Dimanche

Chaque fois que je vais à la messe à Yerres le dimanche matin (pas souvent puisque je vais à l'aviron (mais j'ai décidé d'y aller le samedi afin de passer le dimanche en famille)) il y a un baptême. Lecture d'un message de l'évêque d'Evry au début, puis plus aucune allusion aux événements de la semaine. Parfait.

Je pars demain, rien n'est prêt, sauf le triangle dans la voiture. J'ai acheté des chewing-gums.

Irréprochable. Un peu trop de gros plan, la folie et le doute (le doute sur la folie: responsable ou irresponsable, consciente ou inconsciente?), une construction sans faille.

Samedi

Skiff encore, ménage au club comme l'année dernière. Aucun des rameurs "du soir" que j'avais vus au stage dans le Jura n'était là. Avoir tant ramé cette semaine pour s'arrêter trois, c'est dommage.

Je suis en vacances.

(Rires en terrasse chez les voisins. Mais nous sommes samedi soir. Soit.)

Dernier jour

A huit heures en quittant la maison j'ai réveillé les jeunes voisins qui font la bringue jusqu'à trois heures sur leur terrasse depuis mardi (éclats de rire et conversations, nous avons essayé de leur expliquer qu'à partir de onze heures en semaine, on rentre rire derrière ses volets: peine perdue). (Bon, mes enfants ont eu honte, mais c'est aussi un hommage à Gaston Lagaffe jouant de la guitare pour empêcher la chouette de dormir.)

Double canoë avec Camille à midi (elle se débrouille étonnament bien et elle est drôle, très nature) et skiff ce soir. Vincent hésitait un peu à cause du vent, mais j'ai tenu à sortir: je tenais à montrer aux "rameurs du soir", qui ne me connaissent pas puisqu'en temps normal nous ne nous croisons pas, que je sais ramer, que je ne suis pas seulement une cinquième roue du carosse utile à l'équilibre des yolettes (mixing my metaphors). J'ai ma fierté et c'est agaçant à la fin, les questions insinuantes pour tâcher de déterminer mon niveau.

Une semaine de trajets en voiture: biographie de Lili Boulanger (morte à 24 ans, punaise! comme dirait JY) le matin, la musique et le cerveau le soir.

(Ce soir nous n'avons pas entendu les voisins.)

Pokémon Go

C'était décousu à l'oral; ça l'est davantage ici: je dépose ce dont je me souviens, mais ce n'est pas forcément dans l'ordre de la conversation.

— L'action Nintendo a explosé jusqu'à ce que les marchés se rendent compte que le jeu ne rapportait rien à Nintendo. A la base, c'est le jeu Ingress, bien meilleur et bien mieux fichu et ils ont mis Pokemon dedans. Dès qu'on met du Pokemon dedans, ça marche du feu de dieu, c'est connu.
— Mais ça marche comment, Pokémon Go? Tout le monde chasse les mêmes ou chacun a les siens?
— Le même Pokémon au même endroit peut être attrapé par plusieurs personnes. Chacun a sa carte personnelle.
— Ils ont dit qu'il y a un Pokémon en haut de l'Everest…
— Mais alors il va y avoir des morts?
— Il y en a déjà eu. C'est pour ça que c'est restreint à la marche à pied, ça se déconnecte si ta vitesse est trop rapide.
— ?? Mais alors, ça fait marcher les gens?
— Oui, la distance moyenne parcourue par les Américains a été multiplié par trois.
— C'est pas possible!
— Si. Il faut deux à cinq kilomètres pour faire naître un œuf selon les Pokémon…
— et Nintendo ne lutte pas seulement contre l'obésité mais aussi contre le système de mesures américain en utilisant le système métrique ce qui fait que la requête Google "conversion km en miles" a explosé
— Moi ce qui m'tue, c'est que tu étais ringard quand tu jouais à Pokémon deuxième génération…

Cas de conscience

Elle était venue en juin pour que nous établissions un devis pour le remplacement de sa prothèse de bras qui était usée et la blessait. Nous nous étions aperçus avec désarroi que les nouveaux modes de calcul lui laissaient la moitié du prix à sa charge (soit plus de quatre mille euros), alors qu'auparavant il lui en restait deux cents. Elle doit gagner le Smic, ou le Smic plus dix pour cent vu son âge.

Elle revient aujourd'hui avec une facture de cent-soixante quinze euros "pour son diabète". Il s'agit d'un patch qui permet de lire la glycémie sans se piquer les doigts. Elle me tend le barème de remboursement de la mutuelle sur lequel sont détaillés les produits que nous remboursons sans prise en charge de la sécurité sociale (la mutuelle ne rembourse que les produits sur lesquels intervient la sécu1, sauf quelques exceptions: contraception, vaccins, lentilles,…) et me dit que cela devrait entrer dans ses catégories-là.
A ce moment-là je la déteste. Elle sait parfaitement que cela ne rentre pas dans la liste détaillée. Elle espère faire pression avec son bras en moins. Elle m'explique que l'Agefip refuse d'intervenir pour sa prothèse, qu'ils acceptent de lui installer une station de travail adaptée et dernier cri, mais pas de prendre en charge sa prothèse. L'assistante sociale essaiera de trouver une solution après ses vacances en septembre. Je lui demande pourquoi elle a fait ça, pourquoi elle a acheté d'abord plutôt que se renseigner (mais je connais la réponse: elle savait que nous dirions non: ce n'est pas dans la liste. Elle a espéré nous attendrir, faire le forcing, une forme de chantage moral). Je lui explique que je suis désolée, que ce n'est pas dans la liste, que nous ne pouvons pas faire d'exception, que les exceptions sont injustes pour tous ceux pour qui nous n'en avons pas fait. Je peux simplement essayer de faire ajouter le produit sur la liste des exceptions pour l'année prochaine.
Elle répond doucement, sans s'énerver, qu'elle n'a pas de chance, que ça tombe toujours sur les mêmes, qu'elle n'a qu'une main à piquer, que six piqûres par jour c'est beaucoup, qu'elle n'a qu'un bras pour tout faire, la vaisselle, se laver, travailler, que ses doigts sont tout abîmés, ne le supportent plus.
Et tandis qu'elle parle et que je réponds mes platitudes, je pense aux consuls anglais ou américains qui ont refusé des visas aux juifs "pour ne pas faire d'exception", je pense à Nabokov décrivant le chaos de la côte d'Azur et je la déteste et je me déteste.


Note
1: ce qui conduit au paradoxe que si la sécu rembourse, la mutuelle rembourse, et inversement: "effet Matthieu" du nom de l'évangéliste, connu en droit social: à ceux qui ont sera donné davantage, à ceux qui n'ont rien sera enlevé le peu qu'ils ont.

Je rame

Skiff le midi, yolette le soir, je suis rincée, au point que le retour en voiture est peut-être dangereux. J'ai trouvé mon chemin favori, par la route de Muette à Neuilly et la longue glissade d'Henri Martin au pont Alexandre III. Le jour dure si longtemps.

Le volubilis perce.

Mise au point

GC (spécialiste de l'Afrique anglophone) sur FB semble ne pas juger utile de s'émouvoir pour le prêtre assassiné aujourd'hui en Normandie par un fanatique musulman puisque les catholiques ont assassiné des milliers de musulmans en république du Congo Centrafrique (si des imprécisions se sont glissées dans mon résumé, je sais qu'il rectifiera).
J'avais commencé par répondre sur FB sous sa remarque, mais j'ai effacé ma réponse lors d'une fausse manip. Alors je mets quelques mots ici, juste pour les avoir (enfin) écrits.
Je trouve ce genre de remarques totalement déplacé pour dire le moins. D'une part elles consistent à appliquer au passé des normes qui n'existaient pas à l'époque, d'autre part elles reproduisent ce qu'elles condamnent: elles écrasent les individus sous un principe au lieu de rendre toute sa valeur d'homme à chacun. Elles condamnent à reconduire perpétuellement les mêmes gestes, à base de rancune et de haine, à partir du comptage précis des torts et des vertus de chacun. Mais qui peut donc tenir un tel livre de compte?

Je me souviens du même GC en train de regretter (après le Bataclan?) qu'on n'ait pas davantage parlé du massacre dans une école kenyane en avril 2015, semblant dénoncer un cas de "deux poids deux mesures". Mais je me souviens aussi avoir pensé en avril 2015: "c'est une école chrétienne, personne ne dira rien, d'une part pour ne pas exacerber les tensions confessionnelles, d'autre part parce qu'en Occident, dans l'imaginaire occidental, les chrétiens ne peuvent pas être des victimes. Ce sont forcément des persécuteurs. Et on ne plaint pas les persécuteurs. On pense ou on dit: "bien fait".
(Dis-moi, Guillaume, t'es-tu indigné devant le récit de cette musulmane venue se recueillir devant ses morts à Nice et qui s'est fait insulter? Parce que ce que tu viens de faire, c'est la même chose).

Je me souviens du jour où j'ai compris que nous allions laisser mourir les chrétiens d'Orient sans rien dire, parce qu'ils étaient chrétiens. Une statistique était sortie qui montrait que la religion la plus persécutée dans le monde était le christianisme, et cela avait fait rire Kozlika sur Twitter (rire d'incrédulité, pas de moquerie). On sortait de la "bataille" pour le mariage gay (le mariage pour tous), et j'ai compris que mes amis homos, mes connaissances homos, en voulaient si profondément à l'Eglise qu'ils ne verraient pas, jamais ou beaucoup trop tard, des persécutions qui menées contre n'importe qui d'autre auraient aussitôt coalisé leur soutien. J'ai compris que cette fois-ci, eux, généralement si sensibles aux persécutions, ne diraient rien; et que les autres groupes capables d'indignation (la "gauche", pour parler vite, et l'Eglise elle-même) ne diraient rien non plus, pour éviter d'allumer une guerre de religions, suffisamment proche comme cela (leur donné-je tort? Non, oui, je ne sais pas. Mais des gens meurent en martyr, pour leur foi, cela mérite au moins du respect.)

Je ne peux pas en vouloir à mes amis homos. Je comprends leur point de vue, d'autant plus que j'ai souvent eu honte de l'Eglise devant certains propos inadmissibles. Mais toi, Guillaume, j'ai un peu plus de mal à comprendre. Vas-y, compte les morts au Congo, les fous anti IVG, les prêtres pédophiles. Compte les léproseries, les aides aux galériens, les soupes du Secours catholique, l'aide actuelle aux réfugiés en Grèce. Compte tout ce que tu veux et explique-moi comment tu fais tes calculs et comment tu tires le bilan comptable de tout cela. La méthode de calcul chrétienne veut qu'une étincelle de lumière vaille plus qu'un océan de ténèbres. Mais on n'est pas obligé d'utiliser cette méthode. Laquelle retiens-tu? Œil pour œil, dent pour dent? Autre chose?

Bien fait pour les chrétiens, ils ont massacré, bien fait pour l'Occident, il a colonisé. OK. Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait? On se suicide tout de suite pour montrer notre remords, on se laisse assassiner par repentir ou on cherche une solution pour passer à un autre modèle?

Programme de la semaine

Cette année, j'ai d'une part posé mes vacances pendant la fermeture du RER A, d'autre part demandé des places de parking à La Défense pour la semaine où je travaillais encore.
J'ai donc fait l'expérience ce matin d'aller travailler en voiture à La Défense. Conclusion: c'est loin et le trafic est chargé. Il faut dire que le RER C est en travaux à la même période. (Ça tombe bien, justement l'année où il y a moins de touristes à cause des attentats).



Skiff le midi, dix kilomètres. Par instant je "sens" quelque chose, le temps se suspend.
Yolette le soir, encadrement de débutants. Cette semaine, ce sera aviron midi et soir, au cas où il y ait besoin de moi: la crue a décalé dans la saison la formation des nouveaux et plus on s'enfonce dans l'été, moins il y a de confirmés pour l'encadrement.

Grégoire, Nicolas, Sandrine. Yolette de trois rameurs, pas assez de monde. Grégoire fait partie de ceux qui explique TOUT dès la première séance alors que plus le temps passe, plus je me contente de trois fondamentaux: les pelles à fond dans les colliers, verticales quand elles sont dans l'eau, le mouvement calé sur la nage. Le reste… ça viendra, et parfois il arrive même qu'on trouve des trucs tout seul.


Mort de Ricardou.

Jardin (et sex symbol)

J'ai semé du volubilis près de la porte condamnée et l'ancolie reçue il y a quelques jours en cinq points du jardin.


Le soir, un peu par hasard, nous avons appris que les copines de A. fantasmaient sur son frère dont elles ont vu une photo sur Facebook. Ahurissement de C. et fou rire général.

Samedi

Quatre: moi à la nage, Stéphane qui a râlé tout le temps, Patricia qui a servi de bouc émissaire, Sylvie. Bateau chaotique mais il fait BEAU.



Et comme tout le monde m'a dissuadée d'aller voir Camping 3, j'ai rouvert ma grammaire grecque.

Mr Gaga : sur les pas d'Ohad Naharin

J'ai découvert que de tous les arts dits contemporains (y compris le nouveau roman), seule la danse me paraît aller de soi.
Documentaire sur Ohad Naharin. Toujours la même question sur ce genre de film: d'où viennent certaines images; qui a tourné, et pourquoi, les images sur l'enfant à la fin, par exemple? Est-ce que cela s'est produit alors que quelqu'un filmait ce jour-là pour une autre raison? ou est-ce de la mise en scène, la reconstitution d'une situation qui a réellement eu lieu un autre jour?

Entre tyrannie et exultation. Je ne peux pas juger, mais simplement dire que j'ai aimé.


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encadrement des débutants : Jean-Michel à la barre, Jérôme et moi planqués au un et deux. Camille et Arnaud.

Jardins

Aujourd'hui j'ai écouté Gilles Clément sur les jardins (et parcs).

Il manque à la radio les photos projetés (ils sont peut-être sur le site du Collège, je n'ai pas cherché) mais on se fait une bonne idée de ce qu'il montre rien qu'à l'écouter.

Je note ici le jardin politique: un jardin d'orties, contre une «loi inique» (sic), l'interdiction des pnpp (préparations naturelles peu préoccupantes, toutes les alternatives naturelles aux pesticides et autres).
Cet avis d'un professeur posé m'est précieux car je ne sais jamais en écoutant à la radio les personnes qui protestent si elles ont raison ou si elles sont dans le théâtre. L'ennui c'est que ce n'est pas incompatible; or j'ai beaucoup de mal à prendre au sérieux les personnes théâtrales; or il faut souvent être théâtral pour passer dans les médias (voir le récit de Jane Eyre dans Jane Eyre, quand la famille qui l'accueille lui conseille d'être plus sobre dans le récit de ses persécutions)).

Belle leçon inaugurale qui allie méditation, rêve et engagement politique.



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Encadrement des débutants: Véronique et Gaël, François-Xavier et Simon.
Champagne: Jean-Marie offre un pot car il quitte le club. Vincent m'explique le principe de ses tableaux de suivi de présence. Je crois que je vais adapter l'idée pour suivre la régularité de mes lectures en théologie et de mon travail en grec.
Film: Truman. Pour apprendre à mourir.

Mercredi

Je suis seule au bureau. J'ai repris dans l'ordre les conférences inaugurales au Collège de France (sachant que celle de Supiot est téléchargée à la place de celle de Rosenvallon) et comme je les écoute en faisant autre chose, je les écoute deux fois, dans l'espoir de ne pas suspendre mon attention aux mêmes endroits.
Belle évocation de Kafka dans celle de Supiot (et hommage au mutualisme à la minute 52). Celles sur l'informatique et l'algorithmie m'ont fait rire.

Troisième mardi de juillet

Inscription à Paris VII Diderot: rapide et très bien organisée.

Masculin féminin. Baba au rhum. A quatre heures rue du Temple un panneau lumineux sur une pharmacie annonce 42°.

Le monde devient fou — ou sa folie est davantage mise en scène et rapportée. Attaque au sabre sur une plage du Maroc, attaque au couteau dans un train en Allemagne. En pensant à la violence feutrée mais omniprésente de Masculin Féminin (coups de feu, coup de couteau, suicide par le feu, chute par accident, sur fond de guerre du Vietnam), je me disais que cela devrait faire surgir de nouvelles formes d'art ou de littérature.

L'hôtel en Grèce n'a pas répondu, j'ai réservé en Provence. Des vacances à trois, l'idée m'effraie un peu (il va manquer une personne pour la belote).

Bêtise

Ramé en petit haut à bretelles afin de compenser la marque de bronzage de la combi d'aviron.
Moralité j'ai un coup de soleil homard.

J'ai réglé mon skiff plus bas ce qui fait qu'il est beaucoup plus instable. La Seine est sale et charrie beaucoup de déchets et de bois mort: j'ai heurté des bûches et abîmé la jolie peinture bleu ciel de ma coque.

Le soir, visite d'I., notre amie partie à Boston. Barbecue jusqu'à ce que nous soyons chassés par les moustiques.

Il fait très chaud — enfin, enfin, enfin.

La Rochelle

Nous partons bien trop tard, après avoir hésité à nous baigner dans la piscine (nous aurions dû). L'hôtel est étonnamment familial, c'est chaleureux.

La Rochelle sous le soleil. Je n'avais jamais vu cette ville, belle et sereine. Francofolies, le port est interdit (barrières et agents de sécurité, organisation). C'est fête au village, again. Nous croisons une dame désabusée: «il ne faut pas habiter ici, avec le monde et le bruit jusqu'à deux heures du matin»; un jeune blond bronzé lui répond avec un sourire fataliste: «je travaille dix-huit heures par jour». Mais les commerçants restent serviables et souriants.

Plateau de fruits de mer, sieste dans le parc (j'ai acheté un drap de bain La Reine des neiges en pensant à Matoo), plage, je n'aime pas trop cela (voire pas du tout), j'écris des cartes postales, l'eau est froide. Je songe à la conférence inaugurale de Gilles Bœuf entendue par hasard: «je peux vous donner la concentration en streptocoques anaux dans l'eau à 18 heures» et ça ne fait pas envie, même si ça me fait rire (parce qu'on s'en fiche: je suis même persuadée que c'est bon pour le système immunitaire).

Glace, retour, autoroute chargée, cela nous ennuie, nous sortons. Nationale vide, Poitiers, Châtellerault, la campagne magnifique dans le couchant de Descartes à Montrichard, nuit, des châteaux surgissent dans les phares. Les panneaux devenus trois fois plus lumineux qu'il y a dix ans (augmentation de l'âge moyen des conducteurs oblige) sont illisibles dans les pleins phares.

Jargeau pour éviter Orléans, Pithiviers, la fatigue gagne, je joue à Candy Crush, nous avançons lentement, rediffusions sur France Culture, mais qui est Janine Charrat? Jamais entendu parler. Je dors et divague.

Arriver

Six heures et demie au bord de la piscine. Une heure que je ne peux plus dormir. Je viens de m'installer ici, enveloppée dans le couvre-lit, s'il se pouvait que j'arrivasse à bloguer, à terminer un ou deux billets, but de plus en plus inatteignable. Odeur de croissants. Il fait beau. Moineaux. Aujourd'hui nous arriverons peut-être à arriver à la mer. Nos voyages sont ceux de la flèche de Z., plus nous avançons plus le but s'éloigne.

De Tours à Niort

Chaque fois que nous sommes ensemble, nous en profitons pour mettre à jour notre garde-robe: chaussures (quatre paires!), lingerie, casquette en cuir, chapeau cloche en paille… et antimoustique (ils sont redoutables cette année, ils se sont multipliés avec les intempéries).

Une crêpe chez Mamie Bigoude plus tard (j'ai eu le temps de lire quarante-trois pages de Fantômette brise la glace — nous n'avons pas réussi à avoir le nom de leur décorateur (vers l'Atlantique, nous disent-ils) — je me suis dis que j'allais tapisser mon salon d'affiches de cinéma, comme au bon vieux temps quand nous avions reconstitué la carte d'Europe avec des cartes Michelin sur un mur entier), et nous quittons enfin Tours. Il est quatre heures et demie, je ne sais pas ce que nous allons trouver à Richelieu à cette heure-là.

J'avais tort de m'inquiéter. C'est une ville que je ne connaissais que par une carte postale des Cruchons, et lorsque j'avais vu qu'elle était sur le chemin de La Rochelle (notre but), j'avais insisté pour qu'on s'y arrêtât.
Nous tombons sur la fête biannuelle, les habitants et des comédiens en costumes d'époque, une bonne odeur de crottin (promenades en poney) et de feu de bois (cuisson de jambonneaux à la broche) ajoute à la reconstitution. Nous parcourons les lieux avec ébahissement, je songe que les Cruchons, au moins certains, trouveraient beaucoup à redire à cette animation (dans tous les sens du terme) mais je me laisse porter par le soleil et l'ambiance de kermesse. Tout cela est gai et sbon enfant.
Richelieu en Arts, nous dépensons encore, un Turc rose et une jeune fille bleue. Bourrées sous la Halle, une dame ressemblant à Mme de Merteuil apprend les rudiments de la contredanse aux spectateurs, puis fifres et tambours.

Nous quittons Richelieu, il est sept heures et demie, je veux passer par Loudun à cause des sorcières et d'Huxley. Mais pas de trace dans la ville pour le peu que nous en avons vu.
Plus tard nous arrivons en face du château de Thouard, par delà la vallée. Magnifique vision, mais il est trop tard. Le soleil descend, Hervé s'amuse avec sa nouvelle voiture (le régulateur de visite qui ralentit de lui-même quand la voiture approche d'une autre, ou redresse quand nous ne sommes plus exactement entre les lignes sur la chaussée).

Nous avons réglé Waze pour trouver l'hôtel, avec stupéfaction nous bifurquons avant Niort pour nous enfoncer dans la zone industrielle, immeuble de la Maaf, Decathlon, ou sommes-nous? J'ai l'impression de certains soirs aux Etats-Unis dans les zones urbaines, nous tournons encore, immeuble du RSI, une allée, un hôtel "de charme" ici? (non, c'est la chambre qui est "de charme").
Nous découvrons à l'abri de murs une maison de la région transformée en hôtel, avec une jolie piscine ronde. Tranquille et inattendue.

Dîner à Niort, la place de la Brèche est transformée, Hervé ne reconnaît rien. La Villa, restaurant sympathique qui bizarrement nous oublie à partir de onze heures: il faut réclamer le dessert, réclamer l'addition, réclamer de payer… Nous perdons une demie-heure de sommeil, c'est agaçant, dommage, tout était parfait.

Un château bien géré

Ecrire après (inévitablement toujours après), c'est écrire en sachant des choses que nous ne savions pas pendant que nous vivions la journée. Tout se teinte de ce qui est survenu entre le temps de la vie et le temps du récit, avec une sensation d'indécence et de devoir de silence. Ou bien non: le devoir de continuer comme si de rien n'était: keep calm and carry on ou le spectacle continue.
Billet commencé le 15 juillet au matin.

Matinée dans les locaux d'Hervé. Il déménage demain et samedi. Comme d'habitude des imprévus lui sont tombés dessus (quelle est la nature réelle d'un imprévu systématique?) J'en profite pour faire du courrier en retard. J'ai tellement de retard dans un peu tout que je pourrais rester enfermée une semaine entière avec mon ordinateur, quelques cartes postales et des cartouches d'encre (pour stylo, pas pour imprimante).

Résultat définitif d'APB (admission post-bac): ce sera donc une double licence math-info à Paris Diderot. Nous n'aurons pas d'enfant en classes prépa, c'est bizarre pour nous qui avons tant aimé cela, mais aussi soulageant pour moi qui m'en souviens comme d'une épreuve physique et mentale (physique, oui: je me souviens des transformations physiques de mon corps épuisé).

Après-midi au château de Villandry que je n'avais jamais visité. Ce château a eu de la chance dans ses propriétaires successifs. C'est un château Renaissance à l'extérieur, XVIIIe à l'intérieur. C'est ici qu'Henri II Plantagenêt a rendu à Philippe Auguste ses terres conquises sur le territoire français.
Joachim Carvallo a épousé en 1899 la fille d'une riche famille de Pennsylvanie et ces scientifiques amoureux de l'art espagnol n'ont acheté ce château que pour avoir de la place pour leur collection de tableaux… mais visiblement le couple menait ses passions jusqu'au bout: une fois le château acheté, le propriétaire a mené des recherches pour rétablir les jardins d'origine transformés en jardins à l'anglaise au XIXe siècle tout en redonnant aux façades leur aspect Renaissance; ce faisant il a fréquenté des moines bénédictins à Solesmes, ce qui a ranimé (ou animé) sa foi catholique défaillante (inexistante), amenant la conversion au catholicisme de son épouse protestante qui se mit à étudier l'hébreu: un couple fascinant, suivant avec systématie ses passions dans leurs implications logiques.

Nous avions remarqué la légèreté des interdits dans les jardins (une corde tendue bas pour interdire un accès, sans panneau) qui s'est confirmée dans les pièces (pas de "ne pas toucher", "ne pas s'assoir" sur tous les meubles), nous avions été étonnés que la visite guidée soit comprise dans le prix d'entrée (c'est-à-dire qu'elle est proposée aux volontaires, sans obligation). Cette gentillesse discrète la nous avait rappelé Chenonceau: avec raison, puisque dans les deux cas il s'agit d'un château privé. N'y a-t-il donc que les monuments nationaux pour avoir la manie de l'affichette en tout genre?
— Et que fait le propriétaire? C'est un industriel?
— Non, il gère le château.
— Vous voulez dire que le château est autosuffisant?»
Je suis surprise et enchantée de découvrir un propriétaire qui ne gémit pas que son château est impossible à entretenir. Il vit sur les terres, dans les communs du XVIIIe. Nous faisons de rapides calculs, trois cent mille entrées à onze euros, dix jardiniers à demeure. Je comprends mieux le commentaire du dépliant qui notait que passer à l'agriculture biologique avait entraîné un surcoût compensé par l'abondance des récoltes: cela ne représentait pas l'habituel discours lénifiant des promoteurs du bio; non, c'était le constat d'un homme qui avait pris un risque avec son propre argent. Je suis heureuse de cet autonomie financière comme si je découvrais un écosystème en équilibre.

Ciel changeant de Touraine, il fait beau sans faire trop chaud, nuages translucides qui tamisent le soleil. Nous achetons des bêtises à la boutique "jardinerie", beaucoup de confitures (j'ai oublié la confiture de sureau).

Langeais. Il est tard. Restaurant Errard, pigeonneau au gingembre, deux résidents belges et un suisse dans la salle (nous le savons par leurs conversations, non par leur accent). Je me demande un instant s'il ne s'agit pas de Kouchner qui aurait arrêté de fumer (plus rose, un peu bouffi). Mais non, il s'appelle Michel. (Leur conversation est si envahissante qu'un autre couple ira prendre le café et le cognac dans une autre pièce.)

Retour à la nuit. Il est dix heures et demie, nous trouvons avec peine une place pour garer la voiture en haut de la tranchée (c'est le nom de la côte qui commence à la sortie du pont Wilson au nord de la Loire) et redescendons, le feu d'artifice commence à onze heures. Il y a beaucoup de monde, en descendant la côte nous voyons qu'il sera impossible d'atteindre le pont, le feu d'artifice est tiré d'une île, ce doit être joli les fusées se reflétant dans la Loire.
Surprise: les lampadaires ne s'éteignent pas pour le feu d'artifice, nous trouvons à nous protéger de leur lumière à l'abri de la masse d'un camion vendeur de frites.

Feu d'artifice. Le dernier qu j'ai vu remonte à 2012, il y a toujours des progrès dans les fusées. J'essaie d'imaginer le métier des ingénieurs en feu d'artifice. Où se font les tests, dans les landes désertes du Massif central?

Longue remontée, la foule est partout, les voitures, le tram, tentent de se frayer un passage avec prudence. En arrivant à l'hôtel, Hervé m'annonce d'une voix blanche: «un camion a foncé dans la foule à Nice, soixante morts».
Et parce que nous venons de revenir dans une telle foule, j'essaie de bloquer les images qui montent.

Ouibus

Encore du skiff le midi, j’ai les fesses scarifiées (au sens propre: les marques de la coulisse gravées au sang), il y a du courant et du vent, c’est dur. Dix kilomètres.

Le soir, je devais rejoindre Hervé à Tours pour passer un long week-end ensemble.
Au dernier moment, par curiosité, je n’ai pas pris un billet de TGV, mais un billet de bus parce que Captain Train (je ne chanterai jamais assez le bien que je pense de Captain train) le proposait. Trois heures de trajet avec du wifi, je me suis imaginée en train de traverser la Beauce profonde en rattrapant mon retard en blogage.

En réalité, je me suis retrouvée coincée sur un siège étroit à côté d'un charmante Canadienne qui lisait Le Maître et Marguerite, sans pouvoir m'étirer alors que tous les muscles me faisaient mal, avec un wifi pourri, bloquée par les embouteillages des départs en week-end.

Nous sommes partis en retard, arrivés en retard, et à ce prix-là personne ne vous aide à placer votre bagage en soute. Mais le conducteur était aimable et les deux rastas derrière moi, un jeune et un mature, tenaient une conversation édifiante (— Je t'ai trouvé un boulot à la Poste, je t'avais dit de pas dire que tu avais le bac, mais tu n'en fais qu'à ta tête. — Mais avec le bac, la formation était plus courte. — Oui, mais ils ne t'ont pas pris. L'important c'est d'avoir la place, quatre mois plus tard tu dis: "Ah au fait, j'ai mon bac", et tu progresses. Mais tu veux toujours en faire à ta tête.)

Bref, pas convaincue du tout par ce voyage en bus: quel est l'intérêt de prendre l'autoroute pour faire exactement le même trajet que le train? J'étais persuadée que le but, c'était de passer dans des endroits non desservis par la SNCF. Et c'était cela qui m'intéressait, la flânerie, le voyage, pas l'arrivée.

Aïda

La représentation fut éblouissante dans tous les sens du terme. Nous étions très bien placés, ce qui nous a permis de profiter de l'équilibre parfait entre les musiciens et les chanteurs.

Egypte et Ethiopie, époque de la diégèse, Autriche et Italie, époque de l'écriture, guerres actuelles (Afghanistan, Syrie, Daesh,…): trois représentations de l'histoire qui broie les histoires individuelles.
Remarque sarcastique malgré tout: une vraie transposition dans le monde d'aujourd'hui aurait utilisé des imans musulmans et non des prêtres catholiques bénissant les chars et disant la messe. Mais alors nous n'aurions pas vu la représentation de ce soir, le spectacle aurait été depuis longtemps soit annulé soit vandalisé. (D'un autre côté, reconnaissons que le clergé musulman ne possède pas de signe distinctif, de rite connu de tous, qui permette une utilisation à la scène qui ne nécessite pas une explication.)

A l'entracte, une sœur menue aux lèvres roses aux cheveux blancs habillée de gris avec une coiffe en forme de toque lit un livre polonais. Elle est magnifique, elle semble sortie d'un film.

Sondra Radvanovsky : Aïda
Gaston Rivero : Radamès
Anita Rachvelishvili : Amneris
Orlin Anastassov : le roi
Olivier Py: mise en scène
Daniel Oren : direction musicale (de profil, on le voyait chanter en dirigeant)

Projets

J'ai réservé des places pour Aïda demain soir, parce que l'affiche dans le métro m'avait plu. Et emportée par l'élan, je me suis abonnée pour la saison 2016-2017: l'année prochaine, sans le grec (enfin, juste la "lecture suivie", une fois par mois), mon emploi du temps devrait être plus léger. J'ai abandonné l'espoir d'emmener H., l'expérience prouve qu'il est impossible de caler nos emplois du temps. Je n'ai pris qu'une seule place, sachant déjà qu'il m'en voudra parfois, les soirs où il sera là (à la maison) et qu'il aurait aimé venir, les soirs où il sera là et qu'il désapprouvera mon choix («Vraiment, ça te plaît?»)

D'autre part j'ai vérifié les horaires d'allemand à l'IPT: le mardi après-midi. Et j'ai alors découvert ce programme (p.19): des weeks-ends de visite de Paris, Rome, Londres, Berlin, Athènes sous un angle biblique (??) avec en accompagnatrice ma prof de grec 3. Engagez-vous rengagez-vous, qu'ils disaient. Ça me tente, j'ai retenu les dates, mêmes si là, c'est quasiment la guerre que je déclare à la maison. (On verra bien. Je préfère qu'il m'en veuille que lui en vouloir. Je préfère la culpabilité à la rancune.)

Et j'ai commandé mes billets de train pour Marseille: randonnée la Bonne Mère, aviron de mer.

Encore vendredi

Pas ramé de la semaine après la grande boucle: fatigue physique mais surtout morale, les conditions étaient vraiment détestables.

Sortie avec Boris à la nage. Je suis au un, je stabilise, je suis les petites roues du vélo du cycliste débutant.
Boris est un extraordinaire pédagogue. Quel calme.

Un arbre tombé bouche quasi entièrement le petit bras.

Théologie

Je lis Gibellini. Page 57 je trouve des définitions possibles de la théologie. Théologie : réflexion responsable sur la prédication, sur l’annonce chrétienne. La théologie historique a le devoir de réfléchir sur ce qui a été annoncé, la théologie dogmatique sur ce qu’on doit annoncer aujourd’hui. Ebeling : « sans proclamation, la théologie est vide. Sans théologie, la proclamation est aveugle. » Je comprends peu à peu pourquoi la théologie est si difficile, devient si difficile au fur à meusure que j'avance: la proclamation me fait peur. J'ai peur de me présenter comme chrétienne. Et encore, chrétienne, ça irait, mais comme catholique. Je ne suis ni fière ni rassurée de m'avancer comme catholique, et cela pour deux raisons majeure: la peur du ridicule (entre foi et superstition il n'y a pas de différence pour certains (c'est d'ailleurs le mot que Leo Strauss utilise pour la foi dans Cabale et philosophie (mais en notant qu'il faut être tenté par (et renoncer à) la foi pour être un philosophe valable)) et sans doute plus grave, la peur d'être à priori jugée intolérante (ce que je suis sans doute, mais je préférerais être jugée sur mes actes et mes paroles que sur mon appartenance à une catégorie).

Et pourtant, chaque fois, je suis surprise de voir combien les gens sont curieux, intéressés (et non pas moqueurs ou agressifs, ce que j'attends toujours), sur ce que l'on peut avoir à dire sur la foi: comme s'ils étaient heureux voire soulagés de pouvoir poser des questions sur cette idée, cette position, bizarre.

Un Flaubertien qui s'ignore

C. travaille boulevard Bourdon, j'attends qu'il fasse trente-trois degrés.

The Nice Guys

Film cool.
Rien à dire sur cette journée.

Selon le projet de reporter dans ce blog tous mes tickets et programmes et faire-parts et factures… Archives.

Sortie

Chaque année nous formons les débutants ("les perdraux de l'année") à partir de mi-juin. La crue a tout bouleversé, et le rythme habituel — tank à ramer, planche à ramer (seul sur une barquette en platique insubmersible pour sentir les mouvements de l'eau et du corps), yolette — est impossible, il y a beaucoup trop de courant pour mettre qui que ce soit seul sur une embarcation.
Les nouveaux montent donc directement en yolette, avec trois confirmés au lieu de deux habituellement, pour être sûr de réussir à tourner (avant les piles de pont, avant d'arriver au Havre…).

J'y étais ce soir, c'était ma première sortie à Neuilly depuis la crue. Température idéale, beaucoup de courant, beaucoup plus qu'à Melun (apport de la Marne et moindre largeur du lit à cause des îles). Marc et moi avons remonté le bateau seuls sur la partie la plus difficile, j'ai des courbatures dans les épaules. C'était amusant.
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