il va falloir que je téléphone à son petit-fils.

Affirmation identitaire




Vendredi soleil levant parking de la gare d'Austerlitz. Pas de seconde prise, la batterie de mon téléphone me lâchait. Le panneau en fer est d'un seul tenant avec le bac.

Je recopie pour ceux qui auraient du mal à lire :
« Je suis un olivier
né en Provence
il y a plus de 60 ans
je ne suis pas une poubelle.
Regardez bien autour de vous,
il y en a une pas loin.

(Hélas, le gobelet prouve que cette phrase digne n'est pas toujours entendue.)

Questions embarrassantes, il est vrai, mais qui ne sont pas situées au-delà de toute conjecture.

- Le remplissage (l'emplissage) de la Méditerranée par l'Océan atlantique s'est terminé un 14 janvier, mais j'ai oublié l'année.
- La mer est-elle haute partout en même temps sur la planète? (S'agit-il d'une translation d'une côte à l'autre ou d'une élévation de l'océan en son centre? (ce qui serait vraiment bizarre, mais bon)).
- Il n'y a pas de marée aux Antilles.
- J'aime beaucoup Joyce.
- Quel est le plus vieux manuscrit, la plus vieille version, de L'Odyssée qui nous soit parvenu? Et où se trouve-t-il?
- Tentative pour récupérer une affiche. Je progresse. Je sais maintenant qu'elle appartient au département des études cognitives (DEC).

29 rue d'Ulm. Demandez M. Fernigaud et vous pourrez errer librement dans les étages. Prenez des photos en noir et blanc et vendez-les comme datant de Marie Curie (mais faites vite, dans deux ou trois ans ce ne sera sans doute plus possible).






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Ajout en mai 2015 :
Commencé les démarches pour ouvrir un compte à part. Je pense à ma tante qui avait dit à ma mère quand elle avait recommencé à travailler: «Tout plutôt qu'attendre les huissiers à la maison.»

Cruchons III : une vraie question

toujours Sidoine

James Joyce considérait que son œuvre n'était pas immorale, mais celle de D.H. Lawrence, oui; Lawrence pensait exactement l'inverse.

Cruchons II : charade

due à Sidoine (Evidemment pour nous c'était un peu plus facile puisque cela venait dans le courant de la conversation. Indice: nous parlions du décorum des dîners à Sainte-Hélène) :

Mon premier est un mode d'éclairage;
mo second est une ville du sud de la France;
mon troisième est un gaz;

mon tout est un événement survenu en 1821.

Cruchons I : Ramsès II

Il manquera à ce billet la truculence de Laurent nous racontant l'anecdote vendredi dernier, au Petit Broc.

Tout humain, même à l'état de dépouille, de cadavre, de restes mortuaires, circulant sur le territoire français doit posséder un passeport. C'est ainsi qu'on établit un passeport égyptien à Ramsès II lorsque sa momie vint en France à des fins d'analyses scientifiques.
A la rubrique profession il fut noté : «Roi», et à ce titre il lui fut rendu les honneurs militaires à l'aéroport de Villacoublay à son arrivée comme à son départ.

A l'époque, Mme Desroches Noblecourt était encore conservatrice des musées, et elle avait dans l'idée que Ramsès devait absolument revoir "son" obélisque. Valéry Giscard d'Estaing décida donc que le convoi ramenant la momie à Villacoublay ferait une ou deux fois le tour de la Concorde.

Il est bien certain qu'avec de telles attentions nous sommes dans la délicatesse chère à Barthes.

AG de l'association des amis de Cerisy

Je crois bien y être allée avant tout pour voir la bibliothèque de l'Arsenal (las, point de photo, plus de batterie, pas assez de lumière).
(Mais aussi, je m'en suis avisée mélancoliquement, parce que toujours j'attends et j'espère: je n'arrive pas à croire que je suis la seule à m'intéresser à Cerisy, Coutances, à Joyce, à Proust,… Que sont mes amis devenus, mes professeurs, mes camarades de classe… Vraiment, je ne croiserai jamais personne venu du passé? Et pourquoi attendre cela, alors que je m'entendais si mal avec eux? au nom de la littérature, au nom du désir, au nom du désir d'avoir la preuve que tout cela n'était pas qu'illusion, pas que snobisme et prétention, que pour quelques-uns, au moins, c'était sérieux, important, engageant… (C'est ridicule, quel pourcentage de chances de croiser au hasard des gens si longtemps après dans des lieux aussi spécialisés? — Mais justement, parce que ce sont des lieux spécialisés…)). Mais bon.

Je vous laisse découvrir le programme ici. Kafka m'intéresserait, mais hélas… ni temps ni argent. Une amie, blogueuse par ailleurs, intervient dans le colloque Poésie et politique au XXe siècle (et donc je vous le recommande chaleureusement).

Rapport moral, rapport financier. La Poste, la SNCF, la RATP ont regagné un ou deux points dans mon estime (ce qui ne les fait pas monter bien haut) car ils participent au financement de Cerisy via un "Cercle des Partenaires". (La BNP devrait bien en faire autant pour ses péchés.)

Histoire drôle pour terminer: impossible de mener des travaux à Cerisy sans avoir l'accord des Monuments historiques. Après des décennies d'expérience, cela se passe plutôt bien. Cette année est parue une nouvelle procédure dans le cadre de la simplification des rapports avec l'administration. Accord suspensif donc lorsque l'association demande l'autorisation de remplacer la porte des Escures (anciennes écuries transformées en chambres doubles (auxquelles je dois la connaissance d'Elisabeth)) par une porte identique: il faut… un permis de construire.
L'épais dossier est constitué. Réponse de l'administration: vous êtes une personne morale, il nous faut… un plan d'architecte. Qu'à cela ne tienne, Cerisy avait un architecte sous la main (en train de travailler au projet d'aménagement d'une salle accessible aux handicapés). L'architecte fit un beau dessin, le dossier retourna à l'administration concernée… où il attend encore.
La porte sera-t-elle remplacée avant l'été?

Musée Balzac

«Balzac était très bavard. Les jours où il devait y avoir beaucoup de travail à l'étude, Maître Guillonet-Merville lui disait: "Demain il y aura du travail, restez chez vous"».


Sur le mur de la maison de Balzac, rue Berton à Passy.


Douleur à rendre sourde

Hier, j'ai vu une lesbienne arc-boutée dans sa défense des femmes tenir un discours autiste: semblant tellement traumatisée que plus aucun dialogue n'était possible, interprétant tout au pire, ne recevant aucune parole, ni d'explication, ni d'apaisement. Ecorchée vive quasi au sens propre, impossibilité de tenir dans le temps et l'espace, hurlant de douleur au moindre effleurement.


Féminisme :
1er sens : visée légale, juridique. Obtenir dans les textes l'égalité des droits et des devoirs. Obtenir une protection qui contrebalance les tendances "naturelles" (historiques) de la société.
Deux dangers : aller trop loin dans cette protection et inverser l'inégalité (cela n'arrive pas bien souvent, mais la garde des enfants fait partie de cette catégorie. Encore faudrait-il être certain que la garde des enfants soient un "avantage" et non un handicap); oublier tout ce que nos aïeules ont gagné, n'éprouver envers elle qu'un peu de mépris en soulignant leurs "outrances", arrêter d'être sur ses gardes.

2e sens : visée sociale. Changer les mentalités. Beaucoup plus long, plus difficile. Ici les femmes doivent se prendre en main. A elles de ne pas accepter certains comportements, à elles aussi de s'interdire d'utiliser charmes ou pleurnicheries pour obtenir certains avantages. A elles de se faire respecter, de mériter le respect.

3e sens : la défense des droits de l'Homme1 (et c'est à ce moment-là que notre lesbienne ci-dessus explose: non, défendre les femmes n'est pas défendre l'Homme. Eh bien à mon sens, si). Contre les hommes violents, contre la prostitution brutale, contre le mépris : violence faite aux femmes certes, mais faites à l'humanité. Et c'est une erreur d'en rendre tous les hommes responsables, sans s'appuyer sur ceux que la situation indigne autant que "nous".

(Et la lesbienne quitta la salle quand fut soulevée la question épineuse de savoir s'il fallait ranger les pédés dans le camp des "gentils" (les homos) ou celui des hommes (les "méchants"). Ahuris, nous restions muets sans comprendre comment la discussion avait pu déraper si vite, dans un lieu pourtant privilégié, le centre LGBT.)



Note
1 : qui n'est jamais qu'une section du 1er. J'isole cette partie parce que je cherche à comprendre ce qui rend folle de douleur et de colère la femme rencontrée hier

Au Louvre

En adhérant à la société des amis du Louvre j'ai l'impression d'avoir loué le Louvre, d'y être désormais un peu chez moi. Fini l'impératif de voir vite un maximum de choses pour amortir mon billet, à moi le temps de la promenade. J'y entre pour rien, même une demi-heure, je ne regarde rien, j'arpente les couloirs et les escaliers, je mesure la hauteur des plafonds à mon essoufflement, je me souviens de Skot disant que le Louvre était vide si on évitait les salles italiennes ? je ne vais jamais dans les salles italiennes, je vais voir trois fois les expositions, j'apprends à m'orienter en regardant par les fenêtres, je fais des photos stupides (ie, qui ne valent rien) avec mon téléphone. J'aime la salle des caryatides, j'ai l'impression d'être au centre du château.

A midi, j'avais l'intention d'aller voir la collection de dessins de Pébereau, mais je n'avais plus le temps (j'étais passée à la poste du Louvre, le plus agréable bureau de Paris que j'ai fréquenté à ce jour: je fais un détour pour avoir affaire à eux). Je suis restée au rez-de-chaussée, j'ai erré une fois de plus autour des murailles du Louvre médiéval, remarquant une sculpture très "tee-shirt mouillé" dans le cadre de l'exposition "De Smyrne à Izmir".


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Une fois de plus j'ai visité la salle Saint-Louis, que j'oublie toujours et qui me serre le cœur. Toutes ces vieilles pierres me serrent le cœur; qu'ont-elles vu, combien de secrets politiques et d'intrigues amoureuses en hennin ? (toujours la surprise que le château illustrant Les très riches heures du duc de Berry ne soit pas imaginaire), que pensent-elles des touristes en short et des appareils photos, des ribambelles de gamins traînés ici qui chahutent par désœuvrement, regrettent-elles d'avoir été déterrées et réveillées il y a une vingtaine d'années?

Mouettes heureuses

Mon téléphone s'obstine à voir l'hiver en bleu.
(Le Louvre aujourd'hui à midi: les bassins sont partiellement gelés.)

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Bilan bizarre

Année objectivement réussie (changement de métier (pour faire quinze ou vingt ans plus tard celui que j'ai appris à l'école (no comment)), première intervention en colloque littéraire, reprise de l'aviron (ça me fait vraiment plaisir), réunion mensuelle des "cruchons" qui dure et perdure (et c'est un beau cadeau)), subjectivement décevante et émotionnellement fatigante.


L'une de mes photos préférées de cette année: elle s'attache à des amis chers, à un moment précieux, et dans le même temps j'y trouve quelque chose d'absurde, de démesuré: il y a quinze ans, dix ans, cela n'aurait pas été possible, aujourd'hui c'est tout simple, à portée de tous, et j'en reste émerveillée.

Lecture de L'Amour l'Automne dans un café parisien en novembre: Paris la nuit à travers les vitres, Auckland le jour dans l'écran.


Le loir dans la théière

C'est devenu un peu trop couru. La prochaine fois, plutôt de la Guiness chez les Ecossais.


Sans compter qu'ils ne sont pas spécialement aimables : "portables interdits" ne signifie pas téléphones, mais ordinateurs interdits.
Et puis trop de femmes blondes.

Préjugé ou constat ?

— Les premières filles furent admises à Sciences Po l'année du Congrès de Tours. Il y avait eu des résistances, l'un des directeurs soutenait qu'une fille, c'était cinq garçons qui ne travaillaient pas.
— Il avait raison à double titre: si la fille est jolie, elle les déconcentre pour les raisons qu'on imagine, et si elle ne l'est pas, elle se lance dans l'agitation politique !

AG de l'Association des amis de Cerisy

Elle avait lieu ce soir, dans la salle des commissions de la Bibliothèque nationale. Ce lieu était l'un des motifs de ma venue, et j'ai eu raison, car l'année prochaine la salle sera en travaux.

Rapport moral, rapport financier. Cette année l'association est en déficit de 50000 euros, après trois ans d'excédents. Ce déficit correspond peu ou prou à l'arrêt brutal en 2008 des subventions de l'Etat aux emplois aidés. «Or, continue le trésorier, avec la hausse brutale du chômage, les exonérations de charges sont de nouveau à l'ordre du jour, nous espérons donc que de ce point de vue, l'année prochaine sera meilleure.»

Les colloques de l'année sont présentés un par un. L'association est inquiète: quelles conséquences aura la crise? Les gens vont-ils rester en France et venir à Cerisy, ou faire des économies tous azimuts et ne pas s'inscrire? Nous sommes invités à faire de la publicité. (Dans un sens c'est cher. Dans l'autre... une semaine ou dix jours logés et nourris (abondamment), dans la campagne la plus calme, l'air le plus propre, parmi des gens passionnants et passionnés... c'est beaucoup mieux qu'une semaine au club Med).
Si je pouvais je suivrais le colloque sur Mauss, celui sur la jeunesse, celui sur Rilke, et sur Coutances, et sur la grammaire.
Avis aux étudiants: ce colloque-là est subventionné généreusement, renseignez-vous auprès des organisateurs.

En sortant je contemple la statue de Jean-Paul Sartre dans la cour.






Puis je rejoins les Halles par le Palais Royal.


Souvenir du Collège de France




photo de téléphone. local aveugle.

La ligne 14 rend hommage au métro de Moscou

J'aime particulièrement à la station Madeleine de la ligne 14 l'odeur de station d'épuration qui vous saisit lorsque vous descendez l'escalier et attendez la prochaine rame.
Je ris à voir la tête des touristes incrédules n'en croyant pas leur nez, empruntant la ligne de métro la plus moderne de Paris, descendant à l'une de ses stations les plus connues, pour renifler ces remugles si brutalement naturels tandis que des infiltrations roussâtres laissent des traces suspectes sur les murs.

Hier matin, en haut des escaliers venant du quai, une plateforme destinée à un concert était en cours d'aménagement. Le soir, tout l'attirail électronique avait disparu, et l'estrade. Au mur avait été installé un gigantesque vitrail représentant une poule, un marteau et une faucille, et à droite et à gauche, en français et en russe, l'histoire de la poule qui a pondu un œuf en or.




(photo de téléphone, toujours).


précision le 30 avril 2009
Il s'agit en fait d'un échange avec le métro de Moscou — c'est donc de l'art moscovite:
La RATP a offert en 2007 un entourage Guimard de style art nouveau, inspirée du célèbre architecte français de la seconde moitié du XXe siècle, pour la décoration de la station Kievskaïa, à Moscou. En échange, l'artiste Ivan Loubennikov a imaginé "Ryaba la poule", un vitrail composé comme un patchwork qui raconte l'histoire de la Russie à travers divers éléments de la culture populaire (la faucille et le marteau, les boulons, les étoiles à cinq branches, les fers à cheval et les croix).
source

Le train diabolique

J'aimerais bien connaître le marketeur fou qui a inventé un TGV mettant onze heures à faire Nice-Paris, de nuit (20h38 - 7h40).

Ce n'est pas un train couchette, ce n'est pas un train rapide, ce n'est pas un train où l'on peut s'allonger, ce n'est pas un train où l'on peut éteindre les lumières (mais certains compartiments sont éteints — au bon gré du contrôleur qui déclare l'extinction des feux — et l'heure du lever (vers 6 heures, même s'il aurait pu laisser les gens somnoler une heure de plus puisque le train avait une heure de retard)).

J'étais furieuse.
Curieusement, ma jambe gauche ne s'en remet pas.

A Marseille où nous restons immobilisés en gare une heure, je tente de capter le wifi de la gare: payant.


PS: le truc, pour ceux que ça intéresse, c'est de chercher un Nice-Paris Austerlitz.
Ne jamais sélectionner Paris gare de Lyon pour les départs tard le soir, sauf pour les trains internationaux.

Samedi

Ange sur portail noir graffité à l'angle de la rue des Prés et de la rue du Moulinet.





Un magasin consacré au tennis de table 6 rue du Moulinet, quelque chose de l'antre de M. Ollivander. Dans une niche, deux ampoules rouges illuminent un bouddha. Epaisseur de plaques en dixièmes de millimètre, stockage d'énergie, «vous tapez un peu fort ou tout le temps fort?», j'écoute en me disant que celui qui ne sait pas décrire ce qu'il ressent et ce qu'il cherche ne peut pas jouer au ping-pong.

Un thé à la mosquée, je traîne H. jusque devant le château du jardin des Plantes pour qu'il voit carte géologique : «Oh, la carte BRGM! C'est la première que nous ayons faite sur Dry! Il faut vingt-sept vraies couleurs ''(NDB: au lieu de la quadichromie habituelle)'' pour l'imprimer et du papier très épais, ça coûte une fortune...» (etc).

Gare de Lyon, nous récupérons C., je les abandonne pour un Vélib et remonte jusqu'à Ménilmontant. Il fait très beau, je fais quelques détours pour privilégier les petites rues, la jeune fille à qui je demande où se trouve le parking de vélib le plus proche de Notre-Dame de la Croix me l'indique en me précisant que je ne dois pas prendre le chemin le plus court car la rue, piétonne et en travaux, est en sens interdit. Je ravale une réponse ironique et remercie.

Barbecue de blogueurs. Je n'en connais pas beaucoup. Enclave tranquille. Enfants. Soleil. Bouteilles. Discussions à bâtons rompus sur tout et n'importe quoi, surtout n'importe quoi.
(Note après réflexion à l'intention de Virginie (si elle parvient jusqu'ici) qui s'exclama rieuse en apprenant l'un de mes pseudos (alors que nous étions parvenues à la conclusion que mon blog "manqu[ait] de chair"): «mais tu es très sexe, alors!» (non-sic, mais à peu près): la chair est dans les commentaires, chez les autres: c'est plus caché, donc plus facile.)
J'ai perdu la notion du temps. Il fait de plus en plus froid.
Je comprends pourquoi en arrivant devant la gare de Lyon: il est 4h20. Je prends le dernier car avant la reprise du trafic du RER.

Je rentre de la gare à pied. Le soleil se lève, il fait tout à fait jour quand j'arrive chez moi. Il est six heures passées quand je me couche.

Festival du cinéma en plein air de la Villette

Ça (me) demande toujours beaucoup d'énergie (difficile d'enchaîner deux soirs de suite, par exemple), mais cela reste un de mes événements préférés.

A noter, Loulou, Laura, Lili Marleen, Gilda, Le bon, la brute et le truand

(Zut, je viens de me rendre compte que je ne pourrai pas assister à la projection de ''Loulou'', film vu en 1987 ou 88 au ciné-club de l'école, et que j'aimerais tant revoir.)

Des millions d'années entre les arbres

Vendredi soir, en traversant le jardin des Plantes pour rejoindre la gare de Lyon, j'ai découvert une gigantesque carte géologique de la France recouvrant la façade du museum d'histoire naturelle. Elle est également représentée au sol, en matière stratifiée, on peut marcher dessus (elle doit faire dix ou douze mètres de côté).

Le tronc des marronniers (sont-ce des marronniers? Je crois que oui (je ne me souviens plus très bien)) de l'allée qui mène du museum à l'entrée près de la gare d'Austerlitz a été ceint d'une large affiche plastifiée vert pomme avec un gros nombre blanc: les millions d'années de la vie de la terre. D'arbre en arbre je remonte le temps, je ne connais pas l'échelle, elle doit être expliquée à l'extrêmité de l'allée, mais je n'ai ni le courage ni le temps d'y retourner. Reproduction sexuée et sa conséquence, la mort (150 millions d'années? Je ne sais plus), apparition de l'oxygène qui tue les organismes vivants, apparition des premières bactéries, apparition/solidification de la terre tout au bout de l'allée, devant la Seine.

C'est une très longue allée.

Semaine 9

dimanche 24 février
Matinée dans les casseroles en écoutant Edwards (je crois, à vérifier (quand trouver le temps de mettre de l'ordre dans mon iTunes?)) sur le Graal. Non, peut-être pas Edwards, car avant j'en ai écouté un autre dont l'intitulé du cours était "En écoutant la littérature": lequel des deux était Edwards? Intéressante remarque sur Racine monté à Chicago en prose voire en slang, dans un hôpital, avec Phèdre nue buvant du coca (je mélange un peu tout, mais c'est le principe, il n'y a qu'à aller chercher dans les podcasts): qu'est-ce qui résiste dans le texte à toute manipulation? Pourquoi cela suscite-t-il toujours autant d'enthousiasme, pourquoi Shakespeare plaît-il autant en Afrique, par exemple?

J'ai pensé à cette réflexion de Nabokov dans Feu pâle: «Je voudrais que vous vous émerveilliez non seulement de ce que vous lisez, mais du miracle que cela soit lisible». (commentaire du v.991).

Tout serait à commenter tandis que je repense à ces cours. Je m'aperçois que les podcasts n'ont plus l'air en ligne. Je ne peux tout de même pas les retranscrire…

Mes parents et mes nièces à déjeuner. Nous ne nous sommes pas disputés. Les Anouilh en pléiade pour mon anniversaire. Gallimard se met au marketing même pour sa collection la plus prestigieuse. (Je me souviens de Borges: «La Pléiade, c'est mieux que le prix Nobel, non?») J'ai lu tant d'Anouilh chez Pascale. Les deux tiers, apparemment. Je ne me souviens pas de grand chose. Le début autobiographique des Poissons rouges (les livres dans le sac à dos durant la débâcle (je crois. A vérifier, toujours. S'il ne fallait écrire que des choses avérées… Ces notes seront de vraies notes, c'est-à-dire non vérifiées.))

Encore un CV à présenter de deux façons différentes. Dieu que je n'ai pas envie de le faire. Demain, on verra demain. Je me remets à Proust.

mardi 26 février
Une vraie journée comme je les aime. Déjeuner avec T. Histoire de trésor. Raconter des histoires, les mecs ne sauront jamais tout ce qu'ils ont à gagner à raconter des histoires (enfin, T. semble le savoir!). Karen Blixen sur des coussins, en train de raconter à Redford dans Out of Africa: «dans une rue de Hong-Kong habitait une jeune fille…» Cette fatalité de toujours finir par parler de cul, parce que finalement, c'est la seule chose qui compte, le cœur du monde, la seule chose qu'on aimerait comprendre et dont on ne peut jamais vraiment parler à/avec un tiers, parce qu'on met toujours en cause plus que soi.
Après-midi Compagnon, 19h40 entretien d'embauche, c'est loin Boulogne, je n'irai pas à Boulogne, que c'est loin, la jeune fille est jolie, et jeune, et j'ai si peu de choses à dire, et toujours au bord de raconter des histoires, encore, parce que c'est la trame des vies.
Je déplace le rendez-vous avec R., Beaubourg plutôt que Convention, il est trop tard et c'est trop excentré, je n'arriverai jamais à avoir mon train ensuite. R. est très en retard, perdu, je lis Vile bodies pratiquement dans le noir, j'ai cassé mes lunettes, ou plutôt mes lunettes se sont cassées. Je mange un fromage blanc aux amandes. Il me reste 27 centimes.
R. arrive, que dit-on à quelqu'un qu'on n'a vu qu'un soir, le temps d'un rire et un peu plus, il y a plus de deux ans? Pas de nouvelles depuis, et puis un mail lundi soir: «Tiens, il n'est plus avec sa copine, il tente sa chance», ai-je pensé. Curieuse. Mais bon ça va, intéressant, gentil, belle voix, et pas à cran comme je le craignais. — J'ai pris vingt-cinq kilos. — Moi quatre. Rires. Coup d'œil. Ça ne se voit pas, tu as l'air en forme. Et toujours cette oscillation des hommes, qui aimeraient les femmes plus libres, sauf leur copine, ou leur femme… Que dire? Et une autre histoire de grand-père. «— Ça tu ne le racontes pas. — J'ai une autre contrainte, mon fils me lit.» Nous rions.
Gare de Lyon après le dernier train, l'arrêt de bus a changé de place, le temps que je le trouve, le bus de 1h00 est parti, il faut attendre celui de 1h30, heureusement il ne fait pas froid. J'ai sommeil, je rentre à 2h22.

mercredi 27 février
Je fais remplacer mes lunettes. Demain je dois revoir R. Acheté deux cadeaux sur trois pour le Noël (! je sais, je sais) des garçons S. Mal au pied. Je lis Asking for the Moon. La dame qui me fait le paquet cadeau aux Galeries Lafayettes, sous ses airs de dragon, est attentive et prévenante: «C'est pour un garçon ou une fille? — Un garçon. — C'est pour savoir si je mets beaucoup de ruban, les garçons font parfois une allergie au ruban.» Ah.

vendredi (ce soir)
Que faire de ce post (écrit au fur à mesure des dates)? Le redécouper, le redistribuer selon les jours? Finalement je n'aime pas beaucoup pour moi-même la forme de journal anté-chronologique. C'est sans doute pour cela que je ne peux/pourrais pas faire d'un blog un journal. Un journal, je l'écris de haut en bas, pas de bas en haut, il me faut de l'épaisseur. Je ne flotte pas sur le temps, je me laisse couler.
Revu R. hier soir. Longue errance derrière Montparnasse à la recherche de ruelles, il n'y en a plus beaucoup, Vaugirard, Cherche-Midi, Falguière, par hasard l'impasse où Brassens composa ses premières chansons, nous vivons un Paris imaginaire et égrainons les noms, San-Antonio, Maigret, Léo Malet, le travail de R. sur le Poulpe, l'extrême-gauche, l'extrême-droite, nous mélangeons les époques, que c'est facile de parler avec quelqu'un qu'on ne connaît pas si l'on dispose d'un socle suffisant de lectures communes, Reiser, comment faire de la caricature aujourd'hui, était-il plus facile de se moquer sous Pompidou qu'aujourd'hui sous Sarko, le SM, Marie L., nous dérivons, «Camus m'aura vraiment fait faire n'importe quoi…? T'es gonflé!», nous avons trop marché et R. fume trop, je suis impressionnée, il y avait longtemps que je n'avais pas vu quelqu'un fumer autant.
Je suis en vacances ce soir, tant mieux, je ne supporte plus de devoir m'habiller pour aller travailler, je ne supporte plus d'être en représentation permanente, je ne supporte plus le théâtre, j'ai envie de rire.
Je me souviens du 29 février précédent.

Huysmans et Gustave Moreau

Il y a longtemps que j'aurais dû visiter le musée Gustave Moreau. C'est en effet l'un des premiers peintres qui m'ait marquée quand j'étais au lycée et que je m'ennuyais : Salomé illustrait mon livre de français de seconde.
J'ai travaillé trois ans à deux pas de ce musée, mais a-t-on idée d'être un musée qui ferme entre midi et deux ?

Cette fois-ci j'avais une motivation supplémentaire, une exposition mettant en évidence les relations entre Huysmans et Gustave Moreau, et peut-être une deuxième motivation, un attachement à ce blog.

Le musée Gustave Moreau est ce que j'aime, davantage une demeure particulière (comme celui de Delacroix) qu'un vaste établissement impersonnel.
Evidemment, cela suppose que le public l'ignore, car il ne pourrait accueillir grande quantité de visiteurs à la fois.
Il y fait trop chaud (c'est étonnant).
Le premier étage est charmant, les pièces minuscules, gonflées de meubles et de tableaux qu'on peut à peine voir, retenus que nous sommes par une rambarde qui nous empêche d'approcher et de piétiner les tapis et casser la porcelaine. Tout cela est très chargé, c'est tout de même étrange d'avoir constitué son propre musée de son vivant. On pourrait vivre ici en enlevant quelques meubles et en ouvrant les fenêtres, Dieu qu'il fait chaud.

Au deuxième étage se tient l'exposition, qui n'est qu'un prétexte pour visiter le musée: quelques pièces rassemblées là, le manuscrit d' À rebours, très raturé dans un gros livre relié, des lettres autographes (très belle écriture de Jean Lorrain), des extraits des critiques de Huysmans. Les ébauches et dessins préparatoires pour l'illustration des Fables de La Fontaine sont exposés, c'est inattendu et me plaît beaucoup: simplicité et précision du dessin, grande décision dans la couleur et dans le trait. C'est finalement ce qui me frappe dans les tableaux de Gustave Moreau: la décision, cette décision qui contraste si fort avec le déferlement des couleurs et des ors, avec l'atmosphère onirique et fantastique. Rien n'est flou dans ce monde vaporeux ou rêvé.

Deux étages, quelques toiles immenses, tout le temps que l'on veut pour rester devant les toiles, peu de monde, la certitude qu'ici on a une chance de voir tout ce qui est exposé (deux pièces, ce n'est pas si grand), même si bien sûr au bout d'une dizaine de tableaux il vaut mieux arrêter et se dire qu'on reviendra.
Le même titre sert à trois ou quatre toiles, on ne sait plus bien laquelle est l'ébauche de laquelle, j'aime beaucoup une Marie-Madeleine assise au pied du calvaire, les jambes tendues, dans une position inconfortable et laide laissant transparaître le désespoir. Je découvre les talents de copiste de Gustave Moreau qui paraît avoir copié les artistes les plus divers, au dernier étage se trouve une copie du Saint Georges de Carpaccio qui me paraît plus claire que l'original.

Pour cause de grève

Dormi dans une chambre d'enfant. La nuit, des étoiles brillent sur la porte du placard.

L'élégance du blogueur

Je n'aime pas les blogs de râleurs ou de pisse-froids, les blogs qui font la morale, les blogs qui sont contents d'eux-mêmes. Je n'en souffre pas puisque je les évite.

J'aime les blogs tenus avec distance, dans lesquels «les petites contrariétés» deviennent des anecdotes amusantes ou des occasions d'auto-dérision, j'aime les blogs qui savent exprimer les sentiments sans appuyer (le plus difficile, il me semble; sous ce rapport Kozlika m'a plus d'une fois laissée sans voix), j'aime les blogs qui portent un regard étonné ou amusé sur le monde ou qui vont à la pêche sur internet et partagent leurs trouvailles.

C'est pourquoi, en hommage à tous ces billets lus soir après soir pour mon plus grand bien-être moral, et bien que je sois furieuse pour un certain nombre de raisons, je vais parler de la vitrine du chocolatier 16 rue d'Assas, juste devant la station de Vélib où j'ai garé mon vélo afin d'aller emprunter à la bibliothèque le livre qui m'évitera d'attendre deux semaines que les circuits de la direction Achats crachent ce dont j'ai besoin dans les deux jours.

Deux photos,



la seconde bien évidemment dédiée à Chondre.
(Désolée pour les reflets, je ne me suis pas méfiée (et puis je suis allée vite, je suis toujours gênée de photographier ainsi des objets qui me paraissent des objets personnels.)


Café matinal

La serveuse:

— Fais moins de bruit, j'ai des clients qui dorment encore !

En vélo dans Paris

Chaque fois que je prends un vélo dans Paris, je pense à Philippe qui m'avait confié: «Le vélo à Paris, ça ne marchera jamais. Et tu sais pourquoi? Parce que Paris est une ville construite sur des collines.»

Et je pédale en me demandant si Pékin est plat, et je pédale en me demandant s'il y a beaucoup de vélos à Rome. (Le reste du temps je regarde le nom des rues: tiens, une rue des Gobelins qui donne dans l'avenue des Gobelins, tiens, un garage rue Toussaint (Toussaint quoi? entre l'avenue de Choisy et l'avenue d'Italie)).
Rome et Paris, sept collines, douze collines, mais laquelle est laquelle?
Voyons, les monts, Montparnasse, Montmartre, la montagne Sainte-Geneviève;
Les parcs, les Buttes Chaumont, le parc Montsouris, le père Lachaise.
Je compte mentalement sur mes doigts, ça fait six.
L'Arc-de-triomphe, sept...
Si j'en trouve sept, sachant qu'on oublie toujours un élément dans une énumération, faut-il déduire que Paris est construit sur douze collines? Et je pédale, me demandant si Belleville est sur la même colline que les Buttes-Chaumont, il me semble que vers Stalingrad ça monte, et la Butte-aux-cailles... Pas de doute, c'est douze.

Flamme rose

Eve

Mercredi soir.
Retour au Parc de la Villette, pour la première soirée chaude de l'été. Je me suis tant dépêchée pour tâcher d'être à l'heure (mission accomplie) que je suis en nage. Je me déchausse, l'herbe est incroyablement douce, ils ont bien raison de recommander qu'on n'écrase pas ses mégots dedans. (Mais alors, où les écraser?)
Comme d'habitude j'ai mon kit de survie, chaussettes, écharpe, ponchon. La première fois, il y a bien longtemps, que je suis venue à La Villette, j'avais refusé présomptueusement la couverture proposée avec la chaise longue: il faisait beau, au diable la couverture! Trois heures plus tard, transie, je comprenais pourquoi on proposait une couverture avec la chaise longue (l'un de mes regrets est de ne pas être allée à La Villette l'été de la canicule, en 2003 : on devait être bien).

Le problème d'un film comme Ève, c'est que même sans l'avoir jamais vu, on en a tant entendu parler qu'on sait déjà certaines choses, et cela empêche de douter autant qu'on devrait douter: Ève est-elle vampirique, ou est-ce Margo qui est paranoïaque? Karen, la meilleure amie de Margo, semble bel et bien penser que celle-ci mérite une leçon, ce qui innocente Ève un moment aux yeux des spectateurs.

J'ai trouvé au visage d'Anne Baxter quelque chose du visage de Joan Fontaine dans Lettre d'une inconnue. J'ai été amusée de constater que Marylin Monroe jouait pratiquement son propre rôle, celui d'une starlette prête à tout pour réussir (ce qui est d'ailleurs la condition du succès, est-ce Margo ou DeWitt qui l'affirme dès le début du film? les acteurs sont des êtres anormaux car ils sont prêts à tout pour leur carrière, leur carrière est la seule chose qui compte réellement pour eux, et c'est cette phrase qui est illustrée tout au long du film.)

Est-ce une évolution courante ou cela m'est-il propre? Swann reconnaissait des personnages de tableaux dans les visages autour de lui; je reconnais mon entourage dans les personnages de romans ou les films: le héros d'Un jour sans fin c'est Frédéric, la photo de Grossman dans Carnets de guerre me rappelle Patrick, l'homme du souterrain, c'est X., Ève, c'est Anne, la collègue que je suis bien heureuse d'avoir quittée...

Affreux, sales et méchants

Parc de la Villette, mardi 24 juillet.

A la fin de la projection, j'ai réalisé que cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un vrai film, un film qui ne soit ni gentil, ni joli, ni d'action, ni..., un film qui ne soit pas là pour faire plaisir, au réalisateur ou au spectateur, un film qui appartienne à tout ce qu'on veut sauf à la catégorie divertissement.

J'ai trouvé une critique avec laquelle je suis globalement d'accord, je la mets donc en lien ce qui m'évite de la paraphraser en la dénaturant: ici.

Le titre dit toute la vérité: les personnages sont affreux, sales et méchants. Que fait un spectateur confronté à des personnages affreux, sales et méchants? Il ne peut pas s'apitoyer (ils sont méchants), il ne peut pas condamner (la société ne leur a pas fait de cadeau, ils ne sont pas totalement responsables), il ne peut pas s'identifier (nous ne vivons pas dans des bidonvilles, nous qui allons au cinéma).
Alors le spectateur regarde, il écoute, il comprend parfois et partage quelques réactions, il rit, il est pétrifié d'horreur, il n'entrevoit pas vraiment d'avenir, le temps est immobile, dans la crasse et la lubricité.

Ce film tient magiquement en équilibre, il ne cherche pas à démontrer, il se contente de montrer. La misère, la crasse, la méchanceté, provoquent un sentiment de malaise et ce malaise se double d'un autre, celui de se rendre compte qu'on a envie de rire, qu'on rit, devant tant de bêtise, de roublardise, de ruse, d'obscénité comique dans son insistance. On voudrait croire qu'il s'agit d'une farce, d'une caricature, mais l'accumulation de détails, "de petits faits vrais", éloigne cette explication rassurante: il s'agit bien d'une vie possible. La mise en fiction est d'ailleurs minimale, tout le début du film n'est qu'une succession d'actes quotidiens qui ne constituent pas un récit, simplement la vie qui passe, puis prennent forme quelques anecdotes, quelques scènes, car il faut bien raconter quelque chose: la rencontre de Sybelle, le baptême, la vieille qui touche sa pension, la tentative d'assassinat, autant de scènes qui ne mènent nulle part.
La dernière scène se clôt sur la première, il n'y a pas d'issue, et la fillette du début, maintenant enceinte, vient prendre sa place dans le cirque infernal.

Maud Laforest, guitariste

Dimanche, 16 heures.
Nous abandonnons O. chez un ami et rejoignons Paris pour aller écouter Maud Laforest à la guitare à l’hôtel Soubise.
Durant le trajet, C., qui revient d’un stage de planeur, me fait cours sur les courants ascendants («Il y en a de trois sortes: les pentes, les pompes et les ondes. […] L’onde c’est la plus dangereuse. Tu vois les cercles quand on lance un caillou dans l’eau? Et bien c’est pareil, l’air fait des cercles qui se déplacent, quand on prend le bord ascendant d’un cercle, on monte très vite, mais dès qu’on arrive sur le rebord du cercle, on redescend aussi vite…»). Il regarde les nuages et commence une dissertation sur les cumulus à fond plat.
— À fond plat ?
— Mais oui, regarde, le bas de tous les nuages est à la même altitude.
Et je m’émerveille une fois encore de constater la variété des lectures du monde. Il suffit d’un stage de planeur pour que les moutons deviennent des ascenceurs.
— Tu sais, moi, tout ce que je sais du planeur me vient de Yoko Tsuno.
— Ce n’est pas si mal, mais elle n’aurait jamais pu utiliser les aérofreins en même temps que…
Je ne sais plus. Mes souvenirs de Yoko Tsuno ne sont pas assez précis. Il me fait rire. Une chose est sûre: s’il fait du planeur en région parisienne, j’en ferai aussi.
— C’était beau, l’endroit où tu étais ?
— Oui, surtout en planeur !
Suis-je bête. Evidemment, la Beauce aura moins de charme.

Je lui parle du Velib. En arrivant à Paris, il comprend le phénomène: il fait beau, il y a des vélos partout. Je gare la voiture dans un parking.

Nous arrivons devant l’hôtel Soubise. Devant les caisses, je m’aperçois que j’ai oublié mon portefeuille dans le panier des courses du marché.
Nous faisons demi-tour. C. est déçu, je me sens très bête. De plus, nous n’allons pas pouvoir reprendre la voiture au parking. En commençant à marcher vers Bastille, je fais le tour des possibilités: rentrer en RER à la maison tous les deux puis revenir seule chercher la voiture, rentrer à la maison tous les deux et reprendre la voiture demain en allant travailler («Mais ça va coûter une fortune!»)… Dans tous les cas il y en a pour au moins trois heures, le dimanche il n'y a que deux RER par heure, et il n'y a pas de bus.
— Tu veux m’attendre au café avec ton livre? Ce sera moins galère que le RER, je reviens te chercher dans trois heures et je paierai….
Trois heures… non, trop long, ce n’est pas viable.
— J’ai un chéquier, tu veux prendre une place et aller au concert pendant que je rentre à la maison chercher mon portefeuille?
—Tu as ton chéquier? Mais alors nous pouvons prendre deux places!
Je me laisse tenter mais ce n’est pas raisonnable. Je n’explique pas à C. le fond de ma pensée : le concert va décaler d’autant l'heure de notre retour, O. va s’inquiéter, ou avoir faim, ou pire, il ne rentrera pas, s'imposera chez son ami, que vont penser ses parents?
Tant pis. Au pire nous prendrons un taxi.
Nous achetons nos billets.

Tandis que nous traversons la cour, C. me murmure: «C’est l’hôtel de Guise, celui de Pardaillan».
Et la salle du concert, m’apprend-il, est l’ancienne salle des gardes où Pardaillan a défait (sic) quatorze gardes. Bizarre, il me semblait que c’était l’antichambre de la Princesse… (En fait, ce fut les deux, à des époques différentes). Je remarque des cartes postales en vente (on est dimanche, c’est fermé), il faudra que je revienne.

Un homme nous présente assez longuement l’histoire de l’hôtel, je ne me souviens pas que nous ayons eu droit à toutes ces explications lorsque je suis venue avec Zvezdo. Ou est-ce que nous étions dissipés au point de ne pas avoir entendues ? J’ai un peu honte rétrospectivement. Mais non, je ne crois pas.

Je vous livre des extraits du contenu du feuillet de présentation joint au programme du concert:

L'hôtel de Clisson, l’un des rares vestiges parisiens d'architecture civile du 13e siècle, devint à la Renaissance propriété de la famille de Guise. Dès cette époque, l’hôtel particulier de l'actuelle rue des Archives connut une brillante activité musicale, notamment lorsqu'en 1660 Marc-Antoine Charpentier s'y installa au service de Marie de Lorraine, dite Mademoiselle de Guise, cousine de Louis XIV et dernière descendante de l'illustre famille.
C'est dans ce cadre que furent conçues des pièces destinées à un ensemble de quinze musiciens et dont M-A. Charpentier participa à l'exécution en chantant comme haute-contre. Cantates et pastorales constituèrent l'essentiel de sa production pour la duchesse de Guise. De nombreux concerts furent organisés, dont un auquel le roi assista, émerveillé, au point de verser une pension au compositeur. A la mort de Mademoiselle de Guise en 1686, M.-A. Charpentier devint Maître de musique du collège Louis-le-Grand. Il fut ensuite nommé maître de musique des enfants de la Sainte-Chapelle, où il demeura jusqu'à sa mort le 24 février 1704.

En 1700, l'hôtel de Guise fut racheté par François de Rohan, prince de Soubise, et son épouse Anne Chabot de Rohan. Sur les conseils de leur fils cadet, prince-évêque de Strasbourg, ils confièrent en 1705 au jeune architecte Pierre-Alexis Delamair le soin de restructurer le bâtiment.

En 1732, à l'occasion de son remariage avec une jeune veuve de 19 ans, le deuxième prince de Soubise, Hercule-Mériadec, confia à l'architecte et décorateur Germain Boffrand le soin de redécorer entièrement l'intérieur du palais. François Boucher, Carle van Loo, Jean Restout et Charles Trémolières participèrent à l'œuvre d'embellissement.
En 1762, le maréchal de Soubise, dernier prince du nom, demanda à son ami le compositeur François-Joseph Gossec de créer le Concert des Amateurs qui devait rivaliser avec le Concert Spirituel, créé lui-même en 1712 en réaction à l'emprise musicale de Lulli, auquel revenait sans partage le privilège royal. Avec 70 à 80 musiciens, le Concert des Amateurs avait une dimension symphonique, fait exceptionnel pour l'époque.
Fr.-J. Gossec y fit jouer en création ses premières symphonies avant de partir diriger le Concert spirituel et de céder sa place à Joseph de Boulogne, dit Le Chevalier de Saint-George, exceptionnel violoniste qui était devenu le batteur de mesure du Concert des Amateurs, sous la direction du premier.
Sous la direction de Saint-George, le Concert des Amateurs devint la meilleure formation symphonique de France et sans doute d'Europe. La foule se pressait à l'hôtel de Soubise pour y entendre la formation dirigée par ce beau métis, professeur de musique personnel de la reine. Lui aussi y donna en création ses symphonies, opéras ou quatuors à cordes. Sa renommée était telle qu'il fut chargé de commander à J. Haydn ses six symphonies dites parisiennes. Mozart qui, résidant alors à Paris, cherchait en vain à se produire, prit ombrage de la renommée du fameux chevalier, franc-maçon comme lui, et, malgré les suggestions de son père Léopold, se refusa à le rencontrer.

Souvent dévolus à la musique, aux arts et plus largement à l'histoire, les différents hôtels qui se succédèrent sur Factuel quadrilatère du Centre historique des Archives nationales ont accueilli les créations de compositeurs qui leur étaient contemporains : M.-A. Charpentier, Fr.-J. Gossec, J. Haydn, Saint George. Aujourd'hui l'hôtel de Soubise renoue avec cette tradition : Jeunes Talents a fait créer ou interpréter des oeuvres du jeune compositeur Karol Beffa et de son maître Henri Dutilleux. Les concerts de la saison comme le Festival Européen confirment chaque année cette tradition: l'harmonie entre histoire et époque contemporaine.

Le présentateur nous fait ensuite remarquer que vendredi prochain seront jouées des pièces très rarement interprétées ou enregistrées : les versions pour 4 mains de Petrouchka et du Sacre du Printemps, transposées par Stravinsky lui-même.


Maud Laforest s’avance sur l’estrade, un sourire timide aux lèvres. Elle est grande, très mince, vêtue de noir. Comme elle porte un débardeur, son bras gauche est protégé sous le coude d’une large bande de tissu noir.
Elle se concentre avant de commencer, puis se perd dans la musique. Les fenêtres sont ouvertes, par moments le vent fait bouger les rideaux qui balaient le parquet dans un chuintement. Les notes de guitare rendent leur son très particulier. La main droite de Maud Laforest, étroite, longue, blanche, se dessine sur le manche, tous les tendons des doigts transparaissent, c’est un écorché, on suit le muscle de l’avant-bras. Elle paraît heureuse.
Mon morceau préféré sera un Capriccio diabolico op.85 (1935) de Mario Castuelnovo-Tedesco, un morceau vif, enlevé, malicieux. À ma grande surprise, il me semble reconnaître dans les dernières mesures le thème de Jeux interdits. C. soutient que j’ai rêvé.


Pendant la première partie du concert, je me tourmente : comment récupérer la voiture à moindre coût (temps et argent)? Le plus simple ne serait-il pas d’emprunter de l’argent à un ami parisien? Qui serait là un dimanche après-midi à Paris, à qui oserais-je demander de l’argent ? Rémi, bien sûr, mais il doit être en vacances, Olivier, Florence… J’ai même songé à Zvezdo.
Je somnole pendant Haendel, qui me paraît, cause ou conséquence, plutôt soporifique.
— Haendel a écrit pour la guitare ? demandai-je à C. à voix basse.
— Haendel a écrit pour tout, me répond-il en haussant les épaules.
Ah.

À l’entracte, prise d’une inspiration, je m’adresse tout simplement à la caisse : accepteraient-ils de me donner du liquide en échange d’un chèque ?
Oui.
Yeeess !!! J’obtiens quarante euros, nous avons même de quoi aller boire un diabolo menthe à L’ébouillanté derrière Saint-Gervais.

Au retour, C. joue avec le vent pendant que la voiture roule : main verticale, main horizontale, main oblique dans le vent relatif:
— Pop avait raison, comme ça, ça monte ! dit-il, ravi.

En Velib avec Gvgvsse

Vendredi soir, Gvgvsse propose de me rejoindre à la Madeleine en Velib. Je lui fais remarquer par texto que cela risque de ne pas être très pratique avec mes talons de 10 cm.
Il découvrira que ce n'était pas une façon de parler, je pense même que ces talons doivent en faire onze. Tant pis, je ferai du vélo nu-pied puisqu'il n'y a pas de picots sur les pédales (ce n'est pas pédaler qui est gênant avec des talons, ce sont les moments où l'on s'arrête: ça déséquilibre. Question d'habitude, après une première tentative, je garderai mes chaussures).

Donc Vincent me fait prendre un ticket pour une journée. Je ne sais pas si j'aurais essayé sans lui, à lire les journaux je ne comprenais plus s'il fallait un abonnement ou pas. Les bornes sont à la fois simples et compliquées, je crois que la première fois il doit falloir prendre son temps.

J'ai une illumination lorsque je gare mon vélo la première fois et que Vincent me fait remarquer que je peux réutiliser mon ticket pendant 24 heures: il suffit de rendre son vélo toutes les demi-heures, et en reprendre un, et c'est reparti pour une demi-heure gratuite... (mais Tlön a lu dans Libé qu'il fallait attendre dix minutes entre chaque emprunt. A vérifier (enfin, sans grand intérêt non plus, car on ne va pas changer de vélo toutes les demi-heures juste pour économiser un euro).

Le soir près de gare de Lyon toutes les stations sont pleines, je ne peux pas rendre mon vélo. Je découvre la rue Roland Barthes avec beaucoup d'émotion, ce n'est pas une rue, plutôt une large allée sous deux rangées d'arbres que je ne connais pas. Je finis par garer mon vélo assez loin et reviens à pied.
Le lendemain, j'emprunterai trois vélos dans la journée et j'attraperai un rhume. A 17 heures, je ferai cadeau de mon ticket à un couple en train d'essayer d'acheter un ticket (Il reste deux heures utilisables).

Le jouissif du vélo, c'est de pouvoir emprunter les couloirs de bus, même ceux à contre-sens.
Pauvres bus et taxis, les vélos sont une véritable plaie qui ralentit la circulation.
Il faudra que je regarde combien de minutes je perdrais à prendre un vélo plutôt que la ligne 14. Avoir une carte intégrale et une carte vélib', cela me paraît redondant.


PS: Vincent est un vrai chauffard à vélo.
PPS: Ce billet, bien sûr, parce que je n'ai rien à dire.


Adage de Gvgvsse à retenir : il faut surveiller les cons. (Je m'en suis déjà servi trois fois entre hier et aujourd'hui).

Two days in Paris

Ayant décidé ce soir de me coucher tôt, je cherchai un horaire de film acceptable et décidai d'aller voir Two days in Paris, 18h05. Je réservai par internet une place pour l'UGC de Bercy et me rendai aux Halles pour m'étonner de ne pas réussir à récupérer ma place aux bornes. Passons (c'est pénible, ces absences)).
Je me méfiais un peu, j'avais déjà repéré que les critiques de Zvezdo ne correspondaient pas à mon avis (une expérience avec Spiderman III, une autre avec je ne sais plus quoi), cela s'est confirmé: ce qui paraît lui plaire, le côté outrancier "anar-montmartrois" est ce qui me déplaît, la veine bite-chatte-poils-cul n'est pas trop ma tasse de thé.
Mais le reste est excellent, les dialogues sont vifs, on se retrouve perpétuellement entre cliché et réalité, en train d'avoir envie de protester (mais non, les Français ne sont pas comme ça) et de devoir reconnaître qu'on n'est pas si loin d'une certaine vérité. D'ailleurs une phrase du début le dit expressément: «C'est un cliché mais c'est vrai». (Importance du cliché et des clichés, la photographie est omniprésente.) Il y a d'ailleurs un rapport étrange à la vérité dans ce film; même tout à la fin, je ne suis pas sûre que Julie Delpy nous dise, à nous spectateurs, la vérité sur ses amants.
D'autre part, Julie Delpy a visiblement accumulé un lourd contentieux avec les taxis parisiens...
Pas tout à fait d'accord avec la fin (no spoiler, promis), mais je confirme: au bout de deux ans, on ne connaît pas l'autre. Au bout de vingt-et-un non plus, d'ailleurs. (Tant mieux, le contraire serait d'un ennui profond).

Le générique est étonnant, Julie Delpy est partout, montage, dialogue, musique, production, réalisation...

En sortant, pour confirmer une théorie exposée en début de film, je rencontre Matoo qui me parle de téléphones comme j'entendais autrefois les mecs parler de voitures ou d'ordinateurs.

Et maintenant, une glace devant la suite de Sex and the city (saison 1 épisode 2) and then to bed.

Conversation à deux blogs (canon)

Grâce à ce blog, j’avais repéré le «festival des jeunes talents» à l’hôtel Soubise. Le cadre semblait beau (j’aime les occasions d’entrer dans des endroits où je n’entrerais pas), le programme prometteur, je choisis naturellement un progamme chanté puisque c’est ce que je préfère et je proposai à Zvezdo de m’accompagner.

L’hôtel est très beau mais un peu vide, je regrette le meuble à consignes en mélaminé installé en bas de l’escalier monumental, il y aurait de quoi tailler plusieurs robes de bal dans les rideaux. Comme je discute avec Z., je ne détaille pas le public. Des couples âgées, des enfants, c’est varié et peu (pas) touristique.
La salle est au premier étage, grande, chaude (les fenêtres ne seront pas ouvertes, même le temps de l'entracte, dommage); au mur derrière l’estrade se trouve un grand tableau que j’essaierai de décrypter durant tout le concert: un navire empli de moines, de religieuses, de saints, est sur le point d’aborder le «port du salut», les occupants du navire remorquent deux barques et tentent d’aider à monter à bord par une échelle les passagers d’une troisième. Deux autres esquifs sont en train de couler, leurs passagers dévorés par des monstres marins, des cartouches indiquent les différentes hérésies auxquelles ils appartiennent. Les diables nautonniers ont de belles ailes vertes bordées de rouge. Le titre semble indiquer une typologie des religions : Tupus religionis.[1]

Henry Bonamy est blond, tout mince dans une veste qui lui arrive aux genoux, compromis étrange entre la queue-de-pie et la veste classique. Les deux musiciens doivent avoir terriblement chaud dans leur costume sombre. Thomas Dolié a les cheveux plus longs que sur la photo dénichée par Zvezdo, son visage m’évoque un peu David Fischer (de Six feet under). (Je fais ma sejan, là).
Bien entendu, je n’ai pas le recul que Zvezdo. Le chanteur me paraît agréable parce qu’il articule bien, et son agitation («il y met trop d’intentions», me dit Zvezdo (révolté par ce zhabité que je n’ai même pas entendu, me concentrant surtout sur les poèmes que je ne connaissais pas)) ne me déplaît pas : voilà un chanteur qui n’est pas loin du théâtre, pourquoi pas. Ce goût du mime semble mieux servir les textes légers, comiques ou satiriques, et Jules Renard lui convient mieux que Goethe.
J’attends avec curiosité une occasion de le voir à l’opéra.


Notes

[1] Une recherche permet d?obtenir une photo et quelques détails : ce tableau saisi dans la chapelle des jésuites de Billon a joué un rôle dans le procès des jésuites devant le Parlement en 1762.

Un pianiste pressé

En découvrant ce billet de Zvezdo l'année dernière, je m'étais promis d'assister à au moins un concert du festival cette année (XVIe ou pas (il faut reconnaître que l'assistance est "marquée", j'ai même vu un col cassé et un nœud pap sur un jeune homme dont le plaisir était sans doute d'en faire un peu trop (en revanche, je suis sûre que la grande blonde devant moi n'imaginait pas que je verrais son Tupperware vide dans son sac à main))), j'aime les roses et Chopin, et j'aime ce nom de Bagatelle, trois raisons d'y assister.

Evidemment, c'était loin de ressembler à ce que j'aurais imaginé, le parfum des roses dans le soir d'été: il faisait froid (H. m'avait apporté un pull à col roulé), il s'est mis à pleuvoir de grosses gouttes glacées pendant l'entracte (écourtée) à la suite de laquelle l'auditoire se moucha et toussa un peu trop à mon goût.

Je fus ravie de constater que les Kreisleriana étaient au programme, un peu surprise par l'interprétation de Laurent Cabasso, extrêmement rapide, ne laissant pas le temps aux notes, dans les mouvements lents, d'atteindre leur plénitude. Je mis cela sur le compte d'une déformation de mon oreille, habituée à l'interprétation de Maurice Pollini. (Je réfléchissais en écoutant que j'étais une auditrice, une spectatrice, une lectrice, d'habitudes: qu'on me change l'instrument, l'interprète, l'acteur, la mise en scène, les voix d'un film, ou même la couverture ou le format d'un livre, et l'œuvre n'est plus la même, je ne la reconnais plus, j'ai perdu mes repères. Mon rapport aux œuvres est construit d'une accumulation de détails).

Je dus reconnaître en écoutant Chopin que j'avais été indulgente en cherchant ainsi des excuses à Cabasso: les Mazurkas furent exécutées au sens propre, je saisis à peine la ligne mélodique de ces morceaux qu'il me semblait pourtant connaître, et les pauvres Mazurkas finissaient par se confondre avec les mouvements rapides des Kreisleriana, tout ressemblant à tout… Très étonnant.

Bon, ce n'est pas grave, mon côté XVIe s'accomodera d'un autre concert, surtout s'il fait beau (et chaud). Cela donnera une seconde chance à H. (se raser) et à C. (ne pas mettre de baskett) de s'intégrer dans le décor. Et cela donnera une seconde chance à Chopin.

Billet rapide qui n'a peut-être rien à faire là

La radio de l'Institut de France.

Un blog très parisien (je regrette d'avoir raté l'exposition sur Calamity Jane).

Pour Didier, un annuaire de sites économiques et un site "cool tools" sur la veille (un grand classique).

Un institut danois qui tente de prédire l'avenir, avec malheureusement peu de documents accessibles: prospective sur la famille en 2017 et l'égocentrisme (études à visée marketing, bien entendu).

Un site (le site?) américain qui étudie l'impact d'internet, économique et social.

Un document qui me fait toujours rire: l'art de rédiger des polices d'assurance maritimes.

Et quatre pages sur les pandémies de grippe pour faire bonne mesure.

Ajout du 15 juin : Les aventures d'un tee-shirt dans l'économie globalisée est disponible en français.
Le bulletin des bibliothèques de France (je vous propose par exemple un article de Maxime Rodinson sur la translittération).

Avis aux amateurs (parisiens) : on brade

En passant rue Danièle Casanova hier soir, je remarque une grande affiche blanche dans la vitrine de Brentano's. Au feutre est inscrit en grandes lettres maladroites «Pléiade - 20%».
Je m'approche, un avis orange est scotché sur la vitrine, qui dit en substance: «Notre propriétaire, la BNP, ayant de décider de doubler notre loyer, nous sommes obligés de réduire notre surface et de recentrer notre activité. Le rayon littérature va être abandonné.» A l'intérieur du magasin, le déménagement a commencé.

Donc si vous avez le temps de passer chez Brentano's (avenue de l'Opéra) aujourd'hui… (Pour ceux qui ne connaissent pas, il y a également énormément de livres de poche et de livres grand format dans cette librairie). N'empêche, cela me fait de la peine. Quand je pense que la BNP "communique" sur son mécénat culturel…
Il y avait Maroussia, dont j'ai oublié le nom de famille. Je l'ai emmenée un jour à la librairie Brentano pour lui montrer les portraits de Walt Whitman. En sortant, le vendeur, qui était mon ami, me fit un sourire en hauteur et me lança un clin d'yeux qui me laissa tout déconcerté, et dont je n'ai pas encore compris le sens exact. J'aimais beaucoup la librairie Brentano; même, de mes dix-huit ans à mes vingt-et-un an, elle a été mon principal lieu de plaisir. J'aimais à me sentir dépaysé, à la façon de des Esseintes dans les bars et les brasseries anglaises de la rue d'Amsterdam. Du reste, nous éprouvions tous le besoin de nous dépayser; nous affections de ne considérer Paris que comme une de nos capitales, et secrètement nous nous apppliquions la phrase de Nietzsche: «Nous autres Européens». Ce n'était pas pour rien que notre revue allait s'appeler: «L'œuvre d'Art International»! Oh, les belles Américaines que je frôlais parfois — Excuse me — entre les corps de bibliothèque de chez Brentano! Je rêvais, non seulement de me faire aimer d'elles, mais aussi de leur faire connaître la littérature française contemporaine, de leur traduire, en quel anglais et avec quel accent effroyable, tu vois ça d'ici, les «Moralités légendaires», ou même «Maldoror». Mais elles étaient peu préparées pour cela, je crois; peut-être même qu'elles ne connaissaient pas Whitman! C'était probable en effet, car en fait de poètes américains, c'était surtout Ella Wheeler Wilcox qu'elles achetaient. J'étais un des rares clients français de Brentano, je veux dire des clients assidus, qui venaient trois ou quatre fois par semaine. Après avoir eu à mon égard une attitude très réservée, on finit par m'admettre, et par me laisser fouiller partout, même au sous-sol. A vrai dire, presque tout l'argent dont je disposais passait là!

Valery Larbaud, conversation avec Léon-Paul Fargue, en préalable à Cartes postales (Gallimard poésie), p.48

Pars vite et reviens tard

H. étant un fan de Fred Vargas, nous sommes allés voir Pars vite et reviens tard.

L'impression est mitigée. Je ne me suis pas ennuyée, ce qui n'est déjà pas si mal (cela renseigne peu. Précisons (au risque de faire hurler Patrick): je ne m'ennuie pas devant Tais-toi! ou Bernie ou 8 femmes ou Ridicule, je m'ennuie devant Chacun cherche son chat ou Y aura-t-il de la neige à Noël? ou La Comédie de l'innocence ou Merci pour le chocolat. A bas les films intimistes à la française!)

La moitié des acteurs (dont Marie Gillain, je suis un peu déçue) ont l'air mal à l'aise devant la caméra. («Quel est le meilleur acteur français? Gérard Depardieu, hélas», est une paraphrase tentante.) Je n'ai pas réussi à trouver le nom de la black qui joue la pensionnaire sans papier (Lisbeth). Elle est bien.
C'est un film pour Parisiens, de préférence flânant souvent près de Beaubourg. J'ai beaucoup aimé les images des places, des toits, des ciels, des feuilles d'automne, du cimetière, des maisons en briques rouges de Clichy, j'ai été agacée par la caméra toujours en train de bouger, de zapper, incapable de prendre son temps devant ce qu'elle montre comme si elle avait peur de nous ennuyer, incapable de nous imposer son point de vue, en un mot manquant d'autorité. Agaçant également les couleurs, trop vives ou assombries, comme vues à travers de la fumée. Jeu réussi sur les lumières floutées, en revanche.
L'histoire tient moyennement debout mais ce n'est pas très grave.
Pensé fugitivement à Tlön et à Conrad en entendant: «En Afrique, on perd très vite ses repères, tout devient possible.»


En sortant, C. demande : Tu crois que c'est vrai, l'histoire du diamant à la main gauche pour se protéger de la peste?
H. répond oui, il a vérifié après avoir lu le livre.
— Tu as vérifié sur internet?
— Oui…
— Alors c'est l'histoire d'un mec qui lit Pars vite et reviens tard puis qui écrit un article dans wikipédia consulté ensuite par un mec qui veut vérifier les informations contenues dans Pars vite et reviens tard
J'étais morte de rire et H. pas content.

Ah, et puis il faut que je pense à mettre une pipette anti-puces aux chats ce week-end (c'est toujours moi qui me fait piquer, désormais je sais que j'ai le sang le plus chaud de la famille).

Sous la coupole

Lundi, par la vertu du prix et de l'invitation de Rémi, j'ai assisté à la séance solennelle de la rentrée de l'Académie des sciences morales et politiques.

Dans un sens c'était un peu décevant: j'attendais des ors et du velour cramoisi, il y avait de la pierre blanche et des fauteuils verts et gris. Les sièges sont disposés en croix, les rangs s'élèvent du centre vers les bords. La garde civile (?) est là lors de l'entrée des académiciens au son des tambours, les broderies des habits verts ne sont pas toutes les mêmes, cela dépend-il du couturier choisi ou du goût de l'académicien? Le tailleur de Madame Carrère d'Encausse est très seyant.

Le garde des sceaux a été installé au centre de la croix laissé vide par les fauteuils, juste en face de la tribune. Impossible pour lui, donc, de s'endormir discrètement durant le long discours du président Damien, discours intéressant d'ailleurs, mais péchant un peu par le ton monocorde sur lequel il fut débité. Le président Damien fit remarquer que chaque fois qu'un thème lui avait été confié, celui-ci s'était retrouvé au centre de l'actualité: en 2005, tandis que l'académie des sciences morales et politiques se penchait sur la jeunesse et son malaise s'embrasaient les banlieues, en 2006, tandis que l'académie étudiait l'état de la justice en France éclatait l'affaire du petit juge d'Outreau.
M.Damien fit très justement remarquer que si les prévenus n'avaient pas été placés en détention préventive au début de l'affaire, les médias auraient crié au scandale, puisque c'est bien connu les enfants ne peuvent mentir; et le président de raconter une nouvelle d'Anatole France, Monsieur Thomas: du temps de la guerre entre école laïque et école religieuse, un instituteur fut accusé de maltraiter ses élèves en les faisant asseoir cul nu sur un poêle rouge. Tous les élèves, habilement questionnés, témoignèrent en ce sens, jusqu'à ce que l'instituteur démontre qu'il n'y avait pas de poêle dans sa classe. Il fut réintégré, mais tant chahuté qu'on dut le changer d'académie. Las, «Il fut envoyé dans un village où l'on parle un patois qu'il ne comprend pas. Il y est appelé Grille-Cul. C'est le seul terme français qu'on y sache.»

Je ne peux rapporter le discours, car je n'ai pas pris de note. Dans l'ensemble, M.Damien se déclare plutôt satisfait du fonctionnement de la justice. Son discours se terminait par trois conclusions, je n'ai retenu que la deuxième, à l'intention des magistrats et élèves magistrats: «Lisez Anatole France, vous y apprendrez tout ce qu'il faut savoir sur la justice», et de citer Le crime de Sylvestre Bonnard, La rôtisserie de la reine Pédauque à propos de l'affaire du canal de Suez et L'Île des Pingouins à propos de l'affaire Dreyfus.

Enfin, le président Damien est passionné de médailles et décorations et compte s'y consacrer dès qu'il ne remplira plus la charge de président (passion qui se nomme la phaléristique). Il a chaudement recommandé un livre de Pierre Rousseau, Ordres et décorations de l'empire chérifien au temps du protectorat français au Maroc 1912 - 1956.

Lors de la remise des prix (il y en a pléthore, et c'est un ballet bien réglé: chaque récompensé se lève à l'appel de son nom et de son prix, l'assistance applaudit, puis une fois l'ensemble de la section appelée (philosophie, droit, histoire, etc), tous les récompensés d'une même section se lèvent et sont réapplaudis, collectivement cette fois, tandis que crépitent les flashes), j'ai été surprise d'appendre que nombre d'entre eux ont été créés ou sont créés par de riches veuves honorant ainsi la mémoire de leurs maris.

Catherine Chalier a été récompensée. Cela me fait plaisir. Je suis contente de l'avoir vue. Dieu qu'elle a l'air austère.

Boire de la Guinness à Paris

Je n'arrive pas à trouver un site qui récapitule les bars qui servent de la Guinness à Paris.

Je vais commencer une liste, toute petite, que j'enrichirai.
1e arrondissement
Quigley's Point, 5 rue du Jour - 01 45 08 17 04 un endroit pour une paix royale (je ne parle pas de silence, mais de serveurs absolument non-envahissants). Pratique pour donner des rendez-vous près des Halles (à condition d'aimer la Guinness): c'est juste en face de l'entrée de St-Eustache. Permet de grignoter, pas de prendre un vrai repas.

Carpe diem, 21 rue des Halles - 01 42 21 02 01
bar et restaurant
à essayer : le camembert au sirop d'érable. De façon générale, bonne cuisine. Musique souvent trop forte. Jeux d'échec.

Carr's, 1 rue du Mont Thabor - 01 42 60 60 26
bar et restaurant
une déception. C'était autrefois un endroit irlandais "typique", avec feu de bois dans la cheminée l'hiver. Il est désormais tenu par un asiatique (marié à une Irlandaise? je n'ai pas très bien compris) Ils sont très gentils, mais la carte y a perdu, et le charme aussi.

Hall's Beer, 68 rue Saint-Denis, 75001 Paris - 01 42 36 92 72
bar et restaurant
Honnête.

2e arrondissement
Kitty O'Shea's, 10 rue des Capucines - 01 40 15 08 08
brasserie restaurant
fabriquait autrefois un excellent pain, malheureusement abandonné. Cuisine en baisse.

4e arrondissement
The Auld Alliance Pub, 80 rue François Miron - 01 48 04 30 40
pub écossais fermé le midi en semaine. Les murs racontent l'histoire de l'alliance franco-écossaise depuis plusieurs siècles (je ne me souviens plus des dates…)
Mon deuxième préféré.

5e arrondissement
La Taverne de Cluny, 51 rue de la Harpe - 01 43 54 28 88
étonnant de trouver un bar d'habitués à deux pas de la folie touristique.

Connolly's Corner, 12 rue Mirbel - 01 43 36 55 40
Petit, décoration à base de cravates et de tonneaux, balades irlandaises.

8e arrondissement
Le Bugsy's, 15 rue Montalivet - 01 42 68 18 44
bar et restaurant à essayer : les beignets de brie. Photos des années 30 (prohibition), géniale photo dans les toilettes des femmes (un homme en costume et cravate sur la plage vérifiant avec un double centimètre la conformité de la distance entre le bas du maillot de bain et le genou dénudé d'une baigneuse).
Celui que je fréquente le plus régulièrement actuellement.

Le Week End, 3 rue Washington - 01 45 63 45 49
bar et restaurant
à trente mètres des Champs-Elysées, une ambiance de café de quartier le matin, une cuisine simple et soignée. Chaudement recommandé pour déjeuner simplement quand on est sur les Champs.

9e arrondissement
Au General La Fayette, 52 rue La Fayette - 01 47 70 59 08
brasserie

Molly Malone Lounge Bar, 21 rue Godot de Mauroy - 01 47 42 07 77
bar café
tout petit, une façade de bar à putes (d'ailleurs il y en a encore quelques unes dans la rue). Idéal pour rendez-vous discret.

13e arrondissement
Le Bistrot Irlandais, 15 rue de la Santé - 01 47 07 07 45
restaurant
excellent restaurant, et patrons adorables (au début de leur installation, ne prenant pas la carte bleue, ils vous donnaient une enveloppe pour leur envoyer un chèque quand vous n'aviez pas d'autre moyen de paiement).

17e arrondissement
The James Joyce Pub, 71 Boulevard Gouvion-Saint-Cyr - 01 44 09 70 32


Boire de la Guinness en banlieue
Neuilly
St John 's Pub, 188, avenue Charles de Gaulles à Neuilly/Seine - 01 46 24 59 90
Un intérieur comme je les aime, sombre avec du parquet et des maillots de rugby. Ompniprésence d'écrans de télévision tous branchés sur la même chaîne de sport. Cuisine irlandaise.


Boire de la Guinness en province
Loire Atlantique
Café Le Transat, 7 rue Keroman à Piriac-sur-Mer (44420) - 02 40 23 62 10

Une valeur sûre

— Le meilleur ami de la femme, eh bien, j'vais vous dire, moi, c'est Picard ! D' toute façon maintenant y sont divorcés au bout de six mois, mais vingt ans après, Picard il est toujours là !

(François du Saint Pourçain, rue Servandoni)

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Agenda
Ne manquez pas cette info.

PS : Ce soir un immortel m'a fait la bise, vous croyez que c'est contagieux ?

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quelques explications ajoutées le 20 septembre 2016.
Ce soir-là, Paul et moi avons pris un verre avec René de Obaldia, qui était un élève du beau-père de Paul.
Paul se souvenait les avoir vus tous les deux dans le salon de son beau-père, et des virées à Chartres (il était également question de Jacques Laurent, mais je ne me souviens plus de l'embranchement vers cette histoire-là.)
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