Billets qui ont 'Seine' comme autre lieu.

Seine

Une photo des abords industriels plus près du club, pour changer. Gris sur gris.

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Encore un dimanche




Très bonne sortie ce matin. Yolette Lifa. A la nage, Virginie, Florence, Vincent, Magali.
Dormi tout l'après-midi en sentant mes muscles récupérer.


Elections régionales: je n'ai pas écouté de près, pas trop envie, mais j'ai cru comprendre que le FN était à 27%. Comment expliquer que je suis embarrassée d'être blanche dans le RER tard le soir. Pas effrayée, non1, gênée, comme quelqu'un qui aurait toutes les chances parmi des gens qui en ont moins.





Photo prise à 23 heures 16.


1 : j'ai cru m'étrangler en voyant une gourde ex-députée sur la liste de Dupont-Aignan dire (écrire) qu'«elle n'osait plus sortir le soir, prendre les transports en commun».
Viens avec moi ma poule, accompagne-moi une semaine et tu verras que ça se passe très bien, c'est même une expérience humaine curieusement chaleureuse et paisible: nous sommes ensemble dans notre fatigue et nous rentrons chez nous ensemble dans la nuit.
Arrête de circuler en voiture avec chauffeur.

Incendie

COP21, Daesh : j'ai l'impression d'être dans un immeuble en feu (genre La tour infernale) dans laquelle se terre un assasin à kalachnikov (genre 58 minutes pour vivre): si vous vous occupez de l'assassin, vous n'avez pas le temps d'éteindre le feu, mais si vous vous occupez du feu, vous risquez de vous faire descendre par l'assassin.



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Agenda
Hier soir, concert gais. Toujours aussi plaisant.

Ce matin, il fait doux et gris.



Yolette Lifa. Stéphane, Philippe, Florence, Céline, moi. Bateau agréable car très bien réglé.

Dimanche

Bien failli ne pas aller ramer: une voiture qui ne démarrait pas, l'autre qui n'avait plus d'essence alors que j'étais déjà en retard. Mais il faisait si beau, c'est si important de profiter de tout cela, avant le mauvais temps et les crues.

Yolette de couple: Franck, Stéphane, Carole, moi, Yannick.
Trois photos de suite pratiquement au même endroit. Coup de chance.





Spectre. La salle de ma ville est pleine. Bien moins trépidant que le précédent, pas de scène marquante même si je suppose que les courses poursuites sont des chefs d'œuvre de précision. Il y a vraiment trop de données sorties d'un chapeau (comment M. sait-elle qu'il faut assister à l'enterrement du mafieux? Comment connaît-elle ce mafieux? Est-il vraisemblable que Bond ne neutralise pas la caméra du roi pâle? etc, etc…)
L'inquiétude mise en scène est celle que nous sommes en train de vivre: doit-on accepter la collecte de l'information au prix de la disparition de toute vie privée, à laquelle s'ajoute la question classique: doit-on admettre un gouvernement fort au prétexte de rétablir et maintenir l'ordre et la paix? (mais peut-être faudrait-il problématiser la différence entre l'ordre et la paix).

Bataille autour de la tarte aux pommes quand soudain la voix du chef scout s'élève:
— La seule raison de regarder dans l'assiette de ton voisin, c'est de vérifier qu'elle est suffisamment remplie.
Ça m'a fait rire. Les principes simples, c'est structurant.

Premier dimanche après l'attaque

Sortie en yolette de pointe.
Plus de feuilles, ciel et Seine bleus (très rare, je l'ai toujours vu verte).
J'ai tâché de prendre une photo horizontale, pour une fois.


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A. est partie avec la Coccinelle. Nous conservons sa voiture pour que O. s'entraîne un peu sur boîte manuelle.


En découvrant la difficulté à identifer les morts et les blessés, je me faisais la réflexion que nous portons rarement de quoi nous identifier sur nous-mêmes, mais plutôt dans des sacs vite oubliés dans la panique.
Et je me disais que j'allais peut-être recommencer à coudre des étiquettes dans les manteaux et vestes de la famille. Est-ce une pensée morbide? (Ou juste pratique? Ou les deux?)

Plumeau peupliers

Huit de pointe. La première fois depuis trente-cinq ans, au moins. Ou la première fois tout court, je ne sais plus, en fait.
Il ne me reste plus que le quatre de pointe à essayer.

Caroline, ancienne internationale en train de monter dans son skiff:
— Oh, un huit, ça ne se retourne pas. Mais ça peut casser.

Franz, entraîneur : «en huit, deux règles de base: être assis sur ses deux fesses et ne pas plumer» (ce qui signifie qu'il ne faut pas tenter de trouver l'équilibre en compensant par le corps ou la pelle mais travailler la hauteur de mains).

Un peu moins beau que dimanche, mais encore jambes et bras nus.





PS : j'ai téléphoné à ma tante qui travaillait à la sécurité sociale. Anecdote:
— Un jour, il fallait aider quelqu'un à remplir la déclaration de sa femme qui était enceinte. Il a coché "oui" à la question "s'agit-il d'un accident?" Impossible de lui en faire démordre, même en lui expliquant que pour nous, cela signifiait qu'un tiers était impliqué.
— Après tout, c'était le cas. Avec de la chance, c'était peut-être lui.

Toussaint

Magnifique matinée. Difficile de se croire en novembre. 17° au retour de Melun.





A nos sociétaires morts pour la France

A midi, j'ai vu quatre embarcations vénitiennes (dont deux gondoles) passer sur la Seine. Peut-être des équipages de l'ACBB s'entraînant pour la régate des bateaux historiques?
Mauvaises photos, dommage.


En quittant le bureau, je suis passée devant les plaques commémoratives de la SACEM à Neuilly que je n'avais jamais remarquées:


La mort

A. voulait faire des études d'ostéopathie équine. Pour être admise à l'école, il fallait écrire une lettre de motivation. A ma grande surprise, elle avait des arguments extrêmement précis; en particulier, elle expliquait qu'elle ne voulait pas devenir vétérinaire car elle ne voulait pas euthanasier d'animaux.

Elle est à l'école à Lisieux, et cela lui plaît tant, la région et les gens, qu'elle ne rentre jamais, sauf pour les anniversaires ou comme à présent pour un job d'été. Elle a passé le dernier mois dans un haras qui à bien y regarder est surtout une ferme. Elle nous raconte ses aventures (Martine à la ferme) avec son habituelle vitalité et c'est assez étrange de la voir ainsi "boucler" sur nos souvenirs d'enfance qu'elle n'a pas connus:
— Oui alors tu comprends, c'est un veau, enfin une génisse, qui a perdu sa mère à la naissance, il a été élevé au biberon. Il avait rejoint le troupeau et il fallait absolument la séparer, parce qu'elle n'a qu'un an et qu'il ne faut pas que le taureau la saillisse…
— Il y a un taureau dans le troupeau? (De la saillie libre, je ne pensais pas que cela se pratiquait, ou alors par emprunt d'un taureau, quelques jours)
— Oui, et même deux, un jeune et un vieux. D'ailleurs (un autre jour, je vous épargne le contexte) Luc m'a dit: «Paulette, va réveiller le taureau…
— Paulette?
— Oui, il appelle toutes les filles Paulette: «Paulette, va réveiller le taureau et amène le au pré» et il m'a tendu un bâton…
— Et alors, tu lui as donné un grand coup de bâton sur les fesses?
— Euh non, j'ai sifflé et j'ai frappé par terre, il a ouvert un œil et il a fait tout un détour au lieu de passer au milieu de la stabu et si je me mettais sur le côté il allait de l'autre et Luc qui criait «Alors ça vient ce taureau?» «Ça vient, ça vient».
[…]
— J'ai même pas réussi à leur voler un kilo de miel sur les cent cinquante que j'ai aidé à récolter. Si tu veux, il m'a parlé d'une ruchette… (je lui avais dit que j'aurai volontiers eu quelques ruches quand j'avais appris qu'elle avait acquis des notions d'apiculture.)
— Inutile, papa ne veut pas.
— Ce n'est pas que je ne veux pas, c'est interdit en zone urbaine.
— Comment ça, il y en a même sur les terrasses des Champs, ce n'est pas urbain, peut-être? D'ailleurs, je me demande ce qu'elles butinent.
— Aucune importance tant que ce n'est pas du colza!
— Pourquoi, ce n'est pas bon?
— Ça durcit très très vite, c'est impossible à manipuler, on ne peut rien en faire.
[…]
Elle raconte les poulets, la machine à plumer, les coqs de trois ou quatre kilos portés à bout de bras, la conduite du tracteur sur cent mètres:
— L'accélérateur était très sensible, et avec les ornières, ça cahotait, je faisais des à-coups sur la pédale. J'ai découvert que ça allait mieux en me calant au fond du siège (Ce n'est pas que ça cahote moins, c'est qu'alors tu fais partie du système, glisse son frère), mais c'était taille Luc, alors je ne touchais la pédale que de la pointe du pied. […] On a rentré le foin […] On n'a pas le droit d'élaguer en juillet à cause des naissances […]
[…]
— Les agriculteurs avaient bloqué les ponts, il devait livrer des cochons d'Inde à une animalerie, il a mis quatorze heures a faire l'aller-retour Lisieux-Lille.
— Et les cochons d'Inde, ils ont supporté le trajet?
— Oui, c'est l'aller-retour qui faisait quatorze heures. Mais il y a eu des morts dans les lapins béliers, ils supportent très mal la chaleur. Même dans leur bâtiment ventilé, il y a des morts presque chaque matin.

— De toute façon, conclut-elle avec une pointe de regret qui ne l'empêche pas de dévorer le poulet qu'elle nous a ramené de la ferme, ce stage a été très instructif. Je n'ai jamais autant côtoyé la mort que durant ce mois.


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Sortie dominicale : 12 km en skiff.


Sur l'eau

De nouveau ce soir j'ai traversé toute la région parisienne pour aller ramer. Il fait nettement plus froid que la semaine dernière.

Manu se moque gentiment de moi :
— Alors, cette détente?
— J'y travaille. Dimanche j'ai fait du fun skiff.
— Du fun skiff? Non non, tu dois sortir en skiff.

Sa théorie est que je me suis trop habituée aux bateaux stables (le fun skiff est plus large que le skiff). Il est normal qu'un bateau fin soit en déséquilibre, m'a-t-il expliqué (et savoir que c'est normal, que ce n'est pas un défaut de ma part, me soulage déjà), il faut juste l'accepter. Et pour s'y habituer, l'accepter, il faut sortir en bateau fin.


Une douzaine de kilomètres.
Comme des orages sont prévus, il y a eu des lâchers d'eau en amont, et la Seine charie des branches, des bûches, des troncs, parfois impressionnants, dangereux pour nos coques.
J'ai l'impression que je suis un peu moins tendue.





Printemps

La photo du dimanche matin. Diversité de l'arrivée du feuillage, gamme des verts. Chant du coucou, mon premier cette année. Temps magnifique (ajouté à la voiture décapotée => coup de soleil sur le front).





Pas de jardinage (et pas d'excuse).

Pâques

Journée sans histoire. Il fait beau depuis la première fois depuis longtemps (les week-ends où il pleut me donnent une excuse pour ne pas travailler au jardin).
Je me rends compte en téléphonant à mes parents que l'aviron me fournit un sujet de conversation facile: si je ne peux parler ni de théologie (sujet ne concernant malgré tout qu'u public restreint) ni de littérature (atteignant un public plus large mais source potentielle de nombreux malentendus quant à l'acception de "littérature"), l'aviron est un sujet libre, sans danger.

Je taille sévèrement deux rosiers sur les quatre devant la maison (la suite demain). J'espère ne pas le regretter.

The big bang theory 6. Ayant fini les petits travaux de couture (boutons du manteau de O: cela doit faire trois fois que je les recouds, cette fois-ci j'ai fait une expérience, j'ai utilisé du fil élastique (blanc que j'ai noirci au marqueur)), je reprends le pull abandonné depuis six mois. Je fais le point dans les diminutions des emmanchures, j'en suis en haut du dos, encore cinq centimètres avant de rabattre (ceci pour mémoire si je mets trois ans à le terminer: j'aurais une trace de mon avancée)).





Début avril, pas encore de feuilles.

Coulera, coulera pas ?

J'ai vu arriver cette péniche de loin en traversant le pont de Neuilly. Interloquée, je me suis arrêtée sur la rive pour la voir passer. J'ai pris des photos pour vérifier que la photo montrait la même chose que ce que je voyais (non, ce n'est pas toujours le cas, avec la déformation des lentilles. Reste à savoir qui de l'œil ou de la photo rend mieux compte de la "réalité". C'est un autre débat.)





Pas grand chose

Décapoté la voiture pour la première fois depuis l'achat du sapin de Noël.
Giboulées de mars. Nous avons ramé sous l'éclaircie.
Acheté un "gilet technique" et un tee-shirt manches longues aux couleurs du club. Plaisir enfantin.

J'ai pris une photo plus rapprochée. Pas de bourgeons. Plus tard, un rayon de soleil a fait jouer les différentes couleurs d'écorce et de branches, mais je ne pouvais pas décemment demander d'arrêter le bateau pour faire une photo!
Ici il s'agit d'une pause pour enlever les blousons — j'étais à la barre. Vous voyez les derniers "bouillons" des derniers coups de rame avant l'arrêt.





La chienne tient le coup. Je téléphone tous les soirs à ma tante pour qu'elle aussi tienne le coup. Elle se projette trop dans le temps, elle anticipe trop de catastrophes, elle a du mal à ne penser qu'à la journée en cours. Un peu contrôle-freak, défaut de la branche maternelle que je partage facilement.

Récupéré le benjamin fatigué mais content. Demain retour aux horaires contraints. Je n'aime pas ça.

Est-ce que j'ai une gueule d'alternatif ?

Vendredi matin en écoutant France Musique, j'entends Christel Baras parler d'un casting, celui d'Adèle Haenel (je cite de mémoire, écoutez l'émission pour juger à quel point je déforme): «je cherchais une enfant, j'avais une idée assez précise, une enfant d'un milieu alternatif, une famille où il n'y ait pas la télé, des enfants non formatés…»

J'éclate de rire: ainsi donc nous sommes une famille alternative? Ça alors. Pour moi, "alternatif", c'était intermittent du spectacle, artiste, quoi.

Plus tard encore, en réfléchissant à cette association alternatif/intermittent, j'ai compris que c'était à cause de l'électricité: la seule chose que je connaisse qui soit alternative, c'est le courant, et l'opposé, c'est "continu". Et le contraire de continu, c'est intermittent. CQFD.



Superbe soleil ce matin, peu de rameurs pourtant, sont-ce le froid ou les vacances?
Photo prise à l'aveugle car mon téléphone saturait et ne renvoyait qu'une image noire. (Il faut dire que ce sont des photos toujours prises très vite, en une seule prise, pour ne pas faire attendre les autre.)
11h36 en regardant vers l'amont. Barreur, en me retournant.

Deux jours

Samedi : glandé (après m'être fidèlement levée à 4h56 pour travailler une heure quoi qu'il arrive, comme j'essaie d'en prendre l'habitude (cela m'arrive régulièrement: je me dis que je ne peux pas travailler le soir car je m'endors, alors il faut que je travaille le matin; puis je n'arrive pas à me lever le matin — alors je me dis que je vais travailler le soir. (Un jour j'arriverai à établir une routine, je me le jure !) Comme c'était samedi, je me suis recouchée.) Paresseusement vidé la chambre de A. pour Baptiste qui vient deux jours. Passé beaucoup de temps sur internet. Je me suis aperçue que le blog de writ était toujours actif: mais pourquoi l'avais-je cru abandonné? J'ai oublié.
Note pour mémoire : les procès avec JA arrivent à terme et celui-ci souhaiterait qu'on efface tous les billets relatifs aux procès ("différends", s'exprime pudiquement l'avocat): il faut donc en conclure que JA n'a rien compris à ce qui m'avait (nous avait) motivée à l'origine: qu'il cesse d'effacer ses méfaits en intimidant ses victimes.

Dimanche : sortie pour la première fois depuis le 25 janvier. Très belle sortie, à la nage, équipage parfait et bassin plat. Personne ou presque, les jeunes sont en vacances.

Je vais essayer de mettre une photo à chaque sortie dans l'espoir de saisir l'arrivée du printemps, mais ne vous faites pas trop d'illusions: je suis nulle pour ce genre de choses, j'oublie de prendre les photos, les photos ne comptent pas assez pour moi.

10h50, en regardant vers l'aval. A partir du ponton.




Un huit (de pointe!) est envisagé, le bateau est préparé. Paradoxe: à Neuilly, Vincent très attentif à la sécurité projette de nous faire ramer en huit (de couple) sans s'inquiéter de l'étroitesse et du peu de longueur du bassin; à Melun où tout est plus laxiste, où nous disposons de quinze kilomètres de bassin et de la largeur de la Seine pour tourner, mes compagnons de ce matin paraissaient persuadés que nous n'y arriverions pas, et d'abord à rassembler neuf personnes qui ne feraient pas faux bond. (La première difficulté en huit est d'être discipliné et fiable: il faut être là et à l'heure, sinon le bateau ne peut pas partir. Je ne comprends pas pourquoi ce serait plus difficile que de réunir une équipe de foot, mais les autres rameurs ont l'air pessimistes. D'un autre côté on peut jouer à dix tandis qu'on ne peut pas ramer à sept dans un huit.)
Je convainc Stéphane de prévoir une yolette de pointe la semaine prochaine. A suivre!

Je commence le "nettoyage" des deux blogs: passage en html, conversion des photos, indexation de vehesse, en travaillant jour par jour (par exemple, aujourd'hui, revu tous les billets publiés un 15 février). J'ai l'impression que ces travaux font remonter le googleranking. En tout cas les stats remontent sans que je sache pourquoi car les stats de free ont diminué en qualité et ne donnent plus les mots-clés des recherches ou les sites ayant mis un lien vers mes blogs.

Incidemment, il se trouve que c'est le 15 février 2011 que j'avais expliqué pourquoi JA était poursuivi au pénal. Quand je pense que s'il n'a pas été condamné à publier le jugement sur son blog, c'est parce que les juges ont estimé qu'il s'était écoulé trop de temps depuis les faits!

Dimanche

A Melun pour rien — accès au ponton inondé, débit à 585 m3/s. (La limite pour "sortir" est à 500).
En face du club, l'eau arrive au ras de l'île sur laquelle est bâtie la prison. Le ponton n'est plus accessible.





Le Revizor au théâtre de la Tempête. Spectacle s'appuyant sur un mot de la fin, "pantin", avec une mise en scène insistant sur la farce et le grotesque.

Dimanche

Aviron pour la première fois depuis quinze jours. Peu de monde, yolette de trois rameurs + un barreur. Il fait doux (photo 11h46 en regardant vers l'amont. Au quatre).


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Caligula à l'Epée de Bois l'après-midi. Formidable, mise en scène à la fois sobre et baroque (les deux, oui : peu de moyens, beaucoup d'effets).

Pour le reste, découvert qu'on ne dit pas cardamone mais cardamome.

Eaux brunes

Impossible de ramer la semaine dernière pour cause de brouillard.
Aujourd'hui, le courant est rapide et le niveau de la Seine a beaucoup monté. L'eau est brun sale et charrie beaucoup de déchets, à commencer par des débris végétaux, branches et troncs, dangereux pour nos coques. Les péniches semblent dévaler la Seine comme les enfants une pente: «Normal, explique quelqu'un, il faut qu'elles aillent plus vite que le courant pour être manœuvrables.» Mais oui, c'est évident, c'est une question de physique.
Je contemple les arbres et me dis que j'ai été absente trop de week-ends: je n'ai pas vu la dernière chute de feuilles.

Monté la crèche, décoré le sapin.

Je continue mes notes sur L'Eglise de Congar. Livre aride, technique, dont le titre complet devrait être quelque chose comme L'évolution de l'idée d'Eglise à travers deux mille ans de christianisme. Exemple : le détournement de la pensée de Gélase:
«Il existe en effet deux instances par la primatie desquelles le monde est régi: l'autorité sacrée des pontifes et le pouvoir royal. En cela, la charge des évêques est d'autant plus importante qu'ils auront à répondre, au tribunal de Dieu, pour les rois eux-mêmes» «Duo quippe sunt, imperator auguste, quibus principaliter mundus hic regitur: auctoritas sacra pontificum et regalis potestas. In quibus tanto gravius est pondus sacerdotum, quanto etiam pro ipsis regibus hominum (domino?) in divino reddituri sunt examine rationem.»

Yves Congar, L'Eglise, p.32-33 (Cerf, 1970)
Au VIIIe et IXe siècles, cette citation est reprise dans un autre contexte:
Le Christ est à la fois prêtre et roi, selon le type biblique de Melchisédech. […] C'est pourquoi les deux pouvoirs, que le Christ réunit, se trouvent, mais séparés, dans son corps fait des fidèles. […] Et l'on cite le texte de Gélase, «Duae sunt» (supra, p.52)

Mais ce texte a subi ainsi un changement profond de sens. Pour Gélase, c'était le monde, mundus hic, qui était régi, comme par deux principes, par les évêques et par les rois. Pour l'épiscopat carolingien, c'est l'ecclesia-corpus Christi, l'Eglise-Corps du Christ. C'est au point que, si le texte de Gélase est souvent cité avec les mots originaux «mundus hic», «ce monde», bien que dans un contexte d'application à l'ecclesia, il arrive que les mots «mundus hic» soient remplacés, dans la citation même, par ecclesia ou, en tout cas, que le gouvernement de l'ecclesia soit attribué aux pontifes et aux rois. […] Ainsi ecclesia désigne, non plus (seulement) ce que nous appelons l'Eglise, mais le peuple des baptisés ou des fidèles, la société des chrétiens.

Ibid., p.52-53

Brume

Tellement de brouillard sur la Seine à Melun qu'on ne voyait pas les péniches qui passaient. Sorties interdites, pourtant un huit est parti dans le coton. Je songe à une nouvelle de Maupassant (mais laquelle?). Je regrette de ne pas avoir pris de photo: qu'aurait-on vu, qu'aurait-on compris?

Dormi tout l'après-midi. Je respire comme une bouilloire.



Je feuillette le Chenu acheté hier et trouve ces lignes de St Hilaire de Poitiers cité par Saint Thomas qui dépeignent à la fois mon impuissance et mon espoir croissants concernant mes études:
… C'est cette recherche qu'exalte Hilaire, dans son livre sur la Trinité: «Dans ta foi, entreprends, progresse, acharne-toi. Tu n'arriveras pas au terme, je le sais, mais le moindre progrès est déjà plein de grâce. Qui poursuit l'infini avec ferveur progresse, même s'il n'arrive pas à ses fins. Mais pour cela, garde-toi de prétendre percer le mystère, par cette immersion dans la vérité sans rivage; la première condition est de comprendre qu'elle passe toute compréhension.»
Somme contre les Gentils, Livre Ier, chap. 5 et 8.
Comm. sur le traité de la Trinité de Boèce, quest. 2, art. 3, rép. 5.

Marie-Dominique Chenu, St Thomas d'Aquin et la théologie, p.46

Particularité fluviale

Quand je n'ai pas le moral j'ai froid et je n'ai pas envie d'aller ramer, même si je sais que ramer me réchauffera et me redonnera un peu le moral (tout au moins du courage (as opposed to découragement) ce qui n'est pas à négliger pour terminer la journée).

Hier je ne suis donc pas allée ramer; aujourd'hui je m'y suis forcée. Dix kilomètres autour de l'île de la Jatte en double canoë.

Il se produit un phénomène curieux avec le courant: en amont du club (qui est sur une île, l'île de Neuilly), le bras (dit "petit bras", tandis que les péniches circulent sur le grand bras) est fermé par un barrage de retenue. Quand il n'y a pas de courant, c'est très calme, mais dès qu'il y en a, le débit est très rapide, beaucoup plus rapide qu'à Melun par exemple (de l'influence de la section du tuyau sur la vitesse de l'eau).
Au bout de l'île de Neuilly commence l'île de la Jatte, et tout le courant du petit bras de l'île de Neuilly va se jeter dans le grand bras de l'île de la Jatte, tandis que le courant dans le petit bras de celle-ci reste très calme en toute saison et quoi qu'il arrive.

En d'autres termes, le courant se partage en amont de l'île de Neuilly pour ensuite rejoindre un seul bras (ou quasi) en amont de l'île de la Jatte.

Cette année, sans doute dans l'éventualité d'un hiver aussi difficile que l'année dernière, Vincent nous fait privilégier "la Jatte" sur "le barrage". Le problème, ce sont les péniches que nous devons apprendre à croiser (on n'imagine pas le danger que représentent les vagues qu'elles soulèvent pour des embarcations aussi frêles que les nôtres. Moby Dick).

Sur l'eau

La Seine descend. Les retenues d'eau en amont sont pleines (lac du Der, etc), il va falloir les vider je suppose, nous allons avoir beaucoup de courant plusieurs jours encore.

Vincent a fini par autoriser les sorties, uniquement en yolette, aller retour dans le petit bras de l'île de la Jatte. C'est tout à fait exceptionnel, normalement nous descendons (sens du courant) par le grand bras (où passent les péniches) et remontons par le petit.

De loin j'ai aperçu une cane et deux ou trois canetons. Tous les cygnes de l'automne ont disparu, peut-être sont-ils retournés en Angleterre (la légende veut qu'ils viennent des parcs anglais, partis quand la reine a demandé qu'on ne les empêchât plus de voler). Ou il y avait trop d'eau pour qu'ils puissent nicher et couver (est ce qu'un cygne niche?).

Je n'ai pas d'ampoule mais le dos ankylosé. Dès que j'aurai un peu de temps il faudra que je me fasse remettre d'aplomb une ou deux vertèbres.

Clément est parti à Londres en bus.

Observations aquatiques

Un cygne joue dans les vagues produites par le canot moteur. Plus tard, je l'ai vu la tête sous l'eau brouter longuement les algues sur les parois d'une péniche. Le cygne semble avoir une impressionnante capacité respiratoire (ou pulmonaire? Comment dit-on?)

Un gros poisson mort (cinquante à soixante centimètres) affleure tel une bûche à la surface de la Seine. Un corbeau surveille la dérive de la charogne, tente de s'y poser, s'envole quand le cadavre se dérobe sous son poids, se pose sur la rambarde d'une péniche, recommence, même jeu, n'abandonne pas.
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