Blog Day 2008

Pour répondre à l'invitation de Parapluie, cinq blogs que je n'ai jamais cités (ou presque).


  • l'un des rares blogs survivant de la première époque des blogs

Lydia, découverte (à priori via Berlinette via Matoo (je me demande s'il est vraiment utile de faire des liens vers Matoo)) à l'époque où les blogs étaient encore rares, et où les "blogs de fille" n'existaient pas encore. J'ai beaucoup aimé ce blog dont l'auteur racontait ses difficultés (divorce, jeune enfant, solitude, etc) avec une force de caractère qui me remplissait d'admiration. C'est un peu mon blog Dickens: des moments difficiles, une histoire qui finit bien. C'est dans sa blogroll que j'ai découvert le blog des schtroumpfs.


  • pour les photos

Le Nonist : j'ai souvent la flemme de lire, mais quel plaisir des yeux. Découvert je ne sais plus où ni comment, à l'occasion de ces photos auxquelles je reviens toujours. Les annexes du blog ne sont pas mal non plus (je n'ai jamais pris la peine de chercher à comprendre comment s'articulait l'ensemble: l'époque où je lisais de A à Z les blogs qui me plaisaient est révolue depuis longtemps).


  • une mine pour les Parisiens et pour les touristes

Hôtels Paris rive gauche : expos, restaurants, photographies... et en plus il est bilingue. Il est desservi par son nom qui pourrait faire croire qu'il s'agit d'un blog publicitaire, ce qu'il n'est pas, ou si peu que je ne m'en suis pas aperçue. Je l'ai découvert en faisant une recherche sur le festival Chopin, suite à un post de Zvezdo.


  • du sport

(Spéciale dédicace à Sk†ns, pour qu'il arrête de bouder). J'ai découvert grâce à Franck que Romain Mesnil tenait un blog. J'aime beaucoup l'idée qu'un sportif de haut niveau prenne le temps d'écrire, et j'aime cette opportunité de jeter un coup d'œil dans les coulisses.


  • design

Ce blog est sans doute beaucoup plus connu que les précédents. Là encore, ce sont les photos qui m'ont d'abord retenue, et le bel aspect du blog, très techno (en partant du twitter de Cafeine).

Avis aux fétichistes

Bon, tant pis pour le niveau :
je repêche ce matin dans la poubelle (ce n'est pas moi qui l'ai jeté) un DVD neuf, jamais regardé: Women of Desire de Robert Ginty avec Bo Dereck et Robert Mitchum (comment est-il arrivé chez nous? une offre jointe à l'achat d'un autre DVD? aucune idée).
Comme j'ai du mal à jeter un DVD de cette icône des années 80, je lance un appel: y a-t-il quelqu'un pour recueillir ce chef-d'œuvre avant qu'il ne finisse à la poubelle?

Relevons le niveau

Je me suis souvenue qu'au lieu de désespérer mes lecteurs sérieux à parler d'Harry Potter, j'aurais pu évoquer la lecture à haute voix que je fis avant-hier au cours du dîner: quelques pages de L'Apocalypse, afin de vérifier le nombre des cavaliers (quatre, sortant des quatre premiers sceaux: un cheval blanc, un noir, un rouge comme le feu, un verdâtre pour la mort).

Et tandis que je poursuivai ma lecture, sautant des lignes pour me concentrer sur la structure numérique (combien de sauvés, sachant que le premier fléau détruit un tiers, le suivant un tiers (soit un tiers de deux tiers?), etc) du texte, je songeais à cette vidéo effrayante et ces photos troublantes.

Je vais finir par me coucher

J'ai trop dormi aujourd'hui: je n'ai pas sommeil.
J'ai trop dormi parce que j'avais de la fièvre. Allergie ou sinusite? Ou émotion d'avoir enfin réussi à ranger le dernier étage (y compris le transfert de quarante cartons d'archives et de jouets dans un réduit aménagé sous la charpente caché derrière des étagères: déplacer les étagères, vider le réduit (dans lequel il faut ramper parmi les toiles d'araignées (lâchement, nous y avons envoyé les enfants, sous prétexte qu'ils étaient plus petits)), monter les boîtes d'archives du rez-de-chaussée, extraire les cartons de jouets du grenier, trier, jeter, ranger, annoter, replacer les étagères)?

Bon évidemment, il y avait quelques compensations à se traîner dans la poussière, comme se déguiser en ninja, par exemple.


Commencé Conversions de Matthews. Je l'ai abandonné au bout de six chapitres pour entreprendre Locus Solus: Matthews s'est tellement inspiré de Roussel qu'il me semble préférable de lire dans cet ordre-là. Je me suis endormie.

Constaté hier que sk†ns n'avait rien trouvé de mieux que de me référencer sous les mots "nue sous son tablier". Je me demande ce qui l'a poussé à choisir ça (je ne mets pas de tablier). Voilà une description qui 1/ me pousserait bien à écrire des bêtises 2/ me fait craindre que certains, peu portés naturellement à explorer les blogolistes, ne se retrouvent ici malgré tout.
On verra.

Le sommeil commence à venir. Voilà une semaine que nous vivons sous le signe de Harry Potter. Est-ce avouable, vraiment? Tout a commencé vendredi dernier, quand nous avons écouté en voiture le tome I (enregistré en 2000 lors d'une lecture par Giraudeau sur France Culture: j'y avais passé la nuit, c'était avant les podcasts, eh oui (et c'est stupide, je sais. Il est même possible que ce soit pour cela que je l'ai fait)). En arrivant, nous avons entassé les bagages dans l'entrée et nous nous sommes installés devant le II (le film), parce que je ne l'avais jamais vu et que j'aime voir les acteurs grandir. Puis nous avons regardé le quatre, que je n'avais pas vu non plus (en fait, je ne regarde pas beaucoup de films, je préfère les séries américaines prévues pour petit écran). Puis j'ai repris le tome IV en livre, pour vérifier certains points, notamment relire les épisodes du labyrinthe et du cimetière. Puis j'ai passé la semaine à rouvrir les livres, le VI pour le souvenir de Slughorn, la potion felix felicis, le tatouage de Harry, l'épisode du lac, puis celui de la mort de Dumbledore, puis le VII, "King Cross station", le sauvetage d'Olivander et de Luna, la capture de la baguette de Malfoy, le dernier souffle de Snape et ses souvenirs... Et ce soir, retour aux films, le III, puis le V (je ne regarde pas de façon continue, je me lève pour mes moments préférés, comme les enfants (les patronus, bien sûr, et les feux d'artifice de Fred et Georges)).
Que quelqu'un m'explique ce que cette série console en moi.

Florilège:
un article littéraire sur l'utilisation et la déconstruction des stéréotypes dans le cycle Harry Potter;
une interview de J.K. Rowling à Havard (à l'écouter, je me dis qu'il y a beaucoup de résonances entre les souvenirs de Conrad voulant devenir marin et les souvenirs de Rowling voulant devenir écrivain);
et des muggles jouant au quidditch.

En rangeant, j'ai retrouvé mes notes de patristique. Je crois que je commence à avoir sommeil.

Invitation à bloguer des blogs

Bon, c'est compliqué. Un filleul inattendu (mais ça tombe bien, je n'ai par ailleurs qu'une filleule (je sais, j'aurais dû dire neveu)) me demande de participer au Blog Day (je n'ajoute pas la bannière parce que ça me gonfle de faire des mises à jours ftp de mon blog).

Si je comprends bien, il me faut trouver d'une part des blogs dont vous parler le 31 août, d'autre part inviter des blogueurs à vous parler de blogs le 31 août, c'est-à-dire qu'il me faut trouver deux séries de blogueurs : ceux que je lis sans que vous le sachiez (dont je vous parlerai le 31 août), ceux dont j'imagine qu'ils me lisent (pour lancer mes invitations).

J'invite donc, sans savoir s'ils sont pour ou contre les manifestations bloguiennes collectives (c'est fou ce que certains réussissent à théoriser à ce sujet), Pradoc, Theobald, Rémi, Aymeric et Philippe[s] à participer au Blog Day.

Journée confuse

C. s'est cassé le petit doigt en le cognant sur le rebord d'un lit : deux heures aux urgences pour une radio et une attelle. Je lis Des souvenirs de Conrad en attendant dans la salle d'attente.

J'ai ramené le passeport de A. à la mairie: elle porte un prénom "mixte", la préfecture l'a déclarée de sexe masculin, malgré la photo, le second prénom, l'extrait de naissance, les renseignements dûment donnés.
C'était arrivé à mon cousin prénommé Alexis, déclaré de sexe féminin sur les registres de l'état-civil (Pourquoi? Nul ne le sait.) On s'en était aperçu au moment où il aurait dû faire ses trois jours.
Incidemment, c'est aujourd'hui l'anniversaire de ce cousin.

Les non-anniversaires des non-événements

Parfois je rêve de tenir le blog le plus banal possible, à base de listes de courses, de menus, de nombres de machines à laver qui ont tourné, qu'il a fallu étendre, d'heures de repassage.
Je me souviens du jour où l'on a annoncé avec ravissement à la radio qu'on avait retrouvé les carnets d'un homme qui dans les années trente avait tenu scrupuleusement jour après jour le compte de ses dépenses: les historiens et les économistes étaient enchantés de détenir un tel témoignage sur le prix de la baguette et la note de la blanchisseuse; le journaliste avait lu quelques pages des carnets, c'était mortellement ennuyeux. Un même effroi me saisit quand Braudel évoque les livres de compte vénitiens ou allemands permettant de reconstituer les échanges entre les marchands: les conclusions m'intéressent, mais qu'il m'ennuierait de travailler sur de telles pièces.

Je suis fascinée par l'obstination qu'il faut pour noter les gestes quotidiens, banals, infiniment répétés, qui tissent le plus clair de nos journées. Cette obstination est sans doute l'autre nom de la bêtise dénoncée par Flaubert; maintenue suffisamment longtemps avec suffisamment de précision, elle acquiert une incontestable grandeur.

Epuiser la contrainte, seule façon de la dépasser.

Souvenirs de vacances

* lundi
Chez ma grand-mère du côté de Bourges.
Après-midi à Issoudun : pélerinage sur les traces de l'enfance de H. Un peu décevant, comme il se doit. Superbes arbres de Jessé dans les hospices transformés en musée.
Nous passons à quelques kilomètres de Civray, où est né mon père. Je n'y étais jamais venue.
Le soir, réfugiés dans notre chambre, nous faisons côte à côte le ménage dans nos portables. H. exhume cette vidéo (c'est une vengeance: j'imite la cornemuse depuis la veille, quand il m'a imposé la bande-son du Jour le plus long):

* mardi
Cathédrale de Bourges (restauration avec quelques touche de polychromie (très joli)) et Palais Jacques C?ur (comme on dit chez moi, mais apparemment, il faudrait dire «la grande maison»).
C'est la troisième fois que je le visite. Finalement, c'est un peu comme les traductions, on peut recommencer tous les cinq ans, il y a des modes. Celle en cours veut qu'on expose tout ce qu'on ne sait pas, tout ce qui n'est pas sûr, toutes les suppositions. Cela m'agace. Je préfère rêver en visitant, et douter en lisant.

* mercredi
Je continue à mettre à jour mon carnet d'adresse sur ordinateur, qui permet de synchroniser les anniversaires avec iCal. C'est une manie innocente et chronophage.
Connaissez-vous Les cadavres ne portent pas de costard et les crises du héros déclenchées par les mots "cleaning woman"? Après le dîner, tandis qu'une partie d'entre nous regarde France-Suède d'un ?il vague, ma mère nous fait une crise effarante sur le même modèle. Les mots déclencheurs sont "lièvre au chocolat". J'ai l'habitude de ces explosions incompréhensibles au téléphone (ou plutôt je les redoute, et je tremble de téléphoner), en live, c'est très impressionnant.

* jeudi
J'apprends la mort de Tony Duvert dans ''La Nouvelle République'' du jour. Je découpe l'article.
Visite du château de Blois. Très belles polychromies dues à Félix Duban. Ma tante nous racontait qu'il y a quelques années ma grand-mère avait sursauté en écoutant la description du guide racontant de meurtre d'Henri de Guise à l'endroit même où ils se tenaient; je me souviens qu'on nous indiquait la pièce de l'assassinat; aujourd'hui on nous explique qu'on sait que cela s'est passé à l'étage, mais qu'on ne sait pas où: l'exactitude (ou l'imprécision, ce qui est ici la même chose) y gagne ce que le charme y perd.
Quand j'étais enfant, la bibliothèque municipale occupait six pièces de l'aile Gaston d'Orléans, dont deux ouvertes au public: six mètres de hauteur, plancher, rayonnages jusqu'au plafond. Cela a disparu avec Jack Lang. Je pensais qu'il avait récupéré les pièces pour en faire quelques chose de grandiose, je suis affreusement déçue par de petites pièces basses de plafond et sans fenêtres: ce sont de petits décors aveugles et sombres.

* vendredi
Rentrés à la maison, tranquillement.
Arrêt à Notre-Dame-de Cléry. Les hirondelles nichent dans les moulures des portails. J'aime profondément cette église, à cause de la chanson, de son histoire, de son délabrement. Je redoute le moment où elle sera entièrement restaurée.
Il pleut.

Les particules élémentaires

Je ne suis pas exactement allergique, dans la mesure où je n'ai pas le nez qui coule pendant des heures ou des jours, à m'empêcher de respirer et de manger, mais je fais une réaction amusante (pour les autres) aux particules micronisées: j'éternue.
J'éternue beaucoup: trois fois, quatre fois, huit, dix, quinze, vingt... Ça dépend. Ça fait rire. C'est épuisant.

Me fait éternuer le tanin du vin rouge (les premières gorgées), la poudre mentholée sur les pastilles Vichy ou les chewing-gums à la menthe, le diesel, tout ce qui se vaporise (parfum, déodorant), l'odeur de la plupart des produits ménagers.

Par conséquence, je supporte aussi peu la poussière que de faire le ménage.

Rêve velu

Nuit agitée. Je rêve, je ne me souviens de rien, ce n'était pas angoissant, mais c'était agité. Confirmation: au réveil, je suis seule, H. a déclaré forfait et est allé dormir ailleurs.

Au milieu de la matinée, une image très nette d'un de mes rêves me revient : pour une raison ou une autre, je tendais la jambe pour la montrer, horreur, elle était poilue et frisée, châtain. J'en éprouvais de la gêne, sans plus.

L'emploi du temps

Il faut me rendre à l'évidence : je ne sais pas être en vacances. Tout le temps que je passe à ne rien faire (je suis très douée pour cela) me laisse frustrée de tout le travail (les projets/corvées toujours remis pendant l'année: «on fera ça cet été quand on aura le temps») qui n'avance pas, tout le temps passé au projets/corvées me laisse frustrée du temps que j'aimerais consacrer à ce qui compte vraiment pour moi (lire, apprendre, voir, m'amuser).

Que faire ?

J'ai au moins trouvé une règle : personne ne fait seul une corvée (ie, une tâche ménagère, du bricolage, du jardinage, ce que j'appelle l'intendance); à deux (ou plus) on s'ennuie moins, on papote, on se dispute, on est ensemble — ce qui n'arrive pas si souvent le reste de l'année. Bon évidemment, ce n'est pas forcément le plus rationnel ni le plus logique. Au diable l'efficacité.


C'est douloureux de ressentir la fuite du temps avec encore plus d'acuité que pendant l'année. Je n'arrive pas à lâcher prise, j'aimerais pouvoir faire cinq choses à la fois.
Impuissance.

Wall-e

Inévitable, évidemment.

Qu'on m'explique pourquoi des gens vivant de sodas glacés dans des chaises longues décideraient de leur plein gré de revenir s'éreinter à cultiver des plantes dans un gigantesque dépotoir parcouru par des tempêtes de poussières.
C'est bizarre, ce présupposé moral.

Sinon, je n'ai pas fini de d'entendre «Ev' ah».

Mais l'ensemble est charmant.

13 août

Cité de l'architecture. Relevé les noms des églises possédant des peintures murales dans l'Indre, l'Indre-et-Loir, le Cher et le Loir-et-Cher. Agacée par la mauvaise volonté des enfants. Je ne supporte plus leur mauvaise humeur, leur bouderie, leur façon de traîner les pieds. Que faire, sortir sans eux, les laisser devant leur ordinateur? A vrai dire, je préfère, je suis bien plus tranquille, mais je vais me faire traiter d'égoïste — ce que je suis, je le sais, et sans beaucoup d'états d'âme.

Roissy, récupéré C. Pas vraiment envie de le revoir, il nous a si parfaitement oubliés que j'en ferais bien autant.

De Roissy à Yerres, lu Les vacances du petit Nicolas, commencé Le petit Nicolas a des ennuis. C'est l'inverse de La Gloire de mon père: je ris aujourd'hui à Pagnol que je ne comprenais pas à douze ans, tandis que Goscinny qui me faisait rire me paraît maintenant bien mécanique, avec des ficelles à la Major Thompson.

11 et 12 août

  • lundi : rien

. Terriblement mal aux cuisses. Trop forcé hier. Je peux à peine descendre les escaliers. Cela m'impressionne, ça ne m'était jamais arrivé à ce point-là.

. Je continue à décrire Cerisy, même si cela m'effraie et si je me sens ridicule. Ne pas penser.

. Courses. Vérifié la présence de Play de Durex au Cora de Boussy-Saint-Antoine (je proposerais bien une enquête inter-blogs à travers la France et un repérage sur Google: cartes des grandes surfaces vendant Play.

. Sieste avortée.

. Equeuté les haricots verts puis terminé l'ourlet de la jupe jaune de A. en regardant Impitoyable. Etrange western. Réalisateur Clint Eastwood. Tout le film n'est qu'une longue parenthèse, commence par un arbre en ombre chinoise contre un soleil rougeoyant, termine de même. Tout le film est de guinguois, rien ne fonctionne comme il devrait. Mise en place de règles de morale et de justice dans un monde où les motivations et les mensonges des autres sont opaques: peut-on agir justement si l'on n'est pas omniscient? Tout tombe légèrement à côté, un peu trop fort sur certains innocents (mais pas tous), épargnant certains coupables (mais pas tous).
C'est Olivier qui m'avait envoyé ce film après que je lui eus parlé de 3h10 pour Yuma. Il faut croire que je lui avais bien expliqué l'atmosphère, les deux films appartiennent à la même famille des westerns étrangement moraux, tendant à penser que la pente du bien est plus naturel que celle du mal, et que les braves types sont plus nombreux que les sombres salauds.

. Quelques minutes d'attente, je rouvre Les Nuits attiques, parcours l'introduction. Lire, c'était presque toujours prendre des notes. (Eh oui.)

. Le soir, réunion MoDem pour préparer des élections internes. Toujours la même envie de rire et le même plaisir à arriver dans cette petite rue de pavillons de banlieue avec le soleil couchant dans les yeux: cela ressemble tant aux rues des premiers Léo Malet, j'ai l'impression d'être dans 120 rue de la gare.
Nous rentrons tard, agacés par tant de bavardages inefficaces. Visiblement, la plupart des personnes qui entrent en politique le font parce qu'elles ne savent que faire de leurs soirées.


  • mardi : l'Europe jusqu'à l'Oural

. Pain perdu pour mon beau-père. Un peu raté, je n'ai pas le pain qu'il faut. Mais il est heureux de ce clin d'œil à l'enfance, et c'est l'essentiel.

. Encore plus mal aux jambes qu'hier. Je ne peux pas descendre un escalier de face, je dois me mettre de côté, descendre une marche à la fois.

. Le voyage de Primo Levi. Des cinéastes ont décidé de refaire en 2005 le trajet de retour de Primo Levi en 1946, d'Auschwitz à Turin, raconté dans La Trêve. Ce film est court pour un si long parcours: beaucoup de montage, de nombreux choix, une bande sonore intéressante. Le film commence sur des images de Ground Zero et énonce qu'en des temps troublés, il faut peut-être se tourner vers le passé pour comprendre le présent et prévoir l'avenir. Ce film est extrêmement monté, disais-je, partial, subjectif, mais d'autant plus humain et chaleureux. Pologne, plaques de rues, la place Ronald Reagan côtoie l'avenue Jean-Paul II, friches industrielles, extraits de L'homme de fer, interview de Wajda, une pub pour Crazyguides (je n'étais pas sûre que ce ne sois pas une plaisanterie jusqu'à il y a quelques secondes), Russie, des vaches, des kolkhozes, des routes, des forêts, des champs, des marchés et des étalages dans les rues, des statues et encore des statues, monumentales, un chanteur ukrainien mort d'avoir chanté en ukrainien, la tentation du nationalisme ukrainien, la musique des fêtes foraines ukrainiennes cinq ans plus tard — une jeunesse désœuvrée sortie tout droit de Liverpool. Chaleureuse Biélorussie dont les réalisateurs se moquent doucement, par vengeance d'avoir été suivis et encadrés par le commissaire du parti responsable de l'idéologie. La Biélorussie semble vivre heureuse et hors du temps, Primo Levi y a passé un été avec ses compagnons et a noté la bonté et la joie de cette terre et de ses habitants, soixante ans plus tard cela paraît encore vrai. En toute logique ce seront les prochains à être rattrappés par la folie occidentale, je ne leur souhaite pas. Ukraine, Tchernobyl, 50.000 personnes évacuées devant tout laisser derrière elles (et les images de l'herbe folle au milieu des grands ensembles (Tchernobyl est la catastrophe de ma jeunesse, elle m'aura marquée davantage que le 11 septembre: la chute du mur, la fin de l'appartheid, Tchernobyl, le 11 septembre, dates)); la Moldavie paraît une terre de désolation, on y regrette les kolkhozes, la terre est intégralement cultivée à la main, il n'y a pas de machine agricole. Roumanie, usine de sacs à main italiens, Hongrie, Primo Levi note qu'enfin la vieille Europe, leur Europe, apparaît devant leurs yeux, l'alphabet redevient lisible même si incompréhensible. Autriche, façade de la maison natale d'Hitler, Munich et une réunion de nationalistes allemands, Italie. Que va-t-il se passer maintenant, qu'allons-nous trouver, angoisse des revenants.
Mario Rigoni Stern: «Cette année, je ne suis pas aller skier. Vous comprenez, à quatre-vingt ans passés, si je me casse la jambe, on me traitera d'imbécile». J'ai la surprise d'entendre des lignes que je reconnais aussitôt: en cadeau d'adieu, mon libraire m'a offert un petit livre hors commerce, Pour Primo Levi, c'est ce texte que j'entends, écrit (ou simplement publié?) après le suicide de son ami.
Et tandis que je me souviens bien du film, j'en ai oublié la fin. Il boucle, il boucle sur la neige tombant sur Auschwitz, je crois.

. Les affiches du cinéma du Reflet. J'ai raté A History of Violence, Parfum de femme a l'air intéressant, je ne sais pas si j'aurai le courage d'aller voir Aguirre, la colère de Dieu. Librairie la Compagnie, je n'ouvre aucun livre, suf Le jardin des Finzi-Contini dont je relis les trois dernières pages. Je passe devant le Collège de France, le tabac est fermé, je monte vers "la cantine", passe dans rue de l'école polytechnique, renonce à acheter des cigarettes, renonce devant la carte du bistrot, retourne au Russe de la rue de l'école polytechnique.

. Bortsch, raviolis, verre de vin. Je lis Salceda.
En face de moi, deux vieilles dames ont sympathisé. L'une parle russe, l'autre moins bien. L'une habite dans les environs de Versaille, l'autre rue de Crimée. La première prend avantage sur l'autre, décrit ses voyages, son apprentissage de la langue («Du bortsch, il y en a partout, mais ils sont très différents. J'en ai mangé en Sibérie, c'était autre chose!» Elle rit.) La seconde parle cinéma, évoque Ballerina, qui passe actuellement au Reflet, la première n'admet qu'au bout de quelques minutes qu'elle ne va jamais au cinéma. Elle part. La serveuse apporte à la première ce qui ressemble à une plaquette de beurre, enveloppée dans du papier argenté. C'est de la glace ou de la crème entourée de deux gaufrettes.
Une autre table m'est cachée en grande partie. Un homme, une femme qui doit avoir soixante-dix ans puisque sa mère, en face, en a au moins quatre-vingt-dix. Je ne vois que le dos de la fille, son chignon, ses beaux cheveux d'un blond cendré. Il faudra retrouver cette couleur quand je ferai teindre mes cheveux. La mère a un très petit visage, des yeux incommodants à force d'être bleus, une auréole de cheveux très blancs. Elle est sourde mais conserve sa vivacité d'esprit. La fille parle: «Balbina était... Tu aurais aimé Balbina... Elle m'a beaucoup influencée... Sa grande maison... La Giudecca... c'est comme Prague... villes-musées...». Je pense à Hannah Arendt, à sa réflexion à propos de Rosa Luxembourg: seuls les Juifs des années trente auront été véritablement européens, de par leur multi-culturalisme et leur maîtrise de trois à quatre langues.
Une troisième table est occupée par deux hommes d'affaire. Le blond saluera la serveuse en russe en partant. C'est un restaurant qui ne paie pas de mine, avec une carte très simple, visiblement apprécié de ceux qui veulent retrouver un peu du pays.
Je songe. Peut-être faut-il adopter le point de vue de ces westerns étranges, peut-être faut-il abandonner cette idée d'entropie, de malheur, de déchéance, de désagrégation toujours en marche, et penser que la pente naturelle de l'homme est de chercher la paix, la joie et une certaine civilisation. Peut-être.

. Retour à la maison. H. a trié le placard de O., jeté (seule façon de ranger, à mon avis), remis les étagères et le bureau dans la chambre. Il lui propose le grand lit à la place du sien, O. est enchanté.
Je range un peu le dernier étage, tâche sans fin; pour une raison incompréhensible il faut toujours tout réorganiser (me voilà avec une pile de draps une place à devoir ranger. Je vais faire un échange avec les draps en lin de ma grand-mère actuellement dans un carton (j'ai tant de ces draps qu'ils ne tiennent pas tous dans mes armoires)). Et où va-t-on mettre ce matelas? Nous voilà avec deux lits superposés à donner ou à vendre.
Je monte et descends des livres, reclasse des étagères. J'ouvre des livres, je suis agréablement surprise par quelques notes jetées sur un post-it en début de Comment j'ai écrit certains de mes livres, je parcours un numéro des Cahiers du Chemin (1971), tout était déjà là, et le sommaire du numéro de Formules qui représente les actes du colloque de 2001. Que faisais-je en 2001 durant l'été? Ma grand-mère venait de mourir, j'ai commencé un régime draconien, les tours étaient encore debout, j'étais encore à Sérénis, je ne lisais pas encore Renaud Camus.

. Mes beaux-parents s'en vont. Il est 22 heures. J'écris.

Mariage à l'italienne

Terrible critique sociale. Je me demande quel accueil a eu ce film à sa sortie. J'ai pensé à Simone Veil évoquant le vote de la loi autorisant l'avortement: «Il y avait une hypocrisie terrible dans la salle. Certains députés étaient en train d'envoyer leur maîtresse avorter en Suisse au moment même des débats». (citation à peu près). (Non, Mariage à l'italienne n'est pas un film sur l'avortement mais sur la recherche de respectabilité d'une putain amoureuse d'un homme égoïste et inconscient — profiteur sans intention d'être méchant et de ce fait d'une terrible dureté.)

Images de Naples envahi par les grues, images d'intérieurs bourgeois, performance des comédiens représentant trente ans de leur vie.

Et puis, les touristes

La première fois que j'ai vu des paysages de la Pologne, la forêt, les rivières, le ciel, c'était en 1985, dans Shoah, de Lanzmann.
C'est aussi avec ce film que j'ai appris qu'Oswiecim était une ville actuelle, dans laquelle on vivait encore aujourd'hui.
Ça ne me serait jamais venu à l'idée. Il faut dire que je n'avais pas imaginé que cela pouvait être une ville, je pensais que ça n'était qu'un camp, le nom d'un camp.

Am Ende kommen Touristen. Je n'aurais pas traduit par Et puis, les touristes. J'aurais pris quelque chose comme Tout finit par des touristes, car c'est vraiment ce que je ressens, pour Auschwitz comme pour le reste. Tout finit par des touristes et des consommateurs.

J'avais compris ce qu'était devenu Auschwitz en juillet 2007: un article du Monde sur Dix jours «polonais» de Henri Raczymow montrait une photo (de Léa Eouzan) non pas du camp, mais de ce qu'on voyait quand on tournait le dos au camp : des panneaux publicitaires pour des restaurants et des parkings.


Je suis donc allée voir ce film : un jeune Allemand a choisi de faire un an de service civil plutôt qu'un an de service militaire. Il pensait aller à Amsterdam ou Anvers (je ne sais plus), il se retrouve à Auschwitz, à donner des coups de main ici et là et à servir d'aide ménagère-chauffeur à un vieux Polonais de 80 ans, ancien prisonnier du camp, qui vit là et aide à la conservation des valises des détenus appartenant au musée.
C'est un film par petites touches, très bien fait, qui évoque la bizarrerie de cette situation («Eh les gars, les militaires allemands sont revenus à Auschwitz!» : rire général) et les relations du jeune Allemand avec le vieux Polonais, avec son responsable, avec sa logeuse. Il ne se passe presque rien, j'ai même pensé un moment que le réalisateur avait choisi de faire un "non-film", un film sur l'ennui, le temps qui passe, le quotidien, l'absolu contraire du pathos.
Il n'a pas choisi cette voie extrême mais en est resté malgré tout assez proche.

Ce n'est pas un film sur l'Holocauste, c'est un peu un film sur ce que c'est que vivre à Oswiecim aujourd'hui (et la réponse est creuse: «je suis née ici, que veux-tu dire? Je ne comprends pas»), c'est surtout un film sur ce qu'est vivre en Pologne aujourd'hui: l'omniprésence des capitaux et des investissements allemands, l'espoir que représente l'Europe. Le jeune homme allemand ne sait pas ce qu'il veut, la jeune fille polonaise le sait très bien: partir de là. L'opportunité lui en est offerte par un concours pour être traductrice à Bruxelles. (Sans illusion: «Quand je leur dis que je venais d'Auchwitz, ils ont eu l'air horrifiés. C'est pour cela qu'ils m'ont prise».)
Et j'ai pensé aux nonistes : des enfants gâtés.

Et c'est un film sur la vieillesse. A quoi sert-on quand on vieillit, comment accepter d'ennuyer les autres, de ne plus intéresser, de se tromper à vouloir réparer des valises pour qu'elles servent alors que ce qu'on attend de vous ce sont des restaurations qui préservent l'histoire?
Questions parallèles du vieil homme et du jeune homme: je ne sers plus à rien, je vais chez ma sœur, dit le vieil homme après une ultime humiliation. Mais non, répond le jeune homme, vous témoignez, vous êtes utile. C'est trop compliqué ici, je rentre à Berlin, dit le jeune homme après une initiative malheureuse de plus. Ce que vous faites ici est formidable dit le touriste, quel investissement.

Sans pathos. J'ai l'impression que nous allons voir de plus en plus de bons films allemands.

Trois semaines

— Tu pars où en vacances ?
— Je reste chez moi.
— ???


- finir le boulot que j'ai ramené à la maison (avant la fin de ce week-end, si possible) ;
- finir les trois billets en cours sur Cerisy ;
. 1/ le 18/08/2008
. 2/ le 26/08/2008
- terminer les notes sur la patristique (il y a un fou qui me l'a demandé!) ;
une le 30/08
- mettre à jour mes blogsroll en répartissant les liens en fonction du "style" de mes deux blogs ;
. fait à peu près le 13/08 + le 30/08
- terminer la reprise/sauvegarde des messages écrits de la SLRC que je veux conserver ;
. j'ai atteint juin 2005, il me reste un an à reprendre.
- harmoniser les catégories ;
- avancer les deux billets d'indexation de l'autre blog;
- aller au cinéma ;
. 10/08 : Mariage à l'italienne
. 12/08 : Le voyage de Primo Levi
. 14/08 : Wall-e
. 24/08 : Babylone A.D.
- voir ma grand-mère, passer chez mes parents ;
. OK du 18 au 22/08
- visiter quelques musées/églises/châteaux ;
. 13/08 : cité de l'architecture
. 18/08 : musée des hospices d'Issoudun
. 19/08 : cathédrale de Bourges (assez vite), palais Jacques Cœur
. 21/08 : château de Blois
. 22/08 : Notre-Dame-de-Cléry
- m'occuper du jardin (une heure par jour? deux heures?) ;
. 09/08 : tondu la pelouse
. 31/08 : les rosiers, un peu
- aller en salle de sport (quatre fois par semaine?) ;
. 10/08 (courbatures atroces); 16/08; 17/08; 23/08; 24/08; 29, 30 et 31/08
- ranger cette rognûtdjû de maison (ou au moins le dernier étage, les papiers et les livres (je fais si souvent des allusions à mes classements de papiers que je n'ose plus en parler)).
. journée du 15/08, après-midi du 17/08.
. le 26/08, fin de la chambre, le 27/08, fin du 2e étage avec réorganisation des archives en prime, le 29/8, rez-de-chaussée.
. le 31/08, premier étage

Et puis, éventuellement, lire et bloguer un peu ...


Un logiciel de To do list qui me plaît.


A une époque, je faisais des emplois du temps précis que je respectais. Puis j'ai fait des emplois du temps précis que je ne respectais pas (grosse frustration). Puis j'ai arrêté de faire des emplois du temps quand je me suis aperçue que si j'additionnais tout ce que je devais faire à tout ce que j'avais envie de faire, cela ne tenait pas en 24 heures (sans sommeil, évidemment) (je favorise largement la deuxième catégorie depuis que les enfants ont grandi).
Aujourd'hui j'essaie de m'organiser un peu plus.
Mais bon. La vie matérielle ne m'intéresse pas beaucoup.

Au bonheur des dames

Sous-sol du Printemps, rayon lingerie, devant l'espace Chantal Thomass, un stand propose de vivre sa sexualité libérée :



Je suis triste : même ça, la génération bling-bling aura réussi à le récupérer (car il faut bien l'avouer, ça avait son charme, les sex-shops sordides et les catalogues feuilletés en rigolant et en s'exclamant. Qu'est-ce que c'est cette sexualité bien aseptisée, bien clinquante, bien hygiénique, cet érotisme de pacotille? Quelle négation de tout mystère, aussi, même plus le droit d'être gêné(e(s)), obligation de regarder tout cela sans sourciller, même combat que les enfants à qui l'on apprend l'usage du préservatif à neuf ans sur les bancs de l'école. N'y a-t-il pas des régions que l'on devrait avoir le droit de n'explorer que volontairement?)

Mardi

Mon chef revient de vacances aux Maldives. C'est un passionné de plongée.
Histoire des Asiatiques qui ne savaient pas nager mais qui plongeaient malgré tout quand on leur disait «Plonge!» (N'avaient-ils pas conscience que nager s'apprenait?)
La première fois certains ont failli se noyer en mer. Ensuite, une fois les classiques tests de natation en piscine mis en place (dieu sait pourquoi ils avaient été omis lors de la première sortie en mer), plusieurs ont failli se noyer en piscine: ils sautaient, ils sautaient. Les maîtres-nageurs, désormais vigilants, se tenaient à trois sur le bord pour plonger dès qu'un corps ne remontait pas au bout d'une minute.

Je trouve à la bibliothèque du CE Un Homme qui dort, la biographie de Perrec par Bellos, Pour un nouveau roman de Robbe-Grillet. Je résiste à l'envie de les lire, c'est tellement plus facile que la thèse d'Hermes.

Dans l'après-midi H. m'appelle: le beau-frère de E. vient de se tuer en montagne, laissant trois orphelins, dont le dernier a 14 mois. E. a déjà perdu son frère jumeau et une sœur. Je songe à ses parents. Je songe aux tragédies grecques, aux familles que les dieux ne laissent jamais en repos. Toujours la même impuissance, et l'irrémédiable.

Le soir, (c'est étrange de coller à la suite ces deux paragraphes. La vie continue, avec sa dureté et son indifférence (je nous hais d'être ainsi, mais peut-on imaginer que nous pourrions survivre autrement?)), Kung Fu panda à nouveau, parce que H. ne l'a pas vu. On y emmène ses parents. Le film résiste à une seconde vision, mais je préfère la version originale: la traduction des dialogues du panda en version cool ne me plaît pas. Est-ce la même tonalité en anglais? Je ne connais pas assez cette langue pour y être sensible.

Restaurant chinois (le Bambou, dans le 13e). Il est classique de faire la queue pour y entrer, d'attendre son tour sur le trottoir. Des tabourets sont d'ailleurs empilés devant la porte. Ici, c'est presque la cantine, on complète les tables, pas une place ne reste libre (la dernière fois, nous étions trois couples à une table de six). Je mange des crevettes au sucre de canne. Mais la carte était fautive, il ne s'agit pas de sucre de canne, mais de canne à sucre. Je mâchonne les trois bâtons, écrasant la fibre avec férocité. Amusant et un peu écœurant (les bâtons sont imbibés du jus gras de la cuisson).


Aujourd'hui (mercredi), Paul Rivière a quatre-vingt sept ans. On dirait qu'il va faire beau.

Je continue dans la veine rien.

- Lundi : retour au bureau. Les vacances commencent samedi, il y a quelque chose que je dois faire avant de partir que je n'ai pas envie de faire, tout en n'ayant qu'une idée vague du temps réel que cela va me prendre (un jour? deux?) Je devrais faire attention.

- A midi, repérage de librairie. Ivan m'avait dit que la librairie la plus proche était la (le?) Livre sterling, 49 bis avenue Franklin Roosevelt. Beaucoup de poches, beaucoup de policiers, beaucoup de livres d'art. Au mur, des photos d'écrivains en noir et blanc, encadrées. Celle de Perec est un puzzle carré.Un gros investissement en "communication" (des étiquettes sur les livres avec l'avis du libraire). Un gros coup de cœur pour le livre d'un certain Sandro Veronesi, Chaos calme.
Pas tout à fait mon genre, mais peut-être du potentiel. On dirait une librairie qui s'est adaptée au quartier pour survivre, mais sans abandonner tout à fait son idéal. On verra. De toute façon, j'ai épuisé mon crédit pour quelques temps. (Problème: comment ramener soixante livres (mais souvent des petits, des plaquettes, des format poches) à la maison et les ranger de façon "discrète"? J'ai commencé à vider une étagère entière en jetant des cassettes vidéo possédées depuis trois ou quatre ans, jamais regardées. Heureusement que les hommes ne voient rien, ne remarquent rien. Cette faculté n'en finit pas de m'étonner, que voient leurs yeux?)
Le libraire, un ancien libraire, deux hommes, discutent:
— ...plus grande librairie de Paris... Gibert...
— Tout ça, c'est qu'une question de bol...
— Plus je vieillis, plus je me rends compte d'une chose: quand on a une opportunité, il ne faut pas hésiter trop longtemps, il faut la saisir... C'est comme les femmes: quand une te dit oui, il ne faut pas réfléchir, faut y aller...
Petit silence, ils se regardent.
— J'allais dire quelque chose, mais il y a madame...
— Mais non, tu vois bien qu'elle n'écoute pas, ça ne l'intéresse pas...
...
— Et après on se dit, mais pourquoi j'ai fait cette connerie?
— Oui, mais qu'est-ce que c'était bon...
Rires. Ils sont heureux. Et je suis d'accord avec eux: il ne faut pas hésiter.

- Encore des problèmes de RER pour rentrer. Il n'y a pas eu un soir sans problème de RER depuis le 18 juillet.

- Salle de sport. J'aime transpirer, mais ce soir, on dirait que c'est ma cervelle qui s'est liquéfiée. Je n'arrive plus à penser.

Soudain, une question

Hier, je regarde pour la millième fois Les tontons flingueurs (enfin, quelques scènes, je suis en écoutant la bande-son, je regarde de temps en temps).

Fernand est introduit dans la chambre du Mexicain. Le Mexicain occupe l'image, on entraperçoit une seringue, à l'arrière-plan, grâce à un miroir, on assiste à l'entrée de Fernand, accompagnés de seconds couteaux. Toute les personnages sont présents à l'écran grâce à ce miroir qui semble occuper tout le mur du fond de la pièce.

Et soudain une question m'a traversé l'esprit: où étaient installées les caméras? Par quelle prouesse n'apparaissaient-elles pas dans le miroir?

Toujours pas grand chose

Je pense à l'époque où je lisais Matoo sans avoir de blog. Il posait de temps en temps le dilemme du blogueur : écrire tous les jours même sans avoir quelque chose à dire ou n'écrire que lorsqu'on a quelque chose à raconter?
(J'adore ce genre de phrase: pur remplissage, écrire qu'on ne sait pas quoi écrire, c'est déjà écrire. J'ai commencé à lire la thèse d'Hermes sur Raymond Roussel, je me dis qu'il faut que je lise Les Mots et les Choses.)
En fait, il y a toujours quelque chose à écrire, quelques notations qui identifient la journée comme différente de la veille ou du lendemain. Simplement, on craint que cela soit mortellement ennuyeux.
La question devient donc: est-ce si important d'ennuyer les lecteurs?
Malgré tout, je crois que la réponse est oui, en tout cas pour moi. Tant pis.

Regardé la saison 1 de Six feet under à partir de l'épisode 6 (évidemment moins de temps pour lire ou bloguer. Mais j'ai repassé). Toujours le même étonnement devant la somme d'événements dans un épisode: à la fin d'un épisode, je me sens à peine capable de résumer ce qu'il est arrivé à chacun des personnages.
Je me rends compte que j'ai été élevée dans un monde de fiction télévisuelle avare, toujours prêt à thésauriser les péripéties pour l'épisode suivant, dans un monde de films où il ne se passe rien, où s'ennuyer est esthétique. Mon dieu, que ça fait du bien d'avoir une histoire débordante d'événements inattendus, où les scénaristes n'hésitent pas à se mettre en danger, où, quelle que soit la gêne née de certaines situations, les dialogues sonnent toujours justes.

Il faudra un jour que
1/ je reprenne chaque épisode en notant exactement ce qui s'y passe (et la mort du début) (mais ce relevé doit exister sur le net, en anglais).
2/ je comprenne ce qui me touche tant dans cette série. Je crois que je m'identifie à chacun des membres de la famille Fisher. Je crois que le principe des hallucinations, des films éveillés, de la projections des fantasmes dans la réalité, m'est très naturel.

J'ai égaré Allen. J'ai commencé La bibliothèque de Villers.

Pas de quoi faire un billet

  • mardi

Métro. Bibliothèque Marguerite Yourcenar. Emprunté quatre livres neufs, jamais ouverts.
Retour en vélib. Rue Vaugirard, rue des écoles. Une fille menue, bronzée, en robe de jersey souple jaune vif, sandales de corde à talons compensés, devant moi sur le porte-bagage d'un vélo. A hauteur de l'institut du monde arabe, emprunté la piste cyclable le long de la Seine. Il fait bon, les gens sont heureux, j'ai envie de faire semblant d'écraser un petit garçon mais il ne me regarde pas. Tant pis.
Quelques couples danses dans l'un des hémicycles au ras de l'eau. C'est si lent que je ne reconnais pas la danse: tango, valse? Un air de cornemuse. Non, deux cornets courts (renseignement pris, il s'agirait de deux hautbois piccolo).

Pas d'ordinateur disponible ce soir. Qu'à cela ne tienne, je lis dans un bain froid.

  • mercredi

Rien. Je suis contente. J'ai lu un livre drôle, j'ai acheté des livres pour une somme déraisonnable à mon libraire qui ferme définitivement demain. Comme toujours, j'ai privilégié les livres que je ne retrouverai pas (une revue consacrée aux articles politiques de Dagerman en Suède, articles dans lesquels il a fait ses premières armes, un livre reprenant les lettres d'Izambard), les livres que je devrais avoir depuis longtemps (Tristes Tropiques, Arasse, Bouveresse), des éditions peu connues au format ou à la mise en page jolis ou curieux (Sillage, Le Sonneur, etc). Et un livre d'art sur Saint Augustin que je n'aurais jamais osé acheter si la librairie n'avait pas fermé). Il fait enfin chaud.

  • jeudi

Trop orageux pour aller au cinéma à la Villette. Tant pis.
C. est parti en Roumanie pour quinze jours sans même songer à me dire au revoir. C'est drôle, dans un sens je préfère, cela prouve qu'il est vraiment heureux d'y aller, dans un autre, je suis un peu choquée. Partir sans se retourner n'est pas mon truc. Mais partir sans se retourner est aussi le privilège de ceux qui n'ont pas encore pris conscience de l'éphémère des choses.

  • vendredi

Matin. Il fait frais, enfin. Je reprends mes notes de Cerisy, j'ai trois billets parallèles à finir, j'ai laissé passé trop de temps, l'atmosphère m'échappe.

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