Billets qui ont 'mutuelle' comme mot-clé.

Début de clôture

Sortie en huit (de couple) pour la première fois depuis juin 2015. Nous avons fait beaucoup de progrès depuis cette époque où j'avais cru un moment que nous n'arriverions jamais à tourner (et nous voilà partis jusqu'au Havre). L'équilibre était même meilleur que dans certains quatre.
Ce qui me fait plaisir, c'est que c'est Vincent qui nous l'a proposé et non nous qui avons quémandé: il nous considère enfin à niveau. Cela conforte mon idée de proposer aux filles de s'inscrire à la coupe des dames à Angers. (Si nous réussissons à trouver le nombre de rameuses nécessaires (l'expérience prouve qu'il faut être douze ou treize pour faire un huit, paraît-il), il faudra aussi trouver un conducteur pour la remorque. Enfin, nous n'en sommes pas encore là.)

J’ai écrit un mail pour lister les risques réels que court la mutuelle (la question d’un actuaire dans l’après-midi donne à penser que le dernier (des risques que j'ai listés) est peut-être en train de se réaliser, ou est en train de commence à se réaliser (cela prendra bien trois ou quatre ans).
J’ai lancé les premières opérations pour la clôture du bilan. Ce sont les travaux que je préfère, jusqu’à fin avril, le moment où tous les chiffres coïncident et les engrenages s’emboîtent parfaitement.

Front de B.: H. a eu l'expert-comptable au téléphone et a rétabli quelques vérités («B. ment comme un arracheur de dents, ce n'est pas nouveau»), il a rendez-vous lundi avec l'avocat et B. pour essayer de définir une ligne de conduite. «Au moins, dit-il, je vais avoir affaire à quelqu'un qui a toute sa tête.»

Hier H. m'avait proposé de passer le week-end à Caen, j'ai fait une contre-proposition ce matin: Nancy. Au moment de prendre les billets nous nous apercevons avec surprise que les billets de TGV sont en sur-réservation: une fois encore, nous avons négligé de prendre en compte les vacances scolaires qui désormais nous échappent. Nous pourrions prendre un train très tôt, nous choisissons paresseusement 12h20 gare de l'Est: je n'ai pas envie de me presser.

Journée lisse

Double Sofia avec Philippe. Il fait très beau et très froid, si froid que nous transpirons à peine. Les doigts se réchauffent lentement. J'ai essayé les moufles, mais cela emprisonne les mains et je ne me sens pas rassurée en bateau court de ne pas avoir ma liberté de mouvement. J'essaierai en quatre. Les yeux pleurent contre le vent du nord. Dès que je suis avec quelqu'un qui ne m'impressionne pas, je rame mieux. Bateau plus équilibré.

Journée sans aspérité. Je décris tout ce que je fais en tenant une chronologie annuelle (savoir dans quel ordre enchaîner les tâches au moment de la clôture est précieux) dans l'idée de laisser mon poste dans un an. Cela ne sera sans doute jamais lu, mais sait-on jamais. Nous avons découvert un dysfonctionnement exaspérant : si la sécurité sociale envoie un flux au gestionnaire de prestations1 et que celui-ci n'a pas de RIB pour rembourser ce qu'il doit, il ne fait… rien. Pas de demande de RIB, rien. Si l'affilié ne s'inquiète pas, il n'est jamais remboursé. Comment cela est-il justifié en comptabilité? Cela passe-t-il en pertes et profits au bout de deux ans? Ou cela n'atteint-il jamais la comptabilité, restant coincé au niveau de la technique?
Je déteste ces no man's land des circuits technico-informatiques. Il faut un hasard pour les découvrir.
Et nous découvrons tant de choses par hasard, parce que quelqu'un pose une question innocente, que j'ai l'impression vertigineuse qu'il y a des erreurs de tous côtés. Quelle était la citation? «Cela nous submerge. Nous l’organisons. Cela tombe en morceaux. Nous l’organisons de nouveau et tombons nous-mêmes en morceaux.»

Je récupère la voiture gare de Lyon. J'en profite pour acheter trois répertoires à la librairie au coin du parking, des Clairefontaine référence 9609C, mes préférés difficiles à trouver.

Note
1 : le règlement des prestations est délégué à un prestataire.

Abus de pouvoir

Je vois venir le moment où l'un des administrateurs de la mutuelle va m'obliger à accorder un passe-droit à un cadre supérieur, cadre auquel nous avons déjà dit non quatre fois et qui à chaque fois va plaider sa cause indéfendable auprès de quelqu'un d'autre. Dommage, il s'est adressé au trésorier, très sensible aux marques de pouvoir. Le président nous aurait fait confiance et aurait dit non.

Et comme ce cadre a une particule (et même deux: de machin de truc), toute la détestation des privilèges remonte dans mes veines plébéiennes.


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Je lis L'économie sacramentelle du salut et c'est passionnant (qui l'eut cru?).

Dernier jour avant Noël

Quatre: Emmanuel, Dominique, moi, Pascal. Emmanuel m'a corrigé un défaut: j'enfonce trop mes pelles, il faut avoir la sensation de ramer la moitié de la pelle hors de l'eau pour être à la bonne profondeur. Le bateau devient alors très léger et s'équilibre (je me dis qu'à ramer seule, j'ai pris l'habitude de ramer en force, soit exactement ce que je déteste chez les autres: so proustien1). Je suis enchantée d'avoir enfin une piste de travail. J'ai hâte de l'expérimenter avec d'autres équipages.

Journée à vider ma boîte mail. Par moments j'écris des dissertations sur la prévoyance et la santé (être née en 1992 et vouloir une sur-surcomplémentaire… non, ce n'est pas normal d'être à ce point obsédé par la sécurité à cet âge-là, même pour une juriste! (on va encore me dire que j'émets des jugements de valeur: oui, et j'assume (cependant (rassurez-vous), je ne fais jamais que fournir des éléments de réflexion aux personnes qui m'interrogent. "L'appétence au risque" est quelque chose de très personnelle, personne ne peut décider à la place de quelqu'un d'autre à quel niveau il doit se protéger. Je donne des informations, pas des conseils. Ici, sur ce blog, je me défoule (si cela ne sert pas à ça, à quoi cela sert-il?))

Je rejoins H. chez Ladurée, décomposé. Son patron ne veut plus ouvrir de filiale aux Etats-Unis alors que tout est prêt pour mars prochain. Un Américain est embauché, un local choisi. H. a fait une ou deux erreurs psychologiques de base en ne prenant en compte que les faits, sans faire attention à la susceptibilité de B., son patron (travers que ma fille et moi partageons).
Zut. B. va encore réussir à nous pourrir nos vacances. (Je parais ainsi peu compatissante aux affres de H.: c'est que je ne suis pas inquiète, H. va trouver une solution. D'autre part, B. était si charmant depuis plusieurs moi que j'attendais le contrecoup. Je n'en imaginais pas la forme, mais je savait qu'il aurait lieu.)

A. arrive en voiture avec son lapin nain malgré tout beaucoup plus grand qu'il y a quelques mois. Il est même énorme dans la mesure où il est angora. Il n'a pas l'air effrayé (je redoutais la crise cardiaque pour son petit cœur de lapin).

Le soir, O. m'explique comment utiliser la recherche de kodi et je regarde le premier épisode de Sense8 dont Matoo et Ricroël ont parlé sur Twitter.


1 : «Et à la mauvaise habitude de parler de soi et de ses défauts il faut ajouter comme faisant bloc avec elle, cette autre de dénoncer chez les autres des défauts précisément analogues à ceux qu’on a. Or, c’est toujours de ces défauts-là qu’on parle, comme si c’était une manière de parler de soi, détournée, et qui joint au plaisir de s’absoudre celui d’avouer. D’ailleurs il semble que notre attention toujours attirée sur ce qui nous caractérise le remarque plus que toute autre chose chez les autres.» A l'ombre des jeunes filles en fleurs, Noms de pays: le pays

49/365 RAS

Cela arrive de temps en temps.

Matin : RER D 7h45 puis A puis ligne 1.
Soir : l'inverse

D'une case à l'autre

Je suis rentrée démoralisée. Je me suis encore échauffée avec A. (ou contre A., mais je n'ai pas envie d'être contre A.)

En 2014 ou 2015, un "accord national interprofessionnel" (ANI) a changé quelques règles concernant la couverture santé des salariés. En particulier, tout salarié qui quitte son entreprise conserve gratuitement sa couverture santé pendant une durée au moins égale à son contrat de travail1. Ce dispositif a pour nom "portabilité". Pour pouvoir en bénéficier, il faut percevoir une allocation chômage.

Ce soir nous avons eu l'appel d'une ex-salariée dont le congé maternité vient de commencer: elle est sortie de la case "chômage" pour entrer dans celle des "indemnités journalières de la sécurité sociale" (IJSS). En conséquence de quoi, la complémentaire de la branche assurance (le RPP) a interrompu sa couverture (l'a radiée) au prétexte qu'elle ne touche plus d'allocation chômage.

J'appelle A. (elle-même enceinte), juriste et administrateur de la mutuelle, pour savoir ce qu'elle sait, expérimentalement, des remboursements quand on est enceinte:
— C'est pris à 100% mais il ne faut pas qu'il y ait de dépassement, il faut qu'elle fasse attention, qu'elle aille à l'hôpital pour l'accouchement.
— Mais c'est vraiment ce que le RPP voulait? Il voulait vraiment ne pas couvrir les femmes enceintes, ce n'est pas un effet de bord imprévu? Mais il pourrait le dire, au moins oralement s'il ne veut pas l'écrire, qu'on prévienne les gens, qu'on les renseigne!
— Mais les gens devraient se renseigner tous seuls, quand même! On fait attention, on ne tombe pas enceinte n'importe quand!2!
— Mais justement : elle est au chômage, elle fait un bébé, ça ne gêne personne. Comment voulais-tu qu'elle imagine que cela allait lui couper la mutuelle? On s'imagine tous en France que les femmes sont davantage protégées quand elles sont enceintes, et pas moins! Ceux qui se renseignent, soit ils se sont déjà fait avoir, soit ce sont des fraudeurs. Les gens normaux regardent juste leur compte en banque pour vérifier qu'ils ont de quoi vivre. Alloc chômage ou IJSS, ils s'en fichent. Et comment veux-tu imaginer que passer de l'un à l'autre va te couper la mutuelle? C'est normal de ne pas imaginer ça!
Devant mon énervement, elle sort un atout de sa manche:
— Il me semble qu'il y a controverse: la portabilité est due si la personne a droit aux allocations chômage, mais il y a interprétation: cela veut-il dire qu'il faut que la personne les touche effectivement, ou suffit-il que sa situation soit telle qu'elle lui en ouvre potentiellement les droits?

Les bras m'en tombent. C'est tout ce qu'elle trouve à me dire? Il faut que les salariés soient tous des as de la jurisprudence?
A bas les juristes. A bas les Romains. Qu'on me rendent les Grecs!!


Note
1 : à condition d'avoir travaillé au moins un mois. La durée de la garantie gratuite est plafonnée à un an.
2 : passons sur le manque de solidarité féminine qui m'estomaque.

Projets

Ce moment terrible où tu t'aperçois que tout ce que tu as à raconter concerne des détails de boulot… Trop fastidieux (encore un conseil d'administration étrange, genre En attendant Godot. Le problème, c'est qu'il y a des dates limites à respecter (le temps des paramétrages informatiques, mise en prod, envoi de courriers d'information) si l'on veut faire des modifications pour 2017. Sinon il faudra attendre 2018…)

Quelles nouvelles ?
- je continue Lord Jim;
- demain j'irai voir Médée mis en scène par Alexandre, le mari de Matoo;
- vendredi j'irai écouter Elisabeth au dernier colloque des Invalides;
- le 5 décembre il y aura une lecture de Sauvé d’Alfhild Agrell à la bibliothèque la Nordique (chic, une bibliothèque inconnue) 6 rue Valette.

Trois tiers

Matin : Conseil d'administration.
Puis-je réussir à donner une idée des volte-faces successives émises par la même personne? (Comptez un quart d'heure à vingt minutes de discussion à chaque idée émise):
- nous pourrions baisser les cotisations dès 2016; (nos résultats sont excellents — il ne s'agirait pas d'une "baisse", mais je simplifie le technique)
- il faut traiter les salariés et les retraités de la même façon;
- mais il ne faut pas baisser les retraités;
- c'est dangereux de baisser les cotisations de 2016;
et pour finir en beauté: «vous (les administrateurs représentant les employeurs) êtes entrés dans la salle avec une idée derrière la tête».
Puis : - nous ne pouvons pas voter, ce n'était pas prévu à l'ordre du jour;
- nous pourrions voter par mail dans une semaine;
- même si je suis contre, je sais que dès que je vais parler de baisse, tout le monde va être d'accord.
(C'est à dire, si je comprends bien (ce qui n'est jamais sûr), que la baisse proposée au début sera acceptée dans une semaine.)
Tout ce bullshit m'ennuie de plus en plus. Il a tellement de temps à perdre.

***


Après-midi "team building" à l'aviron: une vingtaine d'adultes qui n'ont jamais ramé à mettre sur l'eau. Jean-Pierre et moi héritont du maillon faible, la minette avec des ongles de cinq milimètres de long venue en jean collant en espérant qu'elle ne ramerait pas au prétexte qu'elle n'a pas de short (pas facile de plier les genoux en jean), puis qui que met à hurler comme sur des montagnes russes quand la yolette quitte le ponton.
Je suis contente de nous, nous avons réussi à lui faire comprendre le geste et à la faire ramer avec les autres. J'étais embarrassée de la voir repartir au boulot en situation d'échec (même si elle avait tout fait pour).

Stéphane Tardieu, champion olympique handisport en aviron, est passé nous parler vingt minutes et a répondu à nos questions.
Il parle des entraînements, du principe qui consiste à s'épuiser totalement pour ensuite recharger les batteries, de la fatigue qui rend incohérent et agressif, de la difficulté en France à faire accepter le handisport au même titre que le sport (nous nous entraînons autant, nous peinons autant, …).
Pour donner une idée du niveau, sa partenaire Perle Bouge fait vingt secondes de mieux que moi au cinq cent mètres, mais elle, sans les jambes!

***


Soirée avec le futur partenaire d'Hervé aux US (c'est lui qui aura la direction de la filiale) et son ami. Mélange d'anglais et de français, on s'est bien amusé, ayant les mêmes références (Six feet under, MacGyver, The Hunt of Red October…). Notre voyage de 2012 nous sert, ils habitent la Pennsylvanie mais viennent de Caroline du Sud, nous pouvons parler géographie, de la rivière Delawaere, de la Skyline Drive, etc.
Cela s'annonce bien.

Vide

Il pleut.
Journée sans histoire (ni géographie, ajouterait mon beau-père). Je m'ennuie. Je suis déçue: la mutuelle va faire des bénéfices indécents et ma proposition de rembourser aux diabétiques (ou donner un forfait, une participation) l'appareil qui permet de lire la glycémie sans se piquer les doigts est repoussée: avenir trop incertain, m'oppose-t-on. Mais si l'incertitude concerne l'avenir de la mutuelle, si elle doit fermer pour des raisons réglementaires (trop de contraintes juridiques ou soutien de la branche insuffisant), ne serait-ce pas au contraire un argument pour qu'elle utilise ses réserves avant?

Je rentre dans la maison vide (c'est rare) et, signe de mon ennui et de ma déception, je me mets… à faire du ménage. Grandement pas dans mon assiette je suis!


Je note pour me souvenir du moment : hier Bayer a annoncé le rachat de Monsanto. C'est terrifiant.

Cas de conscience

Elle était venue en juin pour que nous établissions un devis pour le remplacement de sa prothèse de bras qui était usée et la blessait. Nous nous étions aperçus avec désarroi que les nouveaux modes de calcul lui laissaient la moitié du prix à sa charge (soit plus de quatre mille euros), alors qu'auparavant il lui en restait deux cents. Elle doit gagner le Smic, ou le Smic plus dix pour cent vu son âge.

Elle revient aujourd'hui avec une facture de cent-soixante quinze euros "pour son diabète". Il s'agit d'un patch qui permet de lire la glycémie sans se piquer les doigts. Elle me tend le barème de remboursement de la mutuelle sur lequel sont détaillés les produits que nous remboursons sans prise en charge de la sécurité sociale (la mutuelle ne rembourse que les produits sur lesquels intervient la sécu1, sauf quelques exceptions: contraception, vaccins, lentilles,…) et me dit que cela devrait entrer dans ses catégories-là.
A ce moment-là je la déteste. Elle sait parfaitement que cela ne rentre pas dans la liste détaillée. Elle espère faire pression avec son bras en moins. Elle m'explique que l'Agefip refuse d'intervenir pour sa prothèse, qu'ils acceptent de lui installer une station de travail adaptée et dernier cri, mais pas de prendre en charge sa prothèse. L'assistante sociale essaiera de trouver une solution après ses vacances en septembre. Je lui demande pourquoi elle a fait ça, pourquoi elle a acheté d'abord plutôt que se renseigner (mais je connais la réponse: elle savait que nous dirions non: ce n'est pas dans la liste. Elle a espéré nous attendrir, faire le forcing, une forme de chantage moral). Je lui explique que je suis désolée, que ce n'est pas dans la liste, que nous ne pouvons pas faire d'exception, que les exceptions sont injustes pour tous ceux pour qui nous n'en avons pas fait. Je peux simplement essayer de faire ajouter le produit sur la liste des exceptions pour l'année prochaine.
Elle répond doucement, sans s'énerver, qu'elle n'a pas de chance, que ça tombe toujours sur les mêmes, qu'elle n'a qu'une main à piquer, que six piqûres par jour c'est beaucoup, qu'elle n'a qu'un bras pour tout faire, la vaisselle, se laver, travailler, que ses doigts sont tout abîmés, ne le supportent plus.
Et tandis qu'elle parle et que je réponds mes platitudes, je pense aux consuls anglais ou américains qui ont refusé des visas aux juifs "pour ne pas faire d'exception", je pense à Nabokov décrivant le chaos de la côte d'Azur et je la déteste et je me déteste.


Note
1: ce qui conduit au paradoxe que si la sécu rembourse, la mutuelle rembourse, et inversement: "effet Matthieu" du nom de l'évangéliste, connu en droit social: à ceux qui ont sera donné davantage, à ceux qui n'ont rien sera enlevé le peu qu'ils ont.

Vacances (psychologiques)

AG terminée, derrière nous, derrière moi. Je déteste cette journée, mais cette année cela s'est plutôt bien passé.
Quatre ans : il y a quatre ans, mon premier contact avec la mutuelle a été une journée de dépouillement.

Nous avons dîné aux frais de la mutuelle en mangeant les restes du buffet prévu pour les scrutateurs.

Déjà vu, pour la troisième fois, pour le plaisir, par besoin d'un film connu.

Quand les changements informatiques courent après les changements réglementaires

J'assiste en ce moment au crash progressif mais régulier du système de santé français. Par système, je n'entends pas "principes", mais "informatique". Nous sommes en pleine régression, terme qui en informatique implique qu'après une mise à jour, les programmes fonctionnent moins bien qu'avant.

Un exemple: la mise en place du décret qui plafonne le remboursement autorisé sur les lunettes en fonction de la correction1.
Avant ce décret, la sécurité sociale vous remboursait entre six et dix euros, transmettait l'information de votre dépense à votre contrat de santé — si vous en aviez un (une "mutuelle", par abus de langage) — et vous étiez remboursé d'un complément selon le barème de votre contrat. Tout cela était automatique2 et prenait une dizaine de jours, ce qui permettait en payant par carte bleue d'être remboursé avant même d'être débité.
Depuis ce décret, les informations télétransmises par la sécurité sociale ne permettent plus de savoir dans quel cas de figure vous êtes (verres simples, complexes, très complexes). Il faut donc attendre le remboursement de la sécurité sociale sur votre compte en banque, puis envoyer facture et ordonnance à sa "mutuelle" (il est important d'attendre: si le gestionnaire de prestations reçoit vos justifs avant d'avoir reçu la notification de remboursement de la sécurité sociale, il risque de vous les renvoyer en vous disant que vos soins ne sont pas remboursés par la sécurité sociale et que donc il ne peut pas vous rembourser… De l'importance de ne pas "stresser le système": ne pas aller plus vite que la musique, attendre que chaque étape ait abouti.)
Cela signifie que l'on revient à un traitement manuel et non plus informatique. Or les entreprises qui gèrent les prestations n'ont pas le personnel suffisant pour gérer cet afflux de papiers, elles sont dimensionnées en comptant sur un fonctionnement normal de l'informatique. Nous assistons donc à une dégradation des durées de remboursement, à du mécontentement, à des cas parfois difficiles en cas de pensions de retraite minimales…
(Tout cela va rentrer dans l'ordre, bien sûr. Cela va prendre deux ou trois ans, le temps que les flux informatiques partant de la sécurité sociale soient mis à jour selon les nouvelles normes de façon à transmettre les données nécessaires.)


Tout ceci n'était qu'un préambule.
«Aujourd'hui […] s'est produit un miracle». L'Urssaf m'a téléphoné spontanément pour m'aider.
Evidemment, il doit lui manquer des milliers d'euros, ça motive. Je m'explique:

En tant que mutuelle, nous payons énormément de taxes, je veux dire des taxes nombreuses et variées (les assurances sont de gros collecteurs d'impôts, enfin, de "contributions indirectes", comme on dit à l'ENA (la différence, ce sont les poches destinatrices: l'Etat pour les impôts, divers organismes pour les contributions)). La taxe de solidarité additionnelle (TSA) est destinée à financer la CMU-C :
A ce titre, vous acquittez la taxe de solidarité additionnelle (TSA). La taxe doit être versée au plus tard le dernier jour du premier mois de chaque trimestre civil via un formulaire spécifique.
Une déclaration récapitulative annuelle doit être transmise avant le 30 juin de chaque année.
Ces documents doivent être transmis à l’Urssaf Ile-de-France avec copie au Fonds CMU.
En début d'année, nous avons été prévenus que cette taxe trimestrielle assise sur le chiffre d'affaires serait à déclarer en ligne (et à payer par virement, ce que nous faisions déjà).
En temps normal, c'est ma colaboratrice qui s'occupe des taxes. Elle n'avait toujours pas réussi à créer un compte en ligne avant que je parte une semaine en Espagne (8 avril). Elle partait ensuite en vacances pour trois semaines et à mon retour j'ai trouvé un mot sur mon bureau me disant que le compte n'était toujours pas créé.
Je n'avais pas envie de m'en occuper. J'ai complété la liasse fiscale et le dossier annuel à remettre à l'ACPR (date limite le 30 avril) sans m'occuper de la TSA, en me disant que nous pleurerions pour qu'on nous remette l'éventuelle pénalité si nous étions en retard par ma faute.
Mardi, j'ai ouvert le courrier en retard pour trouver une lettre de l'Urssaf disant qu'il y avait un report de date: nous avions jusqu'au 2 mai midi pour la déclaration: trop tard, nous étions le 3. Donc j'ai mis cette tâche de côté pour m'occuper des enveloppes T pour l'assemblée générale (et répondre au téléphone!)
Aujourd'hui (mercredi), l'Urssaf m'a appelée. Je résume ce que j'ai déduit de cet appel : personne n'avait réussi à se créer un compte et cette employée de l'Urssaf était en train de contacter une par une toutes les assurances de santé pour récupérer la taxe (pour vous donner une idée des enjeux: nous payons 72.000 euros de taxe trimestrielle pour 4,5 millions d'euros de chiffre d'affaires HT annuels, c'est-à-dire une très petite mutuelle (7500 personnes ouvrant droits)).

La suite est surtout destinée aux informaticiens. Je n'en suis pas une mais je sais que ce qui a été fait indique un gros bord** au niveau de la base de données: ce n'est pas le siret habituel de la mutuelle qui a été utilisé mais un siret particulier créé pour ce besoin précis, le compte utilisateur associé (ie le nom de ma collègue) n'est pas le compte utilisateur habituel, il a été doublonné en "CompteUtilisateur TSA" (ce qui signifie que la base a doublé de volume); bref, tout indique le développement informatique mené à la-va-vite n'importe comment (ce qui implique que nous allons en subir les conséquences pendant des années car l'informatique n'oublie rien et ne pardonne pas: si c'est fait de traviole, les effets pervers s'accumulent).

La dame de l'Urssaf a créé le compte à ma place et m'a donné un mot de passe provisoire à changer à la première connexion. La date limite de déclaration a été repoussée au 12 mai.
J'ai découvert à cette occasion qu'avec les derniers changements bancaires, je pouvais faire des virements de 72.000 euros vers l'extérieur toute seule sans les faire valider par personne.


Note
1 : Il est possible de ne pas appliquer ce plafonnement, c'est-à-dire ne pas être "contrat de santé responsable": dans ce cas les taxes s'élèvent à 13% au lieu de 7% (j'arrondis).
2 : Sauf pour certaines mutuelles qui tenaient absolument à avoir la facture: dans ce cas nous étions déjà dans le cas que je décris ci-après.

Santé

Ce matin ostéo, les voyages en avion ne m'ont pas fait du bien. Je suis stupéfaite qu'il se souvienne si bien de moi, bien que «je n'ai pas retrouvé votre fiche, elle devait être manuscrite et je ne l'avais pas rentrée sur ordinateur, je la chercherai plus tard». Y a-t-il une mémoire qui s'inscrit dans les mains, par le corps? (de même le kiné croisé ce matin, qui avait rééduqué mon doigt cassé (été 2012), qui me salue comme si nous nous étions quitté la veille).
J'ai toujours la même surprise, la même reconnaissance, quand on me soigne, quand on s'occupe de moi. Chaque fois je suis gênée de découvrir ce mouvement en moi. Suis-je à ce point assoiffée de soins?

A midi à la cafétéria je m'échauffe avec quelqu'un que je connais à peine, le collègue d'une rameuse, à qui j'explique le déremboursement des spécialistes de secteur 2 qui n'ont pas signé de contrat d'accès aux soins (voir ici p.12 et 13 pour les courageux: si votre mutuelle vous rembourse moins bien pour les spécialistes non CAS depuis janvier, ce n'est pas qu'elle ne veut pas vous rembourser mieux, c'est qu'elle ne peut pas, à moins d'accepter de payer 7 à 8% de taxe en plus).
«Oui, me dit-il, et en plus mon spécialiste me dit que bientôt nous ne serons plus libres d'aller voir qui nous voulons, il faudra aller dans des centres de soins choisis par les mutuelles.»
Mon sang ne fait qu'un tour. Je ne sais pas exactement de quoi il parle, y a-t-il vraiment des velléités de rendre une telle organisation obligatoire (il existe des réseaux ressemblant à cela, mais facultatifs), je pense à jaddo et à tous les blogueurs médecins généralistes qui appellent de leurs vœux des maisons de soins réunissant divers spécialistes…
— Oui enfin, ce qu'il est surtout en train de vous dire, c'est que pendant des années les spécialistes se sont alignés sur les remboursements des mutuelles («votre mutuelle vous rembourse 400€? Bon, je vous fais 400€ de dépassement. Ah, elle rembourse 600? Bon, alors ce sera 600») et maintenant ce temps-là est fini et c'est bien fait pour eux. Ce qui me fait m'étrangler dans mon café le matin, c'est quand j'entends à la radio que c'est la faute des mutuelles si la santé augmente. Autre chose: maintenant la loi oblige à présenter les remboursements des contrats de santé en "tout compris", sans distinguer la part de la sécu et la part du contrat, et vous savez quoi? Ça prépare simplement le désengagement de la sécurité sociale, elle va réduire sa part, les mutuelles seront obligées de compenser et d'augmenter leur tarif, et tout le monde va encore dire que les mutuelles se font du gras sur le dos des gens.
— Dites donc, ça vous énerve!
— Oui. Ce n'est pas tant que la sécu se désengage, mais qu'on ne soit pas clair, que l'Etat cache ces tours de passe-passe en faisant porter le chapeau aux mutuelles. Regardez par exemple: qui sait qu'elles paient une taxe pour que les généralistes aient pu passer à 23€? C'est elles qui portent ce poids-là, et personne ne le sait, c'est passé comme un succès des négociations professionnelles et une bonté de la sécurité sociale. En réalité, les mutuelles financent directement cette mesure et elles sont trop bêtes pour l'expliquer.

(Etc, etc. C'est vrai que ça m'énerve. Qu'on fasse ce qu'on veut, il faut bien trouver l'argent quelque part, mais qu'on dise la vérité, c'est agaçant à la fin.)

Spéculations

Aujourd'hui j'ai vu
Aujourd'hui j'ai vu un administrateur syndicaliste prôner l'assurance (chacun paie pour ses risques) contre la solidarité (chacun met la même somme dans le pot commun qui sert à tous en cas de besoin).
Ah. Et nous allons (nous risquons, mais comme il n'y a pas moyen de discuter, nous allons le laisser faire) sans doute passer de deux tarifs à seize (deux fois huit) pour une population de deux mille huit cents adhérents. (Soyons justes, c'est aussi une conséquence (enfin, une conséquence possible, pas inéluctable) des changements législatifs sur les contrats responsables et le panier de soins.)

Comment expliquer le ridicule d'une telle finesse pour des nombres si petits?
Cela ressemble à calculer Pi avec une précision de six décimales à partir d'une boîte de conserve, d'une ficelle et d'un double décimètre: entre la grosseur de la ficelle, la probabilité de ne pas avoir pris la circonférence circulaire (mais une patatoïde) ni le diamètre au milimètre près, deux décimales seraient une approximation raisonnable entre la grossièreté de la mesure et la précision du calcul (je suis quasi sûre d'avoir expliqué cela quelque part ici).
(En d'autres termes, il suffira d'une personne qui se casse la jambe pour déséquilibrer totalement le résultat technique d'une formule.)

La conclusion de ceci est assez simple : soit le conseil d'administration se lance dans cette folie et j'ai du travail pour longtemps à faire des petits tableaux sur Excel (j'aime bien), soit les employeurs jettent l'éponge et je vais devoir trouver un autre poste (enfin, tout cela à terme, cela va prendre du temps, un ou deux ans).

(Heureusement, concile d'Ephèse, christologie descendante, Nestorius et Cyrille).

Date butoir

J'ai fini deux heures plus tôt que l'année dernière, encore deux ans et je serai au point. (Le 30 avril est la date de remise de documents à l'autorité de tutelle, la grande méchante qui peut nous retirer notre agrément).

Le mois de mai va être compliqué.

Droit au souvenir

Conformément à la demande du CIL du groupe (correspondant informatique et libertés), nous épurons nos "dossiers papier", c'est-à-dire que nous jetons les lettres et justificatifs des personnes qui ont résilié ou sont décédées depuis plus de cinq ans (et nous classons dans cinq chemises les personnes sorties les cinq dernières années, afin de jeter directement leurs dossiers le moment venu).
Pour moi, c'est un crève-cœur; plus un papier est ancien et plus j'ai du mal à le jeter. Droit à l'oubli, droit à l'oubli… et le souvenir de nos morts, alors? Comment ne pas avoir l'impression de faire disparaître une deuxième fois cette dame morte dans les années 90, née à la fin du XIXe siècle? Ou la lettre de cette dame nous annonçant pudiquement "la mort de son ami depuis trente ans"?
(J'ai vu la bande-annonce d'Une belle fin: tout à fait le genre de métier que je ferais avec tendresse.)

Bref, j'ai conservé un acte de mariage que je vais ramener chez moi. Je n'ai pas envie de jeter cela:
Extrait d'acte de mariage
2002 / N°xx

Le xx juin 2002
à 16 heures 15 minutes
a été célébré à Ville (Département) le mariage :

de Jean X
né à xx (Gironde) le xx septembre 1920
fils de Jean xx et de Georgette xx

et de Jacqueline Z
née à xx (Doubs) le xx octobre 1924
fille de André xx et de Lucie xx
Depuis Monsieur est mort et Madame n'était pas sur le contrat.
Ma pensée vagabonde: s'agissait-il d'une tardive régularisation pour des raisons de protection patrimoniale ou d'un coup de foudre inattendu? Je ne sais pas. Je conserve.

Ruminations scolaires

Tôt le matin je me remets à ma fiche de lecture. Toujours des problèmes de méthode (ce que je fais s'apparente plutôt à des notes de lecture et c'est beaucoup trop long, je n'ai pas le temps de faire cela, il faut que je m'y prenne autrement — mais comment? (je note ici ces questions scolaires car je n'en reviens pas de les avoir encore — en fait je ne les ai jamais résolues). Vers cinq heures du matin, je décide de tailler dans le vif, de reconstituer la démonstration du volume et de laisser tomber le reste (ça devient très court, soudain!) en notant à part les définitions et les citations bibliques.
En cherchant des conseils de méthode sur Google, je trouve un petit livre de Sertillanges, La Vie intellectuelle, inspiré de seize préceptes de Thomas d'Aquin. Mon Dieu, du self-help français en 1921! (Ne pas trop lire, ne pas trop se spécialiser : de quoi me redonner le moral).

Journée comme les journées depuis le début de l'année: tout va mal. Tout s'est terriblement dégradé depuis septembre, les gens et l'informatique ont l'air de ne plus tenir le coup. C'est infernal, on s'emmêle dans les mêmes demandes formulées trois fois à trois semaines d'intervalles à trois personnes différentes, les adhérents s'énervent et il y a de quoi (jeudi, j'écris un mail au délégataire intitulé "JE CRAQUE." Je réussis à attirer leur attention.)

Tutorat encore. Sueurs froides: en voulant imprimer le document envoyé à ma tutrice vendredi matin d'un Starbuck (document terminé en catastrophe sur les genoux — je dois être la seule à synthétiser quelques chapitres d'Initiation à la pratique de la théologie dans un Starbuck à huit heures du mat' avant d'aller à un colloque de langues anciennes — cela me fait rire, j'éprouve une certaine fierté devant cette excentricité, mais en même temps cela me désespère d'être toujours aussi à la bourre, de ne jamais être aussi sérieuse que je le souhaiterais — mais d'un autre côté la proscratination… si j'avais du temps, ferais-je mieux? pas sûr), en voulant imprimer le document, donc, je découvre que mon mail ne contient pas de document attaché.
Mais si ma tutrice ne m'a rien dit, c'est qu'elle a estimé que vendredi, c'était trop tard, que j'aurais dû envoyer le doc jeudi… Je suis à la limite des larmes, morte de honte… si j'avais son téléphone je décommanderais le rendez-vous. D'un autre côté c'est absurde, c'est elle qui aurait dû décommander si elle trouvait que j'avais fait montre de trop de désinvolture en lui envoyant mes notes trop tard, et en outre en oubliant le document attaché…
La mort dans l'âme, j'y vais quand même, et il se trouvera qu'elle a bien reçu mes notes — je ne comprends pas comment est paramétré mon mail, pourquoi je n'ai pas vu de document attaché. Enfin qu'importe, elle se déclare satisfaite: «J'ai été contente de lire cela, vous avez bien avancé». J'en suis heureuse et intérieurement un peu interloquée: je n'ai fait que reprendre la démonstration d'Hervé Legrand, je n'ai même pas pris la peine de changer l'ordre des parties, et elle le sait puisqu'elle a apporté le livre. Je ne m'habituerai jamais au fait qu'on attende de nous de la restitution tout en nous proclamant qu'il nous faut produire «un travail personnel». Je le sais, je le sais, je le sais, mais j'ai un tel sentiment d'imposture et de plagiat quand je travaille ainsi que je m'imagine toujours qu'on attend autre chose.

Il est probable — je n'y avais pas pensé — que je vais pouvoir écrire quelques lignes sur cette différence qui me paraît essentielle, le bon et le bien («Vous pouvez mener une vie parfaitement morale sans amour». Ah mais oui, et mes héros préférés sont les amoraux pleins de bonté (non, ça je ne le mettrai pas dans ma dissert)).

Approbation des comptes

Je retouche les rapports à partir de quatre heures du matin, provoquant la colère de H. («Tu as décidé que je ne me levais pas assez tôt? Sympa!» (mais il a été exécrable tout le week-end)) qui prend sa voiture et part à Tours (c'était prévu, ne vous inquiétez pas!) Je pense aux innombrables fois où il a fait l'inverse: son accusation est tellement disproportionnée que je ne dis pas un mot (il s'excusera quelques heures plus tard).

Rapports dans l'urgence, pas trop de coquilles j'espère, les administrateurs que j'ai tenus au courant des délais serrés (de l'impossibilité d'envoyer les documents à l'avance) sont compréhensifs, tout est approuvé à l'unanimité. A deux heures la tension retombe.

Je pars tôt pour terminer la version latine à laquelle je n'ai pas eu le temps de toucher dans la semaine. (Samedi, Daniel me disait qu'il n'avait le temps de rien, à quoi je répondais que cela avait été si épouvantable quand les enfants étaient petits que tout me semblait facile désormais. Dommage que je n'ai rien noté de cette époque, est-ce que j'exagère mes souvenirs? Je ne le saurai jamais.)

Comité d'audit

Semaine de clôture des comptes, comme tous les ans à cette époque (enfin, nous avons trois semaines d'avance cette année). J'hésite à inscrire ces tâches qui reviennent, le jardinage, la clôture des comptes… J'hésite à écrire ces menus détails identiques année après année mais finalement… Finalement j'aime bien ce temps circulaire qui nous fait entrer dans l'éternité.

Comité d'audit l'après-midi, soit la réunion la plus intéressante de l'année: nous sommes six, discussion de spécialistes (cinq, pas moi!), j'essaie de retenir tout ce que je peux. Cela se termine à 18 heures, c'est un peux court pour prendre en compte les modifications décidées (montant des PSAP, reclassement de postes à postes, etc) dans tous les documents à valider pour l'approbation des comptes par le conseil d'administration lundi à 11 heures… Ce calendrier bien trop serré est dû à mes chers syndiqués/syndicalistes (je ne sais pas quel est le terme juste) qui cumulent tant de mandats qu'il est impossible de trouver une date pour les conseils d'administration, ils sont toujours en réunion (CE, CHSCT, DP de six entreprises différentes: allez donc trouver un créneau libre quand en outre il faut prendre en compte les vacances scolaires de toutes les zones…).
Très gentiment la commissaire aux comptes me dit de lui envoyer les rapports à relire ce week-end, à quoi je réponds «jamais le dimanche!»
Mais elle l'a fait si spontanément que je pense déjà à la façon de faire tenir ces documents dans ce week-end, entre la journée sur les Pastorales (épîtres pauliniennes), la soirée pour les vingt ans de G., l'aviron, les hortensias, le plan de dissert à préparer pour jeudi prochain…

Grrrr !!

A huit heures du matin, je découvre un mail du CAC qui a annoté minutieusement les deux rapports que j'ai envoyés mardi soir pour relecture et m'annonce benoitement que «ils avaient vu que les chiffres des plus-values latentes ne collaient pas, mais comme cela n'avait pas d'incidence comptable, ils n'avaient rien dit».

Hem. Certes. Mais cela a une incidence fiscale, les comptes doivent être approuvés en conseil d'administration lundi (le solde de l'IS se paie le 15 avril au plus tard), l'écart aurait pu m'être signalé il y a deux semaines (je me suis trompée de justif, j'ai pointé la valeur des plus-values à fin janvier et non pas fin décembre), et aujourd'hui j'étais en réunion toute l'après-midi. Agaçant.

Enfin bon, la réunion était avec mon préféré, un homme qui a un charmant défaut de prononciation, il sozote.

C'est toujours ça

Notre nouveau président du comité d'audit ressemble un peu à Mark Ruffalo.

Journée dans les chiffres

Absence qui tombait très mal. Ayant laissé la fièvre faire son œuvre, j'ai fini par prendre un doliprane vers six heures. Au matin plus de fièvre.

Journée dans les comptes jusqu'au cou pour préparer le comité d'audit de vendredi (vous aurez compris que je suis en train de faire de vous des experts en gouvernance des mutuelles 45).

Je calcule le fameux boni de liquidation et j'ai la surprise de voir arriver un mail de la CAC me disant qu'elle ne comprend pas ce que vient faire l'IS dans le calcul.
Trois possibilités: je n'ai rien compris (ce n'est pas si grave, après tout je ne suis ni comptable, ni fiscaliste, ni juriste, j'ai juste un diplôme vendeur) ou elle n'a rien compris (c'est plus ennuyant, elle est CAC, donc expert-comptable) ou, malgré tout le plus probable, en bonne tête de linotte qu'elle est (elle est plutôt évaporée pour une CAC, mais cela a tendance à me rassurer car je me reconnais dans le profil), elle n'a pas fait attention.

A suivre.

L'article 235 ter X du CGI (code général des impôts)

Préambule comptable : l'un des principes comptables est le "cut-off", qui prévoit de rattacher les charges et les produits (plus ou moins l'équivalent des dépenses et des recettes, pour ceux qui n'ont aucune notion comptable) à l'exercice de leur survenance. C'est ainsi que si vous recevez une facture annuelle qui court du 1er mai N au 30 avril N+1, vous êtes censé calculer prorata temporis la part qui revient à l'année N et celle qui revient à l'année N+1 (en supposant que votre exercice coïncide avec l'année civile) et utiliser des comptes comme "charges constatées d'avance" ou "produits à recevoir".

Spécificité de l'assurance: en assurance de biens et de santé, l'assureur règle des sinistres et des prestations. Comme à la fin d'un exercice N il n'a pas connaissance de tous les sinistres ou prestations qu'il aura à payer (si vous avez un accident ou une grippe le 31 décembre, l'assureur ne connaîtra le montant qu'il devra débourser qu'en janvier, au mieux) au titre de cet exercice N, il constitue une provision appelée PSAP (provision pour sinistres à payer) qui repose sur une évaluation statistique de ce qu'il devra payer en N+1 pour des sinistres survenus en N.
Evidemment, comme cela vient en charge, cela diminue le résultat, donc la base imposable. La tentation serait donc de gonfler les PSAP afin de diminuer le résultat et payer moins d'impôts.

Le législateur dans sa grand sagesse a donc institué "la taxe sur les boni de liquidation": s'il se trouve à la fin de de l'année N+1 (puis N+2, etc, car certains sinistres graves ne sont "clos" que des années plus tard, après consolidation médicale) que vous avez trop provisionné par rapport aux sinistres que vous avez réellement réglés au titre de l'année N, vous êtes en "boni": il y a eu excédent de provision, vous avez trop diminué votre résultat par rapport à votre besoin réel, vous n'avez pas payé tout l'IS (impôt sur les sociétés) que vous auriez dû, vous devez donc acquitter une taxe sur les boni.

Comme 2012 était la première année où les mutuelles 45 étaient soumises à l'IS, 2013 est la première année où elles sont soumises à la taxe sur les boni — si elles constatent un boni, ce qui est notre cas (pas étonnant vu la tradition "ceinture et bretelles" de la maison, mais passons).

Je retrousse donc mes manches, cherche la méthode de calcul et la lis une première fois:
La taxe est assise sur le montant de l'impôt sur les sociétés qui aurait dû être acquitté l'année de la constitution des provisions en l'absence d'excédent. Pour le calcul de cet impôt, les excédents des provisions réintégrés sont diminués, d'une part, d'une franchise égale, pour chaque excédent, à 3 % du montant de celui-ci et des règlements de sinistres effectués au cours de l'exercice par prélèvement sur la provision correspondante, d'autre part, des dotations complémentaires constituées à la clôture du même exercice en vue de faire face à l'aggravation du coût estimé des sinistres advenus au cours d'autres exercices antérieurs. Chaque excédent de provision, après application de la franchise, et chaque dotation complémentaire sont rattachés à l'exercice au titre duquel la provision initiale a été constituée. La taxe est calculée au taux de 0,40 % par mois écoulé depuis la constitution de la provision en faisant abstraction du nombre d'années correspondant au nombre d'exercices au titre desquels il n'était pas dû d'impôt sur les sociétés.

Article 235 ter X du CGI
Je l'ai relu une deuxième fois, j'ai souri, et effrayée, j'ai éteint mon ordinateur et je suis rentrée chez moi.

Rentrée

J'arrive tard au bureau (je me suis rendormie après avoir arrêté le réveil — cela ne m'arrive jamais). J'ai oublié mes clés, ma collègue ne revient que demain; en attendant que le pompier de service m'ouvre (il est sur un autre site, c'est les vacances, nous sommes en sous-effectif (je me in petto que c'est le moment de faire brûler un bâtiment), je m'installe dans un bureau vide avec le courrier de vendredi à ouvrir: combien de lettres, deux cents, cinq cents? L'aspect artisanal de tout cela est ridicule, mais je sais qu'il me manquera, de par sa désuétude même: adieu à un temps qui n'est plus de notre temps (tout cela devrait disparaître cette année: adieu les chèques, vive les prélèvements!). J'ouvre les lettres, les trie (six tas) en écoutant les podcasts de Thomas Römer (oui, la modernité a quelques avantages): histoire de l'épouse qui se fait passer pour une sœur, la seule histoire racontée trois fois dans le Pentateuque.

Au passage, je remarque un titre (je suis allée chercher la référence dans la bibliographie): Volkserzählungen aus Palästina, récits rassemblés par Schmidt et Kahle (si vous voulez écouter l'histoire tirée de ce recueil, allez à 44 mn 25. C'est très Mille et une Nuits/Borgès).

Message sur mon répondeur depuis jeudi: quarante deux.

Ida.
Je rachète un paquet de cigarettes en sortant, le premier depuis plus d'un an, je pense. Pas grave, je ne le finirai pas.
Je lis Harry Potter und die Kammer des Schreckens. Il me manque beaucoup de vocabulaire.

Chronique d'une mort annoncée

Réunion ce matin avec mes "Dalton" (dit aussi (intérieurement) "la bande des quatre": ils sont quatre administrateurs qui préparent les conseils d'administration devant moi (avec les chiffres que je leur fournis: moi je suis salariée de la mutuelle, pas élue)).

La mise à mort lente de cette structure vieillotte a été décidée de fait, même si tout le monde se regardait un peu gêné: une vieille dame de 1928, ce n'est pas si facile… Mais vraiment trop de contraintes et trop de frais pour un intérêt minime (les salariés se moquent d'avoir un contrat de santé ou une mutuelle, tout ce qu'ils veulent, c'est une complémentaire qui ne coûte rien et rembourse tout).

Alors dans deux semaines nous ne proposerons pas d'augmenter les cotisations, le résultat de décembre 2014 sera très vraisemblablement négatif, nous puiserons dans les réserves, et quand il n'y aura plus de réserves (dans cinq ans? dix ans?), nous liquiderons la structure.

A moins qu'il se passe quelque chose. Il se passe souvent quelque chose, il est rare qu'un plan se déroule comme prévu sur cinq ou dix ans.

2572

Le télépaiement était en carafe (serveur down?); pour le premier paiement d'IS de la longue vie de la mutuelle, je suis allée déposer un chèque à la trésorerie rue de Londres (oui, un peu loin de la Défense. Mais le siège social (qui n'est qu'une adresse sans bureau) n'est pas à la Défense (ce qui fait que le courrier officiel met deux semaines à nous parvenir — quand il nous parvient).
Il fallait accompagner le chèque d'un formulaire 2572, je l'ai rempli sur place en multipliant le montant du chèque par trois dans la case "base".
2572? Jamais entendu parler.

Le soir, grec. Je suis dans les choux. Puis Job. Décevant. Frustrant. Je suis fatiguée de ces analyses littéraires et historiques qui tournent autour des textes sans jamais (ou très peu) s'attacher au sens. Mais à quoi cela sert-il?
Ce que j'aime dans Job, c'est le pari avec le diable. Un pari entre Dieu et le diable: oui, la condition humaine pourrait résulter de cela, cela ne me surprendrait pas.
(«Pas le diable, le diable, c'est une création tardive. Faites attention, il faut lire le texte, ici Satan n'est qu'un invité parmi d'autres à la cour d'un grand roi».
Comprenez-vous ce que j'appelle frustrant? Je me fiche que ce soit le diable ou satan, ce qui m'intéresse, c'est le pari. Job a-t-il fait gagner Dieu? Ce n'est pas très net).
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