Billets qui ont 'photo' comme mot-clé.

Nanterre Préfecture

Je recherche des photos pour illustrer mon site. Je vais voir chez Patrick (la plupart sont fantastiques. Je ne vois pas toujours de quel lieu elles ont été prises) puis choisis celle-ci. Si ce choix est validé par les administrateurs, je demanderai quels sont les droits d'utilisation.


(Demain H. me dira que cette photo n'a aucun rapport avec notre activité et que c'est un choix non professionnel. J'ai donc finalement retenu tout autre chose.)


Mission Impossible 6, Fallout, avec H. à Bercy (17h30) : intéressant cette façon d'insister sur le fait que le fait de sauver un groupe ne justifie pas de tuer (ou laisser mourir) une seule personne. «Toute vie compte», on se croirait dans un vieux conte monachique.
Intéressant ou inquiétant également qu'il s'agisse de faire disparaître un tiers de l'humanité. Dans le dernier Avengers, il s'agissait d'une personne sur deux: serait-on en train de rappeler à tous (puisque ce sont des blockbusters destinés à un large public) qu'il ne faut pas céder à la tentation de détruire des vies sous prétexte de sauver la planète, ou de rendre meilleure la vie de ceux qui restent? En prenant le risque d'habituer les spectateurs à l'idée qu'un tiers ou la moitié de la population en moins ne serait finalement que le prix à payer pour une planète assainie (la vieille logique des sacrifices. Cela me rappelle la guerre de Trente ans: elle n'a rien changé mais a résolu le problème de surpopulation.)

Puis dîner chez Roberta, un restaurant très italien de Bercy.

M. Muscles lit

Je l'ai découvert en descendant l'escalier de la station Esplanade de la Défense, il s'éloignait devant moi et j'ai eu envie de rire: incroyable, il devait sortir d'un album de Tom of Finland, il n'y avait pas d'autre explication possible.
J'ai essayé de le rattrapper dans le but de prendre une photo, impossible qu'on se rende compte, sans cela. Une rame de métro arrivait, il continuait à marcher, il est remonté le plus possible, ce que je fais aussi (puisque je sors à Châtelet pour prendre la 14, pour ceux qui connaissent la correspondance).

La rame était étonnamment vide, j'ai pu prendre une photo de ma place, non pas sans inquiéter chemise rouge à carreaux qui s'est levé et déplacé.





Il tenait son livre d'une façon que je déteste, la couverture repliée à l'envers sous le volume et l'annotait au stylobille.

Il est descendu à Châtelet, comme moi, j'ai enfin pu prendre deux photos et surtout lire le titre du livre: Un roi sans divertissement.





Il a pris l'escalator devant moi puis la ligne 14 comme moi. Quand la rame est arrivée il est entré deux portes plus loin — ou pas: je ne l'ai plus vu.

Coulera, coulera pas ?

J'ai vu arriver cette péniche de loin en traversant le pont de Neuilly. Interloquée, je me suis arrêtée sur la rive pour la voir passer. J'ai pris des photos pour vérifier que la photo montrait la même chose que ce que je voyais (non, ce n'est pas toujours le cas, avec la déformation des lentilles. Reste à savoir qui de l'œil ou de la photo rend mieux compte de la "réalité". C'est un autre débat.)





Chez le charcutier



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Hélène Cixous, Homère est morte…

Ligne 4 vers neuf heures et quart.


Transports

Encore des problèmes, cette fois-ci sur la ligne 1.

Et donc je n'ai pas réussi à atteindre la bibliothèque Melville avant la fermeture. C'est ennuyant, parce que je devais rendre L'Eglise de Congar pour lequel j'ai un retard de plusieurs jours. J'ai oublié de le prolonger à temps (par internet), dérogeant à ma règle "faire tout de suite ce à quoi on pense", sans se dire "j'y penserai plus tard": la preuve, on n'y pense pas.
Bon, on verra mardi. Ou jeudi (oulipo). (TGB et Melville sont sur la même ligne, la 14 (pour les non-Parisiens)).

Nana d'Emile Zola

Ligne 1 vers 17h45.
Elle arrivait aux dernières pages et semblait captivée. Il y avait en elle je ne sais quoi de Scarlett Johansson.




Agenda
Double canoë avec une jeune femme qui aurait ramé un an à l'université. Quand je vois son niveau, je me dis que l'aviron a vraiment beaucoup compté dans ma vie, ou que j'ai eu vraiment un bon entraîneur (mais les deux vont ensemble) (je veux dire que je ne m'attendais pas à ce qu'elle ait TOUT oublié, même la façon de monter dans le bateau. Tandis que moi, mes quinze ou vingt ans d'arrêt m'ont plutôt permis d'affiner mon coup de rame; en remontant en bateau je ramais mieux que quand j'avais arrêté, capitalisant tout ce que j'avais appris par ailleurs pendant vingt ans (car tout(e expérience) sert à tout(e activité), les frontières sont poreuses, mais je ne vais pas développer ce point de vue maintenant)).
Je passe à la bibliothèque (traversée du jardin du Palais Royal, le théâtre provisoire est en cours de démontage) rendre la saison 1 de Twin peaks et prendre les DVD 2 et 3 de la saison 2. Il fait beau. Vélib jusqu'au Marais.

Willy et Colette - Claudine à Paris

Matin, RER A vers la Défense.


Agenda

- encadrement de débutants à midi. Toujours peur d'être considérée trop sèche, j'ai peur de faire peur.

- bu du lait salé turc au Libanais où je mange ensuite. Comme du yaourt bulgare nature très liqueide et très salé. Est-ce cela qui m'a assommée? En tout cas c'est très nourrissant.

- fini de pointer les deux portefeuilles de titres. (Suivi artisanal sur Excel : comme il y a eu des dizaines de ventes et d'achats pour des plus-values de 1,08 euro et des erreurs de la banque, c'est la troisième fois que je m'y attelais.) Quelle galère pour pas grand chose. Mais c'est un peu comme le farming, on est content parce qu'on arrive au bout et que c'est gratifiant.

- C'est la rentrée, les gens sont pleins de bonnes résolutions et ils lisent : Stevenson et son âne le matin (le jour se lève, 7h15), Sanctuaire le soir (grand soleil, 18h30).

La nausée de Jean-Paul Sartre

Ligne D gare de Lyon, 23h14 ce soir donc hier, train pour Juvisy supprimé.

Mycènes

Je me réveille tôt (toujours le syndrôme «papa, on va au zoo») et de la terrasse je regarde le soleil se lever.





Je songe à "Your Bassae better be good", pourvu que je puisse aller à Bassae, je ne sais plus d'où viens cette phrase, Journal de Travers? Je n'ai rien préparé, rien lu, j'ai amené un Guide bleu de 1985, j'ai envie de tout voir ou de ne rien faire, ça m'est égal. J'avance dans L'Idiot.

Petit déjeuner. Avant de partir, j'ai découvert Gravity Glue sur FB, et hier sur la plage j'ai ramassé sept galets.
Et donc au petit déjeuner j'ai commencé à essayer. (Les deux du dessus sur la photo des trois sont très difficiles à placer. Ils ne sont pas sur le tas à cinq.)





Nous partons pour Mycènes, en nous perdant un peu (il n'y a pas beaucoup de routes donc il est difficile de se perdre beaucoup — en revanche nous ne comprenons pas toujours les panneaux car nous ne lisons pas couramment).

Mycènes, tombe de Clytemnestre, palais d'Agamemnon. Les mineurs et les étudiants ne paient pas (ce sera ainsi tout le voyage).

C'est grandiose et c'est peu de choses : des pierres, des blocs de pierre. Il faut venir avec son imagination, ses rêves, ses lectures. C'est tout de même très étrange de se dire qu'ici se tenait le palais d'Agamemnon. Electre a toujours été mon mythe préféré (dans quelle mesure Oreste a-t-il inspiré Hamlet?)

La signalisation grecque est très légère, quelques tables de pierre qui expliquent quoi est quoi, voilà tout. Le guide indiquait qu'il fallait se munir d'une lampe de poche pour descendre au fond de la citerne, mais aujourd'hui tout le monde a son portable.
L'entrée est discrètement signalée; je sais, toujours par le guide, que la descente est périlleuse. Nous ne sommes pas très nombreux, cependant une file ininterrompue descend à tâtons l'escalier inégal taillé dans la roche. Pas de rampe ou corde à laquelle se tenir, des murs humides, pas d'indication sur la profondeur du tunnel, c'est long, un peu angoissant (si quelqu'un tombe, tous tombent). Nous rions en entendant une jeune Américaine qui remonte grommeler «ils pourraient mettre un panneau: descente inutile, il n'y a rien à voir»: comme je le disais, si l'on ne se donne pas la peine d'imaginer les esclaves descendant chercher de l'eau, les flambeaux dans la paroi, ou le système de poulie permettant de remonter l'eau, ou que sais-je encore, il n'y a pas grand-chose à voir, c'est exact, l'eau étant désormais pompée à la source pour descendre dans la vallée (nous le verrons plus tard).
Au retour, presque à la sortie, je me permets de dire à des parents d'une petite fille de six ans que la descente est dangereuse.

Musée (maquette du site: toujours commencer par le musée, cela permet d'avoir une idée du site en 3D), boutique de souvenirs (j'achète des boucles d'oreille sur le site d'Agamemnon et de Clytemnestre, je ne peux me lasser de ces noms.)

Repas au village, sans grand intérêt mais surtout très lent, ce qui finit par nous agacer. Je sors mes galets et nous tâchons de faire passer le temps sur le mode d'«inner peace» de Kung Fu Panda II. D'autres bien évidemment se moquent de moi:





Nous rentrons vers trois ou quatre heures en roulant le long de la côté très découpée. H. cherche Corfou (le port). Les enfants chantent des chansons scoutes et des hymnes de Naheulbeuk.

Sieste, piscine, mer. Je me fais enguirlander au prétexte que je suis partie trop longtemps nager sans doute à un endroit interdit. (En tout cas j'ai eu peur en sortant de l'eau à l'extrêmité de la plage: nombreux oursins visibles à travers l'eau limpide).

Retour

Moules marinières à Treveneuc avec toute la famille (les familles) et les amis qui ne sont pas encore repartis.




Je regarde ce petit monde en me souvenant de tout ce qui les a secoués depuis quinze ans.
La fille du marié que j'ai connue à huit ans vend des crêpes à New York avec son ami portugais. Elle l'a rencontré en Bretagne quand il est venu apprendre à faire des crêpes pour ouvrir son restaurant. Ah.

Retour en TGV. Le tronçon Rennes-Le Mans est fermé, nous passons par Nantes.
Violents orages.

Les amies de la mariée

La mariée avait des amies, le marié de la famille.

Les cousins

Il manque le plus jeune: du fait de ses frasques récentes, il s'est éclipsé tôt.

Nohant - St Cirq Lapopie

Nous partons un peu tard. Nous passons par Nohant, mais trop tôt en revanche : tout est fermé. Nous allons voir les arbres, les tombes. Je passe un peu de temps dans la librairie où je photographie deux photographies de Nadar (1886): Gabrielle Sand et Aurore Loth Sand.





Nous allons voir l'église de Vic (et le monument aux morts).

Nous descendons par le centre de la France, déjeunons à Tulle. Il fait gris, la campagne est belle, mélancolique. Plus nous avançons, plus notre heure d'arrivée s'éloigne. Nous nous perdons, il n'y a plus de connexion pour suivre Waze, nous prenons un piéton sur cinq cent mètres, trempé comme une soupe, il pleut violemment.
Vers cinq heures, nous abandonnons et reprenons l'autoroute afin d'arriver à l'heure au camping de St Cirq Lapopie où nous avons rendez-vous avec la famille et les mariés.

Le gîte est le long du Lot, rive gauche, accessible par une route minuscule. C'est loin de tout. Finalement nous sommes presque en avance : les organisateurs ont beaucoup de retard. Les différents cousins ont pris des mobile-homes dans le camping: dommage que nous n'étions pas au courant, nous en aurions fait autant. Tant pis.
Présentation à la famille de la mariée, je confonds tous les noms et tous les visages. Je suis contente d'être là. J'aurais dû obliger les enfants à venir (mais le coût n'aurait pas été le même).

Photos de charme

Peu de choses aujourd'hui. Il ne faut jamais, JAMAIS, écrire à ses clients. J'ai répondu au téléphone, à des questions idiotes (des questions qui n'en étaient pas), une grande partie de la journée. («— Sur le papier il y a écrit qu'il faut payer en deux chèques. Est-ce qu'il faut payer en deux chèques? — oui.» Silence. Je ne dis plus rien. «Ah. Ah bon. Excusez-moi de vous avoir dérangée.») Je deviens folle comme une vache exaspérée par des moucherons. (Et je suis seule, ma collègue est en vacances).

Alors pour ne pas rester sur cette note morose je vous propose deux photos de mes archives, prises il me semble sur le boulevard Saint Germain en juin dernier, alors que nous efforcions d'arriver à la librairie polonaise avant l'heure de fermeture.




Engouement pour La Rabouilleuse

Deux matins de suite dans le RER A : le 12 février en Pléiade, le 13 en folio chiffonné.


        

De fil en aiguille

Parce que je ne suis plus chez FB, Ruth s'inquiétait, et donc je lui ai donné l'adresse de ce blog. Elle a trouvé la catégorie "Etats-Unis 2012", qui en fait ne contient pas tous les billets à propos du voyage: elle ne contient que les billets relus et terminés.

En pensant à Ruth qui ne lit pas le français, j'ai donc passé une partie du week-end à alléger mes photos (beaucoup trop lourdes à l'affichage), à en ajouter quelques-unes et à espérer finir les deux billets manquants (concernant Washington). Mais je n'ai toujours pas fini, et c'était une erreur, car je suis en retard sur des choses beaucoup plus importantes. Enfin, ce qui est fait est fait.

La réalité dépasse la fiction

Il y a quelques années, j'avais mis une demi-minute à comprendre l'absurdité d'un article de journal parlant de "graines de bonsaï" un premier avril…

… ce qui fait que j'ai soigneusement photographié ces paquets de graines à Amsterdam, attendant mon heure.


Platon : Le Phédon




Ligne A vers la Défense, autour de 8 heures. Notez que le livre est déjà bien avancé. Poche, collection Garnier Flammarion.

Graffiti

Dans les toilettes du sixième étage, celles de la bibliothèque de théologie, un unique graffiti au feutre. (C'est un peu flou, mais le jaune du mur ne permettait pas l'utilisation du flash dans un endroit si étroit.)


D'autres langues que la mienne

Sostiene Pereira.
Ligne 12, lundi 17h25.
J'ai aimé cet homme qui m'a semblé être Pereira en train de lire Pereira.




RER D, lundi 7h12. Je n'ai pas compris le titre. De Victor Hugo, deniz işçileri.




D'après Google, ce sont les Travailleurs de la mer.

Quelques photos américaines autour de l'aviron

Aux Etats-Unis, j'ai été surprise d'avoir autant d'occasion de photographier des objets en rapport avec l'aviron. Est-ce une caractéristique de la Nouvelle Angleterre, qu'en est-il en vieille Angleterre?


A Mystic Seaport, il y avait cette affiche dans la cabane qui permettait de louer des barques :




Dans le "hall of Fame" etaient exposés de nombreux objets autour de l'aviron et l'histoire de l'aviron (dont un skiff suspendu au plafond).
J'ai pris la photo d'un porte-voix impressionnant et d'une affiche imaginant l'aviron du futur:







Sur les murs de Washington, j'ai trouvé une affiche à deux pas du bâtiment des archives, il me semble. Je n'ai pas bien compris à quelle manifestation ou quel musée cette affiche faisait référence:




Enfin, à Philadelphie, je n'ai pas pris de photo du bassin ou de rameurs, mais au petit déjeuner, le jour de notre départ, j'ai photographié une photographie sur les murs du fast-food:




L'aviron est une activité importante à Philadelphie, on trouve au musée de la ville des tableaux d'Eakins sur le sujet.

Mon nouveau bureau

Il est au dernier étage d'un cube, vitré sur deux côtés, est et sud. Il est très lumineux, même par temps de pluie. Et j'ai vue sur la tour Eiffel et un petit morceau de Seine. (Sur la photo, une péniche passe. L'eau est aussi verte que les arbres.)




Dans les toilettes, le novlangue fait rage. J'ai l'intention d'enlever discètement cette affiche et de la remplacer par le numéro de téléphone seul.




Le rez de chaussée (rez de dalle, comme on dit) est au quatrième étage. Je retrouve au premier étage la bibliothèque de 1996. J'y avais emprunté mon dernier Bradbury (La solitude est un cercueil de verre), Madame Bovary et Cervantès en cassettes audio, et découvert Lawrence Block.
J'ai vérifié: Le fil de l'horizon est disponible (introuvable en librairie malgré la mort de Tabucchi). J'ai emprunté le journal de Kafka parce qu'il était placé devant les livres trop serrés sur l'étagère pour lui laisser de la place et l'édition 1972, la première, du Seigneur des Anneaux chez Bourgois, plus confortable à lire que les livres de poche.

J'aime beaucoup les bibliothèques. Je réfléchissais qu'à une époque, c'était finalement le moyen le plus sûr de trouver les livres épuisés.

Ecole des Beaux-Arts

14 rue Bonaparte. Nous traversons la cour, nous entrons dans le bâtiment.

Nous sommes venus voir l'exposition minimaliste de Naoki : «je n'ai pas osé faire trop de pub, car c'est très pauvre, j'ai voulu que cela ressemble à des choses jetées là».

Couverture de survie, imprimée, jetée à l'envers:



I am as much connected to the world as the lizard: sitting still in a high tower, is ther someone else human I sense not, I am still a spot on the floor evident. To spot a lizard and cause a disturbance will not affect presence
I. Rid your mind of all thoughts
2. Reject all dogmas
3. Determine needs




Au centre du bâtiment, une vaste cour intérieure couverte d'une verrière (destinée à protéger les statues autrefois entreposées là). Les murs sont repeints en ocre avec des décors de feuillages ou de fruits dans le style palais italien. C'est magnifique de fraîcheur et de surprise.

Dimanche

Jour de fête du club. Je ne participe pas, je vais juste pique-niquer le midi, le temps de photographier un T-shirt.



Après-midi en salle de sport. Je tente de l'inédit, cardio, sauna, cardio; à ma grande surprise le cœur bat plus lentement (ou plutôt il reste stable sans monter) lors de la seconde série (après la demi-heure de sauna) alors que j'avais mis un niveau de difficulté plus élevé (c'est l'intérêt des machines: elles mesurent (ce qui me donne envie de faire des expériences, on ne se refait pas)).

Rangement (enfin).

Deux films de L'inspecteur Harry en bloguant ou mettant de l'ordre dans mon ordinateur. Cela fait un mois que j'attendais ça.

Planté des graines de volubilis. Je fais un trou, me bats contre les pierres, m'étonne qu'une pousse réussisse à percer cette terre collante et me demande quel instinct pousse les plantes "vers le haut" (Oui, je sais, la pesanteur (la pression, me dit H., qui croît au carré de de la distance: moins de pression vers le haut)), mais tout de même, c'est magique.

A fronts renversés (une fois de plus)

Quand je suis entrée en hypokhâgne, je venais d'un bac C, d'une famille de matheux. Un ami de mes parents s'était exclamé spontanément en apprenant ce que j'allais faire l'année suivante: «Quelle déchéance!».
Quelques semaines plus tard, je regardais muette une de mes camarades de classe (l'une des plus sottes (ce qui est peut-être une explication, je m'en avise)) dire gravement: «N'oublions pas que nous sommes l'élite de la France».

J'ai l'impression de revivre la même situation. Entourée en temps normal de philosophes m'assurant que seule la philosophie conduit à la vérité et qu'entre foi et superstition l'écart n'existe pas (cf. Leo Strauss), je me retrouve dans une salle où chacun semble persuadé que le théologien est "mieux" que le philosophe.

Bon.

(Jean-Luc Marion parle de: urgence kérygmatique // délai herméneutique. Ça me plaît.)



(Front renversé encore: débat entre un théologien et un philosophe, c'est le philosophe qui est prêtre).

Un Allemand à la maison

«Félix voudrait regarder Chelsea-Bayern de Munich.»

Et c'est ainsi que vous vous retrouvez avec un peu de surprise avec un ado hystérique devant un écran internet. (Ado tout à fait posé par ailleurs, le foot provoque d'étranges réactions.)

Mais le pompon, c'est de découvrir cette photo, dont j'ai cru qu'elle était un montage:



Je me demande si Hollande préfère le rugby.

(Autre titre possible: "Humain, trop humain". Mais c'est plutôt rassurant.)

Ce n'est pas ce que vous croyez

1/ "D'apparence musulmane", assise à côté de moi ce matin.


Fier d'être arabe et chrétien


2/ Je m'assois sur le lit d'un inconnu après y avoir déposé quelques billets.


(Je viens de trouver chez un libraire "à domicile" un texte de RC que je ne qualifierai pas de rare mais d'inconnu.)

Dans le TGV

Ma voisine en face finissait Pynchon («Ah? Il y en a qui finissent Pynchon?)






celle à côté de moi lisait Le Crabe aux pinces d'or en chinois, dans un format présentant deux cases côte-à-côte par page (??!):




(J'ai donc pu remarquer que le chinois ne se lisait pas comme les mangas, en partant de la "fin" (ou alors la mise en page d'Hergé est aussi étrange pour un Chinois que celle d'un manga pour un Français).

Fortitude

J'ai découvert ces photos grâce à l'un de mes blogs favoris.

J'ai mis un moment à comprendre de quoi il s'agissait.
C'est merveilleux. Terrible et merveilleux. If… de Kipling à l'échelle d'un peuple.


Cela me rappelle quelque chose qui m'a touchée dans La Colline aux coquelicots: l'évocation simple, sans commentaire, d'un père disparu à la guerre, d'une mère morte des radiations nucléaires. Aucun commentaire, ces événements ne nécessitent ni explication, ni regret exprimé, ni compassion visible. Il faut vivre, prendre des décisions, continuer. La compassion s'exprime par des actes et non des mots. L'action se déroule en 1963, le pays prépare les jeux olympiques de 1964.

Les essais de Michel de Montaigne

Vendredi (hier), quai de la ligne 1 à La Défense.

C'était un vieux livre de poche à la tranche verte. Comme il était couvert d'un papier blanc, il m'a fallu m'approcher pour lire le titre en haut de page, qui était indiqué exactement ainsi: Les Essais de Michel de Montaigne.



Cours familier de philosophie politique

Pierre Manent, métro ligne 1, hier soir.


Anna Karenina en turc




Vendredi soir, après les cruchons
Je l'observais, il était à soixante ou cent pages de la fin. J'étais inquiète pour lui, de ce qu'il allait lire.

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Vendredi soir, en allant aux cruchons, dans un des nouveaux wagons du RER B (je le note, ça fera un point de repère quand nous nous demanderons: «Mais quand donc la ligne B a-t-elle changé de wagons? Tu te rappelles, les wagons sales à lumière jaune?»)

Donc voilà, la lumière est blanche.

Quelques instants plus tard, cet homme s'est mis à rire tandis qu'il avançait dans les dernières pages du Dernier Restaurant avant la fin du monde, deuxième tome de la série de Douglas Adams.



1984

Quai du RER D aux Halles hier soir.



Lecture avec dictionnaire

Question : comment utiliser un dictionnaire quand on n'a pas l'habitude des caractères utilisés, qu'on n'a aucune idée de l'ordre dans lesquels ils seront classés, quand on parvient à grand peine à les différencier ?


Ligne 14 entre les Halles et Madeleine peu avant midi, assise en face de moi :



La famille

Nous fêtons les soixante-dix ans de mon oncle (le frère de mon père). Avant le départ, je fais réviser l'arbre généalogique (j'ai une fille qui confond les deux (les quatre) côtés de la famille, ce qui met ma mère en transes, elle qui a une conception très possessive de la famille (tous les défauts génétiques viennent des autres branches que la sienne): donc je fais réviser pour éviter les incidents diplomatiques).

— A., la petite blonde ?
— Tu sais, des petites blondes, ce n'est pas ce qui va manquer.

Depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, quatre enfants sont nés. Tous blonds. Les yeux bleus sont plus aléatoires.


Les souvenirs m'assaillent. J'ai été très malheureuse de quitter le Maroc à huit ans, et mes parents m'avaient promis que nous retournerions à Agadir aux grandes vacances suivantes. Nous nous mîmes en route... et nous nous arrêtâmes chez mon oncle, dans l'Aveyron.
Je n'ai jamais su si c'était prémédité, si l'on m'avait menti, en d'autres termes; ou si réellement mon père était trop las pour continuer jusqu'à Agadir.

J'errais dans la maison de mon oncle, en chantier, dont seul le rez-de-chaussée était habitable, avec ma tante si fantaisiste qui venait d'avoir un quatrième bébé, j'étais triste, je lisais ce qui me tombait sous la main, je ne sais plus comment je m'occupais, j'avais trois ans de plus que le plus âgé de mes cousins et c'était un monde, surtout que je lisais depuis longtemps.


Cette tante divorcée est de nouveau présente, à la mode de ces familles recomposées dans lesquelles les deuxièmes épouses acceptent les premières, ce que je n'ai jamais compris et ne comprendrai jamais, mais ce qui me réjouit et me console, car j'avais bien cru ne pas revoir, ne jamais revoir cette tante par alliance, puisque cette alliance était brisée.


Tandis que je discutais avec un cousin adepte de «Le passé est le passé», je pensais «Un homme qui dort tient en cercle autour de lui» et je prenais soudain conscience que je n'avais pas besoin, je n'avais jamais eu besoin, de dormir pour cela: tout (enfin, tout ce que je n'ai pas oublié) est toujours en cercle autour de moi, sans profondeur, immédiatement présent. J'ai toujours pensé qu'il en était ainsi pour chacun, et que cette affirmation de rejeter loin les souvenirs n'étaient qu'une pose ou un vœu pieux — mais finalement, peut-être pas. Comment savoir?


Nabokov dans la Pléiade

La photographie du jour est dédiée à Dominique, qui m'a envoyé une page du Nouvel Obs circa 1999 donnant toutes les indications pour s'habiller en Nabokov chasseur de papillons (pour agrandir le document, agrandir la taille des caractères).


Ce jeune homme lisait à trente ou quarante centimètres de moi, debout dans le RER A (la photo est prise de trop près).
J'ai eu du mal à identifier le livre, son index s'étant déplacé sur le titre au mauvais moment (Roi, dame, valet, ai-je fini par déchiffer en haut de la page 176. Le volume avait été débarrassé de sa couverture protectrice en plastique).





Pour la peine je crée une nouvelle catégorie.

(Plus tard, dans le RER D, l'homme à ma droite commençait La Dame de Montsoreau en folio (j'ai eu du mal à identifier le livre car il lisait la préface). Je me suis dit que cela ferait trop de photos pour une journée (et puis j'étais mal placée)).

Volubilis

A Berlin, le musée Emil Nolde vendait des graines des fleurs du jardin du peintre. J'en ai rapporté à ma mère et j'en ai planté.

Ça me fait plaisir de les voir matin et soir.


Sortie en skiff

Sortie en skiff aujourd'hui, pour la première fois depuis... (1982?) Je pensais en riant intérieurement que le garçon qui m'aidait à descendre mon bateau ne devait pas être né quand j'ai ramé en skiff pour la dernière fois.

J'avais oublié combien ce bateau est léger. Une plume.

Mon bateau de prédilection était le double-scull, mais après une saison, René m'avait passée au skiff. Je me souviens qu'à Montsoreau, je me suis retournée quinze mètres après le départ de la course. J'avais visité le château avant la course. Ai-je lu Dumas avant ou après? Plutôt avant.

Nous ramions le long de la Loire, les week-ends se passaient en déplacement pour les compétitions, Montsoreau, Laval, Chatellerault, je connais les villes par leur bassin (ou plutôt je m'en souviens quand je les traverse en voiture) (et je me souviens que j'ai appris l'élection de Mitterrand assise sur un seau dans le hangar à bateaux où j'attendais mes parents un dimanche soir).

Nos bateaux avaient des noms de châteaux, Chenonceau et Chambord pour les deux yolettes, Cheverny, Ménars, Talcy, Château-Gonthier, combien de fois plus tard ai-je reconnu des noms en passant par hasard dans des villages de Sologne et de Beauce. Ô saisons, ô châteaux.

A Blois, les sorties les plus longues nous menaient devant le château de Ménars. Personne n'imagine la beauté de la Loire à l'automne dans le froid et le soleil couchant.

L'éducation sentimentale

RER A, ce matin en face de moi.

Pour Patrick qui ne voit jamais de lecteur (ce sont les vacances, ce n'est pas une lecture imposée).


Souku, affolantes et détresse.

Souku : c'est ce que j'ai entendu. Il s'agit en fait de "sous-cul", épaisseur de mousse taillée en forme du siège de coulisse afin d'amortir la dureté du bois. Le club qui organisait la randonnée en a offert un à chaque participant.





Affolantes : ce sont les magnifiques maisons qui bordent la vallée de la Seine en amont de Melun. Elles ont été construites par de riches industriels à la fin du XIXe siècle, elles étaient souvent destinées à leur maîtresse.


Détresse : rien à faire, je n'ai pas beaucoup de points communs avec un groupe, même si c'est l'aviron qui nous réunit. Ma crainte, c'est le mot que je vais prononcer qui va provoquer un blanc dans la conversation. Je reste sidérée de constater combien nous avons tous besoin de parler de nous-mêmes, avant tout. Il me semble que ce besoin croît avec l'âge.

Brûlée

Héricy - Moret-sur-Loing aura été plus difficile que Venise, finalement.
J'ai les jambes brûlées.


La Seine le soir :



Demain je vous expliquerai peut-être ce qu'est un souku, mais pas maintenant, je m'endors.

Apéritif

Un bateau avait le cidre, un autre les verres, le troisième les chips.
Il fallait être motivé car vous constaterez que ce genre d'embarcation n'est pas propice aux rapprochements.


La librairie "Le Bal des ardents"

Rue neuve à Lyon, entre les Cordeliers et l'hôtel de ville.


L'entrée :



Un jour je me déciderai à utiliser un appareil photo (mais alors je n'aurai plus d'excuse pour faire d'aussi mauvaises photographies).

Au-delà de l'aspect pittoresque (de l'entrée et des salles voûtées, du présentoir de cartes postales Plonk et re-Plonk), c'est une vraie librairie, c'est-à-dire soucieuse de son fond, ne se laissant pas déborder par les nouveautés et les offices.

Déco

Dans ma cuisine, il n'y a pas de calendrier de pdblogeurs, mais un calendrier de rameurs (à l'origine cela devait être un cadeau de Noël, mais il est arrivé en mars, j'ai donc décidé de le garder).


Peut-on se garer sur les places de livraison à Paris ?

Un billet un peu comme le billet sur la TVA : pour rendre service.


J'avoue qu'il m'a fallu un peu de temps pour trouver la différence entre les deux photos.


liens

  • Japon
Semaine Japonaise à l'ENS du 26 au 29 avril 2011. (Attention, certains ateliers nécessitent de s'inscrire au préalable.)




- des bateaux
- une analyse des risques de catastrophes naturelles au Japon publiées en mars 2010. (Traditionnellement quand il s'agit de prospectives je recommande les analyses des sociétés de réassurance (l'assurance cherche à ne pas perdre d'argent, et non à en gagner: elle n'a pas la même vision du risque)).
- la fission.

  • un lien geek
histoire et actualité des jeux vidéos.

  • divers
- un rapport sur la prostitution
- un récapitulatif des meilleurs blogs économiques (anglais)
- Isidore, plateforme des sciences humaines et sociales du CNRS
- des documents sur Lacan
- les Cantos de Pound.

*dessins
œuf dur, la disparition des télécommandes, addict au feutre, fromage bleu, cœur.

Vie quotidienne #resistance

Prendre des photos, c'est maintenir à distance, c'est éviter de se laisser envahir.

L'homme de chez Lanvin





Une affichette précise le prix des différents vêtements et assessoires (la rose autour de la cheville est un tour du cou). Les prix vont de deux cents à cinq cents euros (de mémoire, c'est l'ordre de grandeur).

La dernière ligne indique Caleçon en soie sur mesure et comme prix Nous consulter.

Deleuze

Le livre posé à côté d'elle, c'est Mille Plateaux, emprunté à la bibliothèque.


Orlando furioso

Le décor m'a fait penser à cette photo prise de la vitrine de Baccarat place de la Madeleine en 2009 .



Oui les décors ressemblaient à cela, miroirs et noir et blanc, en plus sombres. Costumes dans toutes les nuances du gris au noir. Ce matin au réveil j'ai compris que cette mise en scène était vraiment fatigante: difficulté à identifier les différents personnages. Confusion volontairement entretenue? J'aimerais en être persuadée.

Pour le reste (l'essentiel, malgré tout), un pur enchantement.
Je recopie le commentaire de Philippe[s]: «De retour d'Orlando furioso : distribution, orchestre et direction remarquables à tous points de vue, mise en scène sombre et confuse (avec quelques belles images et un deuxième acte plus réussi).»

Variations

Un peu trop de sujets pour que je me souvienne: Zarka, Gauchet, Parsifal à Bruxelles, les Cahiers du cinéma (mieux vaut être maoïste que tiède, il reste au moins quelques illuminations), Balibar et Jean-Marc Ferry, le long orgasme inatteignable de Tristan, le café "La jetée" à Tokyo, quel est votre Hitchcock préféré (euh...), Balzac/Flaubert/Proust/Joyce et même Céline, FB unique pour chacun et la boîte Rouet de Pranchère ou la publicité invisible, le catholicisme, Combes, Vatican I et Vatican II, le voile, Brigitte Bardot, le répondeur (ou plutôt le non-répondeur) de Brigitte Bardot...

Ce n'est pas encore le printemps mais on s'en approche.





C'était le jour de l'une des auditions de JA, mais laquelle? Une de celle que son avocat a fait repousser, sans doute.

Vies parallèles

La femme en face de moi lisait La vie matérielle de Marguerite Duras.
La femme derrière moi (je l'avais repérée quand nous étions toutes les deux debout) lisait La vie sexuelle de Sigmund Freud.

Duras et Freud.





Les deux en enfilade pour preuve de leur présence dans un même wagon, un peu flou parce que le train bougeait.

Ponts et Chaussées

C'est étrange de revenir en formation continue dans un bâtiment dans lequel j'ai pénétré pour la dernière fois (et la seule, d'ailleurs) à l'occasion d'une nuit étudiante.
Il y a combien d'années? 1987, sans doute. J'avais dû attendre le premier métro et j'avais découvert la population des travailleurs de l'aube que je n'avais encore jamais rencontrée.

Parfois je me soupçonne de ne choisir conférences et autres manifestations qu'en fonction des lieux qu'elles vont me permettre de pénétrer, ambassade d'Irlande, salle de la bibliothèque Richelieu, ancienne école des Ponts et Chaussées...


Il avait les yeux bleus et lisait Kerouac.

— Tiens, j'ai encore photographié un jeune homme ce matin.
— Toi, tu vas mal finir !



2011_0119_jeune_homme_lisant_kerouac_100.jpg

Typographie

Le début de cette vidéo m'a fait rire. Je me souviens très bien d'une période où nous ne pouvions attendre le bus sans qu'une affichette n'attire le regard de H. : « Oh, regarde cette police… » Moi j'aimais bien. (Ce n'était pas la typographie que j'aimais, mais la folie douce, l'obsession. Aujourd'hui encore, j'ai droit parfois à : « Ah non, pas ce film, il est nul, c'est sûr: tu as vu la typo de l'affiche ?)

Pour info: vers la fin, cette vidéo raconte les origines de la police Comic sans.


Peut-être est-ce la raison pour laquelle un soir de novembre, station Franklin Roosevelt, bloquée par la neige/les accidents de circulation, je ne trouvai rien d'autre à faire pour tromper mon ennui que de photographier ces quelques renseignements :

2010_1201_station_franklin.jpg


Cela m'avait fait rire un peu jaune. Sur une ligne capable de nous transporter: si seulement…

Panneau Passage




Ce panneau est au bord d'un passage clouté qui traverse la rue Louis Delacarte en contrebas de la gare de Yerres. (Cependant il faudrait avoir de très bons yeux pour réussir à lire le texte du quai.)

Je le recopie ici pour le plus grand bénéfice de Google:

Le Passage par FUSION

Le passage est une intervention artistique qui vient renforcer la fonction de cette signalisation: Passage piéton protégé.
Par un effet visuel de trompe-l'?il, c'est un pont qui enjambe deux rives. Dans un court instant, pendant la traversée du passage, tout peut arriver si le promeneur ne fait pas attention.
C'est aussi une métaphore de la vie: nous naissons, premier pas sur le passage, nous vivons, traversée et puis nous mourons, arrivée sur l'autre rive.
Cette intervention n'est pleinement lisible qu'à la place d'une personne qui se trouve sur le quai en partance pour Paris, vue en plongée. Ce point de vue met en évidence le côté théâtral de l'intervention. Le spectateur qui regarde "Le passage" est un témoin de ce qui peut s'y passer.

Cette réalisation donne lieu à une extension interactive sur le site Internet:

www.noscouleurs.com partie FUSION, rubrique "Le Passage".

Yerres, juin 2003

Les courses du samedi

J'aime beaucoup cette affichette à la caisse:





En lisant la première phrase je me demande ce qu'il en est des mineurs émancipés et des majeurs sous tutelle. Est-ce à eux que nous devons cette précision intriguante: les «mineurs de moins de 18 ans»?

La dernière phrase me fait plutôt penser aux questions que se posaient Locke dans De l'identité: peut-on réellement supposer que quelqu'un «en état d'ivresse manifeste» se rende compte
1/ qu'il est «en état d'ivresse manifeste»;
2/ qu'il est dans un lieu public?

Cela suppose donc que chacun soit suffisamment raisonnable et conscient pour quitter les lieux publics avant que son ivresse ne soit manifeste... donc non ivre... (non réellement ivre)... donc n'ayant aucune raison de quitter les lieux publics.

Festival

19h38. Le RER démarre devant mon nez au moment où j'arrive sur le quai gare de Lyon. Le suivant est indiqué "retardé", et le suivant, supprimé.

Comme j'ai le temps, je décide de retourner attendre aux Halles, afin de pouvoir monter dans le train quand il arrivera (car c'est le deuxième effet KissCool: quand des trains sont supprimés, il y a tant de monde à vouloir monter dans les trains qui circulent que vous ne pouvez y accéder et restez sur le quai (avec une petite centaine de personnes, nothing personal). L'une des solution consiste à remonter la ligne d'une station en amont, car beaucoup de voyageurs descendent aux Halles, ce qui fait de la place (logique: je me dis que ceux qui connaissent ne vont pas comprendre pourquoi je précise, et que ceux qui ne connaissent pas ne comprendront pas quoi que j'écrive. Les expériences sont intransmissibles.)

A partir de là, cela a tourné à la mauvaise farce. Je ne sais plus combien de variations deceptives (décevantes et trompeuses) la SNCF/RATP (la ligne D est SNCF, mais les Halles sont RATP, donc je ne sais pas) a réussi à nous donner. Si j'avais su, j'aurais pris des notes, mais évidemment, quand ça commence, on ne sait pas encore que l'on va avoir droit à un show exceptionnel.

Au fur à mesure je songeais à Gordon Pym, à son sauvetage éternellement remis, tant et si bien qu'à la fin, on n'attend plus qu'il soit sauvé, mais quel tour Poe va bien pouvoir inventer pour une fois de plus décevoir notre attente.

Les trains se sont succédés, allant tous à Corbeil (je suis sur la ligne de Melun).

Nous avons eu (à peu près, de mémoire):
- l'annonce d'un train pour Corbeil tandis que l'affichage sur le quai disait Melun (ce fut Corbeil);
- l'affichage d'un train pour Corbeil tandis que l'annonce nous promettait Melun (mais nous avons cru l'affichage car il correspondait à ce qui était inscrit sur la locomotive elle-même);
- l'annonce d'un train pour Melun et l'arrivée d'un train vide et non éclairé. Il a ralenti le long du quai, nous nous sommes réjouis à la perspective d'être tous assis, et il a commencé, très lentement, à accélérer et à prendre de la vitesse sans s'arrêter : «ce train ne prend pas de voyageurs, veuillez vous éloigner de la bordure du quai». (Les trains fantôme me donnent l'impression d'être dans des western);
- l'annonce d'un train pour Melun dans lequel nous sommes montés (chauffé!: quel plaisir après les quais froids) avant d'en descendre quand le conducteur nous a prévenus qu'il allait à Corbeil (deux hommes m'ont demandé: «Vous êtes sûre qu'il va à Melun? ? Non, mais je le prends pour y aller.» Ils sont montés, nous sommes redescendus ensemble);
- un train annoncé pour Melun, mais dont on nous a précisé quand il fut arrêté à quai, comble du raffinement sadique, qu'il allait à Melun mais aurait exceptionnellement pour terminus Paris gare de Lyon, «par suite des retards accumulés» (et là sur le quai, nous avons commencé à envisager sérieusement d'aller étrangler la tête de linote qui déclamait les annonces).
- le conducteur de ce train nous a promis que le train suivant irait à Melun. Cependant nous ne l'avons pas cru, et nous avons eu raison.


M'en fiche, une fois dans le wagon (plutôt vide), j'ai choisi ma place. (Bon évidemment il a bougé, et vu le temps de pose de mon téléphone, ce n'est pas exactement la photo que je voulais.)






Arrivée chez moi deux heures plus tard, à 21h30. Plus de bus avec la neige. Mais je ne prend pas le bus :p

Avant/Après




J'ai trouvé la paire

J'avais la fille en rose, ce soir j'ai trouvé le garçon.





Cruchons

J'ai appris que dire La Fenisse faisait quand même un peu plouc (quand je ne sais pas prononcer, je prononce à la française, le duc de Buckingant n'est nullement une surprise pour moi); qu'au Moyen-Âge la Bible et les textes sacrés étaient entourés de leurs commentaires et de leurs annotations, sur la page même (ce qui me fait penser à la Torah. En ce moment je me heurte sans cesse à des remontées du Moyen-Âge, est-ce la lecture de Kantorowicz qui me rend réceptive (non, je ne veux pas dire que la Torah vient du Moyen-Âge, je pense à la patristique)), et que des dragonnades ont eu lieu sous Louis XIV (je mettais cela beaucoup plus tôt).


Cruchons très peu productifs, ce qui me met toujours mal à l'aise, comme si je trompais les participants, comme si je ne tenais pas une promesse.
Rencontré Bashô, ce qui confirme ma thèse qu'on finit toujours par rencontrer les blogueurs ou les commentateurs quand on est fidèle suffisamment longtemps.
Bashô recommande le film La femme aux cinq éléphants (les horaires sont un peu restrictifs). Je lui ai parlé de FB, partagée entre deux sentiments: c'est si pratique pour communiquer, partager des liens, aller vite (je me rends compte que je suis "piquée à la vitesse"); cependant faut-il encourager ce lieu qui nous fait vivre dans des maisons de verre et développe la paranoïa?

Les livres continuent à venir à moi, deux Nabokov et une Bible en hébreu. Je les ai laissés au bureau, mon sac était bien trop lourd ce soir. Merci aux généreux donateurs.


— Tu as vu? J'ai acheté un sac plus grand pour les Eglogues!
— Ce qui me gêne, c'est qu'il soit ouvert, on peut te voler.
— Tu crois qu'il y a grand risque? Je le regarde, dubitative.
— Tu veux dire que c'est à souhaiter?







Une conversation m'a fait me souvenir qu'à l'issue d'une semaine de conférences sur le roman au XXe en 1998, je m'étais dit découragée que je n'y arriverais jamais, que je partais de trop loin, que j'avais trop de lacunes. J'avais refermé mes livres. Aujourd'hui ces mêmes lacunes ne me dérangent plus (je veux dire que je les regrette mais je les assume), je sais que c'est en partie dû à l'accueil si généreux que j'ai reçu à Cerisy, aux gens qui ne m'ont pas considérée comme une intruse, et en partie à mon intérêt pour RC, qui me permet d'oublier tout ce que je ne sais pas pour ne penser qu'à chercher.

Canopée

Au centre de mon nouvel immeuble il y a une jungle et des poissons rouges.

Berlin

Rues larges, peu de monde. Il n'y a plus les énormes tuyaux baubourguiens qui nous avaient tant étonnés en 1997. Je me rends compte à quel point Paris me fatigue, combien je fais une overdose de foule. Kilomètres nous aurions dû prendre un vélo, Reichstag plus d'une heure de queue, non finalement non, «Berlin était la ville des cafés, comme Paris», une impression d'années 20, je sais que c'est moi qui projette, pratiquement au sens propre, qui transpose sur chaque image d'autres images, 1920, 1945, 1962, les images n'en finissent pas de se superposer. Je confonds tout, porte de Brandebourg et Alexanderplatz et Potsdamerplatz, nous aurions dû prendre un vélo, ambassades, synagogues, administrations municipales, régionales, fédérales, pas de policier, les photos de Kennedy, les deux cimetières juifs (en fait c'était le deuxième que je voulais voir), Hackesche Höfe, suite de cours recommandée par Gv (que répondrais-je à quelqu'un qui me demanderait que voir à Paris en deux jours? La cour du Palais Royal, sans doute, la donation Carlos Beistegui au Louvre et ? tenter d'entrer dans la bibliothèque Mazarine ou la bibliothèque historique de la ville de Paris? Je ne sais pas), une vitrine emplie de machines à coudre Singer, Checkpointcharlie le musée, Gendarmenplatz (Louis XIV aurait quand même dû se douter qu'il faisait une conn** quand les Berlinois sont venus courtiser les protestants suite à la révocation de l'Edit de Nantes), une soupe de lentilles, la serveuse m'apporte spontanément une petite (minuscule) bière, je pense que c'est à cause de mon âge car les jeunes filles ont droit à des versions pour hommes, musée Nolde, topographie de la terreur, le Mur longeait/coupait les quartiers généraux de la Gestapo, nous errons parmi les photos des bourreaux qui se photographient joyeusement. Sony Center, j'aime le Sony Center. Avoir eu une capitale occidentale à construire à la fin du XXe siècle, quelle aubaine pour les architectes.
Nous essayons de dîner dans le restaurant prussien qui avait été si aimable en 1997, mais il est devenu à la mode dans le quartier chic de la ville: pas de table sans réservation.


Through the looking-glass

Quand je suis seule dans l'ascenseur, je pense toujours à La Dame de Shanghaï.


Toutes les moitiés ne sont pas égales

Une phrase d'Au sud du sud m'est restée: Jean-Louis Etienne remarquait qu'inconsciemment, arrivé à la moitié de la traversée du continent antartique, le groupe s'attendait à ce que la marche devînt plus facile, comme si ayant fait la moitié du parcours, "la montée", la deuxième moitié, "la descente", devait être plus aisée. (Après tout, la terre est courbe).
Evidemment, c'était faux, et d'une personne à l'autre, la marche fut d'autant plus pénible que l'illusion avait été profonde.

Je songeais à cela en ramant: les parcours d'entraînement sont généralement circulaires, on rame, puis on fait demi-tour et on rentre au club. Une erreur (que nous avons presque commise samedi) consiste à ramer tant qu'on a des forces, et à faire alors demi-tour, totalement découragé à la perspective du chemin restant à parcourir.
Cependant, et là est l'astuce (et là se prennent les mauvaises habitudes), l'entraînement en rivière commence le plus souvent à contre-courant. On a donc la certitude rassurante et plus ou moins consciente de toujours revenir au club, au pire en se laisser dériver.

Sur un lac, ce parachute mental (et physique, mais il est d'abord mental) n'existe pas; tout le parcours présente la même difficulté. Par conséquent l'effort mental à fournir devient de plus en plus important au fur à mesure que la fatigue et les ampoules se cumulent.
Je ne sais pas à quoi pensent les autres quand ils rament (je serais curieuse de le savoir). J'essaie de ne jamais penser au parcours, ni accompli, ni à accomplir. Je ne pense qu'au geste, à l'instant, au bateau, au bruit du bateau. Nous devons chercher le silence. Un bateau désuni se distingue par son bruit. Un bateau harmonieux devient silencieux.



* Le départ dimanche: on attend que les soixante-trois bateaux soient à l'eau :



* A l'entraînement le samedi (nous ne sommes pas très ensemble, mais c'est un peu normal):



* Au ponton, à mi-parcours (nous n'avons pas l'air épuisé)



Pour agrandir les photos, agrandir la taille des caractères du billet.

Samedi, brume

— Qui n'a pas de bateau?
Nous levons la main, quatre femmes, c'est parti pour une yolette.
Il fait très doux, ce n'est pas le froid mordant de mes souvenirs hivernaux. Pas de soleil non plus, idéal.

Rémi se révèle un barreur hors de pair, il connaît parfaitement le lac et commente au fur à mesure: «Ici l'institut Meyrieux... là l'hôtel bleu, c'est le restaurant de Marc Veyrat, ou c'était, je crois qu'il l'a vendu... Là, dans la brume, vous apercevrez le château de Menthon. La veille de son mariage Bernard de Menthon s'en échappa par une fenêtre pour entrer dans les ordres, plus tard il fonda les hospices des deux cols du Saint-Bernard... Ici c'était une résidence d'Alcatel qui a été vendue quand Alcatel était au plus mal...»
Puis le roc de Chère, terriblement dangereux quand le vent se lève; et en effet nous distinguons contre la parois des plaques commémoratives de divers accidents mortels. Ce roc sépare le grand lac du petit lac, «et au bout du lac il y a?... le bout du lac.»
De nombreuses foulques, et une grèbe huppée que je vois plonger pour ressortir plusieurs dizaines de mètres plus loin. Impressionnant. Un sillage de bulles permet de suivre le parcours des plongeurs. Ce n'est pas aussi silencieux qu'on pourrait le rêver car le bateau est bruyant, coulisses et rames tournant dans les dames de nage.

Au ponton, j'aide un bateau à accoster. J'attrape une rame, je tire, je demande: «Je peux vous aider, ce n'est pas contre votre déontologie?» (car j'ai remarqué que certains ne paraissaient jamais heureux d'un coup de mains).
— Déontologie, déontologie, qu'est-ce que ça veut dire?
— Est-ce que vous êtes impliqués ou concernés? reprend un autre.
— Je vois qu'on en est tous au même point, me mar'-je.

Après-midi descente des Alpages. Annecy absolument noire de monde, moi qui évite cela comme la peste le samedi à Paris (églises fermées, pas de confessionnaux)... Il fait très beau, je pars à la recherche de la tombe d'Eugène Sue. Dans le cimetière s'est réfugié un corbeau à l'aile abîmée. J'espère qu'il s'en sortira.
Un couple d'une soixantaine d'années est assis sur un banc. Lui lit un magazine, elle crochète. Je m'informe. Ils n'ont jamais entendu parler de Sue. Je me demande s'ils sont assis là parce qu'il y a un banc, ou si c'est en face d'une tombe qui leur est chère.
La personne suivante me dit «Ouh là, j'ai su, mais j'ai oublié, c'est le genre de chose qu'on voit une fois puis qu'on oublie.»
La troisième personne m'indique l'arbre parasol qui sert de repère à la tombe parfaitement entretenue.





Et une photo d'Annecy dans le soleil couchant:

Berry roman

Façade de l'église de La Celle dans le Cher (personne ne sait très bien ce que représente cette scène, ni ne sait dater ce bas-relief), et abbaye de Noirlac.


Lausanne

Premier jour de vacances. Aller-retour à Lausanne dans la journée (6 heures - 2 heures du matin (billet écrit quatre jours plus tard)). Ciel gris en région parisienne, soleil sitôt franchie la ligne de la Loire, brumeux dans le Morvan. En Suisse il ne pleut pas.


Dans le (très) long couloir central de l'EPFL, un Cray XMP-48 a été transformé en fauteuil.





Deux autres ordinateurs dans le couloir : un Cray 2 et un Cray T3d MC 256-8 (j'ai pris des notes dans le "brouillon" de mes sms.)

Affirmation identitaire




Vendredi soleil levant parking de la gare d'Austerlitz. Pas de seconde prise, la batterie de mon téléphone me lâchait. Le panneau en fer est d'un seul tenant avec le bac.

Je recopie pour ceux qui auraient du mal à lire :
« Je suis un olivier
né en Provence
il y a plus de 60 ans
je ne suis pas une poubelle.
Regardez bien autour de vous,
il y en a une pas loin.

(Hélas, le gobelet prouve que cette phrase digne n'est pas toujours entendue.)

Eça de Queiroz

Lundi, à la suite d'une série de déconvenues, je me suis retrouvée sur le terre-plein central de l'avenue du Général de Gaulle à Neuilly (métro "Pont de Neuilly", sortie "rue de l'église").

A ma grande surprise, j'y ai découvert une statue de Eça de Queiroz, que je révère depuis la lecture des Lettres de Paris. (Et il paraît que ses romans sont meilleurs encore, ce qui à vrai dire me fait un peu peur.)


Photo de téléphone, huit heures du matin, ciel maussade.


2010-0720-EcaDeQueroz.jpg



Sculpture d'Antonio Teixeira Lopes, selon une étude de 1903. Statue offerte par la ville de Lisbonne en 2004.


(Je trouve ce visage admirable.)

Déménagements

Au sein du même groupe :
- été 1996 La Défense côté Seine (filiale)
- été 1997 boulevard Haussmann (changement de filiale)
- décembre 2001 boulevard Malesherbes (au siège)
- février 2002 aux environs de la place Saint Georges
- décembre 2003 rue de Washington (changement de service)
- automne 2004 retour boulevard Malesherbes
- automne 2006 déménagement dans une rue adjacente
- mai 2009 La Défense côté Seine (retour dans la filiale de départ, mais pas dans le même immeuble qu'en 1996)


À la fin de cette semaine, je devais déménager du côté de la Grande Arche. C'est reporté à la semaine prochaine, et pour cause: j'ai vu le plateau à midi, rien n'est prêt, au mieux les cloisons ne sont pas posées, au pire c'est la moquette.

Je serai au sud, bureau très lumineux (et fenêtre qui s'(entr)ouvre, enfin!), mais vue sur la dalle de toit du centre commercial. Au loin le mont Valérien ? mais caché par un immeuble.

Profitons donc de la vue actuelle de mon bureau.
Ceci est un coucher de soleil hivernal, photographié comme toujours avec mon téléphone:

Un vieux billet promis

La photo qui a remporté le 1er prix du concours l'aviron au féminin est la 107, et je la trouve tellement mauvaise, tellement représentative de la vision stéréotypée de certains hommes (de ce que doit être une photo gagnante représentant des femmes dans un monde sportif) que cela m'a un peu découragée d'en parler plus tôt. Il y avait tant de belles photos, axées sur la joie, l'effort, la technique, la nature... et choisir un talon haut sur une rame! Vraiment n'importe quoi, rien qu'à ce choix il me semble pouvoir faire le portrait robot de ceux qui l'ont choisie (sachant qu'il y avait sans doute beaucoup trop de photos et trop peu de votants pour qu'il soit réellement possible de départager les photos par un vote).


Voici donc ma photo préférée. Paradoxe qui me ressemble, je n'ai pas voté pour elle, car je ne l'ai vue qu'après avoir voté. J'aime cette photo parce que l'idée est à la fois raffinée et amusante: ce n'est qu'un jeu, une mise en scène, que la compétition (couleur de l'équipe) permet de mettre en évidence.
Elle représente ce que je pense de l'élégance: un superflu qui établit une complicité entre l'acteur et le spectateur, un plaisir offert et un plaisir reçu.





En un j'ai voté pour celle-ci, par nostalgie, parce que c'est le souvenir que j'ai de nos retours sur la Loire en automne ou en hiver, dans le soleil couchant.





En deux pour celle-ci, parce qu'elle est terriblement vraie, entraînant des sentiments ambivalents: «Chic, je ne porte pas, zut, je ne porte pas». C'est le condensé de tout le débat sur les règles de politesse: merci de me porter mes paquets (c'est lourd, je suis "petite et faible" (private joke)), vous ne devriez pas porter mes paquets (je peux me débrouiller toute seule, arrêtez de me materner).





Et celle-là en trois, parce que je ne pouvais tout de même pas ne pas choisir une photo qui représente ce que veut dire ramer ensemble. «Ensemble», le mot et sa musique me sont si fort gravés dans la mémoire que j'en rêve. Se dissoudre individuellement dans la glisse du bateau, abandonner toute velléité de prééminence et savoir que c'est à ce prix que le bateau pourra glisser au mieux, sans à-coups.
Quand se pose la question: «Si c'était à refaire...», je sais qu'il y a une chose que je ne ferai pas: abandonner l'aviron au lycée. Je sais pourquoi je l'ai fait, c'était stupide, et c'est l'un de mes plus grands regrets (pas pour le sport, non, pour l'ambiance et pour René).


La Défense, terre de France

Ce matin je n'ai pas emprunté ma sortie de métro habituelle. (Quelle aventure!)
Et j'ai pris l'escalier en colimaçon plutôt que l'escalier large. (Quelle aventure, bis.)

Et je suis arrivée devant… une vigne.






Le soir, match contre le Mexique vu au "Soleil" à Ménilmontant avec Tlön et Sko† et Slothorp.

Vaux, j'aime je n'aime pas

Je n'aime pas les jardins à la française, écrasés de soleil, sans ombre.
J'aime les croquis de Le Nôtre, son esprit géométriques et ses rêves. J'aime la bière locale (blonde: en 75 cl, elle n'existe que blonde) bue le long des haies en papotant.

Je n'aime pas le hall d'entrée, vide, disproportionné, humide, sans chaleur ni humaine, ni mobilière, ni immobilière.
J'aime la charpente, les outils et le vocabulaire des charpentiers. J'aime la vue du haut du clocheton. J'aimerais acheter une tuile (cinq euros) mais ce n'est pas prévu sur le site.

Je n'aime pas le destin de Fouquet, la trahison de ses pairs (quoi qu'il ait fait par ailleurs), l'enfermement durant 19 ans, le passage brutal des fastes au dénument. Je frémis d'horreur quand je tente de me représenter l'ennui de toutes ces heures à vivre inutiles et vides.
J'aime les photos de famille (dit-on Vogü-é ou Vogueuil?), le nom de duc de Praslins, la fidélité de Madame de Sévigné et de La Fontaine, et tous ceux qui furent fidèles alors que c'était dangereux.

J'aime le jeune homme qui n'a pas froid dans la cuisine (sa position contre le radiateur, les mains inoccupées, me rappelle Fouquet représenté dans son cachot), les chasubles des prêtres taillées dans les robes de mariées.

Je n'aime pas les réflexions des puristes, qui tordent le nez parce que les statues du jardin ne sont pas "d'époque" et que la bibliothèque a été reconstituée.
J'aime le kitsch de la boutique de souvenirs, si commercial, mais témoignant d'un attachement naïf de la part des acheteurs, d'une sorte de ''worship'ing'', d'un désir d'adoration ou d'esbrouffe qui m'émeut ou me fait rire.

La gloire c'est : signer une tuile de Vaux (de l'ardoise d'Angers) et qu'elle soit exposée sous vitrine plutôt que posée sur le toit.







Note en mai 2015.
Cette journée devait être une sortie cruchons mais finalement seuls Patrick et Aline sont venus. J'étais tellement en larmes que j'ai songé à annuler. Je m'en suis empêchée, me tenant à la conviction qu'il ne fallait annuler aucun engagement, que tout renoncement ne ferait que renforcer mon sentiment de vacuité et de ratage.
J'ai caché mes larmes comme je pouvais, et au fur à mesure de la journée c'est allé mieux, grâce à leur conversation.

Questions embarrassantes, il est vrai, mais qui ne sont pas situées au-delà de toute conjecture.

- Le remplissage (l'emplissage) de la Méditerranée par l'Océan atlantique s'est terminé un 14 janvier, mais j'ai oublié l'année.
- La mer est-elle haute partout en même temps sur la planète? (S'agit-il d'une translation d'une côte à l'autre ou d'une élévation de l'océan en son centre? (ce qui serait vraiment bizarre, mais bon)).
- Il n'y a pas de marée aux Antilles.
- J'aime beaucoup Joyce.
- Quel est le plus vieux manuscrit, la plus vieille version, de L'Odyssée qui nous soit parvenu? Et où se trouve-t-il?
- Tentative pour récupérer une affiche. Je progresse. Je sais maintenant qu'elle appartient au département des études cognitives (DEC).

29 rue d'Ulm. Demandez M. Fernigaud et vous pourrez errer librement dans les étages. Prenez des photos en noir et blanc et vendez-les comme datant de Marie Curie (mais faites vite, dans deux ou trois ans ce ne sera sans doute plus possible).






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Ajout en mai 2015 :
Commencé les démarches pour ouvrir un compte à part. Je pense à ma tante qui avait dit à ma mère quand elle avait recommencé à travailler: «Tout plutôt qu'attendre les huissiers à la maison.»

Un rêve

Dans les "Postsecret" du jour, cette photo :






Cette nuit j'ai rêvé que je tenais la main de Paul Rivière pendant qu'il mourait (à la façon dont on meurt dans les films). Mais comme chaque fois que je rêve de mort, la mort est restée inatteignable, souffle suspendu, impossibilité de "rendre" le dernier souffle.

Plus tard je devais me cacher (puisque malgré tout Paul était mort) car il m'avait donné son livret A avant de mourir et ses héritiers me poursuivaient.

Je me suis réveillée, je me suis levée, et je me suis dit que tout était dit.

Musée Balzac

«Balzac était très bavard. Les jours où il devait y avoir beaucoup de travail à l'étude, Maître Guillonet-Merville lui disait: "Demain il y aura du travail, restez chez vous"».


Sur le mur de la maison de Balzac, rue Berton à Passy.


Beaubourg

Parti un peu en catastrophe voir les feuillages de Lucian Freud. Passé à la librairie du centre Georges Pompidou afin de préparer les enfants à ce qu'ils vont voir (et pour regarder les cartes postales: excellent endroit pour acheter une carte postale poilue).
En feuilletant le catalogue Freud, A. tombe sur un homme nu allongé, sexe exposé en premier plan:
— Je pensais que c'était interdit, me dit-elle.
Je suis surprise. Ah tiens, malgré la télé qu'elle regarde et les BD qu'elle lit, elle imagine donc qu'il reste des sujets qu'on ne peut pas peindre, et qu'il y a des lois pour cela? Je réponds avec force:
— Mais non! Mais évidemment, comme ce sont les hommes qui peignent, ils préfèrent peindre des femmes à poil.

Nous étions venus voir Freud, nous aurons vu Erró (Des cartoons, chic!… Des cartoons, beeeuuuh… Réactions des enfants (11 à 14 ans) car nous avons remonté l'expositions Erró à l'envers et commencé par le plus hard, dans tous les sens du terme) et un film sur Patrick Jouin qui montre la réalisation de divers objets: chaudement recommandé pour toute personne fascinée par les conceptions industrielles, la machine à emboutir les cuillères à soupe, le laser à faire fondre des micros-particules de plastique (0,3 mm) ou la résine incorporée sous vide à une structure en carbone… (Mais où se trouvent donc ces usines magiques?)
Nous apprenons à faire cuire les pâtes à la façon du risotto (??!) et qu'on se déplace en vélib dans les ateliers qui fabriquent la nouvelle sanisette parisienne (gratuite, lavée à l'eau de pluie recyclée).

En sortant je me trompe de direction et nous passons par hasard devant cette affiche, qui répond très précisément à la question de A. posée beaucoup plus tôt. Hélas elle ne lit pas l'anglais.




J'ai imaginé le public féminin entrant nu à Beaubourg et je me suis dit que cela ne gênerait pas grand monde, au contraire.
Quel mauvais slogan.

Station Bir Hakeim

Vendredi, huit heures du matin, je descends de la station Bir Hakeim.


D'un coté des tuyaux:




de l'autre une plaque :




De plus près, il s'avère que les tuyaux sont des étais : il s'agit de maintenir les fondations des immeubles alentours pendant qu'on creuse la terre pour en construire de nouveaux.

La plaque est dédiée à la mémoire des victimes des rafles du Vel d'Hiv.
Je suis surprise, à la suite de je ne sais quelle association d'idée (Vel d'hiv => vélodrome => six jours de Bercy, sans doute), j'avais toujours imaginé que le Vel d'Hiv s'élevait sur l'emplacement de l'actuel palais omnisport de Bercy.





Présentation des résultats de Gan eurocourtage. Je travaille à un article sur Eté pour une revue espagnole au café avant que cela commence (jamais eu d'AR. Jamais publiée).

Plaies et bosses

En troisième, j'avais mis au point une technique pour soigner les ampoules (attendre qu'elles sèchent): transpercer les plus gonflées avec une aiguille enfilée et laisser le fil dépasser de part en part. Faire un nœud. Ensuite, il suffisait de tirer un peu sur le fil pour débloquer le bouchon de lymphe qui se formait et garantir que l'ampoule dégonflât, en arrosant le tout d'hexomédine pour empêcher l'inflammation. L'intérêt de la méthode, c'est que la peau à vif continue à être protégée par la peau de surface pendant la cicatrisation. (Puis celle-ci se dessèche et il n'y a plus qu'à l'arracher.)

Il m'est arrivé après des sorties dures d'avoir ainsi des petits nœuds sur chaque doigt, comme autant de paquets cadeau.

Il est plus facile d'être à l'heure quand on a l'heure

Je reporte une montre depuis une dizaine de jours. Ça change la vie, c'est tout de même beaucoup plus pratique que de passer son temps à surveiller l'ordinateur, les quais de métro, son téléphone, etc. Une montre, c'est son temps à soi, et j'ai soudain beaucoup plus de temps que lorsque je suis dans le flou, à dix minutes près.

En octobre 2007, j'avais acheté la montre Corto Maltese en noir et blanc. Très vite, le bracelet s'est abîmé, la feuille imprimée se décollant du corps du bracelet.
J'étais furieuse (et déçue, car cette montre me plaisait beaucoup), je l'ai rafistolé/consolidé avec du scotch, puis au lieu d'aller faire un scandale chez Swatch, j'ai arrêté de porter une montre.

Jeudi dernier je me suis décidée à passer à la boutique du Louvre, non pour obtenir un quelconque dédommagement, mais pour acheter un bracelet normal qui tienne honnêtement son rôle de bracelet.
Il en ressort que c'était une montre de collection, qu'elle s'est arrachée en quelques semaines, et qu'elle n'était pas destinée à être portée... (le tout expliqué très gentiment, avec embarras, voix off).
Zut alors, ils auraient pu le dire, j'ai tout bousillé mon bracelet de collection. Si j'avais su, j'aurais acheté en même temps un bracelet solide (enfin, normal) et j'aurais procédé au remplacement dès l'achat. Après tout, je tenais à ce Corto Maltese, cela ne m'aurait pas arrêtée.

J'ai maintenant un beau bracelet blanc et je porte à nouveau une montre. Deux montres, même, puisque le vendeur est allé jusqu'à me confier qu'il alternait entre les siennes pour les abîmer moins vite. J'alterne donc avec la Seiko que mon père a gagnée à un tournoi de tennis en 1987 et que j'utilisais jusqu'à l'achat de la swatch.


Hommes en entreprise - deux scènes

  • 1/
Si au début d'une réunion, alors que les participants (que vous ne connaissez pas) sont en train d'arriver et que chacun est encore debout se présentant un peu maladroitement, celui qui vient de vous serrer la main commence à discuter en descendant sa braguette, puis son pantalon, ne vous inquiétez pas: c'est tout simplement un motard.
(Ce pantalon était si peu visiblement "pantalon de motard", et lui entrait si bien dans la catégorie "cadre supérieur", que je me suis demandé un moment si j'étais bien réveillée.)
  • 2/
Conférence au siège social d'un grand cabinet de consultants. Le jardin est magnifique (j'apprends en tendant l'oreille qu'il est classé), et tandis que je bois un café en le contemplant, un homme catégorie "vieux beau" s'approche:
— Quel jardin, n'est-ce pas!
J'acquiesce. Il enchaîne:
— Vous avez vu le bassin? Je vais protester auprès de la direction: quand je suis arrivé, il y avait trois canards mâles et une seule femelle, ils étaient tous après cette pauvre cane qui n'en pouvait plus, je vais protester pour qu'ils rééquilibrent les sexes…
Pantoise. Je réponds avec prudence:
— Vous savez, la Seine n'est pas loin, je pense qu'ils vont et viennent librement. Et puis ils ne peuvent pas nicher ici, c'est trop à découvert.
Plus tard, je l'entendrai raconter l'anecdote à un jeune homme. Ce n'était donc pas une méthode de drague.


Quand je quitte le bâtiment, il ne reste qu'un canard avec la cane.



Photo prise à 10h30 ce matin.

Opium

Hier, en rentrant de l'Oulipo, à presque minuit.





Il y a quelques semaines, j'ai découvert que je ne pouvais me permettre de ne pas avoir de sommeil en retard: c'est la seule façon de supporter les transports en commun, léthargie comateuse, esprit fermé égaré absorbé par un recoin de ma mémoire.

Souvenir de rentrée en métro






Photo tremblée: le temps que je réagisse, les portes s'étaient ouvertes, la jeune fille sortait.

Application

Salle d'attente de l'orthodontiste.
Je raffle trois magazines, remarque qu'ils portent une étiquette avec le nom et l'adresse du cabinet. Mais qu'importent à ceux qui volent les magazines d'avoir cela chez eux? Auront-ils honte? Ils en riront. Je n'ai pas pris au hasard: deux Gala, l'un avec les confidences de la mère de Carla Bruni (j'apprends que son fils Vittorio (ou Vincenzio?) est mort du sida à 46 ans), l'autre avec l'horoscospe de la rentrée (je sais, un peu tard. De toute façon je ne l'ai même pas lu, attirée par les images (et dans l'un des deux Sophie Marceau qui ressemble un peu à Ségolène Royal, et le "combat de Sharon Stone" pour prouver qu'elle n'est pas une mère indigne, une photo de Halle Berry en famille "qui souhaite un second enfant", et les princesses européennes de trois à six ans, boucles blondes et robes à volant), et Elle du 23 octobre 2009 avec en gros titre Love, comment le rendre accro.





A l'intérieur, les pages correspondant au dossier ont été arrachées.

Votez !

Concours de photos : l'aviron au féminin. (jusqu'au 10 mars).

(Je vous dirai pour lesquelles j'ai voté et pourquoi à partir du 11…)







3 mars 2015 : la page n'existe plus. Je mets un lien vers le site de la FFA.

Tu veux pas une pipe, pendant qu' tu y es ?

Ce matin, un tweet m'a fait rire de bon cœur.

Faisant référence à cette photo,



il écrivait « Ça donne plutôt envie de fumer ».



Eh oui, il faudrait choisir, à la fin : la fellation, pratique dégradante ou jeu (et plaisir) partagé ?

C'est toute l'ambiguïté du discours masculin (je ne précise pas hétéro, puisque c'est le discours de référence.)
Qui se livrerait de son plein gré à une activité qui, bien que procurant du plaisir, ne lui obtiendrait pas de la reconnaissance mais du mépris, ne serait pas considérée comme un don mais comme de la soumission? (Le même schéma se répète au niveau de la séduction: désirée la veille, méprisée le lendemain1. Mais ça va pas la tête? Tu peux t'mett'e la bite sous l'bras! (Bon, je m'égare)).

Et c'est ainsi qu'en tant que fille, femme, bref, élément féminin de l'histoire, je me suis toujours sentie perdante dans ces histoires de sexe. Quasiment toute la littérature érotique est organisée ainsi : une place dégradante pour la femme, ou plus généralement une place dégradante pour le partenaire pénétré.
Passons sur la bêtise du présupposé (nous ne savons rien de la jouissance de la pénétration, mais vous ne savez rien de l'inverse, héhé (ou alors si, vous savez, bande d'hypocrites!!))2

A une lointaine époque, j'ai eu une nourrice noire pour s'occuper des enfants. Il était impossible de lui faire la moindre remarque; toute remarque prouvait que nous étions racistes. Ou comme dirait un ami, «elle avait intensément conscience de sa négritude».

De même, j'ai eu longtemps « intensément conscience» de cette place de perdante, cette place de femme. Cela conduit à des interprétations perverties, à une paranoïa constante. On ne considère plus qu'un élément particulier de la gent masculine est con (si je peux employer ce terme dans ce billet), mais que tous les hommes en général mentent afin d'obtenir des gestes pour lesquels ils nous méprisent au fond d'eux-mêmes. Ici avoir beaucoup lu est plutôt un handicap, car 90% des récits tournent autour de ce thème (et le reste est souvent sirupeux).

Ce n'est qu'en lisant Tricks et Notes sur les manières du temps, quand RC note que de nombreux amants de passage sont incapables de le saluer amicalement le lendemain et l'ignorent, que je me suis rendue à l'évidence : non, les hommes ne méprisaient pas particulièrement les femmes. Simplement, un certain nombre d'entre eux était de sombres malappris, ou plus simplement des êtres pas tout à fait finis, à qui il manquait une fibre fraternelle (de la fraternité entre les hommes et les femmes, si, si, entre les hommes et les femmes comme appartenant à une commune humanité), défaut discernable le lendemain seulement (dommage).

Mais là, les concepteurs de cette campagne ont clairement affiché leur opinion3 et je lance ma malédiction : qu'il leur soit refusé à jamais toute pipe, tout jeu, tout rire, dans le plaisir partagé.




1 : Parfois cela prend des chemins plus retors, comme lorsque Matoo raconte que la mariée a mauvaise réputation pour avoir accepté de coucher le premier soir — avec son futur mari (couple très libre visiblement, mais inégalité dans le jugement de l'un et de l'autre…))

2 : Dire qu'on me demande ce que je trouve aux pdblogueurs ! Eh bien j'y trouve — au moins chez Matoo, je ne sais pas si je peux généraliser — une liberté de ton qui correspond à mon appréhension du réel, et c'est rassurant, une fois de temps en temps.

3 : Passons sur ce qu'il faudra expliquer aux plus jeunes enfants qui poseront des questions. Derrière son horreur affichée de la pornographie enfantine, notre époque considère que tous les enfants savent tout sur le sexe, ses pratiques et autres, dès l'école primaire (estomaquée d'apprendre que mon fils avait eu un cours sur le sida et la façon de mettre un préservatif… en CM2 (dix ans).

Espace temps

Parfois le temps se dilate, se contracte,
en une seule diastole systole
et me semble qu'est tenue
la promesse déniée vingt ans plus tôt
et je ne comprends pas.





Cours sur Finnegans Wake avec Daniel Ferrer.

Oulipo, hier

Le compte rendu a été déplacé.



Juste avant de sortir de la TGB, l'un d'entre nous nous désigne en riant une affiche de circonstance: Le droit à la philosophie que je m'empresse de photographier (tout de traviole s'avère-t-il).

(Le film "Le droit à la philosophie" sera diffusé le 18 février de 18h30 à 21h30, salle1, au Centre Parisien d'Études Critiques, 37 bis rue du Sentier, 75002 Paris.)



Après la séance, pizza traditionnelle, en effectif réduit. Nous parlâmes rangement, collections, chaos, angoisse de la pile, syndrome de Diogène... et de livres et de fractures et de carte écrite à la main et de verre renversé.

Au Louvre

En adhérant à la société des amis du Louvre j'ai l'impression d'avoir loué le Louvre, d'y être désormais un peu chez moi. Fini l'impératif de voir vite un maximum de choses pour amortir mon billet, à moi le temps de la promenade. J'y entre pour rien, même une demi-heure, je ne regarde rien, j'arpente les couloirs et les escaliers, je mesure la hauteur des plafonds à mon essoufflement, je me souviens de Skot disant que le Louvre était vide si on évitait les salles italiennes ? je ne vais jamais dans les salles italiennes, je vais voir trois fois les expositions, j'apprends à m'orienter en regardant par les fenêtres, je fais des photos stupides (ie, qui ne valent rien) avec mon téléphone. J'aime la salle des caryatides, j'ai l'impression d'être au centre du château.

A midi, j'avais l'intention d'aller voir la collection de dessins de Pébereau, mais je n'avais plus le temps (j'étais passée à la poste du Louvre, le plus agréable bureau de Paris que j'ai fréquenté à ce jour: je fais un détour pour avoir affaire à eux). Je suis restée au rez-de-chaussée, j'ai erré une fois de plus autour des murailles du Louvre médiéval, remarquant une sculpture très "tee-shirt mouillé" dans le cadre de l'exposition "De Smyrne à Izmir".


2010-0213-LouvreDrapeSmyrne.jpg


Une fois de plus j'ai visité la salle Saint-Louis, que j'oublie toujours et qui me serre le cœur. Toutes ces vieilles pierres me serrent le cœur; qu'ont-elles vu, combien de secrets politiques et d'intrigues amoureuses en hennin ? (toujours la surprise que le château illustrant Les très riches heures du duc de Berry ne soit pas imaginaire), que pensent-elles des touristes en short et des appareils photos, des ribambelles de gamins traînés ici qui chahutent par désœuvrement, regrettent-elles d'avoir été déterrées et réveillées il y a une vingtaine d'années?

Bilan bizarre

Année objectivement réussie (changement de métier (pour faire quinze ou vingt ans plus tard celui que j'ai appris à l'école (no comment)), première intervention en colloque littéraire, reprise de l'aviron (ça me fait vraiment plaisir), réunion mensuelle des "cruchons" qui dure et perdure (et c'est un beau cadeau)), subjectivement décevante et émotionnellement fatigante.


L'une de mes photos préférées de cette année: elle s'attache à des amis chers, à un moment précieux, et dans le même temps j'y trouve quelque chose d'absurde, de démesuré: il y a quinze ans, dix ans, cela n'aurait pas été possible, aujourd'hui c'est tout simple, à portée de tous, et j'en reste émerveillée.

Lecture de L'Amour l'Automne dans un café parisien en novembre: Paris la nuit à travers les vitres, Auckland le jour dans l'écran.


Devinette pour Noël

Pourquoi le Père Noël est-il si joyeux ?



Parce qu'il connaît l'adresse des filles pas sages.



source

Combien de temps met le fût du canon pour refoidir ?



J'espère que vous arrivez à lire: "Davantage de trains à tout moment de la journée".

Train immobilisé en gare de banlieue.

Cinq minute se passent. Le conducteur annonce :
— Nous sommes arrêtés en gare.

Dix minutes encore, ou plus. Il fait nuit, le wagon est silencieux. Dehors la neige ne tombe plus. Je lis (assise!). Le conducteur reprend avec énergie :
— Le train va repartir dans... euh... incessamment sous peu.

Noël bleu

Le pub Renault (enfin... L'atelier Renault) a choisi une décoration bleue pour Noël, en harmonie avec ma chère R8.





En terminale il y avait quatre redoublants. Laurent avait deux ans de retard (il avait eu un grave accident de moto dont le récit me fit donner du sang pendant des années), j'avais un an d'avance, il avait coutume de me dire qu'il aurait pu être mon père.
Notre amitié commença par une monumentale gaffe: un jour qu'en sortant de cours de physique il annonça qu'il était pressé car il devait aller se faire couper les cheveux, je répondis (jouant à celle qui connaissait la vie) que tant que sa mère ne trouvait pas ses cheveux trop longs, ça pouvait bien attendre.
— Ma mère est morte, me répondit-il très vite en me regardant à peine. Et il partit.
Je restai pétrifiée.

Au dernier rang, en cours d'histoire, il était à côté de moi et glissait des poils de barbe entre les pages de mon cahier en me disant que cela ressemblait à des poils de cul (Ils doivent y être encore si ma mère n'a pas jeté mon cahier). Il trouvait le prof trop gaulliste, lui dont le père était l'archétype de l'instituteur socialiste.

C'est lui qui m'a prêté le Coran et un certain nombre de livres sur les religions orientales. Ils appartenaient à sa mère.

J'avais pris l'habitude, dans l'état de dépression vague où je me trainais, d'aller marcher le long de la Loire le mercredi matin, entre huit et neuf heures (au lieu de travailler comme le pensaient mes parents). Il avait pris l'habitude de me récupérer sur le chemin du retour, m'effrayant la première fois qu'il s'arrêta pour me proposer de monter tant je pensais être tranquille et loin du monde (moment de stupeur avant de le reconnaître, sortie brutale du rêve).
Il possédait une R8 bleue, pas Gordini, au volant et au levier de vitesse en bois.
J'espérais secrètement récupérer cette voiture.
Mais quelques années plus tard, quand le croisant je m'enquis de sa voiture, j'appris que j'arrivais trop tard: elle était partie à la casse.

Mon premier sapin cette année

Je n'avais pas réalisé que nous étions si proches de Noël. Ce week-end, j'ai découvert que les pâtisseries vendaient déjà des marrons glacés.

Sapin lumineux à la Défense devant les portes d'une entreprise, premier sapin de l'année, accompagné de chants sirupeux :

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Un blog, quelle ouverture d'esprit !

Ça m'a bien plu :





Par ailleurs, vous pouvez voter ici pour le meilleur site de dessins on the web (ce qui est aussi un moyen d'en découvrir un certain nombre que je ne connaissais pas).

Couleurs

Cette vieille dame en béret bleu, imperméable rouge et valise anis lisait un livre rose : Réflexions sur l'esclavage des nègres, de Condorcet.

(Etrangement, je ne trouve pas trace de cette édition sur internet).

L'heure où les carreaux passent de la transparence au reflet

Phrase fétiche de Passage, phrase que j'aime beaucoup, évoquant l'arrivée de la nuit sans parler ni de la nuit ni du jour.

Chaque jour j'assiste à l'inverse des fenêtres de mon bureau.

Ville imaginaire, tremblante comme de l'eau, dans les carreaux le matin :






Cases illuminées dans la nuit, comme autant de tiroirs:






(Et toujours mes photos minables de téléphone. Désolée pour vous, je les aime ainsi.)

Le loir dans la théière

C'est devenu un peu trop couru. La prochaine fois, plutôt de la Guiness chez les Ecossais.


Sans compter qu'ils ne sont pas spécialement aimables : "portables interdits" ne signifie pas téléphones, mais ordinateurs interdits.
Et puis trop de femmes blondes.

Enfin du pipole

Sur les murs du château de Cerisy, on voit une photo de Mme Heidegger accompagnant son mari.

Mme Heidegger ressemble à Ruth Fisher (même allure, mêmes chaussures, même jupe, même chignon).


Noisy: dragons dans le matin gris

Hier matin tôt, Noisy-Mont d'Est.


Abandonnée

La Défense, huit heures du matin. Seule sur le parvis.



Les mains sales

L'année dernière, j'avais ri en voyant arriver l'annonce d'une journée nationale pour l'hygiène des mains . Cela m'avait paru grotesque à côté dela journée sans tabac, journée sans voiture, journée de la femme et un peu découragée par l'absurdité du monde, je n'en avais pas parlé.
J'avais pensé à ma tante vétérinaire nous expliquant que nous étions en train de perdre ce qui nous avait fait faire tant de progrès au début du siècle: la propreté. Selon elle, si les maladies, la mortalité à la naissance, avaient tant reculé, c'était dû au moins pour moitié à des gestes simples: lavage des mains et désinfection des instruments médicaux.

Durant l'été, j'ai vu apparaître les affiches à placarder dans les entreprises.
Finalement, c'était prophétique.

Grâce au blog de Charlotte, je rajoute un tableau de Linnea Strid :


Les grues et la puissance de Dieu

Il me semble parfois que les grues répondent à la question: «Dieu peut-il créer une pierre si lourde qu'il ne puisse la porter?»

Peut-on bâtir un édifice si haut (pont de Millau, tours de Dubaï ou de Shangaï) si haut qu'on ne puisse utiliser de grue?

Ici, la tour Axa à la Défense dans le soleil levant.

Potager

Il y a quelques jours, j'ai remarqué un potager en contrebas de la tour Gan eurocoutage.
Un homme fait pousser des tomates et des courgettes au-dessus du boulevard circulaire, en dessous de la passerelle, entre les bouches d'aération du parking.


Vue d'ensemble : en bas le boulevard circulaire, le triangle flou en bas à gauche est la balustrade de la passerelle, les tomates sont au pied de l'arbre.



Vue de plus près (Photo de téléphone : les tâches rouges sont les tomates, les jaunes des fleurs de courgettes.):

Plumes

Celle-ci est trop belle, je la sauvegarde ici.





L'auteur et historien indien Joseph Medicine Crow

L'été, enfin

C'est un classique, mais j'en connaissais plutôt la version Trocadéro.

J'aime bien.

Pays de Cocagne

Pour Patrick : pannonceau photographié au pied du moulin de Lautrec :



Départ difficile

Barbecue de blogueurs devenu un must, à faire traverser les océans et retarder les départs en vacances.

La cinéphilie est un terrorisme. («Mais qu'est-ce que t'es con! T'es con comme une bite!»)

Couchée à presque cinq heures, debout à huit heures, décidé de ne pas partir en vacances. Encore un billet et je retourne au lit.

Objectif des vacances: bronzer


Emmanuel Pouvreau

C'est amusant de redécouvrir La Défense treize ans plus tard. Les arbres ont poussé. Je ne me souvenais pas qu'il y avait autant de sculptures. Je vais m'asseoir dans la chapelle (ou l'église?), pour le plaisir.

Entre l'église et le Cnit, je remarque une plaque :




Je recopie pour Google :
En hommage à Emmanuel Pouvreau, 1900 - 1962, industriel, fondateur du Cnit.
Médaillon réalisé par Paul Belmondo
Inauguré par M. Jacques Gautier, premier vice-président du Conseil général des Hauts-de-Seine, président du Conseil d'administration de l'EPAD
Le 21 mars 2007

Visualiser le gaspillage

Sans doute les plus extraordinaires photos que j'ai vues sur le sujet, les plus belles et les plus flippantes.
Ne ratez pas l'explication en bas de chaque photo.

Le jour de la serviette : hommage à Douglas Adams

Le 25 mai, tous les amoureux du Guide galactique1 se promèneront avec une serviette: c'est towelday. Les fans de [Douglas Adams| célèbrent ainsi sa mort, survenue le 11 mai 2001: le temps de se donner le mot, et quinze jours plus tard naissait le premier towel day.

Lundi, les Parisiens et banlieusards les plus accros pourront se retrouver gare du Nord à 20h30. Pourquoi une serviette? Parce que c'est l'objet le plus important quand vous faites du stop à travers la galaxie. Par cet objet vous renvoyez une image de sérieux, d'auto-stoppeur à qui l'on peut faire confiance.





La serviette … est sans doute l'objet le plus vastement utile que puisse posséder le routard interstellaire. D'abord par son aspect pratique : vous pouvez vous draper dedans pour traverser les lunes glaciales de Jagran Bêta ; vous pouvez vous allonger dessus pour bronzer sur les sables marbrés de ces plages irisées de Santraginus V où l'on respire d'entêtants embruns ; vous pouvez vous glisser dessous pour dormir sous les étoiles, si rouges, qui embrasent le monde désert de Karafon; vous en servir pour gréer un mini-radeau sur les eaux lourdes et lentes du fleuve Mite; une fois enfilée, l'utiliser en combat à mains nues ; vous encapuchonner la tête avec afin de vous protéger des vapeurs toxiques ou bien pour éviter le regard du hanneton glouton de Tron (un animal d'une atterrante stupidité: il est persuadé que si vous ne le voyez pas, il ne vous voit pas non plus — con comme un balai, mais très très très glouton) ; en cas d'urgence, vous pouvez agiter votre serviette pour faire des signaux de détresse et, bien entendu vous pouvez toujours vous essuyer avec si elle vous paraît encore assez propre.

Plus important, la serviette revêt une considérable valeur psychologique: si pour quelque raison, un rampant (= non routard) découvre qu'un routard a sur lui une serviette, il en déduira illico que ce dernier possède également brosse à dents, gants de toilette, savonette, boîte de biscuits, gourde, boussole, carte, pelote de ficelle, crème à moustiques, imperméable, scaphandre spatial, etc. Mieux encore, le rampant sera même heureux de prêter alors au routard l'un ou l'autre des susdits articles (voire une douzaine d'autres) que ledit routard aurait accidentellement pu "oublier"; son raisonnement étant que tout homme ainsi capable de sillonner de long en large la galaxie en vivant à la dure, de zoner en affrontant de terribles épreuves et de s'en tirer sans avoir perdu sa serviette ne peut être assurément qu'un homme digne d'estime.

Douglas Adams, Le Guide galactique, p.40-41
Alors à vos serviettes!


Note
1: Philippe Gloaguen, le fondateur du Guide du routard, a interdit que le livre s'appelle en français le Guide du Routard intergalactique, ce qui devrait être son titre.

AG de l'Association des amis de Cerisy

Elle avait lieu ce soir, dans la salle des commissions de la Bibliothèque nationale. Ce lieu était l'un des motifs de ma venue, et j'ai eu raison, car l'année prochaine la salle sera en travaux.

Rapport moral, rapport financier. Cette année l'association est en déficit de 50000 euros, après trois ans d'excédents. Ce déficit correspond peu ou prou à l'arrêt brutal en 2008 des subventions de l'Etat aux emplois aidés. «Or, continue le trésorier, avec la hausse brutale du chômage, les exonérations de charges sont de nouveau à l'ordre du jour, nous espérons donc que de ce point de vue, l'année prochaine sera meilleure.»

Les colloques de l'année sont présentés un par un. L'association est inquiète: quelles conséquences aura la crise? Les gens vont-ils rester en France et venir à Cerisy, ou faire des économies tous azimuts et ne pas s'inscrire? Nous sommes invités à faire de la publicité. (Dans un sens c'est cher. Dans l'autre... une semaine ou dix jours logés et nourris (abondamment), dans la campagne la plus calme, l'air le plus propre, parmi des gens passionnants et passionnés... c'est beaucoup mieux qu'une semaine au club Med).
Si je pouvais je suivrais le colloque sur Mauss, celui sur la jeunesse, celui sur Rilke, et sur Coutances, et sur la grammaire.
Avis aux étudiants: ce colloque-là est subventionné généreusement, renseignez-vous auprès des organisateurs.

En sortant je contemple la statue de Jean-Paul Sartre dans la cour.






Puis je rejoins les Halles par le Palais Royal.


Retour du Lido

OMNI

— Mais y a pas de mozzarella là-d'dans!

— Mais si, le truc mou que t'arrives pas à identifier.
— Ah, çaaaa!




Glycine à San Giobbe





Agenda
Hermann Broch en terrasse.
Acheté les billets pour le bateau et un pass pour les églises.
Visite de San Giobbe
Discussion déprimante avec Hervé qui me dit de ne pas me faire d'illusions concernant le catéchisme et Olivier (nous préparons sa première communion). Réponse: leur éducation est un échec et je ne me fais pas d'illusion. Je n'investis que sur moi. Hervé choqué. Après m'avoir conseillé de ne pas me faire d'illusions, il est surpris de mesurer la profondeur de ma désillusion (!! comme il me connaît pas. Il semble persuadé que je dois être aveuglée par mon amour maternel, comme dans les clichés. Et il est persuadé d'être le seul à se donner du mal avec les enfants.)

Nullité technologique

Visité Vaux-le-Vicomte dimanche. Il est possible de soutenir la restauration du château en achetant une ardoise.
La coupole se visite: charpente, vue sur les toits et les jardin.
Je n'ai pas de photos: je n'ai pas appuyé assez fort sur le déclencheur.

Souvenir du Collège de France




photo de téléphone. local aveugle.

La ligne 14 rend hommage au métro de Moscou

J'aime particulièrement à la station Madeleine de la ligne 14 l'odeur de station d'épuration qui vous saisit lorsque vous descendez l'escalier et attendez la prochaine rame.
Je ris à voir la tête des touristes incrédules n'en croyant pas leur nez, empruntant la ligne de métro la plus moderne de Paris, descendant à l'une de ses stations les plus connues, pour renifler ces remugles si brutalement naturels tandis que des infiltrations roussâtres laissent des traces suspectes sur les murs.

Hier matin, en haut des escaliers venant du quai, une plateforme destinée à un concert était en cours d'aménagement. Le soir, tout l'attirail électronique avait disparu, et l'estrade. Au mur avait été installé un gigantesque vitrail représentant une poule, un marteau et une faucille, et à droite et à gauche, en français et en russe, l'histoire de la poule qui a pondu un œuf en or.




(photo de téléphone, toujours).


précision le 30 avril 2009
Il s'agit en fait d'un échange avec le métro de Moscou — c'est donc de l'art moscovite:
La RATP a offert en 2007 un entourage Guimard de style art nouveau, inspirée du célèbre architecte français de la seconde moitié du XXe siècle, pour la décoration de la station Kievskaïa, à Moscou. En échange, l'artiste Ivan Loubennikov a imaginé "Ryaba la poule", un vitrail composé comme un patchwork qui raconte l'histoire de la Russie à travers divers éléments de la culture populaire (la faucille et le marteau, les boulons, les étoiles à cinq branches, les fers à cheval et les croix).
source

Esprit du temps, fin

Ce matin en haut des escaliers du RER m'attendait un militaire Famas au poing, l'air belliqueux. Ils étaient trois, à nous regarder sans nous regarder.

Le temps que je trouve mon téléphone, ils avaient décidé de franchir les portillons: la photo est prise d'un peu trop loin.





Je n'arrive pas à m'habituer à ces hommes armés et en treillis dans les couloirs du RER. J'ai l'impression d'un coup d'état imminent, de vivre dans une république bananière. Ça dure depuis combien de temps? Août 1995? (l'attentat dans le RER B à Saint-Michel). Cela n'est-il pas, n'était-il pas, destiné à être temporaire?

Et je les plains, ces militaires: se sont-ils engagés dans l'armée pour faire le pied de grue dans les couloirs du RER? Quels sont leurs ordres? Leur arme est-elle chargée, balle engagée dans le canon? (si oui c'est scandaleux, si non c'est inutile).

Appelez-moi Anatole

J'avais vu traîner ça chez Matoo, je crois, mais je n'avais pas de photo. Maintenant que j'en ai un stock à force de m'amuser avec photobooth, j'ai essayé.

J'aurais peut-être dû m'abstenir. J'ai essayé trois photos différentes, avec toujours le même résultat.
Ce doit être mes origines slaves qui remontent.


Secret de fabrication

Qui m'a dit récemment qu'il aimait le design de ce blog?

L'idée et les couleurs des colonnes roses et blanches viennent de là:







Note le 24 février 2015: Pour comprendre ce billet, cliquez sur "Cheshire cat" dans la marge. Le décor du blog a été modifié ultérieurement.

Sac de dame

Pour ne pas abîmer mes livres, je tends à privilégier les cartables.

Mon voisin de bus (inconnu) se penche sur mon cartable ouvert:
— Votre sac est bien rangé.
Je ne comprends pas ce qu'il veut dire:
— Je ne comprends pas, qu'est-ce qu'il a de spécial ?
— Rien. Pour un sac de femme il est bien rangé.
Je ne lui ai pas expliqué qu'il était impertinent, indiscret et pétri de préjugés.
Le plus étonnant est que la scène s'est répétée pratiquement à l'identique à quelques jours de là — à cela près que j'ai compris tout de suite.


Comme on se moquait de mon absence de "sac de dame", j'ai fini par trouver chez Loxwood le modèle idéal pour transporter des livres. Il existe en plusieurs tailles, plusieurs matières, plusieurs couleurs, qui changent à chaque saison (mais la forme reste la même).
Problème: les jours de pluie ou de neige.



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Vendredi dernier : jour d'Eglogues.

Si vous habitez Blois, si vous traversez Blois

A Blois Vienne (quartier de Blois au sud de la Loire) se trouve désormais une librairie d'occasion qui fait café (avec des cakes faits maison) ou un café qui fait librairie.
On peut s'y installer et lire toute l'après-midi.
On y trouve un bon nombre de numéros de la revue Europe (un mètre cinquante de rayonnage, à vue de nez) et la défunte collection Orphée des éditions La Différence (ainsi que La Folie Almeyer de 1928, trois Tony Duvert, etc).
Les tables sont en formica et le sol carrelé de petits carreaux sous un éclairage cru.
Le tenancier a de la barbe.

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Liber.thés, 21 avenue du Président Wilson.

Cadeau

Gvgvsse m'a offert des cigarettes américaines de toutes les couleurs achetées à Moscou en souvenir de celles que fumait sa grand-mère.
Elles sont si jolies et si inattendues que je n'oserai pas les fumer.


Nikita Nicolas, même combat !

Ça doit être en train de faire le tour du web, mais tant pis pour l'originalité:

(Précisons que j'aime bien ce slogan: je fais partie de ceux qui ont été élevés dans la religion du travail, et qui ne comprennent pas très bien qu'on puisse avoir des problèmes avec la DRH parce qu'on travaille trop.)

A l'occasion, j'essaierai de mettre un meilleur scan en ligne.

Carole à l'Assassin

J'ai pris une seconde photo à l'Assassin, une photo de Carole. Je ne sais pas si elle était là pour Embruns ou pas. Elle jouait avec des boules lumineuses qui changeaient de couleur avec la chaleur.
Quand je lui ai demandé comment lui transmettre la photo, elle m'a dit qu'elle était sur facebook. La photo de son profil est encore plus jolie.

(Photo dédicacée à Sk†ns, bien entendu, puisqu'il voulait savoir s'il y avait des nanas).

Les rencontres d'une semaine

Mardi Marie

Elle arrive en retard, j'ai eu le temps de prendre une bière et de lui envoyer (au bout d'une demi-heure, mon délai de grâce) un SMS paranoïaque («Tu m'as oubliée? J'ai donné une mauvaise adresse? Je me suis trompée de jour?»). Je repère sur le mur une affiche pour un spectacle-hommage à Boby Lapointe et une pour un film de Paul Newman. Apparemment il a filmé sa femme. Il faudra que j'essaie de voir ce film, j'aime beaucoup ces deux acteurs.

C'est la troisième fois que nous nous rencontrons, ça fait deux ans que nous ne nous étions pas vues.
Vous ou tu, je ne sais plus. Par écrit, vous. Ce soir-là, je ne sais plus. Tu, sans doute.
Nous parlons, du Yémen, de Renaud Camus, des fous rires avec Renaud Camus, de ses chiens, de notre incompréhension de son parti, de "l'affaire" qu'elle avait sentie venir [1], (c'est une lectrice "historique", dès Passage), de l'ours Ben, de sa fille. Je lui raconte mes rapports à la littérature, cette façon de tourner autour depuis si longtemps, du K de Dino Buzatti et de ses deux fins, la véritable (le monstre marin offre une perle au narrateur) et celle que m'avait racontée le père d'une amie lorsque j'avais seize ans (à la fin, quand il est trop tard, le requin dit au narrateur: «Je t'ai tant aimé»), cette façon que j'ai de fuir la littérature à la façon dont le narrateur fuit le K et d'être toujours rattrapée.
Nous parlons livres, voyages, amis; nous parlons je ne sais trop de quoi, toujours est-il que nous finissons par nous lever à une heure du matin lorsque les garçons du Reflet commencent à retourner les chaises sur les tables.

Mercredi Embruns

Comme j'avais ce soir-là une réunion à Yerres, je savais que je ne pourrais arriver que très tard. Qu'importe, depuis le temps que je suivais les Paris-carnets sur le web (janvier 2004), depuis le temps que je remettais les occasions d'y aller (d'abord parce que je n'avais pas de blog, puis parce que j'en avais un: je n'allais pas "en plus" passer mes soirées avec des blogueurs (ici, imaginer l'exaspération de mon entourage devant cette activité futile et obsédante)), cette rencontre-là ne pouvait pas être remise : c'était les adieux du capitaine, la fin d'une époque, la fin du canal historique de la blogosphère française (un peu de grandiloquence ne fait jamais de mal).

Je n'avais rencontré Laurent qu'une seule fois, pour les trente ans de Matoo, il y a dix-huit mois. A peu près impossible qu'il s'en souvienne. Mais ce n'était pas grave: j'allais à ce Paris-carnet comme on fait un pélerinage, c'était un signe pur.

Je suis arrivée à L'Assassin à 23h30. Il ne m'a fallu que quelques secondes pour constater que je ne connaissais personne (mais je connais si peux de blogueurs que c'était infiniment probable). J'ai repéré Embruns, je me voyais mal aller l'importuner. J'ai commandé une Guinness (horreur et damnation: une canette vidée dans un verre puis passée à travers je ne sais quel procédé à ultra-son pour la décanter!) et me suis installée au bar pour boire tranquillement en attendant de décider du mouvement suivant.
Je regardais les têtes, certaines me paraissaient familières, sans doute vues en photos lors de compte-rendus de soirée publiés sur le web. Je riais de penser qu'il y avait peut-être dans la salle deux ou trois personnes que j'avais beaucoup lues, dont je connaissais la vie plus intimement que certaines de leurs connaissances, et que je ne savais même pas les reconnaître. Certains trouvent cela malsain, moi j'aime bien. C'est bizarre mais pas bien méchant, un peu mystérieux mais sans enjeu.
— Ça t'arrive souvent de venir boire seule dans un café plein?
Je me suis fait aborder par un petit mec, blogueur de son état, ayant visiblement déjà pas mal bu, plutôt marrant. Il tenait un discours d'une grande cohérence dans son incohérence, quelque chose de l'ordre de la sinusoïde lunatique, ouais moi j'ai un carnet d'adresses, rien qu'hier j'ai présenté un copain à Mathieu Kassovitz, Mathieu Kassovitz, quand je veux je quitte mon boulot, ch'uis très demandé, mais j'm'éclate là ou ch'uis, ch'uis mal payé, mon blog, il est lu par deux cents personnes, ça m'a pris du temps de comprendre que j'étais trop bon pour les autres, mais qu'est-ce que ch'uis, ch'uis rien, regarde-moi,...
Etc. J'étais plutôt amusée, il me tenait compagnie. Je pensais «Tu t'es vu quand t'as bu». Je n'ai pas vraiment compris ce qu'il faisait là, apparemment il ne connaissait pas Laurent, il était venu entraîné par un ami. Je lui montrai Embruns.
— Ah c'est lui? Il m'a donné un mail-opener, me dit-il en brandissant un @ en acier qui me sembla être un décapsuleur. Tu vois il est vachement sympa, je suis vachement sympa, il me connaît pas et il m'offre un mail-opener, j'en reviens pas de ma chance...
— Tu veux dire qu'il n'a pas trouvé d'autre moyen de se débarrasser de toi, lâchai-je un peu sadiquement, d'une part parce que je le pensais, d'autre part pour voir comment il allait réagir.
Mais il avait déjà disparu pour retourner voir Laurent. Je le rejoignis, ce qui me permis de dire quelques mots et de remarquer l'alliance de Laurent, sobre et large. C'est ainsi que je me présentai à Jujupiter, que je vis rouler un magnifique patin au capitaine (hélas, le temps de saisir mon portable, il était trop tard). Je mets en ligne une photo prise dans les minutes qui ont suivi, bien floue comme toute photo de paparazzi qui se respecte:

Le temps de reconnaître Versac et je demandai à un grand brun qui parlait à Laurent : «Et toi, tu es qui?»
Toujours la même hésitation: comment se présenter entre parfaits inconnus, comment donner LE trait qui permettra l'identification de façon rapide et certaine (pour ma part, je me présente généralement comme commentatrice chez Matoo: nous ne sommes pas si nombreuses) :
— Eh bien... si tu lis Matoo... Je ne sais pas si tu as lu un post récent, où il parlait d'un certain Michel V...
— Oui ?
— Je suis Michel V.
— Ah, celui dont Embruns disait qu'il était un hétéro irrécupérable?
(Lol.)

Je dois avouer que la coïncidence m'a fait plaisir: tomber sur l'un des personnages principaux d'un des posts récents de Matoo, visiblement vieille connaissance d'Embruns...
Je me suis éclipsée peu après.

Jeudi Parapluie et infundibuliforme

Au départ le rendez-vous était samedi: je n'aurais pas pu venir, mais Matoo si. Puis les choses se sont inversées et je me suis retrouvée à Saint-Michel pour un rendez-vous foireux. (Parapluie a tiqué devant ce terme de "foireux": j'appelle foireux un rendez-vous dans un endroit large et populeux avec des gens qu'on ne connaît pas, qu'on n'a jamais vu, avec qui on a convenu d'aucun signe de reconnaissance et dont on n'a pas le numéro de téléphone. Je le savais avant d'y aller, je ne m'attendais pourtant pas à ce qu'il y eut autant de monde sur cette place.)
J'expérimentai l'attente, brandis ostensiblement un livre au titre prétentieux, cherchai un jeune homme avec un parapluie. Je m'approchai des groupes, tentai de saisir des conversations, envoyai un mayday à Matoo qui ne me fut d'aucun secours.
Bah, qu'importe, on se retrouverait dans la file d'attente ou dans la salle.
En effet, la première chose que je vis en entrant dans la salle, ce fut eux, certitude, un groupe, très jeune (ils me lisent, mais il faut qu'ils le sachent: très jeunes!), installé au premier rang. Drôle d'idée. Je montai m'installer à ma place habituelle, dans le fond.

Après le film, nous évacuons la salle par le fond. Je les attends, un peu mal à l'aise. D'une certaine façon le risque est gros: celui de les décevoir.
Les sourires sont là, c'est bien eux. Ils me vouvoient, je proteste mais n'insiste pas: après tout, c'est bien naturel, et je trouve si pénible ces gens qui veulent à toute force qu'on les tutoie alors que le vous vous vient naturellement aux lèvres. Je me demande si je leur parais aussi vieille qu'ils me paraissent jeunes... (non, je ne tiens pas à avoir la réponse!).

Après le débat, nous nous retrouvons au café place de la Sorbonne. Il y a là Parapluie, infundibuliforme, un ami à eux prof de math et deux jeunes filles encore étudiantes.
Nous parlerons là encore jusqu'à la fermeture du café, décourageant le prof de math qui doit rejoindre sa banlieue puis les deux amies. Il fait froid, Parapluie tremble. Je n'ose écrire car je sais que les deux me lisent, que chaque mot sera pesé et donnera lieu à des discussions. L'un parle, l'autre moins, l'un est pâle, l'autre sombre, je découvre qu'ils sont pacsés, j'admire tant de décision.
Nous parlons du film, de l'homophobie, de Beckett, de théâtre, de Censier, des relations familiales (jamais simples — toujours barges), de blogs, de l'expérience du Cern.
— Pourquoi les objets ont une masse?
Je commence juste (au moment où j'écris) à entrevoir ce que signifie la question et le fait qu'on la pose ainsi. Nous parlons un peu de physique, de mesure, de température, chaque fois je dis une bêtise, et parapluie, un peu gêné mais rigoureux, corrige comme il peut. Je m'aperçois avec horreur que je ne sais plus rien, que je confonds tout, je songe à Bouveresse et je me dis que désormais je m'interdirai toute allusion scientifique. Je me rends compte une fois de plus qu'il y a des modes, même en sciences, le vocabulaire de Parapluie n'est pas celui que j'ai appris.
Nous parlons de Beckett et des animaux chez Beckett. — Il n'y en a pas. — Si, ils sont tous morts.
Toujours la même surprise et le même soulagement de s'apercevoir qu'il suffit d'un intérêt commun pour pouvoir discuter avec des inconnus.

Ils me raccompagnent jusqu'à Jussieu. Je trouve un vélib. Je m'endors dans l'autobus.
Demain soir, encore une réunion.

Notes

[1] voir ici pour ceux que ça intéressent et qui ne connaissent pas.

Le pied

Vous aviez failli échapper à cela, mais suite au conseil de Sk†ns, je le mets en ligne.

Mardi matin, afin de ne pas totalement perdre mon temps en formation (et parce que j'ai trouvé dans mon sac l'élastique donné par ma mère à cette fin), je me suis attachée les orteils.

Blog Day 2008

Pour répondre à l'invitation de Parapluie, cinq blogs que je n'ai jamais cités (ou presque).


  • l'un des rares blogs survivant de la première époque des blogs

Lydia, découverte (à priori via Berlinette via Matoo (je me demande s'il est vraiment utile de faire des liens vers Matoo)) à l'époque où les blogs étaient encore rares, et où les "blogs de fille" n'existaient pas encore. J'ai beaucoup aimé ce blog dont l'auteur racontait ses difficultés (divorce, jeune enfant, solitude, etc) avec une force de caractère qui me remplissait d'admiration. C'est un peu mon blog Dickens: des moments difficiles, une histoire qui finit bien. C'est dans sa blogroll que j'ai découvert le blog des schtroumpfs.


  • pour les photos

Le Nonist : j'ai souvent la flemme de lire, mais quel plaisir des yeux. Découvert je ne sais plus où ni comment, à l'occasion de ces photos auxquelles je reviens toujours. Les annexes du blog ne sont pas mal non plus (je n'ai jamais pris la peine de chercher à comprendre comment s'articulait l'ensemble: l'époque où je lisais de A à Z les blogs qui me plaisaient est révolue depuis longtemps).


  • une mine pour les Parisiens et pour les touristes

Hôtels Paris rive gauche : expos, restaurants, photographies... et en plus il est bilingue. Il est desservi par son nom qui pourrait faire croire qu'il s'agit d'un blog publicitaire, ce qu'il n'est pas, ou si peu que je ne m'en suis pas aperçue. Je l'ai découvert en faisant une recherche sur le festival Chopin, suite à un post de Zvezdo.


  • du sport

(Spéciale dédicace à Sk†ns, pour qu'il arrête de bouder). J'ai découvert grâce à Franck que Romain Mesnil tenait un blog. J'aime beaucoup l'idée qu'un sportif de haut niveau prenne le temps d'écrire, et j'aime cette opportunité de jeter un coup d'œil dans les coulisses.


  • design

Ce blog est sans doute beaucoup plus connu que les précédents. Là encore, ce sont les photos qui m'ont d'abord retenue, et le bel aspect du blog, très techno (en partant du twitter de Cafeine).

Je vais finir par me coucher

J'ai trop dormi aujourd'hui: je n'ai pas sommeil.
J'ai trop dormi parce que j'avais de la fièvre. Allergie ou sinusite? Ou émotion d'avoir enfin réussi à ranger le dernier étage (y compris le transfert de quarante cartons d'archives et de jouets dans un réduit aménagé sous la charpente caché derrière des étagères: déplacer les étagères, vider le réduit (dans lequel il faut ramper parmi les toiles d'araignées (lâchement, nous y avons envoyé les enfants, sous prétexte qu'ils étaient plus petits)), monter les boîtes d'archives du rez-de-chaussée, extraire les cartons de jouets du grenier, trier, jeter, ranger, annoter, replacer les étagères)?

Bon évidemment, il y avait quelques compensations à se traîner dans la poussière, comme se déguiser en ninja, par exemple.


Commencé Conversions de Matthews. Je l'ai abandonné au bout de six chapitres pour entreprendre Locus Solus: Matthews s'est tellement inspiré de Roussel qu'il me semble préférable de lire dans cet ordre-là. Je me suis endormie.

Constaté hier que sk†ns n'avait rien trouvé de mieux que de me référencer sous les mots "nue sous son tablier". Je me demande ce qui l'a poussé à choisir ça (je ne mets pas de tablier). Voilà une description qui 1/ me pousserait bien à écrire des bêtises 2/ me fait craindre que certains, peu portés naturellement à explorer les blogolistes, ne se retrouvent ici malgré tout.
On verra.

Le sommeil commence à venir. Voilà une semaine que nous vivons sous le signe de Harry Potter. Est-ce avouable, vraiment? Tout a commencé vendredi dernier, quand nous avons écouté en voiture le tome I (enregistré en 2000 lors d'une lecture par Giraudeau sur France Culture: j'y avais passé la nuit, c'était avant les podcasts, eh oui (et c'est stupide, je sais. Il est même possible que ce soit pour cela que je l'ai fait)). En arrivant, nous avons entassé les bagages dans l'entrée et nous nous sommes installés devant le II (le film), parce que je ne l'avais jamais vu et que j'aime voir les acteurs grandir. Puis nous avons regardé le quatre, que je n'avais pas vu non plus (en fait, je ne regarde pas beaucoup de films, je préfère les séries américaines prévues pour petit écran). Puis j'ai repris le tome IV en livre, pour vérifier certains points, notamment relire les épisodes du labyrinthe et du cimetière. Puis j'ai passé la semaine à rouvrir les livres, le VI pour le souvenir de Slughorn, la potion felix felicis, le tatouage de Harry, l'épisode du lac, puis celui de la mort de Dumbledore, puis le VII, "King Cross station", le sauvetage d'Olivander et de Luna, la capture de la baguette de Malfoy, le dernier souffle de Snape et ses souvenirs... Et ce soir, retour aux films, le III, puis le V (je ne regarde pas de façon continue, je me lève pour mes moments préférés, comme les enfants (les patronus, bien sûr, et les feux d'artifice de Fred et Georges)).
Que quelqu'un m'explique ce que cette série console en moi.

Florilège:
un article littéraire sur l'utilisation et la déconstruction des stéréotypes dans le cycle Harry Potter;
une interview de J.K. Rowling à Havard (à l'écouter, je me dis qu'il y a beaucoup de résonances entre les souvenirs de Conrad voulant devenir marin et les souvenirs de Rowling voulant devenir écrivain);
et des muggles jouant au quidditch.

En rangeant, j'ai retrouvé mes notes de patristique. Je crois que je commence à avoir sommeil.

Au bonheur des dames

Sous-sol du Printemps, rayon lingerie, devant l'espace Chantal Thomass, un stand propose de vivre sa sexualité libérée :



Je suis triste : même ça, la génération bling-bling aura réussi à le récupérer (car il faut bien l'avouer, ça avait son charme, les sex-shops sordides et les catalogues feuilletés en rigolant et en s'exclamant. Qu'est-ce que c'est cette sexualité bien aseptisée, bien clinquante, bien hygiénique, cet érotisme de pacotille? Quelle négation de tout mystère, aussi, même plus le droit d'être gêné(e(s)), obligation de regarder tout cela sans sourciller, même combat que les enfants à qui l'on apprend l'usage du préservatif à neuf ans sur les bancs de l'école. N'y a-t-il pas des régions que l'on devrait avoir le droit de n'explorer que volontairement?)

Larchant

J'ai profité d'une transversale Pithiviers Bois-le-Roi pour m'arrêter à Larchant. J'avais gardé de l'église Saint Mathurin en ruines un souvenir émerveillé, quelque chose venu du fond des âges dont l'absence de restauration permettait soudain de prendre conscience de la restauration de toutes les autres églises et de tous les autre monuments. On se mettait au centre de la tour au clocher manquant, on regardait vers le haut, on calculait la probabilité de se prendre une pierre sur le nez.
Trois ans plus tard, j'ai été un peu déçue, les forces de l'ordre sont passées par là, ce sont désomais des ruines propres et blanches, bien sages dans leur robe de ruines.

Plus de calmes blocs chus, mais encore des pierres contre le ciel, heureusement.

(toujours des photos de téléphone).

Je conservais de l'intérieur le souvenir d'une nef humide, de la paille s'échappant par poignées du plafond, une impression d'écroulement imminent sous le poids des ans et par absence d'entretien.
Ai-je imaginé cela? Cela semble si loin. Le plafond est propre, la voûte du chœur formée de petites briques beiges ou ocres; des vitraux blancs éclairent le transept, des vitraux bleux la chapelle de la Vierge.
Ai-je rêvé?

détail d'un des vitraux blancs

Samedi

Ange sur portail noir graffité à l'angle de la rue des Prés et de la rue du Moulinet.





Un magasin consacré au tennis de table 6 rue du Moulinet, quelque chose de l'antre de M. Ollivander. Dans une niche, deux ampoules rouges illuminent un bouddha. Epaisseur de plaques en dixièmes de millimètre, stockage d'énergie, «vous tapez un peu fort ou tout le temps fort?», j'écoute en me disant que celui qui ne sait pas décrire ce qu'il ressent et ce qu'il cherche ne peut pas jouer au ping-pong.

Un thé à la mosquée, je traîne H. jusque devant le château du jardin des Plantes pour qu'il voit carte géologique : «Oh, la carte BRGM! C'est la première que nous ayons faite sur Dry! Il faut vingt-sept vraies couleurs ''(NDB: au lieu de la quadichromie habituelle)'' pour l'imprimer et du papier très épais, ça coûte une fortune...» (etc).

Gare de Lyon, nous récupérons C., je les abandonne pour un Vélib et remonte jusqu'à Ménilmontant. Il fait très beau, je fais quelques détours pour privilégier les petites rues, la jeune fille à qui je demande où se trouve le parking de vélib le plus proche de Notre-Dame de la Croix me l'indique en me précisant que je ne dois pas prendre le chemin le plus court car la rue, piétonne et en travaux, est en sens interdit. Je ravale une réponse ironique et remercie.

Barbecue de blogueurs. Je n'en connais pas beaucoup. Enclave tranquille. Enfants. Soleil. Bouteilles. Discussions à bâtons rompus sur tout et n'importe quoi, surtout n'importe quoi.
(Note après réflexion à l'intention de Virginie (si elle parvient jusqu'ici) qui s'exclama rieuse en apprenant l'un de mes pseudos (alors que nous étions parvenues à la conclusion que mon blog "manqu[ait] de chair"): «mais tu es très sexe, alors!» (non-sic, mais à peu près): la chair est dans les commentaires, chez les autres: c'est plus caché, donc plus facile.)
J'ai perdu la notion du temps. Il fait de plus en plus froid.
Je comprends pourquoi en arrivant devant la gare de Lyon: il est 4h20. Je prends le dernier car avant la reprise du trafic du RER.

Je rentre de la gare à pied. Le soleil se lève, il fait tout à fait jour quand j'arrive chez moi. Il est six heures passées quand je me couche.

Contre temps

En réalité, ce jour-là, il faisait gris. Il a fait gris presque tous les jours, avec des variations, de la pluie au ciel dégagé quelques minutes. Nous cherchions le soleil durant les intercours. Evidemment, cela a limité la pétanque. Nous nous sommes rabattus sur le ping-pong (et le calva).



Les tables laissent à penser que cette photo a été prise lundi dans la matinée (tentative de reconstitution minutieuse d'un temps totalement fondu dans la masse).

En contrebas de la façade sud se trouve un vieux chêne un peu déplumé, à la couronne mal équilibrée (le parc a souffert de la tempête de 1999 mais les arbres qui restent sont magnifiques). Edith Heurgon nous a raconté qu'il lui avait valu une abondante correspondance avec Michel Tournier, qui voulait qu'elle le fît abattre pour dégager la vue.

Hommage à Mireille

Devant (ou derrière) la fenêtre où je tape quelques mots (que finalement j'oublierai de mettre en ligne) :


PS: ma contrainte : toutes les photos de ce blog sont des photos de téléphone.

Bien arrivée. Bise.

Jeudi. Salutations: «Reposez-vous bien». Je regarde mon interlocuteur comme s'il parlait chinois.

Vendredi. Le fait que je prenne cette semaine de "vacances" a posé quelques problèmes d'organisation (nous avons découvert, ma collègue et moi-même, que nous étions presque indispensables) et par bonté d'âme, parce que je sais que F. est une grande angoissée, je rédige et lui envoie trois documents censés la rassurer. Pendant ce temps je ne fais pas ma valise. J'ai cru que je n'arriverais jamais à faire cette valise. Trop fatiguée, trop stressée. Et que se passerait-il si je loupais mon train? Déception et soulagement.

14h57, gare Saint-Lazare, train pour Cherbourg. Ma voisine lit Conversions, d'Harry Matthew. J'ai rencontré ce titre il y a quelques jours, mais où?
Le wagon est silencieux, impressionnant de silence. Ma voisine interroge le contrôleur pour savoir si le train s'arrête bien à Carantilly. Non, il y a très peu d'arrêts à Carantilly, vous savez. J'attends qu'il s'éloigne un peu pour la rassurer.
A Lison descendent une quinzaine de personnes. Ça s'interpelle et ça se reconnaît, «je vous présente Tartempion, doctorante en...» Mon dieu, mais ils sont nombreux, de tous âges et de tous sexes, tous universitaires: qu'est-ce que je vais bien pouvoir dire quand ils vont me demander ce que je fais? Qu'est-ce que je fiche là?

Nous semons la panique dans le "train intercités" entre Caen et Rennes, nous sommes une colonie de vacances heureuse et bruyante, les gens nous regardent, pas un ne se lèverait de son strapontin pour faire de la place ni ne se pousserait pour laisser passer une valise très lourde, j'écrase consciencieusement quelques orteils.
Comme prévu, le train s'arrête à Carantilly, arrêt spécial pour Cerisy, "non indiqué sur les horaires de la SNCF", était-il précisé sur le programme. Ce détail me ravit: le train s'arrête en catimini en rase campagne pour faire descendre au cœur du bocage normand quelques illuminés venus du monde entier.

J'ai une chambre dans les anciennes écuries. Les stalles ont été conservées. C'est très pittoresque et risque fort de déclencher une crise d'allergie (je supporte mal les odeurs de bois, d'humidité, de paille, l'odeur des vieilles fermes). Le bureau est minuscule, et surtout, nous serons probablement deux dans cette chambre. Ça ne fait pas mon affaire, je n'avais pas prévu de dormir beaucoup cette semaine, il faudra que j'aille travailler dans les pièces communes. Mais si je rentre tard ou pars tôt, comment ma cothurne supportera-t-elle mes allers-et-venues?
On verra.

Voilà. Je suis à Cerisy.

Gâteaux

Au fur à mesure que les blogs se font plus silencieux, je passe du temps sur Flickr (de l'art de rêver ou de perdre son temps). Inattendue galerie de gâteaux ce matin.

Hommage à un blog disparu


Melismes se cache ici.

Comment je suis arrivée ici



C'est une bastide de 1629 restaurée avec lenteur dans les terres derrière le Cap d'Agde. J'hérite de la chambre la plus austère, ce qui me convient parfaitement (tomettes et œils de bœuf).

Trois jours pour être mangée à je ne sais trop quelle sauce, je n'aime pas les "psy", d'un côté ils me font peur, de l'autre je n'y "crois" pas (cependant ils me font peur).
Je ne suis venue que parce que j'ai confiance en A., et qu'il y a si longtemps que je pleure dans son giron qu'elle a gagné le droit que je suive ses conseils et ses encouragements : «Tu devrais voir Frances, elle est formidable».
Et puis elle m'avait fait confiance pour une sage-femme, je peux bien lui faire confiance pour une psy: accoucheuse pour accoucheuse.

En début d'année, au moment où étaient décidés les budgets de formation, j'ai donc demandé ce stage de "développement personnel" sur mes heures de DIF (droit individuel à la formation).

J'écris ses lignes sans les poster, je n'ai pas de connexion internet.
Mais j'ai amené mon Macbook et des livres, je ne me déplace pas sans talisman.

Mai glorieux

Paternité

Situation I

Lorsque j'étais en terminale, je lisais Fanshen, je ne sais plus pourquoi. Le midi, je m'échappais du lycée, je lisais en marchant, j'allais jusqu'à la basilique, je m'installais dans la nef, je lisais dans l'odeur d'encens.





Parce que j'ai été très malheureuse au collège et que C. était très malheureux au collège, je l'ai sorti de là et je l'ai mis dans une boîte privée. Depuis il n'est plus malheureux, il vit avec décontraction, un club Med permanent, en quelque sorte.
H. est furieux, râle à cause du prix et du je-m'en-foutisme de C. La seule façon de le faire taire (et encore, ce n'est pas sûr), c'est que je puisse financer cette école sur mes deniers (ou remettre C. dans le public (mais je n'aime pas l'échec)). Donc il faut que je change de boulot, que je retourne faire ce que je détestais, parce que cela paie mieux.
Et tout ça juste parce que je suis têtue, car si C. m'en sera peut-être vaguement reconnaissant, il ne fera pas le moindre effort pour autant, et H. regrettera que le surplus de recettes serve à "payer cette école pour gosses de riches".
J'en ai marre.

Face à la Sorbonne, Montaigne

Occupation bizarre

Ce matin, à 6 heures et demi, j'étais à genoux devant le ficus du salon afin qu'on puisse prendre une photo de ma tête «avec du vert dans le fond».
(J'étais à genoux pour me trouver devant les branches les plus fournies du ficus, afin qu'on ne voit pas le mur à travers elles).






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Explication dix ans plus tard : il s'agissait de faire une photo pour la liste des élections municipales (dans le camp du Modem).

Encore de l'art contemporain

Hier, autour de 18 heures, je feuillette Beaux-Arts magazine de novembre. Un article attire mon regard, car il reprend l'un des points soulevés par Commande publique: «Enquête sur les restaurateurs de l'impossible face à Koons, Hirst... L'art contemporain à durée limitée?»

Je regarde les photos. Finalement, mon problème n'est pas que je n'aime pas l'art contemporain, c'est que je n'arrive pas à le prendre au sérieux. Si l'on excepte quelques œuvres affreuses, et quelques autres terrifiantes (et donc très fortes, sans doute les meilleures, supposé-je (mais qui a envie de vivre avec une œuvre terrifiante dans son salon, une œuvre qui vous donne envie de hurler de terreur ou de désespoir?)), j'ai toujours l'impression d'être en face d'une bonne farce. Les discours très abstraits sur le thème me complexent terriblement : quand je vois une gigantesque peau de banane suspendue au plafond, dont deux pans sont relevés à l'aide de câbles, découvrant l'empreinte d'un corps d'homme dans le corps de la banane, j'ai avant tout envie de rire. Ce n'est pas que cela ne me plaise pas, mais j'ai envie de rire, et je me demande pourquoi tout le monde ne rit pas: une impression de roi nu.


Autre photo, petite, bleue. Il s'agit de paquets de Gauloises.

Je copie la légende de la photo:

Pierre Buraglio, Gauloises. 1978, assemblage de paquet de cigarettes, 200x200 cm.
Pour assembler ce panneau de 336 paquets de Gauloises bleues, Pierre Buraglio avait utilisé des bandes de Scotch qui ont jauni avec le temps. Les restaurateurs les ont retirées et les ont remplacées par des matériaux plus stables, tout en s'interrogeant: la seule trace autographe de l'artiste étant d'avoir posé ce Scotch, en le retirant ne risquait-on pas d'annuler son geste?

Le panneau me plaît, l'idée me plaît, la couleur me plaît... mais quand je lis cette légende, j'ai à nouveau envie de rire: comment peut-on être si pompeux devant une chose aussi ludique? Ou alors cette légende n'est pas pompeuse, mais tongue in cheek? Comment savoir, comment décider, je ne connais rien des codes de ce monde-là.
Et je m'interroge: je croyais que ce qui comptait, c'était l'idée, davantage que "la trace autographe". L'idée d'un panneau de Gauloises subsiste, quel que soit l'adhésif. Alors? Y aurait-il réapparition de la technique, un artiste étant finalement jugé dans sa capacité à durer, au sens le plus concret du terme (sens de la matière, des matériaux, retour à l'antique problème de la conservation de la couleur et des textures)?

Voiliers

Comme dirait Louis XVI, "rien".
Du vélo, des vélos, il fait froid. Beaujolais nouveau, pas trop mauvais, réchauffant.

Pascal Perrineau analyse l'opinion des Français face à "l'ouverture" (mais le mot ne sera jamais défini. Par recoupement, on déduira qu'il s'agit du contraire du protectionnisme ou du conservatisme): rien de transcendant, même pas de quoi remplir un billet, mais il est drôle. Le grand clivage entre les Français aujourd'hui n'est plus la classe sociale ni l'opinion politique, mais la réponse donnée à la question «A votre avis, la mondialisation est-elle plutôt une chance pour la France?» 51% des Français répondent non, 48% oui.

L'eurobaromètre permet de poser les mêmes questions dans tous les pays de l'Union européenne. Les Français font souvent partie des plus pessimistes. Nous sommes les premiers consommateurs d'antidépresseurs au monde.

En passant devant l'hotel Lutetia, je remarque un tourbillon derrière une vitre:


Il s'agit de minuscules bateaux en papier.


Je n'ai pas retenu le nom de l'artiste, ce n'était d'ailleurs pas très clair. Ricardo quelque chose, sans doute.

Cela demande réflexion

Vendredi matin, je contemplais mélancoliquement quelques mots de la pub pour le combi volkswagen «[...] on change de femme, on change pour un homme, [...]», en me disant que décidément cette pub avait bien saisi l'air du temps, quand miraculeusement j'ai reçu un mail qui contenait quatre photos réconfortantes.









Un bal de têtes

Fêté les 40 ans de O.
Constaté une fois de plus que les visages et les corps sont le plus sûr signe du temps qui passe, puisque nous avons revu beaucoup d'inconnus rencontrés pour la dernière fois lors des 30 ans de O.

Il y a dix ans, nous étions les seuls à avoir des enfants et nous n'en parlions pas, parce que ce n'est pas un sujet de conversation et que nous voulions avant tout oublier les soucis quotidiens lorsque nous étions en soirée. Dix ans plus tard, tous les autres ont des enfants entre zéro et cinq ans, qu'ils amènent en soirée et qui deviennent l'unique point de polarisation. Forts de notre expérience, nous repérons d'un coup d'œil les trois ou quatre solutions qui règleraient quelques dysfonctionnements mais prudents nous nous taisons.

Nous rions avec effroi lorsque O. déclare à un blondinet de cinq ans pendu à son cou: «Quand tu auras quarante ans, c'est toi qui me porteras.»

Appris incidemment que j'écrivais probablement en LISP sans le savoir: lot of insipide and stupid parenthesis (ce qui ne fera rire que les geeks, mais comme il ne doit pas en traîner ici, ceci est une parenthèse stupide de plus (CQFD)).

Et pour Didier the Banished, une devinette: si les garçons jouent à Dongeons et dragons, à quoi jouent les filles ?

Tout vient (presque) à point à qui sait attendre

J'ai passé ma frustration de l'été sur des fringues.

J'ai toujours rêvé d'avoir des cuissardes, les bottes de Barbarella ou de Yoko Tsuno, selon les références.

A vingt ans, je n'en avais pas les moyens. J'avais acheté une pseudo-paire chez Eram, qui dépassait un peu le genou.
Bien entendu, elles descendaient. Pour tenir, des cuissardes doivent être en cuir de très bonne qualité et s'ouvrir avec une fermeture éclair (au moins au niveau des chevilles) ou être composées pour partie de matière élastique.
J'avais cousu quelques centimètres de ruban élastique à l'intérieur des bottes au niveau du genou, qui serraient bien fort la jambe, dans l'espoir d'empêcher la tige de s'affaisser. J'avais juste réussi à me blesser avec les coutures de ces bricolages, j'avais de drôles de cicatrices sur les jambes mais je mettais quand même mes bottes, même si elles tombaient, même si elles me faisaient mal, avec des petites robes en laine de couleur vive.

En 2000, j'ai entrevu de loin chez un marchand de chaussures des cuissardes. Je les ai achetées et portées, même si c'était compliqué: ce n'était pas la mode, et aucun vêtement n'était prévu pour aller avec elles. Je rêvais d'un vaste pull Corto Maltese pouvant me servir de robe... En vain: si le pull était assez long il était trop large, et vice-versa. Je trichais, j'achetais des jupes (trop) courtes, des sur-vestes en soie trop longues, adoptant un look Matrix sans le savoir, tandis que ma collègue me racontait ses années 70, ses shorts en daim et le désespoir de son père.
Je pouvais me le permettre, nous nous connaissions tous très bien, j'avais droit à des regards amusés et complices.
Puis j'ai changé de boîte en conservant la plupart de mes collègues, mais en en gagnant d'autres. Le jour où un très beau métis m'a dit droit dans les yeux d'un air très sincère et très gêné «tes bottes... elle me font un effet...», j'ai arrêté de les porter au bureau.

Depuis j'ai changé de service, je les porte de temps en temps, plutôt rarement, alors que depuis 2004 environ, c'est devenu un article courant dans les devantures des magasins de chaussures.
Et cette année, enfin, joie et bonheur, sept ans plus tard, la mode est adaptée à mes cuissardes: petites robes courtes et rondes, grands pulls enveloppants...
Je regrette un peu les années et les kilos en plus, mais tant pis: je sens que je vais reporter mes cuissardes. Et tant pis si je fais vieille peau, honni soit qui mal y pense. En tout cas, j'ai acheté trois robes, une en laine, une en velours, une en soie.
Et je crois que je suis devenue copine avec la vendeuse, on a beaucoup ri et elle m'a fait promettre de repasser avec mes bottes. De toute façon j'ai l'intention de repasser, il faut que je convainc son collègue de me laisser un manteau (une forme et une matière admirables) à moitié prix, donc il faut que je lui donne envie de me le vendre... j'ai la carte de la vendeuse et le vendeur a ma carte... (finalement Matoo a eu raison de me faire regarder Sex and the City).
I am happy.

Bon, et pour vous récompenser d'avoir lu jusqu'ici et vous prouver que je pense à vous dans toutes les situations, ô lecteurs, une photo d'un détail de la toile de Jouy de la cabine d'essayage. Il paraît qu'il y a la même à Londres.




PS: message personnel pour Jim: je reçois vos messages mais je ne peux pas vous écrire. Depuis mi-août, tous mes mails me reviennent. Mais je confirme que je n'ai pas de nouvelles positives. A suivre.

Le château de Grosbois

Dimanche, ciel de pluie.



Flamme rose

Bestiaire

Sur l'autoroute, juste devant nos roues, une cane et sa troupe de canetons minuscules et souriants finissent de traverser les six voies en se dandinant et disparaissent dans les fourrés.


Rue du Louvre, un homme arrête les voitures pour permettre à une souris gris foncé de traverser sans être écrasée.


Dans Carnets de guerre de Vassili Grossman acheté hier, la photo du chameau Kouznetchik m'enchante.



Comment trouver notre vieille [division] amie de Stalingrad1 dans la poussière et la fumée, au milieu du rugissement des moteurs avec le cliquetis des chenilles des tanks et des canons automoteurs dans le grincement des énormes convois sur roues qui vont vers l'ouest, dans le flot de ces gamins pieds nus, des femmes en foulards blancs qui se déplacent vers l'est, de ceux qui ont fui devant les combats avec les Allemands et qui maintenant rentrent à la maison ?
Des gens bien intentionnés nous avaient conseillé, afin de nous épargner les arrêts et les questions, de chercher une division caractérisée par une particularité connue de beaucoup : dans son régiment d'artillerie est attelé à un charroi un chameau surnommé Kouznetchik [«Criquet»]2. Ce né natif du Kazakhstan a parcouru toute la route de Stalingrad à la Berezina. Les officiers des transmissions ont l'habitude de repérer dans le convoi Kouznetchik et trouvent sans avoir à poser de questions l'état-major qui se déplace jour et nuit. Nous avons ri à l'écoute de ce conseil farfelu comme à une bonne plaisanterie, et nous avons continué notre chemin.
Et voici que nous sommes de nouveau sur la grand-route, dans la poussière et le fracas. Et la première chose que nous voyons est, attelé à une télègue, un chameau brun, la peau presque à nu, qui a perdu tout son pelage. C'est bien lui, le célèbre Kouznetchik.
Avance à sa rencontre tout un groupe de prisonniers allemands. Le chameau tourne vers eux sa tête peu avenante à la lèvre pendante : il est apparemment fasciné par la couleur inhabituelle des vêtements, peut-être renifle-t-il une odeur étrangère. D'un ton entendu, le conducteur crie à l'escorte : « Fais venir les Allemands ici, sinon Kouznetchik va les bouffer!» Et sur-le-champ nous apprenons tout de la biographie de Kouznetchik : lors des échanges de tir, il va se cacher dans les entonnoirs laissés par les obus et les bombes, il a déjà été recousu trois fois pour ses blessures et s'est vu décerner la médaille «Pour la défense de Stalingrad». Le commandant du régiment d'artillerie Kapramanian a promis à son conducteur que s'il amenait Kouznetchik jusqu'à Berlin, il serait récompensé. «Tu auras la poitrine entièrement couverte de décorations», a dit avec le plus grand sérieux, ne souriant que du coin de l'œil, le commandant du régiment. En suivant la route indiquée par Kouznetchik, nous sommes arrivés à la division.

Vassili Grossman, Carnets de guerre, p.302-303



1 Il s'agit probablement de l'ancienne 308e division de fusiliers, commandée à Stalingrad par le général Gourtiev et qui deviendra la 120e division de fusiliers de la garde en septembre 1943. Cette formation en majorité sibérienne avait défendu l'usine Barrikady à Stalingrad. Pendant l'opération Bagration, elle fut intégrée à la 3e armée.

2 Le chameau Kouznetchik devint célèbre moins d'un an plus tard quand il arriva à Berlin et qu'on lui fit traverser la ville pour cracher sur le Reichstag.

Les Alpes, essai de photo prise d'avion

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