Billets qui ont 'aviron' comme mot-clé.

Début de clôture

Sortie en huit (de couple) pour la première fois depuis juin 2015. Nous avons fait beaucoup de progrès depuis cette époque où j'avais cru un moment que nous n'arriverions jamais à tourner (et nous voilà partis jusqu'au Havre). L'équilibre était même meilleur que dans certains quatre.
Ce qui me fait plaisir, c'est que c'est Vincent qui nous l'a proposé et non nous qui avons quémandé: il nous considère enfin à niveau. Cela conforte mon idée de proposer aux filles de s'inscrire à la coupe des dames à Angers. (Si nous réussissons à trouver le nombre de rameuses nécessaires (l'expérience prouve qu'il faut être douze ou treize pour faire un huit, paraît-il), il faudra aussi trouver un conducteur pour la remorque. Enfin, nous n'en sommes pas encore là.)

J’ai écrit un mail pour lister les risques réels que court la mutuelle (la question d’un actuaire dans l’après-midi donne à penser que le dernier (des risques que j'ai listés) est peut-être en train de se réaliser, ou est en train de commence à se réaliser (cela prendra bien trois ou quatre ans).
J’ai lancé les premières opérations pour la clôture du bilan. Ce sont les travaux que je préfère, jusqu’à fin avril, le moment où tous les chiffres coïncident et les engrenages s’emboîtent parfaitement.

Front de B.: H. a eu l'expert-comptable au téléphone et a rétabli quelques vérités («B. ment comme un arracheur de dents, ce n'est pas nouveau»), il a rendez-vous lundi avec l'avocat et B. pour essayer de définir une ligne de conduite. «Au moins, dit-il, je vais avoir affaire à quelqu'un qui a toute sa tête.»

Hier H. m'avait proposé de passer le week-end à Caen, j'ai fait une contre-proposition ce matin: Nancy. Au moment de prendre les billets nous nous apercevons avec surprise que les billets de TGV sont en sur-réservation: une fois encore, nous avons négligé de prendre en compte les vacances scolaires qui désormais nous échappent. Nous pourrions prendre un train très tôt, nous choisissons paresseusement 12h20 gare de l'Est: je n'ai pas envie de me presser.

Journée lisse

Double Sofia avec Philippe. Il fait très beau et très froid, si froid que nous transpirons à peine. Les doigts se réchauffent lentement. J'ai essayé les moufles, mais cela emprisonne les mains et je ne me sens pas rassurée en bateau court de ne pas avoir ma liberté de mouvement. J'essaierai en quatre. Les yeux pleurent contre le vent du nord. Dès que je suis avec quelqu'un qui ne m'impressionne pas, je rame mieux. Bateau plus équilibré.

Journée sans aspérité. Je décris tout ce que je fais en tenant une chronologie annuelle (savoir dans quel ordre enchaîner les tâches au moment de la clôture est précieux) dans l'idée de laisser mon poste dans un an. Cela ne sera sans doute jamais lu, mais sait-on jamais. Nous avons découvert un dysfonctionnement exaspérant : si la sécurité sociale envoie un flux au gestionnaire de prestations1 et que celui-ci n'a pas de RIB pour rembourser ce qu'il doit, il ne fait… rien. Pas de demande de RIB, rien. Si l'affilié ne s'inquiète pas, il n'est jamais remboursé. Comment cela est-il justifié en comptabilité? Cela passe-t-il en pertes et profits au bout de deux ans? Ou cela n'atteint-il jamais la comptabilité, restant coincé au niveau de la technique?
Je déteste ces no man's land des circuits technico-informatiques. Il faut un hasard pour les découvrir.
Et nous découvrons tant de choses par hasard, parce que quelqu'un pose une question innocente, que j'ai l'impression vertigineuse qu'il y a des erreurs de tous côtés. Quelle était la citation? «Cela nous submerge. Nous l’organisons. Cela tombe en morceaux. Nous l’organisons de nouveau et tombons nous-mêmes en morceaux.»

Je récupère la voiture gare de Lyon. J'en profite pour acheter trois répertoires à la librairie au coin du parking, des Clairefontaine référence 9609C, mes préférés difficiles à trouver.

Note
1 : le règlement des prestations est délégué à un prestataire.

Féerique mais froid

Ce matin en ouvrant les volets les arbres sont blancs de givre, un spectacle que je désespérais revoir alors qu'il était courant dans mon enfance. Sans doute le brouillard persistant des derniers jours a-t-il imprégné la végétation; feuilles et brindilles, tout est ourlé de givre. Il fait froid. Le spectacle le long de la A5 pour aller à Melun est féerique.

Au club il y a plus de monde qu'il y a une semaine. Nous sommes six "loisirs", Virginie propose gentiment de faire de l'ergo (ergomètre: le rameur des salles de sport) si je ne veux pas sortir en skiff.
Je prends donc un skiff même si ce n'est guère prudent. Mes doigts se réchauffent lentement au bout de deux kilomètres (pas mes orteils). Je ne transpire pas ou à peine, j'ai presque froid (mouchoir noué autour du cou en foulard), l'effort ne réchauffe pas les muscles engourdis. Une péniche courant vers l'aval paraît sombrer avec lenteur, le vent balaie des voiles de brume au ras de l'eau, les arbres sur le côteau flottent coupés de terre. Il n'y a aucun courant, les oiseaux préfèrent être dans l'eau, les mouettes dorment sur la Seine plumes gonflées, les cygnes plongent leur cou entier, les hérons d'ordinaire sur une branche basse sont aujourd'hui les pieds dans l'eau, plus chaude de quatre ou cinq degrés que le sol. Comment vont-ils manger par ce temps? Comment survivre?
Je monte jusqu'au point G (quinze kilomètres, un jour je photographierai le panneau), doublée par les cadets en pair-oar. Je ne vois plus la yolette, elle a fait demi-tour.

En rentrant je passe chercher les pains et les bûches. Je suis frigorifiée. Premier aller-retour à la voiture sans rien renverser, deuxième aller-retour pour aller chercher le saumon fumé (entier non coupé). Dernier jour de la charcuterie, elle ferme ce soir. Fin précipitée quelque peu amère pour deux célébrités du village: monsieur a l'âge de partir en retraite et le RSI n'offre son aide que s'il a fermé sa boutique au plus tard le 31 au soir. Départ si précipité que le fond de commerce n'est pas vendu et qu'il y a des frais et des dettes non couverts. Le fils a ouvert une cagnotte sur Leetchi.

Je rentre, j'ai froid. Déjeuner, Sense8, premier épisode de la saison 2. C'est la première fois que je regarde une série en même temps que le reste de la planète et non deux ans après. Quel dommage, l'acteur Aml Ameen n'est plus là, j'aimais la joie spontanée de son visage. J'ai froid. Je n'arrive pas à surmonter le stress de ce matin, mental et calorique. Je reste sur le divan dans une sorte de catalepsie tandis que H. s'affaire dans la cuisine.

Nous fêtons le Nouvel An avec les voisins.

Dernier jour avant Noël

Quatre: Emmanuel, Dominique, moi, Pascal. Emmanuel m'a corrigé un défaut: j'enfonce trop mes pelles, il faut avoir la sensation de ramer la moitié de la pelle hors de l'eau pour être à la bonne profondeur. Le bateau devient alors très léger et s'équilibre (je me dis qu'à ramer seule, j'ai pris l'habitude de ramer en force, soit exactement ce que je déteste chez les autres: so proustien1). Je suis enchantée d'avoir enfin une piste de travail. J'ai hâte de l'expérimenter avec d'autres équipages.

Journée à vider ma boîte mail. Par moments j'écris des dissertations sur la prévoyance et la santé (être née en 1992 et vouloir une sur-surcomplémentaire… non, ce n'est pas normal d'être à ce point obsédé par la sécurité à cet âge-là, même pour une juriste! (on va encore me dire que j'émets des jugements de valeur: oui, et j'assume (cependant (rassurez-vous), je ne fais jamais que fournir des éléments de réflexion aux personnes qui m'interrogent. "L'appétence au risque" est quelque chose de très personnelle, personne ne peut décider à la place de quelqu'un d'autre à quel niveau il doit se protéger. Je donne des informations, pas des conseils. Ici, sur ce blog, je me défoule (si cela ne sert pas à ça, à quoi cela sert-il?))

Je rejoins H. chez Ladurée, décomposé. Son patron ne veut plus ouvrir de filiale aux Etats-Unis alors que tout est prêt pour mars prochain. Un Américain est embauché, un local choisi. H. a fait une ou deux erreurs psychologiques de base en ne prenant en compte que les faits, sans faire attention à la susceptibilité de B., son patron (travers que ma fille et moi partageons).
Zut. B. va encore réussir à nous pourrir nos vacances. (Je parais ainsi peu compatissante aux affres de H.: c'est que je ne suis pas inquiète, H. va trouver une solution. D'autre part, B. était si charmant depuis plusieurs moi que j'attendais le contrecoup. Je n'en imaginais pas la forme, mais je savait qu'il aurait lieu.)

A. arrive en voiture avec son lapin nain malgré tout beaucoup plus grand qu'il y a quelques mois. Il est même énorme dans la mesure où il est angora. Il n'a pas l'air effrayé (je redoutais la crise cardiaque pour son petit cœur de lapin).

Le soir, O. m'explique comment utiliser la recherche de kodi et je regarde le premier épisode de Sense8 dont Matoo et Ricroël ont parlé sur Twitter.


1 : «Et à la mauvaise habitude de parler de soi et de ses défauts il faut ajouter comme faisant bloc avec elle, cette autre de dénoncer chez les autres des défauts précisément analogues à ceux qu’on a. Or, c’est toujours de ces défauts-là qu’on parle, comme si c’était une manière de parler de soi, détournée, et qui joint au plaisir de s’absoudre celui d’avouer. D’ailleurs il semble que notre attention toujours attirée sur ce qui nous caractérise le remarque plus que toute autre chose chez les autres.» A l'ombre des jeunes filles en fleurs, Noms de pays: le pays

Dimanche

Gwenaëlle n'est pas venue. Quinze kilomètres de skiff. J'ai fait l'erreur de laisser une péniche me dépasser pour régler ma barre de pied et comme nous allions à la même vitesse, j'ai ramé dans ses remous jusqu'à l'écluse. Pénible.
Plus de feuilles. Bassin désert, si désert que je me suis inquiétée un moment: et si tout le monde était parti, et si le hangar était fermé, avec mes clés et mon téléphone dans le vestiaire? (m'imaginant sonner dans les maisons mitoyennes pour téléphoner… se faire des films, définition.) L'explication était simple, les "compéts" faisaient un test à "l'ergo" (ergomètre: rameur d'appartement, à peu près).

Highlander en téléchargement dans une version atroce, couleurs en larges à-plats. L'Apple TV est planté depuis plusieurs semaines, il faudrait la réinitialiser.

Nouvelles du monde : Castro est mort hier, Fillon est vainqueur de la primaire ce soir.

Une médaille

AG du club d'aviron. Normalement je n'y vais pas: en tant que membre d'un CE, je paie moins cher et n'ai pas de droit de vote. Mais Vincent avait beaucoup insisté et je lui avais promis d'être là. Je me disais qu'il y avait anguille sous roche: y avait-il des missions à confier et songeait-il à moi pour l'une d'entre elles?

J'ai obtenu une médaille décernée par le Comité directeur pour "mon implication dans la formation des débutants". Plus d'une centaine d'heures, assure Vincent, mais je pense qu'il exagère. C'est une étrange impression de voir son nom soudain appelé, après une heure de présentation de bilan comptable et de résultats sportifs, devant une centaine de personnes pour la plupart inconnues.
Bref, une médaille pour bénévolat. Ça fait plaisir. J'ai pu observer l'étrange pouvoir de ce prix: alors que je suis inconnue à la plupart (les rameurs "du midi" voient rarement ceux "du soir" ou du "week-end"), soudain tout le monde me connaissait. Surtout, ceux qui me connaissaient déjà (du fait des randonnées ou justement de mon apparition à des créneaux inhabituels pour donner un coup de main) ont semblé me découvrir pour la première fois.
L'étrange pouvoir de la distinction: la légitimité.

Le plus étrange pour moi, c'est d'être mis sur un pied d'égalité avec Jean-Pierre et Jean-Michel (les deux autres "loisirs" médaillés, le quatrième étant un junior encore plus stupéfait que moi): je connais leur dévouement, j'ai du mal à imaginer que je puisse donner l'apparence d'être aussi dévouée qu'eux. Mais si c'est vrai (il me faut bien imaginer que ça doit l'être, sinon cela n'aurait aucun sens), cela me fait bigrement plaisir. Cette remarque peut paraître bizarre, mais elle n'est que l'illustration de la règle qui veut que tout ce que l'on fait paraisse toujours normal — puisqu'on le fait.

Dimanche radieux

Ramer le samedi ne semble pas s'insérer naturellement dans mes semaines. Hier, encore un empêchement. Ce matin, un doute, y aller ou pas? Mais il faut y aller chaque fois que c'est possible puisque je ne peux prévoir ce qui surgira à la fin de la semaine suivante. Prendre ce qui peut être pris. Le héron. (La Fontaine)

J'arrive vers neuf heures moins le quart. Déjà le quatre de pointe vétérans est en train de rentrer, mais à quelle heure sont-ils sortis?

Nous sommes quatre, Bruno ne peut pas ramer, une rameuse préfère l'ergo (drôle d'idée), Philippe et moi sortons en skiff.

Le temps est magnifique. je n'ai pas vu passer septembre, les arbres commencent à se différencier, quelques rouges éclatants (une sorte de vigne), des jaunes, les verts foncent. Jambes nues encore, manches longues. Au retour, je regrette de ne pas avoir pris de casquette, quand la lumière se reflétant sur l'eau éblouit de face. Philippe et moi ramons à la même vitesse. Je le soupçonne de ne pas être très à l'aise (il plume) mais avoir préféré cela à monter en double avec moi dont il ne connaissait pas le niveau. Tant mieux, j'ai vraiment envie de faire un maximum de kilomètres en skiff avant l'hiver, le courant trop fort, le gel, le brouillard…
Encore cet ennui d'avoir abandonné "ceux de dix heures", je leur en veux de ne pas avoir davantage d'ambitions techniques, de désir de progresser, mais je sais que ce n'est que le reflet de mon sentiment de trahison: leur en vouloir est plus simple.

Cela me permet d'arriver à la messe de onze heures et demie. C'est un nouvel horaire proposé depuis deux ou trois ans, je n'en reviens pas du nombre de messes à Yerres : quatre chaque week-end. Le prêtre vient d'Amérique latine. J'avoue ici que cela me permet d'aller à la messe "invisiblement": je suis partie à l'aviron alors que tout le monde dormait, je reviens à midi passé comme avant; le fait que je sois partie bien plus tôt n'est pas vraiment perçu.
L'harmonie familiale y gagne (j'échappe au froncement de sourcil ou au haussement d'épaules, plus ou moins exaspéré selon les semaines), l'inconvénient est de ne pas affirmer ma foi (mais cela n'a jamais été ma pente. Pour moi la foi relève de l'intime, cela ne s'étale pas, comme tout ce qui est précieux.)
Par ailleurs, cette messe à cet horaire fait écho à celle que je suivais à la basilique de Blois, le dimanche après un cours de tennis. Il y a dans cet enchaînement du physique et du spirituel un lien naturel, logique, de l'ordre de l'exultation.

Vers le soir, ménage et rangement en écoutant Andromaque sur France Culture. Il est prévu que tout Racine soit diffusé. Quels beaux dimanches en perspective.

Aviron

Je n'y suis pas allée samedi, je n'y suis pas allée tôt, je redoutais de sortir en yolette de débutants (je n'en peux plus), je suis sortie en double avec un jeune homme, ex-rameur universitaire, Joseph (prénom délicieusement suranné). Il rame un peu brutalement au prétexte "de venir pour se dépenser", dommage. Et risqué: deux ou trois magnifiques fausses pelles (note: la pelle qui ne sort pas de l'eau fait bras de levier. Le risque est de retourner le bateau comme une crêpe).
Pas de photo, encore oublié. Je crois que j'ai fait assez de photos.

J'ai parlé de mon découragement face au matériel qui se dégrade, la réponse que j'ai eu m'a fait comprendre qu'il y avait davantage de bateaux courts que je ne pensais. Il faut simplement que je ne rame plus avec les mêmes, qui préfèrent sortir cool que progresser. Cela m'embarrasse, sentiment de trahison.

Trois tiers

Matin : Conseil d'administration.
Puis-je réussir à donner une idée des volte-faces successives émises par la même personne? (Comptez un quart d'heure à vingt minutes de discussion à chaque idée émise):
- nous pourrions baisser les cotisations dès 2016; (nos résultats sont excellents — il ne s'agirait pas d'une "baisse", mais je simplifie le technique)
- il faut traiter les salariés et les retraités de la même façon;
- mais il ne faut pas baisser les retraités;
- c'est dangereux de baisser les cotisations de 2016;
et pour finir en beauté: «vous (les administrateurs représentant les employeurs) êtes entrés dans la salle avec une idée derrière la tête».
Puis : - nous ne pouvons pas voter, ce n'était pas prévu à l'ordre du jour;
- nous pourrions voter par mail dans une semaine;
- même si je suis contre, je sais que dès que je vais parler de baisse, tout le monde va être d'accord.
(C'est à dire, si je comprends bien (ce qui n'est jamais sûr), que la baisse proposée au début sera acceptée dans une semaine.)
Tout ce bullshit m'ennuie de plus en plus. Il a tellement de temps à perdre.

***


Après-midi "team building" à l'aviron: une vingtaine d'adultes qui n'ont jamais ramé à mettre sur l'eau. Jean-Pierre et moi héritont du maillon faible, la minette avec des ongles de cinq milimètres de long venue en jean collant en espérant qu'elle ne ramerait pas au prétexte qu'elle n'a pas de short (pas facile de plier les genoux en jean), puis qui que met à hurler comme sur des montagnes russes quand la yolette quitte le ponton.
Je suis contente de nous, nous avons réussi à lui faire comprendre le geste et à la faire ramer avec les autres. J'étais embarrassée de la voir repartir au boulot en situation d'échec (même si elle avait tout fait pour).

Stéphane Tardieu, champion olympique handisport en aviron, est passé nous parler vingt minutes et a répondu à nos questions.
Il parle des entraînements, du principe qui consiste à s'épuiser totalement pour ensuite recharger les batteries, de la fatigue qui rend incohérent et agressif, de la difficulté en France à faire accepter le handisport au même titre que le sport (nous nous entraînons autant, nous peinons autant, …).
Pour donner une idée du niveau, sa partenaire Perle Bouge fait vingt secondes de mieux que moi au cinq cent mètres, mais elle, sans les jambes!

***


Soirée avec le futur partenaire d'Hervé aux US (c'est lui qui aura la direction de la filiale) et son ami. Mélange d'anglais et de français, on s'est bien amusé, ayant les mêmes références (Six feet under, MacGyver, The Hunt of Red October…). Notre voyage de 2012 nous sert, ils habitent la Pennsylvanie mais viennent de Caroline du Sud, nous pouvons parler géographie, de la rivière Delawaere, de la Skyline Drive, etc.
Cela s'annonce bien.

Dernier jour

A huit heures en quittant la maison j'ai réveillé les jeunes voisins qui font la bringue jusqu'à trois heures sur leur terrasse depuis mardi (éclats de rire et conversations, nous avons essayé de leur expliquer qu'à partir de onze heures en semaine, on rentre rire derrière ses volets: peine perdue). (Bon, mes enfants ont eu honte, mais c'est aussi un hommage à Gaston Lagaffe jouant de la guitare pour empêcher la chouette de dormir.)

Double canoë avec Camille à midi (elle se débrouille étonnament bien et elle est drôle, très nature) et skiff ce soir. Vincent hésitait un peu à cause du vent, mais j'ai tenu à sortir: je tenais à montrer aux "rameurs du soir", qui ne me connaissent pas puisqu'en temps normal nous ne nous croisons pas, que je sais ramer, que je ne suis pas seulement une cinquième roue du carosse utile à l'équilibre des yolettes (mixing my metaphors). J'ai ma fierté et c'est agaçant à la fin, les questions insinuantes pour tâcher de déterminer mon niveau.

Une semaine de trajets en voiture: biographie de Lili Boulanger (morte à 24 ans, punaise! comme dirait JY) le matin, la musique et le cerveau le soir.

(Ce soir nous n'avons pas entendu les voisins.)

Je rame

Skiff le midi, yolette le soir, je suis rincée, au point que le retour en voiture est peut-être dangereux. J'ai trouvé mon chemin favori, par la route de Muette à Neuilly et la longue glissade d'Henri Martin au pont Alexandre III. Le jour dure si longtemps.

Le volubilis perce.

Programme de la semaine

Cette année, j'ai d'une part posé mes vacances pendant la fermeture du RER A, d'autre part demandé des places de parking à La Défense pour la semaine où je travaillais encore.
J'ai donc fait l'expérience ce matin d'aller travailler en voiture à La Défense. Conclusion: c'est loin et le trafic est chargé. Il faut dire que le RER C est en travaux à la même période. (Ça tombe bien, justement l'année où il y a moins de touristes à cause des attentats).



Skiff le midi, dix kilomètres. Par instant je "sens" quelque chose, le temps se suspend.
Yolette le soir, encadrement de débutants. Cette semaine, ce sera aviron midi et soir, au cas où il y ait besoin de moi: la crue a décalé dans la saison la formation des nouveaux et plus on s'enfonce dans l'été, moins il y a de confirmés pour l'encadrement.

Grégoire, Nicolas, Sandrine. Yolette de trois rameurs, pas assez de monde. Grégoire fait partie de ceux qui explique TOUT dès la première séance alors que plus le temps passe, plus je me contente de trois fondamentaux: les pelles à fond dans les colliers, verticales quand elles sont dans l'eau, le mouvement calé sur la nage. Le reste… ça viendra, et parfois il arrive même qu'on trouve des trucs tout seul.


Mort de Ricardou.

Samedi

Quatre: moi à la nage, Stéphane qui a râlé tout le temps, Patricia qui a servi de bouc émissaire, Sylvie. Bateau chaotique mais il fait BEAU.



Et comme tout le monde m'a dissuadée d'aller voir Camping 3, j'ai rouvert ma grammaire grecque.

Mr Gaga : sur les pas d'Ohad Naharin

J'ai découvert que de tous les arts dits contemporains (y compris le nouveau roman), seule la danse me paraît aller de soi.
Documentaire sur Ohad Naharin. Toujours la même question sur ce genre de film: d'où viennent certaines images; qui a tourné, et pourquoi, les images sur l'enfant à la fin, par exemple? Est-ce que cela s'est produit alors que quelqu'un filmait ce jour-là pour une autre raison? ou est-ce de la mise en scène, la reconstitution d'une situation qui a réellement eu lieu un autre jour?

Entre tyrannie et exultation. Je ne peux pas juger, mais simplement dire que j'ai aimé.


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encadrement des débutants : Jean-Michel à la barre, Jérôme et moi planqués au un et deux. Camille et Arnaud.

Bêtise

Ramé en petit haut à bretelles afin de compenser la marque de bronzage de la combi d'aviron.
Moralité j'ai un coup de soleil homard.

J'ai réglé mon skiff plus bas ce qui fait qu'il est beaucoup plus instable. La Seine est sale et charrie beaucoup de déchets et de bois mort: j'ai heurté des bûches et abîmé la jolie peinture bleu ciel de ma coque.

Le soir, visite d'I., notre amie partie à Boston. Barbecue jusqu'à ce que nous soyons chassés par les moustiques.

Il fait très chaud — enfin, enfin, enfin.

Sortie

Chaque année nous formons les débutants ("les perdraux de l'année") à partir de mi-juin. La crue a tout bouleversé, et le rythme habituel — tank à ramer, planche à ramer (seul sur une barquette en platique insubmersible pour sentir les mouvements de l'eau et du corps), yolette — est impossible, il y a beaucoup trop de courant pour mettre qui que ce soit seul sur une embarcation.
Les nouveaux montent donc directement en yolette, avec trois confirmés au lieu de deux habituellement, pour être sûr de réussir à tourner (avant les piles de pont, avant d'arriver au Havre…).

J'y étais ce soir, c'était ma première sortie à Neuilly depuis la crue. Température idéale, beaucoup de courant, beaucoup plus qu'à Melun (apport de la Marne et moindre largeur du lit à cause des îles). Marc et moi avons remonté le bateau seuls sur la partie la plus difficile, j'ai des courbatures dans les épaules. C'était amusant.

Mise à jour

Je n'écris plus — je crois que je suis en train d'oublier comment écrire — non pas que je n'ai rien à écrire, au contraire, des comptes rendus de pièces de théâtre de visites, de TG, mais la flemme d'aller chercher au fond de moi ce que j'en pense pour le décrire précisément: c'est exigeant, pas toujours très exact, et à quoi bon?

Ce matin au réveil la radio annonçait une fusillade en terrasse de café. J'ai attendu la fin de la phrase, du paragraphe, pour savoir si c'était à Paris ou ailleurs, en pensant avec un vertige «c'est nouveau, avant je n'aurais jamais pensé que cela pouvait être à Paris.» Finalement Tel Aviv.

Mes mains sentent l'intérieur des gants en caoutchouc de cuisine. A midi je suis allée au club pour aider à nettoyer. De la boue, de la boue d'enfant qui fait des pâtés de boue avec de la terre et de l'eau, s'est déposée sur toutes les surfaces planes, la moindre baguette de bois ou de métal. L'eau a soulevé une remorque à bateaux, celle-ci n'est pas retombée d'aplomb, un bateau est cassé. D'autres sont gonflés d'eau, lourds, irrécupérables.
Dans l'ensemble il n'y a pas trop dégâts même si chaque dégât est onéreux: les "ergos" (ergonomètres), les appareils électriques, le petit matériel, tout avait été mis en hauteur dans les vestiaires.

Front des grèves : ce matin, encore Boissy, RER A. Olivier n'a plus cours, dernière semaine avant le bac.

Reprise

Retournée ramer pour la première fois depuis le stage dans le Jura. Le genou va mieux.

Double canoe avec Peter, configuration inédite qui nous laisse tous les deux surpris. Bonne sortie, courant, vent, péniches, mais bonne sortie sous un ciel gris.
Il ne pleuvra que l'après-midi.

Civil War le soir. Antigone revisitée et simplifiée.

La grève est bénigne dans le RER D.
Les policiers manifestent aujourd'hui (sur leur temps de repos), ils sont fatigués des insultes. Le paradoxe est que leurs outils de riposte sont si puissants qu'ils hésitent à s'en servir (émission le matin sur France Inter, O. rentre plus tard en classe cette semaine).
Cependant, ce que je lis sur le net, ce que j'entends, ce que j'ai vu avenue de Breteuil jeudi dernier, me laisse une étrange impression. "Nuit debout" n'était pas un mouvement agressif, et d'ailleurs leur point faible est de ne pas avoir de revendications. Que se passe-t-il? Certains parlent de provocation de policiers d'extrême-droite… D'autres déplorent la disparition des services d'ordre des syndicats, notamment de la CGT, aptes à contenir les excès et isoler les casseurs (que j'appelerais pilleurs).

Genou

Ramé quinze kilomètres. A la nage du quatre (Sylvie, Gilles, Gwenaelle. Personne en ce week-end de Pâques). Franz a donné quelques conseils, dont un que je n'avais jamais entendu: la main gauche reste toujours devant la main droite, même au dégagé. Ainsi le bateau devrait cesser de gîter à babord. La correction de ce défaut me fait-elle appuyer différemment sur ma jambe droite (babord est à droite puisque nous reculons)? Est-ce pour cela que mon genou me fait mal? (Aimablement, les enfants soulignent qu'à mon âge, le corps s'adapte moins bien aux changements de posture.) La douleur est revenue. De l'avis général, ce serait les ligaments croisés du genou: deux à trois mois de repos. Zut alors. Et ma masse grasse?

La photo n'a pas été prise sur l'eau mais devant la piscine. Elle représente bien cette journée: les saules pleureurs annonciateurs du printemps, le désordre des branches matérialisant le vent et le ciel gris, toujours.



La photo suivante est prise à la tête de mon lit. Si vous regardez bien, vous verrez qu'il y a un coffre sous les piles de l'arrière-plan. L'emplâtre de Voltaren est dedans. Bonne raison de ranger.




Le titre du billet est une référence au cri des profs de muscu sur fond sonore de techno (indiquant qu'il faut lever haut le genou).
Et j'ajoute ce genou que je viens de découvrir (en retard, en retard).

Retour

J’ai été trop légère sur la pharmacie. Liste pour la prochaine fois :
- Casquette quelle que soit la saison
- Crème solaire (idem)
- Lunettes (idem)
- Dafalgan codéïné
- Doliprane
- Lotion de Foucaud (pour détendre les muscles, désinfecter les ampoules, vivifier par son odeur)
- Synthol en crème
- Emplâtre Voltaren 1% autocollant
- Homéoplasmine (pour les ampoules et petits bobos)
- Sparadrah micropore (idem)
- Vicks et boule quiès (de base)

Et donc je n’ai pas ramé ce matin. Je pense que j’aurais pu faire la moitié de la distance, mais il faut ensuite rentrer et nous sommes quatre dans un bateau. Je n’ai pas pris le risque de ne plus pouvoir ramer. (D’ailleurs ça n’existe pas de ne plus pouvoir ramer. On rame, on rentre. Ensuite on paie. C’est ce que j’ai voulu éviter.)

Je passe la matinée entre le ponton à donner un coup de mains aux uns et aux autres et la terrasse au soleil.
J’apprends que la vice-présidente du club, une femme de cinq ou dix ans de moins que moi à la silhouette juvénile, est à l’hôpital. rupture d'anévrisme? Personne ne sait exactement, la phrase est : «elle va mieux, on peut l’appeler, elle recommence à parler».
J’apprendrai que son ami en voyage à l’autre bout du monde avait trouvé qu’elle « disait des choses bizarres » au téléphone. Quelques heures plus tard, comme elle ne lui répondait pas, il a téléphoné aux pompiers qui ont défoncé la porte et l’ont trouvée recroquevillée en fœtus dans un coin de l’appartement.
Je ne parle pas de Jacqueline. Je ne dis rien. Je fais le vide, je me chauffe au soleil.

Repas, valise. Démontage des bateaux, amarrage sur la remorque.

Comme la camionnette et la remorque vont plus lentement que nous, nous arrivons à Dole les premiers et partons à la recherche d’un café ouvert. Il y en a deux, au-delà de la cathédrale.
Fête foraine au bord du Doubs. Il doit y avoir un club d'amateurs de Terre-Neuves, nous en voyons passer une dizaine, une quinzaine, au loin. C’est très impressionnant.

Remontage des bateaux, rangement de la remorque. Jacky nous offre un café au club qui utilise des tasses en porcelaine (don de rameurs qui se débarrassent de vieux services) : c’est joli. Achat de casquette. Retour en voiture.

Dans l'obscurité de la voiture je fais discrètement une attaque de chagrin: la nouvelle de l'anévrisme de L. liée au fait que j'ai ramé en double deux jours de suite… Et ces trois jours qui m'ont tant rappelé le stage à Cholet pour préparer la coupe de France, logées à quatre en caravane et cette horrible entraîneur… Je sais que j'espère voir Nathalie en allant ramer à Marseille en septembre, je sais aussi que je le redoute. Cette peur de me mettre à pleurer en disant: «Elle me manque tant» (ce qui est idiot: que signifie «manquer tant» alors que je ne la voyais jamais? j'ai parfois l'impression de faire du sur-place dans l'enfance. Qu'attends-je?)

J’ai presque mis autant de temps à faire Neuilly-Yerres que Dole-Paris (j'exagère, mais pas tant que ça): les RER ne s'arrêtaient pas entre Villeneuve-St-Georges et Melun mais ce n'était pas annoncé (et donc au lieu de prendre le premier train pour Villeneuve j'ai attendu le troisième qui allait à Melun…); j'ai réussi à prévenir Hervé alors que je n'avais quasi plus de batterie et lui a été bloqué par une intervention de pompiers sur la route entre Yerres et Villeneuve.

Lac de Vouglans

Nous avons interverti l’ordre des sorties : ceux qui sont sortis à huit heures et demie hier sortiront à dix heures et demie aujourd’hui.
Je regarde partir Luc et Nicolas dans le brouillard avec inquiétude : ils ne sont pas très aguerris et la « sécu » (le bateau moteur) est loin, il a suivi les quatre. (Luc est condamné à ramer en double… à cause de ses grands pieds : les chaussures intégrées ne dépassent pas le 44 dans les bateaux longs. Voilà un problème qui ne se pose pas à Neuilly ou Melun). S’ils se retournent, nous les regarderons sans rien pouvoir faire. L’eau est très froide, tiendront-ils, tiendraient-ils ?



En double avec Franck. Quelques bons moments.
Les compliments reçus au cours des mois passés ont cicatrisé mes complexes qui me rendaient si difficile de ramer en double; je ne me dis plus à chaque déséquilibre: «c’est de ma faute, je n’y arriverai jamais, pourquoi je continue, qu’est-ce qu’il doit penser de moi (etc.)» Les compliments, mais aussi la découverte que des personnes moins entraînées que moi avaient bien moins de scrupules et ne se remettaient jamais en cause (à l’aviron et ailleurs): ça suffit! (du sans-gêne et de la prétention comme outil pédagogique).

Après-midi à la nage du quatre. Cela ne se passe très bien, Franck m’a laissé cette place parce que nous avons bien ramé ce matin, mais le bateau ne me fait pas confiance. C’est très heurté.
Jacky corrige mon défaut (« Voilà pourquoi tu te tortilles. Tu ne le fais pas en double, il n’y a pas de raison de le faire en quatre » (si, il y a une raison : la peur des autres. Une timidité dévorante. Et c’est exactement cela: je me tortille): donc le pouce gauche au bout de la pelle gauche, la main droite bien descendue au dégagé.
Sans doute suis-je trop exigeante. Impossible de faire une manœuvre coordonnée, chacun n’en fait qu’à sa tête sous prétexte qu’il est inutile de se donner cette peine, il y a de place et pas de courant. Suis-je donc la seule à penser que c’est justement dans ces conditions-là qu’il faut s’entraîner pour être efficace dans les moments difficiles? (Question rhétorique: je sais que la réponse est oui. Je sais que je suis quasi la seule à aspirer à quelque chose davantage de l’ordre de la perfection que du loisir. Il est probable que j’ai tort, que je sois ridicule. Tant pis. Je sais aussi que je suis à la poursuite d’un rêve intérieur et qu’il ne faut pas abandonner trop tôt. J’ai souvent abandonné trop tôt.)
Jacky tient que le quatre est le bateau est le plus technique et le double le meilleur pour faire des progrès.

J’ai rattrapé mon sommeil en retard et ce soir je reste pour visionner les vidéos. En toute honnêteté, je ne vois pas les défauts, sauf les défauts de posture, et personne n’en a franchement. Se voir ramer est sans doute aussi désagréable que d’entendre sa voix. Se voir est désagréable (quel étrange métier qu’acteur). Dieu que je suis raide, on dirait que j’ai avalé un parapluie. Soudain je comprends ce que voulais dire Fred par « Détends-toi ».

J’ai mal au genou droit. Tendon ou ligament. Cela a commencé pendant que je ramais cet après-midi. Si je descends accroupie sur mes talons, ça ne me fait pas mal, mais si debout j’amène le talon à la fesse, c’est insupportable. Pourrai-je ramer demain ?

Vannée

Ramé dormi. C'est le tout de ma journée.

Soleil. Bassin superbe, sur lequel nous sommes absolument seuls.

Quatre un peu brutal le matin. L'entraîneur est sans pitié pour ma façon de compenser avec le corps la gîte à bâbord. Nous ramons un peu trop vite, "un peu brouillon" comme dirait Régis.

Nous sortons de l'eau à dix heures et demie pour laisser la deuxième équipe s'entraîner avant le déjeuner. Je n'ai aucun souvenir de ce que j'ai fait durant ces heures. J'ai pris une douche, lu, écrit un billet. Ai-je dormi? Impossible de m'en souvenir.

Tous les gens du groupe à part trois (nous sommes vingt-et-un) sont des rameurs du samedi; nous ne sommes que trois à ramer le midi. En tant que minorité je subis un interrogatoire en règle qui me fait sourire (c'est un progrès).

L'après-midi je demande à monter en double avec Olivier. Ce fut chaotique mais pas déplaisant. Le retour fut très dur, avec vent contre. Dès que le soleil est moins haut il commence à faire froid, mais j'ai ramé en tee-shirt cet après-midi. Je suis toute rouge, surtout sur l'arcade du nez, je n'ai pas pensé à prendre de la crème solaire (et nous sommes loin de tout).

Aujourd’hui 25 mars, j’ajoute: j’ai enfin compris l’impression ressentie sur le bateau alors que nous avancions entre les falaises sur le lac silencieux, une impression de fin du monde, d’oppression et de liberté: c’était l’impression ressentie dans le tunnel de La maison des feuilles, cette impression de temps ralenti et éternel dans un espace illimité et pourtant bordé de murs. Et le silence.



Vingt minutes de sieste après le déjeuner, une demi-heure après la sortie en attendant la seconde équipe. Il est 21h04 et je tape dans mon lit, j'ai abandonné les autres qui ont acheté de l'alcool et improvisent une soirée: je récupère mal quand je bois et j'ai trop de sommeil en retard.

Si j'avais mon ordinateur j'essaierais sans doute d'écrire quelques billets en retard, mais je suis sur iPad et je ne tape pas avec tous les doigts sur un écran tactile. Je vais simplement lire — m'endormir — et me coucher.

Sur le départ

Je pensais traduire le chapitre 3 de la seconde épître de Pierre ce matin et l'envoyer à la prof, mais quatre incursions FB plus tard (ce truc est maléfique), je ne suis allée que jusqu'au verset 9 (le cours a lieu ce soir: neuf par an et je vais en manquer deux cette année. La prof ne m'a rien demandé (je l'ai vu ravaler sa phrase "vous m'enverrez votre version" en se rendant compte que le cours était entièrement optionnel, gratuit, du loisir, en somme) et je l'admire tant, j'ai si honte de si peu travailler, que j'essaierai de lui envoyer dimanche en revenant. On verra.)

Une douche, un dépendage de linge (étendre le linge: extension du linge? contraction à l'inverse?) plus tard et je prépare ma valise, mon sac de sport plus exactement. Avant, je n'aurais pris que des affaires de sport (il est prévu de ramer quatre heures par jour) avec un gros pull et un jean, mais depuis l'entre-deux-rivières de juillet, je sais qu'il faut prévoir de quoi être coquette le soir (WTF?), un polo, un chemisier, une robe, et aussitôt ce problème (de poids, en poids, en volume): les chaussures: même en Bretagne, même entre provinciaux, même en camping, les gens "se font beaux" le soir. Je n'ai jamais appris cela (je veux dire chez moi, enfant), je n'ai jamais appris cette convention sociale qui me paraît tout à la fois ridicule (en camping? mais on s'en fout!) et respectable (cet effort de vivre ensemble).
Mais maintenant que je l'ai expérimentée, je m'applique à l'appliquer.

Ah tiens, j'ai oublié le Vicks et les boules quiès. Je rajoute et je pars.

Mais quel bordel

H. a acheté un immeuble de bureau pour son entreprise (l'entreprise pour laquelle il travaille) à Tours. Il a fait venir un notaire de Mulhouse, ville où se trouve le siège de l'entreprise.
— Mais pourquoi? Un notaire local ne faisait pas l'affaire?
— Nous dépendons du droit alsacien. Il a fait ajouter des phrases sur l'acte de vente, même le notaire tourangeau1 ne comprenait pas: «Mais ça ne sert rien!» Apparemment si tu ne précises pas, tu achètes le droit d'acheter le bien et non le bien lui-même, ou quelque chose comme ça. C'est du droit allemand.
— Encore! Ils ne pourraient pas abroger tout ça, ça va bientôt faire cent ans!
— Sans compter qu'en Allemagne, la plupart des lois que nous appliquons encore a été abrogée dans les années soixante.

(Je n'en peux plus du droit et des juristes. Je n'en peux plus, je n'en peux plus, je n'en peux plus. J'en ai marre.)


Note
1 : sans x, comme Chenonceau.
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Je suis allée ramer (petite victoire, la semaine dernière je n'avais pas eu le courage). Soleil, pas de vent, courant. Pascal, Frédéric (qui rame comme un manche mais ne paraît pas s'en douter), Florent et Marc. Nous avons remonté une autre yolette, rattrapé trois cent mètres sur deux kilomètres et demi. Je n'aurais pas cru cela possible (je n'aurais pas cru cela possible et je suis assez contente puisque j'étais à la nage).

Dimanche calme

Une heure sur Barth. Le travail effectué en allemand il y a deux ans m'est utile, je me félicite d'avoir acheté L'Encyclopédie du protestantisme (la prof Lucie Kaennel était l'un des auteurs).

Aviron. En regardant mes photos, je me dis que nous n'avons pas eu un jour de grand soleil de l'hiver. Courant, rafales de vent, douceur de la température.
Yolette, Philippe, Véronique, Stéphane, Magali (je me suis appliquée, je ne suis pas arrivée la dernière! Il faut que je parte de la maison à 9h15 (tout cela noté ici pour moi-même, cela n'a strictement aucun intérêt pour vous)). Peu de monde, c'est les vacances. La voiture indique une fois encore "défaillance freins" pendant que je roule en régulateur de vitesse et je dois appuyer à fond sur le frein pour le décoincer et ralentir. C'est flippant, faut avouer (cela m'était déjà arrivé en revenant de Blois en janvier). Je l'emmène à la révision demain, heureusement (et chaque fois je me dis que je dois me tromper dans l'usage d'amener/apporter/emmener, mais tant pis).



Buñuel, La mort en ce jardin. Aguire ou la colère de Dieu a-t-il un lien avec ce film? (les dernières paroles de Vanel, les dernières images… et tout le reste.)

Journée agréable à ne rien faire sans avoir rien d'urgent à faire (si ne rien faire est courant, la seconde partie de la phrase est beaucoup plus rare. Quelle surprise, quelle richesse, quelle tranquillité soudain).

Ergo

J'arrive trop tard, l'équipage du seul bateau qui sortira aujourd'hui est déjà complet. Tant pis (tant mieux je suis flemmarde), je reste à l'intérieur à faire de l'ergo (du rameur, en langage courant).
C'est beaucoup plus fatigant que ramer: il n'y a ni les problèmes d'équilibre, ni les problèmes de coordination en équipe, on est dans la force pure. Je m'épuise en deux fois vingt minutes (cinq minutes cadence 18, puis 20, puis 22, puis 24, récupération, puis cinq minutes cadence 24, puis 22, puis 20, puis 18). Comme d'hab je m'arrache la peau des fesses (il faut absolument que je trouve une solution).
Je sais que je suis désormais sur la pente descendante de ma forme physique. Cela a basculé je ne sais quand les dernières années, il n'y a pas si longtemps. Je sens que je peux me maintenir, mais à l'unique condition de ne jamais arrêter.

Mercredi morne

Travail sur des séries longues à des fins d'analyse. Fastidieux et intéressant (si, cela peut être les deux à la fois).
La Seine a bien monté, beaucoup de courant. En yolette pour la première fois depuis longtemps (Marc, Jean-Baptiste, Laurence, Yann). Je ne rame plus assez, cela me fatigue. Je me rends compte que je ne connais pas les rameurs "de deux ans", nous formons spontanément des "promotions".
Préparation de l'oral sur St Jean, encore et toujours. Le témoignage comme lieu de la présence.

A 17h45, il fait encore un peu jour. Rien d'exceptionnel, tous les ans à la même date c'est le cas. Je note que je l'ai remarqué. (Et chaque fois je pense à Amiel et à Barthes pestant qu'on ait coupé dans l'édition de son journal les notations météorologiques au-dessus de Genève).

Rien de drôle. Ah si, le dernier acronyme de la sécurité sociale: PUMA, Protection Universelle Maladie (qui surgit de façon intempestive au beaux milieux de la réécriture de nos statuts: comment faire sans la notion d'ayants droits? casse-tête juridique imprévu). Est-ce que cela signifie que le RSI ou la sécurité sociale étudiante, par exemple, vont disparaître (car pourquoi choisir ces régimes qui fonctionnent mal si on peut bénéficier d'un régime qui fonctionne bien?)?

Nuit studieuse, encore.

Dimanche

Sortie en quatre. Franck, Sylvie (débutante de l'année), Florence, moi.
Pas de vent, pas de courant, il ne fait pas froid. Je n'ai pas ramé de la semaine et je sens les cuisses qui menacent de crampes.
Plus tard, je m'apercevrai que je me suis écrasé le pouce gauche: il n'est plus que fourmis, comme des dizaines de pointes d'aiguilles.

Nous avons si bien ramé que j'ai oublié de prendre une photo.
Photo quasi en face du club, en attendant que se libère une place au ponton.



Après-midi en famille, avec mes beaux-parents. Un peu dur pour moi, pas de sieste, pas de douche avant tard l'après-midi (car je suis rentrée au moment de se mettre à table).
Couture. Huit boutons de caban et le talon d'une de mes cuissardes.
Grève encore demain, grève également mardi (mais mardi, sera-ce une grève de RER? pas clair) Demain, lever à l'aube pour aller prendre le RER A.

Stage

J'avais répondu trop tard pour une inscription pour un stage d'aviron dans le Jura: il vient d'y avoir un désistement et on m'a proposé la place. Yess!!! (Maintenant, il faut que je retrouve les dates. Trois jours à ramer dans le froid, il faut être fou. Je suis contente.)

Et sinon, nous allons avoir un jardinier cette année. Si nous voulons revendre cette maison à moyen terme, il faut commencer à la remettre d'aplomb. C'est dommage de faire des travaux pour partir…

Première sortie de l'année

Pas sortie depuis trois semaines. Ampoule à vif à gauche, dans la pliure du pouce sur la paume (bizarre).
Double scull chaotique avec Véronique et malgré tout pas désagréable. Vent, bruine, pluie. La Seine a beaucoup monté.




Le soir, Indiana Jones I à cause de L'Homme de Rio.
C. rentre: un pneu de la coccinelle a crevé pour une raison inconnue. Zut.

Persévérer

«Les notions mathématiques qui demandent, pour être domestiquées, une certaine durée d’apprentissage sont perçues comme trop difficiles et provoquent chez certains étudiants une réaction de rejet immédiat, ils n’ont pas l’habitude de persévérer après des tentatives infructueuses. Il est très difficile de faire comprendre que l’erreur est souvent féconde en mathématiques.»
La sonnette d'alarme de la Société des mathématiques françaises.

A Neuilly nous ramons entre adultes, entre salariés. A Melun, nous croisons les minimes, les cadets, qui s'entraînent pour la compétition. Ils se lèvent et viennent ramer. Cela me fait un bien fou de voir des jeunes qui ne glandent pas au lit en jouant aux jeux vidéo mais se lèvent pour s'entraîner (et souffrir!)

Incendie

COP21, Daesh : j'ai l'impression d'être dans un immeuble en feu (genre La tour infernale) dans laquelle se terre un assasin à kalachnikov (genre 58 minutes pour vivre): si vous vous occupez de l'assassin, vous n'avez pas le temps d'éteindre le feu, mais si vous vous occupez du feu, vous risquez de vous faire descendre par l'assassin.



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Agenda
Hier soir, concert gais. Toujours aussi plaisant.

Ce matin, il fait doux et gris.



Yolette Lifa. Stéphane, Philippe, Florence, Céline, moi. Bateau agréable car très bien réglé.

Mercredi chaotique

Quatre de couple Daryl, la première que je le vois sorti par des loisirs.
Julien, Véronique, Pascal. Beaucoup de vent, mais il fait beau.
Une débutante s’est mise à l’eau en quittant le ponton en double canoë. J’espère qu’elle avait des habits de rechange pour retourner au bureau.

Un peu de fièvre.
Je quitte le bureau pour aller voir la suite du Labyrinthe (il me faut du courage pour oser l’avouer ici!) au lieu de travailler le concile de Chalcédoine… Toujours ce futur apocalyptique. Beaucoup de violence, de noir éclairé de lampes torches. L’amitié, les rebelles, la trahison.

1Co 11,10 : le sens d’exousia qui signifie toujours une autorité exercée (et non subie) a été distordu pendant des siècles jusqu’à la TOB de 2010. La Bible Segond traduisait correctement mais ajoutait une paraphrase pour orienter la lecture.
Je m'endors en cours. Me rappeler: si je rame le midi, dormir vingt minutes avant le cours.

Premier dimanche après l'attaque

Sortie en yolette de pointe.
Plus de feuilles, ciel et Seine bleus (très rare, je l'ai toujours vu verte).
J'ai tâché de prendre une photo horizontale, pour une fois.





A. est partie avec la Coccinelle. Nous conservons sa voiture pour que O. s'entraîne un peu sur boîte manuelle.


En découvrant la difficulté à identifer les morts et les blessés, je me faisais la réflexion que nous portons rarement de quoi nous identifier sur nous-mêmes, mais plutôt dans des sacs vite oubliés dans la panique.
Et je me disais que j'allais peut-être recommencer à coudre des étiquettes dans les manteaux et vestes de la famille. Est-ce une pensée morbide? (Ou juste pratique? Ou les deux?)

Plumeau peupliers

Huit de pointe. La première fois depuis trente-cinq ans, au moins. Ou la première fois tout court, je ne sais plus, en fait.
Il ne me reste plus que le quatre de pointe à essayer.

Caroline, ancienne internationale en train de monter dans son skiff:
— Oh, un huit, ça ne se retourne pas. Mais ça peut casser.

Franz, entraîneur : «en huit, deux règles de base: être assis sur ses deux fesses et ne pas plumer» (ce qui signifie qu'il ne faut pas tenter de trouver l'équilibre en compensant par le corps ou la pelle mais travailler la hauteur de mains).

Un peu moins beau que dimanche, mais encore jambes et bras nus.





PS : j'ai téléphoné à ma tante qui travaillait à la sécurité sociale. Anecdote:
— Un jour, il fallait aider quelqu'un à remplir la déclaration de sa femme qui était enceinte. Il a coché "oui" à la question "s'agit-il d'un accident?" Impossible de lui en faire démordre, même en lui expliquant que pour nous, cela signifiait qu'un tiers était impliqué.
— Après tout, c'était le cas. Avec de la chance, c'était peut-être lui.

Détails

Double skull Herbinet avec Jean-Pierre. Ça tangue.
Martin-pêcheur et concert de cor sur la rive.
Il fait toujours aussi doux, aussi beau.

Oublié à la maison les feuilles de grec que je voulais travailler en bibliothèque. Commencé St Jean à la place.
Tartare-frites au café. Enfin les dîners reprennent : j'ai cru que justemement l'année où je pouvais enfin y assister une demi-heure, ils n'auraient plus lieu.
Nous avons quitté les querelles byzantines pour la théologie médiévale (christologie scolastique). A vrai dire tout cela me dégoute un peu: que de spéculations et surtout de conclusions sans aucun moyen de les vérifier, de les assurer par l'expérience objective (et surtout que de personnes jugées et rejetées à partir de telles conclusions… J'y vois une forme d'orgueuil démesuré. Est-ce l'effet de la nouveauté, comprendré-je mieux quand j'en saurai plus?)
Science infuse. Combien de fois ai-je entendu «je n'ai pas la science infuse»? Découvert ce soir que cela a un sens précis: science infuse, science des anges qui n'ont de connaissances que ce qui est nécessaire à leur mission.
(Et pour donner un exemple des "conclusions" dont je viens de parler: Jésus avait trois sortes de connaissances : la science acquise (expérience humaine), la science infuse et la science de la vision béatifique. Mais pourquoi s'être ainsi creusé les méninges? Qu'est-ce que cela apporte? Conclusions inutiles et invérifiables.)
Enfin bon.
Anniversaire de la chute du mur, de F, de l'extraction de mes dents de sagesse.
Anniversaire d'Imre Kertész.
Mort d'Apollinaire.

Skiff bleu ciel, confiture de tomates vertes et terrine de queue de bœuf

Le skiff a été réglé pour ma morphologie, cela me fait infiniment plaisir. L'aviron me sert de psychanalyse, un peu. Il y a "des choses" qui remontent et qui sont consolées. C'est comme si j'avais droit à une seconde chance, ce qui n'arrive pas souvent. (Par ailleurs j'ai commencé Comment faire rire un paranoïaque, ce qui doit m'influencer. Ce que je lis teinte mes journées.)
Soleil poudré sur la Seine, magnifique.

Sonné chez les voisins à 22h16: pas de carottes pour la queue de bœuf. Heureusement 1/ ils ne dormaient pas encore 2/ ils avaient des carottes.

Confiture en pots. Trop liquide à première vue. Je l'ai faite au citron, d'habitude (avant ce blog, avant 2006!) je la faisais à l'orange: je crois que je préfère. Il faudra que je cherche ma recette. Je ne sais pas si je l'ai encore.
Ce que j'aime dans cette confiture, c'est sa couleur.

Mon autre recette fétiche, c'est la pâte de coings, mais je n'ai plus le courage d'éplucher les coings.

Galichon

Skiff bleu liseré de noir.
Toujours pas assez de kilomètres en skiff pour l'obtention de l'aviron d'or (tant mieux, ça m'évitera de venir le passer samedi, ça aurait encore posé des problèmes.)

Mais Vincent va régler ce skiff pour moi (enfin, pas vraiment "pour moi", pour "les petits gabarits", mais c'est en me voyant ramer dedans qu'il l'a décidé).
Un sujet de satisfaction à ne pas négliger en ce moment.

Vacuité

Une semaine passée à pas grand chose : une heure de grec, une heure et demie d'aviron par jour (ce qui fait quatre heures, le temps d'y aller, de revenir et celui de sortir et ranger le matériel. J'ai inscrit O. a un stage de cinq jours pour le sortir un peu (l'oxygéner et le renforcer, il souffre des mêmes faiblesses respiratoires que moi) et lui permettre d'accumuler les kilomètres (soixante par jour) pour sa conduite accompagnée.
Un peu de travaux ménagers, mais si peu et si banaux banals que je ne vais pas en parler.

L'atmosphère se durcit. Quand j'organise les vacances, elles sont qualifiées de "peu reposantes", quand je ne les organise pas, nous ne faisons rien (enfin, je trouve à m'occuper…) et "c'est pas des vacances".

(Reconnaissons malgré tout que ce stage d'aviron est un handicap : nous partons à cinq heures et rentrons à neuf, impossible d'organiser une visite de musée ou un cinéma à Paris. Ou il faudrait partir dès le matin et nous sommes bien trop lents et paresseux.)

J'attendais depuis si longtemps

— Bonjour Alice, tu as amené ton maillot de bain?
Automatiquement, quelle que soit la question saugrenue, mon cerveau examine le problème et les réponses possibles: non, mais j'ai de quoi me changer intégralement.
— Non, pourquoi?
— Franck t'attend pour sortir en pair-oar, tu es en retard.

Ça alors. J'avais complètement oublié. Pour tout dire je n'y croyais pas vraiment, d'une part qu'il sorte en pair-oar, et d'autre part avec moi: je m'attends toujours à ce qu'un mec (les filles et les mecs, oui, ni hommes ni femmes, ni garçons ni filles, le vocabulaire s'est moulé dans ce monde, a pris une certaine forme) annonce qu'il voudrait essayer — cela me paraît si normal, de vouloir essayer, de sauter sur l'occasion quand quelqu'un le propose, propose cette chose si rare: monter en pair-oar avec quelqu'un qui n'en a jamais fait — et comme c'est un mec, Franck, qui le propose, cela me paraît, me paraîtrait, normal de laisser la place: les forces sont plus équilibrées, et dans un pair-oar (une pelle par rameur), ça compte.

Eh bien non, Franck n'a pas oublié, et personne d'autre que moi ne s'est proposé, youpi.
Sortie en pair-oar, dix kilomètres, nous ne nous sommes pas retournés (baqués), nous avons même eu de bons moments.
Bon évidemment, nous n'avons jamais ramé en pleine coulisse, ce sera pour une prochaine fois. La pointe ne m'est tout de même pas très naturelle.
(Pas de photo, c'était si risqué que je n'ai pas pris mon appareil.)

Depuis combien de temps attendais-je cela? Trente-trois, trente-quatre ans? Quand j'ai commencé à ramer en troisième, il y avait au club deux autres minimes qui avaient commencé avant moi. René m'a mise en double avec Jacqueline, et Nathalie faisait du skiff.
Nous préparions les championnats de France. Cela représente des heures passées ensemble sur un bateau, environ douze heures par semaine, sans compter les compétitions le dimanche.
La saison terminée, à la rentrée suivante, René a revu les bateaux: il m'a mise en skiff et a mis Jacqueline et Nathalie en pair-oar. Je l'ai vécu comme une trahison et comme la preuve de ma désespérante nullité (je n'avais pas réussi à rattrapper leur niveau): sinon, pourquoi n'était-ce pas moi qui étais en pair-oar avec Jacqueline? J'ai été jalouse.

Trente-quatre ans plus tard, je suis enfin sortie en pair-oar.
Il ne me reste plus qu'à faire des progrès.



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Agenda
Quand j'arrive à la maison à midi et demie, tout le monde est encore au lit.
— Si tu ne voulais pas aller au marché, il fallait m'envoyer un sms!
— Je n'avais pas envie d'envoyer un sms.
— Hmm. Il est plus facile de trouver quelque chose à Melun à midi qu'à Villecresnes à une heure au mois d'août.
Je ressors et vais acheter des sushis dans le seul magasin encore ouvert à cette heure-là (soixante sushis pour six, une demi-heure d'attente que je tue en regardant une émission sur les personnes exerçant des métiers rares pour leur sexe).

Le soir, C et A retournent à Blois. Nous allons voir Mustang, très beau visuellement et poignant.

Samedi chargé

- Rendez-vous à neuf heures pour passer l'aviron d'or (lorsque j'avais entendu parler de cela la première fois j'avais commenté ironiquement «j'ai passé l'âge de passer des étoiles». Mais la hiérarchie instaurée entre ceux qui jouent le jeu et ceux qui ne le jouent pas me pousse à passer ce brevet: comme toujours, il est désagréable de se voir supplanté (ici dans l'attribution des bateaux) par ceux qui ont un bout de papier quand on se sait plus compétent qu'eux).
J'ai choisi cette heure poussée par Nathalie qui devait le passer à la même heure, mais elle n'est pas là, et quand plus tard je la croiserai et lui dirai «je croyais que tu devais le passer ce matin», elle me répondra d'un air dégagé «eh bien non», ce qui n'est pas grave mais toujours désagréable.
Bref : je n'ai pas eu à me mettre à l'eau (savoir remonter dans le skiff fait partie des techniques à maîtriser) mais Vincent ne me donnera l'aviron d'or qu'en septembre, quand j'aurai ramé un certain nombre de kilomètres : «A la rentrée pense à ta gueule, je me passerai de toi pour encadrer, sors en skiff et je te le donnerai, on voit que tu as ramé quand tu étais petite, ton mouvement est parfait mais tu manques d'assurance».
Comme avait commenté un rameur, «le passage des brevets, c'est surtout l'occasion pour Vincent de passer une heure avec toi en cours particulier.»

- Onze heures. Je sors à peine de mon skiff que Vincent me remet en yolette avec Jean-Marc qui est bien plus causant que lundi dernier, sans doute parce qu'il vient de me voir ramer en skiff.

- Une heure. Je commence à être fatiguée. Barbecue et papotages. Jean-Marc se propose comme barreur le jour où nous aurons notre huit de dames pour Angers, Vincent rit: «il faudra déjà que vous soyez douze filles». Toujours la même incrédulité. Mais si huit est trouvable, douze est plus difficilement envisageable (il faut être douze pour être sûr d'être toujours huit. Ce n'est pas comme en sport co où l'on peut s'entraîner s'il manque un joueur).
«J'ai goûté la Villaine pour savoir si elle est salée à la Roche Bernard.
— Alors?
— Non.
— Le point de limite de salure des eaux a été arrêté par un décret de Napoléon. Il est déterminé au point de plus grande marée.»

- Deux heures et demie. Une liste de tâches a été établie, les équipes sont constituées, au boulot : il s'agit de nettoyer, remplacer, régler, démousser, revisser, peindre, avant la fermeture du club pour trois semaines. A cinq heures j'en ai marre.

- Six heures. Chez Ladurée. J'achète quarante-neuf macarons («Bizarre», commente de son accent anglais le caissier interloqué) pour quarante-neuf ans, puis prends un café liégeois au salon de thé (j'adore leur café). Hervé me rejoint. Nous soufflons un peu. A. au téléphone: «Je n'ai pas le temps de discuter, il faut que j'aille pailler les cochons d'Inde». L'excuse me paraît étrange, remplacer la paille d'une cage à cochons d'Inde ne me paraît ni si urgent ni si long: «Comment ça, pailler les cochons d'Inde? Il y en a combien? — Trois cents.» Ah, OK.

- Sept heures et demie. Rendez-vous au restaurant près des Invalides pour un anniversaire.

- Onze heures moins le quart. Rendez-vous gare de l'Est pour récupérer O. qui rentre de camp, bronzé et heureux.

Mercredi

Et aujourd'hui, Jean-Michel chef de bateau. Encore un autre style. A sa place j'aurais fait ramer les deux nouveaux tout seuls, qu'ils trouvent leurs marques. Au nombre de critiques que j'écris ici, je me rends compte que finalement j'ai des idées sur la façon d'expliquer l'aviron.
Jean-Michel zigzague dans le petit bras : beaucoup d'algues avec le beau temps, m'explique-t-il, et il est vrai que se prendre la pelle dans une algue ressemble à marcher sur son lacet (j'en ai fait l'expérience durant la randonnée).

Sinon rien. Rangé la maison trois quart d'heures sans visible amélioration. Encore oublié de payer le téléphone. Commencé à faire du grec comme je me l'étais promis pendant l'année pour (tenter de) combler mes lacunes en grammaire. Reste à savoir si j'en ferai demain. Et après-demain.

Cette semaine, c'est aviron (et Ada)

Il n'y aura sans doute pas grand chose à raconter cette semaine. Deux points saillants : les 2300 bulletins SEPA qu'il va falloir saisir pendant l'été (j'ouvre les enveloppes en écoutant Compagnon sur 1965-66) et l'encadrement des débutants tous les midis.
Aujourd'hui Jean-Marc comme chef de bord. Pédagogie intéressante de la sensation: il donne peu de renseignements, est peu directif, mais demande de sentir telle ou telle sensation. La dernière fois (que je m'étais trouvée avec lui à encadrer des débutants: ie, l'année dernière!) cela avait donné de bons résultats, aujourd'hui c'était plus mitigé. Je remarque souvent le même "défaut" chez ces formateurs: ils n'expliquent pas assez le vocabulaire. J'en suis venue à décrire le mouvement du corps plutôt que le résultat attendu ("Plie les genoux lentement" plutôt que «ralentis les retours»; «pousse sur les bras au lieu de tirer» plutôt que «dénager, c'est le contraire de ramer»).

Godard, Une femme est une femme. Cela me fait penser à Maupassant, par association féministe très lâche (il faudrait que je m'explique, mais c'est si ténu… Une façon de ne pas présenter les hommes sous leur meilleur jour).
Vélib et bord de Seine, toujours. Il fait bon tendance chaud

Ce soir est l'un de ces soirs si rares où je suis seule à la maison. Drap en lin "qui gratte" de ma grand-mère.

On ne se quitte plus

La première chose que je trouve le matin au bureau, c'est une invitation à venir boire un pot sur les bords de Seine avant la fermeture du club trois semaines. Il s'agit pour les rameurs "du midi" de rencontrer ceux "du soir et du week-end". (J'ai coutume de résumer par "ceux qui travaillent à La Défense et ceux qui habitent autour de La Défense." Mais ce n'est pas toujours exact.)

Je me trompe tout d'abord de lieu de rendez-vous et découvre les "îles", terrasses flottantes devant le quai d'Orsay consacrées à la détente mais aussi à la prolifération végétale.

Discuté d'aviron pendant des heures dans le soir couchant sur le bitume qui refroidit entre le pont Alexandre III et celui de la Concorde (je préfère les jardins Tino Rossi). Aurons-nous l'occasion de ramer en huit de pointe? de faire du pair oar? L'eau sera-t-elle froide le 25 juillet à 9 heures? Champagne, rosé et biscuits apéritifs.

La Roche Bernard - Rieux

Bien dormi. Un tapis de sol, ça change tout : je me souviens encore des nuits où les côtes comptaient chaque brindille, chaque minuscule caillou sous le sac de couchage… Un tapis de sol et un oreiller gonflable et le camping devient aussi confortable qu'un lit.

Surprise au petit déjeuner: les confitures sont réellement maison — pour soixante rameurs! Ce sont des merveilles: figues-cardamone, fraises-vinaigre balsamique, tomates vertes-citron, potiron (sans goût mais si jolie), marmelade de coing… C'est fantastique.
La rigolade du matin, c'est le pliage des tentes: la mienne se plie comme elle se déplie, mais les tentes montage instantané sont quasi irrepliables: le terrain présente des campeurs plantés comme des piquets, découragés devant leur tente…

Il fait gris. Nous devons ramer jusqu'au barrage d'Arzal puis remonter la Vilaine jusqu'au Port de Foleux.
«N'arrivez pas trop vite, sinon nous n'aurons pas fini de préparer le déjeuner!»
Mise à l'eau toujours un peu périlleuse sur des pontons qui ne sont prévus pour nos bateaux. Ne pas abîmer le matériel, ne blesser personne…

Je prends la nage. Nous avons "hérité" d'un rameur de l'ACBB puisque l'un des rameurs (une rameuse) de Neuilly a retrouvé ses anciens amis d'Andrésy («club du confluent» — Confluent de quoi et quoi? — Entre la Seine et l'Oise.) (De même, j'ai retrouvé un rameur melunois venu avec les rameurs de Port Marly où rame sa compagne. Mélanges et retrouvailles.) Le plan d'eau est très calme. Des voiliers d'une dizaine de mètres, voiles repliées, nous suivent. J'apprends qu'en France, il n'y a pas de permis pour les voiliers, n'importe qui peut en louer un (en théorie: d'après Jean-Pierre, les loueurs vérifient l'aptitude des amateurs en utilisant du jargon technique: ils tiennent malgré tout à leurs bateaux).
Pour sortir de la Vilaine et rejoindre la mer il faut passer une écluse, mais le mouillage à La Roche-Bernard revient moins cher. Beaucoup de voiliers ne sortent plus de la Vilaine, le lit élargi leur permettant d'évoluer à leur guise.

C'est aujourd'hui que nous ramerons le plus. 21,6 km ce matin, 18 km l'après-midi. Philippe a choisi pour nous la vieille Caron, une yolette en bois qui a une cinquantaine d'années. Je suis heureusement surprise par ce choix d'amoureux des bateaux, j'apprendrais plus tard qu'il appartient à la Marine.
Au bout de quelques kilomètres, les hiérarchies s'établissent entre les douze yolettes, nous sommes dans le premier quart. Je suis la seule fille du bateau et un équipage inverse (quatre filles, un garçon) énervera beaucoup Pascal: il vient d'Arcachon et rame habituellement en yole de mer. Leur chef de nage est une jeune blondinette bronzée (sans doute la plus jeune de la rando), leur coup de pelle est léger comme un rêve et d'un ensemble magnifique à voir, et leur bateau nous devancera systématiquement, malgré tout les efforts de Pascal tenant absolument à "tirer des coups" en suivant notre vitesse instantanée grâce à la montre d'Olivier, bref, comique et insupportable dans sa volonté d'être premier (ce n'est pas du tout l'objet de la randonnée).

Port de Foleux pour déjeuner. Evaluation des coup de soleil et des blessures (plaie au mollet, dans l'ensemble ça va).
Sieste. Départ. Le ciel s'est dégagé, il fait très beau. Il y a un vent suffisamment important pour que pelles en l'air au carré (verticales), nous avancions à trois km/heure! C'est un exercice d'équilibre très amusant. Le paysage a changé: après les rochers vers la mer, puis les forêts en amont de La Roche Bernard, voici la plaine. Aucune habitation à l'horizon, mais de loin en loin des pêcheurs à la ligne, de plus en plus nombreux à mesure que nous approcherons de Rieux (sans doute un concours).

Camping de Rieux. Montage des tentes, douche. Je suis fatiguée. Ma grande inquiétude est de savoir si je tiendrai les quatre jours, je n'ai encore jamais ramé quatre jours de suite. Je redoute les courbatures.

Il n'y avait pas d'alcool à midi mais ce soir c'est cidre et galettes (un peu sur le principe allemand: une saucisse dans une galette comme les Allemands mettent une saucisse dans un petit pain). Nous faisons connaissance. En face de moi Suzanne vient de Boston. Elle est menue, la soixantaine, elle est professeur, a des amis à Toulouse où elle a habité il y a quelques années. Elle visite la France et parfait son français uniquement par des randonnées d'aviron. A côté, Isabelle, brune discrète au beau visage fin, est spécialiste de langue mongole (!)
Il fait frais. Crêpe au caramel au beurre salé.


La Vilaine à neuf heures moins vingt:





Ce soir c'est feu d'artifice et bal. Je tombe de sommeil. Je vais me coucher. Friction au synthol. Tard dans la nuit, vers trois heures du matin, j'entendrai la sono au loin (mais j'ai des boules quiès). La nuit est très claire, j'entrevois le chemin de St Jacques (toujours je le noterai).

Nantes-La Roche Bernard à l'arraché

Préparation du sac en catastrophe. Tout n'entre pas dans le sac de sport que j'avais prévu, je change pour un sac à dos, finalement j'ai trop de place, je n'aurais jamais dû attendre le dernier moment pour préparer mes affaires, je ne sais qu'emmener: quatre nuits, quatre jours de rame, que me faut-il? Au dernier moment je dégotte un K-way, je renonce à un pull, crèmes solaires, Vicks, lampe de poche, clé de dix, je m'apercevrai au fur à mesure que j'ai prévu trop court en t-shirts pour ramer et pas assez "élégant" — toutes choses égales par ailleurs — pour le soir. (J'écris cela de retour, après coup: narrateur omniscient.)

Dans le bus qui m'emmène à la gare, je découvre en discutant que je vais rentrer mardi soir dans une maison vide et que je n'ai pas pris mes clés (pour ne pas les perdre). J'appelle O. pour qu'il aille tout de suite les déposer chez les voisins.

RER, métro, correspondance avec mon sac à dos encombrant dont dépasse le tapis de sol. Il faut viser le milieu des portes pour passer en largeur.
TGV, Ada. J'achète misérablement de quoi déjeuner, je n'ai pas pris le temps de me préparer un sandwich, nous devons déjeuner ensemble au club à midi, mon train arrive à 12h12.
Bus, un, deux, j'ai étudié le trajets avant de partir, il y a des travaux dans la ville, je ne sais pas à quel arrêt descendre, le conducteur non plus. J'ai l'adresse du club, je sais où il se trouve sur la carte, je suis sur une appli du smartphone le trajet du bus, je descends au jugé.
Je marche. Jean-Pierre m'appelle, où suis-je, on m'attend, les organisateurs s'inquiètent (à l'aviron, une absence pénalise tout un bateau, c'est comme un sport d'équipe — sans les remplaçants), je cache mal mon agacement: je me suis tout de même beaucoup débrouillée toute seule sans beaucoup (je pense: aucune) d'indication ou de conseils, il est bien temps de s'inquiéter de moi à une demi-heure du départ!

Club sur l'Erdre à Nantes. Bus pour La Roche Bernard à l'embouchure de la Vilaine. Camping. Lieu calme et magnifique (tout le week-end nous nous déplacerons de camping en camping, calmes et magnifiques, comme neufs. Sans doute un peu trop calmes pour moi. Qu'est-ce donc que passer ses vacances dans de tels endroits? Mourir d'ennui, apprendre la sagesse.)
Descendre les yolettes des remorques, remonter les portants, transporter les pelles. Clé de dix.
Montage des tentes. La mienne a vingt-cinq ans, certes, mais je ne m'attendais pas à ce qu'elle fut strictement seule de son espèce, canadienne en tipi avec un pilier central. Toutes les autres sont des tentes qui "se jettent", se déplient avec une grande facilité. Gros débat pour savoir qui ronfle.
Promenade dans la ville. J'hésite à acheter des cartes postales, elles me paraissent trop "bretonnes". J'ai tort : je n'en trouverai plus durant le périple.

Le soir l'équipe fait l'appel. Trois Hollandais, une Américaine de Boston. Le soleil se couche, on est bien.

L'homme est né pour courir

— Il y a un homme à Tours qui rame encore à 86 ans. En somme, l'important, c'est de trouver quelqu'un qui t'aide à monter et descendre du bateau, c'est le plus difficile, se plier et se déplier.
— Le plus normal, c'est quand même de courir.
— Je déteste courir. Ça fait des chocs dans les articulations.
— Tu as tort. Tu sais que c'est un avantage des hommes sur les autres animaux? Il est le seul à pouvoir réguler sa température en même temps que conserver son souffle. Tous les autres animaux, au bout d'un moment assez court, sont obligés de choisir entre respirer et refroidir. Apparemment, pendant des milliers d'années, les hommes partaient en courant derrière un animal et le traquaient jusqu'à ce qu'il s'écroule.
— Ça n'a pas de sens, ils courent moins vite qu'une gazelle.
— Oui, mais la gazelle ne court pas longtemps.
— Mais le temps que tu la rattrappes, elle a récupéré.
— Non, les animaux récupèrent mal, pas très vite.
— C'est le principe de la chasse à courre, ton truc.
— Exactement. Et toute la tribu se déplaçait ensemble, car ça ne sert à rien de courir cinquante kilomètres pour ceux qui ont faim si quand tu attrappes la nourriture ceux qui ont faim sont cinquante kilomètres en arrière. Ils ont trouvé une tribu dans les canyons du Colorado qui, lorsque les Européens sont arrivés, n'a pas cherché à se battre mais est partie en courant droit devant elle. Les indigènes vivent dans les mêmes conditions qu'à l'époque, curieusement personne ne les a dérangés.

Suite à cette conversation, j'ai fait une recherche. Voir ici pour plus de renseignements (la vidéo est intéressante, même si un peu niaise dans sa façon de s'exprimer. Elle donne l'impression d'avoir cinq ans (et l'habituel constat: ce qui est destiné à vous protéger vous fragilise)).

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Agenda
Je suis retournée ramer à Melun pour la première fois depuis les crues de mai.
Il fait lourd, le temps est voilé, il fait toujours très chaud — mais peut-être un peu moins. Nous avons eu quelques gouttes de pluie.


Moulue

Hier midi, sortie en skiff.
Objectif, préparation de l'aviron d'or.
Parmi les techniques à maîtriser, il y a celle qui consiste à remonter dans le bateau après un dessalage. Comme il fait très chaud, Nathalie a prévu de s'entraîner à cela; et donc je décide d'en faire autant.
Sauf que je n'ai jamais réussi à remonter dans le bateau.

Je me suis mise à l'eau deux fois. La première fois je n'ai réussi à remonter que lorsque je me suis suffisamment approchée du bord pour avoir pied. La deuxième fois je n'ai jamais réussi, le bateau menaçant de se retourner quand je m'appuyais sur le bord pour me hisser dessus. Pas assez de force dans les bras, il va falloir que je fasse des pompes. Ou mauvaise technique. Ou les deux. Le skiff a été ramené au ponton par Marin qui me regardait d'un air exaspéré, style «c'est quoi cette buse».

En arrivant à la maison, tard le soir, j'ai pris un morceau de scotch pour m'en servir comme d'une bande dépilatoire pour tenter d'arracher les échardes invisibles de fibre verre que je m'étais plantée dans le bras droit aux alentours du coude.

Ce matin je suis moulue. J'ai l'impression d'être passée à la lessiveuse, j'ai mal à la cage thoracique. Je découvre un bleu violet au niveau de l'aisselle gauche, due à mes appuis contre la coque.
Il faudra que j'essaie de monter de l'autre côté, à tribord.




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Commentaire le 6 juillet : je suis très petite joueuse : Nathalie est de cette couleur-là sur tout l'intérieur des deux cuisses… (vaisseaux sanguins écrasés quand elle se met à califourchon sur le skiff — mercredi elle a accompli l'exercice quatre fois de suite.)

Vendredi

Sortie en double avec Anne-Sophie. Bateau Kokoriko (fierté de se voir attribuer un bateau qui n’est pas les bateaux loisir habituels). Elle aussi me dit de préparer plus tôt (préparer ses pelles). Mentalement épuisée de concentration. Compliment nouveau: bon contrôle du dernier quart de la coulisse (je le note parce que c’est inattendu: c’est la première fois qu’on me dit ça. Ce doit être grâce à Jérôme, et peut-être à mes visionnages Youtube).

Les lunettes de soleil de Clément qui avaient été retrouvées au fond de la cabane ont fini dans la Seine.

J. n’a plus d’ordinateur. J’espère que nous ne venons pas de perdre quatre ans de compta (normalement c’est sauvegardé sur le réseau). Quand J aura son nouveau poste de travail, il va falloir trouver dans le dédale de l’organigramme LA personne habilitée à nous installer le logiciel de compta non répertoriée dans les listes habituelles. Du nawak en perspective.

Première pierre

La catho se modernise. Combien d'années de travaux ?
Cardinal Vingt-trois, maire de Paris, maire du VIe, discours. Première pierre. Le campus va être agrandi en récupérant les bâtiments de deux écoles parties en banlieue et en creusant un amphi dans le sous-sol.
L'objectif est de rester dans Paris, car «Paris tout entier est le campus des universités parisiennes.»

Petits fours. Depuis quelques temps déjà, dans les lieux publics, au milieu de la foule, au restaurant, dans les transports, je n'essaie plus de retrouver le visage des gens bébés ou enfants, mais vers seize ou dix-sept ans. Et ils n'ont pas changé, leur personnalité affleure, je les imagine au café, en train de draguer ou de discourir: ils sont les mêmes, les mêmes sourires, les mêmes gestes, les mêmes espoirs.




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Appréciation :
Dans la gradation «c'est bien», «c'est pas mal», j'ai eu droit à «continue, c'est pas si mal».
(Il s'agissait de skiff et de préparation de l'aviron d'or: j'ai eu un compliment de Vincent, hiiiiihh.)

Vendredi

Sortie en yolette de pointe. Jérôme barreur, moi à la nage, c'est-à-dire lui faisant face. Jérôme montre beaucoup d'inventivité dans les exercices. Il nous fait ramer pieds non attachés. Je commente:
— Jérôme est sadique.
— Mais non, j'ai appris ça d'un rameur déviant.
Et je me tais, méditant sur les déviances possibles qui ne sont pas du sadisme. Quand soudain la lumière se fait:
— Tu veux dire de la ville d'Evian?

Vu San Andréas. Il y a deux scénarios américains possibles pour ce genre de film: soit le père part sauver sa fille, soit il va être confronté au fait de devoir reconnaître que son fils a grandi et est devenu son égal, son alter ego (et un troisième scénario pour une autre catégorie de film : le fils qui se bat avec l'image du père disparu).
C'est tellement convenu qu'on regrette presque qu'il y ait un scénario: pourrions-nous avoir les images sans diégèse, please?
Le sauvetage des dix premières minutes coupe le souffle (non, je ne parle pas des manipulations cinématographiques, mais des véritables cas qui doivent se produire. Quel endroit inhospitalier, pourquoi être allé s'aglutiner là-bas?)
Tremblements de terre: pour une fois, la poussière n'est pas oubliée (impression de voir des dizaines de septembre 2001) et j'ai été impressionnée par le soin mis à la représentation des déchets.


Si fatiguée par la laideur que je la photographie : descente vers le RER A aux Halles



Sur l'eau

De nouveau ce soir j'ai traversé toute la région parisienne pour aller ramer. Il fait nettement plus froid que la semaine dernière.

Manu se moque gentiment de moi :
— Alors, cette détente?
— J'y travaille. Dimanche j'ai fait du fun skiff.
— Du fun skiff? Non non, tu dois sortir en skiff.

Sa théorie est que je me suis trop habituée aux bateaux stables (le fun skiff est plus large que le skiff). Il est normal qu'un bateau fin soit en déséquilibre, m'a-t-il expliqué (et savoir que c'est normal, que ce n'est pas un défaut de ma part, me soulage déjà), il faut juste l'accepter. Et pour s'y habituer, l'accepter, il faut sortir en bateau fin.


Une douzaine de kilomètres.
Comme des orages sont prévus, il y a eu des lâchers d'eau en amont, et la Seine charie des branches, des bûches, des troncs, parfois impressionnants, dangereux pour nos coques.
J'ai l'impression que je suis un peu moins tendue.





Dimanche gris

Pas de photo aujourd'hui : je n'avais pas de sac étanche, je n'ai pas emporté mon téléphone sur le bateau.
Ciel gris, 14 à 16° (donc chaud quand on rame), pas de vent. Tous les arbres à une ou deux espèces près ont des feuilles. Des mouettes courtes à tête noire et bec rouge. Je crois que je n'en avais pas encore vu.

12 km de fun skiff.

Après-midi : il pleut. Pas de jardinage. Tant mieux. J'ai dormi.

Détends-toi

Un certain Emmanuel proposait des cours de perfectionnement en skiff. J'avais reçu les mails sans oser m'inscrire, peur de me retrouver seule de mon âge avec des rameurs de quatorze ans (ça m'embarrasse, je n'y peux rien. J'ai peur de gêner.)

Finalement je me suis lancée: je quitte le bureau à La Défense à quatre heures et quart pour aller à Melun.
Temps magnifique, nous sommes quatre, les autres ont entre quinze et vingt ans. Emmanuel a les yeux très clairs, si étonnants que j'évite de le regarder de peur de me mettre à les observer.

Il semble surpris par mon coup de rame:
— Tu n'as pas fait de skiff depuis quand?
— Un an.
— C'est pas mal.

Plus tard:
— Tu connais la différence entre des bras tendus et des bras allongés?
— Euh… (je ne lui dis pas qu'il me rappelle Jean-Louis qui m'avait demandé la différence entre du steack haché et de la viande hachée.)
— Eh bien, il faut allonger les bras, toi, tu les tends. Ils ne doivent jamais être tendus, sauf au moment de la prise d'eau, et encore, ce n'est qu'une conséquence de la force qui s'exerce sur les pelles. (Il rit:) Détends-toi! J'étais en train de penser à tout ce que tu pouvais améliorer, mais en fait, c'est tout simple, détends-toi!


Et j'observe en moi-même avec philosophie et amusement qu'au moins c'est cohérent: aviron, rock, équitation, et même études, langues étrangères à l'oral, toujours le même diagnostic: détends-toi!

Et me connaissant, je m'imagine parfaitement concentrée, les dents serrées, en train de m'appliquer à me détendre…

Malentendu

Nous sommes deux ou trois à systématiquement essayer de sortir en pointe dès que les conditions deviennent plus clémentes. Nous complétons la yolette avec des volontaires plus ou moins enthousiastes, plus ou moins au courant de ce qui les attend.

Après sept kilomètres, Pascal remarque:
— Je ne suis pas d'accord avec Nathalie, je ne vois pas en quoi c'est plus facile que le couple.
Je demande, de ma place de barreur: — Elle a dit que c'était plus facile?
— Elle dit qu'elle adoorrrreee la pointe.
Nous éclatons de rire toutes les deux.
— Ah mais oui. Ce n'est pas du tout pareil que dire que c'est plus facile!

Un grand moment de solitude

Comme il fait très beau, les rameurs sont revenus en nombre et le vestiaire est plein.
Comme je n'ai pas de contrainte horaire, je passe sous la douche dans les dernières.

Quand je ressors, tout le monde est parti. Slip, soutif, crème sur le visage écarlate, coup de peigne, pull fin à manches courtes, boucles d'oreilles (l'ordre peut paraître bizarre, mais comme je suis seule, j'en profite pour évaporer)… Où est ma jupe?
Je l'avais posée sur le banc devant les casiers, elle n'est plus là. Elle devait gêner pour ouvrir les-dits casiers, quelqu'un a dû la pousser, j'explore du regard le vestiaire, le sol, le dessus des casiers…
Rien.

Ne paniquons pas. Je partage mon casier avec une autre rameuse: je sors son sac et le fouille, au cas où elle y ait fourré ma jupe (en laine, très souple: un petit tas de tissu qu'un cerveau en manque de sucre peut prendre pour un tee-shirt, une serviette, surtout s'il est en train de discuter).
Rien.

Il est deux heures passées, je suis pieds nus en slip dans le vestiaire désert. Que faire? Sentiment de dénuement tel que celui des rêves où l'on se retrouve nu dans la rue sans que personne ne paraisse s'en apercevoir.
Mais dans le cas présent, si je tente l'expérience, il est probable que quelqu'un s'en apercevra.

J'ai enlevé mon pull, remis le tee-shirt rouge du club et un collant (qu'heureusement, chaleur oblige, je n'avais pas utilisé aujourd'hui), mes baskett, et je suis retournée au bureau.

Pâques

Journée sans histoire. Il fait beau depuis la première fois depuis longtemps (les week-ends où il pleut me donnent une excuse pour ne pas travailler au jardin).
Je me rends compte en téléphonant à mes parents que l'aviron me fournit un sujet de conversation facile: si je ne peux parler ni de théologie (sujet ne concernant malgré tout qu'u public restreint) ni de littérature (atteignant un public plus large mais source potentielle de nombreux malentendus quant à l'acception de "littérature"), l'aviron est un sujet libre, sans danger.

Je taille sévèrement deux rosiers sur les quatre devant la maison (la suite demain). J'espère ne pas le regretter.

The big bang theory 6. Ayant fini les petits travaux de couture (boutons du manteau de O: cela doit faire trois fois que je les recouds, cette fois-ci j'ai fait une expérience, j'ai utilisé du fil élastique (blanc que j'ai noirci au marqueur)), je reprends le pull abandonné depuis six mois. Je fais le point dans les diminutions des emmanchures, j'en suis en haut du dos, encore cinq centimètres avant de rabattre (ceci pour mémoire si je mets trois ans à le terminer: j'aurais une trace de mon avancée)).





Début avril, pas encore de feuilles.

C'est long

La semaine dernière je suis sortie deux fois en quatre, mais les pluies des derniers jours ont provoqué une montée de la Seine et aujourd'hui nous nous retrouvons en yolette (ce n'est pas la crue qui est gênante mais le débit).

Il y a toujours un moment quand je rame où je m'ennuie. C'est long. J'en ai marre. J'ai chaud. Il faudrait éloigner ma barre de pied ou mouiller la dame de nage qui grince. Le nez me démange.
L'avantage d'être dans un bateau long, c'est qu'on n'hésite avant de faire arrêter tout le monde pour se gratter le nez. Alors ça passe. L'attention se détourne.

A quoi pensent les autres, à quoi pensent les sportifs qui ne font pas des sports "à effort ponctuel" (saut, lancer, distance courte) ou des sports collectifs?
Laisser sa pensée divaguer, construire des stratégies, apprendre à ne penser à rien, vivre l'instant (méditation) ou se concentrer sur le mouvement (ce que je préfère, chaque mouvement étant une reprise à zéro, l'effacement de la réussite ou de l'échec du mouvement précédent, tout étant à reprendre, comme une nouvelle chance — mais il est difficile de se concentrer longtemps).

A quoi pensent les cyclistes, les marathoniens?
(Cette question n'existe plus pour ceux qui s'entraînent écouteurs sur les oreilles. Mais je ne sais pas si des compétiteurs le font, si c'est admis en compétition (Mimoun l'ipod sur les oreilles) — et je ne sais pas si c'est une bonne idée, cette diversion de l'attention de soi-même.)

Projets

Hier je discute avec Daniel en avalant mes lentilles et mon verre de brouilly (blanc) entre le latin et l'exégèse. Je déclare:
— En tout cas, dans quatre ans, je prends une année sabbatique avant de faire la maîtrise… si je suis acceptée en maîtrise.
— Moi je ne m'arrête pas, sinon je ne reprendrai jamais.

Et aussitôt il me fait hésiter.
J'imaginais déjà cette année pour souffler, aller au cinéma plusieurs soirs par semaine, participer à toutes les randonnées d'aviron (aujourd'hui je ne m'en autorise qu'une par an) (et peut-être aller à des expos avec des amis s'ils ne se sont pas lassés de me le proposer d'ici là), et je me dis que si plusieurs pensent comme Daniel… s'ils continuent tous, je continuerai avec eux, je n'ai pas envie de les quitter. (Mais combien serons-nous dans quatre ans? En première année, nous avions assisté au dernier jour de cursus des huitièmes années, ils étaient douze à seize).

A midi le vent souffle, sortie interdite. Je me mets sur l'ergomètre (ce qui est bien plus épuisant qu'une sortie classique, car sans les problèmes d'équilibre, il s'agit de forces pures). Jean-Pierre vient faire de la retape :
— Tu ne voudrais pas faire la rando "Entre deux rivières"?
— Ça dépend, c'est quand?
— Du 10 au 14 juillet, le 14, c'est un lundi.
— Donc il faut poser le vendredi… OK, je viens.
— Tu ne veux pas réfléchir? Il faudra dormir sous la tente.
— Non c'est bon, je viens.

Ce qui m'inquiète, ce n'est pas l'aviron, c'est le vélo. Ici des photos de l'année dernière et un plan du parcours.

Printemps

Matinée en yolette de pointe. Elle n'est pas sortie depuis longtemps et quand nous la posons sur l'eau, elle commence par se remplir par une fissure… Elle embarquera environ deux litres d'eau, le temps que le bois commence à gonfler.
Belle sortie, un peu hésitante, nous n'avons pas l'habitude de ramer en pointe. Je n'ai pas ramé de la semaine, diverses réunions et urgences m'en ont empêchée, cela ajouté au geste inhabituel de la pointe me laisse courbaturée pour l'après-midi, des courbatures qui vont devenir de plus en plus présentes au fur à mesure de la soirée.

Pruniers en fleurs et saules pleureurs. (C'est la tache verte claire au dessus de la péniche la plus éloignée, vers le centre de la photo.) Ciel changeant, dès qu'il se découvre il fait chaud.





Taille des hortensias (une tâche jardinière par semaine, je ne peux faire plus). Vote. La relecture de ce blog me montre qu'il y a un an, je passais ma journée dans un bureau de vote. Cela ne me manque pas.

Deux jours

Samedi : glandé (après m'être fidèlement levée à 4h56 pour travailler une heure quoi qu'il arrive, comme j'essaie d'en prendre l'habitude (cela m'arrive régulièrement: je me dis que je ne peux pas travailler le soir car je m'endors, alors il faut que je travaille le matin; puis je n'arrive pas à me lever le matin — alors je me dis que je vais travailler le soir. (Un jour j'arriverai à établir une routine, je me le jure !) Comme c'était samedi, je me suis recouchée.) Paresseusement vidé la chambre de A. pour Baptiste qui vient deux jours. Passé beaucoup de temps sur internet. Je me suis aperçue que le blog de writ était toujours actif: mais pourquoi l'avais-je cru abandonné? J'ai oublié.
Note pour mémoire : les procès avec JA arrivent à terme et celui-ci souhaiterait qu'on efface tous les billets relatifs aux procès ("différends", s'exprime pudiquement l'avocat): il faut donc en conclure que JA n'a rien compris à ce qui m'avait (nous avait) motivée à l'origine: qu'il cesse d'effacer ses méfaits en intimidant ses victimes.

Dimanche : sortie pour la première fois depuis le 25 janvier. Très belle sortie, à la nage, équipage parfait et bassin plat. Personne ou presque, les jeunes sont en vacances.

Je vais essayer de mettre une photo à chaque sortie dans l'espoir de saisir l'arrivée du printemps, mais ne vous faites pas trop d'illusions: je suis nulle pour ce genre de choses, j'oublie de prendre les photos, les photos ne comptent pas assez pour moi.

10h50, en regardant vers l'aval. A partir du ponton.




Un huit (de pointe!) est envisagé, le bateau est préparé. Paradoxe: à Neuilly, Vincent très attentif à la sécurité projette de nous faire ramer en huit (de couple) sans s'inquiéter de l'étroitesse et du peu de longueur du bassin; à Melun où tout est plus laxiste, où nous disposons de quinze kilomètres de bassin et de la largeur de la Seine pour tourner, mes compagnons de ce matin paraissaient persuadés que nous n'y arriverions pas, et d'abord à rassembler neuf personnes qui ne feraient pas faux bond. (La première difficulté en huit est d'être discipliné et fiable: il faut être là et à l'heure, sinon le bateau ne peut pas partir. Je ne comprends pas pourquoi ce serait plus difficile que de réunir une équipe de foot, mais les autres rameurs ont l'air pessimistes. D'un autre côté on peut jouer à dix tandis qu'on ne peut pas ramer à sept dans un huit.)
Je convainc Stéphane de prévoir une yolette de pointe la semaine prochaine. A suivre!

Je commence le "nettoyage" des deux blogs: passage en html, conversion des photos, indexation de vehesse, en travaillant jour par jour (par exemple, aujourd'hui, revu tous les billets publiés un 15 février). J'ai l'impression que ces travaux font remonter le googleranking. En tout cas les stats remontent sans que je sache pourquoi car les stats de free ont diminué en qualité et ne donnent plus les mots-clés des recherches ou les sites ayant mis un lien vers mes blogs.

Incidemment, il se trouve que c'est le 15 février 2011 que j'avais expliqué pourquoi JA était poursuivi au pénal. Quand je pense que s'il n'a pas été condamné à publier le jugement sur son blog, c'est parce que les juges ont estimé qu'il s'était écoulé trop de temps depuis les faits!

Quelques explications

Il s'agissait de cadets. Ils ont hésité trois secondes, un ordre, un contrordre, et ils ont heurté le duc d'Albe (qui signale une pile de pont : l'hésitation portait sur la façon de passer sous le pont : à droite ou à gauche de la pile? (je rappelle qu'il n'y a pas de barreur dans un quatre de couple, et qu'on "recule" à l'aviron: il faut se retourner pour vérifier où l'on va)).

(Cela m'a rappelé «le doute profite à la nature» (phrase à laquelle je pense désormais en lisant Conrad) qui n'est pas loin de la conclusion de Bonhoeffer : mieux vaut agir et se tromper que ne rien faire.)

Les enfants ont été sortis de l'eau quasi immédiatement car le canot moteur de l'entraîneur arrivait.

Le bateau coûte environ quinze mille euros, l'assurance devrait rembourser la moitié.

Choc et frustration

Sur la page du club je découvre L'impromptu coupé en deux.





Je sens la colère qui monte. Les "loisirs" n'avaient droit de monter que dans trois quatre, et celui-ci était de loin le meilleur. J'espère que cet accident n'est pas dû à un non-respect des règles, mais simplement à la malchance (que le bateau ait été ainsi en travers est étrange. Peut-être a-t-il été "rabattu" par une péniche? Le courant est très rapide en ce moment).
NB : apparemment, c'est arrivé ce jour-là.

Eaux brunes

Impossible de ramer la semaine dernière pour cause de brouillard.
Aujourd'hui, le courant est rapide et le niveau de la Seine a beaucoup monté. L'eau est brun sale et charrie beaucoup de déchets, à commencer par des débris végétaux, branches et troncs, dangereux pour nos coques. Les péniches semblent dévaler la Seine comme les enfants une pente: «Normal, explique quelqu'un, il faut qu'elles aillent plus vite que le courant pour être manœuvrables.» Mais oui, c'est évident, c'est une question de physique.
Je contemple les arbres et me dis que j'ai été absente trop de week-ends: je n'ai pas vu la dernière chute de feuilles.

Monté la crèche, décoré le sapin.

Je continue mes notes sur L'Eglise de Congar. Livre aride, technique, dont le titre complet devrait être quelque chose comme L'évolution de l'idée d'Eglise à travers deux mille ans de christianisme. Exemple : le détournement de la pensée de Gélase:
«Il existe en effet deux instances par la primatie desquelles le monde est régi: l'autorité sacrée des pontifes et le pouvoir royal. En cela, la charge des évêques est d'autant plus importante qu'ils auront à répondre, au tribunal de Dieu, pour les rois eux-mêmes» «Duo quippe sunt, imperator auguste, quibus principaliter mundus hic regitur: auctoritas sacra pontificum et regalis potestas. In quibus tanto gravius est pondus sacerdotum, quanto etiam pro ipsis regibus hominum (domino?) in divino reddituri sunt examine rationem.»

Yves Congar, L'Eglise, p.32-33 (Cerf, 1970)
Au VIIIe et IXe siècles, cette citation est reprise dans un autre contexte:
Le Christ est à la fois prêtre et roi, selon le type biblique de Melchisédech. […] C'est pourquoi les deux pouvoirs, que le Christ réunit, se trouvent, mais séparés, dans son corps fait des fidèles. […] Et l'on cite le texte de Gélase, «Duae sunt» (supra, p.52)

Mais ce texte a subi ainsi un changement profond de sens. Pour Gélase, c'était le monde, mundus hic, qui était régi, comme par deux principes, par les évêques et par les rois. Pour l'épiscopat carolingien, c'est l'ecclesia-corpus Christi, l'Eglise-Corps du Christ. C'est au point que, si le texte de Gélase est souvent cité avec les mots originaux «mundus hic», «ce monde», bien que dans un contexte d'application à l'ecclesia, il arrive que les mots «mundus hic» soient remplacés, dans la citation même, par ecclesia ou, en tout cas, que le gouvernement de l'ecclesia soit attribué aux pontifes et aux rois. […] Ainsi ecclesia désigne, non plus (seulement) ce que nous appelons l'Eglise, mais le peuple des baptisés ou des fidèles, la société des chrétiens.

Ibid., p.52-53

Dernier jour (de la semaine)

Commissaires aux comptes. Celui que nous aimions le moins est parti — "chez Mazars" nous dit l'associée du cabinet, à la fois fière de montrer l'évolution de ses salariés et déçue de ne pas avoir pu retenir quelqu'un recruté "par Mazars". Je me retiens de lui dire que ce n'est pas une grosse perte. Je fais rire ma collègue en lui disant que c'est peut-être grâce à moi qu'il a été embauché, grâce à mon cours brillant qui avait démonté ses certitudes et l'avait laissé penaud.

A midi, trop de courant pour sortir. Tank à ramer armé en pointe. Cela permet de corriger la position du corps. Ampoules puisque les mains ne sont pas habituées à ces rames. Comme le bassin est fermé et que l'eau ne peut pas s'échapper, cela donne l'impression de ramer contre de la boue, c'est très dur.

Soirée chez les voisins. Une fois de plus je regrette d'avoir montré du feu dans une discussion qui sur le fond n'avait pas de réponse et ne valait pas tant de chaleur («vaut-il mieux s'appuyer sur des principes ou tenter de discerner le mal? (sous-question: l'homme est-il constitutivement capable de distinguer le mal?)»). Il faut que je repère quand je dois laisser tomber, après je m'en veux, j'ai peur d'avoir blessé (bien que les autres n'aient pas montré moins de flamme).

Brume

Tellement de brouillard sur la Seine à Melun qu'on ne voyait pas les péniches qui passaient. Sorties interdites, pourtant un huit est parti dans le coton. Je songe à une nouvelle de Maupassant (mais laquelle?). Je regrette de ne pas avoir pris de photo: qu'aurait-on vu, qu'aurait-on compris?

Dormi tout l'après-midi. Je respire comme une bouilloire.



Je feuillette le Chenu acheté hier et trouve ces lignes de St Hilaire de Poitiers cité par Saint Thomas qui dépeignent à la fois mon impuissance et mon espoir croissants concernant mes études:
… C'est cette recherche qu'exalte Hilaire, dans son livre sur la Trinité: «Dans ta foi, entreprends, progresse, acharne-toi. Tu n'arriveras pas au terme, je le sais, mais le moindre progrès est déjà plein de grâce. Qui poursuit l'infini avec ferveur progresse, même s'il n'arrive pas à ses fins. Mais pour cela, garde-toi de prétendre percer le mystère, par cette immersion dans la vérité sans rivage; la première condition est de comprendre qu'elle passe toute compréhension.»
Somme contre les Gentils, Livre Ier, chap. 5 et 8.
Comm. sur le traité de la Trinité de Boèce, quest. 2, art. 3, rép. 5.

Marie-Dominique Chenu, St Thomas d'Aquin et la théologie, p.46

Prévisible

Et voilà : je me réjouis de deux belles sorties d'aviron, de celles qui vous font dire: «Ça y est j'ai compris», et j'en vis une de celles qui font dire: «J'arrête, c'est inutile, je n'y arriverai jamais.»
Ena 2, François, moi, Nathalie, Patrice. Sans doute un problème de cales de hauteur, pas le même nombre à babord et à tribord — je ne m'en suis rendu compte qu'à la fin de la sortie.

Rentrée tard, trop traîné sur FB. Il ne faut pas, cela me met mal à l'aise. Je regrette toujours d'avoir écrit.

Sans histoire

Belle sortie en yolette White. Moi, un débutant (Orian?), Gérard, Patricia, Philippe à la barre. Heureuse et surprise de constater que la yolette de Stéphane n'a pas réussi à nous remonter, même quand Sylvie a remplacé Bruno à la barre. Je vois bien que mon coup de rame impressionne (laisse Stéphane songeur et muet), et ça me fait bigrement plaisir, car c'était totalement inattendu.

Après-midi dehors pour profiter de la douceur pour désherber et laver la voiture (cliché!) Je me suis abîmée l'épaule droite.
Je continue Twin Peaks. J'adore cette musique.

Hervé a travaillé tout le week-end pour le salon des Maires. Cela faisait longtemps que la maison n'avait pas connu ainsi de quasi-nuits blanches de développement.

Mésaventure

A midi, tandis que notre quatre était déjà sur l'eau, nous avons vu une yolette vide quitter le ponton et se mettre à flotter au milieu de la Seine: son équipage l'avait lâchée un instant et elle était partie.

A notre grand étonnement, elle nous parut aller plus lentement que le courant ou que nous-mêmes: était-ce parce qu'elle était vide et légère?
(Les entraîneurs l'ont récupérée en bateau moteur.)

Très beau quatre Impromptu (alleluia, avec l'équilibre!), Marc, moi, Lauren, Thierry. Et temps très doux, toujours (ce n'est pas pour maintenant que je le note, mais pour l'année prochaine).

Dix ans

Dix ans que Jacqueline est morte. Je ne pense pas à elle à chaque fois que je rame. Non, mettons une fois sur deux. Je me dis : «il faudrait que je ressorte en double avec elle, est-ce que j'ai fait des progrès? Que va-t-elle en penser? (Et j'espère secrètement qu'elle sera contente) Ah non, ce n'est pas possible, elle est morte.» D'autre fois je refais l'histoire, j'imagine que je suis restée à l'aviron durant tout le lycée… Christine a l'air d'avoir arrêté, mais j'ai vu une photo de Nathalie avec une médaille autour du cou… Mais les relations avec Nathalie étaient trop compliquées pour que je reprenne contact. Tant d'années après j'en suis encore intimidée. Elle n'avait pas peur des garçons, elle, (et pourtant elle n'était pas jolie, tendance laide), elle sortait avec Castor (elle était sortie avec, ça n'avait pas duré très longtemps. Ou bien si?), tous chantaient en chœur ce soir je serai la plus belle pour aller danser, je les regardais, la chanson me réjouissait, je ne la connaissais pas et je ne chantais pas et je donnais l'impression de désapprouver leur exubérance moi qui profitais intensément impassiblement de leur gaieté, elle ramait en compétition en skiff (est-ce qu'elle a eu une médaille en skiff, récemment?) mais l'année où nous sommes allées au championnat de France, Thierry et elle ont été recalés aux éliminatoires tandis que Jacqueline et moi accédions aux demi-finales à la surprise de tous (et je m'étais sentie coupable de retarder le retour à la maison d'une journée pour courir cette course dans laquelle nous n'avions pas grandes chances).

Dimanche

Je n'avais pas ramé depuis dix jours (à Lisieux le week-end dernier, illusion que j'allais travailler le 11 novembre (je veux dire en latin, etc), flemme mercredi, oubli jeudi que j'avais un déjeuner, pluie vendredi). Bref, je me suis refait des ampoules.
Bel automne, si doux que la moitié des arbres ont encore leurs feuilles rouillées.

Arbre généalogique des empereurs romains. Olivier doit lire Caligula d'Albert Camus.

Sortie en quatre

Hier, un type (un "faux" débutant, ayant «ramé deux ans il y a quatre ans», sans aucun des réflexes de base) a refusé de sortir avec moi parce que j'étais "trop directive". Le canoë était armé sur l'eau, nous avons remonté les pelles et rentré le bateau.

Je n'avais jamais vu ça. Je me demande comment il va faire pour revenir ramer ici après avoir fait ce caprice.
Evidemment, quand je l'ai raconté à midi, Jean-Pierre m'a dit que le type avait raison (qu'il «avait vu ma vraie nature»). Nous avons fait une très belle sortie en quatre malgré le vent, améliorant peu à peu notre équilibre. (Marc, Jean-Pierre, moi, Philippe).

Particularité fluviale

Quand je n'ai pas le moral j'ai froid et je n'ai pas envie d'aller ramer, même si je sais que ramer me réchauffera et me redonnera un peu le moral (tout au moins du courage (as opposed to découragement) ce qui n'est pas à négliger pour terminer la journée).

Hier je ne suis donc pas allée ramer; aujourd'hui je m'y suis forcée. Dix kilomètres autour de l'île de la Jatte en double canoë.

Il se produit un phénomène curieux avec le courant: en amont du club (qui est sur une île, l'île de Neuilly), le bras (dit "petit bras", tandis que les péniches circulent su le grand bras) est fermé par un barrage de retenue. Quand il n'y a pas de courant, c'est très calme, mais dès qu'il y en a, le débit est très rapide, beaucoup plus rapide qu'à Melun par exemple (de l'influence de la section du tuyau sur la vitesse de l'eau).
Au bout de l'île de Neuilly commence l'île de la Jatte, et tout le courant du petit bras de l'île de Neuilly va se jeter dans le grand bras de l'île de la Jatte, tandis que le courant dans le petit bras de celle-ci reste très calme en toute saison et quoi qu'il arrive.

En d'autres termes, le courant se partage en amont de l'île de Neuilly pour ensuite rejoindre un seul bras (ou quasi) en amont de l'île de la Jatte.

Cette année, sans doute dans l'éventualité d'un hiver aussi difficile que l'année dernière, Vincent nous fait privilégier "la Jatte" sur "le barrage". Le problème, ce sont les péniches que nous devons apprendre à croiser (on n'imagine pas le danger que représentent les vagues qu'elles soulèvent pour des embarcations aussi frêles que les nôtres. Moby Dick).

Journée grise

Pas grand chose. Beaucoup de courant, comme hier. Bruine agréable (contre un ciel bleu d'hier).

Mon patron au téléphone (nous ne sommes pas sur les mêmes sites et je le vois deux fois par an environ). Il a soixante-deux ans, je redoute son départ, il me manquera. Nous discutons stratégie de pouvoir entre syndicats, pas toujours compréhensible quand on cherche simplement à être efficace.
Il me parle d'une loi qui va révolutionner le domaine de la formation: les employeurs vont être tenus de garantir "l'employabilité" de leurs salariés à partir de janvier prochain, le DIF disparaît. Je dois avouer que je n'y comprends pas grand-chose et cela ne m'intéresse pas beaucoup, la formation en entreprise m'ayant toujours paru un "machin". (Serait-il possible de faire passer une semaine à Cerisy en formation? Prené-je le risque de lui parler de ma formation en théologie? (c'est délicat, car je n'ai pas d'objectif professionnel, je ne vise rien d'autre que suivre pour suivre en attendant de découvrir quelque chose en chemin.))

Ce soir je prépare ma valise en faisant confiance aux prévisions météo: il devrait faire beau. J'hésite à emmener l'enveloppe destinée à protéger la capote rabattue : laisserons-nous celle-ci ouverte suffisamment longtemps pour utiliser l'enveloppe qui capote fermée prend de la place dans le coffre? (problème de place pour les bagages).

Nana d'Emile Zola

Ligne 1 vers 17h45.
Elle arrivait aux dernières pages et semblait captivée. Il y avait en elle je ne sais quoi de Scarlett Johansson.




Agenda
Double canoë avec une jeune femme qui aurait ramé un an à l'université. Quand je vois son niveau, je me dis que l'aviron a vraiment beaucoup compté dans ma vie, ou que j'ai eu vraiment un bon entraîneur (mais les deux vont ensemble) (je veux dire que je ne m'attendais pas à ce qu'elle ait TOUT oublié, même la façon de monter dans le bateau. Tandis que moi, mes quinze ou vingt ans d'arrêt m'ont plutôt permis d'affiner mon coup de rame; en remontant en bateau je ramais mieux que quand j'avais arrêté, capitalisant tout ce que j'avais appris par ailleurs pendant vingt ans (car tout(e expérience) sert à tout(e activité), les frontières sont poreuses, mais je ne vais pas développer ce point de vue maintenant)).
Je passe à la bibliothèque (traversée du jardin du Palais Royal, le théâtre provisoire est en cours de démontage) rendre la saison 1 de Twin peaks et prendre les DVD 2 et 3 de la saison 2. Il fait beau. Vélib jusqu'au Marais.

Une matinée perdue

Je rentre à une heure et quart. La table de la cuisine est dans le même état que lorsque je suis partie, la brioche en moins. Les garçons en pyjama jouent à League of Legend en se parlant de la chambre au salon. Hervé est à l'étage, il n'a pas fait de courses visiblement (il fait si beau, je m'attendais à un barbecue).
Je mets la table sur la terrasse, je sors ce que nous avons dans le frigo, je pense à ma matinée sur l'eau, à la Seine magnifique, aux arbres à peine roux, à la température idéale, et je ne peux m'empêcher de les plaindre d'être restés au lit.

Mardi 23

Quatre Impromptu à midi. Des problèmes d'équilibre (cette compensation du corps à tribord pour une pelle qui plume à babord: m'en déferai-je jamais?) mais une belle sortie. Première fraîcheur d'automne sous un soleil resplendissant.
Il me reste des traces d'oppression dans la poitrine, mais elles sont en train de disparaître — lentement.

Journées de bureau très calmes en ce moment: aucune réponse des administrateurs à mes mails, aucune décision de prise. Je sais déjà que nous allons avoir une fin d'année épouvantable, quand tout sera décidé et urgent — et je ne peux rien y faire, sauf avancer sur le fond (il y a toujours du travail de fond à avancer — heureusement).

Hervé revient de Mulhouse après avoir inauguré le Wifilib (l'équivalent de trois ou quatre lignes ADSL, dans la rue et gratuites, bien mieux que la 3 ou 4G, me dit-il) et me propose d'aller voir "une comédie anglaise", Pride.
Anglaise je veux bien, mais certainement pas une comédie. Le pendant anglais et optimiste de Dallas Buyers Club, une histoire que je n'aurais pas cru possible si elle n'était avérée. Surprenant et émouvant, parfois proche de la caricature ou du cliché, mais la vraie vie concernant ces sujets (grève des mineurs et lutte LGBT) est elle-même caricaturale.
Même si ce n'est pas son sujet principal, ce film montre bien le grain de folie et de joie que les gays sont susceptibles d'apporter au quotidien, joie et gaieté si attirantes quand, sans connaissance de ce milieu-là, on cherche juste à échapper à la grisaille ou à résister au désespoir. Le merveilleux est que cela ne réside qu'en une façon de se comporter et d'envisager la vie, la grisaille de l'existence n'a rien d'ontologique.
Rappel des années Thatcher, du début du sida, mesure du chemin parcouru par les LGBT depuis 1984 — et du chemin restant à parcourir.

Lundi galère

Nuit très difficile. Je me réveille à trois heures du matin, j'ai les épaules en feu (les kilos portés à bout de bras avant l'aviron, la voiture étant garée très loin du marché du fait d'une brocante) et les mains me font si mal que je cherche du liminent dans la maison pour apaiser mes ampoules. Je dois ramer de nouveau à midi, cette fois-ci pour encadrer les débutants.

Blue Ruin parce que les cours de langue n'ont pas commencé. Bof. Pas mal mais de là à le conseiller…

Je rejoins les autres au café. C'est sans doute ce qu'il y a de plus agréable dans ces cours: les autres (! comme dirait B.Cholvy, «vous ferez Eglise»). J'apprends entre autres que le dalaï-lama a déclaré ne pas souhaiter de successeur, afin de couper l'herbe sous le pied aux Chinois qui s'apprêtaient à désigner un fantoche.
Par ailleurs, une amie me dit qu'elle a très mal dormi: sans doute la pleine lune, me dit-elle (pourquoi pas).

Deuxième cours d'ecclésiologie. Très intéressant. Le prof (un prêtre oratorien) est plein d'humour. Je renonce à le citer car tout est dans le ton. Explication sur le baptême (à titre d'exemple), développement sur les rapports politique/religion (inévitables).

Rentrer chez moi est long, très long : gare à minuit (j'anti-date ce billet pour le laisser dans la bonne journée), retour à pied puisque je n'ai pas de voiture, talons trop hauts (manque d'anticipation) — j'ôte mes chaussures et je rentre pieds nus.

Dimanche

Marché à 8 heures pour aller ramer à 9 heures. Double scull très agréable sur un bassin magnifique. Les points de vue de Neuilly et Melun sont vraiment très éloignés : à Neuilly, Vincent est la prudence incarnée, il nous jauge avant de nous donner un bateau fin; à Melun Sylvie me propose «On fait un double?», descend les pelles et prend le bateau sans rien demander à personne. Je hasarde:
— Tu as rempli le cahier de sortie?
— Euh non. On le fera après, dit-elle parce qu'elle n'a pas envie de perdre du temps.
— Je préfèrerais quand même qu'on sache que nous sommes sur l'eau… répondé-je en pensant au cas où nous nous retournerions à cinq kilomètres du garage.

Je suis contente de moi, je ne suis plus épuisée comme je l'étais il y a un an, j'ai dû acquérir de la masse musculaire même si je ne m'en rends pas compte.


Agenda :
commencé la taille des lilas, lavé deux paires et demie de draps (profitons du soleil!)

Le besoin et l'utile

Petit déjeuner :
— Je songe à t'inscrire à un cours de vingt heures sur un roman de Balzac, nous irions ensemble.
— Bof… si tu penses que j'en ai besoin…
— Besoin, besoin… Tu n'avais pas besoin d'aller à Florence, et cela ne servait à rien. Mais est-ce que c'était inutile ?


Mais ce soir je suis découragée. J'irai seule, c'est inutile, il a raison, cela lui est tellement indifférent, il ne comprend tellement pas de quoi je parle.


Agenda :
Bonne sortie en skiff, un peu tremblante. Ralentir la fin des retours.
60 k€ pour transformer une extraction en fichier xml… Je suis en rage.
Pensées pour Jean à Nantes.

Du soleil

Ce matin, 14 km voire un peu plus sur la Seine — en fines bretelles, et j'ai même l'impression d'avoir le nez un peu rouge.

Dernier samedi avant la reprise

14 km sur la Seine à Melun d'abord sous un ciel plombé puis sous quelques rayons.

Tous les cinq à Disneyland le soir pour voir Lucy sur écran Imax (une lubie de H.). Même pour un Besson, c'est mauvais. (Je veux dire qu'à priori, on attend d'un Besson un peu d'humour et beaucoup d'actions, ici nous n'avons ni l'un ni l'autre).
Cela m'a rappelé que quelques biographies plus tard, je crois connaître le secret de la sainteté: ne jamais perdre son temps, ce qui ne veut pas dire ne pas prendre son temps, mais ne jamais perdre son temps par fainéantise ou démission de la volonté 1.
Et puis je me dis (ce film occupe un pour cent de capacité cérébrale, je peux penser à autre chose) que beaucoup de films, décidément, ont des tendances apocalyptiques. Cela me rappelle H.G. Wells et ses romans de la fin du XIXe siècle imaginant l'extermination de races entières: cinquante ans pour devenir réalité. (Je vois l'avenir en noir en ce moment, le monde me paraît très mal parti. L'annonce du "califat islamique", qui pourrait paraître une bouffonnerie et qui en est une, d'un certain point de vue, me terrifie. Que va-t-il se passer à l'horizon de cinq ou dix ans, vingt ou cinquante?)

Petit tour dans les magasins Disney (dernière visite en 2002). La marque a décidé d'illustrer les blagues qui ont circulé lors du rachat de Star Wars par les studio Disney et a créé des peluches Dingo habillées en Darth Vador. Je suis ahurie par le monde. A 21 heures, les gens arrivent par vagues. Beaucoup de femmes voilées avec de jeunes enfants: le voile n'est pas un refus du consumérisme. Des groupes de jeunes, équivalent contemporains des loubards.

— Mais ils font quoi ici, ces jeunes de banlieue ?
— Ils draguent !
— Il y a des filles seules ici ?
— Mais oui, regarde ! me dit-il en m'indiquant deux pouffes maquillées:
— Oh mon dieu ! (Draguer à Disneyland, faire tous ces kilomètres pour atteindre Mickey dans la campagne, tout ça pour draguer? La jeunesse est perverse, cela ne me serait jamais venu à l'idée).


1 - Chic, le pape est de mon avis.

Un peu d'aviron

La vidéo est tournée principalement sur le bassin où je rame, celui du CNF (club sur l'île de Neuilly qui se voit du métro ligne 1). Le grand angle déforme les perspectives, mais cela donne une idée du dépaysement quand on travaille en bureau à la Défense.

Quelques points de repère :
- Il s'agit de pointe (une rame par rameur), donc l'équilibre est plus difficile à trouver: c'est comme si un équilibriste ne disposait que d'un demi-balancier, l'autre moitié étant utilisée par un coéquipier devant lui, les deux dépendant l'un de l'autre pour ne pas tomber.
- Remarquez la différence entre la force déployée durant la passée dans l'eau, le petit coup sec au moment de sortir la pelle de l'eau (le seul moment où les bras travaillent, l'essentiel de la force est fourni par les jambes) et le retour lent sur la coulisse.
- La première fois que l'on voit les rameurs de dos, ils rament "sans coulisse" (jambes tendues, soit le mouvement en barque, à peu près), la deuxième fois ils font des exercices d'équilibre en s'arrêtant deux fois durant le retour, une première fois après le renvoi de main (exercice classique) puis une deuxième fois une fois les pelles au carré (verticales), prêtes à tomber dans l'eau (exercice que je ne connaissais pas, il faudra que j'essaie).
- HJ8+ : "Hommes Junior 8 barreur" => «huit junior» dans le langage courant (on ne précise ni "barré", ni "de pointe", car c'est toujours le cas en compétition. On précise "filles" si c'est un huit féminin).



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Agenda :
Belle sortie en skiff avec la sensation de se déployer en ressort. Hauteur de mains réglée par le port de tête (à essayer en bateau long).
Découvert l'existence de la page de Vincent sur FB (je n'y avais pas pensé!)
Edge of tomorrow. Voyage dans le temps un peu différent: non pas des anneaux parallèles avec des histoires qui se poursuivent en chacun d'eux, mais un temps linéaire avec la possibilité de rejouer une journée (non, ce n'est pas exactement pareil, on évite les paradoxes temporels).
Allemagne-Brésil 7-1, incroyable et douloureux (dangereux?).

Reprise

A la nage du quatre de couple (pour éliminer le foie gras) (Wikipédia est si mauvais en français que je vous mets le lien en anglais). Onze kilomètres. Je me suis fait mal en portant le bateau. Il faut que je fasse des pompes, je n'arrive pas à mettre le bateau en tête.
Le plus important : j'ai vu trois canetons de l'année. Avec la cane, mais plus étrangement un canard.

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Sinon une emmerdeuse, une lettre de rappel de l'ACPR (nous devons envoyer deux exemplaires papier des tableaux télétransmis fin avril… Je l'ai sans doute fait l'année dernière, mais c'est si illogique que je l'avais gommé de ma mémoire). Les lettres T sont arrivées, ouf.

De Melun à Corbeil

En ramant. 25 km; j'en ai ramé 21 — à la nage. J'ai mal partout. Je ne comprends pas pourquoi, même à Venise je n'étais pas dans cet état-là — mais je n'étais pas à la nage.





Je me demande à quoi pense les grands sportifs quand ils ont mal. Mon ex-beauf parlait avec admiration de sa chienne qui «n'avait pas de mental» (moralité il lui a bousillé les cartilages à force de la faire courir avant qu'elle ait fini sa croissance).

Une chose est certaine, c'est qu'à partit d'un certain niveau d'inconfort, se concentrer sur le corps (genre méditation) est à éviter. Il vaut mieux écouter le bateau que soi-même.

Les bords de Seine sont magnifiques.

(Remarque : si vous devez passer le permis remorque, passez-le à Cesson, il paraît qu'il y a là une très bonne auto-école pour cela).

Dormi en rentrant après avoir mis le réveil à 19 heures pour aller voter. Cela n'aura pas empêché le FN d'être à 25%. Je ne suis pas surprise, c'était prévisible. Vu qui je connais que je pensais parfaitement "normal" qui a viré FN, tout me semble possible.
Désormais je n'ose plus parler à des inconnus (à la cafétéria, à midi durant le repas au club de Corbeil,…) en partant du principe qu'ils sont forcément anti-extrême-droite, que cela va de soi. Depuis un moment déjà je présuppose l'inverse: qu'ils sont peut-être d'extrême-droite.

En pointe

Ramé en pointe, c'est-à-dire avec une seule rame. C'est l'armement traditionnellement réservé aux garçons, il est plus puissant avec une rame qui fait presque un mètre de plus que les pelles de couple.

Je suis babord : aussi maladroite à tribord que si je n'avais jamais ramé.

Remarques en passant

— Tu ne connais pas Jennifer Aniston !??
(Exclamation après la bande annonce du film Pas mon genre).
Mais il connaît Gigi l'amoroso, il cite Comme un ouragan («J'ai essayé de remonter le RER comme un ouragan») et Simon and Garfunkel.
Drôle d'éducation.

Aviron. Depuis que nous avons changé d'horaire, qu'il fait jour quand je quitte La Défense, je me rends compte à quel point mon bureau est sombre: j'ai l'impression de sortir d'une cave quand je franchis la porte de l'immeuble. C'est pesant à la longue, et ramer, c'est constituer des provisions de lumière.

Dimanche

"Fun skiff" le matin (comme du skiff, mais un peu plus large). J'en suis ravie. Un instant il a été envisagé que nous sortions en double, mais l'autre rameuse a réussi à trouver une place en yolette. Comme je m'étonnais discrètement auprès d'un entraîneur de cette préférence pour la yolette, il a répondu: «Ah, les loisirs ce n'est pas pareil, ils recherchent la convivialité, le groupe…»
Je recherche le geste technique parfait. D'ailleurs je suis plutôt contente de moi, je rame aussi vite seule qu'à quatre (il y a un rapport d'efficacité à trouver par rapport au poids du bateau).
Parcouru 11,97 km, soyons précis.
En parlant de geste technique, j'ai le plaisir de découvrir que les sorties hivernales m'ont permis de corriger mon défaut: je ne penche plus à babord.
Maintenant je penche à tribord.
(Blague à part, ce défaut étant beaucoup plus récent devrait être plus facile à corriger.)

Après-midi à zoner, à regarder les interminables épisodes de la saison 1 de Killing. Le genre de série où la fin vous donne l'impression d'être sale dans une humanité pourrie.

Fatigue

Encore du quatre sans barreur : trois fois d'affilé, Noël!

Pensées: au dégagé, renvoyer les mains, deueux troiois quaatre, descendre la main droite (babord) pour éviter de plumer, en faire autant à tribord pour éviter que le bateau ne penche, préparer sa pelle tribord de façon à la plonger sans mettre la main au fond du bateau, ce qui évite de surcompenser en relevant la main une fois dans l'eau (défaut identifié par Stéphane), appuyer sur les deux jambes en sentant la poussée se propager cuisses mollets talons (talons ou pointes de pieds? j'essaie les deux, d'un coup à l'autre), penser à tirer la main tribord horizontalement comme on ouvre un tiroir, ne pas plumer babord, et c'est reparti pour le coup suivant, deueux troiois quaatre, "recovery" disent les Anglais pour le "retour" qu'il faut ralentir sans buter sur l'avant de la coulisse en fin de course…
ou:
tenter de se détendre, regarder autour de soi, les arbres, les cormorans, oublier que l'on rame, espérer que le corps va savoir, instinctivement, si on l'oublie (et ce n'est pas si faux)
ou:
tenter l'exercice zen qui consiste à se dissoudre, ne plus faire qu'un avec la nage en cessant de penser.

En tout cas, j'avais tort la semaine dernière d'accuser le vin de ma faiblesse: c'est l'aviron qui me rend comateuse. Il faudrait que je change de jour pour ramer, mais quand? Pas le lundi, pas le mercredi. Le jeudi je fais normalement de la salle le soir en attendant O. Le vendredi? Le problème du vendredi, c'est que si je me rate, il ne reste plus de jours à la semaine pour compenser.

Le CAC est jeune, j'en profite pour l'informer et le former, lui montrer la réalité qui se cache derrière ses demandes scolaires. "Matérialiser les contrôles": oui, mettre un grigri en bas de pages qu'on ne lit pas. J'essaie de lui rappeler les finalités de ces contrôles (efficacité et lutte contre la fraude). J'espère que cela lui permettra de poser des questions sensées dans ses missions suivantes (je rêve (ce n'est pas qu'il soit bête, mais c'est qu'il n'est pas payé pour ça. Son boulot est de dérouler une liste de contrôles, de suivre une procédure.))

La philosophie de Pascal. Le moi haïssable et le même moi appelé à la grandeur.

Marie-Laure devrait me donner une méthode de calcul de la taxe sur les boni de liquidation. Ça y est, j'ai enfin un "réseau professionnel"! (Activer son réseau, ça me fait toujours doucement rigoler.)

Je ne rate plus mon train car je vais gare de Lyon en Vélib.

Dimanche

Ramé à la nage du quatre barré (pour la première fois au commande de la barre au pied). Ça tangue moins que la semaine dernière, mais je me demande si ce n'est pas comme dans les voitures: les passagers seraient moins secoués à l'avant qu'à l'arrière…
J'ai accepté de participer à une randonnée au Bugey en septembre prochain — bien que j'avais décidé de ne plus participer à ce genre d'aventure: il leur manquait un rameur, je ne sais pas dire non (je ne souhaite pas dire non — quelque chose de superstitieux: si on me demande, c'est qu'il y a peut-être quelque chose qui m'attend). Je verrai bien si je m'intègre mieux à Melun qu'à Neuilly.

Dormi. Dix minutes avant le repas, cinquante après, j'ai mal aux épaules et aux cuisses, depuis que C. m'a parlé de micro-déchirures des muscles, je crois pouvoir dire que je suis "déchirée". Ce que je ne comprends pas, c'est que ces impressions ne diminuent pas: je m'entraîne trop ou pas assez? (trop pas assez souvent?)

Fini de tailler l'herbe de la pampa, largement éclairci le rosier grimpant qui n'a pas beaucoup fleuri l'année dernière. Je n'ai pas fini. Une heure et demie de jardinage par semaine… Allons, c'est mieux que rien.

Le soir, encore des bricoles. Je n'en finis plus du quotidien (et que raconter ici?): couvrir le Clausewitz, la grammaire grecque, envelopper le cadeau pour Emma, changer les draps, préparer mon sac, choisir de ne pas emmener les affaires d'aviron, etc, etc. Résister à la frustration de n'en voir jamais la fin.

Je lis Aimer de Gaulle.

Dimanche

Ramé en quatre sur un bassin magnifique. Beaucoup de problèmes d'équilibre dans le bateau, y a-t-il d'autres sports où l'on ait soudain l'impression de ne rien savoir, de ne rien avoir appris, que tout a été inutile, et que tout ne sert à rien?
Le problème, c'est que nous ramons trop souvent en yolette. Nous prenons l'habitude de la facilité, et tout retour à un bateau exigeant nous montre notre absence de progrès — je n'écris pas régression pour me laisser une lueur d'espoir.
Mais soleil et gentillesse.

Marché, une et demie de sieste, une heure et demie de jardinage (maudits escargots qui dévorent mes hortensias — vivement que nous ayons à nouveau des hérissons (ils nous avaient débarrassé des limaces) — je crois qu'il y a une taupe — j'ai mis cinq escargots en bordure de clôture de deux voisins — taillé la moitié de l'herbe de la pampa ), Un été à Osage City, un peu trop de situations sordides pour une seule famille (mais je crois que ce que l'on me reproche, c'est à peu près ce qu'on reproche à Barbara).

Melun

Retournée à Melun pour la première fois depuis longtemps. Je suis profondément touchée par l'accueil qui m'est fait là-bas, j'y trouve une douceur dont je me demande si elle est due à l'éloignement de Paris; si c'est la Défense, l'environnement de travail ou de classe sociale, qui fait qu'à Neuilly, tout est imperceptiblement agressif, dans des rapports de pouvoir, de positionnement, dans la comparaison permanente…
Est-ce que j'exagère? (non, je ne crois pas. Mais peut-être y suis-je plus sensible que d'autres.)
Mais à quoi cela est-il dû?

Sur l'eau. Toujours de nouveau l'émerveillement. Mais comment vit-on sans connaître ça, l'union de l'eau et du ciel entre les arbres?

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Agenda
- Je regarde Limitless pour endiguer mon laisser-aller. J'adore le moment où ayant pris une drogue qui déculpe ses facultés mentales, le héros… range son appartement! (Bon, pour endiguer mon laisser-aller, je ne me suis pas juste zonée devant un film de plus, j'ai pris les récurrents travaux de couture, boutons, ourlets qui se défont, accrocs, etc.)
- Passage impromptu des beaux-parents. Je ne préviens pas H. parti en réunion pré-électorale, afin de ne pas l'obiger à choisir entre sa réunion et ses parents. Mes beaux-parents font des choix qui me paraissent toujours un peu étranges, comme prendre un hôtel à Courbevoie pour faire des courses dans un magasin d'usine alors qu'ils habitent près de Châlons.
- Je télécharge le plus ancien des Wes Anderson sur l'Apple TV. Assez ennuyant durant les vingt premières minutes que j'ai regardées. (Tête brûlée. C'est drôle d'y rencontre Owen Wilson que je viens de voir dans la bande annonce de Minuit à Paris précédant Limitless. Ce n'est pourtant pas un acteur si courant).

Mauvais rêve

Rêvé que je lâchais le bateau que je tenais au ponton. Il n'avait encore qu'une seule rame. Il s'écartait d'un ou deux mètres et coulait à pic. Quinze à vingt mille euros disparus sous mes yeux, pour un geste malheureux. Prévenir Vincent, vite. Mon assurance allait-elle accepter de payer?
Remords lancinant.

J'ai mis longtemps à sortir de ce rêve, à me rendre compte que c'était un rêve, plus longtemps encore à me dire que c'était totalement stupide, qu'un bateau ne coulait pas, il flottait.

Etait-ce l'influence du récit de Vincent hier? Mardi, prétextant la décrue (mais comme chaque fois que l'eau monte ou descend, il y a beaucoup de courant), deux rameurs ont insisté pour sortir en bateau fin. Ils voulaient faire du skiff, Vincent a refusé, mais ils ont tellement insisté («il m'ont cassé les rouleaux», dixit Vincent, je ne connaissais pas l'expression) qu'il a donné son accord pour un double.
— Un double double, ou un DC ?
— Pas un double canoë, tu penses bien, messieurs voulaient sortir en skiff, ce n'était pas pour prendre un canoë. Bref, cent mètres plus loin, ils se sont retournés.
— Woh, mais elle est froide!
— Oui, sept degrés. Ils n'ont pas réussi à remonter dans le bateau, au bout de trente secondes ils étaient frigorifiés et commençaient à désespérer. (NB: cela signifie qu'on renonce à lutter, c'est ce qui peut arriver de pire) Heureusement j'avais prévu ce qui allait se passer, j'étais resté sur le ponton, je suis arrivé très vite. Ah, ils n'étaient plus fanfarons, belle leçon d'humilité!

N'empêche, je suis frappée par la précision et la violence de mes mauvais rêves, ces derniers temps. (Non, ce rêve-ci n'est pas violent à proprement parler, d'autres le sont, qui concernent famille et amis.)

Sortie

Presque un mois sans ramer. Je n'ai qu'un midi de libre par semaine pour ramer, le moindre imprévu — une réunion, un jour férié — invalide ce jour. Déjà un mois, je n'ai pas vu le temps passer. Les arbres ont encore leurs feuilles, ils sont encore un peu vert, chaque année je me souviens de nouveau (j'oublie chaque année) qu'il est finalement logique que l'automne dure jusqu'en décembre.

Un seul débutant par bateau, c'est déjà beaucoup trop! Le retour est pénible, il ne faut pas regarder les berges, le bateau progresse très lentement.

Prévisions hydrométriques

Bien que je sois arrivée scandaleusement tard au bureau, je suis tout de même allée ramer. Il y a déjà beaucoup de courant. L'hiver s'annonce difficile, les bassins de rétention sont pleins, nous nous prendrons toutes les crues de plein fouet.

Vendredi

- Trafic aérien au-dessus de La Défense à 8 heures du matin



- Barbecue à l'aviron.

- Runaway train. Les valeurs américaines, de la vitesse et de la neige. Quand j'entends Manny en cavale dire à son jeune complice qui rêve d'Accapulco et de jolies pépés: «—Tu trouveras un boulot et tu astiqueras et tu ne regarderas pas ton patron dans les yeux et quand il te dira que tu as mal astiqué dans le coin, tu ne répondras rien et tu frotteras le coin. —C'est impossible, je ne ferai pas ça, et toi, tu ne le ferais pas. —J'aimerais avoir le courage de le faire», je pense à Beauchamp, à la Loi et au décalogue.

A. le soir à la maison. Le niveau sonore augmente brutalement. Mais c'est plus gai.
Elle s'est moquée de moi parce que je ne prévoyais qu'un livre pour ce week-end (sur la liste que je prépare pour ne rien oublier: «Mets un "s" à "livre", maman».) J'ai refusé: c'est moi qui porte (et puis surtout, il est toujours possible que nous en achetions sur place. Cela, je ne le lui ai pas dit).

Notes

Sortie en quatre de couple sans barreur avec trois seniors. Première fois que j'utilise des pelles-haches (c'est léger). La nage trouve que le bateau tombe à tribord à l'attaque, je trouve qu'il tombe à babord au dégagé. Je suis tordue dans les bateaux, je penche à tribord, c'est insupportable, incorrigible. Il faut que je fasse du skiff, mais maintenant ça attendra le printemps. Epuisée le soir, je m'endors quasiment en grec (les cours reprennent aujourd'hui, je ne serai pas là samedi pour la journée de révision.)

Je lis Beauchamp, il me fait penser à Barthes, la même déconnexion des textes qu'il commente. Il plane.

Allemand

A midi ramé en quatre de couple. Chaque fois que je remonte en bateau fin (je veux dire dans autre chose qu'en yolette, le bateau des débutants et des "loisirs"), je comprends à nouveau les souvenirs de mes treize ans, les sorties infernales qui vous faisaient descendre de bateau en vous sentant nul et plus mauvais que tout: l'équilibre est difficile à trouver, le bateau tangue, et pour tout dire, c'est un peu inquiétant (mais je n'avais pas peur à treize ans. j'aimerais retrouver cette inconscience).
C'est pour cela que je me suis inscrite à Melun: pour pouvoir faire du skiff au printemps et faire des progrès.

Alea jacta est. Le directeur (la directrice) a signé mon inscription en allemand, je n'ai plus qu'à transmettre la feuille à l'institut protestant.
Je ne sais pas quand commencent les cours: en octobre, ai-je cru comprendre d'après le site. Ce n'est pas très clair.

Aujourd'hui c'est l'anniversaire de Jacqueline, c'est aussi celui de Roman (de Roman Roi) et la saint Renaud.

La Seine

Cet été, j'ai compris que si j'allais systématiquement à l'étage dans le RER, c'était pour voir la Seine à Villeneuve-Saint-Georges, où parfois passe une péniche qui passera à La Défense — combien d'heures plus tard?





Belle sortie à Melun sur le matin — avec un débutant dont personne n'avait saisi avant d'être sur l'eau que c'était sa deuxième sortie… Il a souffert.

Dimanche

Donc ramé ce matin à Melun. Joie d'un bassin large, d'une nature omniprésente. Pas de péniche ce mois-ci, l'écluse (de Bois-le-Roi) est en travaux. Je me demande si c'est valable pour les week-ends ou tous les jours: cela représenterait un sacré manque à gagner pour les mariniers.

Accueil spontané très chaleureux. Cela me touche toujours beaucoup, peut-être parce que je me souviens de ma première arrivée dans un club d'aviron.
Au niveau des bateaux, je ne peux que noter par contraste tout le travail que Vincent a accompli à Neuilly (jeux de pelles clairement identifiés pour chaque bateau, par exemple).

Le club va fêter ses cent ans.
— Pour les cent ans, la mairie pourrait nous offrir un ponton, un ponton extra-long comme à Lagny. (Conversation tandis que nous attendons pour mettre le bateau à l'eau.)
— On aurait dû en avoir un il y a quelques années. La mairie l'avait prévu, un ponton de vingt-cinq mille euros. Et puis le président de la piscine de l'époque, comment il s'appelle déjà, l'entraîneur de Manaudou…
— Lucas?
— oui, c'est ça, Lucas: il s'est fait des chèques pour vingt-cinq mille euros et la mairie n'avait plus d'argent pour notre ponton.



HVCAO

Trois jours

- jeudi
Coup du fil du matin, chagrin.

Ramé le soir à Melun, bassin superbe, mais il ferme quinze jours: raté pour mes beaux projets.
Il y a un piano en libre service à la gare de Lyon, une vieille dame y joue quand j'y passe, droite comme un i. Elle est remplacé par un jeune homme. Ah, quelle bonne idée, enfin!

- vendredi
Passage en coup de vent aux bibliothèques Malraux et de l'ICP. Je m'inscris en médiathèque, visiblement les DVD sont beaucoup plus demandés que les livres.
Insaisissables en famille. Un peu décevant malgré tout, le jeu sur le cinquième cavalier aurait pu être beaucoup plus développé.

- samedi
Gare Montparnasse, courses, sieste, rien fait de la journée.

Vocabulaire

J'ai offert à Noël à mon beau-père Loin des villes proches des gens, le livre tiré du blog du docteur Borée. Il me l'a laissé après lecture pour que je le lise à mon tour. J'en fais une lecture décousue, éparpillée. Ce week-end je suis tombée sur la définition de "fatigué":

Là où vous vivez, je ne sais pas. Mais dans la ville où j’ai grandi, quand on dit « Je suis fatigué », ça veut dire qu’on est fatigué.
Par là, on signifie généralement à son interlocuteur qu’on manque de sommeil. Parfois, il faut l’entendre comme une fatigue physique, un besoin de récupération. Parfois, enfin, un manque de dynamisme et d’énergie.
Ici, non.
Enfin… pas toujours.
Ici, la traduction la plus proche possible de « Il est fatigué », ce serait « Il n’est pas bien ».
Admirez la précision.
A vrai dire, ça peut aller de « Il-a-un-petit-coup-de-pompe-mais-rien-de-bien-méchant » à « Il-est-carrément-en-train-de-claboter ».

Dr Borée, Loin des villes, proches des gens, éditions City, 2012, p.27
Ça m'a fait rire. Je connais d'autres mots comme ça, par exemple "courageux". Courageux, c'est celui qui n'a pas peur de travailler, celui qui n'est pas paresseux. C'est aussi celui qui ne se laissera pas abattre par l'adversité. «Il n'est pas courageux» est un jugement sans appel qui vaut condamnation. Ce serait une bête, il n'y aurait plus qu'à l'abattre, et on sent bien que l'envie n'est pas loin: que faire d'un "pas courageux", comment résistera-t-il à la vie?

Il y a aussi les mots qui n'existent pas, comme "s'amuser". Le plus proche est le "va jouer dehors" adressé aux enfants dont le vrai sens est "arrête de traîner dans mes jambes". Par ailleurs, jouer n'est pas s'amuser, que ce soit aux boules, à la belote ou au tarot. Jouer est sérieux, nécessite de l'application et suppose une progression. S'amuser n'existe pas; "l'important c'est de se faire plaisir" (comme je l'entends régulièrement à l'aviron) est une phrase qui me paraît toujours ironique, au second degré, il faut que j'observe soigneusement le locuteur pour me convaincre qu'il n'est pas en train de se moquer, d'imiter un gimmick qu'il trouve ridicule: eh non, il est sérieux. J'en reste toujours un peu perplexe: comment, ils viennent s'amuser, pas s'entraîner, progresser, s'améliorer? (qu'il y ait du plaisir dans tout cela est un by product qu'on n'évoquera jamais, par pudeur, ne serait-ce qu'à cause de la dimension doucement masochiste de ce plaisir (qu'est-ce qu'on en bave!))
Et c'est pourquoi, à cause de formatage et de vocabulaire, je suis non miscible avec des rameurs ayant commencé l'aviron adultes.

Nuances

— Ça a l'air d'être un rigolo.
— Oui, il est fun mais il n'est pas drôle.


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Pour mémoire : A. a son bac.
Sortie en quatre sans barreur avec Emmanuel. J'ai blessé Pascal.

Le Lot

Ramé toute la journée dans une harmonie de verts, vert des pentes et vert de la rivière.

Temps couvert le matin, moins couvert l'après-midi. Coups de soleil. Au fur à mesure de la journée, je me souviens qu'après la dernière randonnée de ce genre (sur la Seine?) je m'étais dit que je n'en ferais plus. Et je me souviens de la raison: le côté colonie de vacances pour adultes n'est vraiment pas mon truc, je n'arrive pas à entrer dans cette ambiance, je suis toujours à un poil de protester ou de me moquer.
Et je suis déçue que nous soyons moins attachés à réaliser "un beau bateau" qu'à prendre des photos en se plaignant du temps:

— Mais pourquoi? C'est intéressant la pluie, c'est différent.
— Oui, mais c'est moins beau pour les photos.

Voyager pour photographier est hors de mon champ de pensée.

Cahors

Rendez-vous à 10 heures à Neuilly. Descente à Cahors pour deux jours d'aviron.
Je dors, je lis et je conduis, dans cet ordre-là.

A l'arrivée, interloquée par les réactions de mon compagnon de route, qui s'esbaudit sur Cahors comme s'il n'avait jamais vu une ville de province française. («Et c'est bôôô», songé-je à Coluche, Dominique et Olivier). Et de râler contre le temps «parce que c'est moins beau sur les photos».

Fête de la musique (oups!). Cadurciens charmants, restaurant qui nous ouvre sa terrasse (il était complet) après avoir constaté en quelques coups de fil que nous ne trouverons pas de table pour huit dans tout Cahors.
Je bois beaucoup, et le Cahors ne fait pas mal à la tête.

Sur l'eau

La Seine descend. Les retenues d'eau en amont sont pleines (lac du Der, etc), il va falloir les vider je suppose, nous allons avoir beaucoup de courant plusieurs jours encore.

Vincent a fini par autoriser les sorties, uniquement en yolette, aller retour dans le petit bras de l'île de la Jatte. C'est tout à fait exceptionnel, normalement nous descendons (sens du courant) par le grand bras (où passent les péniches) et remontons par le petit.

De loin j'ai aperçu une cane et deux ou trois canetons. Tous les cygnes de l'automne ont disparu, peut-être sont-ils retournés en Angleterre (la légende veut qu'ils viennent des parcs anglais, partis quand la reine a demandé qu'on ne les empêchât plus de voler). Ou il y avait trop d'eau pour qu'ils puissent nicher et couver (est ce qu'un cygne niche?).

Je n'ai pas d'ampoule mais le dos ankylosé. Dès que j'aurai un peu de temps il faudra que je me fasse remettre d'aplomb une ou deux vertèbres.

Clément est parti à Londres en bus.

Dernier jour

Seuls ce matin. Messe de l'Ascension à Saint Marc puis direction le cimetière.
Depuis que H. a changé d'entreprise en 2010, il photographie les tombes pendant ses vacances («je vous jure que c'est vrai, Madame»). Quand il a fini de mitrailler les enfeux (parce que nous nous décomposons moins vite du fait des antibiotiques ingérés (pas uniquement par médicament, surtout par les aliments), des problèmes de place apparaissent dans les cimetières français et nous nous dirigeons vers une solution de type enfeu), je réclame d'aller voir la tombe de Brodsky.
— Je veux voir si ça a changé.
— Ça n'a pas changé : les morts sont toujours morts.

En quoi il se trompe, le rosier a beaucoup grossi entre 2009 et 2013. Et le nom de Brodsky a été officiellement ajouté au panneau indiquant les tombes célèbres.






Je me rends compte qu'il est enterré dans la parcelle évangélique. Un Russe évangéliste, qu'est-ce à dire?

Nous repassons chez l'imprimeur — dont c'est l'anniversaire. Il nous avoue qu'il choisit ses clients, que lorsqu'un Américain entre en disant «I want», il se trouve souvent que ce qu'il "want" est impossible, Gianni Basso est vraiment désolé.
Quelle tête de mule et quel sentimental.
Bref, nous papotons. Nous lui disons notre surprise et notre gratitude à voir les Vénitiens si serviables (pas souriants, parfois revêches, mais serviables, prêts à aider dans le besoin) devant la foule.
— Nous avons l'habitude. Et puis tout Vénitien est en représentation.
N'empêche. Nous lui expliquons que ce qu'a fait H. ce matin, s'installer en terrasse au Florian non ouvert pendant que les serveurs balayaient, est absolument impossible à Paris.

Après-midi. Je passe les détails. En déambulant le soir, nous passons par hasard près de la statue de Paolo Sarpi que j'ai rencontré le matin dans McCarthy. La coïncidence me fait plaisir car je n'aurais pas osé demander partir à sa recherche.
Devant le casino (là encore, hasard: nous cherchions un traghetto qui n'existe pas ou plus) je photographie la plaque commémorant la mort de Wagner (pour Philippe).

Nous dînons derrière San Giacomo dall Orio. J'observe la façon dont les gondoliers s'aident des jambes pour prendre de l'élan contre les murs. La ville elle-même fait partie du système de propulsion des gondoles. (Plus tôt, sur le vaporetto entre Celestia et Fondamente Nove, j'avais observé deux garçons en double scull sur la lagune. Une envie de bateau ne me quitte plus depuis que je suis ici, avoir ramé à Venise m'a perdue pour les piétons. J'envisage d'apprendre le kayak ou de passer le permis bateau (est-il possible de louer un bateau moteur? est-il possible de ne pas causer d'accident en circulant sur les canaux sans y avoir grandi?). Bref, je rêve.)

Nous rentrons dans la nuit. A toute heure des gens errent, perdus, avec ou sans carte à la main. Les rires des filles se font plus aigus, l'alcool aidant. La marée est haute.

Ramer à Amsterdam

Avec retard je récupère des photos, dont celle-ci prise au centre d'Amsterdam.
C'est un bateau très lourd, comme vous n'en verrez pas en France: un bateau large, dit canoë français, qui est déjà pataud et réservé aux débutants ou aux conditions de navigation difficiles, mais avec en plus un barreur, ce qui se comprend dans les caneaux étroits d'Amsterdam, puisque l'aviron se pratique en reculant.

Deux rameurs, un barreur, un bateau large : la lourdeur incarnée, mais le plaisir d'être sur l'eau.


Mardi neigeux

J'étais allée au club dans l'idée de faire de l'ergo, mais finalement nous avons sorti une yolette. Courant rapide, beaucoup d'eau, impression de ramer sur un coussin. Il a commencé à neiger cinq minutes après le début de la sortie, le temps de tester notre motivation.
Le plus dur (et le plus dangereux), c'est l'eau glacée qui rend le ponton glissant et mouille les chaussettes.
Toujours pas de douche chaude.

Coup de fil de l'assurance. Cette fois-ci c'est bon, la voiture part à la casse avant la fin de la semaine *soupir*.

Les aoristes réguliers en sa (révision).

Entraînement

La Seine est en crue et il pleut.
Je secoue ma flemme et je vais faire de l'ergo (ergonomètre = rameur). J'oublie de prendre un souku et comme d'habitude je m'écorche la peau au niveau du coccyx (proéminant depuis une chute de ski de fond vers douze ou treize ans): une semaine à m'assoir en réprimant (ou pas) un "aïe".

Au moment de partir, un important groupe de jeunes gens arrivent, sweat noir, armes jaunes que je n'identifie pas. J'interroge Vincent du regard: «C'est Polytechnique», me répond-il avec une moue significative.
Comme j'ai l'habitude du sentiment bien français envers les étudiants et diplômés des grandes écoles, l'X, l'ENA et Normale Sup en tête — mélange de complexe d'infériorité, d'envie et de méfiance envers les meilleurs de la classe —, je n'y accorde pas d'attention particulière, quand je me souviens brusquement d'une anecdote racontée par Vincent quelques semaines plus tôt.

Ayant accepté pour rendre service de remplacer l'entraîneur habituel des X, il leur avait préparé un programme d'entraînement progressif accordé à leur niveau. Le leur ayant exposé, il s'était entendu répondre: «Non, nous ne ferons pas cela, nous avons voté démocratiquement et nous avons choisi de… (etc)».

En racontant cela ici, je me demande si ceux qui me liront saisiront la bêtise de cette réponse, son manque de pertinence, son absolue méconnaissance de ce qu'est le sport, sa lente austérité et sa nécessaire humilité[1]. C'est dommage de faire de l'aviron sans avoir cette intuition fondamentale. L'eau se chargera de la leur apprendre mais ils ne vont pas progresser très vite (les mêmes l'année dernière avaient déclaré à leur entraîneur qu'ils voulaient participer à je ne sais plus quelle épreuve oxfordienne. Entre découragement et amusement, Constanza (ancienne championne roumaine) avait conclu: «Ils ne se rendent pas compte, c'est vingt kilomètres d'entraînement tous les jours, pas dix une fois par semaine.»)

Notes

[1] au moins à notre niveau. Je ne comprends pas exactement ce qu'il en est des grands footballeurs qui paraissent dans le caprice permanent. Peut-être est-ce leur bulle de décompression. Mais enfin, il s'agit d'un autre monde.

Courbatures

Depuis mes sorties en skiff de septembre, j'ai changé légèrement mon coup d'aviron sur le retour (et la sortie de l'eau également). J'ai trouvé une façon de dégager le cou des épaules durant le retour qui donne l'impression de tenir l'équilibre du bateau avec une ligne imaginaire horizontale reliant le milieu des deux omoplates.

La conséquence inattendue est que j'ai des courbatures dans les muscles qui constituent l'arrondi des épaules. Les deltoïdes, viens-je d'apprendre sur internet.

Eh bien en fait...

Je croise l'assistante sociale dans l'ascenseur. Elle remarque mon sac de sport:
— Ah, vous allez ramer ?
— Hmm..
— C'est bien, au moins, vous, quand vous ramez, vous avancez.



Je n'ai pas osé lui dire qu'à l'aviron, on recule.

Quelques photos américaines autour de l'aviron

Aux Etats-Unis, j'ai été surprise d'avoir autant d'occasion de photographier des objets en rapport avec l'aviron. Est-ce une caractéristique de la Nouvelle Angleterre, qu'en est-il en vieille Angleterre?


A Mystic Seaport, il y avait cette affiche dans la cabane qui permettait de louer des barques :




Dans le "hall of Fame" etaient exposés de nombreux objets autour de l'aviron et l'histoire de l'aviron (dont un skiff suspendu au plafond).
J'ai pris la photo d'un porte-voix impressionnant et d'une affiche imaginant l'aviron du futur:







Sur les murs de Washington, j'ai trouvé une affiche à deux pas du bâtiment des archives, il me semble. Je n'ai pas bien compris à quelle manifestation ou quel musée cette affiche faisait référence:




Enfin, à Philadelphie, je n'ai pas pris de photo du bassin ou de rameurs, mais au petit déjeuner, le jour de notre départ, j'ai photographié une photographie sur les murs du fast-food:




L'aviron est une activité importante à Philadelphie, on trouve au musée de la ville des tableaux d'Eakins sur le sujet.

Sortie en skiff

Comme d'habitude il a fallu que je me force pour quitter le bureau et aller ramer. Je sais d'expérience qu'il faut absolument que je tienne cet engagement avec moi-même, c'est le moment où j'en ai le plus besoin entre mon nouveau poste, la philosophie antique et le grec. C'est le moment où glisser entre ciel et eau devient très important, remet tout à sa juste dimension et à sa juste place (un héron a surgi d'une péniche).

Sortie en skiff, toujours aussi instable. Mais il me semble avoir compris quelque chose durant une centaine de mètres, quelque chose qui tient à la décontraction des épaules, à une façon de les laisser tomber.
Plus tard, il m'a été impossible de retrouver ce geste. Mais je sais maintenant ce qu'il faut chercher. C'est un grand progrès.

Si fatiguée (par l'aviron?) que j'ai dormi une heure dans la voiture sur le parking du RER avant de rentrer à la maison.

Notes

Vendredi, formation de débutants à l'aviron:
— Et est-ce qu'on a des courbatures?
— Ça dépend, vous faites déjà un peu de sport?
— Oui.
— Alors normalement non, sauf si vous sortez avec un équipage d'un niveau très supérieur au vôtre. Vous aurez plutôt des petits bobos, des ampoules, des griffures aux mains, des bleus, des écorchures derrière les mollets…

C'était peut-être un peu prétentieux: aujourd'hui ramé (dans un bateau expérimenté), je me suis sentie amollie tout l'après-midi. Friction de Foucaud, remède de grand-père que je m'applique sur les jambes après m'être enfermée dans mon bureau.



Dernière séance de kiné:
— Au revoir, c'est un peu triste à dire, mais j'espère qu'on ne se reverra pas.
(C'est d'autant plus triste qu'il est craquant). (Sauf s'il vient ramer, je crois que je lui ai fait envie avec mes récits de Seine.) (Evidemment, nous en avons parlé car il s'est rendu compte de quelque chose lors d'une séance de kiné après une sortie en bateau: mains brûlantes, peau décollée en amorce d'ampoules.)

De Baltimore à Philadelphie

Première réveillée, je tape sur mon blog le plus longtemps possible. Comme tout le monde se plaint d'être fatigués, je laisse dormir. De toute façon, de moins en moins de choses sont prévues pour la fin du voyage, deux visites à Poe à Baltimore et Philadelphie, et finalement une rencontre avec un vieil "ami" Facebook, de l'époque où Gunther intervenait beaucoup, je pense (aujourd'hui, je n'accepte plus beaucoup d'amis totalement inconnus). Il restera un Australien et Red Shuttleworth à rencontrer.

Hier soir, nous avons donc dépassés Baltimore d'une dizaine de miles. J'insiste pour faire demi-tour et aller sur la tombe de Poe.
La highway est mauvaise, les voitures en mauvais état, tout est miteux et pauvre. Les maisons sont basses, d'un seul étage, mitoyennes, à l'anglaise ou comme dans les corons. Pas de végétation. Nous passons dans un quartier grec (panneau indicateur à l'appui), approchons de la ville.

«This year thousands of men will die from stubbornness.» J'aime bien cette pub sur le bord de la route rencontrée pour la première fois en quittant les chutes du Niagara (c'est en fait le nom de la ville, Niagara Falls).

Parking. Galerie marchande. La première enseigne que nous voyons est un Cheesecake factory:
— Regarde, comme dans Big Bang Theory!
— Quoi? De quoi tu parles?
— Mais si, tu sais bien, c'est l'endroit où travaille Penny.

Et comme il est onze heures et demie, nous déjeunons dans un Cheesecake factory sur le port. En face de nous se trouvent des pédalos, dont de merveilleux pédalos en forme de dragons. Nous déjeunons (très bien) en décidant qui feraient du dragon (quatre places) et qui pédaleraient (deux des quatres places).





Hélas, tous nos plans minutieusement élaborés tomberont à l'eau (ou plutôt pas) car la passerelle d'accès nous sera fermée au nez: le bateau à moteur (celui qui justement aurait dû nous récupérer si nous tombions à l'eau) est en panne. Déception.

Dans notre dos, l'immeuble de The Examiner: — Ah tiens, c'est le journal de la fin du Diable s'habille en Prada.

Nous partons pour la tombe de Poe, guidé par l'iPhone.
— Le cimetière devrait être ici.
Je suis arrêtée à un feu rouge. Hôpital en diagonal à gauche, hauts immeubles massifs (nous sommes en plein centre ville), briques rouges à droite, briques rouges à gauche.
— Mais si regarde, c'est une église, le cimetière est autour!

C'est minuscule, en plein cœur de la ville, exactement l'inverse du cimetière découvert hier soir dans mes phares. Cette situation a elle seule valait le détour. La tombe se situe tout de suite à l'entrée, sorte de monument plutôt vilain. Poe la partage avec sa femme Virginia et sa tante qui l'avait accueilli quand il s'était fait renvoyé de West Point. Mais en avançant dans le minuscule cimetière envahi de lierre (très joli contre la brique rouge), nous découvrons tout au fond la première tombe de Poe, à côté de celle de son grand-père. Celle de l'entrée a sans doute été érigée quand Poe est devenu connu.

Etape suivante, la maison de Poe, ou plutôt celle de sa tante. Maintenant je veux la voir, je veux voir sa situation même si selon internet elle sera fermée (mais après tout, nous ne sommes pas "à l'abri d'un coup de chance"). Ce qui m'intrigue (ou plutôt ce qui me laisse présager de ce que nous allons voir) ce sont les dernières lignes du site donnant des indications de lieu: «Note: Use caution when parking in an urban environment. Common sense dictates that you lock your car and keep any valuables out of sight» (Soyez prudents quand vous vous garez en environnement urbain. Le bon sens recommande de fermer sa voiture et de ne pas laisser d'objets de valeur en vue): c'est évidemment toujours vrai, mais habituellement on ne l'écrit pas.

Effectivement, en s'éloignant de la tombe, nous quittons très vite les hauts buildings administratifs. Maisons basses mitoyennes comme elles sont de règle ici, quartier noir, pauvreté (mais pas de tags ou de vitres cassées, ce n'est ni sale ni délabré; c'est pelé sous la chaleur, personne ou presque dans la rue, pas de végétation sauf de l'herbe trop haute dans les arrières-cours, cela donne un sentiment de solitude, d'éloignement, comme si l'on avait glissé dans une autre réalité. A quoi tient une impression d'opulence? A quelques coup de pinceau, des rideaux aux fenêtres, un air pimpant dont je n'arrive pas à déterminer la cause.)

La maison est à un angle de rues, face à un terrain vague. C'était donc la maison de la tante de Poe, minuscule si l'on compte qu'au moins quatre personnes y vivaient (la tante, sa fille et sa mère, Poe). Personne dans les rues, des voisins bruyants se disputent dans une maison mitoyenne, porte ouverte (il fait très chaud). Briques rouges.
Fermée.

Nous partons pour Philadelphie.
Pour une fois nous arrivons tôt, nous prenons un motel à quatre heures de l'après-midi à Essington, près de l'aéroport. (Deux jours: nous n'aurons pas à faire et défaire les valises demain matin, cela repose). A. et O. préfèrent rester ici, nous partons faire un tour à Philadelphie avec Déborah.

Surprise, Love de Robert Indiana au détour d'un buisson, sur une place.
Nous errons, achetons une carte mémoire pour appareil photo dans un magasin indien dont un mur entier est tapissé de boîtes de bâtons d'encens et un autre de bouteilles d'essence de parfum (la mémoire de l'odeur me prend à la gorge); dans une vitrine des poudres de perlimpimpin pour bander plus longtemps (une corne de rhinocéros sur l'un des paquets qui ressemble à des paquets de tabac à priser).

Voiture. Avant de rentrer, j'émets le vœu de voir le boathouse row signalé par le guide vert (et soudain je comprends que "row" veut également dire "rang" ou "en file", tandis qu'à Mystic Port l'homme des barques avait utilisé "crew" («Oh, you crew»), c'est-à-dire "équipe": very appropriate). Le plan d'eau est magnifique, paisible, serein, des doubles glissent sur l'eau, la route le suit et semble quitter la ville très ville (je veux dire que nous ne sommes plus en milieu urbain, mais que d'un point de vue administratif, ce doit être encore Philadelphie).
Il est temps de faire demi-tour et de rentrer. Mais c'est moi qui guide et H. qui conduit, et cela sera notre perte: je ne suis jamais très inquiète, partant du principe qu'on finira bien par rentrer («We are lost, we are French!» ont appris à crier les enfants en chœur quand je conduis) tandis que H. aime la précision et rentrer directement en suivant les instructions de l'iPhone.
Les gens conduisent vite, plus vite qu'on ne l'a jamais constaté en ville; je n'ai qu'une crainte, c'est de prendre une route qui nous fasse traverser le Delaware sur le Whitman Bridge. Je ne comprends pas ce qu'indique l'iPhone, je donne une indication un quart de seconde trop tard, nous nous retrouvons à rouler vers le nord, de l'autre côté du plan d'eau. C'est très beau, mais étroit, eau d'un côté, roche de l'autre, impossible de faire demi-tour.

Demi-tour malgré tout au niveau du zoo. Errance, visiblement les routes que nous voulons atteindre sont en tunnel dont nous ne trouvons pas les entrées. Nous finissons par croiser un panneau indiquant l'aéroport (ce n'est pas si facile, il n'y a qu'une seule route, puisqu'il faut réussir à monter sur un pont, un autre pont que le Whitman (d'où ma crainte de me tromper). Tant qu'on ne monte pas sur ce pont, l'aéroport est hors de portée). Nous rentrons, il fait nuit.

Il y a un Denny's à côté du motel. Nous nous réjouissions de pouvoir tester les repas après les petits déjeuners.
Grave erreur (ne jamais vendre la peau de l'ours): trois quart d'heure d'attente (ce fut si long que j'étais résolue à aller voir en cuisine et à m'en aller si je découvrais qu'aucun plat n'était en préparation contrairement aux promesses répétées de la serveuse. J'étais en train d'y aller quand les plats sont arrivés) et une nourriture détestable (pour ma part un goût atroce d'huile trop utilisée).
Nous partons dormir, laissant H. faire la peau de l'assistant gérant.

Mystic Seaport et Sandwich

Pancakes au sirop d'érable au petit déjeuner («— Qu'est-ce que c'est, des "texan toasts"? — C'est le moment de le savoir: tu en prends et tu verras.» Mais elle n'est pas aventureuse.)

Ce qui m'étonne le plus, c'est que la température ne chute pratiquement pas pendant la nuit. Pas de fraîcheur de l'aube.

Arrêt à Mystic Seaport, dont le nom dit quelque chose à H. Tout un ensemble de maisons sont consacrées à la pêche et aux bateaux du 19e siècle: dernier baleinier conservé (en fait il a été dégagé de la boue en 1973 dans laquelle il s'enfonçait depuis son abandon dans les années 20); les prospectus annoncent qu'on peut le visiter et c'est vrai — mais sur cale, il est en pleine réfection.
Un guide (un homme simplement posé là sur le pont supérieur du navire, très loup de mer d'extérieur (un nez en patate creusé de caverne, extraordinairement loup de mer, il ne lui manque que la pipe (mais ça ne plaisante pas, pas de cigarettes dans toute la zone, y compris dans les rues à l'entrée du site (ce qui fait que les abords sont généralement beaucoup plus propres qu'en France, sans mégot omniprésent))) et qui ne nous adresse la parole que si nous lui parlons) nous explique que le navire a été tiré de l'eau en 2008 pour quelques travaux qui devaient durer un an et demi, mais devant l'état de la coque qu'ils avaient alors découvert, les travaux duraient depuis trois ans et demi.

Mais au lieu de fermer le chantier au public, ils l'exposent et l'expliquent, c'est passionnant. Travail des charpentiers, des menuisiers, réalisation des voiles, des cordages, des clous, des tonneaux, explication du dépeçage de la baleine, et plus qu'à Melville que j'ai lu il y a trop longtemps, je songe à Chatwin et au ''slug'' et au Miroir de la mer de Conrad.

Ici se trouve également une école de voile, et un magnifique voilier, le ''Joseph Conrad'', se visite et sert de bateau école aux enfants de dix à quinze ans. (Dans les hangars, des barques et des voiliers historiques, dont celui qui a appartenu à Franklin Roosevelt dans lequel il fit sa dernière sortie la veille de son attaque de polio. C'est tout un imaginaire d'enfants dépeignés et souriants sous des voiles blanches qui remonte à la mémoire.)

Homard au déjeuner à la cafétéria (si si), nous prenons "soda à volonté" et j'en profite pour tout essayer ("Dr Pepper" sent à mon avis l'amande amère, mais à la réflexion ce doit être de la cerise, un type de cerise.)

Puis petit tour de barque avec O. et Déborah, on est toujours aussi bien sur l'eau, il y a du vent. Les Américains me font rire, ils comprennent gentiment les deux ou trois mots que vous baragouinez en oubliant toute syntaxe, et enchaînent en parlant ordinairement, sans ralentir ou vous faire grâce des mots complexes ou se demander si vous allez comprendre. A ma grande surprise, je me rends compte qu'ils ont raison, on s'en sort très bien, et sans doute mieux, ainsi. On s'habitue et on progresse.

La maison 54 est un "Hall of Fame" consacré à l'aviron. Si je comprends bien, ce serait ici que les premières compétitions, ou entraînements, d'aviron du continent américain auraient eu lieu ici (cela me semble étrange, Yale et Havard sont proches, certes, mais pas tant que cela. Enfin, je n'ai pas le temps de lire plus ou de comprendre mieux. Je remarque un livre consacré aux Kelly, et je me souviens avoir expliqué à mon kiné que le père de Grace Kelly avait été champion olympique (je suis en train de le convertir à l'aviron et il voulait savoir si c'était une discipline olympique). Je récupère une adresse de blog: hear-the-boat-sing.

Vers le soir nous rejoignons Sandwich sur Cape Cod. Le cap a été aménagé dans les années 30 par des jeunes hommes entre dix-huit et trente ans (à vérifier, j'écris de mémoire à partir d'un panneau trouvé sur une aire de repos) qui recevaient trente dollars par mois de l'Etat (mais ils ne touchaient que cinq dollars, le reste était envoyé à leur famille). (Je me dis que nous ne sommes pas si loin des camps de travail d'Hitler: aux mêmes maux les mêmes remèdes.)

Nous marchons le long du canal, voyons un homme remonter, écœuré, une raie («Mais qu'est-ce que je vais faire avec ça? Il n'y a rien à manger là-dedans» (En me retournant, j'ai la surprise de constater qu'un homme s'est arrêté pour fournir une recette de cuisine)), un chien genre loulou de Poméranie (beaucoup de poils) échapper à sa maîtresse et entrer dans l'eau sans une once d'hésitation, une barge passer poussée par un pousseur… Il fait plus doux de quelques degrés, nous avons tous des coups de soleil. On est bien.





Salade de cranberries et amandes pour moi (mais c'est terrible ces serveurs qui commencent par «Puis-je vous servir quelque chose à boire?» alors que vous avez à peine eu le temps de vous assoir et de reprendre vos esprits. Que faut-il répondre? Car ils ne prennent pas la commande mais disparaissent vingt minutes pour aller chercher sodas et verres d'eau)), délicieux, puis motel recommandé par le serveur : piscine inattendue pour un prix raisonnable, les enfants sont ravis.

Journée

Une de ces sorties qui me fait penser que ce n'est pas la peine que j'insiste, que je n'y arriverai jamais.
Exercice, pelles au carré, rien n'y fait. Mais comment ramais-je en double quand j'avais treize ans? Je me souviens que je sortais du bateau furieuse, que j'en voulais au monde entier et surtout à moi-même, bien sûr (mais comment s'éloigner de soi-même quand on ne se supporte plus?). Ça n'allait pas.

Passée le soir chercher vingt-cinq fascicules de la Bible de Jérusalem édités dans les années 50. Je voulais vérifier la numérotation des psaumes par rapport à la liturgie orthodoxe, et comme je l'avais compris, elle est alignée sur la numérotation de la Vulgate, et non la numérotation hébraïque retenue par les Bibles que je possède.
J'aime bien la Bible en fascicules, ça redevient humain, accessible. Les tomes sont tachés de rouille mais ne sentent pas l'humidité.

Soit dans mon sac:
vingt-cinq fascicules bibliques;
Ty-Puss d'Ella Maillart (c'est un cadeau de Patrick pour A.);
Le Temps presse de Jacob Taubes (parce qu'il était au bureau et que j'en ai besoin demain matin);
La réforme liturgique du métropolite Cyprien de Kiev de Job Getcha (que je lis (non, pas totalement par folie, mais pour m'imprégner du vocabulaire))
Petit abécédaire des entreprises malheureuses d'Anne Matalon qui était dans un placard de mon ancien bureau et que je ramène à la maison.

Mal à l'aise

Pété un boulon à la poste de La Défense (j'ai pris quelques photos pour Flickr mais pas réussi à les récupérer sur mon téléphone hier soir).
Chaque fois que j'y vais, quelqu'un est en train de se faire vendre un Chronopost vingt-trois euros sous prétexte que cela arrivera le lendemain (on ne leur dit pas qu'il faut que ce soit posté avant midi, onze heures, dix heures…) Avant, il suffisait d'un à deux francs cinquante, nous n'avions pas de promesse, mais cela arrivait le lendemain.
(Ce n'est pas pour cela que j'ai pété un boulon, mais parce que l'automate me demande, quand je veux acheter un timbre (une vignette), si "j'accepte les conditions générales de vente", et comme j'ai une enveloppe contenant deux livres qui s'est perdue, j'ai demandé à voir ces conditions (non seulement je paie pour des lettres qui n'arrivent pas, mais en plus on insinue que c'est de ma faute: je n'ai pas "respecté les conditions générales de vente". Manque de bol, le type derrière son comptoir panique, il ne les a pas, elles sont en ligne, il ne peut pas les imprimer, etc, etc.).
En face, sous le Cnit, tous les guichets sont fermés, un automate est en panne, une affiche m'annonce que la poste est à mon service (c'est ce que j'ai pris en photo. Mais tout marche si mal que ce sont des vidéos qu'il faudrait.)

Lu Une sale rumeur d'Anne Fine (parce que je suis allée rendre iWoz et Limonov). Je sais pourtant qu'il ne faut pas lire Fine, personne n'a une vision plus méchante, plus désespérante des rapports humains. Mais elle m'a fascinée autrefois en décrivant le divorce comme la dissolution du passé (la perte des souvenirs communs, l'absence de quelqu'un pour se souvenir ensemble) (dans les Confessions de Victoria Plum? Je ne sais plus) et je la lis chaque fois que je tombe sur un de ses livres.

En rentrant, pris une photo de ce que je vois en franchissant le seuil de ma maison. Home sweet home, j'aperçois la moitié de la table de la cuisine, deux tasses, des fruits, tout exactement dans l'état où je l'ai laissé le matin (sachant que je mets les fruits en évidence sur la table pour qu'ils soient mangés: tout ce qui n'est pas sous leurs yeux est oublié (tout reste rangé dans le frigo est destiné à la poubelle au bout de quatre jours de purgatoire)). («Mais maman, pourquoi tu as toujours l'air exaspéré?»)
Ma fille a passé la journée ici. Elle est en peignoir (elle a quitté son pyjama à dix-sept heures, cafte son frère), le linge mouillé est dans la machine, elle n'a pas rangé la table (ah si, elle a mis le lave-vaisselle à tourner (mais sans le vider ensuite): effort de la journée, mettre de la lessive dans un compartiment et appuyer sur un bouton). Que me disait-elle hier qui m'a serré le cœur, car je sais qu'elle a raison? «Soit on s'engueule, soit tu es distante».
Oui, distante. Pour ne pas l'engueuler, c'est exact. On allume les pare-feux qu'on peut.

Plus tard, avant de monter, je dérange A. sur l'ordinateur: «Tiens, je t'ai pris Proust en poche au CE». Je vois ses épaules s'affesser, ça fait un an qu'elle proclame qu'elle veut lire Proust, elle l'a commencé dans la Pléiade en janvier (contre mon avis, c'est bien trop dur pour elle), ce qui lui a permis de ne rien lire d'autre pendant quatre mois. Elle n'est jamais venue à bout de Du côté de chez Swann, et j'ai apris mi-mai qu'en fait ce tome était une lecture imposée par la prof de français. Je lui ai conseillé vingt fois d'abandonner la Pléiade et de le prendre en poche, moins décourageant. Las.
Aujourd'hui je l'ai trouvé au CE, je le lui ai ramené. On ne sait jamais. (La fille des "on ne sait jamais". Ce n'est même pas une question d'espérer. Keep pushing, voilà tout. Faire sa partie. Est-ce que cela à un sens? (Je ne veux pas dire localement, au niveau de mon cas particulier, mais au niveau du principe? Ou est-ce juste bête, vaguement pathétique et stupide dans son obstination aveugle?)[1])

Je mange des céréales, me fais un thé, vide le lave-vaisselle en papotant aviron avec C., abandonne la cuisine. Qu'ils fassent ce qu'ils veulent, qu'ils mangent ce qu'ils veulent. Après tout, ils sont en vacances, et pas moi.



O. est parti en camp scout (il n'a pas plu, il n'a pas plu!) en oubliant ses tongs (les lui envoyer ou pas, telle est la question (ô la poste)), C. a testé le club d'aviron .

Notes

[1] Mais bien sûr, il n'y a pas que ça. C'est aussi minimiser les remords sur ce qui demande le moins d'efforts, tandis que courent ceux nés de la paresse et de l'égoïsme, tout ce qu'on aurait dû faire ou qu'on se demande si on aurait dû le faire et si on l'avait fait en serait-on là (qu'a-t-on raté? Mais on le sait, ce qu'on a raté, ou on croit le savoir, et l'on sait aussi qu'on referait la même chose (ou qu'on ne ferait toujours pas ce qu'on devrait faire (enfin qu'on devrait peut-être faire, qu'on aurait peut-être dû (car après tout, qu'est-ce que ça changerait, aurait changé?), par paresse, oui, ou découragement, à-quoi-bonisme. Mais malgré tout, on essaie encore un peu, par sursaut, par réflexe, parce qu'on ne sait jamais) (et on se dit qu'on est en train de réécrire les romans d'introspection psychologique du XIXe siècle et que… bah…))).

Divers

- Dépouillé toute la journée des bulletins dans le cadre d'un scrutin de liste (fastidieux).
- K. vient de comprendre que je m'en vais. Le premier juillet.
- Vincent m'a accordé mon aviron d'argent en me faisant remarquer que je n'avais pas assez travaillé. J'ai honte.

Le rasta émacié qui a croisé mon regard sur le quai du RER gare de Lyon m'a saluée d'un «Ça va ma sœur?» J'ai souri: «Oui ça va, merci.» (Je crois que j'avais l'air bien partie après l'aviron.)

Dix minutes

Peinture encore à midi. Puis apéro.

Je n'aurais peut-être pas dû raconter qu'à une époque de grande fatigue j'allais dormir dans les armoires (1996). Ils ont fait une drôle de tête.
Personne ne se rend compte du peu de place que prend un corps humain; oui, nous tenons dans les armoires à dossiers, il suffit de s'y asseoir, et de dormir (il y avait des rangées d'armoires vides à mon étage, en attente d'affectation).

— Et personne ne te cherchait ?
— Tu sais, dix minutes, c'est rien, si ça dure réellement dix minutes. Tu passes plus de temps à la machine à café ou à sortir fumer.

Peinture




Comme je ne peux pas ramer (à cause de mon doigt), je peins. J'allais écrire «ça me détend», mais j'ai bien peur que rien ne me détende. Disons que ça me change les idées, penchée sur ma baguette à peindre en blanc, à main levée, sans protection; je songe à René, à son métier d'ébéniste, à ses 80 ans, au fait que je me demande si oui ou non nous allons les lui fêter, comme promis, il y a deux ans, mon esprit s'évade, la Seine est en crue, le courant est puissant, je songe à la Loire à l'automne.

Deux embarras

RC a encore fait des siennes. Le concernant, ça m'est un peu égal, ça fait un moment que j'ai accepté l'idée qu'il ferait systématiquement tout pour saboter ses chances d'être lu (y compris peindre!). A croire que porter le nom d'un Nobel n'était pas un handicap suffisant.

Me concernant, cela m'ennuie beaucoup plus. L'idée de devoir me justifier me fatigue d'avance. Donc tant pis. Honni soit qui mal y pense et basta.

***


Ramé. J'ai un peu honte, tout le monde me salue par mon prénom, je ne me souviens de personne, à part deux ou trois noms. Il faudrait que j'ai un trombinoscope pour réviser avant de venir. Je me souviens de ce que les gens racontent, de leur passion pour la mer, de leurs petits-enfants, du club où ils ont appris à ramer, je ne me souviens pas de leur prénom. C'est très embarrassant.

Sauvez l'ACBB, le club d'aviron de l'Ile de Monsieur

C'est le club qui vend un calendrier intéressant (pour certains), et plus sérieusement, celui qui a organisé la traversée de Paris.

La mise en place des navettes fluviales du Pont d’Issy au Pont de Saint Cloud va entraîner sa disparition : impossible de maintenir une activité avec un passage toutes les 10 minutes (1 trajet dans chaque sens toutes les 20 minutes, soit un passage toutes les 10 minutes).

Si vous voulez réagir, il faut donner votre avis ici avant le 3 mars 2012.
Si vous habitez l'Île de France et utilisez les transports en commun, vous êtes concerné par cette concertation (il n'est pas nécessaire d'être riverain): le prix de votre titre de transport tiendra compte de ces investissements.


Argumentaire contre le projet à individualiser
(Si vous êtes pour le projet, je vous laisse trouver vos arguments tout seul).

1/ Fermeture des Activités nautiques
La mise en place de Voguéo entraînera l’arrêt des activités nautiques;
le licenciement de 15 salariés des clubs;
la fin de la pratique des 900 rameurs, 500 kayakistes, 150 voileux, dont environ 600 jeunes de 10 à 25 ans;
la fin de la pratique des scolaires (1500 élèves / an);
la fin de la pratique des personnes liées du Conseil Général 92 (1500 à 2000 personnes / an).

2/ Déficit structurel :
Le Stif admet qu'il est impossible d'équilibrer le projet. Le déficit prévu atteindrait 50 % des coûts de fonctionnement (estimés à 25 millions € pour 10 millons € de recettes).

3/ Le CG92 et les communes du Syndicat Mixte ont investi 45 millons € dans la base nautique en 2007 (pour la fermer en 2013??!).

4/ Le trajet ouest entre la Tour Eiffel et le Pont de Suresnes est parallèle au tramway T2. Il ne présente pas d'intérêt en terme de transport public puisque les temps pour faire ce trajet seront 2 ou 3 fois plus longs que le tramway.
Quand on utilise Voguéo, on se rend compte qu'il est surtout utilisé par les touristes (mais le Stif, ce sont les Franciliens qui le paient).

Rame

Ramé pour la première fois depuis longtemps. Beaucoup de courant. Bruine. Les oiseaux vont par deux. Beaucoup de cormorans. Courbatures. La capsulite qui rôde dans l'épaule droite (version gentille, avec des répits (visiblement je fais beaucoup plus d'efforts le week-end, en semaine, ça va) n'est pas affectée par le mouvement d'aviron. Un peu décontenancée qu'un rameur de soixante ans dise à un rameur de trente à qui je viens de faire un compliment sur son dégagé «Tu te fais draguer». Est-ce bien raisonnable, est-ce vraiment la question? Rien à faire, cela n'arrive pas à me faire rire parce que c'est vraiment trop décalé par rapport au sujet, à l'ambiance, au sport, à ce qui m'intéresse, etc. Rien à faire, le cul perpétuel m'ennuie. Comment quelque chose de si prévisible réussit-elle à me surprendre à chaque fois?

Une première étape de franchie

Gagné au pénal contre JA. Il y a encore pas mal d'étapes avant d'être sortis de cette histoire (d'autres procédures, un appel possible), mais c'est déjà un grand soulagement.

Il faudrait que je retourne ramer. J'ai la flemme (une histoire de chaussures, de talons, sur le gravier enrobé du parvis de la Défense. A quoi tiennent les choses.)

Bon, encore une machine à étendre et je vais me coucher. Ou je traduis Hamburger. Je ne sais pas.

La traversée de Paris 2011

Sur l'eau à six heures et demi, il fait encore nuit. Je suis à la nage. Le parcours fait trente kilomètres, j'en ramerai vingt environ.

Il a fait un temps magnifique, nous ramons tranquillement, l'île Seguin et les usines taguées, l'immeuble de TF1, le pont du périphérique, pas beaucoup de voitures, très vite les monuments s'enchaînent sans interruption, je n'avais jamais pris conscience à quel point tout est proche. Le fait d'être sur l'eau change la perspective, droite et gauche se fondent, il y a toujours quelque chose à voir sur une rive.

Mirabeau, Grenelle, la statue de la Liberté, le pont de Bir Hakeim («le pont le plus souvent filmé au cinéma». Mes compagnons de galère paraissent bien connaître Paris, l'un d'entre eux avouera plus tard qu'il parcourt la capitale à la recherche des statues équestres («C'est la première statue équestre jamais commandé à une femme. Tout le monde n'a pas le goût de ce domaine artistique particulier et bien délaissé, mais, moi qui l'ai très fort, […]» (Demeures de l'esprit - Danemark Norvège, p.63))), la tour Eiffel, (je la verrai surtout au retour, s'éloignant contre le soleil levant), le palais de Tokyo, le zouave du pont de l'Alma a les pieds au sec, (mais finalement il n'y a pas beaucoup de place sous les ponts, comment font les péniches quand le niveau monte? (et je me souviens des bateaux extra-plats destinés à passer sous les ponts si bas de Zürich)), grand Palais, petit Palais, l'Assemblée nationale, on aperçoit la pointe dorée de l'obélisque, l'orangerie, le jardin des Tuileries, à quel niveau se situe Orsay, n'empêche on savait construire des gares à cette époque (mais alors à quoi servait la gare d'Austerlitz?), quelle est cette statue rive gauche qui paraît commander la passerelle, tout le reste m'est si connu que je vois à peine (au retour, le portrait sans visage de Marie-Antoinette qui couvre la Conciergerie, la cour de Cassation où je suis venue écouter Rémi en colloque), je vois s'éloigner le pont des Arts et ses cadenas brillants dans le soleil qui se lève (ne pas oublier que nous ramons en reculant, donc dos au soleil pendant la première partie du parcours), la vue de Notre-Dame est inoubliable, nous sommes dans une vallée encaissée, les remparts s'élèvent jusqu'à la statue de Charlemagne, les habitants des péniches sortent en pyjama nous regarder, il y a longtemps que les bateaux se sont égayés, les plus rapides dépassant les autres, puis les distances se sont équilibrées et stabilisées, nous sommes doublés à plusieurs reprises par une yolette de diablotins qui hurlent «Jambier» sous les ponts («En fait ils ne rament pas, ils font des essais accoustiques») et qui doivent s'arrêter souvent puisqu'ils nous doublent plusieurs fois (ils ont de très jolis ailes noires), l'hôtel de ville apparaît exactement dans la trouée entre les deux îles, nous faisons demi-tour après l'île de la Cité.

Non, la "traversée de Paris" ne traverse pas Paris.

Retour. Le soleil monte, Paris s'éveille, nous sommes bien. Les deux rameurs derrière moi font un faux mouvement, je reçois une pelle (rame) dans le dos, je perds l'équilibre, je suis à plat dos dans le bateau, la tête hors du plat bord, je sens la yolette basculer, un instant je me vois glisser à l'eau à plat dos tête la première, quelle situation étrange, allons-nous nous retourner, une yolette ne peut pas se retourner, on aurait l'air con, la situation se rétablit, je me redresse, je n'ai rien compris à ce qui c'était passé, ni le quoi ni le comment, mais je ne suis pas tombée à l'eau.

Dans le bateau, un homme travaille à l'organisation des transports maritimes (j'ai oublié le terme exact). Il m'apprend un peu de vocabulaire et des dictons, en particulier «fortune de mer», l'équivalent d'impondérable ou de force majeure sur terre, et que je trouve magnifique, et «en mer, le doute profite à la nature».

Je rentre à trois heures et je me couche.

Samedi doré

Vaisselle.
Lessive.
L'Iliade. Cette terreur des Atrides de voir leurs navires (leurs nefs creuses) brûler. Les Troyens ne cherchent pas à les repousser à l'eau, mais au contraire à les piéger sur place en détruisant leur flotte. Curieux.

Partie en retard donc en voiture. Arrivée en retard au club. Démontage des bateaux. Chargement.
Club de l'ACCBB aviron (incidemment, celui du calendrier («Ah oui, tu vas pouvoir leur dire: "Mais oui, je vous connais, vous êtes à poil dans ma cuisine"»)), pelouse douce aux pieds, montage des bateaux, temps splendide.

Périphérique, je dors, je m'endors au volant.

A peu près

Pieds gelés, bateau moteur sur la Seine sous la pluie deux heures, j'ai froid.

Knacki purée, un thé à la menthe.

Une bonne nouvelle, une revue, une plaquette, une carte postale.

Commandé L'Illiade et L'Odyssée en MP3 (car hier A. a confondu Archimède et Œdipe (WTF?) (par ailleurs la question n'était pas facile: citer un prénom avec l'e dans l'o (je n'en connais qu'un second: Œnone))). C'est très agréable à écouter, je le sais parce que je possède la deuxième partie de L'Odyssée en cassettes, données par Paul Rivière.




(Attente terminée. Et réponse favorable (mais pourquoi avais-je si peur?) Envie de pleurer de soulagement.

- et le 15 juin. Non, je ne raconte pas le 15 juin, mais ce soir je suis soulagée: j'ai enfin reçu une réponse positive (je crois, mais oui, positive. J'en parlerai un jour, forcément, mais pas maintenant. Je suis juste trop contente pour ne pas le noter.))

Sortie en skiff

Sortie en skiff aujourd'hui, pour la première fois depuis... (1982?) Je pensais en riant intérieurement que le garçon qui m'aidait à descendre mon bateau ne devait pas être né quand j'ai ramé en skiff pour la dernière fois.

J'avais oublié combien ce bateau est léger. Une plume.

Mon bateau de prédilection était le double-scull, mais après une saison, René m'avait passée au skiff. Je me souviens qu'à Montsoreau, je me suis retournée quinze mètres après le départ de la course. J'avais visité le château avant la course. Ai-je lu Dumas avant ou après? Plutôt avant.

Nous ramions le long de la Loire, les week-ends se passaient en déplacement pour les compétitions, Montsoreau, Laval, Chatellerault, je connais les villes par leur bassin (ou plutôt je m'en souviens quand je les traverse en voiture) (et je me souviens que j'ai appris l'élection de Mitterrand assise sur un seau dans le hangar à bateaux où j'attendais mes parents un dimanche soir).

Nos bateaux avaient des noms de châteaux, Chenonceau et Chambord pour les deux yolettes, Cheverny, Ménars, Talcy, Château-Gonthier, combien de fois plus tard ai-je reconnu des noms en passant par hasard dans des villages de Sologne et de Beauce. Ô saisons, ô châteaux.

A Blois, les sorties les plus longues nous menaient devant le château de Ménars. Personne n'imagine la beauté de la Loire à l'automne dans le froid et le soleil couchant.

Souku, affolantes et détresse.

Souku : c'est ce que j'ai entendu. Il s'agit en fait de "sous-cul", épaisseur de mousse taillée en forme du siège de coulisse afin d'amortir la dureté du bois. Le club qui organisait la randonnée en a offert un à chaque participant.





Affolantes : ce sont les magnifiques maisons qui bordent la vallée de la Seine en amont de Melun. Elles ont été construites par de riches industriels à la fin du XIXe siècle, elles étaient souvent destinées à leur maîtresse.


Détresse : rien à faire, je n'ai pas beaucoup de points communs avec un groupe, même si c'est l'aviron qui nous réunit. Ma crainte, c'est le mot que je vais prononcer qui va provoquer un blanc dans la conversation. Je reste sidérée de constater combien nous avons tous besoin de parler de nous-mêmes, avant tout. Il me semble que ce besoin croît avec l'âge.

Brûlée

Héricy - Moret-sur-Loing aura été plus difficile que Venise, finalement.
J'ai les jambes brûlées.


La Seine le soir :



Demain je vous expliquerai peut-être ce qu'est un souku, mais pas maintenant, je m'endors.

Apéritif

Un bateau avait le cidre, un autre les verres, le troisième les chips.
Il fallait être motivé car vous constaterez que ce genre d'embarcation n'est pas propice aux rapprochements.


Vocabulaire de marine

«Il n'y a que deux cordes sur un bateau: celle de la cloche et celle du pendu.»

Les autres cordes prennent le nom générique de bouts ("boute"), sous réserve d'un nom plus spécialisé. Et l'on me cite les écoutes, les haubans, les aussières, les drisses...

Les rameurs adultes se divisent grossièrement en deux catégories: ceux qui ont fait de l'aviron enfant et ceux qui aiment la mer, pour qui c'est une façon de retrouver les éléments, l'air et l'eau, en ville.
J'apprends du vocabulaire et des coutumes. Ça m'amuse, je vais bientôt pouvoir relire Moby Dick.

RAS

Aviron presque sous la pluie. Sans doute un peu trop forcé.

Petit cygne.

Deux cent cinquante six écrous

Remonté les huit yolettes entre midi et deux, huit portants par yolette, quatre écrous par portant. Que de souvenirs dans le simple fait de visser et dévisser des boulons. Je ne pensais pas refaire cela de ma vie, je pensais ne jamais remonter (ou démonter) de bateaux. Mais je reviens toujours sur mes pas, et la fin de la journée l'a encore prouvé.

Ecoutez la première minute (entendre une cornemuse sur l'eau au petit matin en face de Saint-Marc… Une envie de rire et de pleurer tout à la fois).



————————————— Agenda
Entretien avec Mme Cholvy à l'institut catholique pour le cycle C. Evoqué tous mes souvenirs, de Saint Augustin à Agadire à Stanislas Lalanne à Versailles.

Retour

On s'habitue bien aux vacances.

Bilan: un bronzage camionneur, quelques coups de soleil mais rien de grave, une douleur incompréhensible dans la cheville droite, qui passe quand je marche vite mais me fait perdre l'équilibre à l'arrêt.

Pas envie de me coucher.

Le chat du rabin: ça ne commence pas vite, ce n'est pas très épais, mais c'est amusant.

Nous sommes devenus des experts en déchargement de semi-remorque : huit yolettes transbordées sur une remorque à bateaux en une heure et demie.

Du 10 au 14 juin, Vogalonga

vendredi 10 juin : journée libre dans Venise. (arrivée vers midi)
samedi 11 juin: rendez-vous à 14 h parking à bateaux
dimanche 12 juin : courses / remontage des bateaux
lundi 13 juin. petit déjeuner vénitien. le soir, train
mardi 14 : matin, arrivée à la maison. Après-midi, Le chat du rabin, soir démontage de la remorque avec Clément (je l'ai amené pour qu'il donne un coup de main à descendre les bateaux de la remorque).

Petit déjeuner vénitien

Dernier matin, je reprends le train ce soir. La journée sera perdue bêtement, comme chaque fois qu'on voudrait faire tant de choses et qu'on a la faiblesse de ne pas partir seule mais d'attendre que les autres soient 1/ prêts 2/ se décident. Tant pis. (Rageant tout de même de rater une visite de l'Arsenal. Zut alors.)

Je prends mon petit déjeuner avec Luisa, Danielle. Plus tard arrive Pascal, mince, élégant, souriant, hésitant. Il a entre quarante et cinquante ans, quelques cheveux grisonnants, c'est le diplomate de l'équipe, celui qui s'entend avec tout le monde, que tout le monde salue et invite (car il y a quelques frottements, entre "les anciens d'école", "les CE" et "les loisirs").

Luisa est australienne. Elle a environ vingt-cinq ans; avec ses taches de rousseur et ses épaules carrées, elle respire la santé et la gentillesse. Nous parlons de sport, je lui fais des compliments sur la puissance de son coup d'aviron:
— Je m'entraînais avec l'équipe universitaire masculine de Sydney, c'est pour ça.
— Et tu faisais du surf, aussi?
Elle fait quelques fautes, très peu, avec un peu d'accent et de timidité.
— Oui, un peu.
— Mais il n'y a pas de requins?
— Si, il y en a. Il y en a même plus qu'avant, à cause de l'écologie: le port est nettoyé, l'eau est plus propre, et avec le réchauffement climatique, l'eau est plus chaude, il y a plus de poissons qui viennent dans la baie et ça attire les requins.
— Il y a eu des morts?
Elle réfléchit: — Non, l'année dernière, pas de morts, juste deux accidents. Il y a un surfeur qui a perdu les deux jambes, elle fait le geste de ramper sur les coudes: Mais il revient surfer elle mime des applaudissements et tout le monde "Yeaeahh!" sur son passage à la plage.
Pascal est un peu choqué (voire beaucoup): — C'est tout de même beaucoup moins sexy…
Spontanément, je pense au moignoning de Matoo et à cet ami qui me disait de son copain roux: "il n'a jamais eu peur de rester seul car il savait qu'il était sur une niche". Sans trop réfléchir j'interviens:
— Ça dépend: il n'y en a peut-être pas beaucoup qui aiment ça, mais pour celles qui aiment ça, il est seul sur le marché.
Les yeux de Pascal s'agrandissent. Il évalue et soupèse mes paroles, des horizons s'ouvrent devant lui:
— Je n'avais jamais pensé à ça sous cet angle, avoue-t-il vaguement épouvanté.

Initiation à l'aviron pour les enfants début juillet

A Neuilly, au pied de la Défense, sur un bras calme de la Seine. Métro ligne 1.

Déco

Dans ma cuisine, il n'y a pas de calendrier de pdblogeurs, mais un calendrier de rameurs (à l'origine cela devait être un cadeau de Noël, mais il est arrivé en mars, j'ai donc décidé de le garder).


Vendredi

RER à Villeneuve-le-Roi (c'est-à-dire à la campagne, friches industrielles, chantiers. J'aime.) Nous avons atterri là un peu par hasard, en partant du principe qu'il fallait traverser la Seine.

Ramé en pointe et en tee-shirt (un jour je vous ferai un cours de vocabulaire mais pas ce soir, trop fatiguée). Un feu roule dans mes os de l'épaule au coude. Ce n'est pas douloureux, juste brûlant. J'ai l'impression que mes bras vont tomber, sont tombés, et tandis que les unijambistes ont mal à leur jambe absente, je ressens l'absence de mes bras présents.

Vu Les Chemins de la liberté. Pensé à Train de vie et au Voyage de Primo Levi. Pensé à l'un de ces exploits que racontaient les Sélection du Reader's Digest de mon enfance: deux marins rescapés d'un naufrage dans le Pacifique ont survécu en se relayant sur un bout de bois, l'un nageant pendant que l'autre se reposait sur la planche. Cela a duré des semaines. Quand on leur a demandé comment ils avaient réussi un tel exploit, l'un d'entre eux a répondu: «Une fois que vous commencez, vous ne pouvez plus abandonner, vous êtes obligé de continuer».
(Qu'en tirer comme morale? Qu'il ne faut pas commencer? Ou que les entreprises à plusieurs ont davantage de chances de réussir?)

Noël pas tout à fait fini, Pentecôte en vue

J'ai écrit les dernières cartes de vœux (non qu'il n'en manque encore deux ou trois, mais tant pis), enveloppé les deux derniers cadeaux de Noël (mais je ne les pas envoyés, poste fermée: demain), pas encore démonté le sapin.

J'ai réservé trois nuits d'hôtel à Venise pour la Vogalonga 2011.

Melville

Tout bateau à moteur qui nous croise creuse des vagues profondes, et nous sommes ballotés, absolument impuissants. Je songe alors à Moby Dick ou aux récits repris par En Patagonie: mais quelle folie ce devait être de mettre une chaloupe à la mer pour tenter de repêcher un homme, et quelle folie plus grande, absolument impensable, de chasser la baleine dans ces conditions !

(Pas étonnant qu'aujourd'hui les hommes s'ennuient tant.)

Toutes les moitiés ne sont pas égales

Une phrase d'Au sud du sud m'est restée: Jean-Louis Etienne remarquait qu'inconsciemment, arrivé à la moitié de la traversée du continent antartique, le groupe s'attendait à ce que la marche devînt plus facile, comme si ayant fait la moitié du parcours, "la montée", la deuxième moitié, "la descente", devait être plus aisée. (Après tout, la terre est courbe).
Evidemment, c'était faux, et d'une personne à l'autre, la marche fut d'autant plus pénible que l'illusion avait été profonde.

Je songeais à cela en ramant: les parcours d'entraînement sont généralement circulaires, on rame, puis on fait demi-tour et on rentre au club. Une erreur (que nous avons presque commise samedi) consiste à ramer tant qu'on a des forces, et à faire alors demi-tour, totalement découragé à la perspective du chemin restant à parcourir.
Cependant, et là est l'astuce (et là se prennent les mauvaises habitudes), l'entraînement en rivière commence le plus souvent à contre-courant. On a donc la certitude rassurante et plus ou moins consciente de toujours revenir au club, au pire en se laisser dériver.

Sur un lac, ce parachute mental (et physique, mais il est d'abord mental) n'existe pas; tout le parcours présente la même difficulté. Par conséquent l'effort mental à fournir devient de plus en plus important au fur à mesure que la fatigue et les ampoules se cumulent.
Je ne sais pas à quoi pensent les autres quand ils rament (je serais curieuse de le savoir). J'essaie de ne jamais penser au parcours, ni accompli, ni à accomplir. Je ne pense qu'au geste, à l'instant, au bateau, au bruit du bateau. Nous devons chercher le silence. Un bateau désuni se distingue par son bruit. Un bateau harmonieux devient silencieux.



* Le départ dimanche: on attend que les soixante-trois bateaux soient à l'eau :



* A l'entraînement le samedi (nous ne sommes pas très ensemble, mais c'est un peu normal):



* Au ponton, à mi-parcours (nous n'avons pas l'air épuisé)



Pour agrandir les photos, agrandir la taille des caractères du billet.

Un dernier souvenir

Nous demandons à l'un des Annecileviens de nous photographier sur le ponton. Il s'exécute de bonne grâce, chargé de trois ou quatre appareils :

— On sourit. Ici on ne dit pas "ouistiti", mais "reblochon".

Le lac d'Annecy à la rame

Eh bien voilà, j'ai raté l'année dernière le 9 septembre 2009 à 9h09, et cette année à 10h10... eh bien, je devais être un peu au-dessus de Sévrier, puisqu'à dix heures nous avons entendu les cloches carillonner L'hymne à la joie... (dans la brume, sur le lac, dans le petit matin propre).
Renseignement pris, c'est la patrie de la fonderie des cloches Paccard.
Peu à peu les écarts se creusent, sur une telle distance il y a peu de surprise, la technique et l'entraînement jouent. Nous dépassons un équipage qui nous informe joyeusement: «On s'économise, c'est qu'il faut encore manger, après!»
Nous n'allons pas jusqu'au bout du lac, nous tournons au niveau du rocher de Duinght. La brume est moins rasante qu'hier mais ne fait pas mine de se lever. Par moments le bateau glisse, nous sommes en train de faire des progrès (nous n'avions jamais ramé ensemble avant ce week-end).
Le bonheur, ce sont les bénévoles qui sortent le bateau de l'eau et ramène nos pelles (rames) quand nous arrivons. Ça c'est du service, si ça pouvait être comme ça à chaque sortie... (le plus pénible à l'aviron, c'est avant et après: mettre le bateau à l'eau, l'en sortir).

Apéro, douche, kir, string... Le club vend divers vêtements brodés de deux rames, dont des boxers (pour monsieur) et des strings (pour madame). Hélas, je n'ai pas d'argent dans mon sac de sport et quand j'arriverai à m'en faire prêter, il n'en restera plus. Zut, une bonne raison de revenir à Annecy...

Repas, tartiflette, je dors dix minutes sur mes bras croisés, il paraît que beaucoup de bateaux se sont retournés l'année dernière à Venise, les Italiens sont formidables et élégants, les mamas vous encouragent en tapant sur les casseroles... «Tu pars au niveau de la place Saint-Marc, tu dépasses l'Arsenal, on fait le tour des îles Murano et autres, et on revient par le Caraveggio, et là quand tu arrives, tu es la star,...» dit-il en bombant le torse. «C'est vrai, enchaîne une autre, les Vénitiens sont formidables, ils sont tous là à nous encourager, ça donne un coup de fouet...»
Allons, dès que possible...

Nous avons retenu un train assez tard et nous n'avons rien à faire... Nous allons prendre un chocolat à l'Impérial (suivant en cela très fidèlement les conseils que Michel m'avait donnés vendredi). Les autres me regardent avec incompréhension griffonner mes cartes postales. «Des cartes pour un voyage de 48 heures, tu fais fort!»

Arrivée dans le train, je m'endors aussitôt.

Samedi, brume

— Qui n'a pas de bateau?
Nous levons la main, quatre femmes, c'est parti pour une yolette.
Il fait très doux, ce n'est pas le froid mordant de mes souvenirs hivernaux. Pas de soleil non plus, idéal.

Rémi se révèle un barreur hors de pair, il connaît parfaitement le lac et commente au fur à mesure: «Ici l'institut Meyrieux... là l'hôtel bleu, c'est le restaurant de Marc Veyrat, ou c'était, je crois qu'il l'a vendu... Là, dans la brume, vous apercevrez le château de Menthon. La veille de son mariage Bernard de Menthon s'en échappa par une fenêtre pour entrer dans les ordres, plus tard il fonda les hospices des deux cols du Saint-Bernard... Ici c'était une résidence d'Alcatel qui a été vendue quand Alcatel était au plus mal...»
Puis le roc de Chère, terriblement dangereux quand le vent se lève; et en effet nous distinguons contre la parois des plaques commémoratives de divers accidents mortels. Ce roc sépare le grand lac du petit lac, «et au bout du lac il y a?... le bout du lac.»
De nombreuses foulques, et une grèbe huppée que je vois plonger pour ressortir plusieurs dizaines de mètres plus loin. Impressionnant. Un sillage de bulles permet de suivre le parcours des plongeurs. Ce n'est pas aussi silencieux qu'on pourrait le rêver car le bateau est bruyant, coulisses et rames tournant dans les dames de nage.

Au ponton, j'aide un bateau à accoster. J'attrape une rame, je tire, je demande: «Je peux vous aider, ce n'est pas contre votre déontologie?» (car j'ai remarqué que certains ne paraissaient jamais heureux d'un coup de mains).
— Déontologie, déontologie, qu'est-ce que ça veut dire?
— Est-ce que vous êtes impliqués ou concernés? reprend un autre.
— Je vois qu'on en est tous au même point, me mar'-je.

Après-midi descente des Alpages. Annecy absolument noire de monde, moi qui évite cela comme la peste le samedi à Paris (églises fermées, pas de confessionnaux)... Il fait très beau, je pars à la recherche de la tombe d'Eugène Sue. Dans le cimetière s'est réfugié un corbeau à l'aile abîmée. J'espère qu'il s'en sortira.
Un couple d'une soixantaine d'années est assis sur un banc. Lui lit un magazine, elle crochète. Je m'informe. Ils n'ont jamais entendu parler de Sue. Je me demande s'ils sont assis là parce qu'il y a un banc, ou si c'est en face d'une tombe qui leur est chère.
La personne suivante me dit «Ouh là, j'ai su, mais j'ai oublié, c'est le genre de chose qu'on voit une fois puis qu'on oublie.»
La troisième personne m'indique l'arbre parasol qui sert de repère à la tombe parfaitement entretenue.





Et une photo d'Annecy dans le soleil couchant:

Blues du vendredi soir

Je pars, et je ne suis pas très rassurée.
Je pars ramer 28 km sans aucun entraînement, plutôt fatiguée et en manque de sommeil.
Je pars, nous serons vingt, et je ne connais personne.

Mais si je suis inscrite à cette randonnée il y a bien longtemps, quelque part en juin, c'est que je comptais que le paysage serait magnifique.
Et il fait beau.
Et il paraît que Rousseau...
Je vais dormir dans le train.

I would prefer not to

J'arrive en retard, les bateaux (les équipages) sont déjà composés. Je croise Jean-Pierre:

— Je crois que j'arrive un peu tard...
— Oui, il va falloir que tu sortes toute seule. Ou alors tu sors en double avec le pompier.

Sourire intérieur à la pensée de tous mes amis que cette idée ferait (fera) rêver. Mais cela m'intimide, et puis je ne suis pas folle, si je fais ça à mon âge avec ma condition physique, je ne vais plus pouvoir marcher pendant trois jours (honni soit qui mal y pense). Je secoue la tête en souriant et vais me changer.
Finalement je me suis entraînée en salle.

Difficile

Retournée ramer à midi. Je l'appréhendais, je m'étais vraiment fait mal en juin, au cours d'une sortie calamiteuse en double skull scull.

Pourquoi mon plus gros défaut (compenser le manque d'équilibre en me tordant le dos plutôt qu'en corrigeant la hauteur des mains) est-il réapparu au bout de huit mois d'entraînement? (Moi qui pensais qu'il s'était dissous dans mes vingt ans d'interruption...)

Fatiguée ce soir. Du mal à me concentrer pour faire ma valise.

Coups de soleil

Midi sur la Seine sans casquette. Ramé en double, avec ce genre de femme que je n'aime pas beaucoup (elles me font peur, je ne les comprends pas), les autoritaires sans poigne, ou les molles capricieuses: leurs désirs sont des ordres, et là où je hurlerais un très clair «StoOp!», ainsi qu'il est de tradition, elle élabore une longue phrase :«il serait peut-être temps qu'on s'arrête, non?»
Et moi un peu méchamment de continuer de ramer. J'aime les traditions, moi.
(Blague à part, elle était au un (selon la norme internationale, au deux tradition française), c'était à elle de donner les ordres et d'assurer la direction. Trois secondes représentent plusieurs dizaines de mètres dans un bateau lancé.)

Paradoxal de mettre à la nage quelqu'un qui a aussi peu le sens du rythme que moi.
Coups de soleil. Micro-insolation, mal à la tête.

Passé en librairie. C'est fou comme c'est apaisant.

Un vieux billet promis

La photo qui a remporté le 1er prix du concours l'aviron au féminin est la 107, et je la trouve tellement mauvaise, tellement représentative de la vision stéréotypée de certains hommes (de ce que doit être une photo gagnante représentant des femmes dans un monde sportif) que cela m'a un peu découragée d'en parler plus tôt. Il y avait tant de belles photos, axées sur la joie, l'effort, la technique, la nature... et choisir un talon haut sur une rame! Vraiment n'importe quoi, rien qu'à ce choix il me semble pouvoir faire le portrait robot de ceux qui l'ont choisie (sachant qu'il y avait sans doute beaucoup trop de photos et trop peu de votants pour qu'il soit réellement possible de départager les photos par un vote).


Voici donc ma photo préférée. Paradoxe qui me ressemble, je n'ai pas voté pour elle, car je ne l'ai vue qu'après avoir voté. J'aime cette photo parce que l'idée est à la fois raffinée et amusante: ce n'est qu'un jeu, une mise en scène, que la compétition (couleur de l'équipe) permet de mettre en évidence.
Elle représente ce que je pense de l'élégance: un superflu qui établit une complicité entre l'acteur et le spectateur, un plaisir offert et un plaisir reçu.





En un j'ai voté pour celle-ci, par nostalgie, parce que c'est le souvenir que j'ai de nos retours sur la Loire en automne ou en hiver, dans le soleil couchant.





En deux pour celle-ci, parce qu'elle est terriblement vraie, entraînant des sentiments ambivalents: «Chic, je ne porte pas, zut, je ne porte pas». C'est le condensé de tout le débat sur les règles de politesse: merci de me porter mes paquets (c'est lourd, je suis "petite et faible" (private joke)), vous ne devriez pas porter mes paquets (je peux me débrouiller toute seule, arrêtez de me materner).





Et celle-là en trois, parce que je ne pouvais tout de même pas ne pas choisir une photo qui représente ce que veut dire ramer ensemble. «Ensemble», le mot et sa musique me sont si fort gravés dans la mémoire que j'en rêve. Se dissoudre individuellement dans la glisse du bateau, abandonner toute velléité de prééminence et savoir que c'est à ce prix que le bateau pourra glisser au mieux, sans à-coups.
Quand se pose la question: «Si c'était à refaire...», je sais qu'il y a une chose que je ne ferai pas: abandonner l'aviron au lycée. Je sais pourquoi je l'ai fait, c'était stupide, et c'est l'un de mes plus grands regrets (pas pour le sport, non, pour l'ambiance et pour René).


Encore du sport

Course d'endurance autour de l'île de la Jatte, course de vitesse (très courte, nous fûmes très mauvais), un pique-nique, bu, ce qui s'est révélé dévastateur après l'effort et sous le soleil. Fatiguée, ce soir…


Ponçage de yolette dans l'après-midi.


Naze

Ah les vaches ils m'ont épuisée : toute la sortie à la nage (j'ai prévu de vous faire un cours de vocabulaire un jour mais pas maintenant: la nage, c'est le premier rameur de la file (installé au siège quatre…), celui qui donne le rythme à tous les autres, qui les traîne et les entraîne).

Trois semaines sans ramer, je suis bien punie de ma paresse : les petits cygnes et les canetons ont eu le temps de grandir, zut.

(Le principe était le suivant: très en retard sur un document à rendre, donc je me suis interdit de faire autre chose que travailler à ce document, moralité je n'ai plus rien fait du tout pendant trois semaines).

Je suis vraiment fatiguée, je vais m'endormir au clavier.

Aller-retour éclair en Beauce

Ouzouer, Saint-Sigismond, Sainte Péravy-la-Colombe,… Ciel gris pluie intermitente toits bleus, je sais qu'entre tous les palais du monde, je choisirais peut-être, sans doute, une école de Beauce ou de Sologne, ardoise, murs blancs-gris, fenêtres encadrées de briques rouges et blanches.
Peut-être, peut-être pas. Je songe souvent à «Heureux qui comme Ulysse», me demandant pourquoi l'on revient en France quand on a connu l'Italie. Entre la Possonnière et le Pincio… La différence est dans la sérénité. Si je ne finis pas à Venise je finirai à Blois.

Je suis calme. Parfois les choses sont simples, évidentes. Pour certaines personnes, dès qu'on sait, on vient, c'est tout.

Finalement les enterrements sont peut-être la meilleure des "fêtes" de famille, parce qu'ils ne sont pas réservés à la famille, parce qu'il n'y a pas d'invitation. On vient si on se sent concerné, par le mort ou les vivants. On vient pour être là, pour avoir mal ensemble, pour se tenir chaud tristement. Et ce n'est pas si triste car on évoque, on convoque, les bons souvenirs et les bons moments, les histoires un peu folles qu'on aurait sans doute dû éviter mais qu'on a eu bien raison de ne pas. Ce qu'on évoque, c'est la vie qui n'en finit pas de vibrer. On fait des projets. L'année prochaine, les 80 ans de René. Nous allons fêter cela tous ensemble. Nous allons sonner le ban et l'arrière-ban. Et nous viendrons. Seuls les morts seront excusés et encore, ils peuvent venir à l'état de fantômes. Ils seront bienvenus.

Souvenirs

Dans cette pièce, il y a très longtemps, j'ai appris à jouer à «La vache qui tache» (si, c'est un moment très important).
Aujourd'hui, j'y suis retournée pour la première fois après toutes ces années.


Identité régionale II

Ponton d'aviron. Mise à l'eau d'une yolette.

— Fais attention, tu vas tomber à l'eau ! Mais qu'est-ce que tu fais ?
— Je prends soin du matériel. J'ai été élevée dans l'idée que les hommes se remplaçaient plus facilement que le matériel.
— Tu es bretonne ?

Réconfortant

Allée ramer malgré le froid et mon tout petit moral.

Axiome de base que j'ai pu vérifier une fois encore : les gens gentils sont gentils.

Plaies et bosses

En troisième, j'avais mis au point une technique pour soigner les ampoules (attendre qu'elles sèchent): transpercer les plus gonflées avec une aiguille enfilée et laisser le fil dépasser de part en part. Faire un nœud. Ensuite, il suffisait de tirer un peu sur le fil pour débloquer le bouchon de lymphe qui se formait et garantir que l'ampoule dégonflât, en arrosant le tout d'hexomédine pour empêcher l'inflammation. L'intérêt de la méthode, c'est que la peau à vif continue à être protégée par la peau de surface pendant la cicatrisation. (Puis celle-ci se dessèche et il n'y a plus qu'à l'arracher.)

Il m'est arrivé après des sorties dures d'avoir ainsi des petits nœuds sur chaque doigt, comme autant de paquets cadeau.

Il fait beau

Ramé en tee-shirt. En double.

— Tu occupais quelle place dans ton double quand tu faisais de la compèt ?
— Le deux, pourquoi ?
— Et en quatre ?
— Le trois.
— Bref, la place du bourrin, quoi !


En 1985, quand je suis revenue une ou deux fois au club ramer pendant mes vacances (après quatre ans d'interruption, mais la prépa me vidait si bien de mes forces qu'il me fallait un dérivatif), Jacqueline m'a dit en riant : «Tu as fait des progrès, ton coup d'aviron est plus féminin.»

Je n'ai jamais su ce qu'elle voulait dire.

Votez !

Concours de photos : l'aviron au féminin. (jusqu'au 10 mars).

(Je vous dirai pour lesquelles j'ai voté et pourquoi à partir du 11…)







3 mars 2015 : la page n'existe plus. Je mets un lien vers le site de la FFA.

Aviron

L'aviron est une histoire de famille. La légende veut que mon père en ait fait étudiant, à Orléans, sur le Loiret. Il est obligatoire de savoir nager, ce n'était pas son cas, ses amis ne l'ont pas cru et ont signé la déclaration à sa place. (C'était pour faire du huit, cela ne portait guère à conséquence (avant qu'un huit se retourne…)) La légende veut également que l'équipage de La Source gagna les championnat de France — l'année qui suivit le départ de mon père. Avec lui ramait mon parrain, ce détail a son importance dans un autre embranchement de mon histoire familiale.
Il y a quelque part une photo, de ces kodaks des années 60-70 qui sont devenus orange. Si je retombe dessus, je la vole.

La première fois que j'arrivai au club d'aviron de Blois (large étendue de cailloux blancs devant le hangar) tout était désert. J'avais treize ans. Je fus accueillie, si l'on peut dire, par un garçon qui me parut bien grand (c'était un junior : dix-sept ans, dix-huit?). Il parut interloqué par cette drôle d'idée :
— De l'aviron? Tu es sûre? Ce n'est pas plutôt du kayack que tu veux faire?
Non, non, j'avais décidé que je voulais faire de l'aviron.
Ce garçon s'appelait Castor, j'ai cherché hier son prénom, Michel, Christophe, Olivier? Non, Philippe. Castor, c'était Philippe, et Pollux je ne sais plus. Je me demande même si je l'ai jamais su. (Mais je me souviens du nom de famille de Pollux, et pas de celui de Castor. Bizarre mémoire.) Les deux étaient inséparables comme de juste, issus de familles de garçons, quatre garçons une fille, et tous ramaient.
Vais-je écrire une histoire du club de l'aviron blésois en 1980? Ma partenaire d'aviron était Jacqueline, et lorsque j'ai ouvert un blog (mai 2006), j'ai été tentée par ce récit, à la mémoire de Jacqueline, morte en novembre 2004. Il m'avait semblé alors que je n'avais rien à dire, ou pas grand chose.
Je n'ai rien à dire, rien d'autre que des éclats de mémoire, la transparence de l'air au-dessus de la Loire, les couchers de soleils mauve et or, la galère, les régates, les contrepétries, les chansons, les ampoules, et sans doute les gens, le lieu, les plus précieux de mon enfance… (Et la grande surprise, l'immense surprise, sera d'apprendre des années plus tard, fin août 1995 pour être précise, que ce club avait joué le même rôle pour nombre d'entre nous, tous ces autres rameurs dont j'étais bien loin de me douter que le club représentait pour eux la même chose que pour moi: un espace de liberté et de consolation (mais il faudra parler de René. Plus tard, plus tard.))

J'ai essayé à plusieurs reprises de ramer ailleurs qu'à Blois : en 1987, avec l'école, dans le club où je suis maintenant, en 1991 et 92 à Joinville, dans le club d'Anatole (encore une autre histoire). Je n'y ai jamais réussi : en 1987 j'étais vexée de ramer en yolette (bateau de débutant), en 1992 j'ai vite été épuisée (je ramais le samedi matin, je dormais le samedi après-midi : tête de H…).
Le bassin de Blois n'existe plus. L'été était installé un barage de faible hauteur, un à deux mètres. Cela suffisait à établir une retenue d'eau pour les planches à voile, les kayacks et pour nous: sans ce barrage, l'eau était beaucoup trop basse, nous risquions de casser les bateaux sur un banc de sable.
Mais désormais ce genre de barrage est interdit (protection des saumons). Je ne sais pas où vont ramer les Blésois, je ne sais pas ce qu'est devenu le club. J'ai entendu dire qu'il allait ramer à Saint Laurent (la centrale nucléaire). Je ne sais pas si c'est vrai.

C'est la première fois que j'arrive à ramer ailleurs, que je suis heureuse de ramer ailleurs, que les regrets ne m'empêchent plus de ramer.

Aviron

Pas de sortie aujourd'hui, trop de vent pas assez, l'eau p'était trop p'humide...

Rameur en salle. Je prévois vingt minutes. Porte du hangar ouverte sur la Seine côté Nord, sur le bras où passent les péniches.
Je me concentre sur le geste technique. En deux coups de cuillères à pot, Vincent a corrigé un défaut majeur de position que je traînais depuis trente ans (enfin, pendant trente ans je n'ai pas ramé), c'est devenu plus facile, plus fluide. L'aviron est un sport de glisse.

Trois hommes entrent, et comme je m'étais mise sur le rameur du milieu, m'entourent. Je suis toute petite au milieu d'eux. Je constate que tandis que nous avons à peu près la même cadence (20 coups par minute (il faudrait que je descende à 15, pas facile), ils parcourent cinq cent mètres en 2min07. Il m'en faut 2'35''...

Chaque fois je découvre le lendemain que je me suis fait mal quelque part, les épaules, les biceps (pas simplement des courbatures, presque des froissements. Et il me reste une douleur inquiétante au majeur droit depuis novembre)... Chaque fois en commençant je me dis qu'il faut que je fasse attention, que ce n'est pas raisonnable, je n'ai plus l'âge... Et tandis que j'atteinds dix-sept minutes de rame, je sens que les muscles des cuisses se mettent à trembler et ne répondent plus. Encore trois minutes.
En fait j'adore ça. Ça m'amuse. Je suis curieuse de voir à quel moment ça commence à lâcher. Et comme je sors de Chatwin et des courses maritimes, j'ai l'impression d'être un navire en train de se démembrer.

Mais cela vide la tête aussi. Impossible de réfléchir. Plus assez de sucre? Ce soir encore je suis comateuse (ou: ce soir, je suis encore comateuse). Et les joues me brûlent, la peau sur les pommettes ne se remet pas complètement de la suée.
Je ne sais pas faire moins et de toute façon, je n'en ai pas envie.

Odeurs croisées

Je n'aime pas que les couloirs du métro sentent la jacynthe (parfum entêtant de ces bulbes qu'on ramenait de l'école primaire pour les faire fleurir à la maison, première annonce du printemps) ou la pomme verte (pour toujours associée à l'odeur du shampooing dans les vestiaires après les sorties sur la Loire quand j'avais quatorze ans).

J'aimerais comprendre pourquoi l'anorak de l'homme devant moi dans le RER hier soir sentait le Canard WC.

Ce que j'aime chez les sportifs, c'est leur tact

L'entraîneur d'aviron, que je rencontre pour la première fois aujourd'hui, voudrait que je recrute pour son sport au sein de mon entreprise :

— Non parce que tu comprends, surtout une femme! Une femme qui a la quarantaine, c'est bien mieux qu'un malabar de vingt ans, ça fait moins peur, on se dit si elle peut, je peux aussi !



(Non mais lol, comme dirait Tlön junior. Pas étonnant qu'en ayant grandi en club, j'ai des côtés un peu rugueux.)

Chic

J'espère ne pas me réjouir trop vite, mais selon toute probabilité, je vais sans doute pouvoir faire de l'aviron sur la Seine entre midi et deux.

Ah l'odeur humide des vestiaires et les ampoules aux mains qui empêchent de tenir le stylo...
Et comme je lis beaucoup trop de blogs de filles/ados en ce moment, je m'exclame: "je suis super contente!"

Blog Day 2008

Pour répondre à l'invitation de Parapluie, cinq blogs que je n'ai jamais cités (ou presque).


  • l'un des rares blogs survivant de la première époque des blogs

Lydia, découverte (à priori via Berlinette via Matoo (je me demande s'il est vraiment utile de faire des liens vers Matoo)) à l'époque où les blogs étaient encore rares, et où les "blogs de fille" n'existaient pas encore. J'ai beaucoup aimé ce blog dont l'auteur racontait ses difficultés (divorce, jeune enfant, solitude, etc) avec une force de caractère qui me remplissait d'admiration. C'est un peu mon blog Dickens: des moments difficiles, une histoire qui finit bien. C'est dans sa blogroll que j'ai découvert le blog des schtroumpfs.


  • pour les photos

Le Nonist : j'ai souvent la flemme de lire, mais quel plaisir des yeux. Découvert je ne sais plus où ni comment, à l'occasion de ces photos auxquelles je reviens toujours. Les annexes du blog ne sont pas mal non plus (je n'ai jamais pris la peine de chercher à comprendre comment s'articulait l'ensemble: l'époque où je lisais de A à Z les blogs qui me plaisaient est révolue depuis longtemps).


  • une mine pour les Parisiens et pour les touristes

Hôtels Paris rive gauche : expos, restaurants, photographies... et en plus il est bilingue. Il est desservi par son nom qui pourrait faire croire qu'il s'agit d'un blog publicitaire, ce qu'il n'est pas, ou si peu que je ne m'en suis pas aperçue. Je l'ai découvert en faisant une recherche sur le festival Chopin, suite à un post de Zvezdo.


  • du sport

(Spéciale dédicace à Sk†ns, pour qu'il arrête de bouder). J'ai découvert grâce à Franck que Romain Mesnil tenait un blog. J'aime beaucoup l'idée qu'un sportif de haut niveau prenne le temps d'écrire, et j'aime cette opportunité de jeter un coup d'œil dans les coulisses.


  • design

Ce blog est sans doute beaucoup plus connu que les précédents. Là encore, ce sont les photos qui m'ont d'abord retenue, et le bel aspect du blog, très techno (en partant du twitter de Cafeine).

Ramer à Venise

Je songe souvent au club d'aviron de Venise (yoles de mer, apparemment) découvert derrière Maria de la Salute.

Photos de la Vogalonga qui a dû avoir lieu en début de mois.

What's in a name ?

Ayant retrouvé avec plaisir mon petit volume de Fables, je le feuillette chaque fois que je le croise.

Je lis des fables au hasard , tout à l'heure Le Loup devenu Berger, et je rencontre le vers: «Guillot, le vrai Guillot, étendu sur l'herbette». Une note de bas de page précise : «Diminutif d'une gentillesse un peu fade. "Il ne se dit guère qu'en poésie et en style pastoral." (Ac.)»

Je me souviens d'un stage d'aviron, d'un voyage en car, d'un jeune homme répondant sans reprendre son souffle à la question d'un moniteur qui lui demandait son nom: «L'herbette, pas l'air con, la petite herbe».

Anniversaire

Il y a deux ans, j'assistais à l'enterrement de Jacqueline.
C'était une amie d'enfance, lorsque nous avions treize ans, elle était ma coéquipière en double scull. C'est sans doute la personne qui m'a le mieux connue dans tout ce que peut avoir d'effroyable ma hargne et ma mauvaise humeur. Je me souviens de son sourire, de ses phrases, de son égalité d'humeur, d'un extraordinaire coup de soleil après une régate dans le golfe du Morbihan, de ses cigarettes, de ses yeux lointains, de la voix de Jérôme au téléphone "elle m'a quitté", de son fils mal élevé, de son frère incontrôlable, de son amour pour Juan Rulfo et Pedro Paramo, bien avant qu'il ne soit réédité (c'est ainsi que je le connais). Elle était tailleur de pierres.

J'ai appris sa mort un matin, juste avant de partir travailler. Le téléphone a sonné, H. a décroché, parlé, raccroché. Il est venu me voir :
— Jacqueline est morte.
Je l'ai regardé sans comprendre :
— Impossible, je suis en train de lui écrire.

Je me suis souvent demandée ce que j'avais voulu dire. Rien d'autre que "je suis en train de lui écrire", je suppose. J'avais commencé une carte pour son anniversaire, le 17 septembre. Deux mois plus tard elle n'était toujours pas terminée.
Est-ce que je crois réellement que si j'avais envoyé cette carte, cela aurait changé quelque chose? (rupture d'anévrisme, imparable).

J'ai été bouleversée. J'avais l'impression d'avoir perdu mon double, une sorte de preuve ou d'épreuve de moi-même. Je n'avais personne à qui en parler, les personnes les plus proches étant celles qu'il faut le plus protéger de nos accès de désespoir (les moins proches étant indifférentes, il ne reste donc personne (l'un des avantages des blogs, comme de l'auto-stop : pouvoir écrire sans que ce soit ni important, ni indifférent)).

J'ai fait deux choses : j'ai acheté les séries disponibles de Six feet under dont j'avais entendues parler sur les blogs de Matoo et de Ron, et j'ai littéralement tagué le blog de Gvgvsse.

Je savais que H. n'approuverait pas que je regarde Six feet under. Je n'ai jamais su s'il craignait réellement que je devienne folle ou si ce n'était pour lui qu'une façon de parler. Il est vrai que je le crains parfois moi-même, mais je suppose que cela arrive à tout le monde (ou bien non? Comment savoir?) J'ai donc regardé tous les épisodes (deux ou trois séries disponibles, à l'époque) en cachette, quand il n'était pas là. Cela me berçait. La première série surtout s'attache beaucoup à l'accueil des personnes qui viennent de perdre un être cher. Je me suis noyée dans les épisodes, je les ai regardés des nuits entières. Ce téléfilm est magique, à un ou deux personnages près, je m'identifie à tous : comment un scénariste a-t-il réussi cela? Quelle connaissance de l'âme humaine cela demande-t-il? Je reste sidérée par cet exploit.

A Noël (2004), j'ai découvert le blog de Gv. Il (le blog) avait alors deux ans et demi. Pour des raisons inexplicables, tant sa forme que la part donnée à la nostalgie (il n'avait pas encore son métier d'agent secret, je crois, ou c'était juste le début (je ne vais pas vérifier)), au regret, à une certaine tristesse et à la bataille menée pour ne pas y céder, aux objets (le parquet, la salle de bain rose, le parapluie orange, les pattes de moustique, les docksides...), aux flambées d'allégresse, à la façon de parler de la mort, de la quête de l'amour, de la musique, une façon intime, "de l'intérieur", chaude, rassurante, je me suis profondément attachée à ce blog. Il n'y avait pas de "mouchard" (cette liste dans la marge qui dénonce les derniers commentaires), alors j'ai écrit tranquillement et intensivement. J'avais totalement oublié, ou négligé, qu'un blog est aussi un blogueur.
Plus tard j'ai eu honte.
J'ai encore honte.
Heureusement Gv n'a jamais paru trop m'en vouloir.

Et puis la douleur de la perte s'est estompée. Il ne reste que la sensation qu'une porte s'est fermée, que certains souvenirs sont désormais obsolètes, sans raison d'être. Il reste la sensation aiguë de l'irréversible et de l'urgence : faire ce qui nous passe par la tête même si ce n'est pas totalement raisonnable, même si cela "ne se fait pas", tant que c'est beau, bon ou joyeux : après tout quelle importance, nous sommes mortels.
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